Eugène Crépet, Charles Baudelaire: Fusées
N'ayant écrit ni grands drames ni épopées romanesques, ce fut dans ses courts poèmes qu'il eut à condenser ses oppositions. 11 ne pouvait créer des effets de contraste ni entre plusieurs caractères ni dans les différentes manifestations d'un seul. C'était dans un portrait, dans la peinture d'un paysage. d'une ville ou d'un intérieur, dans l'expression d'uiiL idée, d'une sensation ou d'un sentiment qu'il devait réunir ces notes violemment heurtées d'où jaillit chez le lecteur la curiosité et qui forcent son attention à s'émouvoir.
Tantôt, comme dans la première pièce qui ouvre le volume des Fleurs du Mal, il termine une sombre et douloureuse élégie par une plaisanterie ironique, une sorte de gaminerie ; et, après avoir compté devant nous tous les vices, toutes les laideurs, toutes les tristesses de la nature humaine, il nous prend à partie et tourne court sur c(; vers adressé au lecteur :
Hypocrite lei'.teiu' ! — mon semblable — mon frère ' !
Tantôt, au milieu des pensées ou des descriptions les plus élevées, il jette une idée ou une image vulgaire. Devant la voûte du ciel, il songe que nul n'a jamais échappé à l'angoisse qu'éveille la contemplation de l'infini, et il trouve des accents qui n'eussent pas déparé /'Espoir en Dieu