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autour de soi. Les émotions sont contraires à la gestation de l'imagination. 11 faut des jours réguliers, calmes, un état bourgeois de tout l'être, ua recueillement d'épicier, pour mettre au jour du grand, du tourmenté, du nerveux, du poignant, du dramatique. Les gens qui se dépensent dans la passion, dans le mouvement nerveux, ne feront jamais un Itcre de passion. C'est l'histoire des hommes d'esprit qui causent : ils se ruinent i.
La thèse est au moins spécieuse. Par malheur, quand on a été mis au monde au milieu d'une société caduque et lasse, où la force Imaginative el la puissance créatrice sont à peu près perdues; quand soi-même, fils d'une race épuisée, on ne vit plus que par les nerfs et qu'on se reconnaît, comme Demailly, uniquement composé « de lymphe et de (ihres molles '^ », on se trouve fatalement amené — et c'est le cas des deux frères — à chercher dans le coup de fouet continuel des émotions le seul stimulant par lequel on subsiste.
Autrefois peut-être, diront-ils, il y a eu, des gens assez forts pour tirer d'cxix-mêmes la fièvre de leur œuvre; de ces hommes, véritables microcosmes, portant tout en eux, et dont le feu était un feu divin, brûlant de soi, sans que rien du dehors ne le nourrit et ne l'avivât. Peut-être encore, même dans ce temps-ci, vous en trouverez quelques-uns assez fortement taillés pour se suffire, se soutenir, s'accoucher seuls, et vivre dans la solitude de
1. Chartes Demailly, ch, xxvn. — La même citation se retrouve dans le Journal, t. 1'" (17 mai 1857).
quelque grande chose. Mais nous ne sommes pas de ctnixlù, fi ceux-là ne sont pas de leur sicrie^.
D'où celte conclusion à peu près catégorique :
Pour l'expansion, la circulation, la mise en train des facultés créatrices, nous croyons nécessaire à l'hygiène des idées un régime excitant, irritant -.
Ce régime, MM. de Goncourt en ont usé toute leur vie, et usé jusqu'à l'excès. Faut-il les en louer ou les en blâmer ? Ni l'un ni l'autre, d'abord parce que critiques ou éloges seraient également vains, et ensuite parce qu'il est assez puéril, quand un homme laisse une œuvre, d'aller lui chercher chicane sur les procédés qu'il a employés, et sans lesquels peutêtre il n'aurait rien produit. La constatation du fait étant établie, nous n'avons plus qu'à tâcher d'en découvrir les conséquences : or, ici. on doit lo reconnaître, elles paraissent désastreuses.
A force de s'exciter, de s'irriter, à force d'aviver sans cesse en eux leur sensibilité naturelle, les auteurs de Renée Maupénn avaient fini par ne plus pouvoir goûter une heure de calme relatif. Qu'ils le voulussent ou non, l'impression la plus légère remuait instantanément les fibres les plus profondes de leur être, et continuellement ébranlé par les émotions de toutes sortes, tristes ou joyeuses, qu'il