Préfaces de Gerininie Lacerteux et de la Fille ÉlisUi
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souvenl plus intéressantes au point de vue philosophique que toute la philosophie où ils voulurent se guinder dans leurs derniers ouvrages.
Chez eux, en effet, quand on rencontre une idée juste et forte, elle est rarement le résultat du labeur réfléchi, de la méditation scientifique, de l'observation froide et prolongée d'un phénomène naturel ou psychique, toutes opérations mentales auxquelles répugne leur tempérament, tel que nous l'avons montré. Mais parfois ce même tempérament leur fait trouver par une brusque inUiition ce que d'autres ne doivent qu'aux recherches raisonnées et aux études pénibles; et c'est ce qui explique comment leurs travaux de longue haleine laissent voir fréquemment si peu de consistance, tandis que, dans Idées et Sensations, on s'arrête malgré soi devant d'innombrables passages, très courts, jetés au hasard, sans ordre, sans suite, sans preuves à l'appui, tels que les a inspirés « le tact sensitif de l'impressionnabilité ^ ». A force de sentir avec délicatesse, MM. de Goncourt parviennent à saisir le vrai, sans presque qu'ils aient besoin de penser : ce que d'autres démontrent, ils le devinent.
Ils devinent le déterminisme du monde, et quelques-unes des lois brutales qui le dirigent, non point par la lenle expérience des faits, accumulés
1 . Edinoiul cl Jules de Goncourt, Charles Demaillij, cli. xVi,
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cl coordonnés, mais par la répercussion très vivo dans leur âme de celte brutalité latente sous l'apparence des choses. Tandis que Jean-Jacques Rousseau, avec tous les artistes, tous les poètes, sauf Lucrèce dans l'antiquité, considère la nature comme la source première du beau et du bien, parce qu'il n'en perçoit jamais que la forme superlicielle, MM. de Concourt, doués de sens mieux affinés, pénètrent plus loin, et sous l'enveloppe extérieure, et ils nous indiquent vaguement ce qu'ils ont reconnu, — et ce qu'a formulé nettement la science moderne, — l'immoralité de la vie universelle, le néant de l'individu devant l'espèce, l'écrasement des faibles par les forts, tout l'opposé de l'idéal vers le([uel a sans cesse tendu l'homme :
La .\ature ne fait point meilleur. Elle est une leçon d'endurcissement. L'humanité se désapprendrait si elle n'avait sous les yeux que ce spectacle de fatalité, ce circulus de dévoremcnt où tout est à la force, où il n'est d'autre justice que la nécessité; où du plus petit au plus .i^i-and des animaux, du plus noble au [)lus vil, la vie do l'un vit de la mort de l'autre '.
A tout moment cette vision revient devant leurs yeux de la cruauté ou de la hideur des lois ou des choses éternelles ; ils en parlent avec insistance comme d'une obsession qui les hante :