‹ Les artistes littérairesChapitre 91 sur 160 · VIT · texte numérisé non relu

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Ainsi envisagés, plutôt dans ce qu'ils ont été que dans ce qu'ils ont créé, MM, de Goncourt prennent un aspect infiniment plus curieux et plus digne d'èlre observé.

A ['encontre de ce qui se passe ordinairement pour les artistes, on les apprécie d'autant mieux qu'on les voit de plus près. Chez eux, l'écrivain fut supérieur aux écrits : l'étude de l'homme présente plus d'intérêt et donne des résultats plus féconds que l'étude du livre ; autant qu'on peut sans trop d'audace prophétiser en pareille matière, leur nom surnagera dans l'histoire, alors que le titre d'aucun de leurs ouvrages n'échappera à l'indifTérence prochaine.

Parmi les rares auteurs antiques qu'ils paraissent avoir goûtés, il n'en est qu'un à qui ils aient consacré quelques lignes admiratives : c'est Lucien.

Sans essayer d'établir entre eux et le spirituel sceptique du vieux monde en décadence un parallèle qu'aucune ressemblance ne justifie, on se demande cependant si leur destinée ne sera pas ce qu'a été

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la sienne au milieu de nous. « De ce Grec de la fin de la Grèce et du crépuscule de l'Olympe * », comme ils disent, il n'y a ni un volume, ni un chapitre, ni une page qui ait subsisté à travers les siècles, pas un fragment qui, par son mérite propre, ait survécu de générations en générations, pas une pensée qui soit citée encore. Mais il évoque à nos yeux tout un aspect de l'esprit humain à une période particulière des annales du monde ; il en incarne un mode spécial ; et c'est lui-même, beaucoup plus que ses Dialogues des Morts, des Dieux ou des Courlisanes. qui force l'attention de la postérité.

On peut présumer qu'une fortune à peu près identique sera réservée par l'avenir à MM. de Goncourt. Nos descendants verront en eux la représentation d'un certain état mental qui, s'il n'a pas pénétré dans les masses profondes, s'est à coup sîir assez largement répandu chez l'aristocratie intellectuelle de notre temps. Aussi, sans avoir jamais pu créer, comme l'ont fait à profusion Shakespeare, Molière ou Balzac, le moindre type vivant et durable, parce qu'ils se sont dépeints eux-mêmes, ils en laissent un cependant derrière eux, un type de poète étrange, fugace, tourmenté, composite et inquiétant entre tous pour les destinées de l'intelli-

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