I. — L'univrc et son aspocl i,'('Tiûnil
II. — Les prédispositions métaphysiques et les premières influences dî jeunesse.
III. — Influence du jjjénie hindou. — Le bouddhisme chez -M. Leconte de Lisle.
IV. — Théorie de la pluralité des moi dans l'individu. — Influence du génie grec.
V. — L'impassibilité. — La poésie supra-humaine et la science moderne.
Parmi les écrivains de notre siècle, M. Leconte do Lisle est de ceux qui ont mis le soin le plus jaloux à se tenir constamment à l'abri des regards et des indiscrétions du public: il a à peine donné çà et là quelques fragments relatifs à des événements modernes, ou quelques aveux très vagues et très chargés de réticences sur ses douleurs, ses aspirations et ses amours ; il n'a voulu laisser voir ni ses procédés de travail, ni les premiers essais du début, ni les inévitables hésitations de la maturité ; mais il a au contraire présenté une oeuvre tout d'un bloc,
homogène d'un bout à l'autre dans le fond et dans la forme, à peu près invariable dans sa majestueuse sérénité. C'est dire que, malgré une apparence facile, on ne le comprend pas enlièrement sans études et sans ciforts soutenus ; et encore reste-t-il toujours un doute sur les intentions véritables et exactes et sur la nature de ce créateur, qui s'est si complètement détaché de sa création. Dans le cas actuel même, la théorie si féconde que Montesquieu a ébauchée sur l'influence des milieux \ et que M. ïaine a reprise plus tard après qu'elle eut passé par 1* Allemagne -, la théorie sur qui repose la critique moderne ne se trouve qu'à moitié justifiée ; depuis bientôt quarante ans, le cerveau du poète semble n'avoir subi de l'extérieur aucune transformation visible, et on dirait qu'il a vécu en dehors du monde réel. Un groupe circonscrit d'idées, profondes il est vrai, mais toujours identiques à elles-mêmes, reviennent toujours exprimées avec une netteté parfaite, et sans qu'il nous ait été accordé d'assister à leur genèse. Un style prosodique et une science du rythme incomparables éclatent dès les premiers morceaux, mais sans se modifier dans la plus légère mesure, en bien ou en mal, jusqu'aux der-