Cité parStaaf, la Littérature française, p
2. Année 1858, in-folio. — Imprimerie Bénard, sans nom d'éditeur.
M. LECO.NTE DE LISI,E. 195
esprit peut concevoir d'éternel et d'illimité. Il n'en parla que très rarement, très superficiellement et avec une sorte d'indifférence dédaigneuse ; à l'inverse du poète antique, tout ce qui touchait à l'humanité lui resta étranger d'une manière à peu près absolue, et n'apparut dans son œuvre que par hasard, comme un reflet de son caractère propre. 11 en résulte que nul tempérament moins que le sien ne fut apte au dramatique et au pathétique. Sauf dans les Érimujes, où le texte d'Eschyle l'enlevait en dépit de lui-même, aucun des personnages qu'il a mis en scène n'est fait de chair et de sang et ne saurait exciter en nous ni terreur ni pitié : aucune de leurs émotions n'est assez violente pour se répandre hors de leurs cœurs jusqu'au nôtre. Ce sont d'admirables statues, — dieux ou héros, — par lesquelles le maître a voulu nous donner principalement une impression de beauté, et qu'il a douées d'une force vitale tout juste suffisante pour provoquer et expliquer les divers aspects de leurs impeccables attitudes. Niobé, assistant au meurtre de ses fils et de ses filles, ne pleure qu'autant qu'il est utile pour' fournir à la statuaire le motif d'une grandiose image de marbre '. Les idylles, les églogues, les récits amoureux ont moins pour but de décrire l'amour que de peindre les formes harmonieuses de vierges