‹ Les artistes wallonsChapitre 5 sur 11 · IH^W · texte numérisé non relu

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du peintre célèbre, était orfèvre de la cathédrale de Liège.

Huyéres Delavigne de Mons a exécuté la châsse de Saint Macaire de Gand (1616). P. Josde Bettignies, nommé orfèvre du chapitre de Ste-Waudru à Mons en 1750, est l'auteur du remarquable tabernacle du maître-autel de la collégiale de Saint-Germain et du beau reliquaire du couvent des Sœurs Noires.

Quand, avec les Namurois, nous plaisantons les « copères » de Dinant, nous évoquons une gloire artistique wallonne, et nous rappelons que Dinant a donné son nom propre à l'art cossu de la dinanderie. Elle a mérité cet honneur par l'industrieuse vaillance de ses habitants, qui jadis, seuls affiliés à la Hanse teutonique dans la Belgique actuelle (i), sillonnaient la Meuse avec leurs brillantes cuivreries et transportaient leurs ouvrages en laiton vers l'Allemagne, la Scandinavie et l'Angleterre, tandis qu'ils les exportaient aussi en France et jusqu'en Espagne. Les Dinantais furent les premiers fondeurs de cuivre du monde. L'un d'eux, Servais de Dinant, florissait à Lyon au xiii^ siècle.

Les ateliers de Dinant eurent leurs jours de prospérité du xii*' au xiv* siècle. Leur belle industrie

(i) Voir : H, Pirenne : Dinant dans la Hanse teutonique, Namur 1904.

fut victime de la jalousie des gens de Bouvignes, qui ruina Dinant, grâce à l'intervention des Ducs de Bourgogne. Alors, ces artisans, chassés de leurs murs, répandirent l'art des batteurs de cuivre au dehors, surtout à Tournai et à Middelbourg.

Les Dinantais ont produit des monuments en bronze aussi bien que de menus objets mobiliers. Ils ont garni de statuettes les mausolées des princes, et placé leurs grandes effigies couchées, coulées dans le bronze, sur des tombes de marbre noir tirées de leurs carrières, comme la statue d'Isabelle de Bourbon que l'on peut encore voir derrière le maître-autel de la cathédrale d'Anvers. Ils ont fait de ces belles dalles en laiton gravé et émaiilé, comme celles qui ornent l'église Saint-Jacques à Bruges, où l'on voit une jeune fille gracieuse et son frère, accompagnés de leur ange gardien, entreprenant de compagnie le suprême voyage. Ils ont orné les églises de magnifiques lutrins et de fonts baptismaux. A la fin du xiv® siècle, deux membres de la famille Jostz de Dinant s'illustrèrent dans la dinanderie. Jehan fabriqua le chandelier pascal, le lutrin et les quatre chandeliers de la collégiale de Tongres ; Nicolas fit pour Philippe le Hardi des cuivres destinés à des monastères bourguignons. Il fit aussi la croix placée sur la grande tour de la cathédrale de Liège.

Au XIV* siècle, Jean Dubois fournit un lutrin-aigle à la cathédrale de Rouen ; au XV", Henri d'Herbert

fond le « candélabre » de l'abbaye de Saint-Vaast (l). Plus tard, Louis Hamal fait le lutrin de Freeren. Des mêmes ateliers proviennent l'admirable griffon d'Andenne, le tabernacle de Bocholt, le chandelier pascal de Rochefort, le tref de Gembloux (i5l5), le lutrin de Visé, le pélican de Bouvignes.

A partir du xvi^ siècle fut inaugurée la dinanderie repoussée, savoir ces plats couverts d'ornements en relief qui font la joie du collectionneur, et où figurent des scènes développées comme dans des tableaux ; puis de charmantes bassinoires, des mortiers, des batteries de foyers, d'élégantes bouilloires, et maints objets aussi gracieux que familiers. Aujourd'hui l'on tente de rénover l'art gracieux de la dinanderie estampée. M. A. Raulin a pris en cette matière une heureuse initiative, et Dinant possède une union professionnelle des Dinandiers.

Tournai eut aussi ses fondeurs, ses batteurs et ses caudreliers. Ses églises possèdent une collection unique au monde de grands candélabres de chœur et de lutrins de laiton. Elle hérita au xiv^ siècle de l'industrie dinantaise. Au Xlii'^ siècle, c'est encore José de Dinant qui fournit à la cathédrale l'appareil de suspension des courtines du maître-autel, cet

(i) On appelait « candélabre » un ensemble de supporte de courtines, entourant un autel.

appareil nommé le « grand candélabre » qu'on voyait dans toutes nos églises. Plus tard, ce furent les Tournaisiens qui eurent le monopole de cette fabrication. Le « candélabre » de la cathédrale d'Arras, qui figure dans le Dictionnaire de Viollet-le- Duc, fut livré par Jean Cachet, de Tournai.

Au XIX* siècle Williaume Lefèbre fournit à l'église de Saint-Ghislain son lutrin (1442) et à celle de Hal sa merveilleuse cuve baptismale (1446). Il livra aussi celle de Sainte-Gertrude de Louvain. Les fondeurs de Tournai ont fourni les beaux lutrins de Hal, d'Audenaarde, de Renaix, de Lessines, d'Eplechin, d'Evregnies, ainsi que ceux de Saint- Jacques, de Saint -Piat et de Saint- Nicolas de Tournai, ce dernier malheureusement aliéné.

Ces nobles artisans ont fait quantité de statues couchées en airain, comme celles des évéques Walter de Marvis et de Walter de Croix, celles de Pierre Cottrel et de Marc Vilain. Jean Maldeurée coula la statue de bronze de Henri de Berghes, qui ornait son cénotaphe à la cathédrale de Cambrai, dessiné par le peintre Gabriel Clouet. Les ateliers de Tournai ont produit des centaines de tombes plates à effigies gravées et des douzaines de cloches.

A côté des fondeurs et des ciseleurs de cuivre, Tournai eut ses orfèvres, qui avaient peut-être reçu

de Saint Eloy l'initiation à leur art précieux auquel est due la splendide châsse de Saint Eleuthère, considérée par Didron aîné comme la plus belle qu'a laissée le xiii* siècle (i).

La première ordonnance qui concerne les orfèvres remonte à 1277 (2) ; celle de i3oi régissait leur métier (3). Ils occupèrent d'abord un quartier de la ville, notamment la rue Roi St-Nicaise et, depuis, le voisinage de la cathédrale. Ils sont un demi millier inscrits au registre de la Confrérie.

On a retrouvé quelques noms de maîtres du XIII* siècle : Robert et Henri de Douai, Colart Ruskart, Aubry, Renier. Au xiv^ siècle les noms abondent dans les archives : Pierre et Jean de Sailli, Jean Tuyn, Colart Croquevilain, Jehan Friteman, Jehan Maugis, son fils Jacques et son petit-fils Jehan, les deux Tury. Jacques et Jean ; Nicolas Chrétien, Andrien Chokette, Jehan Thunis, Jehan Compère, Baudouin de Quiévrain, Jehan Baudart, Jacques Lestokiet, etc. (4). Mettons hors ligne Gilles Carjyentier, reconnu par Pinchart comme l'auteur du

(i) L. Cloquet ; La châsse de Saint Eleuthère. — La châsse de Noire-Dame \ Revue de l'art chrétien, i "^89-1892'.

(2) De Lagrange et Cloquet : Étude sur l'art de Tournât.

(3) HocQUET : Revue iournaisienne, 191 1.

(4) Ces noms sont tirés de nos Etudes sur l'art de Tournai. Depuis, feu De Lagrange a trouvé de nouveaux noms : Robert de Marois (i35o;, Jehan Crestgen (iSyo-iSS/), Foucart Glivet, Jehan Compère (1378), Jacques de Gruyon, Colard de Fia" menck, Jehan de Sautembreu (1379). Colard le Lureur (1408).

superbe sceau de Louis de Maele, qu'il exécuta en i383. Dans nos Études sur l'art à Tournai feu A. De Lagrange et moi avons pu citer une centaine d'orfèvres du xiv* siècle.

Au xv^ siècle nous en citons deux cents. Notons des familles : Guillaume, Jacques, Marc et Rogelet de Gauloy ; Jacques, Engherraut, Jean et Pierre de la Planque ; Jacques, Jean, Guillaume Ysaac, Pierre et Jehan Varlet ; Guillaume Olivier et ses deux fils Jacques et Antoine; Jacques et Jehan Driet, qui continuent le métier de père en fils ; Jehan de Brouxelles, le père de l'illustre Roger de la Pasture. Ajoutons quelques artisans isolés les plus notables : Guillautne Maloisel, Jean de Brie, Pierre Bacon, Ernoul Haneroji, Marc Trujfin, Nicolas Amour, Jehan de la Folie, Quentin Dare, Pierre Mallet, Jehan Deffarvaques, Jehan de Casteleer.

On affluait du dehors à Tournai pour apprendre le métier, témoin quantité de noms d'origine exotique : Claire d'Ypres, Roland de Praghe, Gillart de Loos, Jehan de Cassel, Jehan Amay, Jacques de Saint-Genoix.

Depuis le XV® siècle, les orfèvres connus sont plus nombreux encore. Ils continuent à former de petites dynasties. Ce sont: Jacques et Jean Gabry ; Isaac et Hughes Michel; Jacques, Jean, Pierre et

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Hermès Vnlcart, Baudouin Pels père et fils ; Guillaume, Jacques et A ntoine Olivier ; Antoine Laderrière père et fils ; Antoine et Guillaume de Surmont \ Michel et Jean Baptiste Ducolombier ; Henri, Pierre, Gilles, Désiré et Joseph Haghe ; Philippe et Jacques de Morlyes, etc. — J. Volcart était émailleur ; il en est de même de Jacques Gabry, bourgeois de la ville, Prince d'Amour, graveur en eau-forte, qui finit par habiter Cologne. Pierre Steen, doyen de métier et fournisseur d'argenterie pour la Ville, venait de La Haye. Jacques de Surrhon, seigneur de Benning, était maître de la Monnaie de Tournai et beau-père de l'historien Philippe de Hurges. Baudouin Pels avait pignon sur rue et boutique au Châtelet ; il fit de nombreux travaux pour la Ville. G. Olivier, longtemps doyen, établi à l'Etrille d'or, pourvoyait les bourgeois de bijoux et la Ville de vaisselle d'argent (i).

M. E. Soil, dans un bel opuscule, qui est un travail définitif (2 ), a étudié l'orfèvrerie tournaisienne aux xvii^ et xviii* siècles. Il fait connaître des œuvres intéressantes et leurs auteurs ; il reproduit des ouvrages remarquables des Delfosse, de Hermès, G. de Volcart, auteur de la statuette-reliquaire de Saint-Nicolas à Notre-Dame, des Stienne, de

(i) Voir : Étude sur l'art de Tournai.

(2) E. Soil: Orfèvrerie tournaisienne des XVII' et XVIII' siècles à V Exrosition de njii., Anvers, Van Hilleu, 1912

Surmont, qui fournit le riche chandelier des Ursulines, des de La Derrière, auteurs d'une belle statuette de Saint Roch, de Jacques Desrœux, qui ouvra le Chrismatône de Saint-Brice, des Lamour, de qui l'on doit le bras-reliquaire de Saint- Brice, les calices de Braine-le-Comte et de Saint- Boniface à Ixelles et l'ostensoir de Guignies, de Sailly, de Bruno Stienne, qui fit le calice d'Esplechin, l'ostensoir de Saint-Brice et la statuette de N.-D. d'Alsemberg, etc. — Il publie en outre une cinquantaine de poinçons de ces orfèvres.

Signalons pour finir la dynastie des Lefebvre, qui couronne brillamment la série. Elle remonte au célèbre fondeur Guillaume qui exécutait au xv* siècle les monuments de bronze cités plus haut. Plusieurs orfèvres du même nom vivaient de son temps. La lignée perdure à travers le xvi^ siècle et plus tard. On connaît au xvii^ siècle Charles (1650-1094), auteur d'un calice de l'église Saint- Brice, et ses descendants, Gaspard, Piat-Frartçois (1684-1728) et Jacqiies (1691-17 1 5), ses fils; puis Marc-François Joseph et Piat- François, ses petits-fils ; enfin Jacques Lefebvre-Catcrs, échevin de Tournai, et Marc Nicolas Joseph Lefebvre, son petit-fils. On conserve de Jacques Lefebvre-Caters divers reliquaires remarquables à Steenockerzeel, à St-Jean de Tournai, un ostensoir à Bailleul, un pied de croix à Antoing, etc. Il exécuta le remarquable tabernacle en cuivre doré de la chapelle de Notre-

Dame de Bon Secours à l'église Saint-Brice (1794). Le fils de Piat, Jacques Marc-François Joseph (1708- 1797), a fourni à l'église Notre-Dame de Courtrai un magnifique ensemble d'orfèvrerie monumentale, le maître-autel, le tabernacle et leurs accessoires (i). Il laissa une veuve inscrite sur les registres de la corporation. Son frère aîné, Piat, fonda la Manufacture royale de tapis de Tournai, Gaspard Lefebvre (1787) est l'auteur du tabernacle de l'église Notre-Dame et de médaillons ornant le maître-autel de la cathédrale. Enfin le dernier rejeton, Jacques-François-Joseph Lefevre-Caters, fils de Piat (1744-1810), était orfèvre et fabricant de bronze doré; sa veuve continua son industrie iusqu'en i823.

Parmi les œuvres conservées de l'orfèvrerie tournaisienne il faut encore citer la châsse en argent dite des Damoiseaux, la riche custode de la « torche » qui l'accompagne en procession et le « quignon » que portait le valet de la Confrérie, œuvres du xvii^ siècle.

(i) Voir : Dobbelaere et Coullet : Guide illustré de Courtrai.

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