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LA PEINTURE

La sensibilité et l'idéalisme sont les caractères particuliers de la peinture wallonne. La tendance idéaliste et mystique l'imprégnit à l'époque médiévale, la sentimentalité s'en dégage surtout dans les œuvres plus modernes. Notre grand maître Roger de la Pasture incarne la double tendance et marque l'apogée. Mais les débuts remontent à plus de sept cents ans avant lui.

Les Wallons ont précédé les Flamands dans la peinture. Au viii' siècle, le plus ancien livre enluminé que possède notre pays, le fameux évangéliaire de Maeseyck, sortait des mains à'Harlinde et de Renelle, les deux filles d'Allard de Denain, deux Wallonnes authentiques, élevées à Valenciennes. L'art d'illustrer à la gouache les manuscrits

ne cessa d'être pratiqué dans les monastères wallons, et s'inspira d'œuvres allemandes (i). Le moine Goderanus illustrait vers 1084 la Bible historiée dont le séminaire de Tournai possède le premier volume, lequel servit à la vérification de la Vulgate au Concile de Trente ; le même Frère Goderanus avec le Frère Erttestus enluminèrent en T097 la Bible de Stavelot. Un monument de cet auteur, son chef-d'œuvre, est la Bible de Floreffe du musée Britannique (2). Au xi^ siècle l'abbaye de Saint- Martin de Tournai montrait avec orgueil les œuvres splendides de ses miniatures. Le plus beau spécimen de la miniature tournaisienne est un manuscrit du XIII* siècle appartenant à l'évêché (3). La cathédrale de Tournai possède d'autres merveilleuses enluminures du xiV siècle.

Une lettre de l'évêque Etienne fait mention d'un de ses moines, Maître G,.., son ami et familier, qu'il recommande à l'abbé de Saint-Bavon de Gand, justement à l'époque où furent exécutées les fresques romanes de l'abbaye de St-Bavon (4) ; celles-ci et celles qu'on a découvertes naguère en la chapelle des Comtes, à Mons, et qu'a décrites feu L. Dos-

(i) Voir: Haseloff : Histoire de l'art d'André Michel, t. I,

(2) Id., ibid.

(3) Voir : Bull, de la Soc. hist. et litt. de Tournai, t. VI, p. 278.

(4) C'= DE Limburg-Stirum : Messager des sciences, 1898.

weld (i), semblent appartenir à la même école que celles de la cathédrale de Tournai.

Le plus beau reste de peinture murale romane que possède la Belgique est cet ensemble de tableaux peints à fresque au transept de cette cathédrale, qui représente la légende de Sainte Marguerite, découverte en 1887. Nous les avons relevés et décrits (2).

La châsse de Sainte Odile à Hu}^ fut ornée en 1292 de peintures, remarquables par leur naturel, exécutées par le procédé de l'encaustique.

En 1370 A dry en le Peintre, de Tournai, décore une châsse de Saint Hermès commencée par le peintre Jehan de Saint-Amand.

Dès l'année 1341 la peinture à l'huile, dont on a longtemps attribué l'invention aux Van Eyck, était pratiquée à Tournai par Guillaume Duguardin, qui s'engageait dès 1341 à « peindre de bonne peinture à oie » les statues exécutées par lui pour le mausolée des ducs de Brabant.

La Gilde de Saint-Luc, de Tournai, était au xv^ siècle la plus florissante de nos contrées. Robert Campin, un de ses maîtres, bourgeois de Tournai en 1410, eut pour élèves deux artistes fameux, Roger de la Pasture et Jaques Daret. On sait, grâce à un document publié par M. E. Soil, qu'il peignit vers 1458, avec l'aide d'Henri de

(li DoswELD : Fresqîies de a chapelle comf aie de Mons. (2) L. Clooukt : Revue de l'art chrétien. i885, 4^ livr.

Beaunetiel, une « histoire de la vie et du martyre de Saint Pierre». Il habitait la rue de la Cordonnerie; le chœur de la cathédrale dominait son atelier. Il décora l'autel et les murs de l'église de St-Brice. Il mourut le 26 avril I444. M. James Waele attribue à Campin le « Crucifiement » du musée du Prado et la « Circoncision » de l'Académie de Berlin. Selon le prof. Hulin, Robert Campin, à moins que ce ne soit Daret, devrait être identifié avec le mystérieux maître de Flémalle, l'auteur de remarquables peintures restées sans attribution, qui fait figure à côté de Roger delà Pasture comme maître de premier ordre, avec la célèbre « Annonciation » de la collection de Mérode de Bruxelles. M. James Waele incline à attribuer à Campin le portrait de Barthélémy Alatrye et de son épouse au musée de Bruxelles. On a identifié quelques œuvres de Daret, notamment le Mariage de la Vierge du Prado, la « Descente de Croix » de Munich, « Sainte Barbe » du musée du Prado et la « Nativité » du musée de Dijon.

Roger de la Pasture (Vander Weyden), l'inspirateur de Memling (i), fut, après les Van Eyck, le chef de l'École flamande de peinture ; il fut à son heure le plus grand de tous les peintres. Facius et

(i) Voir : J. Weale . Bruges et ses environs, y>. 83. — L. Baes: Bull, de la Comin. d'art et d'arckéol., 1886, p. 21 et suiv.

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Cyriaque d'Ancône le placent avec J. Van Eyck au rang des meilleurs peintres, et Antonio Filarette les cite ensemble comme ayant tiré le plus merveilleux parti de la couleur à l'huile. Le père de Raphaël, Giovanni Santi, chanta ces deux artistes et les éleva au-dessus des peintres de son pays. Jean Lemaire des Belges, dans ses vers, place Roger au nombre des princes de l'art :

« car l'un d'iceux estoit maistre Roger ».

Guicciardin n'en fait pas moins d'éloges et Cari Van Mander le proclame chef d'école.

Placé entre Memling et Van Eyck il forme avec eux la glorieuse trilogie des grands peintres du Nord au xv^ siècle. « Pas un maître », dit M. P. Lafond, « n'a poussé aussi loin que Roger l'expression tragique, l'émotion pathétique. Ses Christ succombent douloureux et résignés, ses vierges pleurent et sanglotent, ses martyrs souffrent et meurent resplendissants de foi et de soumission. » Roger est le plus spiritualiste des vieux maîtres flamands.

Feu Barthélémy du Mortier et A. Genard ont les premiers revendiqué pour Tournai la gloire de lui avoir donné le jour ; A. Pinchart a fait justice, à rencontre de Wauters (i), de doutes jetés sur son

(i) A. Wauters : Roger van der Weyden, Bruxelles, Labroue, i85o.

origine tournaisienne (i); feu A. de Lagrange et M. A. Hocquet (2) ont achevé la démonstration (3). Avec de Lagrange, mon regretté collaborateur, j'ai signalé à Tournai plusieurs autres membres de la famille de la Pasture (4). Aujourd'hui Vander We3'den figure comme Tournaisien dans les catalogues des grands musées d'Europe.

Roger, fils de Henri, naquit donc à Tournai. M. H- Houtart fixe sa naissance à l'année iSgg (5). Son père était Tournaisien et non Louvaniste, marié à Agnès de Wattreloos. Il fréquenta l'atelier de Robert Campin. Quand en 1426 il y fut reçu comme apprenti, il avait au moins 27 ans ; il était marié depuis un an à Elisabeth Goffart et père en 1427 d'un fils, Corneille. Trois ans plus tard il était sorti d'apprentissage. Il émigra à Bruxelles, où il possédait une maison rue de l'Empereur. En 1449 il passa en Italie ; il y révéla le secret de la peinture à l'huile à Angelo Parrasio et à Gelasso Gelassi (6). Il parvint en 1460 dans la Ville Eternelle et travailla

\i)Bull. de la Comni. royale d'art et d'archéoï. de Belgique, année 1867.

(2) A. Hocquet : Roger de la Pasture, Tournai, Casterman, 1905, p. 408.

i3i A. DE Lagrange : Roger de la Pasture, peintre tournaisien, Anvers, 1898. De Backer, 1898.

(4) Étude de l'art à Tournai, t. II. p. 97.

(5) H. : Houtart Revtte tournaisienne, 191 1, N" 3, et A. Hocquet : Wallonia, XX^ année, n° 5.

(6) Selon Cvriaque d'Ancône.

pour le Pape. De retour en Belgique, il consacra à Dieu, retiré à Cantersteen, les trois dernières années de sa vie, et mourut le i8 juin 1464 ; la tombe fut placée à Sainte-Gudule à Bruxelles (i).

Nous n'avons pu faire connaître ici l'œuvre de Roger. Le catalogue de l'exposition de Charleroi lui attribue plus d'une centaine de peintures encore existantes. Signalons ses chefs-d'œuvre connus : « l'Adoration des Bergers » du musée de Munich, la « Descente de Croix » de l'Escurial, « les Sept Sacrements » du musée d'Anvers, le triptyque du « Jugement dernier » de l'Hôtel-Dieu de Beaune. M. E. Soil a dressé la liste des œuvres de Roger (2) et de Daret.

On a même voulu voir en Van der Weyden un peintre doublé d'un sculpteur (3).

(i) Voir des notices sur Roger de la Pasture et le maître de Flémalle dans V. Karl Vall : Die Altniederlandische Malerei von Jan Van Eyck hy Memling.

(2' E. Soil: Roger de la Pasture. Peintre de l'Ecole de Tournai. Tournai, Casterman, igoS.

(3i L, Maeterlinck : Roger Van der Weyden, sculpteur. Gazette des Beaux- Arts, igoi.

« L'école primitive flamande a été sculptée avant d'être peinte », disait Dumortier. M. Maeterlinck va plus loin : « Van der Weyden lui-même a été sculpteur ». Le conservateur du Musée de Gand n'est pas éloigné de lui attribuer une sculpture encore existante : le Père éternel entouré d'anges, du Musée royal d'archéologie de Bruxelles. «C'est», remar-

Roger eut pour compagnon d'apprentissage Jacques Daret, que M. le prof. Hulin a mis en lumière après M. J. Weale, et sur lequel nous avons donné la première notice biographique (i), complétée depuis par M. Houtart (2). Le moment n'est pas encore venu d'écrire sur ce mystérieux artiste un article définitif.

On lui attribue notamment le « Mariage de la Vierge » et la « Sainte Barbe » du musée du Prado, la Descente de Croix du musée de Munich, la « Nativité » du musée de Dijon. M. J. Weale lui accorde la « Vierge » et la « Véronique » du musée de Staedel à Francfort. M. Soil lui attribue la Vierge assise de Douai provenant de l'abbaye de Saint-Bertin M. Hulin a établi par documents d'archives qu'on peut le considérer comme l'auteur d'un portrait de l'abbé Jean du Clercq de Saint- Vaast et de deux autres panneaux du musée de Berlin, ayant tous trois formé un retable exécuté avant 1435,

que-t-il, « le génie de Van der Weyden qui semble animer les volets du retable de Léau, où l'on voit comme une réplique en sculpture du Calvaire figurant dans le tableau des Sept Sacrements d'Arras. » M. Maeterlinck signale un bas-relief du musée de Gand, représentant la Nativité, qui présente une analogie remarquable avec une Adoration de l'Enfant Jésus, par Roger, conservée au musée de Berlin, et M. L. Solvay admet que celui-ci a pu y mettre la main.

(i) Etude de Fart à Tournai, t. II. p. 87. — Revue de l'ari chrétien, année 1907, p. 827.

(2) Revue tournaisieune, année 1907.

Le même musée possède un tableau flamand du XV® siècle représentant la «■ Mort de Cyrus », sujet tiré, comme l'a montré M. Hulin, du Spéculum liumatice salvationes ; ce tableau paraît avoir appartenu à la cour de justice de la Cour St-Bavon à Gand (i). Il est attribué au maître dit « de Flémalle », auteur d'un triptyque de l'abbaye de ce nom conservé au musée de Staedel. On a voulu l'identifier avecDaret, de même que le maître dit « de Mérode ». On incline maintenant à reconnaître dans le maître de Flémalle Robert Campin lui-même, le maître de Roger (2).

Quant à Jacques Daret, ce qu'on connaît de sa vie se résume en peu de lignes. Né vers 1403 de Jehan et de Jeanne l'Escarlatier, il travailla du 21 avril 1418 au 12 avril 1427 chez Robert Campin, et y devint maître. Le 18 octobre 1482 il reçut la tonsure cléricale. Il quitta Tournai en 1441 ; il vécut à Arras, où il occupait la maison de VEcurie, d'où il fut appelé à Lille pour prendre la tête parmi les décorateurs employés au décor des fêtes du Vœu du Faisan. Il rentre à Tournai en 1460. Il est chargé en 1468 de travaux pour les fêtes données à Bruges à l'occasion du mariage du duc de Bourgogne avec Marguerite d'York. On perd sa trace à partir de 1468. Nous avions cru à sa mort à cette date (3),

(i) G. Hulin : Le tableau de Tomyris cl Cyrus. Gand, Van Dosselaere, igor.

(2) Voir : G. Jorissen : Wallonia, nov. 1900.

(3) Etudes sur l'art à Tournai, t. II, p. i3i.

mais le fait n'est pas établi. Nous avons fait connaître de nombreux artistes du nom, sinon de la famille du célèbre Daret (i).

Gossaert, dit Mabuse, de Maubeuge, appartient à la Gilde d'Anvers et à l'art flamand.

Valenciennes fut, dans l'ancien Hainaut, le centre d'art pictural le plus remarquable. Dans son passé artistique rayonnent avec éclat les figures d'André Beaujieveu et de Simon Marmion, Le premier, que Froissart met au premier rang des peintres de son temps, fut en même temps sculpteur, et l'on conserve à Saint-Denis des statues royales dues à son ciseau. Miniaturiste, il décora de vingt-quatre figures d'apôtres et de prophètes le livre d'heures du duc de Berry.

Simo7i Marmion, de Valenciennes, fut inscrit à la Gilde de St-Luc de Tournai en 1463. Il a été proclamé par Jean Lemaire « prince d'enluminure » dans sa Couronne Margaritiqne :

Et Marmion, prince d'enluminure

Dont le nom croît comme paste en levain

Par les effets de sa noble tournure.

Son épitaphe lui fait dire :

J'ai décoré par et sens acquis Livres, tableaux, chapelles et autels.

(i) Ibidem. Voir : Revue de l'art chrélien, année 1907, p. 3a6 ; année igoS, p. 121.

On lui a attribué jusqu'ici le volet de la Vie de Saint Bertin du musée de Berlin.

Valenciennes ne nous appartient que par un passé aboli. Nous ne voulons pas disputer à la France Abel Pujol et le délicieux Watteau.

De son côté Maubeuge donna naissance à un peintre illustre, Mabuse ou Jean Gossaert, qui par son œuvre appartient à l'École flamande.

Douai, ville wallonne de Flandre, donna le jour à Jean Bellegambe (i48o-i535), appelé par ses contemporains le «maître des couleurs». Nous nous abstiendrons également de revendiquer ce grand

artiste.

Parmi les peintres tournaisiens du xv* siècle nous avons relevé les noms de Jacques, Henri, Jean et Guillaume Lechien {toute une tribu), contemporains de Campin, de Nicaise Bar ai, de Rogier Wanebac, de Pierre Wicart, de maître Gillart Le Riche, de maître Jean de Vrenay, de Watelet Hage, de Jea?i et de Michel Winghes, de Gérard Keucart, de Baudouin Benoit ; à côté du célèbre Daret paraît son père Daniel, ainsi que Jean, Guillaume et Martin Daret et Estievenart Dare.

Henri de Beaumetiel travaille à Tournai et à Mons, avec ses deux fils Henri et Roger. Citons encore maître Jean le Bacre ainsi que Colin et Grégoire Bacre, puis France, Janin et Richard Lecat,

Jean de Noyelles, Guillaume Wibbaut, Hennion Wanasenel, maître Jean du Bos, Janin Fontaine et Pierre de Los ; Haquinet Quenon, Engheraud de Hostelz et son fils Jean, Masset et Rogelet Thomas, Roger de Hostelz, Pierre Machelier, Louis Le Duc, célébré sous le nom de Loys de Tournai dans la « Couronne Margaritique ».

Une mention spéciale est due à Maître Philippe Truffin (t5o6), qui forma àTournai une école célèbre où étudièrent une série d'élèves cités par Pinchart (i). Il travailla à Bruges aux décors qui rehaussèrent les fêtes célébrées en 1462 à l'occasion du mariage du duc de Bourgogne ; il décora l'église de St-Nicolas à Tournai et orna de nombreuses églises de retables d'autel ; il est l'oncle des peintres Thomas Trujfin et Jean Tvufjïn. Les Chambos donnèrent une lignée de peintres : Jean, Henri, Arnold, Roger Noulet et Colin. Philippe Voisin fut un peintre distingué, marié à la peintresse Josine Hanyoch ; ils donnèrent le jour aux peintres Luc et Olivier Voisin, et eurent pour élèves deux portraitistes, Colin Lemercier et Jean Collasse. Il faut ajouter à ces noms maître Pierrart Heldebaut et ses élèves, Gillet Estienne, Collin de Somerpont, Pierre Prévost et Roger Bernard, maître Martin Hermans et ses élèves, Lievin Hermans, Dierick Mesmaker et Pollet de Fratrissart. A Tournai travailla le Brucreois

(i) Voir : Pinchart : Messager des Sciences, 1868.

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maître Pierre Fier et, avec ses fils et élèves Antoine et Jean, qui décora les retables de l'autel des Augustins et de l'autel de l'église St-Jacques, et fit en 1498 pour un hautelissier d'Audenarde des cartons de tapisseries représentant l'Histoire d'Hercule. Nommons encore Jacques Froidure et son fils Bernard, Gillot Le Castre, Thomas Deffontaine, etc.

Le xvi^ siècle eut la dynastie des Joncquoy, notamment Pierre et ses fils Gilles, Michel et Etienne ; Michel se rendit à Rome ; il est cité par C. Van Mander et il finit sa carrière à Anvers ; à sa mort son atelier regorgeait de peintures, notamment de portraits de hauts personnages. Antoine, fils de Gilles, s'intitulait marchand peintre.

Louis de Frameries peignit un retable pour la Confrérie de Saint-Amand à Anchin.

Bonaventure Tifferie eut pour élèves Jean de Rosembo et Jean Holey : il fit pour l'hôpital de Marvis à Tournai un retable représentant la Passion et pour l'église St-Jacques quatre volets de retable.

Jean de Pravay exécuta sur toile une Assomption pour l'église de la Madeleine. Jacques Dumont, natif de Buvrinnes, eut pour apprentis son fils Michel et Bernard Michiel.

Pierre Vléricq (l58i), natif de Courtrai, devint

l'élève de Charles d'Y près dont on vantait l'adresse. Il visita la France et l'Italie, séjourna à Venise chez le Tintoret et dessina d'après Michel-Ange. Il fit des fresques et des toiles ; il pratiqua l'art de la perspective alors naissant. Il fut le maître de Louis Henné et de Van Mander, et termina sa carrière à Anvers près de Jacques Fioris.

Maître Guilhuime Robicquet eut pour élèves Louis Capart, Max Cornet et Nie. Vavder Heyden.

Citons encore Jean Hennecatilt, Bernard Michicl, Guill. de Holloy, Guill. Regnault, Henri Roland, Jacques Smets et son fils Isabet, son élève Thomas Wannor, Gilles Legrand, Pierres Hoghes, etc.

Au xvil° siècle Tournai tenait aux Halles un marché de peintures, prélude de nos salons. Feu Mgr Voisin donne les noms d'une quinzaine de marchands de tableaux qui tenaient boutique à Tournai.

Michiel Boiiillo7i (1677), d'origine artésienne, peintre de natures-mortes, tint à Tournai une école célèbre de lôSg à 1677. Il fut le maître de Philippe de Champagne. Parmi ses nombreux élèves on compte Jean Delmotte, François de Lisse, Pierre Hermans, Nie. Chavalle, Fr. Plateau, Gérard Delvigne, tous Tournaisiens, ainsi que Ch. de Fiennes de Saint-Omer, Jtan Mourkerque de Courtrai et Nie. de

le Valle de Lille. L'église Saint-Brice conserve de ce dernier deux tableaux (St-Martin et la Visitation).

La lignée de Delmotte est originaire de Lille ; Delmotte père est l'auteur du martyre de Saint Piat dans l'église de ce nom et d'autres tableaux disparus. Jean Delmotte, élève de Jean de Beaurepaire, eut pour fils et élèves Jean François et Michel. Un autre Jean Delmotte fut élève de Bouillon. Jean François, dit « le jeune », fut le maître de Fr. L. Cuvelier, de Jacq. Coullon, d'Ar. Fr. du Pré, de Martin Clinpenincque et de Jean P. du Ponchois ; il a laissé des portraits, notamment ceux d'Etienne Dailly et de sa femme, enchâssés dans les lambris de l'église St-Piat. Michel Delmotte {i665), fils et élève de Jean, fut le maître de Jeaji Grenier. Th. Fr. Delmotte et ses fils Théodor Romain et Jeayi François Romain pratiquèrent la peinture. Le père eut pour élèves Mich. Jos. Equenné et Bon Louis Jos. Thibaut. Th. R. Delmotte fut élève de Leboutteux et maître de Ch. Et. Jos. Hermans. Il fit les portraits des empereurs Joseph II et Léopold II pour la salle des Conseaux. Il est l'auteur, avec son maître, du tableau : Le rachat des captifs de l'église Saint-Brice.

De Grégoire Ladam, le musée de Lille possède une toile qui représente un ange dictant l'apocalypse à Saint Jean. Ghislain Fr. Lada7n, maître d'Adr. Wattecamp, a peint la Chute des Anges conservée à la cathédrale et la Revtise des clefs à St-Pierre, son

Fontaine du Perron par Jean Del Cour

Place du Marché, à Liège)

chef-d'œuvre, qui orne le maître-autel de la paroisse de Notre-Dame.

Jacques Van de Steen fut surtout décorateur, comme Philippe Trejer, et Pierre Spicq (i65i) fut un peintre de portraits, architecte et auteur de cartes militaires.

Voici encore une dynastie de peintres tournaisiens, les Ségarf, Jean, natif d'Arras, décorateur, peignit en i5g8 l'Histoire de la Samaritaine. Son fils aîné, Luc, père de Jacques, peignit des tableaux, mais fît surtout des décors. Citons encore Abraham, Robert et Jean Ségart, peintres de la même famille.

Floris Michel de Gravelines, maître d'Antoine Lebrun, peignit le triptyque de la « Nativité » pour l'église St-Jacques.

Antoine Berlaimont, élève de Jean Ségart, fit de la peinture décorative ; son fils du même nom (1679) fut son élève, ainsi que Jacques du Recq, son beaufils.

Theobald Michaux, né à Tournai en 1676, mort à Anvers en 1769, élève de Bouit, excella dans le paysage, genre Teniers. Le musée de Tournai garde de lui six tableaux.

L21C Gosset (i658) fut un portraitiste. Jean Gennevière orna l'église de Rumillies du retable représentant la «Nativité du Christ».

Jean Delehaye peignit les statues du Chemin de la Croix placées le long du chemin menant au Mont de la Trinité.

Jacq. Fr. Duvivier fit des portraits ; H. Jos. Dîivivier, peintre sur émail, cultiva le paysage et le genre bataille. Peterinck l'attacha à sa manufacture. Il remplaça Gillis comme professeur à l'Académie

locale.

Plusieurs peintres du nom de Sauvage ont fait honneur à Tournai. Joseph, né à Tournai en i733, peintre de Louis XIV, auteur de fresques à Trianon, est connu pour ses belles peintures sur porcelaine. Piat Sauvage {1743-1818), élève de Gillis et ensuite de J. Guerart d'Anvers, fut peintre de Louis XV ; il fut reçu académicien en 1783 ; on lui doit une série de grisailles, notamment les Sept sacrements, d'après le Poussin, qu'on voit au chœur de la cathédrale.

Caré, peintre de second ordre, fit le tableau de la Pentecôte, qui orne l'église Saint-Jacques. Fratiçois Joseph Manisfeld (1742-1807) fut un copiste et s'exerça d'après Rubens. Régnier Joseph Haleine^ maître de Nie. Jos. Brebar et d'Ant. Jos. Equenné, fut peintre de fleurs ; il a des toiles au musée de Tournai. Gérard Serin, fit le tableau de la « Fête de tousl es Saints » de l'église des Clairisses. Raymond Brebar (1736- 1820), portraitiste, excella dans l'art de la perspective. Jean Aug. Druon Cardinael était habile dans les rentoilages de tableaux.

Hipp. Fr. Jos. Equenné (1772-1854) peignit des natures-mortes ; le musée de la Ville conserve deux

(le ses œuvres. Ant. Jos. Equejmé, fils d'Ant. Jos., fut élève de Malaine.

Félix Dumortier , peintre et sculpteur, fit deux tableaux, d'ailleurs médiocres, qui ornent l'église de Saint-Quentin. Son père Prosper était peintre d'histoire et de portraits. Paul Dumortitr exécuta le tableau de St-Roch conservé à la cathédrale.

Nous pénétrons dans le siècle dernier avec Florentin de Craene (i7g5-i852), peintre de genre et de portraits, devenu peintre de la cour d'Espagne, et avec Louis Hennequin, né à Lyon en 1763, mort à Leuze en i833.

Les frères Haghe ont eu quelque renom : l'un d'eux, Louis, attaché à la cour d'Angleterre, a publié un remarquable album de vues monumentales en lithographie. Les frères Vasseur ont été plus tard ses émules. Herbo, de Templeuve, fut un charmant portraitiste et A . Hennebique un peintre distingué d'histoire anecdotique. Il dirigea l'école de dessin de Tournai. A. Hcmiebique, né à Tournai en i836, a décoré l'hôtel de ville de Mons de la toile qui représente Baudouin VI donnant des chartes au Hainaut en 1200. Il forma Lecocq, Hoiisé^ Gisler et L. Pollet, et eut le grand honneur d'être le maître de Louis Gallait.

Nous pourrions revendiquer le délicieux paysa-

giste que fut Hippolyte Boulenger, Tournaisien d'origine ; mais son œuvre est plutôt brabançonne : c'est le peintre de Tervueren.

Au-dessus d'eux tous plane la figure distinguée de Louis Gallait, le grand peintre moderne de la Wallonie. Son « Abdication de Charles-Quint » fit sensation en Europe, et sa fameuse toile « Les derniers honneurs rendus aux comtes d'Egmont et de Horn » (appelée aussi « Les têtes coupées »), exposée en i85i, révéla une conception nouvelle de l'art réaliste mitigé, s'emparant de la peinture d'histoire ; sa « Peste de Tournai » a immortalisé un épisode de nos annales religieuses.

Les archives montoises font mention en 1341 de Huart le Poindeur, en i357 de Jehan le Poindeur. En 1373 Louis le Peintre, de Mons, travaille à décorer, au palais de Mons, la « salle le Comte » que le duc Aubert faisait restaurer ; il y représenta le Pas de Saladin, la fontaine de Jouvence, le Parkiel dou Mierchier as Singes (i).

Pierre Henné (1423) peint en iSgS pour la ville de Roeulx ; il exécutait en 1418 le portrait de Marguerite de Bourgogne et de Jean IV, duc de Brabant, à la chapelle Saint-Antoine en Barbefosse.

'i) V. Dehaime : Heit de l'are de la Flandre et du Hainaut.

Lutrin aigle a Tongres

— ai —

Feu Devillers a recueilli les noms de plusieurs peintres montois du XV^ siècle (i).

Sous Marie de Hongrie Michel de N euf château collabore avec Michel Cœyen aux peintures de la grande salle du château.

En i5i4, Jamin, le peintre de Soignies, décore l'autel de Téglise de Braine-le-Comte.

On a conservé jusqu'au siècle dernier le plus important spécimen de la peinture montoise de cette époque, savoir le « Jugement de Cambj^se », acheté par la Ville en 1498 pour décorer la Chambre du Conseil. Le seul qui subsiste est le « Jugement dernier » de Jehan Prévost conservé à l'Académie de Bruges, M. James Weale a réhabilité ce grand artiste d'origine montoise K2). « Ce tableau, dit-il, prouve que l'école de Mons était tout à faut au niveau de Técole flamande à cette époque ; rien ne peut être plus beau que quelques-unes des têtes. » Cet artiste, marié à la veuve de Simon Marmion, imita la manière de Roger Van der Weyden.

L'église Ste-Waudru de Mons possède un tableau,

(i) Ce sont: Pierart (1404), Henri (1417), Jehan Lambert (1425), Mathie Serene (1433), Henri de Beannetiel (1451), Henri Canteraine U476), Jehan Renon (1477), Adam de Roetter (14791, Colart et Henin Grenier (1480), Ernoul de Berselle (1487), Jehan Massenhault (1498', Henri Desneux (i5oo).

(2) J. Weale : Ann. de la Soc. d'Emulation de Bruges, t. LXn, 2^ fasc.

œuvre de mérite du xvi^ siècle (Institution de l'Eucharistie), signé Servaes de Coulx.

Nicolas Denisot (i5i5-i554), peintre, graveur et poète, fut en Angleterre professeur dans la noble famille Seymour. Pierre Seiiivart, peintre montois du xvi^ siècle, fut en même temps architecte.

Plus tard Nicolas Lncidel (ti6oo) dit Neufchatel, à son tour, illustre au loin sa ville natale. Elève de Pierre Coninck d'Anvers, il fut un portraitiste distingué ; on conserve de son œuvre des portraits à Vienne, à Berlin et à Munich ; ils ont la beauté concentrée des plus beaux Holbein.

On cite au début du xvii^ siècle les peintres montois Jehan de la Place, Jean Soiirdo, Ajitoi?ie Olivier, et une femme peintre, Micheli?te Wauters, de qui l'on voit un tableau au Belvédère de Vienne. Wauters a tiré son nom de l'oubli (i). Jeanne Cath. Beghin (t 1818) marcha sur ses traces.

Benoit Gisaire fit en 1691 une « Flagellation » pour la collégiale de Mons. Jacques A . Gisaire et son fils A Ibert firent une série de tableaux pour les

églises de Mons.

Au XVI 11^ siècle, Hosson et Vanhaeren furent

(i) Voir Messager des Sciences, 1884.

des portraitistes en vogue ; IVery et son fils Albert furent de bons paysagistes. André d'Avesnes, peintre de la duchesse Anne de Lorraine, peignit « l'Eglise triomphante » au plafond de l'église St-Germer, et André Bla7îpain fournit le retable de l'autel de Saint Hilaire à la même église. Fresin de Lessines fit celui de l'autel Saint Martin à Frasnes lez-Buissenal. Jacques de Soignies (i 720-1 783) se consacra à la grande peinture religieuse à une époque où elle était délaissée ; il remplit de ses œuvres les églises de Mons.

A l'époque moderne se distinguèrent Stoupi, L.jf. Bran, M art. J. Pellereau, Reine Knopp, Bâillon Malherbe., Ch. Ligny et Mod. Car lier, Hip. de la Charlerei, Antoine Bourlard, Fontaine de Cuesmes, Ahxandre Robert, de Soignies, et le grand artiste montois Devillez.

Charleroi est représenté dans l'art par Fr. J . Navez (i), directeur à l'Académie de Bruxelles, qui fut vers i85o un des derniers tenants et un champion vaillant de l'école de David contre le romantisme représenté surtout par Wappers. Il fut le créateur d'une nouvelle école belge de peinture, qui s'efforça de mêler au classicisme froid et abstrait du maître

(il L. Aloin : Jos. Navez, sa vie et son œuvye.

français les vigueurs et les saveurs du réalisme flamand. « C'est en Navez, dit M. G. Van Rypen, que se réconcilient les aspirations nouvelles et les traditions de la race. Un Hennuyer retrouve les secrets de la splendeur de ce que l'on appelle l'Ecole flamande, de ce que l'on devrait appeler l'Ecole belge. »

Il aimait la nature, mais la corrigeait par l'idéal. Il maniait les formes et les couleurs d'après une sorte de géométrie abstraite ; en cela il se montre Wallon de tendance. On lui doit de belles toiles religieuses, dont l'une est conservée en l'église de Charleroi (Ville Basse). Son touchant « Sommeil de Jésus» entra dans les collections royales. Il traita le portrait avec une maîtrise et une vérité d'autant plus méritoires qu'il était plus idéaliste en principe. Il excella surtout dans l'enseignement par sa doctrine élevée, sa maîtrise laborieuse, son art consciencieux et digne. Il eut une belle cohorte de disciples.

Un bel interprète des beautés de la terre wallonne fut le paysagiste Théodore Four mois, né à Presles en 1814, m^ort à Ixelles en 1871. Artiste à la fois vigoureux et élégant, il s'écarte du classicisme par la vie qu'il met dans ses œuvres. Il fut, de son temps, le rénovateur du paysage de notre pays, dont il a rendu avec amour les vallées, les étangs

Baptisi'ère dk Hal par Guillaume Lefevie

lumineux frôlés par la brise et bordés de beaux arbres. Il s'inspira à la fois de l'école hollandaise et de l'école de Pateniers. Son célèbre « Bénédicité » est un chef-d'œuvre que d'aucuns mettent au-dessus de r« Angélus » de Millet.

Un des élèves de Navez, Charles de Groux, né à Comines en i825, mort à Bruxelles en 1870, peut se rattacher au Hainaut. Ce fut un des artistes les plus émouvants qu'ait comptés l'art belge au xix^ siècle. Son pinceau, influencé par Courbet, ouvre à l'art les matérialités modernes ; il affectionnait les sujets humbles, les drames intimes et un peu vulgaires. Il fut le peintre des infortunés, des gueux, des miséreux. Sa « Sortie d'église » fut fort disputée dans une vente récente.

Félicien Rops, le maître fécond et impeccable de l'estampe au xix*^ siècle, est né à Namur en i833, et il mourut à Paris en 1898. Il subit l'influence flamande et s'inspira de la nature et du modèle tout vif. Dans ses puissantes eaux-fortes il a représenté l'érotisme et les amours dépravées en traits à la fois tragiques et bouffons, sombres, macabres et diaboliques, pour me servir du mot même qui sert de titre à une série de ses planches merveilleuses.

Levêque se plaît à peindre la Meuse et ses affluents. M^'^ Anna Bock chante avec le pinceau le terroir wallon.

Deux grandes écoles de gravure, dit M. R. Sand, se partagent la Wallonie : celle de Liège et celle de Mons. A la tête de la première est Adrien De Witte. Nous parlerons plus loin d'Armand Rassenfosse, de François Maréchal et d'Auguste Donnay. — L'école de Mons eut pour créateur Auguste Daiise, élève de Navez, dont l'atelier a produit Louis de Nain, Lotiis Greuse et ses deux filles et M"' Louise Danse (Madame Destrée), qui a rendu dans de belles eauxfortes les sculptures de cathédrales françaises. Danse était représenté à l'exposition de Charleroi par un imposant ensemble de 52 gravures remarquables.

Au XVI' siècle se produit au pays de Dinant un fait important, c'est l'apparition de la peinture de paysage, qui était restée presque inconnue jusque là comme genre spécial.

Le paysage est une conception du moyen âge. Saint François d'Assise fut le premier amant de la nature, que le Dante magnifia. Les primitifs placèrent les Saints dans des paysages de paradis terrestre ou de jardins célestes.

Certes les Italiens et les Van Eyck avaient, au XV® siècle, commencé à peindre des paysages d'une certaine vérité comme fond de leurs tableaux religieux derrière leurs personnages, mais aucun,

avant Pateniers, n'avait jamais pensé à reproduire le paysage pour sa propre beauté.

C'est aux peintres mosans que revient l'honneur < l'avoir inauguré cette peinture, telle que devait l'entendre l'art moderne, notamment à Joachim Pateniers, de Dinant, qu'Albert Durer appelle « le bon peintre de paysage », et à Henri Blés, de Bouvignes. Leurs paysages ne sont jamais absolument dénués de figures, car à cette époque on ne comprenait guère un tableau sans le personnage humain. Seulement le site, qui, chez les Van Eyck, était un accessoire décoratif, fut pour eux le principal, et les êtres humains n'y apparaissent que comme sujets de second ordre, parfois perdus dans les détours des chemins. On peut dire, avec le peintre Donnay, que ces artistes inventèrent l'aspect de la Terre, et que leur géologie légendaire n'est que l'admirable synthèse d'une vision pensive et réfléchie. La créature humaine est perdue dans ces parages, elle n'y est point nécessaire, elle s'évanouit aux cimes et disparaît dans les vallées. Ces deux peintres, dit J. Helbig, sont des novateurs et des poètes. Pour eux le paysage cesse d'être le cadre où se déroule une action ; il est devenu l'objet réel de l'étude. M. Pierre Bautier (i) incline à attribuer à Pateniers le très curieux album de paysages que possède M. P. Errera, où l'on voit de gracieux

(i) Bull, des musées du Cinqtiantenaire, N" i, 1912.

croquis de rochers fantastiques, des collines ondulées, des vallées sinueuses, des rivières limpides où se mirent d'élégants castels, etc. Ce critique assure que Pateniers subit l'influence des célèbres croquis exécutés par Durer à son premier voyage d'Italie, et s'inspira moins des sites mosans que des sites lombards aux plans multiples. Tel est aussi l'avis de M. Fierens-Gevaert (i).

Joachim Pateniers naquit à Dinant en 1485 et mourut à Anvers le 5 octobre 1524. Il fut l'ami d'Albert Durer, qui fit deux fois son portrait. Ses paysages vastes et accidentés, un peu fantastiques à la manière de Jérôme Bosch, traversés souvent par un fleuve, accidentés de rochers avec des villes dans le lointain, sont bien mosans d'allure, malgré des réminiscences italiennes. Ses œuvres authentiques sont le « Baptême du Christ », du musée de Vienne, le « St Jérôme » du musée de Carlsruhe, la « Tentation de St Antoine» du musée de Madrid, et la « Fuite en Egypte » du musée d'Anvers.

Henri Blés naquit à Bouvignes en 1485 et mourut à Liège vers i55o. Surnommé Civetta en Italie parce qu'il marquait ses œuvres d'un hibou, il y fit de nombreux paysages urbains perpétués par la gravure. Ses tableaux incontestés sont surtout r« Adoration des Rois » de la Pinacothèque de Munich, le « Marchand ambulant » du musée de

(i) Les Primitifs flamands, fasc. VI et VIII.

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PORTKAIT DE RoGER VaX PER W'hYDEN

d'après un recueil de la Ijibliothcque d'Arras

Dresde, !'« Adoration des Mages » et le « Repos en Egypte » du musée d'Anvers, la « Prédication de St Jean-Baptiste » et la « Tentation de St Antoine » du musée de Bruxelles, et la « Pèche miraculeuse » du musée de Namur.

Notons ici les peintures religieuses du frère Abraham Gilson, moine d'Orval, dont on voit des spécimens à Meix-le-Tige et à Villers-sur-Semois.

Le pastelliste Lion, de Dinant mit dans ses portraits un sentiment très personnel; Paul Noël, de Waulsort, fut un peintre distingué.

Les Dinantais, qui sont un peu les Marseillais de Belgique, aiment à se distinguer dans la manière forte et éclatante. Ils ont eu dans Antoine-Joseph Wiertz (1806- 1865) un artiste lyrique, qui était bien de leur sang et qui fut en son temps un des premiers maîtres de l'école belge, avec Gallait. Conquérant du prix de Rome, il rentra en triomphateur dans la bonne ville de Dinant, avec la grande toile roulée de son célèbre tableau de Patrocle. Il rêva de peindre des géants comme Raphaël ; il voulut faire revivre les héros d'Homère avec les couleurs rubéniennes. Ses tableaux évoquent l'Enfer du Dante, les drames de Shakespeare ; ils suscitent parfois de lugubres cauchemars. Il imitait les Italiens et les Flamands, mais il resta bien Wallon, c'est-à-dire rêveur ; ce fut, malgré tout, un artiste abstrait et idéal ; il peignit l'humanité plus grande que nature. Son dessin est noble, sa composition dramatique,

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son coloris brillant et son modèle titanesque ; son concept, malheureux, est parfois macabre. Il eut, comme dit C. Lemonnier, « l'âme fière et rodomonte, comme les copères, qui, au prix de la mort, défiaient jadis le duc de Bourgogne et ses reîtres ». Ce fut un original, qui ne manqua pas de grandeur, mais fut un peu tapageur. Il est bien de chez nous ; il avait le tempérament de la race, mais son génie déserta les bords de la Meuse pour les rives olympiennes. Il a laissé un musée devenu public avec ses 56 tableaux sans compter ses études et ses sculptures.

Tout autre fut Théodore Baron, ce peintre sévère. Wallon formé en Brabant, sincèrement réaliste, mais en même temps épris de poésie, il eut le culte de la belle vallée de la Meuse ; il la peignit à merveille, avec ses barrages écumants et son lit rocailleux bordé de saules, avec ses vastes sites de Profondeville et d'Anseremme. Il aima les marches de l'Ardenne, les rives pittoresques et romantiques de la Lesse, les paysages de Godinne et de Walzin. Il a adoré la beauté émouvante des roches mariées à la verdure.

Eugène Verdyen, né à Liège en i836, mort en 1903, fut aussi l'admirateur de nos vallées. Il en a fait voir le côté gracieux ; il les a représentées avec le brouillard rose et nacré qui accompagne la fraîcheur

de l'aube. Il a peint la « Vesprée », le « Vieux jardin», la «Meuse à Modave». Il fut l'ami des arbres, du ciel et de l'eau, dont il exprima la beauté avec une émotion intime et fraîche.

Hennebiqtie et Léonard font bonne figure à côté de ces maîtres. Wervéc, naturaliste intense, évoque les grasses fertilités de nos plaines.

De même que les Teniers et les Van Ostade ont immortalisé jadis le cabaret flamand, l'ancien cabaret wallon, avec ses beuveries, ses grivoiseries et ses gaudrioles, a eu Madou pour interprète.

La peinture a jeté peu d'éclat au pays de Liège (i).

Sous l'évêque Notger, le palais épiscopal et la cathédrale de St-Lambert furent ornés de peintures ; sous Balderic il en fut de même de l'abbatiale de Saint-Jacques, et de l'église Saint-Martin sous Eracle. Ces peintures étaient dues au peintre Jean, qui avait travaillé au dôme d'Aix-la-Chapelle, et à ses disciples. La châsse de Sainte Odile conservée à Kerniel, près de Looz (2), est un petit monument de la peinture du xiv® siècle et de l'école liégeoise. On cite en ce siècle le peintre Antoine,

(il Voir A. MiCHA : Les peintres cêUhres du pays de Liège. (2) Voir J. Helbig ; Le Beffroi, t. II, p. 3i.

qui fit de nombreux tableaux pour les églises. Le XV* siècle n'a laissé que des peintures décoratives et murales. Nous devons ici faire un saut jusqu'à la renaissance. Notons seulement qu'un peintre liégeois, dit Lallemand, exécuta vers 1490 des travaux de peinture à Tours à l'occasion d'une entrée de souverains (i).

Lambert Lombard (i5o5-i5C6), le plus célèbre des peintres liégeois, rapporta de l'Italie, au xvi' siècle, des préceptes d'art, mais il n'eut ni génie, ni souffle artistique, et il a contribué à faire perdre à l'art wallon son caractère propre (2). Son procédé de peinture manquait sans doute de durabilité ; peu de ses œuvres ont triomphé des trois siècles qui ont passé dessus ; perdues, ses peintures murales à Saint-Paul de Liège, comme celles de la cathédrale de Saint- Lambert ; perdus aussi, la plupart de ses tableaux. La galerie impériale de Vienne garde heureusement son « Adoration des bergers », et la marquise de Peralta, son portrait qui révèle un type remarquable de la race wallonne (3).

Lambert eut peu d'élèves. On peut citer cependant Dominique Lampson, notre Vasari, peintre et humaniste (i532-i599), et Lambert Suavius, mort vers

(i) De Marsy : Artistes des Pays-Bas.

(2) J. Heleig : Lambert Lombard, et La Peinture au Pays de Liège.

(3; Voir J. Heleig : Lambert Lombard, peintre et architecte, Bruxelles, Baertsoen, 1893.

Portrait de Fr.-J. N'avez par lui-même

i567 ; on voit de ce dernier une « Résurrection de Lazare » au musée de Wiesbaden. Le principal fut Jean Ramey, né en i53o, qui a signé en 1600 le « St Paul guérissant le boiteux de Lystre », qu'on voit à l'Institut archéologique de Liège.

Le XYii"^ siècle eut l'école de Gérard Doiijfet (i5g4-i66o), l'habile portraitiste dont on voit à la Pinacothèque de Munich un intéressant tableau représentant « Nicolas V au tombeau de St François d'Assise », ainsi qu'un portrait d'homme et un portrait de femme, et un Saint Roch à l'église de Sainte-Véronique provenant de l'église de St-Séverin de Liège. Son cf Invention de la Sainte Croix » est au musée de Dusseldorf. Douffet fut un chef d'école fortement influencé par Rome. Ses principaux élèves furent L^iresse, Flémalle, Goswin et Delcour ; ils subirent comme lui l'ascendant de la glorieuse péninsule, au prix de leur originalité personnelle et régionale.

Barthélémy ou Bertholet Flémalle (1614-1675), artiste estimé, reprit la succession de Douffet. Ce qui reste de ses nombreux travaux est dispersé dans les musées d'Europe : une « Adoration des Bergers » à Caen, un « Saint Lambert » destiné à la cathédrale de Liège, à Lille, etc. Il exécuta, avec son compatriote Bartholomé, les 145 panneaux

qui décorent le : : ^ ie l'église de

Foy-Xotre-Dame. L'c ^ - :e-Croix à Liège

conserve son « Invention de la Sainte Croix » et l'église St-Barthélemy son « Exaltation de la Sainte CroLx ». II peignit on plafond poor îa Chambre d'audience du Roi de France aux Tuileries, et deiint membre de l'Académie royale de Paris. Flémalle eut lui-même un élève célêî»re, Gérard Gosvein (1691), qui fut le maître de dessin de Louis XIV et deWnt aussi membre de l'Académie royale, ainsi que Jean-Gilles Delcour (1632-1695), auteur du portrait du sculpteur Jean Delcour, son frère.

Bertholet Flémalle eut encore pour élève Jean Guillaume Car lier (i638\ qui, s'étant dispensé de voir l'Italie, garda plus d'originalité que ses émules. On voit de lui au musée de Mayence un « Saint Joseph adorant l'Enfant Jésus ». Il décora de peintures la voûte de l'église de Saint-Denis de Li^e, et y figura le martyre du saint patron. Son • Baptême du Christ » orne la cathédrale de Liège- Sous le même maître s'est formé Englebert Fisen (i655-i733), l'un des peintres liégeois dont rœu\Te abondante a le mieux subsisté ; les églises de sa ville natale possèdent plusieurs de ses tableaux.

Waltkére Dantery (i6io-i672> prend place à côté de ces derniers artistes, sans dépendre de leur école. Il peignit la coupole de l'église des Carmes de Paris, et beaucoup d'autres tableaux pour le même ordre religieux. L'un de ceux-ci est au musée

<îe Mayence et représente St Simon Stock ; il a été longtemps* attribué à A. Carra che. Damer\- eut pour disciples son frère Jacques et Gilles Hallet, qui font la transition entre le xvii* et le xviii* siècle.

Si nous revenons en arrière nous rencontrons le célèbre Gérard de Lairesse (1640-1711), élève aussi de Bertholet Flémalle, un peintre fécond, très habile décorateur. Il appartient à une lignée d'artistes dont le chef fut Renier de Lairesse, l'auteur de la « Conversion de St Augustin » de Caen, du « Baptême de St Augustin » de Mayence, qui alla faire fortune à Amsterdam. La plupart des musées d'Europe possèdent des toiles de ce maître imitateur de Poussin, et sa réputation, un peu surfaite, fut considérable.

Mentionnons encore François Walscharts (iSgSi665), Alexandre Horion (1581-1644) et Antoine Goblet ' 1676-1720), contemporain de ces derniers.

Le xviii^ siècle fut moins brillant encore que le xvii^ siècle pour l'Ecole liégeoise. L'Italie, où l'art tombait en décadence, exerçait sur nos artistes d'autant plus d'attraction que la Fondation Darchis leur facilitait le séjour à Rome. L'un des fervents pèlerins de la Ville Sainte fut Kicolas La Fabrique, né en 1649 à Namur, mort à Liège en 1736, l'auteur du Bacchus du musée de Liège ; un autre est jeci^f

Baptiste Jiippin, également Namurois (1675- 1729), qui décora de peintures les églises liégeoises de Saint-Denis et de Saint- Martin ainsi que la collégiale de Tongres. A côté de lui figurent P -L. Delcloche (1716-1741), peintre décorateur. Edmotid Plumier, Jean Baptiste Coclers, artistes d'ordre inférieur. Citons aussi le Dinantais Pierre Joseph Lievin (1729-1800), éminent portraitiste, maître dePaul Noël de Waulsort.

Il faut encore mentionner Nicolas de F assin {1728- 18 II), le fondateur et le premier directeur d'Académie de dessin à Liège. L'influence italienne avait effacé son originalité. Le musée de Liège possède de lui un paysage d'Italie. Ses quatre tableaux représentant le « Matin », le « Midi », le « Soir » et la « Nuit » donnent la meilleure idée de son talent gracieux, fort apprécié dans le monde élégant de l'époque.

Pierre Lovinfosse (i 745-1 821) fut un portraitiste estimé et un bon peintre décorateur ; les salons de Liège gardent de lui des dessus de porte dans le goût de Watteau.

Léonard Defrance (i735-i8o5) fut le producteur le plus abondant parmi les peintres de la fin du xviii'^ siècle ; c'était un mauvais sujet, qui devint, sous la Révolution, un fanatique Vandale ; il prit une part considérable à la destruction de la cathédrale

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de Liège ( i). Il traitait le genre avec une certaine verve et sa peinture subit l'influence hollandaise.

Parmi les ouvrages artistiques qui virent le jour à Liège au xviii^ siècle, il faut signaler la décoration extérieure et intérieure de l'antique Violette ou maison communale. Sa façade était décorée des figures de la Religion et de la Justice, du buste de Saint Lambert, des armoiries des Bourgmestres, etc. Pendant un quart de siècle les sculpteurs et les peintres travaillent à décorer luxueusement les salles. Juppin et Plumier, déjà nommés, y collaborèrent avec Jeafi Delloye, Lambert Dumoulin, Arnold Smitsen et Jean-Louis Comiet (2).

Le pays de Liège a toujours compté des graveurs èminents. Aux xvii^ et xviii^ siècles brillent : Jean Varin, à propos duquel Voltaire disait : « Nous avons égalé les anciens dans les médailles », et qui obtint sous le cardinal de Richelieu le titre de graveur général des poinçons de France ; Michel Natalis, que Louis XIV nomma premier graveur de ses monnaies ; Jean Valdor, l'auteur d'une partie des planches des Triomphes de Louis le Juste, pour lesquelles le Grand Corneille traça

(i) Voir J. Helbig : Uart mosait.

(2) Voir Jean Servais, dans la Revue wallonne.

lui-même des inscriptions en vers ; Jean Duvivier que Delille cite avec éloge dans ses vers ; enfin Gilles Demarteau, le pensionnaire de Louis XV et l'inventeur de la gravure à l'imitation du

crayon » (i).

L'histoire de la peinture liégeoise, qui a son caractère, reste à faire. Elle a été ébauchée par Helbig. Jules Helbig (1821-1896), peintre allemand fixé à Liège, s'inspira à la fois des primitifs et de l'école allemande d'Overbeek ; ce délicat peintre religieux a mis dans les retables de célestes figures parentes de celles de Fra Angelico et un type spécial d'anges délicieux. Ad. Tassin marche dans son pieux sillon.

Au Xix^ siècle, la peinture liégeoise a été représentée par quelques artistes qui occupent une place très distinguée dans l'histoire de notre art national. ]e c\tev3.i Bar th. Viellevoye, de Verviers (1798-1855), l'auteur des « Botteresses agaçant un braconnier », un maître éminent dont le souvenir est demeuré vivace en pays w^allon ; Jean Matthieu Nissen, de Francorchamps (1819-1885), et son émule Victor

(i) Alfred Micha : Catal. dti Musée des Beatix-Arts de Liège, 1901, pp. xvii-xviii. — Nous aurions dû citer plus haut, parmi les sculpteurs vp. 40), Hetiri-Joseph Ruxthiel, de Lierneux (1773- 1837), qui jouit à Paris, sous l'Empire et la Restauration, d'une vogue extraordinaire.

Fassin (i825) ; les peintres d'histoire Auguste Chauvin (1810-1884) et Charles Soubre (i82i-i8g5) ; Alfr. Hubert (1830-1902), bien connu comme animalier ; Florent Willem s (i823) ; les paysagistes Hejtri Marcelle, de Spa (1824-1890), et Fr. Bi nj é {i835-igoo) et le décorateur Joseph Carpay (1822-1892). Plus près de nous Libert Oury, qui vécut à Dresde, Léon Philippet (1843), au faire nerveux et au coloris puissant, Emile Delpérée (1850-1896), portraitiste consciencieux et habile ; Gustave Halbart (1846), Alexandre Marcelle (i853) qui signa des pages si originales et Henri Buchel (1866-1900), bel artiste mort prématurément. Dans la génération actuelle, enfin, Auguste Donnay (1862), François Maréchal et Emile Berchmans (1867). Nous reparlerons des derniers qui synthétisent à merveille les plus belles qualités de l'art wallon. Saluons au préalable en Armand Jamar (1870), Xavier Wurth (1869), Albert Sirtaine, Richard Heintz, J. Philippe, Delpierre d'Huy les auteurs d'œuvres charmantes qui contiennent plus que des gages de fécond et brillant

avenir.

Le Liégeois a toujours été idéaliste, plus beau dessinateur que peintre puissant. Il montre plus de faculté d'observation que d'imagination. Il est plus bel esprit qu'artiste, plus théoricien que poète. Son art est toujours resté conventionnel, enserré dans

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les formules italiennes. Dans leurs voyages d'outremonts les peintres de cette région ont perdu le sentiment du terroir et des montagnes wallonnes ; l'Italie les a stérilisés. L'âme wallonne, dit C. Lemonnier, apparaît chez Fabry, un émule de Wiertz, chez Delville et chez Levêque, peintres d'une intellectualitétrès cultivée. Elle s'oppose à l'àme flamande dans les remarquables groupes des artistes wallons de la fin du xix^ siècle, Léon Frédéric, un des maîtres de l'école contemporaine, plutôt Flamand d'allure, l'auteur des « Ages du paysan » du musée de Bruxelles et des « Ages de l'ouvrier » du musée du Luxembourg ; Paulus, peintre des « rivages » et des hauts fourneaux ; Millery, beau dessinateur, qui a exposé à Charleroi ses « vues de Wallonie »; Adrien de Witte, Berchmans, Maréchal, Donnay et Rassenfosse, l'artiste qui a si bien peint nos hiercheuses et a fixé par le dessin le type de l'ouvrière wallonne.

François Maréchal est un produit du sol wallon. Il a grandi entre les collines qui dévalent vers la Meuse et les terrils des charbonnages, dont il excelle à figurer les usines aux cheminées fumantes, les noirs pylônes qui portent les molettes, ainsi que les rues des faubourgs de Liège. « Il a gravi le mont Saint- Martin, descendu le fond Pirette, parcouru les quais et les ruelles en escalier de la ville du

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Perron. » Il a exprimé la poésie de cette pittoresque cité assombrie par l'industrie. Il a aussi reproduit avec piété et amour les types du travailleur liégeois, de l'ouvrière des fosses, etc. ; cela ne l'a pas empêché de reproduire en de belles planches l'austère poésie de la campagne romaine.

Emile Berchmans, originaire des Flandres, est Wallon d'éducation. C'est par le ciseau qu'il a surtout contribué à l'essor artistique liégeois ; il y apporte une extrême distinction et une grande sensibilité II est décorateur et styliste.

Il est un de ces artistes qui ont donné tant de valeur esthétique à l'affiche. Il a su mettre de la beauté dans les réclames du Pôle Nord et de l'Amer Mauguin, etc. Flamand par son père. Wallon par sa mère, il aime la ligne pure et l'élégante synthèse. S'il peint les vallées, il sait rendre les jeux charmants de la lumière comme un Flamand ; s'il peint la montagne et les sites sauvages de Han, d'Esneux, de Visé et d'Hervé, il redevient l'artiste wallon enthousiaste et rêveur (i), ainsi que le dit M. M. des Ombiaux, qui est lui-même un grand artiste wallon, et peint notre terroir avec la plume aussi bien que d'autres avec le pinceau.

* Auguste Donnay, lithographe habile, illustrateur

(i) Voir M. DES Ombiai'x : L'art Flamand et Hcîïanàais-

du théâtre de Maeterlinck, est un des peintres qui ont, de nos jours, le mieux exprimé l'art wallon et la poésie du sol. Son pays natal apparaît avec tout son caractère dans ses charmantes compositions, telles que la « Vallée de l'Ourthe » et « Soir d'Automne». C'est aussi un peintre décorateur.

Il fut le charmant illustrateur de la revue littéraire La Wallonia, qui, fidèle aux instincts wallons, aux tendances nobles et poétiques, a su réagir contre le réalisme grossier. Il a illustré de charmantes vignettes les œuvres de Nicolas Defrecheux, un de nos artistes de la plume, et en particulier ce célèbre cramignon, (.<■ L'avév-veyou passer ? ^^ où se trouve évoqué l'idéal de la vierge wallonne.

L'exposition récente de Charleroi montrait d'intéressantes interprétations des sites et de l'industrie wallons : les Hiercheuses et les Glaneurs de M'^^ Cécile Douard, élève d'Ant. Bourlard, les vues de charbonnages et de hauts fourneaux de M. Pierre Paulus, les eaux-fortes industrielles de M. Fr. Maréchal, les fours à coke de M. Blieck, les toiles aimables de M"^ Anna Bock, etc.

Deux grands artistes surtout y représentaient brillamment l'art régional, Léon Frédéric et Auguste Donnay.

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