M. D. LXII
Epoque peu éloignée, ce nous semble, de celle à laquelle on peut
ORFEVRERIE.
faire remonter son exécution , sans doute d’après un modèle bv zantin.
î)e SÉRIE, PL. XIII.
TA.BLE léoR DE SENS.
L’église Saint-Etienne de Sens possédait encore vers le milieu du siècle dernier un rétable d’or placé sur le maître-autel. Mabillon, l’abbé Le Bœuf et beaucoup d’autres auteurs ont décrit cet ouvrage somptueux que l’on présume dater du IXe siècle. M. Tarbé, de Sens, a bien voulu nous communiquer le dessin exécuté en 1 790 par un peintre de cette ville, nommé Lambinet, avec la description détaillée du monument :
« Ce rétable ou contre-rétable , appelé aussi autrefois la Table d’or, fut donné à son église par l’archevêque de Sens Sévin ou Séguin , élevé sur ce siège en 9 77 , et mort en 999- Nos historiens disent que le même prélat en avait aussi donné un autre en 978. Il était en argent doré , et l’on rapporte qu’il fut vendu pour payer les frais de construction de la vieille tour (dite depuis la tour de plomb). On ignore ce qu’il représentait.
» C’est à tort que l’on a dit que saint Eloi avait travaillé à cet ouvrage. Ce saint, habile et ingénieux orfèvre, était mort plus de doo ans auparavant. Il est rapporté par nos historiens que ce rétable fut fait par deux chanoines de Sens, orfèvres , nommés Bernelin et Bernuin, qui l’enrichirent de pierreries, et y ajoutèrent des inscriptions , la plupart en mauvais vers rimés, que nous citerons plus loin.
» Saint Éloi , dont nous venons de parler , orna en 644 Ie tombeau de sainte Colombe de Sens, ainsi cpie la châsse où fut placée une partie de ses reliques, le tout aux frais du roi Dagobert - il était administrateur du monastère dont cette sainte était la patronne, et il fonda aussi à Paris une église du même nom. Il avait appris son état d’orfèvre chez Abbon, maître de la monnaie de Limoges. Saint Théau , religieux , apprit aussi l'orfèvrerie sous saint Eloi. La reine Emma , épouse du roi Raoul qui a été enterré à Sainte-Colombe, attacha au tombeau de saint Germain, à Auxerre, des colliers ou joyaux où l'on voyait le nom de saint Éloi.
ORFEVRERIE.
» Le Bœuf dit que le chapitre de Sens ne fut pas le seul qui comptait des orfèvres parmi ses chanoines. xLuxerre en eut aussi, et même des chanoines peintres et vitriers. Geoffroy de Champallement , évêque de cette ville, était grand ami des arts : il institua spécialement des prébendes pour des chanoines artistes. Les moines de Cluny savaient aussi beaucoup apprécier ces talens , tandis que l’ordre de Citeaux en faisait peu de cas.
» Le rétable d’or de l’église de Sens avait g pieds 3 pouces de long sur 3 pieds 6 pouces de hauteur. Il était placé sur un grand parquet en menuiserie qui avait 5 à 6 pouces d’épaisseur , et sur lequel était fixé ce rétable composé de plusieurs compartimens relevés en bosse. An-dedans étaient des figures en bas-relief. Le tout était orné de filigranes d’or et enrichi de pierres précieuses, la plupart brutes. Quelques unes étaient gravées , et plusieurs représentaient même des traits de l’histoire profane.
» Toute la surface du rétable était recouverte de lames d’or, même les encadremens. Les figures en bosse étaient en-dessous remplies de mastic. Notre-Seigneur , accompagné de deux anges qui lui présentent chacun une couronne, était au milieu dans une losangeaux quatre côtés étaient quatre chérubins. A gauche des spectateurs étaient saint Jean-Baptiste , et à droite la Sainte-Vierge couronnée. Ges deux figures étaient placées dans des encadremens circulaires. Les quatre évangélistes étaient représentés aux quatre coins , et dans les quatre angles du rétable on remarquait des traits de la vie de saint Etienne.
» On ne découvrait ce rétable que deux fois par an, aux deux fêtes de saint Etienne, les 3 août et 26 décembre, ce qui attirait ces jours* là une grande affluence de peuple de la ville et des environs.
» Ce morceau précieux fut porté à la Monnaie en 1760, suivant les intentions de Louis XV, au grand regret des habitans de Sens. Le chapitre en toucha une somme de 4°>00° h*. , dont une partie fut placée sur le clergé de France, et le trésorier de l'église de Sens en touchait annuellement une rente de 2,400 fr.
» Avant que le chapitre envoyât ce morceau rare et curieux à la Monnaie, un peintre de Sens, nommé Lambinet , en fit une copie exacte , d’après laquelle nous avons fait celte description.
» Le chapitre de Sens, qui était fort opulent, aurait dû faire tous
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ses yiforLs pour conserver ce précieux rélablc , monument très recommandable des antiquités de l'église de Sens, et en donner la valeur en numéraire-, mais Louis XV, pour subvenir aux besoins de la guerre en 1760, exigea de semblables sacrifices de toutes les églises de France, et celle de Paris n’en fut pas exempte, car elle fut obligée de se dépouiller d’une garniture de très beaux chandeliers en argent qui avaient été exécutés par le fameux Ballin, orfèvre sous Louis XIV, et d’un grand candélabre en argent que la même église devait à la munificence d’Anne d’ Autriche, épouse de Louis XIII. »
I NSCR IFTIONS PLACÉES AUTOUR DES FIGURES DU RETABLE d’oR.
« On lit au-dessus de la tête de Notre-Seigneur : Rex Regvm, et de chaque côté X alpha et X oméga. Autour de X alpha il y a ces mots : Ppium sine Ppio (principium sine principio). Aux quatre coins du Père Eternel, on lit ces quatre vers, placés chacun au-dessus de la têtede quatre chérubins :
Quem notât esse loco pictura superficialis ;
Qui loca cuncta replet, non est tamen ipse localis.
Trinus ab œterno Deus, unus cuncta guberno.
Solus cuncta rego, trinus et unus ego.
» Près des quatre chérubins sont représentés les quatre évangélistes , et devant chacun d’eux est un pupitre avec le saint évangile. Les inscriptions suivantes se lisent , savoir : au-dessus de la tête de saint Mathieu qui est accompagné d’un ange : V erum hominem Chnstum vultum désigna per istuin , et sur le livre : liber generationis Je s u Christi.
« A saint Marc, accompagné du lion , on lit: Pictorcm înortis Christian signât leo forlis , et sur l’évangile : initiant evangelii Jesu Christi filii Dei.
» A saint Luc , accompagné d’un bœuf, ou lit : P ictiina cpiod , Christe , jucris hos indicat iste ; et sur l’évangile \ j'uit in diehus lieradis , regis Judœœ , sacerdos.
» A saint Jean, accompagné d’un aigle, on lit : ln Christi numen Qquilinum dirigo lumen, et au-dessous de ses pieds : principium ver-
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buin, verbum Deus et Deus ipsum ; semper erit verbum principio r/uod erat. Sur l'évangile on lit : In principio erat verbum.
» Sur la banderole que l’aigle tient dans son bec, il y a une croix et un A , et sur le devant du pupitre une croix et un B.
» A côté de N. -S., à droite, dans le rétable, est représentée la Sainte-Aierge-, on lit de chaque côté en grec : Mater Dei , et audessus de sa tête : Qu — inspirante Deo genitrix et filia fio.
w A gauche de Notre-Seigneur est représenté saint Jean-Baptiste-,
on lit au-dessus de sa tête : Formant Baptistce désignât circulus iste.
» Des traits de la vie de saint Etienne sont représentés dans les quatre angles du rétable. Dans le premier , à gauche du spectateur, on voit le conseil des Juifs avec les Scribes et les Pharisiens disputant. Les uns disent :
Non voluit verè nasci Deus ex muliere.
» D’autres disent :
Qui cruce mortuus est , non Deus esse potesi.
» Autour de ces ligures, on lit :
Certant Judœi tàm Scribæ quàm Pharisæi Doctores legis, cum summi milite regis.
>, Dans le second angle , on voit Saül a-sis sur un tas d’habits -, on lit autour :
Hune habuit Saulum juvenem lex, gratia Paulum.
Chrislus eum lavit Stephaniprecequemlapidavit.
» Dans le troisième angle, saint Etienne est représenté a genoux, ayant sa dalmatique. Trois Jnils le lapinent. On y lit :
Torrentes lapides amplector ut hostia fiam,
Sedne defficiam, sufficit una fides.
» Au quatrième angle , saint Étienne assis tient dans ses bras le