‹ Les arts au Moyen Age (volume 2)Chapitre 49 sur 271 · RUINES DU CH\TEAU DE NVNTOUILLET · texte numérisé non relu

RUINES DU CH\TEAU DE NVNTOUILLET

Nous avons donné dans ces trois planches une monographie complète de ce château si curieux par son architecture du XL Ie siècle et sa proximité de Paris. Construit vers i5i6, par Antoine Duprat, chancelier de François 1er, et alors évêque de Meaux, sur l’ancien château-fort des sires de Nantouillet, ce manoir est devenu la résidence d’un fermier. La porte d’entrée principale est ornée d’une statue du Jupiter julm inans placé entre les deux longues

» Le premier volume Des plus excellents Bastiments de France, par Jacques Androuet Du Cerceau.

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meurtrières destinées à la manœuvre du pont-levis, comme pour défendre l’accès de ce château citadelle, caractère que lui conserve, de ce côté surtout, l’énorme tour d’angle en brique, seul reste, apparent du moins, de l’ancien manoir des sires de Nantouillet.

Nous ignorons si les figures qui décoraient nécessairement les niches latérales à dais s emi- gothiques (pl. vu) concouraient aussi, par la démonstration du moins, et comme satellites de Jupiter, à ce système défensif, ou si plutôt , par un de ces contrastes que nous aurons souvent occasion de signaler, leurs emblèmes chrétiens ne venaient pas élever autel contre autel, confondre leur saint patronage avec la foudre de Jupiter et l’égide de Minerve ; car bien que notre architecture civile fût devenue moins militaire dès la fin du XVe siècle, grâce à la sécurité intérieure garantie par un règne comme celui de Louis XII et à l’abaissement des grands vassaux, due à son antéprédécesseur, la confiance n’était pas encore telle qu’on livrât, comme aujourd’hui, son manoir isolé aux atteintes du premier assaillant. Les signes extérieurs de puissance, tels que ponts-levis, etc., étaient encore, comme nous l’avons dit (tom. Ier, pag. 356), des caractères de suprématie, et la grosse tour de brique, conservée par Duprat, malgré l’incohérence architectonique, marquait par ses créneaux un titre de juridiction que ce chancelier conserva toujours, comme seigneur et comme évêque, la juridiction des prélats en matières temporelles n’ayant cessé que par l’ordonnance de i53q.

Les constructions intermédiaires qui liaient cette porte de façade au corps du manoir d’habitation ayant été jetées bas et fait place à une vaste cour de ferme, nous laisserons à la science architecturale le soin de cette restitution, assez jalonnée sans doute à gauche par le petit portail (n° i de la pl. ix), par la porte surmontée d’une sorte de salamandre à figure d’homme , au milieu des flammes, et par la jolie cage d’escalier à clair-voie et à piliers, forme de rubans tors, cintrée en anse de panier (n° 2), et à droite par les arrachemens de la voûte détruite en 1816 -, et nous arrivons de piano à la façade intérieure parallèle à celle de l’entrée, mais sans chercher à la reproduire, même dans nos planches, autrement que par son curieux porche, les autres débris restés intacts de l’ancienne ornementation ne consistant qu’en larges baies de croisées à meneaux

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en colonnettes et à chambranles, revêtus des plus délicieux arabesques avec figurines, tels que nous les retrouverons sur la troisième façade au revers du même corps de logis.

Ce vestibule, qui dans sa disposition participe encore de l’aspect des porches gothiques, prend cependant un caractère plus avancé du surbaissement des cintres, et surtout de la salamandre formant voussure ou clé de voûte de la vis de pierre dont la révolution offre même, dans son accentuation extérieure , un gracieux développement. C’est cette salamandre surtout que nous retrouvons ailleurs, qui, mariée aux caractères architectoniques du style de transition de l’époque de Louis XII, nous paraît préciser nettement la date de l’édifice.

Des pièces auxquelles ce vestibule sert de moyen de communication de plain-pied, nous n’avons trouvé de remarquable que la grande salle de gauche, qui a conservé le nom de salle des Gardes , anomalie apparente dans un manoir épiscopal, mais qu’explique la dignité de chancelier et les habitudes de ces époques où des cardinaux, des papes même, commandaient des armées-, où l’évêque de Paris, Jean Du Bellay, en était en même temps le gouverneur militaire et chargé parle roi, comme son lieutenant-général, commandant de la Picardie et de la Champagne, de défendre les approches de la capitale contre les troupes de Charles-Quint , parvenues du nord, en i536, jusqu’à Péronne , tandis que François Ier opposait, de son camp d’Avignon, une barrière à l’invasion au sud. Si l’ornementation civile ou militaire de cette salle a succombé sous le poids des années ou sous les coups de la barbarie en matière de goût ou de spoliation, la belle et grande cheminée de pierre soutenue de deux rangs de colonnettes placées en fuyant, est du moins demeurée intacte, sauf l’écusson dont la silhouette casquée existe au centre du trumeau, resté semé d’ailleurs des trèfles de Duprat, ce qui semble indiquer que l’écusson était royal.

La devise consécrative du foyer domestique est ainsi conçue :

Jovi , genitori et protectori (François Ier sans doute) (médaillon milieu).

Minervœ , protectrici (Louise de Savoie).

Eloquentiæ , et lidelitati (Duprat en Mercure, rôle qu'il joua à tous égards).

Ainsi Junon était là remplacée par l’Éloquence, à qui le prélat de-

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vait les premiers beaux jours de sa carrière , et les autres pénates étaient choisis dans les hautes régions de l air.

L’escalier en spirale qui conduit à l’étage supérieur transformé en greniers à blé, comporte une suite de curieux détails, deux salamandres, divers écussonsdeDuprat, plusieurs cadres et des niches en style rustique qu’on retrouve encore enclavées dans les murailles de la basse-cour. C’est une preuve incontestable de la création simultanée de ce grand manoir et du rare bonheur dont il a joui de vivre de sa vie propre, sans que son caractère d’art ait été altéré, comme à Anet et partout ailleurs, par la lutte d’un autre style . Les maçons du village sont évidemment intervenus seuls dans sa consolidation et l’appropriation des localités d’exploitation.

Cette cage d’escalier servait nécessairement de nef à la chapelle du prélat, consistant seulement en un étroit sanctuaire en forme d’hémicycle, dont la saillie constitue la jolie tourelle centrale de la troisième façade (pl. ix). Ici surtout la disposition est restée vierge et l’on a respecté jusqu’au cancellum ou grille de bois vermoulue, mais d’un galbe très fin, qui séparait le sacrarium du ncioz , et c’est à la fois la seule partie de boiseries sculptées contemporaines que nous ayons trouvées et le seul détail de l’ornementation surexistante où le visiteur s’aperçoive qu’il pourrait bien se trouver en terre chrétienne, en lisant ces mots entaillés dans la frise supérieure de cette porte : « Judica me Deus. »

La façade du jardin à laquelle communique directement le porche (pl. vin), dont l’issue aboutit au charmant péristyle que couronne délicieusement le tourillon formant chapelle soutenue par des colonnes effilées ayant des salamandres pour chapiteaux, est encore une des parties de ce château les plus séduisantes. De ce côté aussi les larges baies des croisées latérales et parallèles sont richement encadrées de suaves arabesques toujours variés , comme toutes les productions de ces temps, où le génie coulait de source sous la main des plus obscurs imaigiers et même dans les compositions secondaires, telle que la décoration extérieure de chambranles presque hors de vue.

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ALBUM, 8e série , pl. i.

RUINES DE l’ ABBAYE SAINT-JEAN-DES-VIGNES.

L’abbaye de Saint- Jean-des-Vignes futfondée en 1 076 par Hugues de Château-Thierry, et consacrée à l’ordre de Saint-Augustin- en i55o seulement, cette abbaye avec quelques terres qui en dépendaient fut enclavée dans la nouvelle enceinte de cette ville. Aujourd’hui l’abbaye entière a été détruite et les bàtimens jetés bas. line reste que la belle façade dont nous donnons ici tous les détails, avec le plan de l’abbaye pris sur un ancien dessin, et une galerie de cloître ( voyez 5 e série, pl. 2).

8e SÉRIE, PL. II ET III.

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