‹ Les arts au Moyen Age (volume 3)Chapitre 11 sur 41 · I.E PAL (VIS ROMAIN · texte numérisé non relu

I.E PAL (VIS ROMAIN

mais ce monstre fratricide ne signala sa présence sur notre sol que par le massacre du proconsul de la Narbonnaise , et par la terreur dont ses mesures frappèrent les gouverneurs des autres provinces. Digne émule de Néron à tous égards, Caracalla n’appliqua le faste monumental 1 qu’à des édifices destinés à son usage personnel (/).

Le règne si court et si honteux du lâche Macrin, et celui plus dégoûtant encore de l'impudique Héliogabale, voué aux turpitudes d’une luxure éhontée et aux folles exigences du culte de son Acrolithe ( K ) , ne furent pas plus favorables que celui de Caracalla au progrès des sciences , des lettres et des arts dans la Gaule délaissée.

Lorsqu’en 234 > à la nouvelle d’une incursion des Germains , Alexandre-Sévère traversa la Gaule pour les repousser, ce prince, doué de hautes vertus , aurait sans doute laissé dans nos provinces des témoignages de son goût éclairé , si le glaive prétorien , dirigé par l’ambitieux et féroce Maximin, n’eût tranché presque immédiatement ses jours 3 .

Vainement les mesures de dévastation qui valurent à ce même Maximin le surnom de Germanique J , semblèrent affranchir pour longtemps la Gaule de toute crainte d’invasion nos provinces étaient à peine remises des froissemens causés par les fluctuations de ses troupes, et de b ébranlement qu’imprimèrent à tout l’empire sa mort violente , celle de son fils, et celles presque immédiates de Maxime et de Balbin , qu’elles devinrent la proie de nouveaux barbares.

« La décadence de l’art, commencée, comme nous l’avons dit ailleurs, sous Septime-Sévère et, selon d’autres, sous Commode , ne s’était pas encore étendue à 1 architecture que Winckelmann et autres historiens de l’art nous montrent au contraire florissante dans les thermes de Caracalla et de Dioclétien, dans les temples de Palrnyre, dans les éditices de Spalalro, etc.

a On croit que la pyramide ou aiguille de Vienne fut élevée à litre de monument commémoratif des hautes vertus de ce prince.

3 Son expédition contre les Germains convertit en désert couvert de cendres un territoire de plus de 400 milles; la taille de 8 pieds de cet empereur, Goth d’origine, et sa force herculéenne, alimentée, selon Capitolin, par une ration quotidienne de quarante livres de viande et de trente bouteilles de vin , ne purent le soustraire à la peine du talion. Il lut massacré, ainsi que son lîls, à Aquilée, lorsqu il marchait sur Rome pour punir le sénat de la nomination de Gordien,

LG VALAIS ROMAIN.

Ces barbares, trop dignes alors de ce nom, étaient nos ancêtres les Francs , qui apparaissent ici pour la première fois dans l’histoire.

Venu des bouches du Pthin , ce peuple , le seul de tous ceux dont la Gaule exerça la convoitise, qui ait su s’y maintenir après plus de trois siècles de luttes, préluda, comme les Goths, à sa paisible occupation par des ravages-, mais les monumens élevés alors dans le nord de la Gaule étant fort rares, les Francs n’eurent pas, autant que les Goths , à regretter plus tard d'en avoir dépouillé le sol qui leur resta : ils ne purent que s’imputer d’avoir, par leurs continuelles attaques , retardé la participation de cette partie de nos provinces à l’éclat monumental dont les Pvomains dotaient toujours leurs conquêtes, le premier besoin de ce peuple étant d’implanter, même sur un sol mouvant, ses habitudes de luxe et de magnificence.

Les Gaulois respiraient à peine sous l’égide d’Aurélien , alors général de Gordien, et, grâce à la bataille de Mayence et au règne assez paisible de Philippe, héritier du trône de sa victime, quand l’atroce persécution religieuse de Dèce vint soumettre leur foi naissante, et d’autant plus vive , à la torture des bourreaux. Ce que les vengeances personnelles et la cupidité des gouverneurs put ajouter encore à la rigueur des édits, généralisa la persécution, nouvel obstacle au développement des germes civilisateurs.

On devait espérer que la mort de Dèce , disparu aux yeux ébahis de son armée , mettrait un terme à ces calamités-, mais Yalérien , d’accord avec son fils Gallien, rouvrit pendant trois ans les plaies encore saignantes des chrétiens, si bien vengés par Sapor 1 .

Sans doute ces causes de ralentissement du progrès des sciences, des lettres, et surtout des arts dans la Gaule, durent réagir sur tout l’empire romain , et pourtant on ne voit pas qu’il y ait eu interruption réelle des grands travaux entrepris par le petit nombre d’ empereurs dont le règne , à cette époque , fut de quelque durée 2.

1 L insolence et le raffinement de barbarie du monarque des Perses prolongèrent pendant neuf ans l'agonie de Yalérien devenu martyr à son tour. Qu’on se figure le chef de l’empire romain, soi-disant le maître du monde, réduit, quoique septuagénaire, à servir de monloir à son ennemi, qui, par une vengeance d’ outre-tombe , lit ensuite corroyer la peau de sa victime morte à la lâche, et l’exposa dans un temple comme trophée de sa victoire.

2 Une note du Discours h istorique sur ta peinture, où M. Eméric-David a déposé en quelques pages des trésors d’érudition qui défrayeraient seuls une grande réputation , porte :

TE TAXAIS ROMAIN

Gallien même , empereur par intérim seulement pendant les deux années de la captivité de Valérien , environné d’ailleurs de révoltes armées , paya aux arts quelques tributs , dont le principal à la vérité resta incomplet '.Mais bien qu’il ait séjourné à trois reprises dans la Gaule, où il arrêta comme empereur la persécution qu’il avait provoquée comme lieutenant de son père, on ne peut, certes, lui attribuer l’exécution, dans le centre de cette province, de travaux d’art analogues à ceux dont il dota Bordeaux en y construisant le palais dit les sirènes (ovale de 327 pieds sur iZjo) , dont les belles ruines portent encore son nom. Ces travaux eussent été inconciliables avec la situation précaire de Gallien, comme avec les dispositions d’une population domptée mais non soumise, et qui, s’irritant dans sa fierté d’un joug étendu même aux consciences, se disposait à le briser violemment.

Vint ensuite la conflagration générale , qui démembra pendant treize ans la Gaule de l’empire romain , et dont le massacre de Salo-

« Depuis Maximien jusqu'à Dioclétien , la plupart des empereurs élevèrent des monumens » dont la richesse et l’immensité ont droit de nous étonner. Tous taisaient représenter dans » de grands tableaux, et quelquefois dans les mosaïques, les jeux qu’ils donnaient au » peuple, leurs chasses, leurs victoires, leurs triomphes ( Jul Capitol., Vit. Gardian., » sen. , cap. ni; id. Vit. Gordian. Jun. , cap. v; — Eulrop., Brev., lib. ix, cap. iv et )> xv , etc. etc. ) . »

1 II entreprit de s’élever à lui-même une statue plus grande que le colosse de Néron , et un quadrige dont les proportions devaient répondre à cette immense figure ( F. note E ). L’ouvrage ne fut discontinué qu’à sa mort ( Trebellius Pollion, Vit. GalL, cap. xvm). Ce n’est malheureusement pas le seul rapprochement qu’on puisse faire entre Gallien et le fils d’Agrippine, chez qui, d’après l’expression de Winckelmann , «la passion effrénée pour 3) les arts ressemblait à celle de l’avarice qui cherche plutôt a accumuler qu à produire. » Ce ne sont pas non plus les seuls témoignages contraires à celle opinion, que le goût des lettres et des arts amortit la férocité. La publicité donnée aux lettres que Gallien écrivit au gouverneur de la Mœsie, et le peu de soin qu’il prit d’arracher son père a son humiliation, prouvent que le parallèle entre lui et Néron pourrait s établir à plus d un titre. On lit dans les lettres : « Tuez , mettez en pièces sans pitié : faites comme vous savez que je ferais moi- « même, mente mea ivcisccre... » Les historiens parlent d ailleurs du massacre de 4,000 de ses propres soldats en un seul jour; il est vrai que son excuse, s’il pouvait en exister pour une telle conduite, serait dans le nombre et dans l’acharnement de ses ennemis. La digue qui les retenait s’était rompue d’cllc-même à la nouvelle de la captivité de Valérien , et assez violemment pour offrir un champ libre à toutes les ambitions rivales , puisque ticn(< compétiteurs à l'empire se trouvèrent pourvus simultanément de sujets, et surtout de soldats.

LE PALAIS HUMAIN

îiin fut le signal -, période de pénurie et de luttes incessantes , plus contraires que favorables à la marche de la civilisation et des arts , malgré les hautes qualités de Posthume 1 et son dévouement éclairé au bonheur de ses sujets. Les soins d une commune défense devaient d’ailleurs absorber toutes nos ressources.

La mort presque immédiate des deux fds de cette vaillante Victorine, nommée par les soldats la Mère des Camps ( Mater Castrorum), et le règne de trois jours de l’armurier Marius, compromirent bientôt l'indépendance gauloise , et précipitèrent les déchiremens que causèrent à notre pays les phases d’ambition et de dégoût de Tétricus.

i Ce général romain, que les ridicules prétentions d’un enfant, le fils de Gallien, porta à secouer le joug de la métropole, trouva toute sympathie dans la Gaule, où il régna sept ans. Massacré, selon l'usage , parles soldats qui l’avaient élu, pour s’être opposé au pillage de Mayence, il partagea du moins avec Pertinax et Probus la gloire de laisser des regrets même a ses bourreaux. Consacrons, par quelques citations, l’exactitude de ce mot, suivant l'usage, appliqué à tout ce qui faisait obstacle à l’ambition des candidats à l’empire, ou favorisait la cupidité des soldats ; système qui fut généralisé plus tard à la mort de Constantin. En cinq mois, du 51 décembre 192 au 2 juin 195, les prétoriens ensanglantèrent trois fois la pourpre; en 257, 9 juillet, mort violente des deux Gordiens en Afrique : le premier ne régna que vingt-six jours; 28 avril 258, massacre de Maximin et de son tils par les prétoriens , qui , le 15 juillet suivant, exercèrent de nouveau leur cupide fureur sur Maxime et lîalbin. Six ans après, mars 244, le cadavre du troisième Gordien sert de marche-pied à Philippe, assassiné à son tour. De six empereurs, qui tombent successivement du trône, de 249 à 255, Dèce et son fils périssent seuls les armes à la main : Philippe, Gallus, son tils Yolusicn . et Émilien meurent assassinés.

Et dans des temps plus rapprochés , quoiqu’au meurtre d'Aurélien, février 275, à celui de Tacite, 25 mai 276, à celui de Florian, juillet même année, au massacre de Probus, août 282, et à l’assassinat de Némérien et de Carin, 284-285, aient succédé quelques règnes prolongés, comme ceux exceptionnels de Dioclétien et de Constantin, qui interrompent ces successions précipitées de souverains, saint Chrysostôme observe (t. Iir, p. 556-544) que de neuf empereurs qu’il vit sur le trône, Constantin et Constance furent les seuls dont une mort naturelle termina les jours. Des sept qui succombèrent violemment, le plus célèbre, Maximien-IIercule, obtint seul de la courtoisie de son gendre le droit de s’étrangler luimême. Rien ne préservait les empereurs voués par ce litre seul à l’expiation de leur grandeur. Le glaive prétorien, encore teint du sang de Caracalla et de Macrin, s’attaquait aussi bien à la robe d’or et souillée de débauches et d’ordures d’IIéliogabale , qu’à la cuirasse de Pertinax ou de Posthume; et les dispensateurs de diadèmes se montrèrent aussi peu sensibles aux cheveux blancs des vieux guerriers qu’à la candeur des jeunes Césars ; aux glorieux services, aux nobles procédés d’un Alexandre-Sévèrc, qu'aux rapports de brutalité qu’ils devaient trouver entre leurs propres mœurs et celles du misérable athlète Maximin, assassin de ce grand prince.

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Loin que cette période d’indépendance ait produit pour la Gaule les fruits d’arts que la Grèce dut à son affranchissement, et que fllalie en recueillit également au XIe siècle, elle nous coûta nos plus beaux monumens, renversés dans le siège de sept mois que les Eduens, toujours fidèles aux Romains, comme au temps de César, soutinrent contre Tétricus-, plus ceux qu’Aurélicn sacrifia pour punir Lyon de n’avoir pas imité Autan (Vopiscus, Hist. Aug., p.aZfG)- C’est ainsi, et ces témoignages pullulent dans l’histoire, que surgit de toutes sources l’ anéantissement des chefs-d’œuvre des arts , succombant tour-à-tour sous des influences qui , quoique diverses, conduisent toujours aux mêmes fins 1 .

Après le règne très-court de Claude II, occupé, lors de ces guerres, à mériter au pied du mont Hœmus le surnom de Gothique , il appartint au même Aurélien , proclamé empereur à Châlons, de ranger de nouveau la Gaule sous le sceptre romain , par la trahison du défenseur même de son indépendance ( L ) ; mais rien ne prouve qu’il ait songé à y faire sa résidence.

Son règne, de moins de cinq ans , si plein de grands faits d’armes et de triomphes , ne s’étendit même que deux années au-delà de l’époque de la soumission de la Gaule. Cette courte durée rend déjà assez surprenans les soins qu’il prit de fortifier plusieurs de nos places dans les séjours qu’il fit à deux reprises dans nos pro-

i Pour nous borner ici à un exemple puisé dans nos annales de ce XVIe siècle, époque où tant de monumens intacts de toutes les phases des arts romains et français , devaient faire de la France un admirable musée , n’a-t-on pas vu le féroce baron des Adrets , dont les fureurs iconoclastes ( celles-là du moins ne coûtent pas de larmes ) sont encore empreintes sur tous les monumens de notre Midi, compléter, comme chef catholique des bandes françaises, les innombrables dévastations qu’il exerça, iîeuf mois durant, à la tête de ses puritains fanatiques? La grave Cella romaine, où le sévère calvinisme avait parfois érigé son temple, subit par réaction le sort infligé à la basilique chrétienne; et les souvenirs mythologiques ne furent pas plus respectés, malgré leur incontestable neutralité, que l’ornementation byzantine ou légendaire , dans ces mutilations de portails, etc., étendues de nos jours à toutes nos provinces. L’apôtre successif du prêche et de la messe, qui, selon son expression, fit et voulut défaire les huguenots, confondit dans sa rage dévastatrice les emblèmes de toutes les croyances.

Ainsi, tandis que notre première Médicis française importait chez nous son goût de famille [tour les arts , le bouc émissaire qu elle choisit pour mitiger l’orgueil et l’influence des Guises, portait impunément, et même du consentement de la reine (F. Bayle, article Beaumont des Adrets) , les plus funestes atteintes à notre gloire monumentale.

LU PALMS KOMA1N.

vinces. On conçoit qu’il ait pu s’occuper de transformer Genabum en Aurelianum , dans un interet tout militaire % mais pourrait-on raisonnablement lui attribuer la construction d'un palais de pur agrément dans un lieu ouvert de toutes parts , et surtout après une émancipation de treize années? Nous allons voir que cette supposition serait encore moins admissible pour les successeurs immédiats d’Aurélien .

A peine la défection de Tétricus dans les plaines de Châlons , mieux illustrées plus tard par la défaite d’Attila 2 , semblait-elle garantir à la Gaule le repos à défaut de la gloire, que des millions de barbares, Francs , Bourguignons , V andales , débordés de toutes parts dès l’année 2^5 , se ruèrent sur cette belle proie, que leur arracha en 277 la valeur de Probe , successeur de Tacite et de Florian. Le massacre sur les champs de bataille , qu’on évalue à 4oo,ooo hommes, indépendamment des innombrables prisonniers relégués en Bretagne , prouve seul à quelles terribles épreuves la Gaule dut être mise pendant deux ans.

Gloire sans doute à ce prince, qui pacifia l’empire en 23 1 , et qui , non content d’affranchir nos provinces de la fureur de ces hordes alors sauvages, nous dota d’une de nos principales richesses en autorisant la plantation de la vigne 3, restreinte par les régle-

1 On attribue encore à Aurélien la fondation de Dijon , ou du moins la construction des murailles de cette ville. Cette opinion remonte au VD siècle , et se trouve consignée dans Grégoire de Tours , qui décrit ainsi ces remparts (1. ni, cap. ix) : « Murus vero illius de » quadris lapidibus usque in viginti pedes , de super a minuto lapide ædificatus habetur , « habens in altum pedes triginta, in latum pedes quindecim ». Nous verrions bien encore là une grande construction , mais seulement une construction utile après une révolte et dans la crainte d’une récidive. Remarquons toutefois que cette construction était mi-partie de grandes et de petites pierres comme les remparts de Sens, encore subsistant, et dont nous parlerons plus tard.

2 Nous savons que quelques écrivains modernes contestent aux plaines catalauniques l’honneur d’avoir été le théâtre delà défaite d’Attila ; mais nos autorités sont si imposantes , que, jusqu’à plus ample informé, on nous permettra de rester dans la version des historiens, qui , jusques et compris Gibbon , font arriver le roi des Huns dans les champs qui environnent la ville de Châlons ( Duro Catalaunum, et depuis Catalauni, qui avait fait partie du territoire de Reims. — Taies., Not. Gall. , p. 156; — Danville, Not. de la Gaule, p. 212-279).

s Celle autorisation s’étendit à l’Espagne et à l’Angleterre, qui, ainsi que la Gaule, avaient été détachées par Posthume de l’empire romain : « Gallis omnibus et llispanis Bri- » tannis perniisisse, ut vites haberent vinumque conticercnt » ( Yopiscus , Vie de Probus).

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mens de Domitien à d’étroites localités \ mais rien , à notre connaissance du moins , ne donne lieu de penser que Probe ait consacré sou séjour dans la Gaule par de grandes constructions , bien qu’il ait donné d’autres preuves de ses dispositions à cet égard , notamment dans les immenses travaux d’utilité publique qu’il fit exécuter en Égypte , et par la célèbre muraille de deux cents milles qui liait le Rhin au Danube. Ses six années de règne durent à peine suffire d’ailleurs à ses expéditions d’Asie , à ses campagnes contre les Sarmates et les Germains, et aux distractions que lui occasionna le châtiment des usurpateurs Procule et Bonose, tous deux Francs d’origine, qu’il fit pendre à Cologne.

Tout entière à ses soins agricoles, source de ses véritables richesses , la Gaule se remit alors de ses longs désastres, et traversa, sans nouvelles angoisses, les règnes, d’ailleurs si courts, de Carus, de Carin et de Numérien.

Parvenu ainsi à celui de Dioclétien sans avoir entrevu, dans le système de nos explorations rapides, aucune circonstance qui puisse motiver l’érection du Palais romain de Paris, nous croyons approcher enfin du but de nos recherches ; toutefois , avant de crier terre , il nous reste des écueils à franchir-, avant de conclure , il nous faut supputer les dates, les considérations, etc., qui se rattachent aux divers systèmes d’après lesquels l’époque de la fondation de notre monument varierait de la fin du IIP siècle au milieu du IVe.

^ ( ^tocfdicu a 'Sfulicn.

Dès le commencement du règne de Dioclétien, en 286, la Gaule éprouva jusque dans son centre de nouvelles commotions : deux généraux romains , Amand et Ælien, ayant, pour revêtir la pourpre , secondé la révolte des paysans qui , sous le nom de Hagaudes ( M ), désolèrent plusieurs provinces-, mais cette révolte fut étouffée aux portes mêmes, c’est-à-dire à moins de deux lieues de Lutèce , par l’associé de Dioclétien, Maximien Hercule, qui, avant le partage de l’empire, en 292, eut encore à repousser de nouvelles invasions de Bourguignons, d’Allemands et de Francs , dont la peste et la bu-

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taille de Trêves lai firent raison1. S’il échoua dans ses efforts pour rattacher à l’empire la Bretagne, que Fusupateur Carause en avait séparée, il parvint du moins à laisser à Constance-Chlore, son successeur d’adoption , notre Gaule purgée d’ennemis.

Ce n’est, à notre avis 2 , au plus tôt que de cette époque où la Gaule, par le partage de Dioclétien , fut rangée sous le gouvernement d’un César associé à l’empire comme lieutenant de Maximien et conservant la libre disposition des tributs3, que dut dater même la pensée d’élever un palais impérial au centre de ce pays et dans une localité sans importance, mais qui se trouvait en rapport de communications, par les voies romaines dont elle était traversée, avec la ceinture de places fermées formant la ligne de défense de la Gaule (TV}, et avec l’Italie, le Rhin et la Bretagne non encore soumise.

1 Maximien , associé à l’empire dès le commencement du règne de Dioclétien , gouverna de fait, au moins les Gaules, jusqu’au moment où il s’adjoignit, comme César, Constance- Chlore (de 286 à 292); mais Maximien ne fut que guerrier. Toujours occupé de dispositions militaires , il ne put prendre le soin de s’élever un palais dans le centre de la Gaule : il est d’ailleurs constaté qu’il résidait habituellement, comme son prédécesseur, à Trêves, oùMamertin prononça son panégyrique en sa présence ( 289) ; exemple suivi vingt ans plus tard par Eumène. L’histoire ne dit pas que Constantin, non plus que Maximien , se soient offusqués de ces louanges si directes , que la pudeur de leurs successeurs a fait rejeter dans leurs oraisons funèbres. C’est ce même Maximien que les regrets de son abdication conduisirent à l’usurpation, et qui encourut, à Marseille, la sentence qu’il avait prononcée contre Armand et Ælien.

2 Nous disons notre avis , quoique ce soit également celui de Dulaure , qui a écrit avant nous sur la meme matière, parce que nos témoignages, ou si l’on veut nos preuves, ne sont pas puisés dans la même série d’idées. C’est ce qu’a bien voulu reconnaître, en parlant de nos Notices sur l’Hôtel de Cluny, etc. , M. Boulay de la Meurthe, dans un travail très approfondi sur lequel il a fondé son rapport tendant à l’acquisition, par la ville de Paris, des débris du Palais romain. Quel contraste entre ce soin consciencieux d’un conseiller qui , chargé de traiter une question , la fouille par des recherches historiques qui l’éclairent et entraînent unanimement un conseil à revenir sur ce qu’un autre conseil avait unanimement rejeté, et la légèreté qm préside à tant d’autres décisions non moins importantes ! C’est qu’ici , grâce à ce beau travail, dont nous avons vu le manuscrit, l’intérêt historique habilement développé est venu en aide à celui de l’art qui, seul peut-être , eût succombé de nouveau. Toutefois, nous nous plaisions à rendre à cet égard même, au conseil municipal de 1854 , une justice tout autre que celle que le conseil de 1851 avait encourue ( F. Notices sur l'Hôtel de Cluny , etc. ).

3 La preuve de cette libre disposition résulte de la réponse qu’il lit à l'ambassade amicale que lui envoya Dioclétien pour s’enquérir de l'importance de ses ressources ( F. ce qui suit et note de la page 14 ).

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Or, qui mieux que Constance-Chlore se trouva en mesure de concevoir ce projet et de l’exécuter?

Souverain de notre Gaule, il devait désirer , malgré la simplicité de ses goûts, de consacrer cette dignité nouvelle par la fondation d’une résidence centrale , d’où il pût exercer une surveillance simultanée sur les dispositions des Bretons comme sur celles des Francs et des Germains , et comprimer les menées intérieures, que la révolte récente des Bagaudes pouvait encore faire redouter.

Les exemples de ses collègues, sans lui tracer une règle positive à laquelle un administrateur aussi éclairé et aussi économe ne se fût pas soumis , purent cependant entrer pour quelque chose dans la détermination d’un prince qui donna des gages de son goût pour les monumens en relevant ceux que le siège de sept mois et la vengeance de Tétricus avaient détruits à Autun. Lorsque Maximien, au rapport d’Eusèbe, construisait des thermes à Carthage, quand Dioclétien outrait à quelques égards la passion d’Adrien, au point d’encourir les reproches de Lactance1, n’était-il pas naturel que leur associé à l’empire, le César des Gaules , témoignât quelque sympathie pour ces nobles goûts, en dotant un sol vierge et central de son empire d’un palais digne du rang assigné au souverain2, palais dont les frais, immenses pour tout autre, durent être considérablement réduits par le concours des légions longtemps inactives de Constance-

1 Non content d’avoir couvert Rome d’édifices somptueux, dont un seul, ses thermes, occupait l’espace que couvrent aujourd’hui deux églises et deux monastères avec leurs jardins ( des Bernardins et des Chartreux ) , deux grandes aires , les greniers de la chambre apostolique, la fontaine des thermes, etc., etc., et d’avoir élevé, sur divers points de l’empire, cirques, basiliques, hôtels des monnaies, arsenaux, palais pour sa femme, pour sa fille, etc., Dioclétien poursuivit, dans sa retraite, cette exploitation architecturale , en embellissant Spalatro, où quelques édifices encore debout éternisent sa gloire sous ce rapport.

2 Dans les quatorze années pendant lesquelles Constance-Chlore gouverna la Gaule cpmme César ( de 292 à 504) et comme empereur (de 304 à 306) , on compte dix ans de calme parfait et de prospérité , tous les efforts de ce prince ayant tendu à affranchir ses peuples de l’horrible persécution religieuse suscitée par Galère. A ces circonstances , si favorables à une entreprise comme celle de la construction du palais de Lutèce, se joignent les considérations tirées de la nature de l’appareil des murs encore existons. On paraît d'accord sur ce point, que 1 ’opus incertum et 1 opus amplectum qui se font remarquer dans la construction delà salle des bains, dits de Julien, comme dans ses dépendances, ne remontent pas au-delà du IIIe siècle. C’est du moins l'opinion de M. Mérimée.

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Chlore, et par celui, plus efficace encore, d’une population dévouée 1 ?

Rien sans doute dans h histoire ne donne à ces suppositions le caractère de fait incontestable , mais rien non plus ne vient les détruire • d’où l’on doit seulement inférer que cette circonstance intéressante pour nous l’était fort peu aux yeux des annalistes contemporains. Qu importait, en effet, à un historien grec ou romain l’adj onction d’un palais aux innombrables monumens dont nos vainqueurs avaient couvert la Gaule? Ammien-Marcellin (lib. xx, cap. iv et v) , Zozime (lib. iii), en décrivant les scènes qui se passèrent dans ce palais, se contentent de le nommer palatium , basilcis , sans même y joindre une épithète. Remarquons d’abord que le période pacifique du règne de Chlore, auquel remonterait cette fondation, appartient à ces temps que l historien néglige comme dépourvus d’intérêt, de même que le biographe se tait sur l’homme qui ne brille que par ses vertus paisibles. Mais combien ces supputations acquièrent de poids si on ne leur oppose , comme on s’est borné à le faire jusqu’ici , que la tradition purement nominale qui fait de Julien à la fois le fondateur et l’habitant de ce palais , car bien que quelques auteurs en aient attribué la construction au grand Constantin ou à ses fils, nous 11e croyons pas devoir nous arrêter ici à cette hypothèse autrement que dans une note (O)?

Le palais existait sous Julien, c’est un fait hors de discussion , et

1 Les particularités anecdotiques que Vopiscus a consignées dans son Histoire Auguste prouvent à la fois la confiance que ce prince inspirait et son parfait désintéressement , ainsi que les ressources qu’il pouvait puiser à volonté dans l’affection de scs peuples. L’argenterie de ses amis devenait la sienne quand il traitait ; et pour prouver aux envoyés de Dioclétien l’étendue de ses ressources , il remplit en peu de temps son trésor des dons de ceux qu’il appelait des dépositaires fidèles ; mais cette simplicité de mœurs n’excluait pas , comme chez Julien , qui suivait à cet égard les erremens de son aïeul le Pauvre, le sentiment de sa dignité et de sa représentation comme souverain , non plus que les cncouragemens aux arts et aux lettres.

Du Boulay, l’historien de l’université , a dit de Constance-Chlore (pag. 52) : « Fuit autem » Constantius, ut refert Robertus Antissiodorensis, omnibus bonis acceptissimus, facinorosis » et ignaris terribilis. Nutrivitque semper bonas artes, sed præcipuc studia lilterarum, nunc )> legens, nuncscribcns, autmeditans. »

O11 le voit en effet s’occuper en même temps de relever les monumens d’Autun et de placer les écoles de cette ville sous la direction d’Eumène.

LE PALAIS R0MAIX.

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que Saint-Foix seul contesle (F)-, ce qui nous en reste prouve son importance , et cette importance presque méconnue jusqu’ici est telle, qu’avec toutes les ressources que l’art au IVe siècle 1 , et les habitudes romaines pouvaient créer, trois années durent à peine suffire à son entier achèvement. Or, pour écarter tous nos doutes , consultons Julien lui-même, et suivons-le pendant tout son séjour dans les Gaules, en le prenant pour guide.

Constance, qui n’avait fait dans nos provinces qu’un séjour momentané, pour y tenir les conciles d’Arles et de Beziers, et y combattre l’Arianisme à la tête de ses eunuques, reconnut en 355 que la Gaule se trouvait compromise , malgré la mort de l’usurpateur Magnence , par la division des généraux romains Arbetion et Silvain, parla proclamation de ce dernier, et surtout par l’imprudence qu’il avait commise, lui empereur, en se donnant dans la lutte des auxiliaires indociles comme les Allemands , qui continuaient l’usurpation pour leur propre compte -, il résolut donc, quoi qu’il pût lui en coûter, et en cédant, dit-on , à l’influence intéressée ou non de l’impératrice Eusébie, d’appeler au commandement de cette province son neveu Julien , dernier débris échappé au massacre de sa nombreuse famille 2 , espérant que le prestige du sang et la fermeté connue de caractère de ce jeune prince maintiendraient la discipline et conserveraient la Gaule à l’empire.

Julien fut en conséquence rappelé d’Athènes, où l’ activité dévorante de son esprit se consumait dans les vaines études de la philosophie platonicienne , dans les rêveries de la théurgie , de la divi-

1 La construction de l’arc-de -triomphe qu’on attribue aux Gordien , mais qui paraît avoir été élevé à Langres à l’occasion de la mémorable bataille où Constance-Chlore anéantit l’armée des Allemands , prouverait que vers ces époques il existait dans la Gaule des artistes de talent. Sans doute les pilastres cannelés de cet arc n’ont pas d’analogues dans ce qui reste du palais de Lutèce, dont les revêtemens de stuc même ont presque tous disparu ; mais quel rapport entre un art et une salle de bains , réduite d’ailleurs à son noyau de murailles ?

2 Julien avait été soustrait avec son frère Gallus à l’horrible massacre qui signala l’avénement au trône des fils de Constantin. Gallus ayant péri plus tard victime d'un accès de jalousie de Constance, Julien restait seul survivant de sa nombreuse famille. Après avoir subi de mauvais traitemens , qui ne purent qu’accroître encore sa haine contre 1 empereur , il dut à l’entremise de l’impératrice Eusébie d’être reconduit en Grèce, d’où Constance le rappela l’année suivante pour lui donner, avecletitrc de César et la main de sa fille, le commandement des troupes de la Gaule , sous la surveillance des ministres de l’empereur.

LE P\U'IS ROMÀIM.

nation, et dans les entretiens des sophistes ou philosophes célèbres r. Il arrive à Milan , troisième capitale de Constance , que cet empereur occupait sans doute dans son anxiété pour le sort dont la Gaule était menacée. Tout étonné, comme il le dit lui-même, de sa présence à la cour de l1 assassin de sa famille, et de h accueil qu'il y reçut, il n’y séjourna que le temps strictement nécessaire pour serrer les nœuds qui lui furent imposés (son mariage avec Hélène , hile de Constantin et sœur de Constance) , et pour ses préparatifs de campagne. Parti de Milan le ier décembre 355 , à la tête d’une armée de 36o soldats, il se rend d’abord à Vienne et y consacre quelques mois à des dispositions militaires, puis, marchant droit où l’attendait la gloire, il arrive le juin 356 devant Au tun , dont les Allemands venaient de lever le siège , et , par une marche hardie au milieu de ces anciens auxiliaires de Constance, parvient bientôt jusqu’à Cologne , par Auxerre, Troyes et Reims.

Sa présence sur le Rhin raffermit les tièdes et terrifia les rebelles, dès que la fermeté d’âme , la noblesse de caractère et l’activité guerrière du jeune César purent être appréciées. De Cologne, dont il rétablit les murs détruits depuis dix mois, il vint, dit Ammierl (lib . xvi , chap. ni , iv), passer le reste de l’hiver à Sens : <c At Cœsar

i Tels que Libanius, Edésius, Maxime d’Ephèse surtout, et plusieurs autres qui développèrent en lui les dispositions qu’avait encouragées la tolérance de son premier gouverneur Mardonius.

Pour ces sanctuaires vivans du paganisme, détrôné par la profession de foi de Constantin, un néophyte de ce rang et de ce caractère était à ménager, comme offrant une chance de restauration au culte dont ces philosophes restaient les apôtres. La mort de Gallus et la stérilité d'Eusébie garantissaient à Julien survivant la succession de Constance : et les passions politiques et religieuses savent attendre, en pratiquant, par toutes les voies, les moyens d’assurer leur triomphe.

Aussi voit-on, par ce qui nous reste dedocumcnsde cette époque, queles soins de ces philosophes tendirent dès lors à miner l’œuvre de Constantin , en façonnant, de longue main, à leurs doctrines ce rejeton impérial que leur livrait la rivalité et l’incurie de Constance. Julien, d’abord zélé pour la foi, devint dès lors rebelle aux enseignemens chrétiens, et ses nouveaux maîtres purent s’applaudir d’avoir assoupli cette âme de fer à leurs desseins, et d’avoir préparé leur règne commun en confondant leur cause avec la sienne, comme victime de Constance , et en irritant et flattant tour à tour ses idées de vengeance et d’orgueil. L’ardeur d'apprendre, la rigidité de mœurs, l’aprcté de vertus et jusqu’au cynisme des dehors de Julien, secondèrent merveilleusement leurs intentions (F. Libanius, Lettre de Julien à Maxime ; saint Grégoire de Naziance , saint Bazile, etc. ).

LE PALAIS ROMAIN

lï

apud Senones hyeme turhidenta , » où il fut assiégé par une multitude de Barbares , et dont il répara également les murailles 1 .

Dans la campagne suivante (357), il marche vers le Haut-Rhin pour refouler les Barbares en Allemagne , par une manœuvre combinée avec Barbation , dont le refus de concours et la défaite suscitèrent la ligue des sept rois allemands , présidée par le vaillant Chnodomaire . Le grand fait d’armes de la bataille de Strasbourg couronna dignement les valeureux efforts de Julien, et ce ne fut que dans l’intervalle de 35^ à 358 (et sans doute même assez tard, puisque la terre était couverte de neige lorsqu avant de quitter le- Nord ce prince fit reconstruire un fort de Trajan sur le Mei/i), qu’il vint achever l’hiver à Paris : hisejuc pcrfcctis, acturus hyemen revertit Parisios C césar {A mm., lib. xvn. )

Après de semblables fatigues dans cette saison avancée, et avec le seul avenir de repos que pouvait lui offrir une trêve de dix mois avec desBarbares, per decemmensiumtrihuit inter vallum (ibid.), Julien dut nécessairement choisir un abri tout préparé, au lieu de se créer les

» ï^es murs actuels de Sens , qui sont évidemment de construction romaine, et au plus tôt de la fin du IIIe siècle, à en juger par l’introduction de briques dans l’appareil, remontentils à cette époque et sont-ils dus en partie aux réparations de Julien? Dans cette supposition très admissible, le temple payen, d’une bonne époque, dont les immenses débris , sculptés ou non , servent d’assises à Yopus incertum , aurait été détruit, ou par les Barbares, ou sous Constantin , par une réaction religieuse, et n’aurait pas attendu pour succomber le zèle trop actif, à notre avis, de saint Martin de Tours et de ses moines, comme exécuteurs des édits de Théodose ( voy . Sulpice-Sévère et Gibbon). Nous aurions vivement désiré de pouvoir compléter ce que nous avons dit à ce sujet dans nos Notices sur l’Hôtel de Cluny, pages 206-208, mais l’occasion d’un examen plus approfondi de notre part ne s’est pas offerte : nous n’en persistons pas moins à signaler, comme l’un des objets les plus dignes d’intérêt, l’étude successive de ces remparts, si voisins de notre capitaleet dont la substance rappelle les murs de Périgueux.

Chacune des trouées qu’on pratique pour obtenir des communications de la ville aux promenades amenant la découverte de quelques-uns de ces trésors d'art retournés que ces rempaits recèlent dans leurs lianes, comme ceux de Narbonne sur leur face, il importerait au moins de dessiner les bas-reliefs, inscriptions, etc., avant de les ramener à 1 état de bloc.

M. Tarbé, quia inséré dans son Annuaire historique de Sens de 1819 une note sommaire sur les figures d’hommes, d’animaux, frises, etc., qu’on trouve sur presque toutes ces pierres, a relevé un grand nombre d’inscriptions fragmentées que les découvertes ultérieures compléteraient peut-être. Il existe d’ailleurs des fragmens d’inscriptions restés parfaitement en évidence dans la partie sud du grand et curieux stylobate de cette fondation romaine.

Ï,E PALAIS ROMAIN

embarras d’une construction, et de quelle construction encore 1 ! Et puisque le seul emploi de son temps depuis son départ de Vienne au printemps de 356 , exclut l’idée que , dans un intervalle d’environ dix-huit mois , il ait pu s’occuper de cette construction , à laquelle cet espace de temps n’aurait d’ailleurs pas suffi, et qu’il résulterait de ce que disent Ammien ( loeo citato ) et Zozime (lib. 3), que ce fut pendant cet hiver % déjà rude quand Julien quitta les rives du Mein, qu’il éprouva dans le Palais de Paris cette suffocation dont il parle dans son Misopogon 3 , il faut évidemment renoncer à voir dans Julien le fondateur de notre Palais 4. S’il choisit Lutèce pour prendre

» Il faut considérer que la pièce encore subsistante , et dont nous donnons la vue et les plans ( pl. 1 et 11 du chap. ier ) , nécessitait seule par sa destination , d’une grande importance dans les habitudes romaines, d’immenses travaux qu’on ne pouvait exécuter en hiver, pour la conduite des eaux de Rungis au palais, etc. ( voy . les débris de l’aqueduc romain d’un appareil conforme à celui des Thermes, pl. 11 ).

2 Selon ces auteurs , Julien aurait, celte première année même, quitté Paris de très bonne heure , et avant l’époque assignée pour l’ouverture de la campagne, car il ne put être rejoint qu’à Tongres par les députés des Saliens, qui croyaient le trouver à Paris : « At Cœsar » hyemen apud Parisios agens , Allemanos prœvenirc studio malurabat ingenti, etc. ( Amm ., 1. xvii ).

3 « Le froid augmentait chaque jour , et devenait insupportable . ; je me contentai de

5> faire porter dans ma chambre, que je n’avais pas voulu qu’on échauffât, quelques charbons » allumés dont la vapeur m'endormit. Je pensai être étouffé ; onm'emporta dehors, etc. » Il avait parlé quelques lignes plus haut de la surprise que lui causèrent les glaçons de la Seine, qu’il compare aux carreaux de marbre blanc qu’on tire des carrières de la Phrygie. C’était donc le premier hiver qu’il passait dans le nord de la Gaule, et cet hiver ne paraît pas avoir été favorable aux travaux de construction.

4 S’il était nécessaire d’appuyer par d’autres considérations l’opinion formelle que nous consignons ici, que Julien ne fut pour rien dans la construction du palais qu’il habita dès son premier séjour à Lutèce, à une époque où les travaux, en les supposant commencés dès son arrivée dans la Gaule, n’auraient pu se trouver terminés , nous trouverions des témoignages négatifs, équivalant à des preuves positives, dans le silence de ses nombreux historiens , tous dévoués à ses gloires diverses , comme dans le sien même. La nomenclature minutieuse de tous les faits et gestes de leur héros ne peut faire supposer l’oubli d’une pareille fondation, bien autrement importante que la réparation des murs de Cologne et de Sens, que la construction du fort de Saverne, que la reconstruction d’un fort bâti sur le Mein par Trajan , etc.

Julien, qui, dans ses nombreux ouvrages écrits à Antioche, le Misopogon , etc. , et dans ses Lettres familières, écrites de notre Palais même à Oribase, n’épargne aucun détail sur Ses actions les plus insignifiantes , eût-il négligé , en parlant surtout de son affection pour sa chère Lutèce et du palais qu’il y habitait, de faire au moins quelque allusion à ce témoignage de sa gratitude pour ce bon peuple? En outre, la construction d’un palais, et surtout d’un palais avec thermes, n’eût été ni dans ses goûts ni dans ses convenances, Il eût craint

LÉ PALAIS ROMAIN

quelque repos sur la foi de la trêve de dix mois obtenue par la bataille de Strasbourg, lorsque tant de villes plus voisines duRhin, telles que Trêves, Autun, etc., lui offraient des résidences impériales fraîchement occupées, ce ne dut être que pour y habiter un palais également tout disposé , mais placé selon ses goûts dans une situation riante et près d’une population moins corrompue que celle des villes'. Peut-être aussi ce choix tint-il à cette bizarrerie dont il donna tant de preuves, et à sa répugnance pour les résidences qu’avaient occupées à Trêves, Autun, etc., son oncle, beau-père, et de plus ennemi juré, quoique mort, Constantin, dont il poursuivit l’ombre et le souvenir dans toutes leurs traces2, comme aussi à la préférence qu’il accordait à la mémoire de son grand-père Constance-Chlore.

Cette conjecture , puisque nous sommes réduits à marcher dans cette voie ,nous paraîtrait plus probable quelle ne le semblera sans doute à la plupart de nos lecteurs, d’après l’étude particulière que

avant tout d'imiter Constantin, qu’il décrie sous ce rapport dans ses Césars ; et il se montra trop avare des tributs gaulois pour leur donner un pareil emploi. On sait que, dès la première année de son séjour à Paris, et en dépit de Florentius , le préfet de Constance, il ne fit percevoir ces tributs que dans la proportion des frais de guerre , ad necessarios apparatus ( Amm ., 1. xvii), et que plus tard il réduisit encore la capitation de chaque chef de famille de vingt-cinq pièces d'or à sept. Quel besoin aurait eu d'ailleurs d’une résidence de luxe un philosophe à dehors presque sauvages , qui se vantait ouvertement de la longueur de ses ongles , des taches d'encre dont ses doigts restaient couverts, et de l’hospitalité qu'il donnait dans sa barbe à des hôtes incommodes, en s'applaudissant de rester étranger même aux soins de propreté ( voy . art. Biographie , chap. xxx)?

» Ce qu’il dit, dans sa Lettre aux Athéniens et dans le Misopogon, de ses affections pour sa chère Lutèce et ses habitans, prouverait qu’indépendamment de l’avantage de se placer pendant la paix plus au centre de la province qu’il gouvernait par lui-même , le misanthrope Julien chercha sans doute dans ce lieu paisible , devenu depuis si bruyant, un abri contre les distractions qu’il fuyait, ayant, comme il l'avoue , horreur des spectacles et autres jeux; et, en un mot ,

. un endroit écarté ,

Où d’être homme de bien on eût la liberté' ;

liberté que ne lui laissèrent pas quelques mois plus tard les habitans d’Antioche.

2 Sa haine contre Constantin perce surtout dans sa satire des Césars, où il le dépouille de toutes scs gloires , le traite comme un histrion, lui reproche son faste, ses constructions, etc., et finit par l’expulser du banquet des dieux. Il est vrai que , méditant dès lors une révolution tout opposée à celle que Constantin venait de consacrer par ses édits et par l’exemple de son baptême reçu au lit de mort , Julien , en s’efforçant d’enlever à son oncle son auréole de gloire , et de le déconsidérer aux yeux du peuple, servait à la fois sa passion personnelle et ses vues ambitieuses.

LE PALAIS ROMAIN'

nous avons faite du caractère de Julien dans ses œuvres, comme de tout ce qu’en ont dit ses exaltés panégyristes et ses acharnés détracteurs.

Si on l’admet, elle pourra corroborer encore notre opinion sur la fondation de Constance -Chlore.

Mais si nous contribuons à enlever à Julien la gloire d’avoir construit le Palais de Lutèce , gloire qu’il ne réclame nulle part, lui si soigneux de parler de ses moindres actions et d’en calculer l’effet , tout en faisant litière d’une renommée à laquelle il sacrifia sa vie et immola ses penchans, nous aimons à reconnaître que ce fut à la résidence qu'il y fit que cet édifice dut sa première et sa plus grande illustration 1 . Nous l’avouons hautement comme notre hôte le plus célèbre, et nous croyons devoir à ce titre demander l’autorisation de nous en occuper , quoiqu’il s’agisse de circonstances absolument étrangères à la matière principale de notre livre.

Ici du moins nous ne craignons plus de nous égarer , comme nous ne l1 avons que trop fait peut-être , dans un conflit d’opinions conjecturales, dont nous fermons la lice et pour toujours. C’est l’histoire à la main, mais l’histoire comme elle est écrite , avec des opinions et des vues diverses et souvent opposées , que nous allons évoquer l’ombre du César au milieu des gigantesques ruines du palais qui conserve son nom, palais si majestueux dans son ensemble, qu’encore au XIIe siècle, 800 ans après sa fondation et en présence du Louvre de Philippe-Auguste , il méritait , malgré les altérations qu’il dut subir, notamment de la part des Normands , d’être appelé la demeure des rois, domus aida regum (yoy. note Y).

Puisse le flambeau de l’histoire qu’obscurcissent ici surtout tant de préventions religieuses et politiques, nous guider dans le parcours de nos ruines, en nous montrant les lieux d’où le César, encore

1 Selon Rivet ( Histoire Littéraire de la France, t. I , part, xi, p. 7) , Julien aurait attiré à Lutèce une réunion de savans. Le médecin grec Oribase y aurait même publié l’abrégé des ouvrages de Gallien , point de départ du perfectionnement de la médecine , ce qui constituerait un titre de gloire de plus pour notre résidence.

C’est le même Pdvetqui nous apprend (p. 54 et 152 du même tome) que le premier concile de Paris auquel assista Paul, évêque de cette ville, et où la- formule des Ariens reçue dans celui de Rimini fut rejetée , date de 560 ou 561, c’est-à-dire à peu près de l’époque de la révolte. L’église de Lutèce était donc dans les plus purs principes de l’orthodoxie, tandis que le César dont elle dépendait invoquait Jupiter (voy, pour l’éYcché de Paris, la note G ) .

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chrétien, invoquait Jupiter ou chassait par un signe de croix les démons qu'il avait évoqués ; les latebras occultas où se réfugia sa pudeur agonisante pour se soustraire à la pourpre, selon lui , ou selon d’autres, pour irriter les désirs de ses acclamateurs, tout en se ménageant une apparence d’excuse en cas d’insuccès ! Puisse-t-il nous laisser entrevoir aussi les mobiles également secrets des actions si diverses de ce grand acteur 1 !

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