‹ Les arts au Moyen Age (volume 3)Chapitre 13 sur 41 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

C’est le règne du fils même de Clovis, deChildebert, ce roi de Paris par le sort, que Fortunat , évêque de Poitiers, poète en titre de toutes les sommités contemporaines, nous montre vaquant dans ce même palais à des soins moins nobles encore que ceux dont nous chargeons la mémoire du vainqueur de Syagrius et d’Alaric -, qu’il nous fait voir cultivant des fleurs : <c Carias ista placent c/uce manus ilia dédit « -, greffant des arbres plantés sur l’avenue de jardin qui conduisait ce prince horticulteur de son palais , autrement dit le nôtre , au seuil saint de Péglise Saint-Vincent (Saint-Germain-des-Prés) , qu’il faisait construire , c’est-à-dire sur le sol moins aéré et moins fleuri de nos jours des rues Pierre-Sarrazin, du Battoir, etc. :

Ilinc iter ejus erat cum limina sancta petebat Quæ modo pro raeritis incolit ille ( Childebert ) magis.

(Fortunat., lib. vi, carmen vin.)

Qu’on ne s’attende pas à nous voir ici reprendre en sous-œuvre la controverse si longtemps soutenue, et par de plus habiles, sur le passage où le père de notre histoire dirige Childebert vers un faubourg, tandis que Clotaire chemine paisiblement vers Soissons, après l’horrible massacre des neveux de ces deux princes, circonstance qui, selon quelques auteurs, déplacerait la résidence deChildebert, qu'on suppose avoir été le théâtre de ce carnage.

N’ayant jamais pensé que l’indication peut-être incomplète 1 de

> Dans le système de ceux qui , prenant Grégoire de Tours à la lettre , n'admettent pas que Childebert ait dû se rendre d’un faubourg dans un faubourg, nous pourrions supposer, car à nous aussi, tout indigne que nous soyons d’aborder ce grand litige, il peut être permis de procéder par cette voie , que les oncles féroces , pour saisir plus promptement leur proie , se seraient rapprochés du palais de leur mère , quæ tune in ipsa urbe morabatur (ce qui seul excluerait Childebert du palais de la Cité), et qu’après le massacre , exécuté dans un lieu quelconque de la Cité, dont ils se seraient ménagé la disposition, ils auraient regagné , l'un .Soissons, l’autre son palais du faubourg ; mais pourquoi chercher l’hypothèse quand les déductions naturelles s’offrent d’elles-mêmes? Grégoire de Tours , en employant, pour désigner la direction prise par Childebert, les mots in suburbana concessit, aura voulu exprimer que ce prince, faible et irrésolu , ainsi qu’il se montra dans cette circonstance même, fuyant les

TLU PALAIS ROMAIN.'

Grégoire de Tours puisse prévaloir contre tant d’autres témoignages historiques , nous nous abstenons de toute discussion nouvelle sur ce point, et nous plaçons sans hésiter Childebert parmi les hôtes de notre Palais , en regrettant toutefois que les traces sanglantes d’un massacre qui rappelle celui de la race de Constantin, soient venues souiller son enceinte, mais en rendant du moins à Childebert, complice du projet, ce témoignage qu’il ne dépendit pas de lui d’en empêcher X exécution.

Le règne de quarante-neuf ans 1 de ce prince ne fut d’ailleurs pas sans éclat , bien que sa piété trop aveugle l’ait porté , nouveau Théodose, à consommer la ruine des monumens païens échappés aux mesures anterieures et aux recherches scrupuleuses de saint Martin2-, mais d’après les travaux d’art qu’on lui attribue, et qui

poursuites et les malédictions de sa mère, qui n’eût pas manqué de l’aller trouver à Paris, quitta son palais hors de la Cité, et traversa le faubourg qui existait dès lors de ce côté (V. Bonamy, Mémoires de V Académie, t. XV) pour se rendre dans une de ses maisons de plaisance de Palaiseau, de Chelles, ou toute autre ( V).

Cette dernière supposition , conforme à l’opinion de M. Aug. Thierry , qui place la scène du massacre dans le palais de la rive méridionale (p. 136-139 de ses Lettres sur l’Histoire de France ) , nous paraît d’autant plus admissible, que la machination du massacre des enfans étendu à leurs gouverneurs, à leurs pages et à tous les témoins obligés ou non, dut exiger quelques dispositions préalables et des précautions plus faciles à prendre dans le palais d’un des meurtriers, entouré parla Seine et par de vastes jardins, que partout ailleurs; non-seulement le palais de la Cité, dont quelques auteurs disposent pour cette sanglante tragédie, devait être, d’après l’expression de Grégoire, occupé par la reine mère, mais il ne remplissait aucune de ces conditions par ses étroites proportions, et comme placé au milieu d’une population que cette scène de carnage et la vénération qu'on portait à Clotilde auraient pu soulever.

’ Plusieurs auteurs ne le font régner que quarante-sept ans , de 511 à 558 : c’est une erreur. La déclaration par laquelle il institue les droits et prérogatives de son église Saint- Vincent porte. : anno 48 post quem Childeberlus rex regnare cæpit , et Amoin dit : defuncto , etc., 49 postquarn regnare cœperal anno. Sigebert dit d’ailleurs qu’il ne mourut qu’en 559. Du Breul pense que cette, différence, qui, selon lui, serait de quatre ans, peut s’attribuer à l’usage qu’avaient nos premiers rois, de commencer de leur vivant le règne de leur fils , témoin ce privilège des religieux de Montmartin que Louis-le-Gros data de la vingtseptième année de son règne et de la troisième du règne de son fils. Il faudrait alors que Clovis eût partagé, avant sa mort, son royaume entre ses cinq tils , puisque Childebert, qui n’était pas l’aîné , n’aurait pu être investi de la royauté , du vivant de son père , sans que ses frères y participassent.

= On ne voit pas que Clovis , bien qu’il eût pris à Reims , entre les mains de saint Rémy, l’engagement de brûler ce qu’il avait adoré , ait provoqué aucune de ces destructions, et

LE PAL A 1S ROMAIN

subsistent encore dans l’amphithéâtre d’Arles , où il ressuscita les jeux du Cirque 1 , et dans la construction de la basilique longtemps si remarquable de Saint-Germain-des-Prés2, on doit reconnaître que, là où sa conscience n’était pas engagée ou l’était en bonne part , Childebert se montra disposé à rétablir sous un aspect ce qu’il détruisait sous un autre.

AP rès la mort de Childebert, la tradition de son séjour dans notre

ce ne fut que l’année même de la mort de Childebert (558 ou 559), que ce prince , cédant sans doute à des instigations ou à des scrupules religieux, prescrivit des mesures ( Constilutio Childeberti , t. IV, p. 113), dont un concile de Tours de 567 ( Concil Labbe , t. V, p. 861) poursuivit l’exécution. Les germes de l’idolâtrie n’étaient pas encore extirpés de la Gaule à cette époque, car Radegonde , belle-sœur de Childebert , lit brûler , près de Soissons , un temple payenqueles Francs avaient conservé (l’abbé Le Bœuf, p. 208).

1 Ce soin de conservation d’un monument romain si éloigné de la capitale trancherait seul tous les doutes, s’il en existait de véritables, sur le choix que dut faire ce prince entre les deux palais existant à cette époque, in urbe et in suburbam.

2 Childebert et son frère Clotaire voulurent poursuivre en Espagne l’œuvre de leur père contre les Visigoths ariens , alléchés sans doute par les grands débris du trésor de Toulouse auxquels le successeur d’Alaric avait fait franchir les Pyrénées ( voy . chap. xii). Childebert, plus pieux que cupide , se contenta de reliques , et accepta , dit-on , pour la rançon de Saragosse, menacée d’un assaut (Aimoin parle de Tolède), un fragment de la sainte Croix et la tunique ou l’étole de saint Vincent. De retour, il consacra cette précieuse conquête, comme lit depuis saint Louis, par lafondation d’une église , in qua, dit le moine Aimoin, non minimum, vasorum partem , quœ co à Toleto asportasse supra memoravimus cum capsis Evangeliorum , cruces quoque mirifici operis , aliaque dévolus excellent issima contulit munera.

Puisque, selon l’interpolateur d’Aimoin, Cltrogothe et ses filles assistèrent à la dédicace qu'en lit saint Germain, on doit croire que cette solennité n’eut pas lieu, comme on le prétend, le jour même de la mort de Childebert, mais quelque temps après, et, selon ce que dit Aimoin, par les soins de Clotaire. Gislemart , écrivain du IXe siècle , auteur de la Vie de sainte Doctrovée, donne, dans cet ouvrage, de curieux détails sur cette église , encore intéressante pour nous , même depuis sa réédification par l’abbé Morard, à la tin du Xe siècle , et malgré ses diverses transformations ultérieures ( Vita , etc., t. III , p. 457). D'après cet écrivain, le vaisseau avait été construit en forme de croix , et son dôme, couvert de cuivre doré, lui aurait donné le nom qu elle porta longtemps de Saint-Germain-le-Doré, après qu’on eut substitué au nom de Sainte-Croix et Saint-Vincent le nom de l’évêque qui l'avait dédiée (Adrien de Valois, de Bas., chap. v, ix, xxxiv). Voir d’ailleurs Grégoire de Tours (liv. iv, chap. xx) , Fortunat ( Vitasancti Germanie 1. 1 , p. 240).

Cette basilique doit avoir été en grande partie construite par les ouvriers et artistes goths , très experts en cet art , quoiqu’ils ne soient pour rien , ainsi que nous l'établirons au ch. iv), dans la création de notre architecture dite gothique.

le Palais romain.

Palais devient plus incontestable encore lorsqu'on voit la reine Ultrogothe 1 2 et ses deux filles, exilées par Clotaire ( Grég . de Tours , l.iv, ch. xx), reparaître à Ja cour des fils de ceroi, du galant Charibert, qui céda aux princesses le palais qu elles avaient occupé dans leur grandeur (Fortunat., lib. Yi, carmen iy), et se retira de sa personne dans celui de la Cité

Quelle plus forte preuve pourrait-on désirer de cette circonstance qui constitue l'enchaînement de tout notre système , que ces vers si explicites où Fortunat félicite la reine et ses filles d’habiter cette demeure :

Possideas felix hæc Ultrogotha per ævum

Cum geminis natis tertia mater ovans.

(Lib. vi, carmen viii.)

après avoir dit de Childebert, à propos de ce palais même :

Ut de rege pio sit memor omnis homo;

et quelle confirmation de cette occupation continue par tous les princes de cette époque, que ces autres vers où, célébrant la rentrée de Charibert, après la mort d’Ultrogothc, dans le palais qu’avait habité Childebert , Fortunat voue cette résidence à l’amour des

1 La reine Ultrogothe, pins connue par les vers de Fortunat , et par les statues posthumes de style byzantin qui garnissent encore les portaux de plusieurs églises, à Chartres, à Saint- Germain-1’ Auxerrois de Paris , etc. , que par les traditions historiques , devait être un modèle de vertu et de piété, si l’on en juge par ce que dit Surius ( Vit a Batildis ) : Quod Ultrogotha regina fuitnutrix orphanorum, consolatrix pupillorum, sustentatrix pauperum et Dei servorum; atque adjulrix fidelium monachorum. Voir aussi Grog. Tur. (de Mirac ., 1. 1, cap. xii).

Le nom de cette reine peut faire supposer quelle tirait son origine des Goths d’Espagne, avec lesquels Childebert eut des relations de diverses sortes. Ne voit-on pas d’ailleurs plus tard la fille de Chilpéric et de Frédégonde épouser Pœearède ? Nos rois à ces époques ne se montraient pas difficiles en fait d’alliance, puisqu’on lit dans Grégoire de Tours (liv. iv, chap. xxv, xxvi et xxvii) « que Gontran eut un fils d’une servante , que Charibert délaissa « Ingoberge pour Mcroflède , fille d’un ouvrier en laine, eut un fils de Thcudichilde , tille » d’un berger ( paslor ovium ) , et épousa ensuite Marcovière, sœur de Mérotlède ; et enlin » que Sigebert se décida à demander en mariage Brunehaut, fille d’un roi d’Espagne , pour j> ne pas imiter ses frères qui choisissaient des épouses indignes de leur rang , quod fratres s» ejus indignas sibimet uxorcs acciper ent et per vilitatem suam etiam ancillas in tna- » trimonium sociarent. »

2 jgitur postquam prçsbilcr Parisiacæ urbis portas ingressu régis prœscnliam adiit , haie effalus est .

LE fM.MS ROMAIN.

Parisiens, que la présence du neveu doit consoler de la mort de son oncle !

Dilige rcgnantcm celsa Parisiis arce « ,

Et cole tutorem qui tibi præbat opem ,

Hune modo læta favens avidis amplectere palmis .

De Childeberto veteres compesce dolores ,

Non cecidit patruus dura stat in urbe nepos.

( Fortunati carmina, 1. vj, c. iv.)

Après de semblables témoignages de F occupation non interrompue 3 de ce palais pendant un intervalle de soixante ans, de 5o 7, date de la prise de possession de Clovis, à 5 67, époque de la mort de Charibert, nous devrions peut-être faire grâce à nos lecteurs des résultats

• Celsa arce , palais élevé et par sa situation relative sur la pente d'une montagne qui dominait la Cité , et par l’aspect architectural qu’il conservait encore six siècles plus tard, lorsque Jean de Hauteville le représentait touchant le séjour des dieux de sa tête audacieuse, embrassant la montagne de ses ailes :

....... Aula deumque

Sedibus audaci se vertice mandat .

. . monlemôue amplectitur alis.

Celte élévation est d’ailleurs démontrée par la solidité comme par la profondeur des fondations descendant au niveau du Tartare :

Ultima Tarlareos evqiians structura recessus .

pour garantir le soubassement contre l’énorme pression des oeuvres supérieures :

Radices operis ne verticis ardua prœceps Sarcinasubsidat Slygias demiltit in undas.

En effet, indépendamment de la salle des bains de quarante-deux pieds sous voûte et des grands pans de murs de cinq à six pieds d’épaisseur, et d'une solidité à toute épreuve, conservés comme épaulement des constructions de l' Hôtel deCluny ( voy . pl. 11 du chap. 1er), il existe dans cet hôtel, et encore à d’assez grandes distances, même de l’autre côté de la rue de la Harpe, d'immenses substructions que nous n’avons pas fait relever, et qui justifieraient , jusqu’à un certain point , l’expression du même poète : « qu’ici l'homme , en tixant sa de- » meure au centre de la terre, lui a donné l’axe du monde pour appui :

. mundi

Centra fixa domus ntedioque innititur axi.

■> Clotaire Ier , pendant son règne de trois ans , comme roi de Paris , quitta Soissons pour la nouvelle capitale dont la mort de Childebert lui ouvrait les portes. L’exil d’Lltrogothe et de ses filles eut sans doute pour objet de faire place nette dans le palais qu’elles occupèrent de nouveau à la mort de Clotaire, grâce à l’abnégation de son fils Charibert , qui ne se serait sans doute pas retire dans le palais de la Cité, s’il n’eût eu à cœur de continuer le séjour de son père à Paris.

LE P/VLAIS romain.

moins positifs de nos recherches ultérieures : mais cependant le titre seul de notre premier chapitre nous imposant une tâche spéciale qui ne s’est jamais présentée, comme ici, dégagée de toutes complications historiques, de tous accessoires obligés dans un travail d’ensemble 1 , on nous permettra de la poursuivre, mais plus rapidement désormais.

Sans examiner si l’occupation de ce Palais était ou non comprise dans les clauses du contrat d’indivision 2 passé, après la mort de leur frère Charibert, entre les fds et héritiers de Clotaire Ier , et qui interdisait l’entrée de Paris à celui des trois qui n’aurait pas le consentement des deux autres (Grégoire de l'ours, 1. vu, c. vi), et si Gontran y demeura, lorsqu en 5y3 il convoqua le quatrième concile de Paris, tenu dans l’église des Saints- Apôtres (ibid. 1. iv, c. xlviii) 3,

« Nous avons déjà eu occasion de citer la plupart des écrivains , tels que Jaillot , Le Bœuf, Félibien, Romany , qui ont écrit sur le sujet que nous traitons. Dulaure, dans son Histoire de Paris (période xj), a résumé leurs observations , en vingt pages, avec un talent de concision auquel nous vendons justice , car il n’avait pas ici à se défendre de ses préoccupations politicoreligieuses. Mais ce qui devait suffire dans un chapitre épisodique de l’histoire de Paris serait incomplet dans un ouvrage où cet accessoire est devenu le sujet principal , la base des traditions historiques et archéologiques que nous désirons faire entrer dans notre cadre spécial.

2 Cette indivision , comme le tirage au sort des fils de Clovis , prouve , ainsi que l’a si bien démontré M. Augustin Thierry , que les principes constitutifs de notre monarchie à cette époque différaient entièrement de ceux qui la régirent plus tard, différence dont les anciens historiens n’ont pas tenu assez compte.

A la mort de Clotaire , Chilpéric s'était empressé de réunir ses trésors de Draine, et de venir à Paris occuper le trône de Childebcrt , mox Parisius ingreditur , sedemque Childe berti regis occupât (G esta Francorum) ; mais sur l’opposition de ses frères , accepit Charibertus regnum Childeberti, sedemque conslituit Parisius (Ibid., apud Duchesne, t. I, p. 710).

3 Guntchranus rex apud Parisios omnes episcopos regni sui congregat. On voit aussi dans le même historien que , pendant ces seize ans d’indivision , Sigebert fit à Paris ses dispositions pour marcher contre son frère Chilpéric (chap. lxi), et qu’il y fut rejoint plus tard par Brunehaut, qui demeurait à Paris avec ses fils , quand Sigebert fut tué à Yilry en, 576, par les maléfices de Frédégonde (chap. lxii, et liv. v, c. i), tristes effets des divisions de famille ! Brunhildis regina cum filiis suis Parisius residebat , plena luctu , quid de se agere deberet i gnorans (((esta Francorum , apud Duchesne , t . 1, p, 71 2) . Dès celte époque,

4 G LE PALAIS ROMAIN,

arrivons à l’occupation de Chilpéric, qui , pour sanctifier son usurpationen583, s’y fait précéder des plus saintes reliques (1. vi, c. xxvn).

Ici du moins nous allons voir pour la première fois notre Palais , dont aucune considération ne pouvait éloigner ce prince, regorgeant de richesses bien autrement importantes que le trésor des Goths, et même d’objets d’art d’un grand prix confectionnés par nos artistes du VIe siècle , et sous la direction d un prince qui, s’il put à quelques égards encourir ou du moins partager avec l’odieuse Frédégonde l’assimilation avec Hérode et Néron , eut du moins cela de commun avec le dernier, qu’il chercha des délassemens dans l’encouragement des arts l.

Le créateur consciencieux de nos premières annales, contemporain et témoin de la plupart des faits qu’il décrit , nous donne une idée tout autre que celle qu’on se fait en général de l’état de la

et bien que Gondebaut ait assuré un successeur à Sigebert en enlevant son fils Childebert II, qu’il fit proclamer , Chilpéric prélude à son usurpation par de fréquens séjours dans notre capitale ; il saisit à Paris la reine Brunehaut qu’il envoie en exil à Rouen ; il construit à Soissons et à Paris, sur les anciennes arènes, des cirques où il donne des spectacles au peuple (iiv' v, chap. xvni) ; il y convoque ce concile où Grégoire de Tours , menacé par le roi, repousse les tentatives de corruption de Frédégonde, etc. ; il y conduisit aussi son jeune fils , mort à Braine, pour le faire enterrer à Saint-Denis, etc., etc. Ce fut pendant cet intervalle que , selon le très savant , mais bien crédule évêque , les malheurs de la France furent présagés par des signes célestes, tels que comètes, etc., et même par une pluie de

sang véritable : à Parisiaco vero termina verus sanguis ex nube defluxit . et super

veslimenta multorum hominum cecidit , etc. (1. vi, c. lxxiv).

1 Nero nostri temporis et Herodes, dit de lui, avec quelque passion (üy. vu, chap. xt), Grégoire de Tours , qui n’avait pas oublié ses menaces. C’est aussi chez ce même historien (Iiv. vi, chap. xi) que nous puisons la preuve des dispositions de Chilpéric à encourager les arts : dans ces mots prononcés à Novigentum (Saint-Cloud près Paris) en présence de l’historien même, à l’occasion d’un grand surtout (missorium) composé d’or et de pierres précieuses, et du poids de cinquante livres, qu’il avait fait fabriquer : «.Ego hœc ad exornandam » algue nobilitandam Francorum genlem feci. Sed et plurima adhuc, si vita cornes fue- » rit , faciam. »

Nous aurons occasion de parler au chap. xvn (orfèvrerie) de ces missoria, dont le plus beau type fut soustrait par les Goths à la rapacité des Francs , lors du pillage des trésors de Toulouse.

Chilpéric avait encore ce point de ressemblance avec Néron, qu’il faisait des vers , s'il ne les chantait , mais des vers boiteux , qui, selon l’expression de Grégoire, ne pouvaient se tenir sur leurs pieds :

Versiculi

miltis pedibus subsistere possunt»

LE PALAIS ROMAIN

France, naguère dévastée et dénuée de ressources, à des époques si voisines de sa fondation comme puissance indépendante. Non seulement il nous montre (1. yi, ch. xxxii) Leudaste, comte de Tours1, repoussé de notre basilique, où il avait tenté d’obtenir son pardon de l’implacable Frédégonde , s’occupant, sans pressentir le sort qui l'attendait, de parcourir sur la place ( vers notre Marché-Neuf) les boutiques et magasins des négocians et orfèvres, pesant l’argenterie et disant : Hœc et hœc comparabo ; mais que penser des sources de prospérité d’une dynastie si nouvelle, lorsqu’on voit ( chap. xlv ) Frédégonde, effrayant le roi lui-même du surcroît de dot quelle donnait à sa fille Rigonte , partant eli grande pompe de Paris pour épouser en Espagne le fils du roi Leuvigilde j lorsqu’on l’entend, en présence des cinquante chariots chargés d’or et d’argent : « Ut » aurum argentumque et r cliqua ornamenta quinquagiiita plaustra v levaient, » dire aux Francs assemblés : «Ces richesses 11e pro- » viennent pas du domaine public, elles sont le fait de vos largesses, a de celles du roi et de mes économies 5 ? »

Et cependant deux ans plus tard 011 vit encore cette reine, après l’assassinat de Chilpéric 3 au château de Chelles , sc réfugier à Paris avec ses trésors qu’elle confie à l’évêque Ragneniod ( Grégoire de Tours , 1. VU, ch. IV; Aimoin de Gestis Franc., c. lvii), et quelle cache cette fois dans l’enceinte des murs du rayon d’asile affecté à l’église de la Cité, où elle se réfugia, a quos intra murorum septa » conclus crut. »

Celte ambitieuse marâtre, d’abord chambrière de la reine, dont

• Le portrait que Grégoire (1. v, c. xlîy) trace du comte, son ennemi personnel, s applique aux parvenus de toutes lcs]époques : d’esclave d’un vigneron, d employé a la cuisine royale où il avait passé du pilon nu pétrin, «a pistillo promovelur ad cophinum » , et avait été puni de sa désertion par la perle d’une oreille, il devint comte des étables , puis comte de Tours. Son arrogance et scs exactions lui valurent le mépris public et le châtiment que lui infligea la vengeance personnelle de la reine.

2 L’état des domaines royaux, même sous la première race, que nous donnons (note T), servira d’éclaircissement sur ce point.

3 Chilpéric Ier avait sa tombe à Saint-Germain-des-Prés , où les deux fils d’Andovère reposaient près deleur marâtre (Gréy. de Tours, 1. vin, c. x). Cette fondation de Childebcit enleva à l’église de Clovis le droit d’offrir un dernier asile aux princes de sa race, jusqu’à l’époque où la basilique de Dagobert, cette nécropole royale, assigna aux princes de la maison de France une retraite plus durable.

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