XII
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La visite des églises de Paris par Louis-le-Débonnaire , circonstance que Dulaure ne peut contester , date de Tannée meme de la mort de Charlemagne (8 1 4) 1 j mais Thistorien qui cite souvent les Annales Bcrtiniani , devait-il ignorer que plus tard , et notamment en 834, ce prince, victime pour la seconde fois de Tingratitude et de l’ambition de ses fils, fut conduit sous bonne garde à Paris, par Lothaire ? « Patrem suum us que ad Parisius sub memorata custodia )> deduxit (Annales Beri., Ludovicus Pins, ann. 834) 2 -
S il a trouvé , comme l’indiquerait son texte , dans les Annales , année 84 1 : « Carolus LutetiamParisiorumregressus, transito Sequana
1 Ernold Xi gel ne cite que les églises de Saint-Etienne , de Saint-Germain-le-Doré et de Sainte- Geneviève. Il est difficile de croire, ainsi que le dit encore Dulaure en citant le Recueil des historiens de France (t. Y, p. G65, note B), que cette église Saint-Étienne fût l'ancienne cathédrale qui aurait porté à la fois le titre de Sainte-Marie et de Saint-Étienne. L’union de ces deux vocables eût été peu convenable. Ce qui demeure certain, c’est que la cathédrale était dès lors dédiée à la Vierge, ainsi que le prouve un passage d’Aimoin (ch. lvii), et ce vers d’Abbon :
Urbs in honore micat celsa sacrata Maria.
Quant à l'église Saint-Etienne , Bonamy cite (p. G7G) une charte de Louis-le-Gros mentionnant muros veteri ecclcsiœ S.-Stephani , où se tint le concile de 829 , et qu’il pense avoir occupé une partie du terrain de lIIôtcl-Dieu actuel.
= Dulaure aurait trouvé d’ailleurs dans Duchesne (t. Il, p. 309, 310 et 51 1 ) d’autres preu-
ves de cette circonstance en lisant les détails qui précédèrent , accompagnèrent et suivirent la seconde restauration de Louis-le-l’ieux dans la basilique de Saint-Denis , grâce à la division de ses enfans après la convention du Champ-du-Mensonge ( Campus Mentitus) ; il y aurait lu : « Lotharius , pâtre assumpto . . . iter arripuit et Parisiorum urbem petiil, ubi » obviam sibi fore cunclos fideles prœcepil . . . . tandem ergo pervenlum est ad mono s- » terium Sancti-Dyonisii, etc .;» plus loin (p. 511) : « Pipinus. . . adSequanam usque » veniens... Warinus et Bernardus comités ad Matronam fluvium usque pervene- » runt; » plus loin encore : « Verdi Carisiacum villam regiam ubi consistons aperie- » batur fdium Pipinium et eos qui trans Matronam residebant ;» et aurait reconnu que les bords de la Seine et de la Marne , ainsi que Paris où se joignent ces rivières , furent le vrai théâtre de ces machinations , et que les petits-fils de Charlemagne condamnant leur père à mourir sous le cilice dans le monastère de Soissons , conservaient pour leurs ébats la résidence royale de Carisiacus , toute voisine de cette prison , et d’où Charlcs-le-Chauve datait encore ses ordonnances en 877 {Duch., t. XI, p. 461).
LE P SL AÏS ROMAIN
» Jlumine , » comment n’a-t-il pas vu, huit lignes plus loin : « 6’cï- » rolus apud Parisius diutius diversatus, etc. P »
Pour ce qui est de Charles-le-Chauve, à qui son père avait donné en 83y la partie de la Gaule comprenant Paris et son territoire, ce prince ne s’est pas borné, comme le prétend Dulaure, à y passer deux ou trois fois la Seine , amusement qu’il aurait pu se permettre sans déplacement à Saint-Denis, où il résida longtemps, puisque les Annales Berlinicnnes (t.VlIp.60) nous le montrent faisant dans cette ville de grands préparatifs militaires contre les dispositions hostiles de son frère Lothaire , et y séjournant même assez longtemps dans ce but : n est-ce pas d’ailleurs Charles-le-Chauve qui convoqua à Paris l’entrevue de la Saint-Jean, 847 deux ans après la première apparition des Normands sous les murs de Paris, que ce prince préserva cette fois de leurs atteintes, en étanchant leur soif de butin par de riches présens ?
On jugera aussi sans doute, par la lettre du pape Nicolas Ier à ce roi, que nous citons fiole JT), et qui parle des encouragemens donnés par lui à l'étude bonorum artium , in regno vestro et spccialitcr Parisiis 2 , que ce prince vint à Paris dans un but plus noble
» L’entrevue eut lieu à Paris entre les trois frères : Lothaire,, empereur ; Louis , roi de Germanie; Charles-le-Chauve et leur neveu Pépin, roi d’Aquitaine, tous ces princes accompagnés de leurs principaux seigneurs ( Duchesne , Ilist. F., t. Il, p. 408, 409).
On lit dans le titre intitulé Conventus apud Marsnam, et dans Y Adminislratio Karoli : « Scialis, quia dilecli fratres nostri et nos communiter nostrum placitum ( notre cour » de justice), ad missam sancli Joannis apud Parisium condictum habemus. ...»
Un fait vient à l’appui des éloges donnés par le pape Nicolas 1er à Charles-le-Chauve , pour l’encouragement à Paris des écoles fondées par ses prédécesseurs : c’est celui de la fondation sous son règne, par Eric d’Auxerre, des écoles de la rive septentrionale de la Seine, écoles tenues près de Saint-Germain-l’Auxerrois, et dont le souvenir s’est perpétué dans le nom du quai et de la place de l’École.
Charles-le-Chauve habita également Saint-Denis, et fit don à l’abbaye de ce nom de la terre et seigneurerie de Ruel ( Rcuolisque dalor ) , pour obtenir que les belles reliques qu'il offrit en même temps fussent placées sur un autel de porphyre, altare sanclum, devant son sépulchre (Du Breul , p. 821-22-27).
3 Dulaure dit n’avoir pas trouvé les mots specialiter Parisiis dans les lettres qu’il a parcourues et il ajoute que lors même qu’ils s’y trouveraient, ils prouveraient seulement que des écoles furent établies à Paris , comme dans les autres cités , mais non dans 1 a palais de la ville. r>onamy qui cite le specialiter , et qui a droit d’être cru, n’a jamais prétendu qu’il fût l’équivalent d cpalalium: qu’importait au pape que les écoles fussent établies au
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<jue celui de passer l'eau , ce qui donnerait un nouveau démenti aux démentis de l’historien moderne.
Maintenant que nous avons répondu par des pages aux lignes de la note de Dulaure, rentrons dans notre sujet et concluons , à notre tour, du résultat de notre argumentation, d’abord que notre Palais des empereurs romains n’a pas été déshérité de la gloire de servir quelquefois d’abri à l’empereur d’Occident, avant surtout qu’il imitât de nouveau Constantin 1 en se créant une seconde capitale 2 plus au
palais ou ailleurs? II suffît que ce document prouve les encouragemens donnés aux lettres par Charles-Ie-Chauve et par ses prédécesseurs. La question des écoles du palais et celle de savoir si l’origine de l'Université de Paris remonte à ce temps, ce que nous ne croyons pas, sont des circonstances accessoires.
1 Dès 769, au retour de sa campagne d’Aquitaine, il voulut , à l’exemple de Constantin et de Clovis , élever une église en l’honneur des saints apôtres ; mais le choix du site fut moins heureux, car il fonda cette basilique dans une vallée étroite, entre une montagne et une rivière ,juxla fluvium nomine Dronam. Cette basilique, devenue une abbaye de l'ordre de St- Benoît, existait encore il y a quelques années près de la petite ville, célèbre à autre titre , de Brantôme : Locus autan quo basilica fundata est , disent les annales de ce prince, Brantosmis dicilur.
Quant à son intention de fonder aussi une seconde, ou plutôt une troisième Rome, elle se manifeste par ce début d’une pièce de cinq cents vers attribués à Alchuin :
. Ubi Ronut secundo.
Flore novo ingenli magna consurgit ad alla, etc »
^ L’ancienne ville romaine d ’Aquis Granum, qui avait été brûlée par Attila en 451 , fut le lieu que Charlemagne choisit , grand nageur qu’il était, à cause des bains encore subsistans en partie : ob hoc etiam (dit Eginhard/npud Duch., p.101) Aquis Grani regiam extruxit. Rien ne coûta à ce prince , plus grand que son siècle, pour faire renaître sur ce point l’éclat monumental qui l’avait frappé dans ses fréquens voyages d'Italie. Emule de Trajan et d’Adrien par l’activité, Charlemagne voulut prouver qu’il ne leur cédait en rien dans ses goûts d’art. L’immense palais qu’il s’éleva était disposé de telle sorte, que, du point où il se tenait habituellement , il en embrassait, dit-on , l’ensemble et toutes les nombreuses dépendances affectées au logement de toute sa cour, des évêques, des grands vassaux, etc.; à la tenue des conciles , des assemblées générales , etc. , etc. L’église Notre-Dame, où il fut enterré, et qui substitua son nom de chapelle à celui du romain Granus , était également remarquable, ainsi qu’on peut en juger encore dans quelques parties. Si l’épitre 67 du Code Carolin prouve seulement la demande qu’il fit au pape Adrien, consentant, des mosaïques du palais de Ravenne , les belles colonnes de marbre antique provenant également de la ville d’IIonorius , et gisantes encore dans l’église de Charlemagne, après avoir été déplacées par ordre du dernier empereur d’Occident , pour une destination que le sort des armes changea , attestent qu’à cet égard Charlemagne ne se borna pas toujours à formuler des demandes. Il décora, avec une splendeur presqu'égale, les villes d’ingelheim, de Mayence, de Ratisbonne, de Worms ; mais quant à la France proprement dite , on ne cite guère de lui que de très nom-
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centre d’an empire étendu, par son épée, des rives de ia Vistuleaux pointes de la Calabre -, puis, si l’on admet , comme nous nous efforçons de l’établir dans la note X, que les écoles dites du Palais aient été établies à Paris dès l’arrivée d Alchuin 1 en 780 ou 781, par conséquent avant celles qui purent être également formées à Aix-la-
breuses églises de deuxième ou de troisième ordres, en partie reconstruites après l’an mil, lors du renouvellement du bail du monde ; aussi n'est-ce plus que dans quelques parties basses qu’on retrouve dans plusieurs de nos églises le caractère carlovingien ou lombard.
> Alchuin, moine d’Yorck et de race saxonne, que Charlemagne rencontra, dit-on, à Parme ou à Paris, vers 789, consentit, sur ses instances, à quitter l’Angleterre pour la France , où il se rendit avec son frère Aquila. Le zèle qu’il mit à répondre à la confiance de l’empereur, dont il fut, selon l’expression de M. Guizot, le premier ministre intellectuel, lui valut d’immenses bienfaits. La situation de plusieurs de ses abbayes , dans un rayon bien plus rapproché de Paris que d’Aix-la-Chapelle, telles que celles de Ferrières en Gâtinois, à vingt-trois lieues de Paris ; de Saint-Loup à Troyes, de Saint-Josse-sur-Mer en Picardie, et de Saint-Martin à Tours (où il mourut en 804) ' , prouverait que c’est avec raison qu’on le considère comme s’étant voué plus spécialement aux écoles de notre Palais ( diploma Caroli Magni, apudDom Bouquet, t.Y, p. 742; Mabillon, sect. iv, part.i, p. 489). D’autres lettrés d’ailleurs partagèrent avec lui l’honneur d’enseigner la cour et la ville. On cite surtout Paul Wanefried (plus connu sous le nom de Paul Diacre ) , qui entretenait avec l’empereur une correspondance en vers latins, où les énigmes les plus fanatiques se mêlaient aux objets les plus sérieux (voy. Versus Pauli missi ad regem). Cette correspondance , et ce que dit Eginhardde son maître (Duch., t. IF, p.102) : Arles liber aies studiosissime coluit . . . rhetoricœ et dialecticœ, prœcipue tamen astronomiœ ediscendœ, plurimum et temporis et laboris impcrlivit, etc., prouvent que c’est avec raison que Dom Ceillier, et après lui Gaillard (t. III , p. 247-200) , ont repoussé l’interprétation donnée par Voltaire et plusieurs autres auteurs à sa suite, à la phrase d’Eginhard ( loc . cit) : Scribere lentabat.... sed parum prospéré successit labor prœpostcrus et sero inchoalus . qui, au lieu de signifier qu’il ne sa¬
vait pas signer son nom, ne s’appliquerait sans doute qu’à la belle conformation des lettres des manuscrits de ce temps, dans laquelle il est permis à tout le monde, même à un empereur, de ne pas exceller. Un grand nombre de témoignages , surtout celui de Thégan, chroniqueur contemporain, constatent les soins personnels que Charlemagne donnait à la correction des textes, même depuis la mort d’Alchuin, qui termina en 801 , et adressa, de Tours, à l’emreur, la révision complète des livres sacrés.
Ce n’est pas qu’on puisse affirmer cependant que la plupart des vers qui nous restent sous le nom de Charlemagne soient de lui, même lorsqu'il se les attribue, tels que ceux commençant ainsi :
Post palrem lacrymans Cavolus hœc carmina scripsi.
( Concil ., t. VIII, v. 5ao.)
Sa couronne de gloire n’a pas besoin de ce fleuron.
l Elipard, évêque espagnol, lui reproche son opulence et les vingt mille serfs que les bienfaits de Charlemaguc mirent sous sa dépendance,
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Chapelle 1 , on arrivera peut-être à convenir que notre résidence dut être le premier foyer où se concentrèrent et d’où jaillirent les lumières civilisatrices importées par un prince voyageur, avide d’en doter sa patrie ; que ce fut sous ses lambris préservateurs que les douces émanations méridionales succédèrent à celles jusque-là si rigoureuses du Nord, et quon vit semer , croître et se développer des premiers germes littéraires qui produisirent des fruits si savoureux, poindre et se projeter des branches d’art 2 , dont la sève , bientôt refoulée par le retour des influences compressives, ne s’épancha que plus vivement en signalant son jet tardif, mais d’autant plus vigoureux, par d’admirables rejetons3.
j Nous prouverons dans la note Y, en citant les itinéraires tracés par des annalistes contemporains, que ce ne fut qu’en 788 que Charlemagne séjourna pour la première fois à Aixla-Chapelle; ce qui se conçoit si l’on lient compte du temps nécessaire pour construire un palais comme le sien , des églises, des thermes ; en un mot, une capitale digne d’un tel souverain.
A cette preuve viennent se joindre celles tirées des Capitulaires , dont le premier daté d ’Aix est de 789, et de la convocation presque périodique des assemblées générales, ou nationales si l’on veut, assemblées dont M. Guizot a donné (t. II, p. 282, 285) un tableau duquel il résulte que ce ne fut également qu’en 789 que ces assemblées se réunirent pour la première fois à Aix-la-Chapelle. C’était cependant la seizième convocation du règne.
* Dès son premier voyage à Rome , Charlemagne envoya en France, et nécessairement à Paris, sa seule capitale alors, des maîtres de grammaire et de calcul ( Monach . Egolism, Vit. Carol.M., t. V, p. 185). Il expédia aussi des maîtres de chant pour substituer la lithurgie grégorienne à la triste psalmodie en usage alors dans les églises de France. Profitant habilement de sa position pour garder une apparente neutralité entre Byzance et Rome dans la grande question des images , bien qu’il ait exprimé des idées contraires aux principes du concile de Nicée dans les livres carolins qui datent de 790, il put donner asile aux artistes grecs que repoussait la fureur des iconoclastes , et auxquels R.ome , dans sa pénurie et dans sa dépendance, ne. pouvait offrir un refuge utile. C'est à cette migration qu’on doit les premiers sentimens de style bizantin qu’on remarque dans quelques petits monumens français des VIIR et IXe siècles , tels que diptyques d’ivoire, émaux, manuscrits, etc. , sentimens qui disparurent avec les arts qui les produisaient, lors des guerres d’irruption, pour se reproduire plus brillans et sur une échelle plus vaste à l’époque des premières croisades, et même antérieurement, d’après ce que dit Théophile de l’état comparé de nos arts au XR siècle.
Les objets analogues de l’art français , d’époque antérieure au IXe siècle , et dont quelques uns seront reproduits dans nos planches, nous paraissent appartenir à l’école romaine dégénérée, comme les sarcophages d’Arles, etc., s’ils ne sont des essais de quelques moines voyageurs ( voy . chap. v. Sculpture).
3 La Bible , dite d’Alchuin, recueillie par M. Passavant, et qu’il apporta il y a quelques années à Paris , doit être à peu près le point de départ de notre art calligraphique , dont d’autres monumens existent notamment à Rome dans la bibliothèque du Vatican (voy. ce que dit d’Agincourt d’un manuscrit de Y Apocalypse provenant de l’abbaye de Saint-Denis, et exécuté par un franciscain, Ambroise Aulpert, mort en 778, resté à la bibliothèque dellaVal-
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Ce long ajournement des gloires de la France date du règne même de Charles- le-Chauve. A celle époque tombent aussi toutes nos illusions sur la résidence dans nos murs d’hôtes plus ou moins fantastiques, autres que Piagenaire, Rollon , Sigefride et leurs Normands, saccageant à plaisir la demeure de nos rois, se ruant à mille reprises dans son enceinte, en parcourant les immenses sinuosités , les détours les plus secrets 1 par l’appât d’un butin royal -, puis sc
licella, où l’on montre un alphabet majuscule qu’on croit de la main d'Alchuin : liberalium artium opprimé peritus) . Cet art fut nécessairement inspiré d'ouvrages antérieurs, tels que le Psautier aux lettres d'argent de St-Gcrmain que notre Bibliothèque Royale conserve encore. DuBreul, religieux de Saint-Germain-des-Prés, cite (p. 287-289) comme un travail visigoth ou espagnol , « ce Psautier de M. Saint-Germain, dont ce bon pasteur se servait , » écrit en lettres d’argent sur parchemin de pourpe ou violet , que Childebert rapporta » delà ville de Tolède, en Espagne, environ l’an 542 » (voy. manuscrit d’Ada, fille de Pépin, chap. vin).
Il existait aussi à l’abbaye de Saint-Denis, selon le même Du Breul (p. 827) , un Psautier au moins contemporain de la Bible d’Alchuin , « puisqu’il avait été donné à cette abbaye » en 783 par la reine Hildegarde, l’une des femmes de Charlemagne, commandant , ajoute le » chroniqueur, qu’il fût gardé avec les joyaux précieux de ladite église. »
Or , si l'on rapproche cette dernière date seulement (783) de celle que nous affectons à l’arrivée d’Alchuin à Paris (781, 782) et à l’établissement de nos écoles du palais, et si l’on considère que le don par la reine d’un manuscrit si précieux et si rare dans ce temps fut fait à l’abbaye de Saint-Denis, et non à l’église d’Aix , qui n'était pas construite alors, on doit trouver dans ces coïncidences une démonstration qui confirme toutes nos présomptions sur le lieu où dut être fondée , comme le reconnaît M. Guizot (t. 1 1 , p. 359) , la première école du palais, dès 782, sept ans avant que le palais d’Aix-la-Chapelle ait été habitable. Resterait la question de fixité de cette école; mais peut-on raisonnablement croire que les enseignemens, et surtout les travaux de correction des textes comme ceux qui étaient déjà exécutés en deux volumes parle diacre Paul en 758 ( Capit . Bal. , t. I, p. 203) , aient été ambulatoires comme l’académie particulière et comme la justice de ce prince , dans des années surtout où on le voit sans cesse en lutte avec les Saxons, les Lombards, etc»?
Ce premier point admis, on conviendra que le progrès de ces écoles devint de plus en plus sensible en comparant à ces premiers travaux ceux dus aux encouragemens de Charles-lc- Chauve, et notamment cette Bible, dont l’admirable publication de M. le comte de Bastard multiplie en ce moment les curieuses miniatures et surtout les gracieuses majuscules. Ici, plus de doute; Charles-le-Chauve , roi de Paris, demeura sans contact habituel avec l’Allemagne, où régnait exclusivement son frère Lothaire; il devient donc évident que cette Bible, ainsi que le sacramcntaire de Metz (voy. chap. vin) , donné par ce prince à la cathédrale de Saint-Étienne de cette dernière ville, à l’occasion de son couronnement comme héritier de Lothaire, sont des travaux tout français, des fruits perfectionnés des écoles du palais de Paris , fondées par Charlemagne et protégées par Charles-le-Chauve , ainsi que le reconnaît 4 Nicolas Ier. Nous reviendrons sur ce sujet au chap. vnr, Images, etc.
i Jean de Ilauteville a ajouté à l’expression d'Ammicn : latebras occultas, par ces mots : multiplici latebra.
Ï-E PALAIS ROMAIX.
vengeant sur des murs, heureusement indestructibles, de l’affront fait à leurs armes par les sujets du prince dont ils dévastaient le séjour *.
Qu on ne s’étonne donc pas qu'à partir de ces époques , à la fois funestes et glorieuses pour notre cité, nous aussi, imitant la cigogne dont le départ fit pressentir à Attila la chute prochaine d’Aquilée, nous abandonnions, sous les rapports historiques, ce palais dévasté, ces murs encore imposans mais déserts, pour un séjour plein d’avenir .
Ce ne sera pas toutefois sans rendre un dernier devoir à l’objet de nos recherches par l’aperçu de sa situation à l’état de cadavre, dominant encore et pendant trois siècles, dans sa majesté antique, tout ce que l’art plus moderne avait pu lui opposer.