‹ Les arts au Moyen Age (volume 3)Chapitre 2 sur 41 · V1IJ · texte numérisé non relu

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pour y chercher les germes de ce palais somptueux, construit près d’une bourgade, rend moins incohérentes aussi les investigations que nous ferons dans les archives de l’antiquité, pour assigner, autant que possible, l’origine de ses arts, devenus nôtres.

Ces sortes de dissertations seront sérieuses , trop sérieuses peut-être, surtout pour les dames que pourrait effrayer la languequi doitnous fournirnos preuves : car, en rendant hommage aux manifestations , souvent éclairées, qu’un grand nombre d’entre elles exprime en présence de notre collection d’objets du moyen âge , nous ne craignons pas d’encourir leur disgrâce en en faisant honneur â cette perception vive qui embrasse a la fois le monument et les souvenirs qu’il rappelle, et â ce sentiment intime qu’aucun système d’école n’altère, plutôt qu’à de profondes méditations puisées aux sources grecques ou latines. Les Philamintes sont heureusement rares de nos jours, et ce n’est pas, Dieu merci, faire injure à nos dames que d’admettre que la plus instruite donnerait de grand cœur les cent soixante volumes laissés par Pline pour quelques chapitres de Sainte-Palaye ou pour la Notre-Dame de Victor Hugo ; toutes les formules de Cassiodore pour la Gaule poétique , et les nombreuses nomenclatures d’objets d’art du Liber pontificalis d’ Anastase le Bibliothécaire pour quelques lignes archéologiques de ses savans et spirituels successeurs, MM. Ch. Nodier, Ch. Lenormand, Paulin Paris, Jules Desnoyers, etc., etc.; mais le soin que noqs prendrons de reléguer, dans des notes en fin de chaque dissertation , les documens complémentaires et les nombreuses citations à l’appui de nos aperçus, laissera du moins à nos aimables visiteuses le moyen de s’en tenir au texte du chapitre- Nous nous efforcerons d’ailleurs de nous faire pardonner l’aridité relative de nos prolégomènes historiques sur le Palais romain et sur l’Hôtel, célèbre à divers titres, dont le nom domine encore ses belles ruines, par l’intérêt historique aussi positif, mais moins grave, que comportent nos autres descriptions.

Ce ne sera pas encore dans celles relatives aux premiers germes de l’art chrétien, aux peintures des catacombes de Rome, aux sculptures des tombeaux également soustraits aux violences des prédécesseurs de Constantin , que nous trouverons l’art français des premiers siècles, dont le témoignage le plus ancien peut-être résultait de la belle mosaïque delà Daurade de Toulouse, encore existante au milieu du dernier siècle ; mais à partir de l’époque Carlovingienne surtout notre champ s’élargit, et notre tâche, plus nationale, participe par cela même de tout l’attrait qu’offre la marche d’une civilisation progressive. Si l’architecture n’est encore que d’imitation, si la sculpture, celle consacrée par quelques diptyques d’ivoire, évidemment exécutés en France, n’offre également qu’une reproduction des diptyques consulaires des quatrième et cinquième siècles, bientôt poindra l’aurore de nouveaux arts, tout français , ainsique nous le démontrerons. De nos ateliers d’enluminures, produits des écoles du Palais, fondées par Alchuin, et déjà célèbres sous Charles le-

Chauve » , dut naître , vers cette dernière époque même , si la Chronique de St.-Benigne de Dijon parle d’un véritable vitrail , l’art de la peinture sur verre % et les prestiges variés de ces nouvelles mosaïques, à la fois transparentes et parlantes, qui, mariées plus tard aux élégantes combinaisonsde l’architecture dite gothique , enfantèrent ces merveilles complètes de l’art, ces types d’architecture aérienne, inimitable, dignes de la Jérusalem céleste, et dont quelques-uns seulement, préservés par des souillures , sauvés parleur profanation a, ont survécu a nos orages politiques et anti-religieux.

C’est pour ces époques surtout, pour celles mêmes où nos artistes n’étaient pas encore parvenus à s’affranchir des erremens de l’école byzantine, dont nous possédons de nombreux monumens , que les planches d’objets d’art auxquelles notre texte renvoie, tirent un véritable intérêt historique de la participation de ces objets , aux grandes comme aux menues circonstances naïvement retracées par les historiens des Croisades. Qui pourrait voir sans émotion, même la reproduction graphique de ces indestructibles produits des arts de l’Orient, concourant a rehausser l’éclat de nos solennités religieuses; ces châsses multiformes, véritables pénates de notre clergé dans les guei’res d’invasion; ces escrins, dont la riche floraison reste seule éternelle, les cendres qu’ils abiitaient, bien plus précieuses aux yeux de nos pères, ayant été de nos jouis jetées auvent comme objets sans valeur ; ces crucifix enjuponés et portatifs, vrais étendards des soldats du Christ; ces crosses, devant lesquelles s’inclinèrent tant de héros ; ces jolis coffrets â bas-reliefs d’ivoire et d’os, exécutés en Palestine sous l’inspiration des poètes pèlerins; ces hauberts démaillé, a l’épreuve des piles du Sarrasin , et surtout ce jeu d’échecs en ci'istal de roche, sorti des flancs du vieux Liban, gage irrécusable de la vénération, sinon de la crainte que notre saint Roi, aussi vaillant que pieux, sut inspirer, même au prince des assassins ?

Quand plus tard au luxe des camps succède le luxe des cours, les besoins gran-

1 11 existe également en Angleterre , dépôt inviolable et refuge de tant de richesses archéologiques du moyen âge, des manuscrits saxons de cette époque, de la plus grande beauté, et qui , comme les nôtres , l’emportent de beaucoup sur les ouvrages italiens du même temps. Nous osons assurer que, malgré notre prédilection pour nos arts nationaux , on ne nous trouvera injuste envers aucun pays. Nous déplorons trop sincèrement les fâcheux effets , en ce qui touche a nos arts anciens , de cette Superbiti italienne, dont les sentences , jusqu’ici sans appel , ont encore leur retentissement dans nos écoles , pour employer, même envers nos détracteurs, ce système de froid dédain et d’envieux dénigrement.

2 Témoin la belle cathédrale de Notre-Dame de Chartres. Les statues si curieuses de ses portails étaient adjugées en bloc au prix total de ioo f., le démantèlement allait suivre, lorsque Sergeaut, dit Deux Septembre, graveur cliartrain, eut l’heureuse idée de faire placer ce monument de la superstition sous le vocable de la déesse Raison. La Vierge de Bridan, affublée du bounet delà révolution, de l’écharpe tricolore et de la pique de rigueur, n’en resta pas moins la protectrice de son temple, et dut présider, à ce titre, aux danses et libations patriotiques et à des festins qui, au scandale près, n’avaient rien de commun avec les agapes des premiers chrétiens.

dissent et l’art marche a leur suite. Lorsque, par exemple, la tresse de maillefait place a l’armure retentissante, on voit le fer travaillé surpasser le prix de l’or, et le chanfrein du cheval du connétable de Saint-Pol se payer 3o,ooo écus. En même temps l’ivoire, plus souple que jamais, se formule en diptyques aux mille figures, en crosses a sujets de haut goût, en coffrets pour les présens, en allégories symboliques pour l’enveloppe des miroirs encore métalliques; et la miniature, régulatrice du style des autres productions, s’affranchissant des formes droites et empesées , acquiert, sous l’influence protectrice du frère de Charles V, de ce Jean, duc de Berry, dont les librairies furent si célèbres, le mouvement, la finesse et l’éclat qui brillent déjà dans les beaux manuscrits dus a ses encouragemens r.

Lorsque, plus tard encore, le luxe, dont la condition est de croître jusqu’à l’épuisement des ressources, s’infiltre en France sous un nouvel aspect, par l’importation italienne et sous le patronage de nos rois, le concours d’art devint général et populaire, et dut atteindre son apogée; lorsqu’on vit les ateliers de Limoges , de l’hôtel de Nesle et des T huileries, plus occupés de pourvoir a des fantaisies qu’a des besoins, rivaliser d’efforts pour produire a grands frais, quoique en matières si diverses, les hanaps de tôle de Léonard ou de Courtois, les salières d’or ou d’argent de Benvenuto, et les rustiques figulines en terre de l’immortel Palissy. De cette époque, l’art, qui décline s’il ne progresse, tend bientôt, selon nous, à s’oblitérer et s’altère sensiblement de phase en phase, jusqu’à la période de transformation complète où nous nous arrêtons, période dont l’aurore brilla d’un autre éclat , celui du Soleil levant de Louis XIV.

Si nous plaçons toutefois a cet autre point de départ la limite de nos explorations rétrospectives , ce n’est pas que cette nouvelle ère de prospérité pour les arts et pour les lettres, leurs compagnes fidèles , ère plus française peut-être que la précédente, soit pour nous sans prestige ; mais à l’inconvénient de voir Y accord de nos tons , rompu par le clinquant, se joignait celui de sortir d’un cadre donné. Notre vieux manoir nous offrira d’ailleurs l’occasion toute naturelle de quelques invasions dans les temps plus rapprochés, ne fùt-ce que pour assigner les causes de la sur- existence, après le nivellement des sommités féodales, des pompeux débris où nous avons placé notre gîte, heureux en nous y blotissant d’en retarder la destruction de quelques années peut-être. N’est-ce pas, en effet, une charge de notre mission, d’établir par quelles circonstances préservatrices notre capitale, tant de fois reconstruite , conserve intacts a son centre les germes de sa fondation , dans d’immenses substructions romaines , et même dans cette large voûte que quinze siècles et le poids d’un sol tout en-

i La belle publication de M. le comte de Bastard nous révélera ces chefs-d'œuvre de l’art français des divers siècles , en exhumant de nos layettes , dites portefeuilles, pour les illustrer à jamais , des noms à peu près inconnus jusqu’à ce jour, et notamment celui du célébré Jean Fouquet, peintre de Louis XL

lier 11’ont pu disjoindre, sombres réduits où s’entrechoquent sans doute les ombres des empereurs et celles des l'ois Francs, leurs dépossesseurs ? Nous pensons aussi qu’on ne nous saurait aucun gré de nos scrupules si, par respect pour notre cadre, nous nous abstenions de suivre jusqu’à nos jours les transformations successives , quant a la destination , de l’Hôtel que nous habitons ; de le montrer sortant des murailles romaines qui l’arc-boutent encore, déposant son litre de palais pour celui de manoir abbatial, puis le reprenant de fait pour héberger Marie d’Angleterre et Jacques Y, l’aïeul de Jeanne Gray, et le père de M arie Stuart • ; servant tour a tour de refuge au cardinal de Lorraine, pris en contravention, et aux religieuses de Port-Royal ; de lieu d’esbatement a nos premiers comédiens, de résidence aux nonces des papes , d’observatoire à nos premiers astronomes, etc., puis retombant comme propriété locative a la merci du plus offrant.

Grâce a cette localité toute spéciale où nous avons pu classer par affectation de service et d’époques, lorsqu’il a pu dépendre de nous de le faire, les fruits de nos longues explorations, nous pourrons , sans dénaturer les bases et les moyens de contrôle de notre ouvrage, reproduire à la fois, mais distinctement, les objets consacrés par le service de l’autel et ceux qui concoururent aux plaisirs de la table de nos pères, les graves vêtemens sacerdotaux comme les pompeux aornemens des chevaliers et des damoiselles.

Nos planches comprendront donc les produits de l’inspiration religieuse comme les caprices de l’art profane, le vitrail légendaire et la vitre armoriée, le missel et le roman de chevalerie, les chartes et les horoscopes de nos princes et de leurs maîtresses, les diptyques et les miroirs, les éperons et étriers royaux, comme le bâton pastoral et la quenouille, la crédence religieuse et le bahut domestique, le trône féodal et la chaire épiscopale, l’ostensoir et le boucher, la crosse et l’estocade, le ciboire et le lianap, la chasuble et la cuirasse, choses d’ailleurs très conciliables dans les mœurs chevaleresques , et consacrées par les légendes où nous puisons nos scènes d’animation 2.

De longues et bonnes relations avec l’élite de nos artistes nous ont assuré d’habiles et actifs auxiliaires pour l’accomplissement de notre œuvre. On en

1 La sœur de Henri VIII , reine veuve de France , s’y retira en janvier i5 l 5, apres la mort de Louis XII, et y épousa, dans la cliajiellc encore intacte, Charles Brandon, duc de Suffolk. Le neveu du même Henri VIII, Jacques V, roi d’Écosse, fiance' à Madeleine, fille de François Ier, y fut reçu par ce prince, le 3t de'cembre i536, veille de son mariage, et y séjourna avec sa femme au moins pendant les grandes fêtes et joutes dont cet hymen fut l’occasion, et auxquelles Bonjons dit que François Ier prit une grande part.

i Nous ne nous astreindrons pas strictement à puiser nos exemples dans notre propre fonds. Le Musée d’Artillerie et plusieurs collections particulières nous sont ouverts, ce qui nous offrira d’ailleurs l’occasion de quelques excursions dans les beaux cabinets de MM. de Pourtales , Saurngeot, Decourval , de Bruges , Brunel-Venon , duc A'Isln'e, de Rothschild, Irisson, Guyol, baron à'h>ry, Smesson, Leber, etc., etc.

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