‹ Les arts au Moyen Age (volume 3)Chapitre 20 sur 41 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

Matins r&omatus,

La vue que nous donnons (pi. 1) , quoique bien plus importante que la petite eau-forte de Caylus reproduite (pl. 1 1 ), ne peut encore offrir qu’une idée imparfaite de la majesté de ce beau parallélogramme (N° 6 du plan), de la symétrie de son appareil dans les chaînes de briques d’environ huit pouces, restées si pures dans les niches qui font face à la piscine, des voussures à sujets hydrauliques (proues de vaisseau) , soutenant les retombées de la large voûte d’arête % du revêtement de stuc qui n’existe plus guère que dans les parties inaccessibles à la main des hommes, etc. : elle ne peut surtout embrasser les substructionsde cette salle même, les grandes cellules voûtées 1 2 3 formant le centre d’une ville souterraine dont les

1 M. le baron de Breteuil avait conçu cette pensée et chargé Verniquet de dresser et de publier le plan de toutes les parties de constructions romaines de ce palais ; mais la révolution et les vingt-huit ans de soins que cet architecte consacra à son grand plan de Paris laissèrent en projetée travail que Le Grand, l'éditeur de Clerisseau, ne put reprendre comme il en témoigna l’intention. Cette pensée était de tous les régimes; car une voix qui tonna souvent contre le vandalisme dans le sein de la Convention, celle de l’abbé Grégoire, s’éleva plus d'une fois pour notre Palais. La conclusion de son grand rapport du 24 frimaire an III porte : « On dégagera les abords des Thermes de Julien pour offrir aux regards du peuple ce mo- )> numenl antique, le seul que Paris ait conservé. » Et cependant ces abords même, loin d'être désobstrués , restent plus repoussans et plus inabordables que jamais, sous la protection du rideau de planches scellées dans l’ordure qui en défend les approches, et par les chausses-trapes qu’il faut franchir pour arriver à la première enceinte couverte.

2 Ce genre de construction , employé pour les voûtes dans presque tous les édifices romains , divise la poussée et empêche le travail des matériaux dans les parois latérales. Où trouverait-on un témoignage plus positif de sa solidité à toute épreuve?

3 II existe sous la salle même un double rang de caves en berceau , divisées par des murs de quatre pieds. Le souterrain ne se prolonge guère maintenant au-delà de quatre-vingt-dix pieds.

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voies, autrefois ouvertes, sont depuis longtemps obstruées par des éboulemens successifs *, et par la division des dépendances du palais en propriétés particulières, dont la surface emporte nécessairement la jouissance du fonds.

Nous y suppléerons d’autant en expliquant les lignes de ce plan , non en architecte, étant malheureusement étranger à cet art-, mais pour faire voir que, dans leurs idées grandioses , les Romains, malgré la diversité des climats et des exigences de localité , ne se départaient jamais, dans leurs constructions, de certaines règles dominantes. Ici, par exemple, avec un peu de bonne volonté sans doute, on retrouverait dans la division en sept parties, les conditions attachées à la construction des thermes publics par Vitruve , contemporain et sans doute coopérateur à l’édification des premiers établissemens de ce genre 2.

1 Un de ces éboulemens, qui eut lieu vers 1770, sur l’emplacement qu'occupait l’ancien couvent des Mathurins, contigu à l’hôtel de Cluny, a fait découvrir de grandes communications souterraines autres que celles résultant de l’exploitation du sol comme carrière pour la formation du premier Paris. Le besoin de rassurer le quartier l’emporta sur l’intérêt de curiosité : on combla , on mura , et bien fit-on.

Pouvons-nous, à propos de ces souterrains, faire usage d’une note que nous a remise une personne digne de foi à tous égards, mais qui malheureusement ici ne parle que par ouï-dire? Pourquoi non ? Ceux qui nous imputeront une crédulité niaise ou nous accuseront de viser à l’effet, de tendre au merveilleux, de gloser sur l’absurde, seront peut-être les derniers à douter de l’existence, au centre de Paris , d’une grotte enchantée qui, pour briller à tous les yeux d'un éclat d’autant plus neuf qu’il daterait de plus loin , n’attend que la présence d’un chevalier intrépide.

Tel n’était pas, selon la note, l’ancien lieutenant de police , M. Le Noir , qui , je ne sais sur quelles indications, ayant fait lever une des pierres de notre cour (de l’Hôtel de Cluny) destinée à recevoir le choc du dégorgement des gargouilles , aurait fait , dans un souterrain très profond, une descente in fiocchi , puisque le témoin prétendu oculaire lui aurait servi de

caudataire et y aurait trouvé . un grand bassin entouré de statues, etc., etc.; toutes choses

qui n’expliquent cependant pas la détermination qu’aurait prise immédiatement ce magistrat de faire murer l’accès de cette crypte.

Nous tenons en réserve pour les curieux le nom du commis de librairie qui fit les fonctions de caudataire, et qui révéla ce secret de police à notre aimable correspondant, né dans l’hôtel où cette tradition n’était pas autrefois l’objet du moindre doute. Nous pourrions même montrer la pierre levée et scellée de nouveau par ordre de M. Le Noir, à qui se sentirait le courage de tenter l’aventure ; ce que nous entreprendrions peut-être, n’était la fausse honte attachée à une mystification plus que probable.

2 A Mécènes , dit-on , appartint ! idée de fonder des bains publics à Rome, qui n’avait pas encore emprunté ce luxe à la Grèce. Cette idée fructifia promptement , puisque le gendre

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Presque au point de départ de notre plan (coté de la rue de La Harpe), on trouve à droite, près d’un petit canal romain laissé à découvert, une masse de substructions en briques en partie calci-

d’ Auguste, Agrippa, construisit, pendant son édilité, cent-soixante-dix établissemens de ce genre. Jusque-là, les conquérans du monde s’étaient contentés du Tibre ou de quelques spécialités semblables à celle dont Sénèque nous fait un si triste tableau ( Ep . lxxxvi) à propos des bains de la maison de Scipion à Liternum : « Bain étroit, obscur, selon la coutume de si cet heureux temps , où le jour n'entrait que par des fentes, dont le chétif plancher suffisait 33 au héros, la terreur de Carthage, etc. »

Ainsi advint-il à peu près de nos jours. Il n’y a pas plus de trente ans que la statistique thermale de Paris était des plus bornées : on y comptait d’abord deux toues ou bateaux demi-pourris, garnis d’un seul étage de cabines, souvent désertes et mal desservies, malgré d’immenses moyens hydrauliques fonctionnant, comme à Marly, pour un mince résultat; puis quelques antres enfumés dans le goût de celui de Liternum , conservant, sous le nom à! étuves ou d’hôtel de baigneur, les habitudes plus licencieuses qu’hygiéniques des roués de la régence. Qu’on énumère ce que notre capitale compte aujourd’hui de thermes, de néothermes, d’hydrothermes, de bains moscovites, orientaux, etc., etl’on reconnaîtra, en substituant la masure à l’édifice, le zinc au porphyre, ou la baignoire en douves à la piscine garnie de pierres de Thasus (Pline, lib. xxxvi , c. vi) , que les traditions conservées par Poitevin et Vigier , les Mécènes de notre temps, ont fait, sous ce rapport, de Paris une seconde Rome, sauf les exceptions suivantes, qui disparaîtront peut-être avec le temps. Pour le peuple , le prix d’entrée au bain public, un quadrans (4e partie de l’as romain), n’équivalait pas à un centime de notre monnaie :

. . . Dura lu quadrante lavalum

Rcx ibis .

« Tandis que votre majesté ira se baigner pour un quadrans avec la canaille,» disait Horace ( Sat ., 1. 1, sat. ni, v. 157); encore les enfans étaient-ils admis gratuitement, les demi-places n’étant pas inventées alors.

Les bains étaient communs aux femmes et aux hommes jusqu’au moment où Adrien, par des motifs de décence et de bienséance, supprima cet usage qu’Héliogabale, étranger à ces sentimens, s’empressa de rétablir. Vinrent ensuite Marc-Aurèle et Alexaudre-Sévère , qui , plus scrupuleux, le proscrivirent de nouveau : Balnca mixta Romœ prohibait , quodquidcm ante prohibilum Heliogabalus fieri permiserat. Tel était, dans ce temps de perdition, l’attrait réciproque de cet amalgame , qu’il se reproduisit sous d’autres empereurs moins sévères , et qu’il ne discontinua réellement qu’après Constantin , lorsque les idées chrétiennes prévalurent sur les habitudes payennes ; et encore n,e voit-on pas J ulien assister à Pissinunlc à des exercices de ce genre, et bien plus libres encore, en l'honneur de la mère des dieux? 11 ne serait donc pas rigoureusement impossible que les eaux de Rungis eussent servi simultanément aux ablutions de nos ancêtres des deux sexes.

Une autre exception entre mille résulte de ce que les gourmands de cette époque, après le plus copieux repas, cherchaient dans le bain un moyen d’accélérer le renouvellement de leur jouissance :

Pana tamen prœsens, càm tu deponis amictus Turgidus et cruduin p avouera in balnea portas. (Juvcual.)

Nous laissons la Faculté prononcer sur ce moyen, qui, chez nous, contrarie les idées reçues,

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liées, qui constituent évidemment les fondations de l’hypocauste ( hypocaustum ou fourneau destiné à chauffer l’eau et à produire la vapeur) -, et comme ce fourneau , placé souvent dans un vestibule nommé propnigeum (N° 3 du plan), occupait habituellement le point central de la pièce affectée aux bains chauds, laconicum et tepidarium (1N° 4 du plan), on peut croire que cette pièce , la plus grande de toutes dans les balncaria , se prolongeait au-delà de la rue de La Harpe sur le terrain en ligne droite où l’on trouve en effet des fondations romaines 1 .

De cette grande salle TSTo \ , réduite depuis longtemps , par les constructions bourgeoises, à ses murs latéraux, qui décrivent encore de nombreux hémicycles formant des niches pour les statues, etc. , on arrive au N° 5, petite salle étroite qui fut divisée en deux parties et qui est restée couverte. Sa partie droite mettait en communication directe les bains chauds avec les froids , et 1 autre partie pouvait servir soit de sudatorium , lieu destiné aux bains de vapeurs, à la transpiration , quoiqu’on général cette localité fût placée audessus de 1 ’ hypocaustum , soit de frigidarium , où les baigneurs se rafraîchissaient avant de passer d’une température extrême à une autre tout opposée , comme faisaient souvent les Romains. Son exiguité et la légèreté effrayante du cloisonage en blocage et ciment qui sépare son aire du caveau 3 correspondant repoussent toute affectation , qui , par des épanchemens d’eau , eût pu délayer le blocage.

Dans la salle suivante , frigida lavatio ( N° 6) , dont nous avons déjà parlé, on voit encore le circuit de la piscine destinée aux essais

mais dont l’efficacité reconnue ferait la fortune de nos nombreux établissememens thermaux.

■ Nous devons dire toutefois que M. Albert Le Noir a reconnu en dehors de l’enceinte actuelle, des substructions parallèles à la rue de La Harpe qui contrarieraient notre supposition tirée des dispositions habituelles des grands thermes publics, et même de ceux, détachés, des palestres.

2 De ce caveau , où l'on descend par un escalier particulier , on s’étonne qu’une voûte plate, sans voussure ni arêtes , ait , par la seule cohésion du ciment , résisté plus de quinze siècles , non-seulement aux efforts du temps , mais aux énormes poids dont nous l'avons vu chargée lors du transport, dans la salle N» 6, des chapitaux do Saint-Germain-des-Prés et autres énormes sculptures qui s’y trouvent encore.

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