I.E PALAIS KOMAIM
de natation, qui se trouvait placée au nord, suivant l’usage, et dont la perte d’eau communique perpendiculairement avec l’aqueduc souterrain, si bien conservé, qui se dirige vers le réservoircommun, la Seine.
Les salles suivantes sont en grande partie détruites ; mais Tune (N° 8 du plan) n’a perdu qu’en 1787 sa voûte pareille à celle de la grande salle, et également couronnée par un jardin. Ces localités accessoires complétaient sans cloute les dépendances obligées , et devaient, comme plus rapprochées de l’intérieur du palais, à l’usage duquel l’établissement fut créé, plutôt que comme thermes publics, servir aux dernières phases de l'ablution.
L’une était probablement Y elœothesium ou unforio , où les unctuarii enduisaient les baigneurs fashionables d’huiles et de parfums d’Orient, après avoir préparé la peau à cette onction par des moyens alternativement apres et doux 1 .
L’autre devait former Y apodyterium ou le vestiaire 3 ( voir, pour les autres Nos du plan, le chap. 11 ).
Certes, il y avait encore loin de cette disposition, quelque remarquable qu elle fût, aux grands établissemens fondés à Borne, comme thermes publics , depuis l’époque surtout où les empereurs y déployèrent , a l’cnvi l’un de l’autre, un luxe que Sénèque déplore 3,
> Un instrument d'argent, de cuivre ou d’ivoire, en forme de faucille, nommé strigillis, ce qui répond à tous égards à notre mot étrille:, servait à déterger la peau, qu'on adoucissait ensuite avec la pierre-ponce.
2 Le bain étant considéré comme lieu sacré, tout vol fait dans l' apodyterium était puni de mort.
3 Dans cette même épître citée plus haut, l’humoriste Sénèque, qu'on n’accusera pas cependant de décrier le luxe par envie, possesseur qu’il était, selon Dion Cassius, de dix-septmillions cinq cent mille drachmes mal acquis, s’évertue, par une manie philosophique , à récriminer contre la splendeur naissante de ces fondations, et consacre sa plume éloquente, qu’il vendit au parricide assassin d’Agrippine, à blâmer indirectement son élève de la somptuosité que Néron contribua plus que tout autre à introduire dans ses thermes comme dans son palais d’or. Croirait-on, en voyant dans la citation suivante, ce philosophe s’offusquer de l’éclat des thermes de son temps comparé à la simplicité antique des bains de Scipion l’Africain, que Sénèque portait le luxe de son mobilier au point de posséder cinq cents tables de cèdre montées d’ivoire, sur lesquelles il prenait de succulcns repas ?
« Dans les bains destinés à la populace , dit-il , les pierres les plus précieuses, arrondies » sous le ciseau , resplendissent de tous côtés; les marbres d'Alexandrie s’incrustent de ceux » de Numidie, marqueterie brillante entourée d’une bordure, dont les couleurs variées imi- » tent à grands frais la peinture ; les plafonds sont lambrissés de verre ; l’eau coule de ro-
LE PALAIS ROMAIN
quoiqu’il n’en ait vu que le germe,, et qu’Ammien, mieux placé pour embrasser l’ensemble avant les ravages d’Alaric , etc. , résume dans ces mots : « Admiranda est eorum amplitudo et numerus » (1. xvi, c. vi ), et : « In modum pmçincicirium exstructa laça cm. »
11 est vrai que le Paris du IVe siècle ne comportait pas , comme Rome, un établissement qui dût comprendre , avec les ressources du bain , un gymnase destiné à la fois aux exercices du corps, aux délassemens des esprits cultivés et à l’instruction de la jeunesse, qui trouvait à la fois, par exemple, aux thermes de Dioclétien des ablutions salutaires et des moyens d’étude dans la bibliothèque Ulpienne quon y transporta.
Ces galeries , ces portiques , destinés aux enseigncmens comme aux luttes 1 , ne pouvaient convenir qu’à une population aussi nombreuse et aussi éclairée que celle de Rome , à laquelle suffisaient à peine les huit cents bains publics dont nous passerons rapidement en revue les principaux, ceux chez lesquels le nom du fondateur a survécu aux constructions mêmes.
Ceux dits d’ Agrippa, près du Panthéon, furent légués au peuple parce grand homme. Un reste de l’étuve subsiste encore, dit-on.
Ceux de Néron , dont Martial a dit : Quid thcrmis mclius Nero- « nianis? Ils prirent plus tard le nom d ' Alexandrc-Scvèrc j qui les compléta.
Ceux d’Antonin Caracalla , le plus bel édifice du genre, contenant plus de mille six cents sièges de marbre, continués par Héliogabale et terminés par Alexandre-Sévère.
Ceux de Titus, que Trajan augmenta, où fut trouvé le Laocoon , et d’où le cardinal Ferdinand de Médicis tira une magnifique cuve. On en voit encore les restes près de l’église Saint-Pierre-aux-Liens.
» binets d'argent , etc. Quant aux bains des affranchis , ajoute-t-il , quelle profusion de » statues , de colonnes qui ne soutiennent rien ! quelles masses d’eau tombant en cascades
» avec fracas ! . » Puis il termine en disant : « Nous sommes parvenus à un tel point de
» délicatesse que nos pieds ne peuvent plus fouler que des pierres précieuses. » Ce dernier raffinement était, il faut en convenir, un excès de luxe assez mal entendu chez un peuple qui marchait nu-pieds ou à peu près.
« Plaute a dit en parlant des thermes :
Ibi cursu, lactando, hasla, disco, pugilatu, pila,
Saliendo, sese exercebant magisquam scorlo aut saeiist
LE P A. LAIS ROMAIN
Ceux de Gordien , dont Capitolin dit : « Taies , prœter urbenij nusquam orbem terrarum kabuisse.
Ceux de Dioclétien , d’une époque correspondante à celle où furent élevés ceux que nous décrivons, mais d’un style d’architecture bien différent, quoi quen dise Dulaurc. Cet édifice, arrosé des sueurs de quarante mille chrétiens , contenait plus de trois mille sièges en marbre. Nous avons parlé ailleurs de son importance (voir à ce sujet A mmien , 1. xiv, c. vi, et 1. xxviii, c. iv, et la description que fait André Baccius de toutes les dépendances de ce dernier monument).
Nous ne pouvons mieux terminer cette nomenclature , qu’il ne convenait pas d’étendre aux édifices secondaires , tels que les thermes de Constantin, etc., et nous renvoyons pour le développement de oe qui tient à ces habitudes, devenues des besoins que certains Romains satisfaisaient jusqu’à sept fois par jour, aux longues citations consignées dans notre Notice sur le palais des Thermes (p. 245, 24 6 et 247 de l’édit, de 1 834 )•
Il est bien temps d’ailleurs de clore ce chapitre, où nous n’avons que trop usé du droit d’invasion dans le domaine historique que pouvait nous donner son titre : mais, avocat d’office d’une cause désespérée depuis longtemps , défenseur officieux , trop ofïicieux peut-être, dans une affaire où il s’agit de splendeur déchue et dédaignée, d’abandon coupable, d’existence menacée, devions-nous négliger un seul moyen favorable à notre client ? Si nous avons quelquefois outré les argumentations, tordu les présomptions pour en exprimer le suc , assez de grands exemples nous absolvent : la réplique reste d’ailleurs ouverte, et, quelle que soit la sentence que prononcent les juges à leur réveil , nous l’attendons sans crainte et nous la subirons sans remords.
(A, page i .) Les éloges que César prodigue, dans ses Commentaires , à la valeur et au patriotisme de nos ancêtres, sont évidemment l’expression d’une conviction acquise à ses risques et périls, et non l'effet d’un calcul tendant a relever son mérite relatif. La citation suivante, puisée dans le livre v, suffit pour le prouver, en ce qu’il s’agit, non d’un fait d’armes, mais d’une rébellion, circonstance où la générosité du vainqueur est doublement méritoire , a propos du soulèvement général que faillit occasionner la révolte de ceux de Sens (Senonenses) contre Cavarinus , que César leur avait donné pour roi ; tout en convenant qu’à l’exception des Autunois et des Rhémois , il n’y uvait p>as une des nombreuses nations de la Gaule qui ne lui fût suspecte : Nulla fere faerit eivitas non suspecta nobis. Il reconnaît noblement qu’il devait paraître bien dur à une nation toujours victorieuse de subir le joug des Romains : « Idquc adeo, haucl scio, morandum ne sit, cuin pluribus aliis de causis, » tuin maxime, quod, qui virtlte belli omnibus gentibus præferebantur, » tantum se ejus opinionis deperdidisse ut populi romani imperia pei ferrent, » gravissime dolebantur. »
(. B , page 2.) L’autorité de Polybe, à qui Rollin rend un si bel hommage, en disant que la vérité fut son unique étude , a prévalu depuis lougtemps, quant à ce fait, sur celle tonte partiale de Tile-Livc. L’historien grec, désintéressé dans cette question d’honneur national, était en outre bien plus rapproché que l’historien romain de l’époque de l’occupation et de l’incendie de Rome par les Gaulois ( an 364 de fondation). Sa haute position comme général et comme ambassadeur de la ligue achccnne , son long séjour comme otage dans cette Rome qu’il servit, en instruisant les enfans de Paul-Emile , en dirigeant le bras qui détruisit Carthage et Numance , durent lui permettre de remonter aux sources, et garantissent d’ailleurs son impartialité. Chez lui point de balance, de sabre , de baudrier, de væ viciis. Les Gaulois, après une occupation de sept mois, se retirent nantis de mille livres d’or promises par le tribun Sulpitius, pour regagner leurs établissemens des rives de la mer Adriatique, menacés par les Vén'etes. Ce que dit Paul Orose, dans son Histoire Universelle, « que les Gaulois prirent Rome, l’incendièrent et la vendirent, » confirmerait la version de Polybe, que Plutarque met en doute, ainsi que toutes les autres, en disant à ce sujet, dans la langue d’Amiof, § xxx, de la Fortune des Ro-
mains : « Quel besoing est-il de s’arrester a ces vielles histoires la où il n’y a « rien de bien certain ni asseuré, parce que les affaires des Romains furent lors « ruinez et toutes leurs histoires, annales et mémoires confondus. » Beaufort, dans son ouvrage sur l’Incertitude, etc., de l’histoire romaine, page 356, Melot, dans les Mémoires de l’Académie des Inscriptions (tome xv, pages 1-2 1) , se rangent, ainsi que Gibbon, à cette opinion de Plutarque, surtout en ce qui concerne les fables historiques de Tite-Live. On trouve d’ailleurs dans tous les écrivains de bonne foi des témoignages de l’effroi que le nom seul de Gaulois excitait a Rome avant l’expédition de César. Ce peuple, dit Suétone, était le seul que les Romains n’osassent pas provoquera la guerre, et contre lequel il était interdit de se faire remplacer. Tacite, au livre xi de ses Annales, chapitre xxin , fait allusion à ces souvenirs par cette interpellation : Quid si memoria eorum inorirelur , qui Capitolio et ara Romana manibus eorumdem proslratis ? ( Que serait-ce si on rappelait le souvenir des anciennes barbaries des Gaulois, l’incendie du Capitole, de l’autel de Rome et le renversement de ses murailles ? )
(C, page a.) Tout ce qui n’était pas originaire de l’Ausonieou de l’Attique, contrées nourricières de Rome dans les sciences ou dans les arts, était flétri du nom de barbare par les R.omains, qui furent eux-mêmes longtemps désignés sous ce titre par les Grecs. Ces derniers appliquaient indistinctement cette dénomination a toutes les nations étrangères, même aux Egyptiens, leurs maîtres a plusieurs égards. L’imputation de barbarie ou de barbarisme s’appliquait surtout, comme encore aujourd’hui dans nos écoles, à qui ne parlait pas purement la langue de ces contrées. La racine toute greegue de ce mot détruit la supposition admise par quelques auteurs, que la barbe repoussante des hommes du Nord (barba) entrait pour quelque chose dans l’étymologie de ce nom donné, dans les premiers temps , a la religion chrétienne, que les Païens nommaient philosophie barbare.
Si cette formule insultante pour les Romains eux-mêmes, depuis que Pompée avait admis aux droits de bourgeoisie des Barbares, comme les Balbus victorieux avec César et triomphateurs sons Auguste, resta si longtemps d’une application générale, même à l’égard des liabitans de Y Athènes des Gaules, de la maîtresse clés sciences, selon les expressions de Cicéron et de Pline, de ces Marseillais, nommés Trilingues par les Romains eux-mêmes, comme possédant, outre leur langue, celles de la Grèce et de Rome, commercialement parlant, sans doute, c’est qu’alors même que la supériorité lui échappait, le peupleroi voulait en conserver la marque. L’esprit public chez les nations, comme celui de famille dans les maisons historiques, s’alimente de traditions de grandeur, dont on met d’autant plus de soin a se prévaloir que la grandeur elle-même ne s’y manifeste plus par aucun autre signe ; ainsi, cette superbia Italienne, dont nous aurons occasion de parler, et qui subsiste encore aujourd’hui sous les haillons artistiques et littéraires d’un peuple éteint, est encore
l'expression traditionnelle de la morgue dominatrice de ces anciens conquérans tant de fois conquis depuis quatorze siècles.
Hélas! que n’a-t-il, ce peuple si grand et si fier, succombe sous d’autres irruptions de Barbares que celles qui, dès le Ier siècle de notre ère, envahirent chez lui le domaine de l’histoire, de la poésie, des sciences, les avenues du trône et le trône lui-même ! Que n’a-t-il subi d’autre joug que celui de Barbares tels que les Trogue-Pompée, les deux Sénèque, Pétrone, Lucain, Columelle, Martial, Poinponius Mêla, Quintilicn, Silius Italicus, Prudentius, Florus, Paul Orose, etc., etc., et tels aussi qu’Agricola, que Claude même, et surtout qu’Antonin, Trajan et Théodose ! Ses descendans n’auraient pas à rougir de la violation de la loi encore en vigueur, chose étrange, sous les rois goths i, qui interdisait tout mariage tendant a mélanger les sangs romain et barbare; ils n’auraient pas eu a subir a leur tour les insultes de leurs esclaves devenus leurs maîtres, et plaçant le nom de Romain bien au-dessous de celui de Barbare 2 3.
(Z), page 2.) Quintus Roscius, mort environ 60 ans avant l’ère chrétienne, était gaulois (de la Gaule narbonnaise selon le supplément de Moréri) : il fut élevé dans le Latium, près de Lanuvium. Les qualités personnelles de cet acteur chéri des Romains égalaient son talent devenu proverbial, en ce sens que dans chaque profession on appelait l’artiste supérieur le Roscius de son art. Il aurait pu, dit Cicéron, se faire par son talent seul un revenu équivalent a seize cent mille livres ,• mais loin que cette faveur du peuple éveillât sa cupidité , il porta le désintéressement jusqu’à continuer dix années ses représentations , sans rien toucher de la pension de vingt mille écus que lui faisait la république 3.
A l’occasion d’une lutte de talens qui eut lieu entre lui et Cicéron, à la fois son maître eu beau langage et son élève en déclamation , lutte que rappelle sous quelques rapports celle toute mimique dont nous parlerons au cha-
1 II est vrai que celte loi fut souvent violée, même par les chefs de la nation, témoin le mariage d’Ataulfe avec la sœur d’Honorius , et les prétentions d’Attila sur celle de Valentinien III. Bientôt d’ailleurs, ainsi que l’ohserve M. Augustin Thierry ( Lettres sur l’Histoire de France , p. 52 ), « le « mot de barbare perdit toute acception défavorable, les lois de Théodoric, roi des Ostrogotlis, por- » tant qu’elles sont faites également pour les Barbares et les Romains. » Les Francs au VIe siècle se l’appliquaient comme on ferait aujourd’hui même, ainsi qu’on peut en juger par ce passage du liv. IV de Grégoire de Tours, où des moines disent à une troupe de Francs qui voulaient piller un couvent : « N’entrez pas, n’entrez pas ici Barbares , car c’est le monastère du bienheureux Martin. »
2 Au VIIIe siècle, lors des dissensions de Rome avec l’Orient et de l’affaiblissement de l’autorité papale , réduite à venir en France implorer le secours de Pépin- le-Bref , le nom de Romain était tombé dans leplus grand mépris. L’évêque Liutprand écrivait ( Script • Ital., t, II , part. I, p. 4&1) • ic Ce nom emporteavec lui l’idée de la vilelé, de la lâcliete, de la perfidie, de l’avarice, de la luxure, » du meusonge, de tous les vices enfin. »
3 Çette circonstance répond à une observation faite en 1 8 3 7 dans la discussion législative sur les subventions théâtrales.
pilre il i , Roscius publia un ouvrage sous le litre de Parallèle de l’art mimique et de V éloquence 2.
Ami dévoué de l’orateur, romain dont il fut le client dans une affaire grave, Roscius trouva en lui son plus grand admirateur et son plus juste appréciateur à tous égards... La vertu et la probité de Roscius , a dit Cicéron , devaient lui interdire de monter sur le théâtre ; son immense talent doit l’empêcher d’en descendre.
Roscius était extrêmement louche , difformité qui de nos jours eût sans doute changé sa vocation , mais que rendait moins sensible le masque scénique et habituellement outré des anciens, bien que le jeu des yeux y fût réservé. L’usage de jouer en plein jour, et sur une vaste scène éloignée de la plupart des spectateurs , 'a raison de la disposition circulaire des gradins , atténuait d’ailleurs cet inconvénient.
(E, page 2.) La prospérité générale des Gaules , dès le commencement de 1ère chrétienne, se trouve attestée par les discours que Tacite fait tenir a Sacrovir et â Florus ( Annal . , lib. ni , § xt) : Si i/>si Jlorentes quam inops Italia , etc. Quant â l’importance des rejetons de notre souche gauloise , il nous suffit d’extraire ici de la nomenclature sommaire de la note C les empereurs Claude, né à Lyon, et Antonin-le-Pieux , né en 86 et au moins originaire de Nîmes ; le grand capitaine Agricola , beau-père de Tacite , né à Fréjus ; l’bistorieu Trogue-Pompée de la Gaule Narbonnaise, qui écrivait sous Auguste; le poète Pétrone de Marseille , qui fut proconsul de Bithinic comme Pline , et qui , autor purissimee impuritatis , paya de sa vie , en 66 , l’honneur de la surintendance des plaisirs de Néron et la gloire de ses satires.
Si notre cadre n’excluait pas les recherches trop étrangères à notre sujet, nous pourrions confirmer, par de nombreuses preuves, cette opinion vraiment nationale, « que si la France dut aux Romains les premiers germes de civilisa- » lion, ces germes se développèrent bien plus rapidement sur notre sol que » ne le firent ceux importés de Grèce en Italie , après les premières commu- » nications établies entre ces deux contrées. »
11 est a regretter, sous ce rapport, que les principales villes du Midi surtout n’aient pas suivi l’exemple de Toulouse, qui consacra par des bustes en marbre, qu’on voit encore dans la galerie de son Capitole, la mémoire de plusieurs Toulousains célèbres dès les premiers siècles , notamment de cet Antonius Primus (surnommé Bccco dans son enfance), dont le rôle dans la guerre civile qui porta Vcspasien au trône est si énergiquement retracé dans ce portrait peint par Tacite de main de maître : « Slrenuus manu , sermone pramptus,
i Nous renvoyons à la scène Je Thaumaste et de Panurge arguant par signes , scène que nous avons cru devoir rappeler, parce que Rabelais loge le grand clerc venu d’Angleterre à l’Hôtel de Cluny ( <voy . cliap. II).
a L’ouvrage de Beda de Numéris et Sigttis que nous citerons au même chapitre , porte sur le même sujet.
ai
» serendæ in alios invidiæ artifex , discordiis et seditionibus potens, raptor » largitor, pace pessimus , bello non spernandus ( Hist ., lib. ri, § i.xxxvi ). »
Les bustes de Statius Turculus, rhéteur, qui vivait au temps de Néron de Victorinus , d’Arboricus , professeur de belles-lettres des neveux de Constantin qui étudièrent a Toulouse, et autres , confirment d’ailleurs ce que dit Martial de cette ville, «qu’on la nomma Palladio. , de Pallas, déesse qui préside » aux sciences et aux arts : »
Marcus Palladiœ non inficienda Tolosæ Gloria, quein genuit pacis arnica quies.
Qu’on nous permette toutefois , puisque l’occasion s’en offre , d’appuyer ici nos remarques sur l’état florissant d’une partie de la Gaule dans les premiers siècles par quelques détails concernant les fastes historiques et monumentaux de plusieurs villes, qui furent plus florissantes et plus célèbres sous la domination romaine qu’elles ne l’ont été comme capitales de nos provinces ou chefslieux de nos départemens.
Ces détails , auxquels s’en rattacheront d’autres que nous aurons à placer dans les notes suivantes du même chapitre, rentrent d’ailleurs dans le sujet que nous traitons , et établiront le point de départ de l’art français greffé sur souche romaine, et prêt a subir toutes les métamorphoses que lui infligeront les calamités , le mysticisme et les mœurs du pays ».
Nous allons d’abord reprendre Toulouse en sous-œuvre.
Toulouse. — La Tolosa de César, Y urbs Tolosatium de Sidonius Apollinaris, n’était pas seulement recommandable parla culture des lettres; les arts v étaient également en honneur longtemps avant l’occupation romaine , puisque ce fut de son temple, dédié à Apollon par les Tectosages , que le consul Servilius Cæpion enleva d’immenses richesses en tous genres , cent dix ans avant l’ère chrétienne.
Si les rois visigoths, en choisissant cette ville pour leur résidence, n’avaient pas, pour briller d’un éclat personnel, détruit les monumens romains auxquels l’irruption de Clovis , après la mort d’Alaric, porta peut-être une nouvelle atteinte, on trouverait sans doute à Toulouse, comme on trouve a Nîmes, à Arles, etc., des traces de cirques, de théâtres, de temples, de palais dont la tradition seule et le nom de Capitole conservé a l’ Hôtel-de-Ville, consacrent l’existence, attestée d’ailleurs par les belles sculptures recueillies au musée de Toulouse.
Un seul monument de l’époque du règne des Visigoths avait survécu dans
i C’est peut-être ici le lieu de dire que nous enteudons par moyen âge , en fait d’art , l’âge du milieu (in medio moo), c’est-à-dire celui qui succéda immédiatement à l’age premier de la splendeur des arts gréco-romains, et qui se poursuivit jusqu’à l’e'poque où leur renaissance devint sensible ; mais comme les premières lueurs de cette renaissance, dont le génie des Brunellesclii, des Gliiberti et consorts, dota l’Itatlie, dès le commencement du XVe siecle, ne brillèrent pourla France que vers la fin du même siècle , ce qui nous priverait de comprendre dans nos descriptions les merveilles du XVIe siècle , nous nous permettrons d’être sous ce rapport infidèle à notre titre.
[ont l’éclat que comportait l’ inaltérabilité de ses matières : c’était la belle mosaïque qui garnissait toute la paroi circulaire de l’église de la Daurade, monument, disait-on, de la munificence de Placidie , et qui conservait à la France une de ces admirables ornementations qu’on retrouve encore a Rome et à Ravenne, et dont Charlemagne dépouilla, ou voulut dépouiller, cette dernière ville, au profit de sa nouvelle capitale (uoj., pag. 57, sa demande a Adrienler et la réponse favorable de ce pape). Cette mosaïque était encore intacte en 1717, lorsque les bénédictins Martenne et Durand visitèrent la Daurade, couvent de leur ordre •. Comment a-t-elle disparu? Par quelle incurie municipale ce curieux revêtement, si facile a garantir de toute atteinte, a-t-il succombé presque de nos jours ?
Narbonne. — Narbonne passe pour la plus ancienne colonie des Romains dans la Gaule Transalpine. Elle fut soumise l’an de Rome 636 (118 ans avant notre ère ) , a la suite d’une démonstration hostile contre la république.
Cicéron, dont les ancêtres étaient, dit-on, originaires de la Gaule-Narbonnaise: « scilicet Tnllium, eloquenliæ Romæ principem, exparentibusGalliæNar- » bonensis oriendum fuisse , etc. » (dit Duboulay ), parlait déjà de Narbonne comme d’un point d’où les Romains pouvaient observer et tenir en respect les nations gauloises encore indépendantes , « spécula populi romani ». On ne doit donc pas s’étonner qu’ils aient accumulé tant de trésors d’art dans cet observatoire, leur premier pied à terre en Gaule , ne fut-ce que pour séduire à l’occasion les populations circonvoisines par l’éclat de leur puissance.
D’innombrables monumens, dont plusieurs en marbre blanc , détruits par un incendie sous Tibère, furent entièrement restitués par Antonin-le-Pieux , et sans doute successivement accrus ainsi que les autres embellissemens de celte ville , si l’on en juge par ces mots de Sidonius Apollinaris : « Nullo ornamento carens civitas,» et surtout par la nomenclature que ce poète, qui écrivait vers la moitié du Ve siècle , en a donnée dans sa pièce de vers intitulée Narbo :
Mûris , civibus , ambitu , tabernis ,
Hortis, porticibus, foro, tbealro,
Delubris, capitoliis, monetis,
Tbermis, arcubus, horreis, macellis,
Pratis, fontibus, insulis, salinis,
Stagnio, flumine, merce, ponte, ponto.
I Voici ce cjue ces religieux disent à ce sujet ( partie II , p. 47 ) •
« Le sanctuaire surtout est admirable; incrusté depuis le bas jusqu’à la voûte d’un ouvrage a la a» mosaïque : c’est l’unique que j’aie vue en cette manière. Il y a quelques années qu’un homme de » piété, et riche en même temps, s’offrit d’y faire un autel somptueux ; mais, parce que dans son desh sein il fallait détruire cet ancien monument, nos pères le remercièrent, et les pères Carmes profi- ,> tèrent de sa bonne volonté. »
II n’y avait en elfet que des Bénédictins qui pussent préférer une vieille mosaïque à un autel somptueux ; et ce fait seul prouve quel fut et quel sera toujours le résultat des études historiques pour la conservation des monumens des arts.
Occupée comme Toulouse par les Visigots « , Narbonne ne vit pas du moins succomber sous leur orgueil national ses richesses monumentales que la rage frénétique des Sarrasins bouleversa en 719, de manière toutefois a laisser subsister de très nombreux fragmens, qui, retrouvés dans les décombres, furent régulièrement incrustés dans les remparts a la nouvelle d’une visite de François I<‘r, le père des arts.
Cette disposition, que nous désignons par le mot de kaléidoscope , forme encore, selon l’expression de M. P. Mérimée , un musée en plein air v.
1 C’est à Narbonne que fut célébré le mariage du roi visigoth Ataulfe avec Ptacidie , fille de Théodose et sœur d’Honorius , maigre' l’opposition de cet empereur; alliance interdite parla loi romaine que nous avons cite'e, et dont la célébration fut si remarquable pur l’hommage fait à l’épousée de cent bassins remplis d’or et de diamans proveuant des dépouilles des sujets de son frère (V. c. xvn, Orfèvrerie).
2 M. Du Mège, l’un des membres les plus savaus et les plus actifs de cette association méridionale •qui a déjà rendu tant de services à l’archéologie , a concentré cette essence monumentale de l’ancieune Narbonne dans de nombreux dessins qu’il doit publier. Un musée supplémentaire s’est d’ailleurs ouvert récemment à Narbonne, grâce au concours de quelques zélés patriotes , pour recueillir les bribes échappées à l’étalagiste du XVI* siècle.
Ces musées de provinces , fondations modernes , sauf quelques exceptions , et qui tendent à se multiplier, sont d’un véritable intérêt pour l’art, et même pour les études historiques, en ce que les témoignages matériels, résumés par localité, sont là pour éclairer les traditions douteuses. En même temps d’ailleurs qu’ils multiplient les moyens d’études concentrés jusque-là dans les capitales , ils facilitent à l’observateur le classement des productions des arts par caractère de style et de travail , nuances très sensibles d’une province à l’autre , même aux époques correspondantes , et offrent un noble véhicule à l’instruction, au patriotisme engourdi, et, nous ne craignons pas de le dire, à l’oisiveté provinciale. C’est ce que nous espérons démontrer par la note finale de ce chapitre (pag. 132),
Depuis, par exemple, que M. Du Mège a fait apprécier les richesses du beau musée chronologique de Toulouse par de savantes dissertations, que compléteront ses recherches pyrénéennes ; depuis les belles publications de M. Artaud sur son musée de Lyon, et depuis que, par un bel assaut de zèle et de talent, M. de Saint-Mesmin a montré aux yeux étonnés des Dijonais les tombeaux restaurés de leurs anciens ducs environnés de tout le prestige des arts, si bien encouragés par eux, combien n’avons-nous pas vu de Languedociens et de Lyonnais fiers de l’antique splendeur de leur patrie, et de Bourguignons orgueilleux de la gloire spéciale que comporte leur ère d’indépendance?
Et comme en France surtout il suffit de tracer une voie pour que chacun s’y lance, voyez comme de toutes parts les habitans instruits de nos vieilles cités, répondant à l’appel du comité historique central, rompent chaque jour avec leurs habitudes oiseuses pour suivre l’impulsion venue de haut , en embrassant le culte de l’archéologie ou des recherches historiques.
L’administrateur, le magistrat, l’ecclésiastique , le noble châtelain , etc., et jusqu’à l’industriel et au financier, s’arrachent, à l’euvi l’un de l’autre, l’honneur ou le profit d’une découverte quelconque d’intérêt local : on voit le juge numismate supputer l’âge d’une médaille en vidant un référé, l’avocat suspendre la cause des vivans pour argumenter sur celle des morts , le notaire délaisser ses contrats pour les chartes , l’avoué brocher Un mémoire d’archéologie entre deux mémoires de frais, le mire (docteur) in ulroque abandonner l’étude de son sujet pour celle d’un torse antique ou pour l’anatomie des lobes de l’ogive en lancette , et le poète obligé de l 'endroit, l’ancien pourvoyeur du Mercure de France et de VAlmanah des Muses, embouchant une autre trompette, vouer les démolisseurs aux dieux infernaux dans le Bulletin Départemental, certain de trouver un écho dans V Art
Narbonne se glorifie également d'avoir été la patrie d’un grand nombre de savons, eut rc autres de Vqtianus Monlanus, relégué par Tibère aux îles Baléares; de Julius Mont anus qui « a Seneca pâtre, tolerabilis poêla , a filio egregius ap- » pellatur, etc.; » d 'Arlcinus et autres , ainsi qu’en témoigne encore Martial dans son livre (ép. vu) commençant par ces mots :
Nondum murice cultus, etc.
où il est dit que la belle ville de Narbonne, patrie du savant Yolianus, veut Arlcinus pour chef de sa magistrature (voy. aussi les vers d’Ausone, carm. xix, et ceux où il vante l’éducation donnée a Narbonne aux frères de Constantin.
Marseille. — La ville des Phocéens, Massilici (Marseille), fondée sous le patronage de Bellovcse , et dont l’origine est tout asiatique, ne fut d’abord unie aux Romains que par alliance. Elle traitait pour ainsi dire d’égale à égale avec Rome , lorsque César s’en empara pour la punir d’avoir embrassé la cause de Pompée. Les sciences et les lettres étaient de temps immémorial en pleine culture dans cetle ville , qui n’a pas peu contribué par ses exemples et par ses leçons aux progrès de la civilisation du reste de la Gaule. « Erant enim » (dit Duboulay « , en parlant de l’état prospère de cette ville avant la conquête ), « qui grammaticam profitebantur, erant qui eloquentiam, philosophiam, mc- » dicinam, jurisprudentiam, theologiam , in suo quisque genere et scliola exer-
en province, utile et intéressant recueil où notre ardente jeunesse combat , par des explorations en sol vierge , les erremeus de la science purement routinière . et formule en bons termes ses pensées d’art et d’avenir. Il n’est pas jusqu’au hobereau oisif par essence et par tradition semi-nobiliaire , qui , payant malgré lui son tribut au goût du jour , ne se prenne quelquefois à poursuivre une recherche archéologique au lieu de courre un lièvre, et ne s’abaisse à consacrer à des fouilles les soins qu’il eût mis jadis à commenter son écusson douteux ou à relever son colombier féodal.
i En citant, comme nous le faisons dans plusieurs parties de cette note , l’auteur de l’Histoire latine de l’Université, de cette mine habilement exploitée par Crévier, nous faisons nos réserves. Nous ne voulons pas qu’on nous suppose complice de l’aveugle entraînement de cet auteur, qui, pour compléter son système trop patriotique aussi, s’appuie inconsidérément sur l’autoritc de César, de Strabon, de Lucain, de Claudien, de Justin, A"1 Isidore, d 'Ausone, etc., pour constituer , pour ainsi dire , une université druidique. A l’en croire , nos populations méridionales surtout auraient offert , avant l’occupation romaine, une agglomération de savans qui semblaient n’attendre qu’un Richelieu pour s’ériger en académie, prendre séance et publier des mémoires.
Ce qu’il nous suffirait d’établir d’après notre conviction puisée dans des textes formels, c’est l’aptitude des Français à marcher.de pair en tout temps, dans les lettres comme dans les arts, à moyens égaux, avec les nations les plus favorisées sous ce double rapport. Nous ne contesterions pas toutefois à la Grèce et à l’Italie une finesse de tact et une supériorité de goût dues à l’influence d’un climat plus inspirateur, à une plus grande proximité des sources primitives comme à la surabondance des moyens d’exécution quant aux arts ; nous reconnaissons aussi qu’en général nos premières lueurs de science, lettres et arts, ne furent que le reflet de la splendeur romaine , reflet elle-même de la tradition grecque importée d’Orient. Ce rayon ne brilla d’abord par intervalles que sur les surfaces qu’il put frapper, et ne pénétra plus avant dans nos provinces centrales qu’en raison de l’élat do l’atmosphère, qui, après de longues et épaisses ténèbres , ne s’éclaircit réellement , selon nous , qu’au retour des premières Croisades.
notes nu cnAi iTnr
on
» ccbant : idque primum græcam linguam ; dcinde inilo cum Romanis fœdi rc ot » comniercio latiuam : imdc , tesle Varrone , dicebanlur a Lalinis trilingues , » etc. »
Telle était la réputation des écoles de Marseille, sous le rapport de l'instruction et des leçons d’urbanité qu’on y puisait , qu’un grand nombre de riches familles romaines y faisaient élever leurs enfans.
Cassini (Mémoires de V Académie des Sciences, 3i mars 1692) remarque, à la gloire de toute la France, que Pithéas, contemporain d’Alexandre et le premier homme de lettres qui ait paru en Occident, était de Marseille ■ .
Malheureusement, l’éclat monumental de cette ville a laissé peu de traces. On 11e peut cependant douter de son intensité, quand on voit Strabon assimiler les édifices de Marseille a ceux de Carthage et de Rhodes, et citer des temples d’Apollon, de Diane, l’aiguille d’où Pithéas mesurait ta hauteur du pèle, etc.
La porte dite de César, les souterrains de Saint-Laurent et quelques tombeaux chrétiens des premiers siècles, provenant des catacombes de Saint- Victor, et recueillis daus le musée de la ville, jalonnent seuls cette sorte d’illustration. L’esprit essentiellement commercial de Marseille aura, sans doute, comme il arrive toujours, éteint de bonne heure, dans cette ville, le sentiment des arts, même celui de conservation de leurs monumens.
Nîmes. — Si l’on en croyait les historiens qui attribuent la fondation et le nom de celte ville à Nemausus , fils d’Hercule, Nîmes serait l’aînée de Marseille de plus de dix siècles ; mais, sans nous égarer dans un dédale de témoignages, plus ou moins controversables, qui ne défaillent jamais aux historiens de localités (tels que Gautier pour Nîmes), prenons cette ville à l’état de civilisation qu’elle emprunte de son contact avec les Phocéens. Sous le rapport monumental , son lustre 11e doit dater que de sa soumission à Rome, due aux armes de Fabius Maximus , qui vivait plus de deux siècles avant Jésus Christ.
Patrie de Domitius A fer, orateur de grand renom et préteur sous Tibère, Nîmes se glorifie surtout de la naissance d 'Aurelius Fuhiiis, ce consul de Rome a qui Antonin-le-Pieux dut le jour.
Qu’on ne s’étonne donc pasque cet empereur, qui fit renaître entièrement de ses cendres la ville toute monumentale de Narbonne, ait doté la patrie de son père, la sienne par conséquent, de plusieurs de ces grands monumens, dont la surexistence sur un sol ravagé par Chrocus, parlesGotlis, qui firent une
I l u «te ces savuns septentrionaux , dont les profondes recherches peu connues chez nous prouveraient que c’est avec bien plus de justesse que du temps de Voltaire qu’on pourrait s’écücr sans- Jlatterie :
C’est du nord aujourd’hui «jue nous vient la lumière.
M. Lelewel , célébré à divers titres, vient de faire revivre pour nous re premier litre de gloue nationale, eu s’occupant des travaux de Pilhe'as dans un ouvrage sur l’état de l’astronomie à l’époque où cet illustre Marseillais écrivait et observait dans sa ville natale (voir d’ailleurs sur son aiguille, Joui tuforl, Voyage du Levant, t. 1. p. 3, — • Euslal, ad Diony, Perieg., v, y 5),
citadelle des arènes, parle terrible siège de Wamba et par les Sarrasins, témoigneraient presque de l'indestructibilité de quelques œuvres humaines ( voy . note /).
Qu’ Auguste et son gendre Agrippa, dont les médailles affrontées consacrent la double présence à Nîmes, l’an 638 de Rome, aient préludé a ces embellissemens par des constructions, dont la porte dite encore d 'Auguste offre un beau vestige ; que le grand constructeur Adrien, provoqué par une passion d’artiste, le besoin d’opposer son style propre à celui des architectes d’Auguste, et par celui non moins concevable d’enchérir sur le faste de son grand devancier, ait élevé un monument à Nîmes, à Plotine, sa bienfaitrice, c’est ce que nous trouvons à la fois naturel et glorieux pour cette ville; mais ce qui l’est plus encore, c’est l’intérêt soutenu que lui voua le pieux Antonin, et la reconnaissance de cette cité pour les fils d’adoption de cet empereur auquel elle devait, entre autres, selon toute apparence, le plus majestueux et a la fois le plus utile de tous les monumens, dans le grand aqueduc de neuf lieues, résumé par les mots de Pont-du-Gard 2.
Le temple de Diane, ancien JYymvhœum, a la restauration duquel des fonds ont été affectés, sur le rapport de M. Mérimée ; la tour Magne, mausolée sans nom, qui subsiste contre toutes les règles de la statique, par la seule cohésion du ciment romain , comme la voûte plate des Thermes dont nous avons parlé, et un grand nombre de belles ruines, complètent l’ensemble des anciens édifices de cette ville encore toute romaine.
Bordeaux. — « Burdigala , sic diclam putant a Bardis celeberrimis illis » Galliarum vaübus,» était déjà honorablement citée dans Strabon, qui écrivait sous Auguste. Ses écoles jouissaient dès lors, comme celles d’Autun et de Lyon, d’une grande célébrité, a laquelle ne put qu’ajouter le séjour prolongé du poète Ausone, précepteur de Gratien, et qui, né dans cette ville, où il exerça des fonctions publiques, s’exprime ainsi a ce sujet :
Diligo Burdigalam f Romain colo : civis in ilia ,
Consul in ambubus ; cuuæ hic : il>i sella curalis#
Indépendamment du titre monumental qui constate, par les ruines d’un
1 Voir la note / (pag. 98 et 99 (te ce chapitre) , sur la difficulté' de déterminer les dates des monumens de ces époques et sur les divers essais de restitution de l'inscription de la Maison carrée de Nîmes.
a J. J. Rousseau , qu’un n’accuseru pas de fanatisme pour les arts autres que la musique , a exprimé avec l’admirable talent que dous nous plaisons à lui reconnaître dans tout ce qui n’est pas argutie ou sophisme, la profonde impression que lui laissa le premier aspect de ce monument gigantesque , sous lequel l’arc d’Orange, si majestueux lui-même, 11e serait, pour ainsi dire , qu’un point dans l’espace.
Le dernier des trois ponts dont se compose cet aqueduc, en tiaversantle Gard, a cinq cent quatre-vingts pieds de long. Le premier des trois conduits distribuait l’eau à l’amphithéâtre de Nîmes, le deuxieme a la fontaine de lu ville, et le troisième dans les villa qui env ronnent cette ville : quels calculs ! quels soins ! et quelle pompe monumentale dans des objets de pure utilité publique!
bel amphithéâtre de deux cent vingt-sept pieds sur cent quarante, la résidence de Gallien, Bordeaux conserve encore quelques traces de son ancienne illustration dans sa Porte-Basse (de nom seulement), dans quelques débris de murs de son palais de Tutèle (temple des Dioux-Tutélaires) , sacrifié, en i454, pour l’agrandissement du Château-Trompette , et même dans son abondante fontaine de Duge, où le poète Ausone puisa au moins des inspirations dans ces vers :
Salve, fous, ignota hortu, etc.
Lyon. — Quoique fondé dans des temps plus rapprochés, environ quarante ans seulement avantl’ère chrétienne, Lyon, grâce a son origine toute romaine, dépassa bientôt en luxe de civilisation les autres grandes villes de la Gaule, ses rivales. N’est-il pas surprenant que cette colonie romaine, après seulement quelques années de fondation, ait mérité d’obtenir d’Auguste, dans sa nouvelle division de la Gaule, le titre de capitale de la Celtique (ou Lyonnaise), et ait été choisie bientôt après par les autres provinces soumises, au nombre de soixante , d’autres disent même de cent, pour recevoir le monument élevé à la mémoire d’Auguste 1 et à la gloire de Rome : « Àrx Cæsari » Augusto dcdicata? »
Pour apprécier l’importance des monumens de tous genres dont cette capitale, patrie de Claude, devait être couverte, monumens dont il reste bien d’ailleurs quelques traces dans les substructions recouvertes par les ruelles étroites qui constituent la nouvelle cité commerçante, et dans tous les pavés en mosaïque qu’on découvre chaque jour, il suffit d’observer ces majestueux débris d’aqueducs, en partie souterrains, pratiqués sur une distance de douze lieues, et sans considération de l’inégalité des terrains, nivelés par des ponts ou au moyen de syphons ; et cela dans le seul but de conduire l’eau des montagnes du Forez au confluent de deux de nos principaux fleuves !
Sous le rapport des lettres , on doit s’émerveiller encore davantage des succès précoces de l’école lyonaisc, lorsqu’on voit Cicéron, presque contemporain de la fondation de cette ville, reconnaître que le Lyonnais L. Plolius
i Le hasard sans doute , plus que les soins conservateurs , aurait , selon quelques archéologues , perpétué jusqu’à nos jours des fragmens de ce monumentsi remarquable des dispositions de nos populations à peine subjuguées pour leurs nouveaux maîtres , monument plus concluant encore que tous les baptêmes de villes, de la sollicitude d’Auguste pour nos provinces. En laissant les érudits disserter sur la dissertation publiée par M. Artaud (Lyon, i 8a g), et décider, jusqu’à nouvelle solution, si les quatre colonnes antiques de granit, placées dans la crypte de l’église d’Aiuay, voisine du gisement de ce temple , sont celles reproduites dans la médaille qui en consacre le souvenir, nous nous en tenons à ce dernier témoignage qui appuie celui des historiens, notamment de Strabon, contemporain de l’érection de ce temple.
Il n’en est heureusement pas de même de ces tables de bronze , conservées dans le musée d’antiquités lyonnaises , dû aux soins du même savant , et où chacun peut lire cette harangue de Claude , que nous avons citée comme l’une des premières et des principales sources de notre émuncipation intellectuelle. Ici, la controverse ne trouverait pas à mordre.
Bft
Gallus fut le premier qui enseigna publiquement la rhétorique a Ruine ( ejr . ad M. Titium, ajrnd Suelonium , de claris Rhetoribus). Pline le jeune aussi rend hommage auxlettres lyonnaises ( ep . xi, 1. ix).
Autun. — Plus au centre encore de la Gaule, Autun, la Bibracte de César, déjà fidèle a ce conquérant , justifiait à tous égards sous Auguste le patronage de cet empereur. Sa célébrité devait dater de bien loin , puisque Lipsius l’appelle « vetutissimam post Massiliam bonarum artium sedem. » La réputation des anciennes écoles æduensiennes, dont Tacite dit (1. ni , 5 xriii) : « Nobilissimam Galliarum sobolem, liberalibus studiis ibi operatam, >» se maintint pendant les trois premiers siècles. Eumène, né à Autun, attachait d’autant plus de prix à y prononcer ses panégyriques, « quod avus ibidocuis- .» sel et quod Coustantius Cæsar suum erga litteratos amorem testificarelur. »
Que penser du nombre, de l’importance et de la richesse des monumens dont les Césars dotèrent leur ville d’ affection, lorsqu’après sa destruction et 1 incendie qu’elle subit, a la fin du IIIe siècle, lors de la révolte des Bagaudes, et par le siège de Tétricus, aprèsles dévastations d’Attila, le sacage des Bourguignons, la ruine des Sarrasins, en 730, et le coup de grâce de Rollon et de ses Normands, on trouve encore aujourd’hui dans Autun des édifices aussi remarquables que les portes d ’ Aroux et de Saint- André, que les ruines du temple de Janus (le Janitoye), d’un théâtre, d’une naumachie, que la pierre de Couard, etc. 1 ?
Vienne. — La capitale des Allobroges, Vienne, qu ’Eusèbe de Cêsarée désigne comme étant, après Lyon, la plus ancienne métropole des Gaules, 11e le cédait à aucune ville en antiquité ni en splendeur, depuis surtout que devenue colonie romaine, environ soixante ans avant notre ère, elle participa du J uxe de la métropole du monde. On trouve, au livre vu , épig. vin de Martial, contemporain de Néron et de Domitien, un témoignage bien positif du grand renom, à ces époques mêmes, de Vienne-Ia-Belle , où ce poète obtenait des
1 Nous trouvons ici une nouvelle occasion de rendre hommage à la sollicitude individuelle, plus efficace jusqu’à ce jour en matière de conservation que les mesures gouvernementales mêmes. M. Jolivet, bibliothécaire d’Autun , connu par le soin qu’il a mis à colliger de beaux fragmens des arts anciens trouvés dans cette ville , s’ingénia vainement pour sauver au profit de l’état ou de la commune une admirable mosaïque (le combat de Bellérophon contre la Chimère), mise à jour il y a quelques années près des murs de la ville nouvelle. Tout concours lui manquant , il prit , en désespoir de cause , le parti d’identifier cette mosaïque à une résidence qu’il sc créa sur le lieu même, en faisant du pavage ancien celui de son rez-de-chaussée. De belles découvertes en pierres gravées, etc., dans les seules fouilles destinées à préparer cette construction, l'ont d’ailleurs dédommagé de ses sacrifices. C’est, comme l’observe M. Mérimée, une carrière nouvelle à ouvrir à l’active industrie Irançaise que celle des fouilles bien dirigées ( Notes d’un voyage dans le Midi , p. 63).
La reine Brunehaut continua les empereurs romains par scs munificences 'pour Autun; elle y construisit trois abbayes. Nous croyons que l’église de Saint-Martin, oit celle reine fut inhumée, subsiste encore.
succès « qui lui causaient plus de joie que s’il eut été lu par les lettrés d’ Égypte r » que si le T âge eût rempli ses coffres d’or espagnol : »
Fertur liabere meos, si vera est fuma, libellos,
Inter delicias pulctira Vienna suas, etc.
Les restes et fragmens remarquables d’aqueducs, de temples, d’amphithéâtres, et qu’on rencontre dans cette ville, déposent encore du soin que prenaient d’embellir Vienne les empereurs, dont elle formait la première station, lors de leurs voyages dans la Gaule. Plusieurs, et notamment Julien, y passèrent leur quartier d’hiver. Le musée, car a Vienne aussi on a eu l’heureuse idée d’en créer un, a cela de remarquable, que, comme a Nîmes, la localité bien défigurée, il est vrai, par diverses transformations, date à peu près du même temps que les principaux objets qu’elle contient. Si lapyramide'a pans, nommée Y aiguille, placée près de la ville, est, comme on le croit, un hommage a la mémoire cl’Alexandre-Sévère, ce doit être un motif de plus de veiller à sa conservation, a peu près assurée maintenant, dit-on, par un contrat municipal; car ce prince, brave, modeste et lettré, tombé sur notre sol victime de son dévouement a l’ordre, se montra vraiment digne de la vénération et des regrets de tout l’empire.
C’est dans les murs de Vienne que se retira, en 407, ce Constantin, nommé empereur par ses camarades, sur la seule conformité de son nom avec celui du fondateur dé Byzance.
Besançon. — Selon Chifflet, historien de cette ville, la fondation de V esontium aurait précédé de plus de quatre cent trente ans celle de Rome; mais, sans partir de si loin, bornons-nous a faire remarquer que César (de Bello Gall ., 1. 1) la cite comme une des plus fortes villes de la Gaule, et que Julien, dans sa lettre au philosophe Maxime d’Éphèse, datée de 36 1 (lettre ix), en parle en ces termes : « Cette ville , autrefois considérable, où l’on voyait des » temples magnifiques, n’est aujourd’hui qu’une petite place nouvellement » rebâtie. » C’est que déjà Crochus, que l’on retrouve partout où il y avait des monumens à détruire, avait passé par la un siècle auparavant. Ce que Chrocus et ses dignes continuateurs Attila, les Burgondes, etc., n’ont pas entièrement cilacé, ce sont les traces d’un amphithéâtre de cent vingt pieds, les parties encore subsistantes de la porte taillée dans Je roc, et attribuée par les uns a Marins Vipsanius Agrippa, qui séjourna a Besançon, avant de passer le Rhin, et a Aurélicn, par d’autres archéologues, plus habitués à juger de l’âge des monumens par leur style ; ce sont surtout les germes ineffacés delà grande cité romaine qu’on retrouve, à travers toutes les corruptions du langage, dans les noms de quartiers, de rues et de champs du territoire environnant cette ville, telsquele clos Sacra-Septa, Rom-Chau ( Collis-Rorna ), la Rhee (l^icus-Rhece) , Montjuot (Mons-Jovis) , Mercurio (Motis-Mercurii) , Champ-Vacho ( Campus - Bacchi ), Cha-Muse (Campus- Musarum), et tant d’autres que cite La Martinière.
Les écoles Visontincs étaient d’ailleurs célèbres : Titianus, professeur des deux Maximin, en sortait.
Arles. — Nous terminerons cet aperçu rapide de la gloire littéraire de quelques-unes de nos villes, et de leur participation a la somptuosité monumentale des Romains, par quelques curieux détails sur l’une des plus anciennes et des plus riches en magnifiques vestiges de divers genres, en grande partie restitués de nos jours.
I ? Arelate de César, nommée par les Grecs, avant la conquête , Théline, comme qui dirait mamelle nourricière de la Gaule, n’a rien à envier à ses vielles consœurs du Midi. Chef-lieu de l’assemblée des sept provinces de la Gaule, «die reçut de Constantin, qui y séjourna i , le baptême nominal , dont Auguste gratifia tant d’autres cités de la Gaule (voy. note G), et fut sans doute visitée souvent à ce titre par son fils Constance, qui y tint un concile. Arles conservait encore sous Honorius le nom de Constantina-Urbs. C’est dans cette ville, échappée a sa rage, et en présence de monumens, dont l’aspect intact dut en doubler le paroxisme, que le trop fameux roi des Allemands (ou des Vandales), le grand spoliateur Chrocus, subit, en 260, le juste châtiment de ses crimes, après /’ amende honorable h laquelle il fut soumis 1 2 3.
Arles 11e déchut pas de son rang sous les rois visigoths et oslrogotlis, Enric , père à'Alaric , y ayant établi sa cour, et Théodoric la préfecture des Gaules.
La tradition qui nous montre notre hôte Childebert faisant exécuter les jeux du cirque daus les arènes restaurées par ce roi 3, donnerait même lieu de
1 La tradition locale lui assigne pour résidence un palais, dit aujourd’hui de la Trouille, situé sur l»s bords du Rhône, et dont il reste encore de grandes constructions. Par un singulier rapprochement auquel nous avons déjà fait allusion, ce palais des Césars est encore aujourd’hui ce que fut le nôtre d’après le récit de Jean de Hauteville , le refuge habituel des pêcheurs et des pécheresses d’Arles et de sa banlieue.
2 Défait par Marius (on croit que ce fut le général, jadis armurier, qui succéda à Victorin^) , Chrocus fut conduit enchaîné sur les nombreux théâtres de ses dévastations et recueillit les témoignages d’exécration des populations atteintes à la fois dans leurs affections et dans les monumens, dont elles étaient Gères, par ce génie de la destruction et du nivellement, que toute supériorité irritait et qui faisait maicher de front le massacre des évêques et la démolition de leurs basiliques.
Grégoire de Tours a dit de lui ( lil>. I, chap. xxx) : « Commoto exercitu, Gallias pervagavit .
» multæ adrogantiæ fertur fuisse... cunctas ædes, quæ antiquitus fabricatæ fueraut, a fuudamentis >> suldatæ vocant, incendit, diruit atque subvertit.» Et(cap.xxxn) : uChrocus vero apud Arelatensem » Galliarum urhenr comprehensus , diversis adfectus suppliciis , gladio verberatus interiit : non im- » merito pœnas, quas sancti Dei intulerat, luens, »
3 Procope dit (liv. m de la Guerre des Golhs) que les premiers rois francs présidaient aux jeux d'Arles. Agathias observe aussi que les premiers Français imitèrent les Romains ; et Duchesne, dans les Jragmens donnés (t. I, p. 2 38), nous a conservé cette preuve bien plus positive encore : « Unde » et Ai elate nunc résident, ad certamiuis equestris spcctaculum. »
On trouve en outre des titres de la sollicitude religieuse de Childebett pour cette ville dans la fondation du monastère de Saint-Aurélien. Martenue et Durand , dans leur Voyage littéraire de 17^4, en citent la dédicace (p. 386, 387),
NOTES DU CHAPITRE t.
supposer qu’Ailes aurait conservé toute son importance jusqu’à l'époque où les Sarrasins en firent le siège •.
Quoi qu’il en soit, Arles offre encore aujourd’hui, dans les débris de sa grandeur passée, le spécimen le plus curieux et le plus complet des arts égyptien, grec, romain, chrétien (des premiers siècles) et byzantin, .considérés sous diverses faces, savoir :
Obélisque égyptien de cinquante-deux pieds sur sept dediamètre à la base, produit sans doute d’un don de patinage de Constantin 2, symbole d’unité, s’il
i Sidonius Apollinaris parle d’une place d’Arles qui était garnie de statues dans tout son pourtoui . et qui par conséquent avaient e'to respectées jusque vers la fin du Ve siée le.
Il faut croire d’ailleurs que saint Tropliime, le disciple des disciples de Jésus (ou plutôt l’évêque envoyé à Arles versïôo, sous Dèce, par le pape Fabien, etdont parle Grégoire de Tours), ne renversa que les idoles sans attaquer les monuraens du paganisme, puisque les constructions où furent trouvées enfouies de belles divinités païennes avaient survécu à la disparition de ces statues.
N’est-ce pas , au demeurant, à cet excès de zèle pieux qu’on doit la conservation de ces chefs-d’œuvre? L’admirable Vénus , adorée par les Arlésiens , qu’on trouva eu i65r en creusant un puits, non plus que les autres belles statues découvertes plus récemment, restées sur le sol, n’auraient certainement pas résisté aux chances de destruction de plus de quinze siècles. Sauf les restaurations reconnues et signalées par M. P. Mérimée, l'amphithéâtre paraît être resté intact jusqu’à la construction des tours destinées à la défense de la ville, construction suivie de celle des nombreuses habitations, qui transformaient encore il n’y a pas douze ans cet admirable cirque en un pâté d’échoppes.
Il appartint à l’un de nos plus honorables contemporains d’entrevoir la possibilité de rendre ces arènes à leur état normal , et de purger son pays de la honte que faisait rejaillir sur toute la France cette dégoûtante transformation.
En antiquaire zélé, quoique riche, M. le baron Laugier de Chartrouse. alors maire d’Arles et depuis député, plus oseur que ses devanciers , entreprit, coûte que coûte , cet immense déblaiement avec l’ardeur que la plupart de ses collègues mettaient en même temps à niveler les monumens historiques pour construire des bazars, etc.
Il faut avoir vu comme nous M. de Chartrouse à l’œuvre , consacrant sa double influence et tout sou temps à lever les difficultés inextricables et sans nombre qui surgissaient seulement de deux cents contrats d’acquisition , etc. , sans parler des soins continuels qu’exigeait la direction de semblables travaux, pour pouvoir lui rendre aussi franchement l’hommage que nous avons cru devoir consigner ici comme exemple à proposer aux magistrats de nos villes historiques.
2 Nous hasardons cette opinion eu la fondant sur les soins que se donna Constantin, à l’imitation d’Auguste et de Caligula, pour enrichir ses deux capitales de ces stèles consacrés au soleil, sur l’origine et la destination desquels les élucubrations de Young et de Cbampollion n’ont jusqu’ici produit que des suppositions. Le plus grand obélisque connu , le lateranense , que Constance fit placer dans le grand cirque de Rome, avait été relevé du poste qu’il occupait depuis longtemps déjà devant le temple du soleil à Héliopolis , et conduit sur le Nil à Alexandrie par ordre de Constantin (Ammien- Marcellin, 1. xyil, c. îv), et il n’est pas douteux que les deux obélisques existant encore à Constantinople ne soient également des produits d’importation dus au fondateur de cette ville, L’inscription grecque et latine de celui de l’hippodrome (l’almeïdan actuel) porte que Théodose , dont, par un anachronisme digne de notre âge, ou grava les victoires sur le piédestal , ne fit que relever ce monument , en 3go , du lieu où il gisait déjà depuis longtemps ; l’autre obélisque , celui placé dans les jardins du sérail , doit être également le fruit des immenses soins que prit Constantin de meubler sa capitale aux dépens de la Grèce et de l’Egypte. Ou peut donc bien admettre que les vaisseaux expe-
en fut (comme monoly the), rappelant à la fois la métaphysique relig ieuse et l’art gigantesque, mais raide et stationnaire, de cet ancien peuple, monument voué d’ailleurs sous l’inspiration et le patronage du plus grand roi de la chrétienté au culte primitif dont cette poutre (comme dit Pline) était l’expression et l’image 1 .
L’art grec y brillait et y brille encore de tout son lustre, et dans cette belle Vénus de six pieds , d’un marbre et d’un travail qui ne laissent pas de doute sur Y atticisme du ciseau qui le créa, comme dans les admirables sculptures que chaque fouille produit, et dont deux fragmens, la belle tête de Diane trouvée récemment et restée à Arles , et le torse de la même figure antérieurement recueilli et absorbé comme la Vénus par notre musée central, tendent sans doute a se rejoindre 2.
L’art romain du plus beau temps domine encore dans plusieurs grandes constructions de celte ville. Le cirque déblayé et le théâtre qu’on déblaie en sont de magnifiques produits , auxquels viennent se joindre de nombreux
diés en Afrique par Constantin auront, chemin faisant, déposé un de ces monolythes dans la ville que cet empereur avait honorée de son nom.
1 Si l’on s’en rapporte à Pline, qui aurait Lien dû nous transmettre son dictionnaire égyptien, le uom qu’on donnait à ces aiguilles signifiait rayon en langue du pays ( ita significalur nomine Ægyjjtio ), « et ces espèces de poutres qui représentaient en quelque sorte les rayons du soleil, por- » taient sur leurs flancs l’interprétation des lois de la nature et le résultat de la philosophie e'gyp- » tienne.» Trouvé en >389, enfoui dans un jardin près du Rhône , ce monument d’art doit la vie à un édit de Charles IX ( chose étrange ! diront les frondeurs ) ; mais ce 11e fut qu’un siècle après , en 1676 , qu’il en jouit réellement. Le conseil de ville d’Arles saisit pour son érection l’application qu’offrait la devise du gr and roi au culte dont ce monument était le symbole. L’allusiou fut même forcée , car, de peur qu’elle n’échappât , on surmonta le pyramidion d’uu globe azuré aux armes de France , surmonté à son tour d’un immense soleil , avec de nombreuses inscriptions très explicites sur l’objet de cette double dédicace.
2 La divinité des Arlésiens , proscrite par saiut Trophime , fut relevée de cette sentence par Louis XIV, qui compléta la réhabilitation en l’admettant dans son palais de Versailles, d’où elle est venue occuper la place qu’elle remplit si bien dans notre musée ; rien de mieux sans doute pour une époque où l’état était, le souverain , et où le cabinet du roi formait le seul musée de France; mais aujourd’hui que l’art se trouve décentralisé par la création de musées communaux , comme il en existe un beau à Arles sous la direction éclairée de M. Huard , est-ce le cas de poursuivre im système qui appauvrit les localités , sans enrichir réellement un dépôt central gorgé de biens, comme le notre ? Le prestige d’un objet exhumé s’accroît, sur le lieu même de la découverte , de l’isolement, de la rareté des produits et de toute la magie des traditions circonvoisines , tandis que loin de son gisement , perdu dans la foule et réduit à figurer tout au plus le second dans Rome , il dépouille cette auréole pour descendre au rang de marchandise prisée selon sa valeur relative. Ce serait peutêtre d’ailleurs une question à soulever, même à traiter législativement , que celle de savoir si l’état a le droit de saisir par des moyens quelconques , et les communes celui d’aliéner les objets d’art appartenant aux localités , et qui, consacrant leur gloire historique , tendent à accroître les ressources communales par l’attrait si productif de la curiosité nationale et étrangère. Il est vrai que la mesure serait aujourd’hui bien tardive. (Voyez à ce sujet, pag. 1 32 , la note sur les musées d’Orléan», de Rouen , etc. )
débris de construction, notamment dans le quartier de la ville où s’éleva jadis, dit-on, le prétoire, remplacé par la basilique de Saint-Trophime.
Quant à l’art chrétien du Bas-Empire, on en chercherait vainement ailleurs d’aussi nombreux et d’aussi remarquables monumens. Rien de plus curieux pour notre histoire de l’art i que ces sarcophages presque contemporains de ceux des catacombes qui couvraient, et dont plusieurs ornent encore, les eliscamps, cette nécropole, end’autres termes, ce Père-la- Chaise du moyen âge, appauvri par les prclèvemens et par les largesses de Catherine de Médicis », mais encore très remarquable, ne fût-ce que comme monument de la tolérance religieuse de nos ancêtres 3.
11 nous resterait a citer la basilique de Saint-Trophime comme l’un des plus beaux types de l’architecture et de l’ornementation byzantines , mais notre chapitre ni le réclame, et nos lecteurs nous dispenseront bien volontiers d’étendre encore cette trop longue note : la nomenclature donnée â la note G de quelques-unes des villes gauloises qu’Auguste honora de son nom et les aperçus de la note N sur les monumens romains existant dans notre Gaule
i M. Charles Lenormant , dans un article empreint de la profonde instruction et de la haute et lucide sagacité qu’on remarque dans ses dissertations les plus ardues , a donné sur la sculpture de ces sarcophages, et des productions analogues du même art dans les bas temps, des détails auxquels nos lecteurs nous sauront gré de les renvoyer ( Trésor de glyptique , etc. Ornemens. — 2e partie, 3e livraison). L’occasion d’en parler s’offrira d’ailleurs à nos chapitres III et V, et à propos des villes nées au moyen âge.
i D’après l’opinion qu’on nous a faite sur cette princesse , dont on n’a peut-être pas assez apprécié la fausse position , d’abord entre la duchesse d’Etanipes et Diane de Poitiers , puis vis-à-vis des Guises, nous en serions presque à regretter d’avoir si souvent à parler de sa passion pour les arts et de son goût éclairé pour les nobles constructions comme pour les collections. Il faut pourtant faire la part de ce qui peut tendre à modifier les cruelles impressions retracées par ce nom seul , et rendre à Catherine dissimulée, superstitieuse , etc. , etc. , cette justice , que son séjour de 5o ans en France fut marqué par de grands services rendus aux arts.
Le goût de la petite nièce de Léon X, et, d’après le témoignage même de Philibert de l’Orme, son talent personnel , ses souvenirs d’Italie, et le désir de continuer chez nous ses traditions de famille , contribuèrent beaucoup à illustrer, sous ce rapport, le règne de Henri II, près de qui elle exerça du moins cette sorte d’influence.
Nous parlerons ailleurs de son château des Tuileries, de ses travaux au Louvre , de son hôtel de Soissons , de son sépulcre des Valois à Saint-Denis , etc. , et des nombreux manuscrits provenant de son aïeul , dont elle a enrichi la Bibliothèque royale ; notre remarque actuelle ne se rattache qu’au voyage presque triomphal qu’elle fit en i564 et i565 avec Charles IX visitant son empire comme Auguste, sans comparaison. Dans ce voyage célèbre par la fête donnée dans les arènes de Nîmes, Catherine fut également frappée des monumens d’Arles, et surtout de ses sarcophages. Elle en demanda plusieurs et en donna au duc de Savoie et à d’autres seigneurs. De très curieux ont été recueillis au musée d’Arles.
3 Les plus anciens de ces sarcophages ne datent guère que du IV« siècle. Le diis manibus, alternant avec le signe de la rédemption , prouve qu’à ces époques la terre ne faisaiL pas encore acception ou plutôt exception de personnes. Le païen endurci et le néophite exalte , les persécuteurs et les persécutés dormaient paisiblement côte à cote dans le sein de la mort qui confondait tout alors .
NOTES nu CHAPITRE I.
vers l’année 292, viendront d’ailleurs s’y rattacher et former un faisceau de preuves a l’appui de nos remarques contraires, nous le savons, a beaucoup d’idées reçues, mais qui, reconnues justes, confirmeraient pour les arts ce que M. Guizot a si bien démontré pour la civilisation en général, en disant :
« On peut dire que la France a été le centre , le foyer de la civilisation de » l’Europe... et il est impossible de méconnaître que toutes les fois que la » France s’est vue devancée dans la carrière de la civilisation, elle a repris une » nouvelle vigueur, s’est élancée et s’est retrouvée bientôt au niveau ou en » avant de tous ( Histoire Générale de la Civilisation , p. 4 et 5). »
On ne peut en tout cas nous savoir mauvais gré des illusions qui nous montrent quelques-unes de nos villes , rivalisant d’éclat dès les premiers siècles avec le foyer même d’où partit le rayon vivifiant; et d’autres, telles que Gergovie prospérant sous la consécration baptismale d’Auguste {voj. note G), de manière a se faire emprunter par Néron, quelques années plus tard, le seid sculpteur auquel ce prince artiste ait voulu confier sa reproduction colossale ».
(F, page 2.) Gibbon remarque qu’ après la chute des- Ptolémées il s’écoula près de deux cents ans (jusqu’au règne de Septime-Sévèrc ) avant qu’un Egyptien fût admis dans le sénat de Rome, où les Gaulois obtinrent leur entrée quatre-vingt-quinze ans après la conquête de leur pays. Le sénatusconsulte de la septième année du règne de Claude qui leur conféra ce droit fut en grande partie obtenu par l’insistance de cet empereur, qui, Gaulois de naissance , ne partageait pas les préventions romaines contre « ce ramas d’é- » trangers, dont les ancêtres avaient taillé en pièces des armées romaines, » avaient tenu Jules-César assiégé dans Àlésie ( Tacite , Annales, 1. xi, § xxiii).»
C’est dans ce dernier historien que nous puiserons également la preuve que dès son époque (1er siècle) les Gaulois n’étaient plus exclus du commandement des légions et des provinces, et que ce que nous appelons la fusion des deux peuples était opérée : « Ipsi plerumque legionihus nostris præsidatio : » ipsi lias aliasque provincias regitis. Nihil separatum clausumve, etc. ( Hist ., » lib. iv , § lxxiv ) . »
(G, page 2.) Dans ses limites naturelles , malheureusement restreintes aujourd’hui, la Gaule, bornée par les Alpes (y compris la Suisse), par le Rhin, la mer et les Pyrénées, contenait, a l’époque de la conquête, cent quinze cités,
1 Zénodore , dont le nom est évidemment grec, appartenait probablement à cette nation. Winckelmann n’en doute pas (I. vi , cliap. VI ) ; n’est-cc-pas un motif do plus de constater comme un fait digne de remarque , l’existence à cette époque d’un aussi grand artiste au milieu de nos montagnes d’Auvergne ? Ajoutons qu’il y travailla dix ans à une statue de Mercure qui coûta quarante millions de sesterces ( neuf millions de francs ) ( V . Pline , 1. xxxiv , cap. 8 , $ i ) ; et que ce ne put être par dénuement que Néron, sur la haute réputation de Zénodore , l’arracha à notre sol et à nos cncouragemeus, « accetus est à Nerone », pour s’élever sa célèbre statue de cent vingt pieds (voy. chap. v ).
En considérant les travaux exécutes à Augustoiiemelum , dès le Ier siècle , par Zénodore comme point de départ de la chronologie de la sculpture française , on regrette d’autant plus que ce bel art ait attendu aussi longtemps avant de remonter à ce premier niveau.
comprenant environ huit cents villes ; et si le dénombrement donné cent vingt ans plus tard par l’historien Josèphe est exact, quatre cents villes nouvelles se seraient élevées dans cet intervalle de temps ; mais ce prétendu accroissement doit tenir en grande partie au système de classement et a la nuance, souvent très légère, qui distinguait la cité (civitas) de Y oppidum, ou encore à des considérations de localités, applicables par exemple a Lutèce, qui, malgré son exiguité, démontrée par sa circonscription alors tout insulaire, n’était pas moins dès lors , a raison sans doute de sa situation géographique , considérée comme une place importante, même au temps de César (c. vi) 1 , qui y convoqua les étals de la Gaule : « Concilium Lutetiam Parisiorum transfert.»
Lorsque Auguste, après avoir soumis l’Aquitaine, visita la Gaule en souverain désireux de connaître ses besoins et d’y satisfaire, non content de subdiviser les cent états qu’elle comprenait suivant le cours des rivières, il s’occupa de les rattacher a l’empire par d’autres liens que ceux de la crainte et de la soumission. Son principal moyen, déjà employé par divers conquérons, et par Auguste lui-même dans d’autres dépendances de son empire, fut de rehausser l'importance d’un grand nombre de villes autres que celles déjà romaines par leurs relations coloniales, soit en leur donnant son nom, soit en les créant, comme Lyon, métropoles de nouvelles divisions qu’il créait. Environ deux siècles de repos presque continu dans la Gaule favorisèrent le développement de cette grande pensée, dont la trace subsiste encore dans nos géographies la tines. Citons quelques exemples :
Trêves, la plus ancienne ville de la Gaule-Belgique, selon les historiens
i Dulaure attribue à Julien le germe de nos liberte's municipales , et dit que sous son règne le chef-lieu des Parisiens reçut le titre de cité , perdit son nom primitif de Lutetia , et fut appelé Parisii, les Parisiens ; et il ajoute , t. I , p. i 34 : « Ce ne peut être que lorsque cette ville fut érigée en cite , qu’elle devint le siège d’un évêché.
Nous n’argumenterons pas sur l’époque précise où Parisii a prévalu , malgré les preuves que nou» pourrions citer de la conservation du nom de Lutèce , dans plusieurs ouvrages du Ve et du VIe siècles : nous ferons seulement remarquer que, si la constitution de l’évêché entraînait , comme nous le croyons aussi, celle de la Cité, il faut que Paris renonce à avoir cette dernière obligation à Julien, qui ne vint dans cette partie de la Gaule qu’en 356 , époque postérieure de dix ans à celles ( 346 et 347 ) , où un évêque de Paris, Victorin , assistait en cette qualité au conseil de Cologne ( Concil , Labbe , t. XI, p. 6i5 et 623).
De combien d’autres redressemens de ce genre l’ouvrage si répandu, et d’ailleurs fort remarquable, de Dulaure pourrait fournir la matière / Notre tour viendra sans doute ; mais les erreurs , dans une miscellanée comme la nôtre , n’auraient pas la même importance que chez cc grave historien , où elles pullulent ; ce qui tient sans doute à l’immeuse quantité de faits qu’il a voulu retracer. On se sent d’ailleurs moins indulgent pour un écrivain qui élève comme Dulaure la prétention dogmatique de ne jamais errer , et de n’écrire que d’après des études approfondies. Comment excuser, par exemple, qu’après avoir pris le soin de faire connaître qu’il a composé un ouvrage sur l’état géographique et politique des Gaules , pendant la domination romaine , il répète , pages 98 et 1 33 du tome Ier, que Valent résidait à Paris avec Valentinien , en novembre et décembre 365 , tandis qu’il est si notoire que de 364 à 366 , époque de la mort de Procope , Valens ne quitta pas l’Orient, etc,, etc.
qui la fondent douze cent cinquante ans avant Rome , échangea son nom de Treviri contre celui d ' Augusta Trevirorum. A cette dot purement nominale les successeurs d’Auguste en ajoutèrent une plus réelle, grâce à laquelle la métropole de la Gaule finit par balancer l’éclat plus métropolitain encore de Rome même. Constantin surtout l’enrichit d’un capitole et d’autres embellissemens propres a justifier les épithètes que lui prodigue Ammien-Marcellin , de « principum domicilium, principum solium, Urbs Augusta, etc., » et l’importance que lui donne Ausone dans scs vers de Claris Urbibus.
Omnipotens dudum celebrari Gallia gessit Trevericaque urbis solium : quæ proxima^Rlieno Pacis aut in mediæ gremio secura quiescit :
Imperii quod alit, quod vestit et armat.
Trêves était en effet une des huit cités de la Gaule qui avaient le privilège de battre monnaie et de fabriquer des boucliers, des armes et des vêtemens poulies armées romaines.
La splendeur de celte ville fut de longue durée, car on retrouve dans Fortunat, au VIe siècle, les mots de nobilis urbs, nobilium et caput , appliqués à Trêves , qu’Anastase nomme encore au IXe Metropolis Galliarum (voy. noteiV).
De toutes les villes de Gaule, assez nombreuses comme on va le voir, auxquelles Auguste imposa son nom, devenu palronimique, on ne voit guère qu’Autun qui ne l’ait pas secoué , ou du moins qui ait conservé dans son appellation actuelle l’empreinte baptismale, corrompue il est vrai, du nom d’ Augustodunum , donné par cet empereur a la Bitracte de César , à Y oppidum apud Eduos maximœ autoritatis.
Serait-ce un témoignage du constant dévouement aux intérêts de Rome que montrèrent, dès l’époque de la conquête, les fidèles Eduens de César : «Æduos » quos præcipuo semper honore Cæsar habuit pro vetere et perpétua erga po- » pulum romanum fide ? »
Cette trace aurait alors été conservée pour perpétuer les dispositions assez étranges d’une population du centre de la Gaule en faveur de ses conquérons, dispositions mises cependant â de rudes épreuves, et qui, trois siècles plus tard, auraient coûté à Augustodunum les monumens accumulés dans cette ville par la faveur impériale dont elle jouissait, si notre fondateur, Constance- Chlore, n’eût pris le soin d’acquitter la dette de Rome en réparant les dommages causés par l’indignation patriotique de Tétricus (voy. la note E poulies autres titres de cette ville a l’intérêt des archéologues).
Notre intention n’étant pas de recommencer ici une nouvelle série de villes gaul oises plus ou moins célèbres, bornons-nous â citer, comme ayant été nommmées par Auguste, en France seulement 1 : Auch ( Augusta- Ausciorum
i Les autres parties des Gaules participèrent également à cet honneur : Londres , par exemple, reçut le nom d'Àiigusto-Londiniitni ou TrenobanUmi , etc.
notes do chapitre î.
Ptolomée); Soissons {Augusta-Suessonum) ; Saint-Paul-T rois-Châteaux {Augustci-T ricaslricorum ); Tours {Augusta-Turonum) ; Sainl-Quentin {Augusta- Veromanduorum) ; Troyes {Augusta-Bona) ; Poitiers (Augustoritum) , etc. , et encore Clermont (. Augustonemetum ) ; soit que ce nom , disparu comme les autres, dût, ainsi que le pensent quelques auteurs , remplacer celui de la Gergovie de César, ou que, selon l’opinion de Longuerue , etc. , ce fût le titre de la fondation faite par Auguste d’une ville nouvelle à une lieue de cette Gergovie même x.
{H, pag. 2.) Le soin qu’on prit de buriner sur les tables de bronze trouvées dans le Rhône {voir les Notes de l’abbé Broder et l’ouvrage de M. Artaud) le discours que Claude prononça dans le sénat pour obtenir le sénatus-con-
i Quoi qu’il en puisse être de cette alternative qui divise encore les érudits, la ville rebaptisée ou fondée par Auguste ne conserva pas longtemps ce dernier nom, puisque Grégoire de Tours n’y fait aucune allusion en parlant à vingt reprises de Clermont, qu’il nomme toujours urbs Arverni, du nom de ces Auvergnats dont parle César.
A ce sujet , qu’on nous permette une remarque qui découle naturellement des observations do Grégoire de Tours.
Au livre xvi, cbap. XXX de son Histoire , il parle d’un temple gaulois dédié à Vasso (le Mars ou le Mercure de ce peuple), qui existait à Clermont ( urbs Arverni ) et que Chrocus brûla, ruina et bouleversa, malgré l’épaisseur de trente pieds qu’avaient ses murs : « Yeniens vero Arvernos, delu- » brum illud quod Gallica lingua Vasso Galateæ vocant, iucendit, diruit atque subversit. »
Or, si l’on se reporte aux monumens du siècle d’Auguste, de cette époque où l’art romain, professé par Vitruve lui-même, savait assurer la solidité des édifices autrement que par l’épaisseur démesurée des murailles , on serait en effet disposé à considérer ce temple comme une œuvre gauloise antérieure au voyage d’Auguste, et appartenant à une de ces époques primitives où les peuples, étrangers au sentiment comme aux règles de l’art, font consister le grandiose dans la masse ; mais alors comment concilier l’existence de ce temple dont les débris furent, dil-on, employés à la construction de la cathédrale actuelle de Clermont, avec la fondation de cette ville par Auguste? Peut-on supposer que les Arverni , en construisant leur nouvelle ville sous le patronage et peut-être des deniers de l’empereur, auraient répudié non-seulement ses dieux, ce qui pourrait s’admettre à la rigueur, les religions païennes n’étant pas exclusives , mais encore les principes d’art auxquels tenait beaucoup le prince qui se vantait d’avoir trouvé Rome de briques et de la laisser de marbre ?
11 faudrait donc , selon nous, ou que Grégoire de Tours se fût trompé en nous donnant comme un ancien temple gaulois de proportions insolites un monument du siècle d’Auguste, ou que ce temple, s’il remontait réellement à l’état d’indépendance de la Gaule, ait existé à Gergovie, dont, en ce cas, Augustodunum , urbs Arverni, et Clermont, seraient la continuation, avec le seul eftet d’une transformation toute nominale.
Dans toutes les hypothèses on doit admettre que ce fut pour ce temple, détruit seulement vers la moitié du troisième siècle, que Zénodore exécuta en dix ans, sous Néron, la statue de Mercure en bronze , du prix de neuf millions, dont nous avons parlé note E, monument que n’aurait pas admis le culte des Gaulois qui ne personnifiaieint pas leurs dieux , et dans la valeur materielle duquel Chrocus trouva du moins, comme dans le plomb qui, selon Grégoire, recouvrait le temple, de quoi satisfaire ù la fois sa cupidité et sa fureur dévastatrice.
Quant à la différence du vocable , elle importe assez peu, rien n’établissant positivement si Vasso était le Mars ou le Mercure des Gaulois. Quoi d’ailleurs de plus commun , même chez nous, que ce? transformations de dédicace, surtout dans le passage d’un culte à un autre?
suite dont nous avons parlé , afin de vouer ses nobles paroles à la reconnais-» sance des Gaulois, prouve l’importance qu’on y attachait, et l’espoir qu’on mettait dans cette allocution pour les prospérités futures de la Gaule. Tacite, dont les expressions, a raison de sa position élevée et de son grand caractère d’historien, ont ici presqu’autant d’autorité que celles de Claude lui-même, rehausse encore le mérite de la pensée et de la forme de ce discours : il ne craint pas d’attribuer a Claude l’assimilation complète des vaincus aux vainqueurs dans ce passage remarquable ( Annal . , 1. xi , § xxiv) : « Nunc pœnitet » Balbos ex Hispania nec minus insignes viros a Galliâ Narbonensi transivisse ? » Manentposteri eorumnec amore inhanc patriam nobis concedunt.» (Regrettons-nous d’avoir pris à l’Espagne des Balbus et à la Gaule-Narbonnaise tant d’hommes non moins illustres? Leur postérité subsiste encore, et leur amour pour cette patrie ne le cède point au nôtre.) » Et dans cet autre passage plus significatif encore, où il reconnaît que depuis la conquête de la Gaule la paix avec ses habitans a été constante et solide , « continua inde ac fida pax , » et engage les pères conscrits a consommer l’union des deux peuples qui ont des moeurs, des arts, des alliances communes , « jam moribus, arlibus, affinitatibus » nostris mixti. »
C’est dans cette même allocution qu’on trouve une pensée profonde, quoique bien simple , que l’homme du pouvoir devrait toujours avoir présente et que Mme de Sévigné s’est appropriée par ce mot piquant : « Ce que nous voyons » aujourd’hui sera l’histoire un jour. »
Tacite fait dire a Claude : « Quæ nunc vetutissima creduntur nova fuere ; » et plus loin : « Inveterescet hoc quoque : et quod hodie exemplis tuemur, in- >> ter exempla erit » (ceci deviendra ancien a son tour, et ce que nous défendons par des autorités en servira). Voy ., sur les Discours de Tacite, l’abbé Barthélemy, Mém. de Littérature. , t. XX VIII, p. 079.
(J, pag. 3.) Ce long intervalle de sécurité fut mis à profit par divers empereurs ou par leurs lieutenans pour l’embellissement de la Gaule. Nous avons
1 Bien qu’il n’existe en France qu’un petit nombre de mouumens romains dont on puisse assigner lu date précise, on s’accorde cependant à reconnaître que les plus remarquables appartiennent au siècle des Antonins, siècle de décadence, dit-on, en le comparant à celui d’Auguste, d’après la profusion des ornemens et l’incorrection de certains détails , mais cependant bien pompeux encore. F.n l’absence de dates, de caractères positifs ou de traditions écrites, on a cherché des analogies de style et des circonstances à la fois honorables pour le prince et pour ,1e pays : c’est ainsi qu’on est arrivé à supposer, par exemple, que la plupart des arcs-de-triomphe qui, plus ou moins altérés, couvrent encore le sol de la Provence , tels que ceux d’Orange, de Saint-Rcmy, de Carpentras, etc., avaient été érigés en l’honneur de Marc-Aurèle, dont les victoires en Germanie assurèrent la sécurité de la Gaule. C’est d’ailleurs en général, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, aux règnes des meilleurs ou des plus grands princes qu'appartiennent les plus beaux et les plus nombreux raonumens fondés par leurs soins généreux ou par l’élan des populations reconnaissantes.
Winckelmann confirme cette observation générale en disant (U II, p. 4^d) " que Titus fit plus pour’ » les arts en deux ans qu’il régna, que Tibère n’en avait fait dans le règne de vingt-deux ans; »
parlé dans la note E de plusieurs villes richement ornées pendant cette période, entre autres de Nîmes i, restée toute romaine, etde Narbonne, dont les édifices jadis si remarquables se résument, comme nous l’avons dit, en un kaléidoscope monumental offert a la curiosité de François Ier ; mais beaucoup d’au-
et (P* 478) « q»e l’art, considéré seulement sous le rapport de la peinture et de la sculpture, tomba » en décadence sous Commode , fils et successeur indigne de Marc-Aurèle, pour ne reparaître que « plusieurs siècles après , semblable, ajoute ce grand historien de l’art , à un fleuve qui se perd » sous terre et qui ne se montre qu’à une très grande distance de là. »
i Nous allons, sauf à tirer sur nos gens et à faire sourire les indifférens en matière archéologique, citer deux témoignages des difficultés qu’on éprouve à classer les anciens monumens par phase d’art, à raison du plus ou moins de sobriété dans leur ornementation , etc., et des déceptions auxquelles on s’expose en procédant par voie conjecturale , et surtout en substituant l’esprit de système à celui d’observation et au doute, s’il y a lieu.
Ce sont les notes d’un voyage dans le Midi, de M. P. Merimée, qui nous fourniront les preuves de la vanité de nos systèmes, lorsqu’ils ne reposent que sur une idée fixe à laquelle nous plions sans autre examen toutes les déductions, pour obtenir une palme que trop souvent, hélas ! un autre nous airache pour se la voir enlever a son tour , car le propre de tout système est d’en susciter d’autres qui, ainsi qu’il arrive depuis trois siècles pour les monumens celtiques, triomphent tour à tour tant qu’il ne surgit pas, du hasard quelquefois, une démonstration qui vient confondre toutes les hypothèses.
Le président Séguier avait, par une ingénieuse combinaison, restitué entièrement, il le croyait du moins et les savans aussi, l’inscription dédicatoire de la Maison carrée de Nîmes, dont les lettres de bronze ont disparu eu laissant seulement la trace des pointes qui les fixaient sur la frise ; il résultait évidemment de la disposition des deux trous, seuls appareils à la place qu’occupait la première lettre, que le monument avait été dédié à Auguste, et l’on s’accorda dès lors à reconnaître que son style ne démentait pas cette noble origine; mais un Nîmois , moins facile à convaincre que ce qu’on appelle le monde savant, M. Pollet, s’avisa, dans son scepticisme, d’y regarder de plus près, et parvint, sans doute au moyen d’un lessivage, à découvrir à la place qu’occupait cette première lettre si décisive, trois nouveaux trous que le mortier avait cachés aux yeux moins exercés de M. le président Séguier. On juge du bouleversement que cette grande découverte opéra dans les convictions. Le changement du C eu M transforme, à n’en pas douter, le temple d’Auguste en un monument élevé par les Nîmois aux deux fils adoptifs de leur grand compatriote Antonin, Marc-Aurèle et Lucius Velus ; la preuve s’en tire en outre, pour qui a d’excellens yeux et un peu de confiance, des mots principibus jiwenlutis , qu’il ne tient qu’à vous de lire dans une espèce d’ombre d’inscription configurée par d’autres trous. Attendons le résultat d’une nouvelle investigation. ...
L’autre fait est plus gai et prouve avec quel aveuglement certains Winckelmann de provinces , fort louables d’ailleurs dans leurs intentions, chevauchent poétiquement sur le dada qu’ils enfourchent, disposition excellente pour produire des objets d’art, mais non pour les juger.
M. Malafosse, antiquaire du Midi, moins versé sans doute dans la science de l’antiquité que les DuMège , les Chaudruc de Crazanne et autres, décrivant et commentant les bas-reliefs des monumens de Saint-Rémy, les a jugés du premier siècle et nous a prouvé, à nous autres étrangers à cette localité, comme quoi telle composition, fruit sans doute des eucouragemens de -notre vainqueur, grand amateur, comme Suétone le prouve, reproduisait la victoire de Jules-César dans la Gaule : telle la défaite des Allobroges et la mort de la fille d’Orgetorix ; tel le trépas à jamais déplorable de notre respectable aïeul Camulogène, etc. ; mais voici venir notre inspecteur-général des monumens, qui, peu disposé à croire sur parole , classe tout d’abord le monument dans un siècle de décadence, puis s’approchant pour voir, afin de mieux croire, métamorphose d’uu coup d’ceil et d’un trait de plume
très cités gauloises jouirent en même temps des mêmes faveurs : Fréjus, Orange, Trêves, Langres, Reims, Sens, Lillebonne, Lesheven, Quimper, Loc- Mariaker, Nantes, Le Mans, etc. {voir pour les cirques seulement la note iV), peuvent encore montrer au moins des fragmens d’un luxe monumental, dont le principal déploiement doit remonter au règne d’Adrien, ce prince héritier des pensées d’art de Trajan et son émule dans les créations architecturales, ayant, dans ses dix-sept années de voyage, visité longuement la Gaule à deux reprises. Notre conjecture se fonde sur ce que rien ne pourrait étonner de la part d’un souverain aussi passionné pour les monumens qu’il composait souvent lui-même, et dont il couvrit l’Asie et l’Europe, même dans les localités les mieux pourvues a cet égard, telles que Jérusalem et Athènes, où il se consacra un autel en attendant le temple Panhellénien qu’il permit aux Grecs de lui élever.
Cet artiste , doué d’un talent peu commun chez les grands, et qu’il sut exploiter a son usage dans sa villa Aclriani ; ce prince , que Justinien et , chez nous, Catherine de Médicis se proposèrent pour modèle, en quittant le trône pour diriger des travaux d’art , participait d’ailleurs des défauts inhérens h l’artiste; mais dans la Gaule du moins sa susceptibilité n’eut pas à redouter de la part de nos Apollodore les critiques qui coûtèrent la vie au créateur du forum de Trajan et du gigantesque pont du Danube , si promptement sacrifié r.
On ne voit guère, en effet, en consultant nos annales historiques et en se rendant compte du caractère et des habitudes des successeurs d’Adrien, de quels monumens d’un beau style la Gaule aurait pu s’enrichir depuis le règne de ce prince, bien que la décroissance de l’art ne date que de celui de Septime-
les Allobroges en chasseurs, Camulogène en Palrocle, et qui plus est, la fille nue d’Orgctorix en un Leau jeune liomme trop bien caractérisé.
D’où l’on peut conclure sans doute avec nous que l’arcliéologie n’est pas plus que les autres sciences, les mathématiques, l’astronomie et la chirurgie exceptées, à l’abri des erreurs et des accidens dus surtout au besoin de quitter les sentiers battus et aux échafaudages systématiques.
i Qui sait si la destruction presqu’immédiatc de ce chef-d’œuvre ne tint pas autant à la rivalité et à l’irritation d’Adrien coutre le contempteur de son temple de Vénus , qu’à l’abandon de la politique envahissante de Trajan ? Dans la Gaule du moins il fut nécessairement aibitre souverain de l’exécution de ses projets , et put se livrer sans contrôle à cette passion effrénée pour les constructions, qui le fit comparer par Constantin à l’herbe pariétaire, comparaison bien plus applicable à ce préfet de Rome, sous Valentinien Ier, Lamprade, qui, sous le prétexte de la plus simple restauration, couvrit tous les monumens d’inscriptions à sa gloire personnelle.
Ad rien ne se borna pas comme Lamprade à s’approprier les monumens des autres ; il encouragea noblement tous les arts. Quant à la sculpture , il suffit de citer le Jupiter Olympien de proportion colossale en or et en ivoire , qui a fourni en outre la matière d’un si bel ouvrage à M. Quatremère de Quincy, le quadrige surmonté de la statue d’Adrien , monument d’une belle proportion , quatre hommes pouvant s’introduire dans le creux des yeux des chevaux ( Winckelmann , t. Il, p. 456 ) ; et surtout , pour parler de ce qui nous reste , les belles statues trouvées à sa villa , particulièrement les Centaures eu marbre noir, et sou musée 'X'affection composé d’une suite d’Antinous de style grec.
Sévère 1 , époque de perplexité pour nos provinces. Aussi ne peut-on assigner aux règnes de ces successeurs que des constructions utiles et d’un caractère de dégénérescence, 'tels que notre Palais, et des monumens triomphaux érigés à l’occasion de faits militaires, connue les arcs de Langres, de Reims et celui plus remarquable comme art dont nous parlerons dans la note V, comme ayant été élevé a Paris en V honneur de la défection des troupes de Gratien.
(J, pag. 5.) Le clioix que fit Caracalla pour son vêtement habituel de la veste gauloise dite caracalle , d’où il prit son nom, semblait d’abord indiquer des dispositions favorables au peuple dont il adoptait l’habit ; mais bientôt l’horrible fratricide dont il se souilla pour régner seul dut éteindre en lui tout sentiment généreux, s’il en eut jamais le germe. Son règne de six ans ne fut marqué que par des crimes. Les travaux auxquels il attacha son nom consistent dans un palais et dans la fondation de ces thermes somptueux a seize cents sièges de marbre, continués par Héliogabale , et qui, à ce double titre, eurent a laver bien des souillures.
Néron avait aussi fait construire a Rome un palais et des bains. Ce palais, d’un luxe insultant, se nommait le Palais-d’Or (domus aured) : scs portiques à trois rangs de colonnes avaient un mille de longueur; et d’après la description que fait Suétone de ses dépendances immédiates en étangs, forêts, pâturages, etc., il semble que l’enclave des sept collines , vallons compris, n’aurait pas dû suffire. L’élévation du palais paraîtrait plus gigantesque encore si l’on donnait le sens actuel au mot vestibulum employé par Suétone pour désigner le lieu où se trouvait placé le colosse de Zénodore, dont nous avons parlé (de cent vingt pieds romains , cent dix des nôtres); dans tous les cas, le portrait du même empereur, peint in linteo dans une proportion également colossale, exigeait nécessairement des dispositions intérieures très exhaussées. Mais tous ces détails sont évidemment empreints d’exagération, comme ce que dit également Suétone de l’intérieur tout doré , orné de pierreries et de nacre de perle (dans quelques parties peut-être) : « Cuncta auro lita, dislincta » gemmis unionumque conclus erant ; » des plafonds formés de tables d’ivoire mobiles, de dômes imitant, dans leur révolution , le mouvement des globes célestes, etc, etc.
A la mort de ce tyran, qui brûla sa capitale pour se ménager le plaisir de la reconstruire plus digne de lui : « Nam quasi offensus delormitate veterum
i On s’accorde à imputer particulièrement le premier pas vers la décadence à la longue guerre que Septime-Sévèrc soutint contre Niger, proclame empereur d’Oricut. Le siège de trois ans soutenu par Eyzancc , qui paya de sa ruine sa défense énergique , porta la perturbation dans ce sanctuaire de l’art grec. A inrent ensuite les premières persécutions religieuses qui atteignirent particulièrement les artistes toujours plus ardens que dans toute autre classe a proclamer et a confesser au besoin les principes quelconques qu’ils embrassent ; puis l’insouciance artistique des premiers chrétiens, qui se contentaient de la configuration , quelle qu’elle fut , des symboles de leur religion plus mystique que poétique.
» ædificiorum et angustis flexurisque vicorum, » le peuple renversa le colosse qui fut plus tard consacré au soleil (voy. Pline , lib. v, cap. v), et fit prompte justice du Palais-d’Or comme d’un monument scellé de ses sueurs et de ses larmes. Bientôt le Colisée, le portique Claudien, le temple de la Paix et les bains de Titus (ou le Laocoonfut trouvé), vinrent couvrir l’espace et effacer jusqu’aux traces de la résidence de ce saltimbanque couronné, de ce fanfaron de philosophie, qui, dans sa suffisance musicale , narguait le destin en répétant cet adage grec : toute terre nourrit l’artiste , et qui , a la première nouvelle de la révolte de quelques légions , n’eut pas même le courage de se donner la mort.
L’organisation par Caracalladu massacre d’Alexandrie et la proscription des sayans d’Egypte ajouteraient, s’il eu était besoin, un trait de ressemblance de plus entre ces deux empereurs.
{K, pag. 5.) En admettant que la pierre noire d’Emèse (Syrie) dont Hélio ou Elagabale fit l’objet de son culte, ait eue une origine céleste , ainsi que celle que les pèlerins de la Mecque couvrent encore de leurs baisers à chacune de leurs évolutions dans la Cahaba , notre scepticisme, éclairé d’ailleurs par l’expérience comme par l’analyse, n’y saurait voir que des aérolithes , vulgairement dites pierres tombées de la lune , tandis que la pierre d’Emèse surtout était adorée comme une émanation du soleil. Le nom dé Elagabale (dieu doué de la puissance de former), que cette pierre transmit au prétendu fils de Caracalla, consacrait cette illustre provenance ; et c’est ce qui donna sans doute l’idée du mariage de ce fragment du soleil avec l’image de la lune qu’on adorait à Carthage sous le nom d ’ Astartè. Cet hymen burlesque, que l’empereur obligea tous ses peuples à célébrer par des fêtes et par de riches offrandes au magnifique temple qu’il fit élever aux époux sur le mont Palatin , fut, à tous égards, un mariage d’argent , car la dot d’Astarté, composée des pieux tributs payés depuis plusieurs siècles a cette déesse par tous les peuples de l’Afrique, était immense. Ramenée a nos idées populaires sur l’aérolithe , cette union aurait de plus le caractère de l’inceste, tiré de la consanguinité des conjoints, et par l’analogie du sexe un triste rapport avec les habitudes dissolues du grandprêtre du temple où reposaient ces deux divinités.
(Voir pour les détails historiques, mais dégoûtans, de sonmariage avec Hiaroclès, rival heureux de Zoticus , affaibli par un philtre, pour la procession triomphale de la pierre noire, sur un chemin semé de poussière d’or, dans un char magnifique conduit par l’empereur, etc. , Hèroclien , 1. v, p. igo-igj; Dion, 1. lxxix ; Gibbon, t. 1, p. 426 à 428.)
( L , pag. 9.) Que Tétricus, sénateur, consul et préfet d’Aquitaine, cédant aux suggestions de la Zénobie de la Gaide , placée par Trébellius Pollion parmi les tyrans, se soit laissé proclamer empereur a bordeaux en s’adjoignant son fils comme césar, c’était une velléité d’ambition bien naturelle dans son rang et bien commune a une époque où les souverains de l’empire se comptaient
ibô
par trentaine ; qu’ après avoir employé tons les moyens pour conserver le pouvoir, témoin le siège dévastateur d’Autun, il ait senti le poids de ses dangereux honneurs , et cherché à les résigner autrement que par le glaive de ses soldats , c’est ce qu’on conçoit encore, et ce que fit plus tard Dioclétien ; mais pour un homme de ce rang , mille moyens s’offraient plus honorables que la honteuse trahison qui remit la Gaule sous le sceptre romain : aussi, tout en s’étonnant qu’Aurélien ait traîné ses complices en triomphe, peut-on trouver dans cette humiliation, que n’effacèrent pas les bienfaits ultérieurs de l’empereur, le juste châtiment d’un parjure qui prolongea peut-être de plusieurs siècles la dépendance de la Gaule.
( M , pag. 1 1.) Soit que la sédition, dite des Bagaudes, motivée, dit-on, par les exactions des intendans romains , fût une nouvelle tentative pour arriver a l’indépendance, ou qu’il ne s’agît que de pillage, il paraît qu’elle ne survécut pas à la prise du château des Fossez (. Saint-Maur , dans la presqu’île de la Marne). Ce château fut pris d’assaut et rasé par Maximien. Le mot de Bagaudes , que duCange fait dériver de bagode (en celtique assemblée tumultueuse), fut, dit Gibbon , employé jusqu es dans le Ve siècle pour désigner des rebelles. Par une charte de 638, imprimée dans Félibien (tom. 111, p. 20) et dansDom Bouquet (t. IV, p. 633), Clovis II aurait donné a Blidegisile , diacre de Paris , l’emplacement et les ruines du vieux château des Bagaudes, nommé dès lors de Saint- Maur-les-Fossez, pour y bâtir une abbaye, circonstance qui semblerait détruire la tradition de l’existence, au VIIIe siècle, d’un château des Castrant Bagaudçtrum. Quant à l’abbaye , Malingre rapporte, pag 216 de l’édition de 1640 des Antiquités de Du Breul, le privilège du roi Henri Ier donné en l’an io58 aux religieux de Saint-Maur-les -Fossez. Le roi y déclare que son aïeul Hugues Capet « avait baillé cette abbaye â Burchard , comte de » Corbeil, non pour autre cause, sinon pour la deffendre contre les ennemis , » et y eslargir de ses biens.» Rabelais a célébré â la fois le château etl abbaye de Saint-Maur en y plaçant l’abbaye de Thélème, dont la devise est : «Fay ce » que voudras, » â l’occasion des ébats que François Ier et sa cour prenaient dans le château du cardinal du Bellay, le frère Jean des entomeurs du Gargantua. Ce château, rasé de nos jours, appartenait alors à la maison de Coudé.
Selon Dom Toussaint, Annal, de Paris, p. 71 et 72,lenom de Porte Baudoyer, autrefois Baudet, et en latin Porta Bagaudanmi , appartenait a la poitc qui conduisait de l’Hôtel-dc-Ville a Saint-Maur, et 1 epithete de badauds , encoie consacrée pour tous tant que nous sommes , aurait la meme origine , comme ayant été donnée d’abord aux liabitans du quartier de 1 Hotel-de-A ille pai ceux de la Cité qui la copartagcnt depuis longtemps.
De ces détails il résulte toujours qu il existait au IIIe siècle , a peu de distance de Lulèce, une place forte assez importante pour contenir tout un paiti de rebelles ; ce qui prouve que, tout en s’occupant plus spécialement de défendre leurs frontières, comme on le verra a la note suivante N , les Romains
ne négligeaient pas de ménager des asdes a leurs troupes dans le centre même de la Gaule.
(N, pag. t2.) Les nombreux monumens romains qui couvraient déjà la Gaule en 292 se trouvaient placés, en général , sur des points excentriques. Le luxe monumental n’étant importé d’abord que comme moyen pour les empereurs, les proconsuls, les préfets, les généraux, etc., de retrouver, dansleurs séjours, souvent très prolongés dans la Gaule, l’équivalent de ce qu’ils abandonnaient à Rome1, les lignes frontières ou voisines des points vulnérables , le Rhin , les Alpes , l'Océan, etc., durent se garnir les premières comme points de réunion et de centralisation des troupes. Des lignes secondaires participèrent ensuite à ce luxe , qu’011 vit bientôt après pénétrer avec la sécurité de la circonférence au centre.
Au sud, les premières colonies romaines, comprenant une grande partie de la Narbonaise, del’Aquitaine et plusieurs villes delà Celtique, réfléchissaient depuis longtemps l’éclat de leur métropole, grâce a l’assaut de magnificence et d’orgueil de souverains animés surtout du désir de propager leur nom ou de perpétuer la marque de leurs pas.
La sollicitude romaine dut se porter d’abord sur les frontières de l’est et du nord, constamment menacées, sinon envahies, par les Germains, car les barrières du Rhin et de la Rhétie , quelques fortes que la nature les ait faites , n’offrirent jamais qu’un impuissant obstacle au refoulement continuel des * peuples du Nord
11 faut, pour concevoir ce refoulement , lire dans Tacite les diverses causes qui arrachaient incessamment à leurs marécages, à leurs forêts désertes, ccs