‹ Les arts au Moyen Age (volume 3)Chapitre 23 sur 41 · IOS · texte numérisé non relu

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hordes, sauvages mais énergiques, tentées qu’elles étaient, de degré en degré, par le voisinage d’une civilisation relativement plus prospère, et excitées d’ailleurs par la cupidité, par l’impatience du changement et par la luxure. Tacite place même en première ligne cette dernière considération toute flatteuse pour nos mères :« Eademsemper causa Germanis transcendendi inGallias, AAiWoat- » que avaritia et mutandæ sedis amor : ut relictis paludibus et solitudinibus « suis, fecundissimum hoc solum, vosque ipsos possiderint» ( Histoires , lib. iv,

W § LXXIIl).

De la, pour ces Romains occupés d’assurer leur conquête avant de l’exploiter, l’urgente nécessité d’asseoir leurs premiers camps en face de l’ennemi; de la aussi, par l’effet des besoins que leur créait l’habitude de ce luxe oriental introduit depuis Auguste, et que Sénèque déplore si amèrement tout en jouissant mieux que personne , la conversion en villes romaines de celles de nos vieilles cités gauloises placées dans ce système défensif, et la construction de monumens, Capitoles, cirques, thermes, etc., propres a maintenir les nations soumises dans la dépendance par l’idée qu’ilsleur donnaient delà grandeur de Rome. Ces grands jalons stratégiques, où le palais était toujours enclavé dans U enceinte fortifiée, servaient d’ailleurs de centre d’action et de quartiers d’hiver indispensables sous cette zone et pour des légions accourues souvent des rives de l’Euphrate aux bords du Rhin.

Cherchons parmi les noms déjà cités dans la note G quelques exemples de ces premiers établissemens purement militaires.

Trêves, dontnous avons rappelé l’antiquité, fut, dès les premiers temps de l’occupation, la résidence habituelle des empereurs ou de leurs licutcnans ', le pivot de leurs opérations stratégiques sur la ligne du Rhin. Les planètes de cet astre étaient Strasbourg (nommée Argentora par Julien, et qu’Ammien- Marcellin, en mémoire de la célèbre bataille gagnée par ce César, désigne par ces mots : cladibus barbaricis; Cologne (Colonia Agrippina) , nom qui remonte aux campagnes de Germanicus; Mayence ( Maguntiacum ) , fondée par Drusus-Gcrmanicus, beau-fils d’Auguste; Worms ( Berbeto Magum ); Coblentz (Confluenlia), déjà en partie détruite sous Julien; Bâle (Basi/ca), florissante à la même époque, etc., etc.

Parmi les villes existantes lors de la conquête , et qui, placées en arrière de ce premier barrage du Rhin, formaient une seconde ligne de délense, les Romains choisirent surtout , pour les combler également de leurs largesses monumentales, celles qui servaient de clés aux grandes communications si merveilleusement ouvertes par monts et par vaux, et toujours en ligne droite, par ce peuple. Aussi trouve-t-on encore aujourd’hui de grandes traces de cette

i Ausonc a qualifié cette ville de trône ( Trevericeeque urbis solium).

Constantin s’y établit en 3 1 o , après la mort de Maximien-Hercule , qui y résidait également. Il en releva les murailles et y fit bâtir un palais , des temples , etc.

Posthume ctTétrieus y résidèrent également.

splendeur à Metz (Divodurum) , citée par Tacite i , et qu’Ammien-Marcellin place au-dessus de Trêves sa métropole ; à Reims ( Durocortorum ), que César fit enceindre de murailles , et dont Constantin fit la capitale de sa nouvelle Belgique ; à Cambrai (Cameracum) , créée par César, capitale d’une province, résidence du proconsul, et où Maximien-llercule cantonna des Letes et des Francs, etc., etc.

A défaut de grandes traces monumentales, des traditions historiques consacrent également l’importance, sous tous les rapports, de Soissons ( Augusta - Suessionum) , assez forte pour résister a César, assez importante pour devenir sous Constantin la seconde ville de la Belgique; d’Amiens ( Samnrobriya ), capitale sous César du peuple Ambiani ,• de,Beauvais, que ce conquérant honora de son nom (Cœsaromagus) , changé depuis en celui du peuple Bellovaci, ainsi que d’un grand nombre d’autres villes encore existantes, ou qui n’ont pu survivre aux convulsions politiques ou religieuses de quinze siècles a.

C’est Lyon (Lugdunum) , capitale de la Celtique, qui formait le centre ou le pivot des opérations défensives sur une autre ligne également attaquable par les débouchés des Alpes helvétiennes, ligne qui se rattachait à celle du Rhin par la ville de Besancon, l’une des plus fortes villes delà Gaule.

De tous côtés venaient se grouper vers ce centre des villes, d’autant mieux dotées par la munificence romaine qu’elles furent souvent, comme Vienne et Aiitnn, le séjour des empereurs, ou comme Grenoble ( Gratianopolis ), leur lieu de prédilection.

1 II la nomme au 4e livre de son histoix-e Socia civitas.

2 Combien de nos villes, jadis célèbres par leur importance et par leurs monumens , ont disparu de notre sol , sans laisser aucune trace même de leur gisement. La découverte de quelques-unes due à des circonstances toutes fortuites , et le pai'ti qu’on a tiré de ces mines monumentales l'évélées quelquefois par le soc d’une charrue , justifient ces mots de Sénèque : « ubi fuerunt aliquando quaeretur, » et les espérances qu’on pourrait fonder sur des exploitations éclairées par l’étude de nos voies romaines et de la géographie de l’ancienne Gaule.

Pour obtenir une démonstration à cet égard , qu’on lise la desciiption si approfondie qu’a faite * M. Alexandre Du Mège du beau musée de Toulouse, dû en partie à son dévouement pour l’art, et qui , fondé seulement depuis vingt ans, compte déjà plus de huit cents monumens remarquables. On y veri*a quel admirable tribut a payé à cette riche collection, depuis 1 826, la ville à peu près inconnue de Callagoris de Convenu, sur le territoire occupé par la commune actuelle de Martres. On y apprendra aussi (p. 62) « que ce sont les travaux agricoles qui chaque année produisaient de nouvelles découvextes. »

Les graminées, par la couleur qu’ils prennent à une certaine époque de’croissancc, du fond de terre plus ou moins végétal , forment des zones qui jalonnent les anciennes constructions : on peut ensuite fouiller avec toutes chances. Ce moyen ingénieux île retrouver la silhouette des villes réduites à des substructions a été souvent employé par M. Jollois. M. Robillard s’en sert aujourd’hui au Vieil Evreux (voy. la dernière note de ce chapitre, page 1 34).

Nous connaissons un magnifique médailler très riche, surtout en pièces d’or romaines des plus rares, qu’un curé de village a foi-mé en lisant son bréviaire sur l’emplacement de l’ancienne ville du Châtelet , enti'e Saiut-Dizier et Joinville. Ses disciples cependant remuaient le sol et trouvaient presqu’à sa surface ces riches témoignages d’une longue occupation , précisée par les divers types numismatiques ou monétaires.

Genève , Lan grès , iS’cns, Orléans, Chartres , le Vieil-Evreux, etc., entraient dans cette combinaison méridionale , échelonnée comme l’autre , de manière a ce que les Romains pussent veiller à la fois aux attaques du dehors et aux mouvemens intérieurs.

La surveillance des autres segmens du cercle leur importait moins, Les Alpes méridionales, comme les Pyrénées, ne séparaient que des peuples soumis aux mêmes lois; le littoral de la Méditerranée faisait depuis longtemps partie intégrante et dévouée de l’empire, et celui de l’Océan ne dut éveiller aucune sollicitude, quant au besoin de le défendre , avant le règne de Valentinien, époque où les audacieux Saxons , enhardis par de premiers essais de piraterie, vinrent, pour la première fois, et sur de frêles canots, des bords de l’Elbe porter le ravage sur ces côtes. Toutefois, quelques villes plus ou moins importantes, telles que Bordeaux, Boulogne, Lillebone, etc., placées à grandes distances , servaient de points d’observation et participèrent aussi, comme résidence au moins temporaire des proconsuls , des préfets et même des empereurs, aux érections monumentales dont les Romains étaient si prodigues.

Ces relevés, bien incomplets, serviront du moins de témoignage pour notre système sur la construction tardive du Palais impérial de Lutèce, et sur la marche progressive, mais lente, de l’art romain dans notre Gaule.

(O, pag. 1 4-) Lorsque Constance-Chlore , au retour d’une expédition contre les Pietés, mourut a Yorck, en 3o6, dans les bras de son fils Constantin nouvellement échappé aux embûches de Galère , il légua ’a ce fils avec la pourpre le soin de repousser les Francs, qui , mettant a profit l’absence du souverain, avaient envahi nos provinces.

Constantin dut par conséquent, dès sa prise de possession, se diriger sur le Rhin et prendre ses quartiers à Trêves, théâtre de l’horrible vengeance qu’il tira de ses ennemis , en livrant aux bêtes , dans l’amphithéâtre de cette ville, les deux rois francs Ascaric et Regaise ( Eulrop Panegy. veter., vi, io et i i) r.

Deux ans plus tard, en 3o8, on le voit traverser la Gaule pour marcher contre l’ex-empereur Maximien-IIercule, son beau-père, qui, malgré son abdication volontaire, avait ressaisi le sceptre à Arles, et forcer cet usurpateur étrange a s’étrangler lui-même en expiation de son guet-à-pens 1 2- On le retrouve a Trêves , en 3oq , recevant en face les éloges d’Eumène; en 3io , engagé dans une expédition contre les Francs et les Allemands ; et encore â T rêves, en 3 1 1 , panégyrisé sur de nouveaux frais par Eumène, à raison du dégrèvement accordé à la ville d’Autun ; a partir de 3ia , il échappe à nos supputations en quittant

1 II fallait que ce prince fût alors animé de sentimens bien opposés à ceux qui lui dictèrent la première loi qui fut promulguée contre les jeux sanglans du cirque (Cad. The'od., lib. XV, t. XVII, lig. 0-

2 Maximien avait obtenu de sa fille l’entrée de la chambre conjugale pour frapper Constantin endormi ; mais Fausta , épouse non moins dévouée que fille soumise , avertit sou époux , qui se fit prudemment remplacer pur un eunuque que Maximien poignarda.

la Gaule [pour marcher contre Maxence ; ,il ne franchit de nouveau les Alpes qu’en 3i6, année où son fils Constantin naquit a Arles 1 2 3 ; mais on ne peut supposer qu’au milieu de déplacemens si fréquens et si rapides il ait pu songer à construire le palais de Lutèce , qu’a peine, dans notre système, aurait-il pu habiter temporairement en traversant la Gaule 2. Son séjour habituel était Trêves, où Eumène nous apprend qu’il construisit un grand cirque, une place, des basiliques, un palais, etc.

Restent, il est vrai , les vingt-cinq autres années également si occupées de son règne comme empereur : mais bien que pendant les vingt-trois premières il ait conservé sous sa dépendance directe la Gaule , que l’éclat de sa renommée garantit de toute invasion autre que celle que repoussa son fils Crispus , supposera-t-on qu’il se soit occupé d’élever un palais impérial dans un lieu aussi obscur que Lutèce, quand tous ses soins, toutes ses ressources suffisaient a peine à la fondation de sa nouvelle Rome 3 et a des embellissemens appropriés aux besoins des grandes villes de son empire?

Quant aux enfans de ce prince, la durée de leur règne, leur conduite et leur caractère, repoussent bien plus victorieusement encore cette belle attribution.

On voit cependant l’aîné, Constantin II, qui reçut les Gaules en partage deux ans avant la mort de son père, construire des thermes a Reims (. Recueil des Histoires de Fronce , t. 1 , p. ; mais c’est a notre avis un motif pour ne pas lui attribuer ceux de Paris , qui n’étaient pas de simples thermes, mais un palais tout entier. D’ailleurs ce prince, dès l’époque de la mort de son père , fut toujours en lutte avec son frère Constant, qui lui arracha sa part d’héritage avec la vie, et qui, possesseur pendant dix années des Gaules, qu’il disputa deux ans aux Barbares, consacra une vie de débauche a des soins tout autres que le

1 Cette apparition momentanée fut motivée par une irruption de Barbares, Trois lois de 3iGsont datées de Trêves , d’Arles et de Vienne.

2 Sauvai ( Antiquités de Paris, t. Ier, p. 6 ) établit comme un fait que Constantin et son fils Constance habitèrent le palais de Lutèce , sans parler du fondateur de cet édifice. Ce fait, répété par d’autres chroniqueurs , également sans preuves ni dissertations , détruirait du moins celui sorti de l’imagination du libraire Corrozct , qui le premier trouva tout simple de constituer Julien créateur du palais qu’il habita. L’opinion d’Adrien de Valois, qui assigne à ce palais ( Notes sur Ammien, 1. xx, chap. iv) une date antérieure à l’arrivée de Julien dans la Gaule, pourrait sans doute se concilier avec celle de Sauvai , comme avec celle de Tillemont , qui dit ( t. IV, p. 4^6 , Hist. des Emp. ) : « 11 » semble en effet que Julien trouva le palais tout bâti , et cela posé , ce pourrait bien être l’ouvrage » du grand Constantin , ou de l’un de ses trois fils. » Gaylus ( Recueil <P Antiquités, t. II , p. 3 72 ), ainsi que Félibien et Lobiucau , Iîonaniy ( Mém, de l' Acad., t. XV, p. 658 ) , se rangent à peu près à cet avis, mais sans le discuter. Il n’y a d’opposans de quelque poids que : 1 0 le commissaire La Marre, qui, prenant Corrozet pour un oracle, affirme ( Traité de la police , 1. 1er, tit. VIII , p. 88 ) que Julien fonda les Thermes ; Duchcsuc, qui, s’appuyant sur Raoul de Prcsle , dit , en parlant de Jules-César ( Antiquités , 1. Ier, ch. IV) : « Alors il fit le palais des Termes ( tributs) » ; et qui reconnaît (ch. XVII), que ce palais fut habité par Julien ; et 3° Saint-Foix , dont nous examinerons l’opinion dans la note suivante , et qui en exclut Jules-César, Constantin et même Julieu,

3 Voy, chap. 111, Art chrétien .

développement des principes de Constantin et de Constance-Chlore. Constance, tout entier aux discussions théologiques, et, pour la Gaule même, aux embarras nés du conflit de pouvoirs militaires , qui suivit l’usurpation de Magnence, ne dut guère songer a se créer a Lutèce une quatrième capitale *.

(P, pag. i5.) Saint-Foix semble avoir pris à tâche de battre en brèche tous les systèmes présentés, jusqu’à son époque, sur l’origine du palais de Lutèce, pour leur en substituer un qui ne nous paraît pas soutenable.

Selon lui ce serait dans le palais de la Cité qu’aurait été joué le grand drame de l’ovation de Julien, qui, pénétré de reconnaissance pour les bons Parisiens, aurait, en quittant Lutèce, adonné des ordres pour bâtir le palais du faubourg, « afin de laisser un monument de sa munificence, etc. »

Des ordres, mais a qui ? En quittant notre bourgade pour se ruer, impétueux, avec toutes ses troupes sur le trône de Byzance, Julien laissait la Gaule, sinon à la merci des Barbares, du moins à celle des généraux de Constance ou des agens de cet empereur, qui avaient protesté contre le vœu des soldats. C’étaient d’immenses sommes qu’il eût fallu laisser , et encore est-il douteux qu’elles eussent reçu leur affectation dans l’état critique où le départ du nouvel empereur laissait notre pays. Etait-ce lorsque la lutte entre le droit et la violence, entre le Christ et Jupiter, restait indécise, et même lorsque Julien allait jouer sur les rives de l’Euphrate et du Tigre sa vie contre l’empire du monde, qu’on pouvait, dans le seul but d’accomplissement d’un vœu de gratitude, poursuivre d’aussi vastes travaux, menacés d’interruption à la moindre crise? Remarquons d’ailleurs que nos objections , tirées du silence que gardent sur la construction de ce palais tous les historiens contemporains de Julien, et le premier dé tous, Julien lui-même, acquéreraient ici d’autant plus de force, la fondation d’un palais posthume, par un sentiment de pure munificence, étant un titre plus réel encore aux éloges de la postérité que la construction d’un édifice à l’usage personnel du César. 11 faudrait donc, dans le système de Saint- Foix, que les successeurs de Julien eussent poursuivi son œuvre testamentaire ; mais Jovien, dans son règne de sept mois, n’a pas paru dans la Gaule; mais Valentinien Ier , arrivé à Paris dès 3G5, peu de mois après la mort de Julien, ne serait-il donc venu se loger également dans le palais de la Cité que pour surveiller, lui empereur chrétien, l’exécution de la fondation de l’apostat? Quel temps aurait-il pris dans ce cas pour faire continuer ces grands travaux dans un lieu ouvert de toutes parts, que celui où les Allemands, combattus par Jovin, couvraient les plaines de la Champagne, et pouvaient en quatre étapes venir placer leur quartier général dans le nouveau palais des empereurs? Les continuelles attaques auxquelles Valentinien Ier fut en butte pendant le complément

2 II résida successivement à Byzance , à Rome et à Milan. Lorsqu’il vint dans la Gaule , notamment pour y tenir les conciles d’Arles et de Béziers , peut-etre habita-t-il , comme on suppose que lit son père , le palais de Constance-Chlore,

de ses douze années de règne, et la situation non moins précaire de ses succès-* cesseurs , rendent d’ailleurs la combinaison de Saint-Foix, quant à l’époque de cette fondation, de plus en plus improbable.

Examinons maintenant son système sous un autre aspect , celui de l’occupation du palais de la Cité par Julien.

Quoiqu’on puisse mettre en doute l’existence a cette époque d’un palais de la Cité, qui se révèle pour la première fois dans le tune in ipsa urbe morabatur appliqué a Clotilde par Grégoire de Tours ( voy . note i,p. 4o), nous ne contesterons pas que, dès le IVe siècle , Lutèce », siège, comme nous l’avons dit, d’un évêché, érigée enmunicipe et constituée cité, ne put avoir dans son centre même un palais affecté aux autorités qui l’administraient, peut-être même aux agens civils de l’empereur, palais qui est devenu celui de nos comtes , et plus tard celui de nos souverains par l’avénement d’un de ces comtes, de Hugues-Capet, au troue ; mais il y a loin de cette concession a la consécration de l’opinion de Saint-Foix, qui, indépendamment de cet édifice municipal, du palais de l’évêque, des basiliques affectées au culte, et des constructions nécessaires a uné population assez importante pour constituer une cité, loge en outre, dans cette enceinte bien plus restreinte que de nos jours 2 , l’empereur, toute sa cour et

1 D’après Sauvai , dont l’autorité fait loi dans l’espèce , le mot grec employé par Julien lui-même pour désigner Lutèce ne doit s’appliquer qu’à la Cité ou citadelle des Parisiens ( ’caslellum d’Ammien) ; et le mot Parisii embr'asse l’ensemble de la Cité , le palatium du même historien et les faubourgs méridionaux cités par Saint-Ouen et par Frédégaire , et que les Normands détruisirent en grande partie au IXe siècle. C’était déjà le sens de la désignation de César, Lutetia Parisiorum, Lutèce, ville des Parisiens, qui donnaient leur nom de Parisii à tout ce qui n’était pas la Cité. Plus tard ce dernier nom a prévalu pour l’ensemble ; mais il n’en est que plus évident , d’après la distinction que fait Ammien , qu’il n’a pu désigner que le palais du faubourg , lorsqu’il dit au livre XX : « Per Parisios » liomines transire ubi morabatur adbuc Cæsar nusquam motus. «

2 L’ île de la Cité était alors moins étendue qu’aujourd’liui de toute la partie sur laquelle s’élevait la rue du Harlai , la place Dauphine et les deux quais collatéraux. Ce dernier emplacement était alors occupé par deux îles , dont l’une, l’île aux Juifs , devint tristement célèbre au XIVe siècle , parle supplice de Jacques Molay, brûlé vif en i 3oy, avec le frère du seigneur Dauphin de son ordre. Quelques historiens supposent que Pliilippe-le-Bel , dont le jardin avait vue sur cette île , car on lit dans une lettre de lui de i3i3 , au sujet de cette localité : « Juxta portant jardini nostri » , voulut , avant d’aller s’enfermer dans la grosse tour du Temple, pour jouir de trésors si facilement acquis, se ménager la satisfaction d’assister sans déplacement à l’agonie du grand-maître. Le bûcher occupait à peu près la place où s’élève la fontaine de Desaix , dont le filet d’eau n’a pas éteint le feu qui couve encore sous la cendre , si l’on en juge par la procession commémorative , qui cette année encore , le i 3 mars , parcourait silencieusement et chapeau bas le théâtre de l’auto-da-fé. Voici , j’espère , de la constance de secte : mais pourquoi ces allures mystérieuses de la part de nos nouveaux Temjdiers ; la raison d’état et la cupidité qui dictèrent la sentence de leur patron ne poursuivront certes pas leurs innocens dis— cijiles , dont l’influence et les richesses n’offusqueront personne , si l’on s’en rapporte à leurs dehors et à la condition sociale du pédicure aujourd’hui grand-maître.

Le palais de la Cité , avec toutes ses dépendances , ne pouvait donc guère comjircndre tout au plus que le terrain aujourd’hui occupé par le Palais de Justice , mais d’une rive de la Seine à l’autre , pour laisser libre la communication entre les deux ponts de bois dont parle Julien.

toute son armée. Par les détails que nous avons donnés sur la révolte de Paris, on a pu juger combien l’étroite localité dans laquelle le palais delà Cité, s’il existait, se trouvait nécessairement circonscrit, se prêtait peu aux scènes décrites par les historiens 1 et par Julien lui-même 2 , et combien au contraire tout s’expliquait facilement en leur assignant pour théâtre le vaste palais du faubourg et ses dépendances.

La principale considération qui paraît avoir frappé Saint-Foix, et sur laquelle il a échafaudé toutes ses hypothèses 3 4, est celle-ci : Julien dit, dans son Misopogon, « que les Parisiens n’ont pas d’autre eau que la Seine, » donc l’aqueduc (V Arcueil ou deRungis n’était pas construit alors , non plus, par une conséquence toute naturelle , que les grands thermes qu il alimentait ; mais , selon-nous , la remarque statistique de Julien ne détruit nullement nos édifices. Habitué a voir en Orient, en Italie, et même dans nos provinces occupées depuis longtemps par les Romains , d'immenses aqueducs venir , après un parcours de douze ou quinze lieues, pourvoir à l’agrément de villes flanquées comme Lyon par deux grands fleuves, Julien observe naturellement que Paris est dépourvu de ces sources vivifiantes, sans tenir plus de compte de la rigole d’ Arcueil, affectée spécialement aux bains , que des fontaines qu’on voyait alors sourdre de tous côtés dans le territoire de Paris 4.

( Q , page 21.) Les fonctions de lecteur, que Julien partagea avec son frère Gallus , astreignaient les clercs qui en étaient chargés a lire sur le pupitre

1 Lorsqu’on lit dans Ammien parlant de toutes les légions réunies alors à Paris : « Fremitu ingenti » omnes petiveruut palatium , spatiis ejus ambitis , etc.,» peut-on supposer qu’il s’agissait d’un palais étroit borné de trois côtés par la Seine ?

2 Julien, dans sa lettre à Constance , parle formellement d’un siégé, qui, dans le système de Saint- Foix, aurait dû se réduire à une attaque d’un seul côté :

Nocte in unum collecti palatium obsidere.

On peut , d’après les historiens , évalusr à douze ou quinze mille hommes les troupes réunies alors , puisque la seule expédition de passage se composait de quatre légions actives , les Celtes , les Hérules , les Pétulans et les Bataves , et de trois cents soldats jeunes et vigoureux , pris dans chacune des autres légions de la Gaule. Or, comment supposer que toutes ces troupes , omnes , aient pu assaillir à la fois un palais qui n’aurait eu qu’un côté vulnérable ; et sur quelle place voisine de ce palais , à moins de démolir toute la Cité , ces troupes auraient-elles passé, à manger, la nuit qui précéda l’ovation ( Zozime , liv. lit , p. iÔ2 , e'd. Oxon. )?

Concevrait-on aussi qu’assailli de si près dans une localité aussi restreinte , Julien eût osé déclarer publiquement qu’il ne s’était pas aperçu du mouvement et des dispositions des troupes ?

3 Les grandes convocations que firent au palais de la Cité Charles ”V, Charles VI et d autres rois , et dont Saint— Foix s’appuie pour justifier la suffisance du local, n avaient aucun rapport avec ce siège. Les investis occupent l’intérieur, et les assiégeans l’extérieur , et c’est surtout l’extérieur ici qui parait insuffisant.

4 André Ducbesne ( éd. de 1 668 , page 7 ) cite ce passage d’un ancien auteur : « Les vignes et les » raisins croissent h Paris en abondance , à cause des fontaines qui sourdent de tous côtés. » L’exploitation du sol en profondeur et surface a dérangé cet,te économie ; ces sources sont devenues des puits.

( super pulpitmn ), pendant les offices de nuit surtout, des passages de l’Ancien et du Nouveau Testament , actes des martyrs , homélies, etc.

Les Grecs et les Romains, avides d’instruction, avaient en outre multiplié les charges de lecteurs et même de lectrices pour leur délassement dans la vie privée. On lisait pendant le repas dans les grandes maisons, et même chez les particuliers amis des lettres. Les Anagnostcs grecs lisaient publiquement dans les théâtres les œuvres des poètes ( voj . la satire xi de Juvénal ; Th. Reynaud, de Anagnostis ad mensam re/igiosam, etc.). Pline n’est parvenu â laisser les immenses matériaux dont nous ferons un grand usage pour établir le point de départ de plusieurs branches d’art, que grâce à son lecteur â fonctions presque continues , qui le suivait au bain, a la table, en voyage , et distillait incessamment les sucs que l’écrivain recueillait et classait.

(i?, pag. 3o.) Le Beau a dit de Valentinien Ier, que chez lui « la haine du crime dégénérait en cruauté ». Nous allons établir par quelques citations les graves conséquences de cet excès de vertu pour les autres et pour lui-même, puisque ce fut dans la violence d’une allocution menaçante aux envoyés des Quadi ou Quades, qu’il se rompit l’artère pulmonaire et fut suffoqué par le sang, en expiation de tout celui que son excessive sévérité avait fait répandre.

Il nous semble d’ abord que les atroces distractions qu’il recherchait journel * lement auprès de ses féroces commensaux, qu’il récompense ensuite du plaisir qu’ils lui ont procuré [voy- p. 3o, note i ) sont plutôt le fait d’une cruauté native ou réfléchie, comme celle de Néron, que le témoignage d’une violence de caractère que l’indignation et l’irréflexion emportent au-delà du but. Alexandre pris de vin tue de sa main son plus fidèle ami, le fils de sa nourrice qui avait blessé son orgueil ; Christine, croyant ses secrets trahis ou trompée dans sa passion , voit tomber de sang-froid son amant sous les coups qu’elle dirige; mais il y a loin de ces crimes passionnés, et qu’un long remords suivit sans doute , â ceux dont l’histoire charge la mémoire de Valentinien Ier, sans toutefois la flétrir.

Qu’il ait fait précipiter dans le cirque et brûler vif a tous les yeux son grand chambellan Rhadane, sur une plainte en concussion formée au moment même par sa victime Bérénice;

Qu’il ait donné l’ordre d’assommer un de ses pages, pour avoir dans une chasse découplé un chien plutôt qu’il ne fallait ;

Qu’il ait fait lapider son écuyer Constantin, pour avoir changé sans ordre quelques chevaux, et un armurier célèbre, parce qu’une cuirasse d’un beau travail pesait moins que l’ordonnance ne prescrivait, etc., etc. , ce sont de ces fureurs de surexcitation nerveuse qu’expliquent , jusqu’à un certain point , chez un souverain élevé dans les camps, l’impulsion du moment, la violence qu’aucun frein no maîtrise, ou le besoin d’affermir son pouvoir par des exemples ; mais comment justifier sa participation aux horribles cruautés que commet en son nom, à Rome et dans toute la Gaule, ce préfet Maximin, qui

provoquait les délations anonymes pour alimenter sa rage i , et qui proclamait impunément au su de l’empereur « que personne ne pouvait se flatter » d’être innocent quand il voulaitqu’il fût coupable?» Commentlui pardonner cet exécrable mélange de la raillerie à la cruauté qu’on trouve, par exemple , dans cette réponse a Théodose sollicitant un changement de gouvernement pour Africanus, avocat célèbre : « Abi, cornes, et muta ei caput , qui sibi » mutari provinciam cupit » ( Ammien , lib. xxix ).

Certes nos bourreaux facétieux , les Anacréons de l’échafaud de 1793, n’auraient pas formulé plus spirituellement leurs arrêts sans appel.

On peut sans doute supposer que, malgré sa véracité habituelle , Ainmien- Marcellin , ancien compagnon d’armes de Valentinien , mais tenu a l’écart sous son règne , a pu se montrer rigoureux à son égard ; et cependant il faut reconnaître que les faits qu’il cite sont également reproduits par d’autres écrivains contemporains , et qu’il 11e montre aucune passion personnelle dans cette conclusion de son livre xxx : « Adsimulavit nonnunquam clementiæ speciem, » cum esset ad acerbitatem 2 naturæ colore. ... et ignorans; minimeque re- « putans adflicti solatia status semper esse lenitudinem principum, pcenas per » ignés augebat et gladios , etc. »

Le correctif de ces torts se trouve dans les hautes qualités qu’on 11e peut refuser a ce prince, nommé le père de la patrie par Gibbon, qu’on n’accusera pas, comme les autres historiens dont parle Le Beau, de partialité pour ses vertus chrétiennes. Valentinien était en effet brave, juste, intègre, grand administrateur, ami des lettres et des arts qu’il cultivait en s’occupant de plastique ( fingere terra seu limo simulachra , Amm. 1. xxvm , c. n) , et qu’il encouragea même par des lois qui accordent aux peintres de grands privilèges ( Code Théod. , 1. iv , tit. xvn, leg. 1 ).

(S, pag. 32.) Ammien qui avait reporté sur Gratien l’animosité qu’il nourissait contre son père, et avec d’autant plus de motifs que ce jeune empereur, conseillé par saint Ambroise, s’attacha plus encore que Valentinien a extirper les germes anti-chrétiens semés par Julien, fait de Gratien le portrait suivant, dans son livre xxxi , chap. x, par lequel il termine son bel ouvrage, où la ti'istc solution du règne de cet empereur n’a pu être décrite :

« Præclaræ indolis adolescens, facundus, et moderatus, et bellicosus, et cle- » mens, ad æmulationem lectorum progrediens principum , dum etiam tum » lanugo genis inserperet speciosa , ni vergens in ludibriosos actus natura , » laxantibus proximis semet ad vana studia Cæsaris Commodi convertisset , » licet hic incruentus. »

Et il ajoute : « Ut enim ille quia perimere jaculis plurimas feras spectante

1 Des cordes tendues lu nuit aux fenêtres de son palais , cl remontées à l’aube du jour, garantissaient le secret aux délateurs , et constituaient de véritables pièges dont l’élite des populations était victime.

a Acerbitaleiu. « C’est sans doute ici que Barrère puisa son expression de tigre , formes ncerbes , » pour qualifier des scènes de carnage, expression qui d’ailleurs le peignait tout entier,»

» consueverat populo , et centum leones in amphitheatrali circulo simul emis- » sos teloi’um vario genere nullo geminalo vulnere contruncavit , ultra ho- » mincm exaltavit, etc. »

Yictor le jeune convient également des vertus de Gratien et s’accorde avec Zozime ( lib. iv, p. 247 ) pour attribuer la révolution qui détrôna ce prince au choix qu’il fit pour sa garde des Alains , les Suisses de l’époque. Cependant les historiens en général accablent ce prince malheureux. Mais lorsqu’ils observent avec Gibbon que ses dards eussent été mieux employés contre l’ennemi que contre des lions, comme si les bras pour les lancer n’avaient pas fait défaut au moment décisif, tiennent-ils assez de compte de ce que le jeune Gratien montra de valeur, d’activité et de grandeur d’ame dans les premières années de son règne pour assurer le repos de l’empire ? Parce que Néron et Commode brillèrent dans les exercices gymnastiques, est-ce une raison pour les interdire aux princes? et pourquoi cette indignation contre des délassemens salutaires , quelque outrés qu’ils puissent être , où le gibier tombe seul comme victime, lorsqu’on se montre si indulgent pour des massacres inspirés par Y horreur du crime , ou même par la raison politique ?

(T, page 36.) Cette fusion, ainsi que l’observe M. Aug. Thierry, fut lente; elle fut l’œuvre des siècles. Elle commença, non ’a l’établissement, mais à la chute de la domination franque. Le tableau des premiers déchiremens qui la préparèrent suffirait pour faire apprécier les bienfaits d’un ordre fixe et stable par l’idée de ce qu’il coûte, et pour tenir une nation assise sur un sol aussi favorisé qi\e le nôtre en garde contre tout appel au dehors. Pour qui suivrait sur la carte , l’histoire a la main, les mouvemens successifs des nations diverses lancées sur notre sol, comme une lave dévorante r, par l’irruption de 406, la Gaule semblerait un vaste échiquier sur lequel chaque peuple, manœuvrant simultanément, tendait moins a cimenter su prise de possession qu’a l’accroître par la force ou par l’adresse; d’un côté l’unité barbare que le choc réunit, que le butin divise , visant à se caser en occupant les places des vaincus , et tenant en échec ce qui nuit a sa marche ; de l’autre , les Gallo-Romains unis sous une autre bannière par l’intérêt d’une commune défense.

En forçant même l’application, cette lutte de rois , de cavaliers , de fous, etc. , pourrait reproduire assez exactement , par la diversité des allures, la marche consacrée dans ce jeu de la guerre.

Lorsque les Armoriques , acculés à la mer, bornaient leurs actions a garantir

1 Nous aurions sagement fait sans doute de supprimer cette image d’ailleurs assez commune, d’après le reproche qu’adresse M. Guizot , dans son Cours d’ Histoire moderne (t. I , p. 2g5) , à ceux qui , à l’occasion de l’invasion des Barbares , emploient les mots inondation, tremblement de terre, incendie, tandis que ce grand historien démontre que « ces invasions étaient des événemens essentielle- » ment partiels , locaux , momentanés ; » mais l’idée de cette note étant toute fantastique , nous conservons la métaphore puisée dans l’éruption volcanique , qui , par sa nature, est également partielle, locale et momentanée.

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leur indépendance par une attitude défensive et par des manœuvres circonscrites dans la ligne de leur contact avec les Barbares, lorsque les Goths, maîtres, après tant de courses victorieuses , d’un terrain de leur choix , les Aquitaines et la Novem-Populanie, procédaientpied à pied, pour étendre lentement mais d’autant plus sûrement leur influence a l’Espagne et a l’Italie, les Burgondes , ardens avant tout ’a se créer un royaume, se mouvaient en tous sens, obliquant des rives du Rhin au pays des Eduens et des Sequanois, et les Alains, plus vagabonds encore, chevauchaient a travers , surmontant tout obstacle, pour fonder a la fois les colonies si distantes de Valence et d’Orléans ; mais vinrent les Francs , investis par Honorius , dépossédés par Ætius , qui , marchant d’uu pas ferme et direct du Rhin a la Meuse , de la Meuse a l’Oise, et de l’Oise a la Seine , vainqueurs des derniers Romains et des Visigoths sous Clovis, des Burgondes et des Ostrogoths sous ses fils , demeurés seuls , entonnèrent leur chant de triomphe et fondèrent sur les états mouvans de leurs rivaux d’invasion un empire qui s’est perpétué jusqu’à nous r.

(17, page 38.) M. Walckenaer, dans son article remarquable sur Clovis ( Biogra phie universelle ), admet bien que ce prince choisit Paris en 507 pour la capitale de son royaume, et que l’église des Saints-Apôtres ne fut construite que vers le même temps ; mais il ajoute : « Quant a la résidence qu’on prétend que » Clovis fit dans le palais des Thermes, cette assertion, répétée par presque » tous les historiens de la ville de Paris , est dénuée de preuves. » Dénuée de preuves, soit ; mais en l’absence de preuves contraires, les hypothèses résultant des témoignages suivans et des considérations dont nous les appuierons, équivaudront peut-être a des preuves positives.

Si la plupart des historiens de Paris logent Clovis au palais des Thermes , d’autres aussi, tels que Du Breul ( Ant . de P., éd. de 1612, p. 268) , Duboulay ( Hist . de V Université de P p. 107), Sauvai (t. I, p. 38G), etc., etc., lui assignent pour séjour un palais que ce prince aurait fait construire sur la montagne Sainte-Geneviève , en même temps qu’on élevait sa basilique dédiée aux saints Apôtres. Il est vrai que M. Walckenaer, par son silence sur ce palais dont on ne trouve aucune trace, ni dans les anciens historiens, ni dans les fondations des maisons voisines de Sainte-Geneviève, paraît se ranger à

1 D’autres peuples que ceux auxquels Honorius , sur la fiu de son règne , reconnut un état fixe et indépendant au sein de notre Gaule, occupaient en même temps des portions de notre territoire, tels que les Breones (des montagnes de la Rliétie) ; les Saxons, dont il existait une colonie a Bayeux ; les Ripuaires , ainsi nommés de leurs stations sur les rives du Rliin , de la Meuse et de la Moselle ; les Lœti, race mêlée, produit de l’ancienne naturalisation de migrations d’outre-Rliin dans la Gaule, etc. ; car qui pourrait dénombrer les genres et les espèces barbares qui, dans le flux et le reflux d invasions si longtemps répétées , laissèrent des traces vivantes de leur passage en ptenant racine dans notre Sol, objet de leur convoitise ?

La seule incursion d’Attila , qui traînait à sa suite vingt peuples divers , accrut de beaucoup ces germes étrangers, fondus en grande partie sous Clovis dans une nationalité nouvelle.

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l’opinion de Dom Toussaint, qu’il cite honorablement d’ailleurs, et qui répète à cet égard ce que disait Dom Germain , que « ce palais de la montagne » n’était qu’un palais bâti par les modernes ». Mais Clovis ayant , comme nous allons le prouver, séjourné a Paris même avant de déterminer la fondation de sa basilique , comme avant de choisir cette ville pour sa capitale , il resterait a établir quel palais il dut y occuper 1 ? Ici nous nous voyons dans l’obligation , pour démontrer ce que nous avançons , de citer des textes. On lit dans les Gesta Franco rum (cap. xvn) : « In illis diebus » (après l’expédition contre Gondebaut et le traité qui suivit le siège d’Avignon, c’est-a-dire vers 5o6 ) « rex Clilodoweus cùm venisset Parisius civitatem , ait ad reginam et ad » populum suum : Satis milii molestum est quod Gothi Ariani partem optimam

» Galliarum tenent 2 , camus cum Dei auxilio . Tune Chrothildis regina

jt consilium régi dédit . Faciamus ecclesiamin honorem beatissimi Pétri,

» principis Apostolorum, ut sit tibi auxiliator inbello. Et rex ait: Placct lioc » quod liortaris, ita faciamus. Tune rex projecit a se in directum bipennem » suam, quod est francisca , et dixit : Fiatur ecclesia beatorum Apostolorum , » dum auxiliante Deo revertimur 3 4.

Cette circonstance de la francisque lancée d’un bras vigoureux sur le lieu où s’éleva depuis l’église des Saints-Apôtres, prouve d’abord la présence a Paris de Clovis avec la reine, avant l’expédition contre Alaric 4, dont cette démonstration fut le prélude , et au retour de laquelle , selon les mêmes ouvrages , « Parisius civitatem veniens, ibi sedem regni sui constitua ,• » ce que confirme ce texte de Grég. de Tours (1. xi, ch. xxxvni), portant qu’après avoir vaincu et tué Alaric a Vouillé et pillé Toulouse , Clovis vint de Tours a Paris et fit de cette ville la capitale de son royaume : « Egressus autem a Turonis » Parisius venit, ibique cathedram regni constituit. »

Elle prouve aussi , contre l’opinion de plusieurs historiens , que l’église des Saints-Apôtres fut fondée au plus tôt en $07, « dum auxiliante Deo revertitur.»

1 Peut-être lépondra-t-on : « le palais de la Cité , où l’on retrouve plus tard Clotilde ; » ce qui nous forcerait de renvoyer à la discussion établie p. 40, 41*

2 Ce discours de Clovis est également cité au liv. il , cliap. xxxvil de VHistoire des Francs de Grégoire de Tours; mais cet historien ne parle de la scène qui le termina que dans VEpitom., chap. xxv.

3 Les soldats répondirent à cette allocution en protestant , selon l’expression de Sauvai (tom. Ier, pag. 619) , « de ne se point faire la barbe qu’ils n’eussent chassé Alaric de là. » Quant au lieu d’où la francisque fut lancée de manière à pouvoir retomber sur l’emplacement qu’occupait l’église de Sainte-Geneviève, il est difficile de le déterminer. Le choix est entre le camp romain, situé assez près du palais (Zozime , Hist., lib. v, p. 710, édit. d’Oxon ), et qui s’étendait sur la hauteur vers la rue d’Enfer, à proximité du but atteint par le lourd projectile, et les arènes situées au nord de la montagne , vers le lieu qu’occupa depuis l’abbaye Saint-Victor. La présence de Clotilde et les mots ad populum suum donneraient lieu de penser qu’il ne s’agissait pas d’une réunion purement militaire.

4 André Ducliesne se trompe donc évidemment lorsqu’il ne constate la présence de Clovis à Paris qu’à partir de 5o8.

NOTES DU CHArlTRE T.

Or, puisque cette église que Clotilde fit achever n’était pas terminée quand Clovis mourut à Paris le 27 novembre 5 1 1 , évidemment le palais nécessairement très important qu’aurait entrepris d’élever un prince qui ne se serait pas contenté du Palais romain ' , n’aurait pu être achevé assez longtemps avant la basilique, pour qu’on pût le citer comme ayant été sa résidence habituelle : évidemment encore ce Palais neuf de la montagne, s’il eût existé, aurait été habité par Childebert ou par Charibert, qui n’établirent leur résidence royale que dans le Palais romain, ou par Clotilde que l’intérêt de fondation y eût également attirée, et qu’on nous montre habitant dans la ville, lors de ses rares voyages de Tours à Paris ; d’où l’on conclura sans doute avec nous que le prétendu palais de la montagne n’est, comme l’ont dit les deux bénédictins que nous avons cités , qu’un palais en l’air, tandis que le nôtre , où nous voyons le fils de Clovis installé à la mort de son père , s’otfre naturellement, malgré le défaut de preuves , comme le seul où ce dernier prince art pu trouver une résidence digne de lui.

( V) page 4 1 •) Gibbon parlant (ch. xxvm ) des vastes domaines qui fournissaient à l'abondance de la table de Clovis et de ses successeurs, dit: « qu’on » comptait, dans les différentes provinces qui composaient le royaume, cent j> soixante de ces palais que les rois habitaient successivement 5 » mais il ajoute : « que ce n’était pour la plupart que des forteresses ou de riches » fermes, etc. »

Sans étendre nos recherches , que nous nous efforçons toujours de faire sur les textes originaux , à tout le royaume des Francs , il nous suffira de constater ici , pour atteindre le but de notre renvoi à cette note , que Childebert avait ’a sa disposition plusieurs de ces palais , dans une circonscription très rapprochée de sa résidence de Paris, tels que :

Palaiseau, « in loco qui Palatiolus (petit palais) vocatur 3 » (voy Michel Germain, au 4e liv. de Rc diplom. ).

1 Nous ajouterons que, malgré le butin que Clovis faisait dans chaque campagne, butin qui se partageait selon les rangs, ainsi que le prouve le coup de liachc donné par un soldat au vase de Soissons demandé par le roi, ce prince, comme le remarque Grégoire de Tours (prologue du liv. v) , n’avait à sa disposition, pour des constructions aussi inutiles, ni l’or, ni l’argent que possédèrent ses enfans : « Nequc aurum, neque argentum, sicut nunc est in tlicsauris vestris, habebat. »

La distance des dépendances du Palais romain à l’église des Saints-Apôtres n’était d’ailleurs pas telle qu’elle dût déterminer une construction intermédiaire. L’église que Childebert construisit pour son usage était plus éloignée de sa résidence que ne l’était celle des Saints- Apôtres du même palais habité par son père.

a Les légendes de saint Rigomer et de sainte Tcneslinc, vierge, disent que ce fut dans ce palais qu’ils comparurent ensemble devant Childebert pour se purger , par un miracle , des fausses et scandaleuses imputations qui pesaient sur leur sainte association : «ex calumniis pleniter redderent.» Ce petit palais devait exister encore au VIIIe siècle , d’après l’inscription citée par Dom Ruinait , et après lui par Dom Bouquet ( Histoire des Gaules, t. II, p. 722). Cette maison de plaisance resta dans le domaine royal jusqu’en 754. Pépin la donna à cette époque au monastère de Saiut-Gcrmaiu-des- Prés, lorsqu’il assista avec scs deux fils à la première translation du corps de ce saint-

Chelles ( Cala ), palais bâti par Clotilde , et dont Childebert devait jouir en l’absence de sa mère retirée a Tours et raro Parisius visitans ( Grég. de T. , lib. xi, cap. lxiii) r.

Compïègne ( Compendium Castrum ) , « ubi tum rex morabatur idque præ- » sente regina Ultrogode», est-il dit dans la vie de saint Marculphe, abbé, ( André Duchesne , Hist. Franc. , 1. 1, p. 536) 2.

En voici assez pour prouver que Childebert avait où se retirer pour fuir la colère de sa mère , après le massacre de ses neveux ; et puisque les résidences secondaires de nos rois ressortent de notre domaine, citons maintenant quelques autres maisons de plaisance royales , voisines de Paris , et indépendantes du palais de cette ville , que les historiens nous montrent occupées par nos princes , sinon précisément dès cette époque, du moins peu d’années après 3.

Coreeil ( Captonacum ) , palais habité par Théodebert et par Clotaire.

Neuilly-sur-Marne ( Nucetum ad Matronam , villa regia ) , citée ( 1. v, c.lx) par Grégoire de Tours, qui parle aussi, au même titre [1. x, c. xxxvm), de Ruel ( Rotolialum ), mentionnée cinq siècles plus tard , par Suger 4.

Essonne ( Essona prope Curbolium ) , où l’on battait monnaie sous les Mérovingiens, également mentionnée et dans les actes de Clotaire et dans le livre de Rebus ah se gestis de Suger (cap. xvn).

1 Chilpéric résidait à Chelles et y fut assassiné {Grégoire de Tours , liv. vi, chap. XLVl). Le même historien dit (liv. v, chap. xxxlx) : « Calam Parisiacæ civitatis villam advenit, etc. »

Sainte Bathilde , reine de France , veuve de Clovis II , y mourut en 6So. Sauvai dit que lorsque Charlemagne allait visiter Ghiselle sa sœur au monastère de Chelles , il logeait dans la maison des rois de la première race. Les Capétiens, « qui ubi primariam regni sedem fixerunt Parisiis , » rendirent à Chelles son antique splendeur; il se tint un concile en 1008 dans ce lieu qui n’est aujourd’hui qu’un village.

a Grégoire de Tours parle à diverses reprises de cette résidence royale. Compendium villam, ditil (lib. Iv , cap. xxl ) , à propos de la mort de Clotaire , atteint d’une fièvre alors qu’il chassait dans la forêt de Cuise, Cotia silva , et (1. vl , c. xxxv) comme du lieu où Chilpéric et Frédégonde firent comparaître Mummol, accusé des maléfices qui avaient coûté la vie à leur enfant. Mabillon , dans ses Formules Diplomatiques , en cite une donnée en cette résidence et remontant au règne des Mérovingiens : « Datum... anno regni nostri Compendio villa nostra in Dei nomme féliciter.»

3 Sauvai a donné ( t. II , p. 288 et suiv. ) uu tableau divisé par races des maisons de plaisance de nos rois ; mais cette nomenclature, où les auteurs ne sont pas toujours cités, estdes plus incomplètes, eu ce qui concerne même le voisinage de Paris : ce serait un travail à refaire.

4 De ce qu’on lit dans plusieurs auteurs Reuolium , Sauvai , dans une longue dissertation , établit qu’on a quelquefois confondu Ruel avec le Roulle au faubourg Saint-Honoré. L’épitaphe de Charlesle-Chauve que cite Du Breul , pag. 822 , et la possession par l’abbaye de Saint-Denis de la terre et seigneurie de Ruel, tranchent la difficulté en ce qui tient à Ruel. Celte épitaphe se termine par ces mots :

Sequanij fluvij, Reuolijque dator.

M ais peut-être , ainsi que l’observe Sauvai , le Rotola/urn et Rotolajensis villa dont parle Grégoire de Tours et où Childebert 1er reçut saiut Lubin , doit-il s’entendre du Roulle , aujourd’hui faubourg de Paris, mais alors séjour champêtre distant de plus d’une lieue du palais d’hiver de ce prince.

Nogent ( Novigentum ) , aujourd’hui Saint-Cloud , oii se retira Chlodoaldus échappé au glaive de ses oncles, et l’autre Nogent-sur-Marne , que Sauvai croit être celui dont parle Grégoire de Tours ( Novigentum villa) , comme maison de plaisance de Chilpéric.

Garges ( Bigargium ) , palais de Dagobert, qui paraît en avoir possédé plusieurs autres, notamment :

Clichy (Clippiacum), ou, selon Frédégaire, ce même roi d’Auslrasie épousa Gométrude J ;

Reuilly-lès-Paris (Romiliacum) , que l’abandon de cette reine pour cause de stérilité rendit célèbre ( Frédégaire, ad annum Vil Dagoberti senioris ) ;

Et Epinai ( Spinogiluni) , où, selon le même historien, Dagobert tomba malade du flux de ventre dont il mourut; et encore Creil , Romilly, etc.

Nanterre ( Nemetodorum , villam regiam ) , où Clotaire II fut baptisé.

Lusarches ( Lubarca ) , d’où Théodoric a daté des statuts.

Noisi ( villa cui Nuceto nomen est v) , où Frédégonde envoya Clovis II enchaîné , et où il périt d’un coup de couteau ( Grég. de Tours , 1. v , ch. kl) , etc., etc. ; et plus loin de Paris :

Villers-Cotterets , que Sauvai pense (page 291 ) être le lieu ( Cotta ), où Chilpéric se retira avec Frédégonde pour pleurer la mort de ses enfans , et où Clotaire II , leur fils, gagna, en chassant, la maladie dont il mourut; mais Sauvai 11e confond-il pas Colla , que nous ne connaissons pas, avec Colin siloa (forêt de Cuise ou de Compiègne, oùClotaire Ier gagna, en chassant, sa dernière maladie (voy. ci-dessuspage 118)? C’est d’ailleurs à Compiègne que Grégoire de Tours place (1. vx , c. xxxv ) la vengeance exercée a l’occasion de la mort de Théodéric.

Nogent-sous-Couci , où Thierry Ier se retira après la mort de Childéric II.

Br aine (le Brenacum de Grég. de Tours, et sans doute le B raina de I lo-

1 Du Breul dit, pag. 882, que c’est le village actuel de Saint-Ouen qui s’appelait Clippiacum ; mais, ajoute-t-il, « pour ce que Saint-Ouin, archevesque de Rouen , y décéda le 24 août 67 7, ce paa lais a été depuis appelé la maison de Saint-Ouen , laquelle étant devenue en la possession de la » comtesse d’Alençon , et d’icellc l’acheta le roi Jean, a Ce fut la que, pour abolir 1 ordre de l Etoile d’or , institué par le roi Robert et prodigué par Charles VI , qui n’avait d’autre moyen de récompenser les capitaines «qui lui faisoient service, a Charles "V II, en i455, « tira de son col le ruben de soye a noire au bout duquel pendoitl’estoile d’or et le mit au col du capitaine du guet de nuict de la ville a de Paris , qui depuis fut appelé cheva lier du guet, a Excellent îemede alors contre les abus eu ce genre !

Trois conciles furent tenusà Clichy : en 628, G33 et 66g.

2 Noisi était situé sur la rive de la Marne opposée à celle où se trouvait placé le palais de Chelles, que Frédégonde habitait alors, puisque Grégoire de Tours dit : « Regiua vinctum jussit eum transire « Matrouam Üuvium. a

NOTES DU CHAPITRE ï.

doart), entre Reims et boissons, où demeurait Chilpéric ( Grég. de Tours , 1. v, c. xxxv }.

Vitry-sur-la-Scarpe ( Vicloriacum) , où fut tuéSigebert, « maleficali a Fredegonde regina » (ibid. , 1. v, c. i),et où Chilpéric fit élever Clotaire II; nommé par Jonas, dans la vie de Saint-Colomban, villani publicam.

Yassi et Moustier-Ender , maisons de plaisance de Cliildéric II, données par ce prince à saint Berchaire, fondateur de Moustier-Ender.

II nous en coûtera peu d’ajouter a cette nomenclature mérovingienne quelques autres noms applicables aux règnes suivans , et constatant également la résidence de nos rois à peu de distance de leur capitale, tels que :

Gentilly-sur-Bièvre ( Gentiliacum ) , près Paris, où selon les Annales d’Eginhard Pépin passa les hivers de 762 et de 766.

Poissv ( Pinciacum , prope Lediam silvam) , palais dès le temps de Charlemagne, illustré d’ailleurs par la fondation du roi Robert et par la naissance de saint Louis.

Kiersy ou Quiercy-sur-Oise ( Carisiacus ) , maison royale dès le règne de Thierry, fils de Clovis-le-Jeune , où mourut Charles-Martel, en 741 , où Tépin reçut Etienne II, et Charlemagne Léon 111 , et où l’on retrouve Louis-lc- Débonnaire en 810 et en 827.

Charles-le-Chauvc tint cinq conciles dans ce palais, dont il ne subsiste aucune trace , et dont la destruction totale paraît remonter aux dernières invasions des Normands.

Attigni ( Attiniacum ), sur la rive gauche de l’Aisne, palais qu’011 croit avoir été construit par Clovis II , et qui conserva sa célébrité pendant quatre siècles.

Nous y trouvons Charlemagne en 771 et encore en 785, assistant au baptême de Witikind ( voj . noie F). Charles-ie-Simple y résida habituellement. Sa trace existait encore sous Louis-le-Gros, comme appartenant alors par suite de donation à l’église de Reims.

Boneuil ( Bonogiluni) ; contrairement aux opinions antérieures qui placent le palais qu’habita Cliarles-le-Chauve a Boneuil , situé près de Gonesse, Le Bœuf pense que l’assemblée dont parle Hincmar eut lieu a Boneuil-sur- Marne, à trois lieues de Paris.

Saint-Germain-en-Laye (in silva rjuæ Lea dicitur) , déjà depuis longtemps résidence royale lorsque Charles Y fit jeter les fondemens d’un nouveau château en 1370, puisque Philippe-Auguste y demeurait en 1 189.

Vincennes ( Vicenœ ), dont le même roi fit clore le bois de murs en 1 1 83 « quod toto tempore prædecessorum suorum fuerat disclusum ».

Fontainebleau , celle de toutes nos résidences royales actuelles qui puisse se prévaloir, sinon de plus longs, du moins de plus grands souvenirs par le séjour continu de nos rois pendant huit siècles, depuis la construction de la chapelle, constatée par une charte de Louis YII, dont le fils et le successeur firent leurs délices de cette résidence.

Il exista certainement plusieurs autres manoirs royaux , même dans le cercle où nous nous renfermons i , principalement sous la première race, fixée dans ce centre même; mais, ainsi que l’observe Mabillon, leur existence ne pourrait se révéler que par des dates de lieux données à des statuts ou constitutions, et ces dates manquent très souvent a ces actes : « Rarius fuit palatii vocabu- » lum in datis, sub prima stirpe, sed connnunius sub secunda et tertia ».

( X , pag. 5i.) En dépouillant Paris dulustre que lui eût donné le séjour de Charlemagne et la création des écoles de notre Palais, le dernier historien de cette ville n’a fait qu’adopter aveuglément l’opinion légèrement émise par André Duchesne dans sa préface des œuvres d’Alcliuin.

Bien qu’on ne puisse être tenu d’administrer la preuve d’un fait négatif, il y avait convenance, ce nous semble, à opposer quelques observations plus concluantes qu’un démenti formel aux résultats des recherches de Duboullay, de Mabillon, de Rivet, de Bonamy, de Sauvai, etc. , et même de Félibien, quoiqu’il se rapproche davantage du système d’André Ducliesne.

Analysons les témoignages de ces écrivains, pour qu’on puisse juger s’ils méritaient un tel dédain.

L’historien de l’Université, après avoir cité diverses épîtres d’Alchuin = a Charlemagne , désigné dans les lettres qui nous sont restées sous le nom de David, comme son fils l’est sous celui de Salomon 3, se demande : « Ut si Lu-

i Si nous sortions de ce cercle , sans aller même jusqu’à Tliionville, où Charlemagne sc'journa si souvent, nous aurions, parmi les lieux les plus marquans : Verberie ( Vermeria Palalium), entre Compiègne et Senlis , lieu célèbre par le se'jour de Charles Martel , par le mariage de Charles-le-Chauve et de Roinetrude, et par la tenue des quatre conciles, d’Étienne II à Adrien II; Pistres ( Pistrea ), à une lieue de Pont-de-1’ Arche, se'jour de Charles-le-Chauve; Chamoucy ( Sal/nuntiaciim ), où mourut C.arloman, fils de Pe'pin, où Charles-le-Chauve tint un placite en 876 ; Pontion, près Vitry-en-Pertliois, déjà citée par Grégoire de Tours, où Charles-le-Chauve convoqua un concile ; Andriacum, près d’Amiens ; Corbenacum, près de Reims ; Sylvacum , près de Laon , et surtout Vernon-sur-Seine , qui , selon Fleuri et le P. Lccointe , contredits par Mabillon , etc. , partagerait avec Compiègne et Fontainebleau l’insigne honneur d’avoir , depuis le séjour de la mère de Clotaire 111 (sainte Baudour ou Jîatilde, régente de France), et jusqu’à nos jours, offert au moins un pied-à-terre ou rendez-vous de chasse aux princes de la maison de France.

a Duboullay constate d’abord le séjour d’Alchuin et son concours à l’établissement des écoles de cette ville, en citant l’épitaphe suivante :

Hic situs Alchuinus, doctrina et moribus ingens,

Præceptor quondam, Carole Magne, tuus,

Discipulus JjciUk ; is quem primum P arisiense Gymuasium veteres instituisse feruut.

( pag. 5 5 1 . )

3 O11 sait que dans la petite académie intime qui suivit Charlemagne dans la plupart de scs expéditions, chaque membre portait un nom d’emprunt approprié à sa position , à son caractère ou à si n talent; ainsi le poète Augilbcrt était dc'sigué sous le nom d’Homère par Alchuin lui-même, qui,

» tetiæ Parisiorum scholam publicam instituit Carolus , quo in loco quaque in » parte orbis collocavit » ? et il se répond immédiatement : « In Palatio , ut » suâ præsentiâ magistros ad fideliter docendum impelleret et juvenis exein- » plo suo (p. 106 ) ».

11 dit d’ailleurs que Charlemagne nomma le palais Ecole1, a l’instar de Ptolémée , qui consacra celui d’Alexandrie aux Muses et aux études, sous le nom de Mouseion (d’où Muséum).

Bonamy ( Mèm . de l’ Acad, des Inscrip. , etc., t. XV, p. 659) pense que l’école du palais, tantôt fixe, tantôt ambulatoire, se tenait, dans le premier cas , au palais des Thermes. La même opinion perce dans ce que disent à ce sujet Mabillon ( Act . SS. Bened. , s. iv, part. 1 , præfat. , p. i32); Rivet (Uist. littéraire, t. IV, p. 10) ; Thomassin ( Discipl . de l’Église, t. XI, p. 232); et ces écrivains paraissent également d’accord sur ce point accessoire qu’Alchuin enseigna à Paris les princesses Glxiselle et Rotrude , filles de Charlemagne 2 ,

parodiant Ovide à propos de reliques qu’il priait son collègue de lui rapporter de Rome , lui écrivait :

Si nihil attuleris, ibis, Homere, foras.

Un autre poète , Théophile , évêque d’Orléans , siégait sous le nom de Pindare ; Eginhard sous celui de Kalliopus (belle voix), et c’était sans doute à ses goûts champêtres que Riculfe devait son nom de Damœtas , comme Adhelard fut redevable à l’éloquence qu’il déploya dans maintes occasions du surnom d’ Augustin , etc., etc.

Le choix de ces désignations pseudonymes, qui constaterait seul l’influence des lettres à la cour de Charlemagne, prouverait en même temps que dès lors, comme dans tout le moyen âge, le sacré et le profane cheminaient volontiers de conserve.

r Cette supposition avait été admise par plusieurs écrivains qui , s’appuyant du nom de quai et place de l’École qu’on sait remonter au IXe siècle , installaient Charlemagne au Louvre , qui ne s’éleva que sous Philippe-Auguste ; mais il a été reconnu que l’école qui avait laissé cette longue trace était celle que Remy d’Auxerre avait établie vers la fin dudit siècle à Saint-Germain-l’Auxerrois.

2 Cette circonstance est bien établie par la demande faite par ces princesses à leur précepteur, qui demeurait alors à Tours , des Commentaires sur saint Jean. « La distance de Tours à Paris , lui » écrivent-elles spirituellement, n’est pas si grande que celle de Rome à Bethléem, d’où saint Jérôme » s’occupait de l’instruction des dames romaines. »

Heureux de pouvoir compter sur d’aussi gracieuses hôtesses , car Eginhard affirme qu’elles étaient charmantes, enchanté de voir ces jolies personnes, malgré l’humeur libre qu’Anquetil leur reproche, filer et faire de la toile, selon la recommandation expresse de leur père ( voy . Eginhard), et anticiper ainsi de dix siècles nos usages pénitentiaires , il ne nous appartient pas de scruter les motifs de leur réclusion dans notre Palais ; mais cette réclusion même devrait confirmer nos présomptions sur les séjours qu’y auraient fait Charlemagne , puisque Eginhard, qui survécut à ce prince, dit formellement que ne pouvant vivre sans la société de ses filles , Charlemagne les conserva près de lui jusqu’à sa mort ; affection bien naturelle sans doute , mais dont les témoignages le seraient moins si l’on en croit les historiens, et surtout Voltaire qui ne ménage pas les termes (tom. XIV , pag. 336 de l’édition en 4» volumes).

Ce qu’on tient pour Constant , c’est qu’elles ne se marièrent pas , non sans doute à défaut de dot ; et cependant on lions représente Rotrude, qui avait été fiancée jeune à l’empereur Constantin Porpby-

que Saint-Foix place en retraite dans le palais des Thermes ( Essais sur Paris,

Sauvai cite des époques précises du séjour de Charlemagne 'a Paris, et ces époques sont , comme nous l’avons reconnu, en rapport exact avec les textes. Après avoir établi (t. I , p. 8 ) « que Charlemagne ni ses descendans ne trans- » férèrent pas le siège du royaume à Rome , ni a Aix-la-Chapelle, où ils rési- » dèrent plus ordinairement , sans cesser de venir quelquefois a Paris , » il dit : « En 779 , après avoir nommé des gouverneurs dans toutes les provinces » de l’Aquitaine, Charlemagne vint a Paris, y séjourna même, et n’en partit que » pour son voyage à Rome ; et en 800 et 801 , après avoir donné la chasse aux « pirates, il passa par Rouen et par Tours, et s’en retourna a Aix par Orléans » et Paris 1 ».

Sauvai cite en outre la circonstance rapportée par le moine de Saint-Gall de la célébration à Paris, a une autre époque , d’une fête de Noël , dans laquelle l’empereur se montra très mécontent des musiciens qu’avait procurés le pape Etienne.

Félibien, sans se montrer aussi affirmatif, constate cependant (t. 1er, p. 68) quelques circonstances qui détruisent l’allégation de Dulaure, telles que la présence de Charlemagne a Saint-Denis en 768, pour rendre les derniers devoirs a son père, et en 775 pour la consécration de la nouvelle église, commencée sous Pépin , et qui venait d’être achevée par les soins de l’abbé Fulrad. Il prouve d’ailleurs que Charlemagne, jeune alors il est vrai , assista avec son père à la première translation qui eut lieu, le 25 juillet 1754, du corps de

rogenete, précipité du trône par sa mère ambitieuse (Irène), comme ayant eu pour fils le célèbre abbé de Saint-Denis , Louis , qui , prisonnier des Normands sous Charles-le-Chauve , ruina son abbaye et une portion de la France pour le paiement de sa rançon. Comme on ajoute que cet abbé, mort en 867, avait pour père le comte Roricon, il faut sans doute réduire le célibat de notre aimable récluse à celui qu’elle garda seulement jusqu’à la mort de son père ; à moins de supposer qu’à l’imitation de sa sœur Berthe, et autorisée par les nombreux: exemples de polygamie que donnait son père, elle se soit crue, par son rang, affranchie de certaines convenances.

Les écrivains qui disent que son autre sœur Ghisellc se fit religieuse ne confondent-ils pas la uiece avec la tante ? car Charlemagne avait, comme nous l’avons dit (note V) , à l’abbaye de Chelles , une sœur de ce nom qu’il chérissait bien tendrement aussi, peut-être trop tendrement, selon l’expression de Gibbon sur son amour pour ses filles , et qu’il 'visitait souvent ; ce qui ajouterait encore aux autorités conjecturales que nous opposons aux dénégations positives de Dulaure.

1 Ce qui est conforme à ce qu’on lit dans les Annales à l’année 800 : «Inde per Aureliauos ac » Parisios regressus ( apud Duchesne, t. II, p. 4 1 , A). »

Mais il paraît en outre qu’à son retour de Rome, en 781 , il vint de nouveau a Paris en allant passer l’hiver entier de cette année à Quiersi-sur-Oise {voy . note F-).

Ce double séjour à des époques si rapprochées justifierait cette supposition : que Charlemagne, lorsqu’il était à Paris en 779, ayant rencontré Alchuin a Parme, dit-on (ou a Pavie), et l’ayant dirigé sur sa capitale pour y organiser l’enseignement, serait venu , avant de retourner dans le Nord, s assurer du résultat de ces premiers essais.

saint Germain , d’un lieu a un autre, dans l’abbaye, qui dès lors prit et conserva ce nom.

Loin de nous l’intention d’appuyer autrement ici sur ces témoignages , et de chercher a rallumer la guerre si énergiquement soutenue à plusieurs reprises sur la question des droits de Charlemagne au titre de fondateur de l’Université de Paris. Les manifestes opposés du docteur Jean de Lannoy et de Doin Liron existent : les lise qui voudra ou plutôt qui pourra.

Nous nous bornerons a insister sur quelques considérations accessoires tirées de nos recherches et indépendantes des inductions qu’on doit naturellement tirer pour la présence de ce prince à Paris , de sa résidence pendant deux hivers à Gentilly-sur-Bièvre, de son séjour a plusieurs reprises a Saint-Denis, et de son sacre à Noyon, etc. , etc.

Dans ses Capitulaires ( page 663 ) , sous la date de 8o3 , quinzième année de son règne, il parle de Paris comme de la capitale du royaume des Francs, et en 802 ilavait témoigné toute sa sollicitude pour cette ville, en y envoyant, a titre de missi dominici, Fardoul, abbé de Saint-Denis , et Etienne, comte de Paris ; ce qui prouverait, du moins dans l’espèce , contre l’opinion de Malingre , que la mésintelligence entre le prince et les comtes n’entrait pour rien dans les motifs qui tenaient Charlemagne éloigné de sa capitale.

Ses soins pour introduire et développer en France la culture des lettres, des sciences et des arts, étant incontestables1 , on doit croire aussi que sa première pensée fut pour sa capitale, ou du moins pour la seule ville à laquelle il ait jamais reconnu ce titre 2. La sollicitude qu’il montra pour la France centrale, dès les premières années de son règne, il l’étendit plus tard a son séjour d’affection et aux contrées plus septentrionales; ce qui constitue deux époques bien tranchées d’encouragemens qu’on a peut-être confondues 3 en cherchant a qualifier les fondations littéraires de cet empereur.

C’est ce que nous laissons à décider aux érudits.

1 « Et domiuus rcx Carolus iterum a Roma artis grammaticæ et computatoriæ magistros secum >1 adduxit in Franciam et ubique studium litterarum expendere jussit. Aute ipsum cnim dominum » regem Carolum , in G allia; nullum studium fuerat liberalium artium. ( Monach . Egolisrn , apud » Duclxesne, t, II, p, 75-76). »

Et la lettre du pape, de Nicolas 1er, à CUarlcs-lc-Cliauvc, est-elle assez formelle sur ce point? « Plu- » rimam nos lætificat quod iu imperio,et inregno vestro, et specialiter Parisiis, bonarum artium stu- » dia pra-decessorum vestrorum cura stabiliter repullulent. «

Voir aussi dans Baluze, p. ao3 : « Constitulio de emandationc librorum et officiorum ccclesiastico- » rum (de 788). »

2 Aix-la-Chapelle dans toute sa gloire n’eut jamais le titre de capitale, qu’elle méritait cependant par son éclat. On verra ailleurs que Charlemagne , qui put sans doute occuper dès les premières années de son règne la maison de plaisance existant à Aquis Granus , ne commença et ne put commencer à résider dans sa ville nouvelle que vers 78g. Le premier Capitulaire donné dans cette ville est du X des calendes d’avril de cette année ( Baluze , t. Ier, p. 209 et 2^1-2^).

3 L’abbé Le Bœuf dit (p. 387) que ce fut en 787 que Charlemagne déclara la guerre à l’ignorance eu faisant écrire une lettre circulaire pour l’établissement des écoles, laquelle lettre (Le Bœul cite

42iî

(K, page 540 On peut opposer, sans cloute, a nos déductions peut-être forcées, l’absence de preuves matérielles positives sur les séjours plus oumoins prolongés de Charlemagne a Paris, et surtout le silence des chroniqueurs, qui n’attachaient pas le même intérêt que nous à constater de pareils faits; mais ce silence s’explique par le temps et par les lieux où les annalistes de ce règne, formés par les encouragemens de l’empereur, commencèrent à entrevoir l’importance de leur mission, et par l’obscurité, dont l’ombre projetée sur la vieille capitale, par l’érection de la nouvelle, enveloppa, vers cette époque, la résidence habituelle des Mérovingiens.

Une considération plus puissante encore se tire de l’existence presque nomade que mena Charlemagne, surtout dans la première moitié de son règne de quarante-sept ans, pour conjurer des attaques jusque-la si terribles pour la Gaule, en plaçant le siège de sa puissance sur la digue même que rompirent si souvent les irruptions germaniques.

11 est facile, en effet, de reconnaître, par la lecture des annales de ce temps, que, soit ignorance, ante ipsum nullum studium, etc. ( voy . p. 24, n. 1), soit insouciance, on ne tint registre exact des hauts faits de cet empereur, qu’à partir de l’époque où, seul héritier du pouvoir et des grands biens de Pépin 1 , il se montra digne, a tous égards, de poursuivre et de compléter l’œuvre de son père et d’illustrer ses propres historiens 2.

Si les plumes n’eussent pas manqué aux descriptions, Charlemagne aurait-il pris le soin d’expédier de Rome en France ce dont ce dernier pays eût été pourvu en grammairiens lettrés, etc.? Ces écrivains, exclusivement occcupés des grands faits qui se déroulaient successivement sous leurs yeux, ne s’attachèrent pas à recueillir les traditions antérieures et sacrifièrent aux pompes éclatantes du nouveau palais d’Aix les souvenirs historiques du vieux manoir de Lutèce.

On pourrait cependant trouver dans ces annalistes, quelque concis qu’ils soient sur ces premiers temps, plusieurs considérations à l’appui de celles que nous avons déjà présentées, en même temps que la constatation de la prodigieuse activité du premier empereurd’Occident.

celle adressée à Lulle , archevêque de Mayence) finissait ainsi ■' «Disposez-vous donc par la suite a » instruire vos enfans dans les arts libéraux, afin qu’en cela vous satisfassiez nos très ardens désirs.» Or, ce langage , tenu en 787 sur les confins de la Germanie, n’était sansdoute qu un rappel des incitations qui avaient signalé sept ans plus tôt l’arrivée d’Alchuin et des professeurs romains dans diverses sciences.

1 « La famille de Pépin , dit M. Guizot ( Essai sur l’Hlst. , t. Ier, p. 121 ) , nvait d’immenses » domaines en Belgique et sur les bords du Rhin. Ses richesses furent une des causes qui la portèrent » au trône , et le trône augmenta ensuite ses richesses. »

2 Eginhard , familier de Charlemagne et son principal historien , déclare positivement n avoir pu recueillir aucune notion positive sur les premières années de ce prince , qui avait 2 7 aus lorsqu en -68 il partagea l’empire avec Carloman , mort en 77 1 . Cette seule circonstance devrait confondre l’outrecuidance des chroniqueurs modernes , dans l’affirmation d un fait négatif concernant ces premières époques.

De Saint-Denis, où il reçoit les derniers soupirs de son père, il part pour se faire sacrer aNoyon r en 768, et dès 769, on le voit triompher en Aquitaine, sans le concours que lui avait promis son frère, de la rébellion suscitée par le vieux duc Hunold.

En 770, il assemble unsynode a Worrns, célèbre Noëla Mayence, et Pâques a Héristal, près Liège, dans le palais bâti par le premier Pépin.

De la forêt Charbonnière (sans doute des Ardennes), ou les annalistes nous le montrent en 771, il se rend a son palais à’Attigny sur l’Aisne ( Attiniacum ) ( voy . note V ), a peu de distance de Paris, retourne de la à Héristal, et bientôt, en 772, reprenant la guerre faite aux Saxons par son père, il détruit Hirminsul et revient a Héristal. C’est surtout en 773 et 774 que son activité se déploie, lorsque, parti de Thionville ( Theodones ) pour porter a Adrien 1er le secours que ce pape avait réclamé de lui, on le voit, dans un court intervalle, combattre et vaincre les Lombards, sur leur sol même, puis retourner comme iin lion furieux punir les Saxons d’avoir exploité son absence ; convoquer des assemblées a Ingelheim et passer l’hiver a quelques lieues de notre capitale, dans son palais de Quiersi-sur-Oise ( Carisiacum ) 2. Dans les campagnes de 775 et de 776, procédant en sens inverse, il quitte la poursuite des Saxons pour fondre sur les Lombards, tue leur roi Rolgandus, et vient se reposer de ces exploits a Héristal et à Nimègue ; en 777, après un baptême de Saxons, a peine a-t-il assemblé, a Parderborn, ce synode où des Sarrasins affluèrent de toutes parts, qu’on le voit célébrant Pâques en Aquitaine, puis, en 778, pénétrer en Espagne de deux côtés, prendre Pampelune, soumettre Saragosse, et traversant la France, revenir à Auxerre, d’où, sur la nouvelle de mouvemens de Saxons, il court les combattre, pour venir prendre, a l’époque accoutumée, son repos a Héristal. C’est sans doute a son voyage de Neustrie, en 779, époque où les annalistes nous le montrent a Compiègne, que se rapporte le séjour de Paris, cité par Sauvai; mais, d’après les annales, il aurait passé de nouveau le Rhin, battu les Saxons et séjourné a Worrns, avant d’aller célébrer Noël, en 780, avec la reine Hildegarde, in civitatem papiam , après avoir occupé cet intervalle â faire rebaptiser et sacrer roi d’Italie son fils Carloman, a fiancer sa fille Rotrude au fils d lrène, et a réunir la colonie de lettrés et de maîtres en diltérens arts, quos secum cidduxit in Franciam. On le retrouve passant l’hiver suivant a son palais de Quiersi-sur-Oise , non sans doute sans avoir au moins traversé, son itinéraire l’exigeant, la capitale, qu’il fit participer a ses

1 Remarquons que le continuateur de Frédégaire est le seul des nombreux historiens de ce règne qui fasse mention de ce sacre : nouveau témoignage du peu de retentissement qu’eurent les premiers actes de ce règne.

2 Se serait-il éloigné aussi périodiquement , comme on le remarque , au milieu de tant d’embarras , pour venir passer des quartiers d’hiver loin du centre de ses grands mouvemens stratégiques , s’il n’eût eu pour venir visiter nos provinces quelqu’un des motifs que nous lui supposons ?

NOTES DU CHAHTRE I.

nouveaux enseignemens , ainsi que Metz et Soissons, où il fonda dès cette époque des écoles de chant ; mais, dès 782, il passe le Rhin a Cologne, signale sa fureur contre les Saxons : « Vaslavit eam Saxortiani et ingentem turbam » atroci confudit gladio ; » puis vient chercher le repos a Thionville. En 783, devenu veuf d’Hildegarde, il épouse Fastradame, après avoir consacré le court intervalle du veuvage à un nouveau massacre de Saxons : << Ceciderunt multa » millia. » Au milieu de cette guerre atroce et des dévastations qu’elle entraîne, on le voit, en 784 et 785, reconstruire le château d’Haresbourg, y bâtir une basilique, et, proütant du calme obtenu par la terreur de ses mesures, venir dans nos provinces, à Attigni, assister a la conversion de Witikind et de ses compagnons, qui, menacés d’un baptême de sang, se soumettent à l’immersion salutaire et s’en retournent comble's de présens. Cette même rapidité de marches et d’expéditions signale également les années 786, 787 et 788, où, après avoir parcouru la Bretagne, s’être avancé en Italie jusqu’à Bénévent, être revenu passser Noël à Florence, avoir séjourné en Saxe, à Ingelheim, et être sorti vainqueur d’une nouvelle guerre contre les Avares, descendans des anciens Iluns, on le trouve célébrant, pour la première fois, Noël et Pâques in Aquis Palatio (palais d’Aix).

Quoique la seconde partie de son règne, plus longue et non moins active, soitmieux jalonnée encore par les annalistes, nous ne nous y arrêterons pas, le but de cette note se trouvant atteint par cette seule démonstration, qu’au milieu de ses plus grands embarras et de ses expéditions les plus aventureuses et les plus lointaines, ce prince rechercha toujours l’occasion de parcourir nos provinces centrales et même d’y séjourner.

(Z, page 65.) La rue de Sorbonne, qui aboutit vis-à-vis l’entrée de l’Hôtei de Cluny, s'appelait autrefois, et encore au XIIIe siècle, rue de Coupegueule, et se trouvait en face du palais dit alors même des Thermes : c’est ce que prouve le privilège de saint Louis à Robert Sorbon , ainsi conçu :

« Ludovicus, Dei gratiâFrancorum rex, universislitterasinspectoriosalutem. » Notum facimus, qnodnos magistro Roberto de Sorbona canonico Cameracensi » dedimus et concessimus ad opus schoiarium qui in ibi moraluri sunt, domum » quæ fuit Joannis de Aurelianensi , cum stabulis quæ fuerunt Pétri Ponilane , » contiguis eidern domui; quæ domus cum stabulis sitæ sunt Parisius in vico » de Coupegueule , ante palatium Thermarum , etc. » — Actum Parisius, anno Domini 1200. (P. Bonfons. Edit, de 1608, p. 120.)

Cette désignation formelle est reproduite dans un autre titre de février 1258, relatif à d’autres maisons de la même tenance, portant : « Omnes domus quas » babebamus Parisius in vico de Coupegueule, ante palatium Thermarum. »

( Ibid. , p. 1 2 1 ).

Enfin , ajoute Bonfons, en novembre 1263 , saint Louis quitte et cède une maison qui lui restait eu la rue des Portes (ainsi , dit-il, est appelée la rue de

Sorbonne 1 ) , sise devant le palais des Thermes , et aussi toutes les maisons de la rue des Massons , qui lui pouvaient appartenir, avec amortissement desdits lieux (titre enregistré au papier terrier de MM. de la Sorbonne , f° 25, p. io).

{An, p. 68)Depuis surtout qu’éveillées par un mouvement presque électrique sur l’intérêt de leurs traditions archéologiques, toutes nos villes de quelque importance ont ouvert un musée pour les recueillir (voj. note on s’étonne à bon droit de l’insouciance que montre sur ce point l’opulente, la somptueuse ville de Paris. Se trouve-t-elle assez riche du bien d’autrui pour pouvoir répudier son patrimoine , ou rougirait-elle trop de sa mince extraction pour chercher a reconstruire son passé, en consignant dans des archives monumentales les titres généalogiques et historiques arrachés à diverses reprises aux entrailles de son sol ? Cependant ces titres sont nombreux et d’un grand intérêt pour l’histoire peu connue de cette capitale. Le défaut d’un emplacement fixe et convenable , où des sculptures corrodées par le temps, des sarcophages frustes , des fers muillés , des poteries fragmentées , etc. , puissent figurer sans disparate avec la localité , a pu expliquer longtemps, sans le justifier, le peu de soin qu’on a mis a recueillir et a classer ces annales de pierre , etc. ; mais ce prétexte n’existe plus depuis près de vingt ans que le conseil municipal tient à sa disposition dans la salle dite r/es Thermes , un refuge naturel des vieux témoignages de nos essais de civilisation, etdes preuves à l’appui des dissertations de Montfaucon , de Cayîus, de Grivaud , etc. , preuves qu’on cherche partout et qu’on ne trouve nulle part ; ce qui tient sans doute à leur confusion parmi d’autres monumens de plus belle apparence, mais d’un intérêt de localité bien moindre.

i Bonfons explique la substitution qui eut lieu, de 1200 à i 203, du nom de rue des Portes à celui de rue Coupegueule, ep observant que, pour obvier aux meurtres nombreux qui se commettaient dans cette rue , circonstances d’où provenait son nom de Coupegueule , saint Louis , en autorisant la fondation du college , « avait permis aux estudiants d’apposer de grandes portes aux deux bouts d’icelle » rue ( Coupegueule ) , et de les fermer de nuit ; et depuis , ajoute-t-il , cette rue a toujours été » appelée la rue des Deux-Portes , qui y sont encore (en 1608). Ils avaient , dit-il encore . licence » de fermer la rue proche , dite des Massons ; mais cela 11e s’observe à cause des bourgeois de Paris 11 qui y ont des maisons. » Cette circonstance est appuyée par la citation que fait Malingre (Antiquités, f°6i6) du titre de saint Louis , en date de 1208 , qui, après la désignation nominale des maisons cédées, dit, dans la traduction française : « Voulant en tant qu’eu nous est, qu’il puisse fermer » les deux rues et susdites maisons contenues en icelles , sans préjudice d’autrui , etc. »

Il semblerait résulter de ces détails que la rue actuelle de Sorbonne ne serait autre que l’ancienne rue Coupegueule , qui au XIIIe siècle arrivait devant le palais des Thermes et dans la rue nommée alors rue des Thermes ; et cependant le plan de Paris sous Philippc-lc-Bel , dressé par M. Albert Le Noir, d’après le beau travail de 31. Géraud , publié récemment parle ministère de l’instruction publique , place la rue Coupegueule entre celle aux Hoirs-dc-Sorbonnc et celle aux Maçons , aboutissant à la rue Saint-Matelin ( Mathurin ) ; ce qui nous rejette presque dans des doutes tjue nous laisserons résoudre de plus potiens que nous.

Dans l’espoir qu’un jour viendra où ce conseil, maintenant propriétaire incommutable de notre belle ruine, avisera aux moyens d’en tirer quelque parti , donnons l’idée , par un projet de catalogue bien incomplet sans doute , des principaux objets qui pourraient, quant a présent, former le noyau de ce musée parisien.

N° i. — Le curieux autel consacré a Jupiter, trouvé en 1711 sous le chœur même de la basilique de Notre-Dame , dans les fouilles pratiquées pour la construction d’un caveau destiné a la sépulture de nos archevêques.

Neuf pierres cubiques de diverses dimensions (la plus intéressante a environ trois pieds de hauteur), couvertes de sculptures et d’inscriptions sur les quatre faces, offriraient les moyens de restituer au centre de la- grande salle romaine cet autel votif, qui consacre à la fois l’état de l’art chez nos pères au commencement du Ier siècle », et leurs mœurs et leur religion , par la reproduction dans les bas-reliefs des costumes civils ou guerriers , et des taureaux objets de leur culte, comme par le mélange dans les inscriptions des divinités gauloises et romaines qui partageaient leurs hommages. Il expliquerait en même temps, par la qualité des fondateurs (N autœ P arisiaeœ), que ce fut a la navigation que notre ville dut son premier éclat , tradition continuée par sa devise d’armoiries (un vaisseau) , et viendrait parle souvenir du lieu où il fut érigé, presqu’au confluent de la Seine et de la Marne , confirmer cet usage dont il reste d’autres traces en France, notamment a Lyon (voy. la noteiï, a propos de l’autel élevé au confluent du lihône et de la Saône, a Auguste divinisé par les nations de la Gaule), et a Saintes ( Mediolanum Santonum ) o il le couronnement du pont de la Charente fut comme ici dédié a Tibère.

Ces pierres qu’on dit être confondues avec d’autres débris de monumens dans quelque réduit de l’Ecole des Reaux-Arts, 11e sauraient être placées nulle part aussi convenablement que dans la salle romaine.

N° 2. — La tête en bronze, trouvée en 167Ô près de l’église Saint-Eustache , et qui fut considérée longtemps par Montfaucon lui-même comme une Isis, dont la présence eût confirmé l’origine assignée à notre ville par son nom de Pmisii , et même au temple dont la ville d’Issi aurait a peu près conservé le nom. Mais d’après les démonstrations deCaylus, cette tête portant une tour crénelée , s’est trouvée, au grand désappointement des savans de l’époque , classée définitivement sous le nom également honorable de Cybèle.

1 La restitution de l’inscription conservée sur la face d’nn des cubes , laquelle commence par ces mots : Tib. Cœsare Aug., Jovi, etc. , prouve incontestablement que ce monument date du règne de Tibère , et qu’il fut élevé par nos aïeux à Jupiter, dans le temps même où Jésus-Christ scellait de son sang la foi qui prévalut sur les erreurs du paganisme , comme l’église de Philippe-Auguste sur 1’ autel des Naulcu Parisiaea'.

Ce bronze curieux, donné à Louis XV par le duc de Valentinois , est heureusement resté en France.

N° 3. — Le cippe antique d’environ six pieds de hauteur, trouvé en 1784 lors des travaux du Palais de Justice, et dont les sculptures mythologiques couvrent les quatre faces, monument conservé du moins a la Bibliothèque royale et placé au bas de l’escalier conduisant aux salles de lecture.

N° 4. — Les grands fragmens sculptés, découverts il y a quelques années seulement (en 1829) a l’extrémité de la partie de la rue Saint-Landri aboutissant au pont dit d’Arcole, monumens d’un grand intérêt, etqui cependant reposent dédaignés depuis plus de huit ans sur le lieu même de leur découverte. Quoi de plus curieux cependant que’ces débris d’un mur d’enceinte delà Cité, parallèle au cours de la Seine , consistant en une suite de sujets sculptés pour un monument triomphal que se serait élevé l’usurpateur Maxime , a l’occasion de son triomphe si facile sur l’infortuné Gratien ? L’existence bien constatée de ce monument, dont Valentinien II aurait fait justice (Dulaure, 1. 1, p. 80), en le faisant entrer, comme à Sens, etc. (voy. p. 1 7), dans la construction de l’enceinte, appuierait vivement l’opinion que nous avons émise (p. 3i a 34) sur le séjour de Gratien et de son vainqueur dans Paris, et surtout sur l’état , dans cette ville même, des arts que Gratien protégea si noblement. En livrant à l’étude ces belles sculptures très curieuses, quels que soient les souvenirs qu’elles rappellent, on arriverait sans doute a en bien déterminer l’époque et l’expression symbolique, et à reconnaître si elles durent appartenir réellement a un monument de Maximus Magnus, que Valentinien II aurait sacrifié a la mémoire de son frère ; ce qui serait d’un grand intérêt, non seulement sous le rapport historique quant au séjour dans Paris de Gratien et de son assassin, mais aussi pour la question d’art, le style de ces bas-reliefs, que nous n’avons pu qu’entrevoir, paraissant plus élevé que ne le comporte l’époque , malgré les eneouragemens donnés à la sulpture par Gratien et même par son père.

Si en effet, comme tout l’indique, et les allusions de la frise à la défection des Alains , et les médailles de Maximus Magnus trouvées dans ce remblai , et la considération que la construction du mur d’enceinte de la Cité ne date que de ce temps, les doutes qu’on peut encore émettre sur l’époque et l’objet de ce monument étaient levés dans le sens ci-dessus, que deviendraient toutes les suppositions de nos historiens sur l’état de Par'isii a la fin du IVe siècle, sur l’entier abandon de cette ville par les empereurs, depuis le court séjour qu’y fit Valentinien 1er, séjour qu’on veut bien reconnaître, parce qu’il est attesté par des lois ? Et quand un pareil témoignage, fruit d’une révélation fortuite toute récente , vient offrir la chance de réformer du moins notre histoire sur ce point, on hésite même a garantir ces beaux fragmens d’un nouveau réemploi comme matériaux '. La preuve de l’authenticité de ce monument conduirait peut-être aussi a résoudre le problème jusqu’ici insoluble de l’époque précise

NOTES DU CHAPITRE ï.

à laquelle appartiennent l’arc de Reims et divers autres mouumens du centre de la Gaule.

N° 5. — La statue de Julien rencontrée par M. Denon , et que M. Visconti a jugée de travail gaulois, figure qui, authentique ou non, sur la foi de ces deux autorités , recevrait de nos lambris glorieux de sa possession , un relief éclatant que les voûtes du Musée des Antiques lui refusent.

N“ 6. — Quelques-unes de ces grandes tombes de pierre , extraites à plusieurs reprises tant du champ des sépultures, sur le plateau Sainte-Geneviève, où selon l’abbé Le Bœuf soixante-huit de ces sarcophages furent trouvés à la fois en 1 656, que des succursales qu’on exploite chaque jour, depuis celles de la rue Vivienne, qui, en 1628, en 1761 et en 1806, produisirent de belles découvertes en tous genres, du marché Saint-Jean et de la rue de la Tixeranderie, fouillées en 1612, jusqu’à celle de la rue des Barres, où de nombreux tombeaux de ce genre furent trouvés il y a trois ans, et a celle plus récemment encore mise en exploitation dans la rue Blanche , et dont M. Jollois nous promet la description.

N° 7. — Les huit bas-reliefs de marbre, sujets païens, trouvés également en 1761 dans la même rue Vivienne, et que Caylus, qui les a décrits, croit provenir des destructions ordonnées par Childebert vers 554, ainsi que l’urne cinéraire trouvée au même lieu par M. de Saint-Morys.

N°8. — Une suite des belles poteries rouges en relief de travail gallo-romain, trouvéesà diverses reprises, d’abord en 1787, lors des fouilles faites pour l’église Sainte-Geneviève qui mirent a découvert les fabriques mêmes, puis en 1801 , en 181 1 , en 1817 , et cette année même 1837, presqu’a la surface du sol du jardin du Luxembourg, considéré comme lieu de campement des troupes romaines. Ces produits de la céramique de nos ancêtres, dont nous avons recueilli sur place de nombreux et remarquables fragmens , offrent un grand attrait de curiosité, en ce qu’ils piouvent que les arts utiles, indispensables même pour les usages habituels, disparurent de notre sol dans la grande conflagration que nous avons sommairement retracée. Douze siècles s’écoulèrent avant que les efforts surnaturels et les sacrifices de tous genres d’un Bernard de Palissi soient parvenus a retrouver le secret connu de nos ancêtres d’une poterie dure, brillante, résistant au feu et aux acides. N’est-il pas singulier aussi que ce soit sur l’emplacement de deux seules résidences royales modernes de notre capitale qu’on trouve au Luxembourg les vases galloromains , et aux Tuileries l’atelier du fabricant des rustiques figulines ?

N° 9. — Enfin, pour èn terminer, une collection aussi complète qu’il serait possible de l’obtenir, des figurines, armures, objets de toilette, de table, fibules, etc. , et de médailles provenant des divei’ses fouilles du vieux Paris, et dont un grand nombre doit être classé dans nos établissemens publics, d après

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les descriptions qu’en ont faites Montfaucon , Sauvai, Caylus et M. Grivaud delà Vincelle (voy. Recueil de Monumens antiques , 1817).

Ce musée spécial 1 , qu’enrichirait sans doute a peu de frais le produit suc-

i Quoique nous ayons déjà parlé , pag. S 3, 89 et 9a , des beaux résultats que Part obtient, et attend encore de la formation des musées de localités, celui dont nous dressons ici le catalogue , un peu légèrement sans doute, nous offre l’occasion de revenir sur cette matière. Nous voulons insister surtout sur cette considération bizarre, mais importante dans l’espèce, qu’une fois la détermination prise, on ne peut trop se bâter de proclamer la formation de ces musées quêteurs , même avant la réunion des élémens qui les constituent. Les afflueus sourcillent de toutes parts quand le bassin est creusé.

Pour qu’on ne nous accuse pas de choisir nos exemples dans des contrées vierges, ou sous uu ciel plus lavoiable que celui de la capitale , prenons-les dans uu cercle de trente lieues , du centre , Paris , à la circonférence, Orléans, Amiens, Rouen, etc.

ORLÉANS. — La collection , si riche et si variée de meubles, vitraux , émaux, poteries , etc. , du moyen âge, obtenue en peu de temps il y a quelques années par l’administration du musee d’Orléans , nous a déjà fourni quelques réflexions à ce sujet dans nos Notices sur l'Hutel de Clunj, etc. On sait de quel prompt succès furent couronnés les efforts et le zèle de M. le marquis de Bizemont , qui avait bien Voulu faire appel à notre expérience déjà vieille alors.

Bien qu’on n’ait peut-être pas exploité ce premier élan comme on aurait pu le faire, en classant tout d’abord les objets offerts gratuitement pour la plupart, dans le local si convenable qui paraissait leur être affecté, et en manifestant la gratitude municipale par des mentions au livret et sur les objets mêmes , la ville d’Orléans n’en possède pas moins , et à très peu de frais , une collection d’une grande valeur, qui, mieux disposés et complétée par dons ou legs testamentaires, influera sur sa conversion à l’art, et, point important pour elle, sur ses revenus , par le séjour des Touristes. N’en, recueille-t-elle pas déjà le fruit par l’impulsion artistique que ce musée a donnée à sa population naguère indifférente à tout ce qui ne se résolvait pas en factures de sucre., eau-de-vie ou vinaigre , et qui , grâce à des administrateurs aussi zélés que M. de Madières Miron, subit déjà d’assez bonne grâce V action de la société des Amis des Arts, petite dérivation du Pactole commercial au profit de la gent artiste.

Amiens. — Ne voulant citer ici que ce qui nous est parfaitement connu , et n’ayant pu visiter le musée d’Amiens depuis sa fondation , qui ne doit guère remonter au-delà de deux ou trois ans , nous nous bornerons à exprimer toute la confiance que nous mettons pour sa formation dans les soins de M. Dussevel, son directeur.

Rouen. — Le musée de Rouen va nous fournir, pour l’objet de cette note, un exemple bien plus concluant encore que celui d’Orléans, en ce qu’il s’agit d’une fondation toute récente et d’une opération provoquée, ou du moins dirigée par l’administration.

Rouen, la ville de France, et sans doute du monde, la mieux pourvue encore aujourd’hui, malgré ses continuels embellissemens , d’admirables monumens des divers styles du moyen âge, ceinte d’ailleurs de l’auréole de gloire archéologique et historique que lui formaient les grandes abbayes de Sainte-Catherine, de Jumiéges, de Saint-Vaudrille , etc. , et les monumens presque royaux de Gaillon , d’Eu , du manoir d’Ango, etc., était restée jusqu’en i833 spectatrice impassible du démantèlement de tous ces édifices sans chercher même à profiter de leurs débris. Vainement ses littérateurs et ses altistes fulminaient depuis longtemps contre celle apathie : la plume savante cl patriotique des Auguste le Prévost, des Deville, des Pothier, celle même d’Hyacinthe Langlois, non moins éloquente que son cray on, s’énious-

cessif des découvertes ultérieures, offrirait un intérêt concentré pour l’étude de l’histoire de Paris par les mouumens de ses premiers âges, étude dont les

Saicnt sur la triple cuirasse de rouenneries des administrateurs de cette époque , aussi peu sensibles aux lamentations archéologiques qu’aux belles publications pittoresques de MM. Taylor, Jolimon, etc.; en un mot, l’insouciance générale était telle que Rouen, où nous appelait souvent la soif du moyeu âge, et où le hasard nous fît quelquefois rencontrer de beaux échantillons confondus avec les plus vils objets dans les magasins des fripiers, était presque la seule ville du temps où nous n’ayons pu trouver à commissionner un agent doué d’une intelligence suffisante pour le genre de courtage que nous requerrions de ces fureteurs si multipliés aujourd’ui. La manie du jour, celle des vieilleries, a plus fait que tous les efforts réunis : étendant enfin, comme la mode dont elle participe, son joug surla province, elle est parvenue à pénétrer dans le sanctuaire le plus propre à assurer son triomphe : un musée départemental d’antiquités s’est ouvert, et malgré la lutte persistante des deux budgets (départemental et municipal), lutte qui restreint malheureusement jusqu’ici à deux galeries la concession au département du cloître de Ste-Marie, appartenant à la ville, le nom du préfet, ami des arts, M. Dupont Delporte, se trouve associé, sur la table de bronze constatant la fondation, à celui du maire, M. Barbet. Honneur donc à ces deux magistrats, à leurs conseils , et surtout au discernement dont ils ont fuit preuve en chargeant de celle oeuvre un directeur commeM. Deville. Ici du moins les monumens sont classés et décrits avec talent, et l’on sait rendre un juste hommage aux munificences dont le musée s’enrichit chaque jour. Aussi , ne craignonsnous pas de présager de belles destinées à cette fondatiou déjà prospère, quoique datant à peine de trois années, si le concours de zèle auquel nous applaudissons se soutient. N’esl-ce pas beaucoup pour cette ville aux trente-sept églises, réduites à dix ou douze, et incessamment menacée de nouvelles pertes par ses plans d’alignement et de modernisation , de pouvoir offrir un abri aux fragineus remarquables , tels que le bel écuson colosssal en pierre ( de France avec cerfs ailés pour supports ) qui couronnait la porte du Palais de Justice , remplacée par une grille ; telles que les belles verrières des églises supprimées , etc. , etc. A côté de l’inconvénient qu’offre le fractionnement des richesses de la ville en deux collections distinctes, ce qui détruit le bel ensemble qu’aurait pu produire la réunion du musée archéologique départemental au musée municipal proprement dit ( ou collection de tableaux), existe un avantage qu’on doit reconnaître. Le conseil général, en étendant la juridiction à toute la circonscription départementale , a agrandi le cercle des intérêts et des ressources , et varié les provenances au profit des visiteurs. Près des nombreux monumens romains arrachés au sol de Lilleboune et d’autres lieux , et parmi lesquels tiendraient sans doute le premier rang la belle statue dorée et les vases de Berthouville , si leur découverte eût tardé de quelques années, figurent dignement de riches débris du grand monastère de trois époques, de Jumiègcs, offerts par M. Casimir de Caumout, dont le culte pour ces reliques, que nous aurons occasion de décrire ailleurs, est si lervent et. si louable; et d’innombrables et riches produits des ères gothique et de la renaisssance embellissent de leurs reflets les productions moins pures de l’art dégénéré.

Viennent maintenant les démolisseurs ! tout n’aura pas disparu, et la capitale de la Haute-Normandie pourra montrer avec orgueil au moins quelques traces incontestables de son antique splendeur.

Évreux. — Pour prouver que ces généreuses dispositions des conseils généraux de département a comprendre enfin l’intérêt bien entendu de nos gloires nationales ne sont pas spéciales a celui de la Seine-Inférieure , citons dans le voisinage un autre exemple applicable a un musée vierge encore , mais que des mesures analogues ne tarderont pas à féconder.

Ce musée , dout la pensée s’élabore en ce moment avec les moyens de pourvoir à sa formation , est celui également départemental de l’Eure.

Évreux , ville moins somptueuse à tous égmds que Rouen , et riche seulement de sa cathédrale , de

élémens n’existent pas ailleurs, nos premiers historiens ou chroniqueurs, dans leur insouciance pour les détails autres que ceux jallissant du choc des

son élégant beffroi et des fiagmens briquete's de son abbaye romaine de Saint-Thaurin , ne semblait guère pouvoir prétendre à se créer un musée de quelqu’intérêt, depuis la destruction successive et le transport dans la capitale et à l’étranger des principales richesses architecturales d’Anet , de la grande maison des Andelys, etc.; un hasard heureux y a pourvu.

Depuis quelques années seulement on avait reconnu qu’uile vaste plaine, à surface rase, située à une lieue et demie d’Évreux, dans la direction de Pacy, et au milieu de laquelle s’élève un mince village nommé le Viel-Evreux, auquel communique un aqueduc voûté de cinq lieues, n’occupait pas seulement, comme on l’avait pensé d’après les découvertes faites à fleur de sol, l’emplacement d’une station romaine ( castra stativa ), mais bien celui d’une grande cité dont on croyait trouver la désignation dans l’itinéraire d’Antonin et dans les tables de Ptolomée , sous le nom de Mediolanum Aulercorum , capitale des Aulerci Eburooices dont parle Cœsar.

M. Rever, savant modeste, s’en était assuré par quelques fouilles exécutées dans les premières années de ce siècle ; il avait reconnu et mis à jour les profils d’un temple, d’un balnéaire et d’un vaste théâtre, que nous croyons avoir servi de naumachie, à en juger par le bassin existant encore en face de l’hémycicle et par la direction du déversoir de l’aqueduc , et il avait reconnu, comme on peut le faire encore, à la pousse des céréales, que ces monumens, quoique tenant à un seul système , étaient souvent espacés entre eux de plus de mille toises. Quoique les résultats de ces fouilles eussent été assez satisfaisans, leur produit reposait dans le cabinet du préfet, où nous les vîmes il y a deux ans , grâce ù l’obligeance de M. Passy, préfet éclairé et zélé, bien digne de poursuivre une telle œuvre. Il ne paraît pas toutefois qu’on songeât à se livrer à de nouvelles recherches, malgré l’espoir que donnaient les relevés de M. Stabenratt, lorsque M. Robillard, devenu ingénieur en chef des ponts et chaussées dans son pays même , puisa dans ses impressions de l’enfance un souvenir auquel le département de l’Eure devra sans doute un curieux musée. Il lui était resté présent à la mémoire qu’une charrette, en traversant, il y a quarante ans, le territoire du Viel-Évreux , s’e'tait tout à coup abymée dans une fondrière , que le curé du village fit combler après les absoutes d’usage pour conjurer cette bouche de l’enfer. Assez heureux pour trouver une mémoire, encore plus locale que la sienne chez un vieillard du pays, qui lui désigna le lieu même où l’abyme s’était ouvert, M. Robillard, dans son zèle ardent pour la science et pour son pays, dirigea vers cette place, avec autorisation du préfet, un des ateliers de terrassiers dont ses fonctions lui laissent la disposition , et, dès les premières recherches, il découvrit une cellule de bain romain encore enduite en partie de stuc , et communiquant a deux puits comblés. Le succès de cette première tentative dépassa son espoir : une chaîne d’or du plus fin travail, de jolis bronzes figurines, vases, ustensiles, fibules, etc., et un très grand nombre de ces médailles que, par un singulier rapprochement, les paysans d’Évrcux.. comme ceux d’Alésie, où M. Robillard a fait également exécuter des fouilles , nomment malions (médailles comprenant la suite des empereurs , d’Antonin-le-Pieux à Gratien), offrirent un beau spécimen, bien propre à justifier et à doubler la confiance du conseil général, qui donna toute latitude à l’ingénieur en chef. Aussi l’exploration se poursuit-elle sur plusieurs points. Ce que nous en avons vu sur place , en arrachant des tranchées des fragmens de poteries gallo-romaines couverts de figures , des cubes noirs et blancs provenant de mosaïques , etc. , doit faire bien augurer clés r-eclierches ultérieures. Quant à celles qu’on a déjà faites, les produits les plus importuns consistent en un amour lançant une roche, bronze des plus fins et du meilleur temps ; en un Bacchus d’un beau travail et d’autres figurines, dont une ( espèce de Vertumne armé d’une serpe) offre un caractère de travail bien moins pur, mais très curieux par son masque scénique à barbe tortillée. Nous avons remarqué aussi des griffes et des montures de candélabre d’un beau travail , et surtout deux bras en bronze d’une patine admirable , dont

grandes passions politiques ou religieuses , ne nous ayant rien transmis qui puisse nous guider dans les recherches sur la vie privée, les mœurs, les habitudes et les travaux des premiers fondateurs de notre organisation sociale.

l’un , appartenant à une figure demi-nature , nous a paru un chef-d’œuvre d’e'tude et d’art ; aussi faisons-nous les vœux les plus sincères pour que ces membres , divise's sans doute par la convulsion qui, à en juger par de nombreuses traces d’incendie, paraît avoir détruit cette grande cité inconnue , parviennent, comme au jour du jugement, à rejoindre leurs torses. Ce sera surtout alors que la ville d’Évreux pourra se flatter de posséder un musée qui ne le cédera à aucun autre par l’importance de quelques pièces que lui enviera et lui disputera peut-être notre magasin central.

Combien de musées de la nature de celui qui se forme à Évreux restent encore et resteront enfouis sous nos pieds jusqu’à la consommation des sièles ! Raison de plus pour ne pas négliger ceux dont la formation offre autant de facilités que celui des Thermes.

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Il ne tiendrait pas à l’historiographe de Charles IX que l’HAtel de Cluny, tel quil se poursuit et comporte, car il a peu changé depuis ce roi, 11e fût une construction romaine pure et de plein jet. N’estce pas, en eilet, la conséquence naturelle de ces expressions de Bcllelorest dans ses augmentations et cnrichissemens de la Cosmographie de Munster (page 177)?

« Julian, citoyen de Paris, puis empereur, fist bâtir cet hôtel, qui » estoit en un champestre et lui servoit de lieu de plaisance et sé- » jour, lorsqu’il vouloit prendre relasche de ses travaux et affaires )> d’importance 1 • et pour mieux aiscr ce lieu, il avoit ses bains )> chauds où à présent est le collège de Sorbonne. »

1 On voit que cet antiquaire du XYP siècle avait résolu, à sa manière, la question qui divisa depuis tant d’esprits moins tranchans. Quoi de plus simple, au demeurant, en jugeant du passé par le présent, et lorsque existait encore à Paris la double résidence de Charles Y et de ses successeurs, le Louvre pour les affaires, et l’hôtel des Grands-Esbatteviens (de Saint-Pol, et plus tard celui des Tournellcs), que d’assigner également à l'empereur romain un séjour de ville et un de campagne, à un jet de fronde l’un de l’autre, sans même s’occuper des considérations accessoires du court séjour de Julien dans la Gaule et de la Ion gué durée des constructions de son champêtre?

l’hôtel DE CLtîNV.

Nous ne nous permettons cette citation absurde que comme témoignage de Fétat des connaissances architectoniques de cette époque et de ce quon doit attendre en général de la plupart des anciens historiens, en fait de contrôle de Fâge des monumens par le caractère de leur style. Remarquons, pour surcroît de preuves, qu’ici le cosmographe historiographe, Foracle de son temps, n’avait pas même l’excuse de la distance de temps et de lieux : il traitait, dans Paris même, d’un de ses édifices les plus remarquables, signalé d’ailleurs à l’attention publique par le séjour, à cette époque même, du tout puissant cardinal Charles de Lorraine % et c’cst en présence de ces constructions presque contemporaines 1 2 , épaulées sur les Thermes mêmes, bien plus intacts alors qu’ aujourd’hui, que le savant enrichisseur du plus savant Munster, le Strabon de l’Allemagne, confondait l’Hôtel gothique avec le palais romain , Jacques d’Amboise, abbé de Cluny, avec l’empereur Julien, et allait chercher, sur remplacement de la Sorbonne, les bains existant sur le lieu même qu’il décrivait 3.

C’est peut-être ici la place d’une observation, à laquelle nous serons souvent dans le cas de renvoyer, en discutant d’autres tradi-

1 Nous donnerons plus loin diverses preuves de la résidence que fit dans notre Hôtel, sous Charles IX même , le cardinal Charles de Lorraine, en sa qualité d'abbé de Cluny.

2 A l’époque où Belleforest, né en 1530, vint à Paris lutter de gloire avec Baïf et Ronsard, et poser, à tant la ligne , les lourdes , quoique fantastiques, bases de nos annales françaises, l’Hôtel de Cluny comptait à peine un demi-siècle d'existence, et devait briller encore de tout l’éclat du style spécial auquel il appartient ; et ce style, commun à tant de grands édifices alors intacts , tels que la chambre des comptes de Paris , le château de Nantouillet, la grande maison des Andelys habitée par Charles IX, etc., etc., prêtait alors, bien moins encore que de nos jours , à une confusion qui s’explique peut-être en ce sens que Belleforest n’aura voulu parler que du gisement de la résidence de Julian.

3 II faut convenir aussi que Belleforest, malgré la haute position que lui valurent ses publications contenues dans cinquante volumes presque tous in-folio, ne justifie que sous le rapport de la fécondité les éloges que lui prodigue Du Verdier dans sa Bibliothèque française. Il a gontlé tous ses récits d'absurdités et d’emphase, et nous semble avoir été mieux jugé, quoique bien différemment, comme il arrive encore souvent de nos jours, par un autre contemporain, La Popelinière, qui dit de lui, dans son Histoire des Histoires : k II n’y a langue ni science qu'il n’ait profané. Il se licencia tellement à chafourrer le pa- » pier, que tous les imprimeurs s’employaient comme à l’envi à les acheter. » (Sans doute ses ouvrages. )

Les métiers d’éditeurs et de pourvoyeurs de libraires ne datent donc pas de nos jours .

i’hôtel de cluny.

tions erronées. Disons-le donc une fois pour toutes, Y archéologie, surtout en ce qui concerne son application à la variété des appareils de construction, est, pour la France, une science toute moderne, même quant à sa dénomination, que n admettent ni l'Académie ni le Dictionnaire Encyclopédique. L’état actuel de cette science, qui, à peine explorée, chez nous , par un petit nombre d’observateurs , manque encore de bases fixes, d’enseignemens complets, suffirait pour prouver le peu de soin apporté à sa culture, à des époques de foi aveugle dans les traditions primitives, auxquelles se rattachaient souvent des idées religieuses, que des doutes téméraires et des recherches presque sacrilèges auraient pu ébranler et détruire. Ce n’est pas qu’on n’ait tenté, à diverses reprises, d appliquer ce mode d’appréciation, surtout à des constructions civiles, ainsi que le prouvent même les recherches de Caylus 1 sur l’analogie de la con-

i Au comte de Caylus appartient , selon nous , l’honneur d’avoir tenté de populariser en France, au commencement du règne de Louis XV , le goût des études archéologiques, que Montfaucon venait d’importer d’Italie; car les siècles antérieurs, même celui de Louis XIV, portant avec eux leurs ressources d’art pratique propres à distraire des recherches sur le passé , n’avaient produit que des ouvrages spéciaux , où l’art n’était envisagé que sous une face et théoriquement dans son application aux travaux courans , tels que les Traités d’architecture de Philibert de Lorme, les Edifices romains , les Livres d’architecture et les plus excellens bâtimens de France , d’Androuet du Cerceau , etc.

Nous ne tenons pas compte ici des publications successives faites, notamment sur Paris, par Corrozet , Bonfons , Duchesne, Du Breul, Le Maire, Le Bœuf, Jaiilot, Germain Brice, le commissaire La Marre , Estienne Pasquier, Duboullay, Malingre, etc., jusqu’à Sauvai, Félibien et Piganiol, et même jusqu’au spirituel, mais inexact, Sainte-Foy, dont nous combattons quelques suppositions dans notre chapitre 1er f parce que leurs ouvrages sont plus historiques ou anecdotiques qu’archéologiques , et que les dissertations contradictoires qu’ils renferment portent plutôt sur des dissidences d’opinions , sur des interprétations d’auteurs obscurs, d’inscriptions, etc., que sur des démonstrations tirées du style des monumens.

En 1G98 , Montfaucon , conduit à Rome par des recherches sur les œuvres de saint Chrisostomc, céda, préparé qu’il était par ses études à sa grande mission , aux séductions enivrantes de ce paradis des arts, et au désir de doter son pays de travaux analogues à ceux dont Ciampini et plusieurs autres érudits avaient naguère enrichi l’Italie. Un grand véhicule d’émulation résultait pour lui des immenses travaux auxquels se livrait à Milan, à cette époque même, le savant conservateur de la bibliothèque Ambroisienne , Muratori. Notre illustre bénédictin , mettant à profit l’accueil plein d’urbanité du pape Innocent XII, fil d’abord dans les musées, les villa et les monumens historiques d’Italie, une abondante récolte, qu’il compléta sur d’autres points, et qu’il vint engranger en France dans les quinze volumes de son Antiquité expliquée eu non, dont l’apparition date de 1719. Cette publication précéda de dix ans celle historique et archéologique des Monumens de la monarchie

l’hôtel DE CLL'NT.

texture des anciens murs de l’aqueduc de Rlingis et de ceux des Thermes (F. pl. II du ch. ier) -, mais les travaux de cet antiquaire, secondé cependant par des collaborateurs zélés, comme l’abbé Bar-

française, ou plutôt, comme on l’a dit, du péristyle de ces monumens , à considérer le plan qu’avait conçu notre savant compatriote dont les forces trahirent le zèle.

On doit croire que l’intérêt qu’inspirait cette ample moisson , nouvelle pour la France, et le renom attaché aux grands travaux de Montfaucon , contribuèrent à décider la vocation de Caylus, qui, gorgé de biens et d’honneurs, chercha et trouva une illustration plus réelle dans l'étude des produits de l’art et dans le noble patronage qu’il exerça sous ce rapport surtout. Pour se rendre compte de l’influence des lauriers de Montfaucon sur les veilles de Caylus, plus jeune de trente-sept ans, il suffit de remarquer que ce fut à l’époque même où s’imprimait V Antiquité expliquée que Caylus quitta, à l’exemple de Dernard de Montfaucon lui-même , le rang , les honneurs et les paisibles jouissances que la naissance et la fortune lui avaient ménagés , pour se vouer, corps et biens , au rude métier d’antiquaire.

Ce ne fut également qu’après avoir puisé dans un voyage fait en Orient, en compagnie de l’ambassadeur de France à Constantinople, le goût des arts et des recherches qui s’y rapportent, que Caylus abandonna, toujours comme Montfaucon, la carrière des armes, où il s’était distingué, pour celle des travaux scientifiques. Qu’espérer, sous le rapport archéologique, d’un pays où Montfaucon ne trouva pas de continuateur immédiat, où le feu sacré, qu’entretint pendant quarante ans Caylus, si haut placé et procédant par des exemples de zèle et d’abnégation personnelle, comme par les plus nobles encouragemens, s’éteignit faute d’alimens?

Il est vrai que les préoccupations, si frivoles sous un faux semblant de profondeur, de cette époque de déraison , n’étaient rien moins que favorables à la propagation de ces études abstraites , où le but de grande utilité ne pouvait , comme dans les recherches arides qui occupèrent le génie exceptionnel de Montesquieu , soutenir le courage de l’auteur, par la foi dans sa mission , et dans l’intérêt public qui s’y rattachait.

Qu’importait à une génération épuisée dans ses ressources, comme dans ses sensations, par la grandeur, l’éclat et la majesté, apparente du moins , des créations monumentales presque contemporaines , l’origine et les vicissitudes de tels ou de tels vieux édifices enfumés et corrodés , dont la modernisation ne paraissait ajournée que par l’impossibilité de tout entreprendre à la fois? Ce n’était plus dans des palais, mais dans les pavillons des favorites , dans les petites maisons des faubourgs , que les auteurs et continuateurs des dévergondages de la régence exerçaient leurs pensées cl’art, et plaçaient les honteux produits du ruffianisme et de l’agiotage.

Tandis que sous l’influence de la satiété de gloire et de richesses en tous genres , et des mécomptes qui s’ensuivirent, la décadence, commune aux lettres et à l’art, reproduisait pour nous ce qu’on vit en Italie pendant dix siècles , la substitution chez un même peuple de l’absurde au grandiose, en présence des beaux modèles formulés par ce peuple même, de nouveaux Erostrates, impuissans à créer, ne songeaient qu’à détruire pour se signaler par une mission quelconque. Inutile dès lors de s’occuper de monumens presque tous consacrés au culte de X infâme, et que menaçaient surtout nos régénérateurs en chargeant la mine dont l’explosion devait bouleverser la France.

Ajoutons, comme considération dominante, que le prophète de celte grande mission

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