I. HOTEL DE CL UN T
prendre pour arbitre de ses rivalités en matière d'art avec Catherine de Médicis , dans leur collaboration des Tuileries , le conseil alors
pour nous qui avons participé aux fruits de cette dispersion et qui, depuis plus de quarante ans, rencontrons si souvent dans nos encans publics ces perles de l’art privées du reflet de leur gangue; réunissez à ces élémens primitifs d’autres débris incontestables du décor extérieur du palais de la favorite, et vous arriverez facilement, à l’aide aussi des gravures de Ducerceau et de Tavernier, qui ont servi à notre restauration (v. Album, 3e série, pl. iv, v et vi) , à vivre un instant dans ce passé quinc se reproduira plus, et à concevoir ce que devait être un palais décoré sous l’influence de 1 art de cette belle époque, et par le seul concours de nos artistes français. L’ornementation symbol ique et toute spéciale des grandes résidences de ce temps pourrait rendre égalementla restitution intérieure assez facile, même quantaux travaux conçus sous la même inspiration, comme aux châteaux d’Anet et d’Écouen, où rayonnaient avant tout les emblèmes de la fascination royale, la poésie dcl’artayant, par l’union de ces attributs à ceux de chaque maison, offert souvent les moyens de les reclasser. C’est ce que nous avons remarqué en acquérant sur place divers objets provenant de la dispersion de ces deux châteaux, notament des serrures, verroux, vitraux, etc. Qu’importe d’ailleurs où l’on placerait, par exemple, les éblouissantes productions de nos grands Limousins, telles que les belles pages de Léonard, recueillies dans notre musée, ou leportrait du connétable et celui d’ Henri II chevauchant avec Diane sur un même coursier, vendus récemmentchez M. LeNoir? Montmorency et Diane devaient être également avides de ces produits dont nous savons qu’Anet était abondamment pourvu. Les détails que nous avions lus à ce sujet nous ont même servi, il y a quelques mois, à retrouver dans l’église de Saint-Peyre de Chartres, douze grands émaux représentant les apôtres , qui nous offriront ( page 276 ) la matière d’une remarque spéciale.
Il semble qu’Anet, château tout royal par sa splendeur, et semi-royal par sa destination, ait été voué, dès le XVe siècle, à l’hébergement des maîtresses de nos princes, ou des fruits de leurs royales amours. En effet, lorsqu’à la fille d’Agnès Sorel y eût succédé sa bru, maîtresse de Henri II, on vit encore échoir ce château au fils adultérin d’Henri IV etdeGabrielle, César, duc de Vendôme, et plus tard auducde Bourbon Penthièvre, fils du comte de Toulouse, dernier héritier du fils légitimé de Louis XIV et de madame de Montespan, qui l’obtint avec le comté d’Eu, à titre d’héritier du duc du Maine, autre enfant légitimé du même roi.
Les souvenirs qu’y laissèrent ces derniers occupans se réduisent . pour César, à l’exil qu’il y subit, à l’imitation de Diane , pour avoir, comme l’un des chefs du parti des Importuns, contrarié les vues du cardinal de Richelieu, et pour son petit-fils Louis-Joseph, duc de Vendôme, qui porta jusqu’à la mort de son père le nom de duc de Penthièvre, au souvenir des fêtes et bombances qu'y donna, après la paix de Nimègue, ce brave mais indolent général , aidé de son frère le prieur, militaire non moins vaillant que lui à la guerre , au lit et à table, comme digne descendant d’Henri IV.
Dans une sphère d’idées plus paisibles mais aussi plus dignes de mémoire , Anet peut se glorifier, comme expiation de ces souvenirs, d’avoir été possédé jusqu’à nos troubles par le prince qui réunit au plus haut degré tous les titres à la vénération de ses contemporains et qui cependant allait être frappé d’ostracisme, si la mort, qui l’atteignit le 4 mars 1793, ne lui eût épargné cette douleur, bien faible sans doute près de celle qu’il venait d’éprouver des malheurs de son pays et de l’épouvantable fin de sa belle-fille , la vertueuse princesse de Lamballe.
Du mausolée voisin , créé à Dreux et si bien entretenu par la piété conjugale et filiale,
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tout puissant tlecctlc reine '.Or, en nous arrêtant à ces suppositions, très admissibles, qui nous empêcherait de rencontrer presque au
élégant tumulus où sont venus se joindre les ossemens dispersés d’une grande famille , l’ombre du duc de Penthièvrc protège encore sans doute ces belles ruines que sa digne compagne avait acquises par un sentiment de conservation transmis aux nouveaux possesseur*, la famille Passy.
Serait-il vrai qu’une nouvelle combinaison menacerait l’existence de ces beaux vestiges ? Faisons des vœux pour que ce nuage se dissipe et pour que l’on conserve à nos arrièresneveux les moyens deréédiiier en idée ce temple de l’amour, dont on pourrait dire aujourd'hui comme du temps de Yoltaire :
Par sus adroites mains avec art enlaces ,
Les chiffres de Diane y sont encor tracés.
Quanta nous, notre réédification est toute prête. Ayant fait ou devant faire dessiner tout ce qui reste de monumens de celte importance, ou d’un intérêt plus général encore, tels que Blois, Chambord, Yincennes, Fontainebleau, Amboise, Chcnonceaux, Écouen, Meillan, et ayant recueilli , tant pour ces résidences que pour celles dont il ne reste pas pierre sur pierre, telles que Madrid , Meudon , Gaillon , etc. , ce que nous avons pu trouver en dessins et gravures d'époques, nous offrirons dans nos planches, surtout de l’album , la restauration, aussi vraie et aussi complète qu’il nous sera possible de la donner, de ces grands témoins de nos scènes historiques avec les portraits du temps des principaux acteurs.
Deux buts nous ont conduit dans celte voie : celui d’abord d’évoquer plus efficacement qu’en paroles les splendeurs monumentales de notre France; puis l’attrait qu’offrira ce synchronisme de démonstrations par le rapport des détails à l’ensemble ; telles planches d’objets recueillis par nous à Ecouen , Anet , Gaillon , etc. , venant compléter la leçon d’art tirée des vues générales. Il ne sera peut-être pas non plus sans intérêt d’avoir, par nos renvois, principalement ceux duchap. v , Architecture, et par la table des matières, grand renvoi synoptique, le moyen d’embrasser de l’œil le monument auquel se rattache tel ou tel fait, incidemment traité dans notre texte ou dans des notes comme celle-ci, que nous sèmerons toujours chemin-faisant , pour ne par leur donner plus d’importance qu’elles n’en ont (voir, par exemple, pour Anet, Allas, chap. v, pl. 13; chap. xxvn, pi. 1; et Album, 3e série, pl. 4, 5, 6; 4e série, p. 28; fie série, pl. 25, etc.).-
i L’aveu que fait Philibert Delorme, dans ses OEuvres, du concours utile que lui offrit l’habileté architecturale de cette reine, « qui fut, dit-il , le principal architecte de ce palais, » et ne lui laissa que la partie de la décoration » , ne ressemble nullement à ces témoignages officieux de déférence pour les grands , cl d’admiration pour leurs capacités naturelles ou acquises , dont les artistes ne se montrent pas avares lorsque, comme ici , leur concession ne peut rien enlever à leur renom personnel.
Philibert Delorme, après un long séjour en Italie , où il était allé dès l’âge de quatorze ans, revint en 153fià Lyon, sa patrie, et y signala ses talens, notamment parla façade de l’église de Saint-Nizicr. Le cardinal Du Bellay, qui l’avait connu à Rome, l'attira à Paris et lui confia d’abord la continuation de son château de Saint-Maur-les-Fossés , où Rabelais puisa sans doute l’idée de la description semi-grotesque que nous avons citée par extrait , page 214 : bientôt d’immenses travaux vinrent mettre à de belles et toujours heureuses épreuves la variété de son talent, que son illustre rivale , Catherine de Médicis , sut bien