‹ Les arts au Moyen Age (volume 3)Chapitre 28 sur 41 · L HOTEL LE C1.1NV · texte numérisé non relu

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même titre dans les salons de notre hôtel , comme architectes, d’abord, Pierre Lescot, continuateur du Louvre sous la direction de

apprécier, puis qu'après le concours quelle établit entre lui et Jean Dullant, et dont elle se constitua juge , elle conlia la construction de ses Tuileries à l’architecte qui avait élevé le beau temple de Diane. Les travaux où le nom de Philibert Delorme demeure ineffaçable , sont le château d’Anet, dont les beaux restes sont menacés de nouveau de destruction , l’achèvement de la cour du Cheval-Blanc à Fontainebleau , et du château de Meudon , les constructions élevées à Saint-Denis et interrompues par les événemens , pour la sépulture des Valois, la restauration du château de Montargis et la construction des châteaux de la Muette (forêt de Saint-Germain) , de Folenibrai près deCouci, et de Saint- Léger dans la forêt de Montfort (château où le sieur Laplanche place l’interrogatoire qu’il subit delà part de la reine-mère ( voir page 232), et dont Delorme donne des dessins dans son ouvrage). Tout porte à croire qu’il fut encore chargé par cette princesse d'empreindre du cachet de son art les autres résidences quelle habita , telles que Monceaux ( près de Meaux ) , Challuau , Chaumont-sur-Loire et même Chenonceaux , construit depuis longtemps, et où Androuet Ducerccau, chargé par Catherine de continuer les œuvres commencées par Delorme, construisit la galerie qui couvre le Ponl-du-Cher.

Si, comme Philibert Delorme le dit dans son ouvrage dédié à Charles IX, on lui dut de « nouvelles inventions pour bien bâtir et à petits frais » , il est à regretter que la mise eu pratique de sa recette ne soit pas arrivée jusqu’à nous.

Les largesses dont il fut l’objet prouvent d’ailleurs que Catherine s’inspirait des leçons de sa famille et des exemples de François Ier. Delorme fut récompensé d’abord de son plan des Tuileries , dont un caprice astrologique borna l’exécution dénaturée depuis , par le titre de conseiller et d’aumônier du roi, quoiqu’il ne fût que tonsuré, et il se vit plus tard nanti de l’abbaye de Saint-Eloy de Soissons , et de celle de Saint-Serge d’Angers; ce qui dut lui permettre, comme à maîtreRoux, «de vivre en seigneur» jusqu’en 1577, époque de sa mort.

Ainsi pourvu, il dut peu s’inquiéter des épigrammes que Ronsard lui décocha dans sa Truelle crossée, et de la vengeance que ce poète tira de ce que l’accès des Tuileries lui était interdit par l’architecte gouverneur de ce palais , en crayonnant sur la porte, en style lapidaire : Fort. Revcrent. Ilabe. , inscription que Delorme crut française et considéra comme irrévérencieuse envers lui ; à quoi Ronsard répondit que c’était en latin le commencement d’un distique d’Ausone, qui conseille la modestie à l’homme que la fortune vient d’élever.

Quelque puissant que fût alors Ronsard , il convenait moins qu’a tout autre à

« Ce poète orgueilleux trébuché de si haut, »

de donner des leçons d’humilité et de nier les droits des autres aux faveurs dont il était lui-même comblé. Les somptueux édifices de l’architecte collaborateur de la reine-mère valaient bien les vaniteux hémistiches du compère poétique de son fils Charles IX , du chantre gagé et insatiable, comme nous le prouverons par des citations positives (p. 281), de la riche et puissante maison de Lorraine. Si Ronsard , comme le dit M. Yillcnave dans son article de la Biographie universelle , joignit à la cure que cite De Thou, deux prieurés dont celui de Saint-Côme-lez-Tours, où il mourut en 1585, l’abbaye de Bellosane, que François Ier avait donnée à Amyot, et dont ce grand aumônier de France, mort en 1595, se serait alors dessaisi, le poète était peut-être mieux partage que l’architecte. L’envie ou la

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Catherine de Médicis, ainsi que le coopérateur de cet artiste et de Delorme, JeanBullant, déjà célèbre par la construction du magnifique château d’Ecouen l7 et que la même princesse employa en 1 5^2

colère purent donc seules le porter à rejeter sur ce dernier les traits malins dont on l’accable lui-même dans la satire qui parut en 1563 sous le titre : Métamorphose de Pierre Ronsard en preslre. *

■ Construit vers 1541 , lors de la disgrâce du connétable de Montmorency, qui charma ses loisirs et ses ennuis par cette noble distraction, cet édifice est peut-être le premier de ceux dits de la renaissance pure , qui ait été élevé sans autre mixtion italienne que celle résultant de l’inspiration. Il est resté presqu’intact en apparence, ayant été remis en assez bon état de réparations locatives nécessitées par sa transformation successive en hôpital militaire et en pensionnat de jeunes demoiselles; et cependant, malgré ou à cause peut-être de son importance, malgré sa proximité de la capitale, sa situation pittoresque et les grands souvenirs qu'il rappelle, ce château, quoique survivant presque seul à tant d’autres, attend depuis vingt ans un maître ou du moins une destination. Si son aspect extérieur actuel diffère peu de la conception primitive, il n’en est pas de même de l’effet intérieur, ainsi que nous pouvons l’affirmer, nous qui avons visité cette belle résidence, alors que, servant d’asile au courage malheureux , elle offrait le contraste de misères trop réelles avec l’aspect encore éblouissant de sa riche décoration, que venait compléter le séjour des objets transportés au musée Le Noir; nous qui, complice, nous l’avouerons, de sa dévastation, receleur de ses richesses livrées au plus offrant, possédons en grand nombre , meubles , vitraux , pavage, serrures , verroux , etc., provenant de ce beau château. Ajoutons ici, puisque nous en trouvons l’occasion, que la nature de cette ornementation pourrait résoudre une question historique longtemps controversée , celle des causes de la disgrâce du connétable, attribuée par De Thou lui-même ( Ahrég., t. I, p. 54 ) à sa confiance dans la sincérité apparente de Charles-Quint, et à l’irritation de François IPI à la nouvelle que le Milanais, dont le connétable lui avait garanti la restitution sur la promesse de l’empereur, lui échappait avec ce prince. Guillaume Pdbier, dans ses Mémoires d’État, établit au contraire, en citant même une lettre d’ambassadeur, que François Ier, déjà sous l’influence de la maladie dont il mourut, prit ombrage des relations trop intimes du connétable avec le Dauphin, subjugué depuis plusieurs années par une enchanteresse dont le roi pouvait redouter l’ambition comme il s’effraya de celle des Guise. Notre remarque viendrait donc à l’appui de cette dernière version, qui peut seule expliquer la surcharge des chiffres enlacés d’IIenri II et de Diane, de devises amoureuses, de légendes mythologiques et de symboles mystiques exprimant des vœux illégitimes (voir auchap. xxvu l’interprétation que nous donnons au donec totum impleat orbem), qui revêtaient toutes les parois intérieures de ce château , depuis et compris le pavage jusque et compris les plafonds ou les voûtes. On conçoit que ces devises adultérines, incrustées jusque sur les façades du Louvre, aient été reproduites, comme on le remarque en cent lieux divers, dans les demeures de vulgaires courtisans, et jusque dans la décoration des églises, comme à Gisors, à Magny, à Nogent-sur-Seine,etc., « le roi voulant , dit Mé- » zeray, qu'on vît partout, dans les tournois, sur scs ameublemens, dans ses devises et » même sur les frontispices de ses bâtimens royaux, un croissant, des arcs et des flèches, qui » étaient le symbole de Diane » ; mais devait-il en être de même du connétable , dont la rigidité de mœurs et le puritanisme religieux semblaient exclure une pareille manifestation

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pour son hôtel dit de la Reine (depuis de Soissons)? Ne devons-nous pas y trouver aussi au moins quelques-uns des habiles construeteurs

aux dépens de ses glorieux écussons de famille ; car à peine avait-on laissé place pour se produire aux alertons des croisades, à la devise grecque aplanos (sans errer ni varier), des premiers barons chrétiens ? Cet abus d’allusions étrangères à la famille et au caractère du connétable dans un palais créé par lui , ne peut donc être attribué qu’au désir de consacrer les souvenirs de sa disgrâce et de ses causes, et au besoin de proclamer à la fois les consolations qu’il trouva dans son exil près du Dauphin et de sa maîtresse, et la justice immédiate qu’ils lui rendirent à leur avènement au pouvoir.

Cette justice alla même jusqu’à l'appeler au partage de ce pouvoir, ainsi que le remarque l’auteur de l’Histoire particulière de la cour de Henri II (Claude de l’Aubespine, secrétaired’état sous François Ier et ses deux successeurs), en disant :

« Comme nous voyons au ciel ces deux grands astres, le soleil et la lune, avec toute prin- » cipauté sur les autres, de même Montmorency et Diane avaient entière et absolue puissance j) en ce royaume ; le premier sur la couronne, l’autre sur la personne. »

De là ces jalousies et rivalités qui coulèrent cher à la France et qu’explique ainsi le même historien :

« Montmorency, connestable, ayant, à cause de sa charge, pleine et absolue puissance sur » les armes, ce prince le voulant ainsi, et luy, de naturel grave et impérieux , le pratiquant 33 aussi très estroictement, non seulement sur les armes, mais aux conseils, affaires etdélibé- 33 rations qui se traictoient, laissa aux deux frères de Guise les mains pleines de vent et une 33 auctorité comme en idée. Ici est le champ et le guéret où la graine de nos séditions et par- 33 tialilez fut semée. Le cardinal , très habile et soigneux à le cultiver et arrouser, ne cessa de 33 brouiller au dehors, puisque dedans lui estoit interdict, etc. »

De cette digression qui tend à bien préciser les véritables causes de l’animosité des deux familles pour expliquer l’une de nos principales scènes , revenons au connétable et à son château.

Sept années de disgrâce avaient mis à de cruelles épreuves la noble ambition et l’impatience de gloire d’Anne de Montmorency, qui n’avait ceint qu’en 1538 l’épée de connétable, vacante par la trahison et par la mort du connétable de Bourbon, quoiqu’elle lui eut été promise sur son propre choix, depuis vingt ans, dans ses jeux d’enfance avec François Ie*-, qui tint également sesengagemens du même genre avec l’amiral Brion et le maître-d’hôtel Monchenu. A ces circonstances, auxquelles nous croyons pouvoir rapporter le témoignage, peutêtre exagéré, de la reconnaissance du connétable, se joint cette considération qu’Henri II tenait quelquefois sa cour chez son ami, plus roi que lui d’après l’histoire que nous venons de citer; car c’est d’Écouen qu’est daté le terrible édit de 1559, qui faillit devenir si fatal en 1 562 à Bernard Palissy , occupé dès lors et depuis longtemps dans son atelier de Saintes , à décorer le château d’où partit la foudre qui l’eût frappé, sans l’intervention généreuse ou peut-être intéressée du connétable (v. chap. xxx).

Ce célèbre artiste, l’une des gloires longtemps méconnues de notre France, exécuta, tant dans cet atelier construit aux frais du connétable, que dans celui que Catherine de Médicis, son autre protectrice , lui accorda aux Tuileries, la plupart des ornemens en pavages émaillés, émaux sur cuivre, vitraux peints, etc., qui contribuèrent à X illustration de ce château, dans toute l’acception actuelle de ce mot.

Quoique le récit de la visite qu’y fit en 1606 le savant Péreisc soit sommaire et incomplet.

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anonymes des innombrables édifices religieux ou civils de même caractère, dont les admirables vestiges se révèlent au voyageur instruit jusque dans les parties les plus excentriques de la France monumens qu’un style particulier, mais presque indéfinissable, distingue de ceux de la période antérieure et plus encore de l’abâtardissement qui suivit et que malheureusement on ne peut s’empêcher d’imputer au dernier dépositaire des pensées d’art de Catherine, Jacques Audi ouet du Cerceau 2 ?

nous nous en emparons faute de mieux. Après avoir cité « une douzaine de tètes et plu- 3> sieurs belles figures de marbres antiques, deux captifs languissons de Michel-Ange, etc.» Péreisc parle surtout « de ces belles poteries inventées par maître Bernard des Thuileries.,-» « Il y a, dit-il, deux galleries toutes peintes fort doctement par un Maestro Nicolo. Aux Yer- » riëres, les fables qui y sont le mieux représentées, c’est celle de Proserpine à l’une, et » celle du banquet de dieux ; celle de Psyché à l’autre. Le pavé d’icelles est aussi de l’in- » vention du susdit maître Bernard. »

Dans une visite plus récente que celle faite à l’hôpital militaire, de tout ce qui nous avait frappé en 1796, en fait de décorations sur-existarites, nous n’avons retrouvé que quelques fragmens de ce pavé et dans l’église du village plusieurs panneaux de vitraux en grisaille exécutés par Palissy, dans le goût de celui que nous donnons (cliap. vu, planche Ire).

La grotte rustique d’Écouen, a laquelle Palissy travailla et qu’il cite dans son Épitre au maréchal de Montmorency, était sans doute inspirée ou inspiratrice de celle qui donna son nom au château de Meudon du cardinal Charles, et dont nous donnerons plus loin une description poétique, où le concours de Palissy nous paraît également établi par ces vers de Ronsard :

De voir que V artifice avait portraicl les murs

De divers coquillages en des roches si durs.

Et Vesmail bigarré qui ressemble aux couleurs Des prez quand la saison les diapré de fleurs.

Notons celte circonstance incidente comme rattachant Palissy au cardinal Charles, et par suite à notre hôtel, où brillent en grand nombre aujourd’hui les curieuses productions de cet artiste célèbre à plus d’un titre, comme nous le prouverons au chapitre xxx (v. pour Ecouen Vue générale , Album, l> e série, pl. 5; Portrait du Connétable, 7e série, pl. 27, et Atlas, chap. vu, pl. 1 ).

1 Les monumens entiers de celte époque sont rares. On peut cependant citer, après Écouen , le beau château d’Ancy-lc-Franc , qui , grâce aux soins religieux de la famille de Louvois, a jusqu’ici été préservé des rudes atteintes des moderniseurs.

2 Deux frères du Cerceau , nés à Orléans , exercèrent à quelqu’intervalle de temps l'un de l'autre, le même art, l’architecture, ce qui a jeté de la confusion dans les attributions de leurs oeuvres, sous le rapport des dates et du style auquel elles appartiennent. Le dernier survivant, Jacques Ar.drouet, fut sans contredit un artiste instruit et fort habile ; mais chargé de continuer Delorme, ne voulant pas s’astreindre à l’imitation et ne pouvant

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L’affluence y sera bien plus grande encore si nous convions aux audiences du cardinal Charles, comme nous l’avons fait pour celles de son oncle, indépendamment des maîtres italiens restés sur notre sol, tels que Paul Ponce, Trébatti, etc., les nombreux et habiles sculpteurs français que l’ exemple et les succès des maîtres italiens purent, il faut en convenir, contribuer à former et que firent éclore et pros-

faire mieux que son devancier, il fit autrement et marqua ainsi le temps d’arrêt et la déclivité de l’art de Catherine. Là ne se borna pas malheureusement l’effet de cette pente, le même besoin de faire autrement ayant conduit notre architecture de phase en phase, pour ne pas dire de chute en chute, à l’état actuel où l’épuisement de toutes les variantes a ramené le type primitif gréco-romain appliqué invariablement et indistinctement à tous nos monumens.

Bien que Jacques Androuet du Cerceau ait publié dès 1559 son premier livre d'architecture, contenant les plans et dessins de cinquante bâtimens tous différens, par conséquent avant la première édition des nouvelles inventions pour bien bâtir de Philibert Delorme, qui ne date que de 1561, la réputation du premier, comme praticien, rie remonte qu'à l’époque de la mort de Philibert en 1577.

Du Cerceau, qui venait de faire paraître (en 1576) ses plus exccllens bâtimens de France, dédiés à Catherine de Médicis , obtint, sans doute pour récompense , d’abord la mission de couvrir la partie des Tuileries que la terreur supertitieuse de cette reine laissa inachevée, et le titre d’architecte du roi, sous lequel il commença, en 1578, les travaux du Pont-Neuf, que les troubles firent suspendre et qui ne furent repris qu’en 1604. Ce ne fut qu’en 1596 que cet artiste qui avait continué ses publications et construit de notables édifices privés, tels que les hôtels deMaienne et de Sully, rue Saint-Antoine, des Fermes, de Brêtonvilliers, de Carnavalet, etc., se trouva chargé .de l’exécution du plan de réunion du Louvre aux Tuileries conçu sous Charles IX, et que du Cerceau poursuivit sans le conduire à terme, la crainte des persécutions religieuses qu’il pouvait encourir comme religionnaire l’ayant déterminé à quitter la France pour finir tranquillement sa carrière sur un sol étranger.

Ces derniers travaux, auxquels chacun de ses continuateurs, notamment du Pérac, apposa son cachet spécial , justifieraient au besoin ce que nous venons de dire du point de départ de notre décadence, par la comparaison si facile encore aujourd’hui de l’art et du goût qui présidèrent à la construction de la partie centrale du palais des Tuileries élevée par Delorme avec les raccords mesquins et les lourds pavillons d’angle ajoutés par du Cerceau , qui, n’en déplaise aux archéologues de Sèvres, n’a pu bâtir Gaillon un siècle plus tôt.

1 S’il est vrai ainsi que nous le rappellerons plus loin , que Fréminet, peintre dont la célébrité ne remonte qu’au règne de Henri IV, fut le premier Français de cet art qui soit allé puiser ses inspirations et ses moyens d’étude à Rome, il faut qu’il n’en ait pas été de même de nos sculpteurs, puisque, à part même Jacques d’Angoulême, que nous voyons installé dans cette capitale dès 1550, il y a trace de plusieurs renommées secondaires de notre France dues aux leçons de Michel-Ange. D’après les traditions de localités, nous pouvons citer entr’autres artistes français élèves de ce grand maître, les deux frères Jacques, qui élevèrent dans la célèbre église de Saint-Remy de Reims, le monument de ce

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