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pérer les encouragemens de Catherine , de sa cour et même ceux de notre cardinal *. Nous y verrions reparaître d’abord à ce dernier
saint et des douze pairs de France dont les figures ont survécu au mausolée qu’elles ornaient; Ricliier, qui tailla dans un seul bloc de belle pierre blanche et dure le sépulcre de saint Mihiel, composé de treize figures d’un beau style; Hugues Lambin, dont on montre encore les admirables sculptures en bois dans l’ancienne église de Sainte-Bénigne de Dijon. On peut sans doute ajouter à ces noms celui de François Marchand d’Orléans, qui, ainsi que le remarque M. Alexandre Le Noir, à propos de sculptures tirées de la cathédrale et de l’église de Saint-Peyre de Chartres, travaillait dès 1510 d’après des dessins de Raphaël, qu’il ne put guère connaître à moins d’avoir étudié à Rome.
i Revenant au beau château de Meudon, dont nous avons parlé (page 201 et 202) comme ayant été commencé sous François Ier, et achevé , dit Bonfons, sous Henri II, « chasteau si estolîé, selon Corrozet (fol. 183) qu’il est impossible le réciter, » nous y trouvons, comme à Dampierre et à Reims, matière à contester la réputation d’avarice et de parcimonie, tout en appuyant celle de rapacité faite au cardinal Charles par son légendaire (v. chap. iv, et la Vue du 2e château, Album, 5e série, pl. 5).
Le premier château seigneurial de Meudon fut construit par Anthoine Sanguin, dit le cardinal de Meudon, qui quitta la France pour Rome à la mort de François Ier, pour ne pas y survivre aux grandeurs de sa nièce, la duchesse d’Etampes. A la rigueur sans doute le cardinal Jean aurait pû posséder ce château dès 1547 et y poursuivre jusqu’en 1550 les travaux dont nous avons parlé et que concerneraient certainement les détails donnés par Yasari s’ils faisaient partie de la première édition de 1550, ce que nous n’avons pu vérifier; mais celte induction, fondée sur quelques circonstances, détruirait l’imputation que font les chroniques contemporaines à son neveu Charles, d’avoir partagé avec Diane les dépouilles de l’ancienne favorite et de sa famille, en s’appropriant le château de Meudon, comme il prit celui de Dampierre par suite de la dépossession de l’ancien trésorier de l’épargne Duval, et la terre de Marchais , par une machination concertée avec le cardinal de Pellevé, propre neveu du propriétaire évincé. On concevrait alors que pour une propriété acquise à aussi vil prix, son possesseur n’eût pas épargné les frais d’embellissement et de construction ( souterraine d’après les descriptions ) de la partie nommée la grotte et qui donna son nom au château. Remarquons d’ailleurs que, selon Claude de l’Aubespine, le cardinal réunissait, par la mort de son oncle, trois cent mille livres de rente , fortune immense pour le temps. En dédiant cette grotte au repos et aux muses de Henri II, Chariot, comme l’appelle Ronsard, ne faisait par conséquent que timbrer d’un ex munificentia le don qu’il s’était fait sous l’apparente autorité de son roi. C’était bien le moins aussi que cet allié du trône traitât ses maîtres en souverains dans cette belle résidence dont on peut prendre quelque idée par les vers suivons de Ronsard, extraits de son églogue III (ou chant pastoral sur les nopces de MM. Charles , duc de Lorraine et de Mm« Claude , fille du roi Henri II). Ronsard met en scène deux pasteurs (ou poètes bucoliques), arrivant au château pour célébrer la solennité, et dit :
« Puis grimpant sur le dos d’une colline droite
» Au travers d’une vigne, en une sente estroite ,
» Guignèrent pas à pas la grotte de Meudon ,
» La grotte que Chariot (Chariot de qui le nom
t/hôtel de clcny.
titre, et Pierre Lescot, et Delorme, et Bullant, et d’autres architectes qui savaient alors à la fois construire un édifice et le dccorcr }
» Est saint par les forest ) a fait creuser si belle » Pour être des neuf sœurs la demeure éternelle !
« Sœurs qui en sa faveur ont mesprisé les eaux » D’Eurote et de Permesse et les tertres jumeaux » Du chevelu Parnasse, où la fameuse sourse » Prit du cheval volant et le nom et la course ,
» Pour venir habiter son hel antre esmaille'
» Une loge voustée en un roc entaillé.
Ce qui se rapporterait plutôt à un accessoire de château qu’à un palais comme celui à l’érection et à la direction duquel Vasari fait concourir ses plus illustres compatriotes.
11 devait cependant exister des statues même en dehors de cette grotte , d’après ces vers :
« Eux dévots, arrivés au devant de la porte,
» Saluèrent Pallas qui la Gorgonne porte ,
» Et le petit Bacchus qui dans ses doigts niarbrins » Tient un pampre chargé de grappes de raisin . »
Mais ce qui suit indiquerait plutôt une décoration pittoresque qu’une ornementation de grand style, comme le feraient supposer les noms du Primatice, de Dominico dei Barbiéri, etc., et la planche d'Israël Silvestre que nous reproduisons faute d’autre.
« Ils furent esbahis de voir le partiment » En un lieu si désert d’un si beau bastiment :
» Le plan, le frontispice et les piliers rustiques » Qui effacent l’honneur des colonnes antiques :
» De voir que l’artifice avait pourtraict les murs » De divers coquillages en des roches si durs :
» De voir les cabinets, les chambres et les salles ,
» Les terrasses, festons, guillochis et ovales ,
» Et l’esmail bigarré qui ressemble aux couleurs » Des prez quand la saison les diapré de fleurs :
» Ou comme l’arc-en-ciel qui peint à sa venue » De cent mille couleurs le dessus de la nue. »
Suivent les éloges du cardinal , « le bon hôte des muses , » à qui le poète dit :
« Quelque part que tu sois. Chariot, pour ta vertu » En tes lèvres toujours savourer puisse-tu » Le doux succre et la manne, et manger tout ensemble » Le miel qui en douceur à tes propos ressemble. »
Ces éloges pompeux sur lesquels nous aurons occasion de revenir, réunis aux expressions de Montaigne, tempéreraient déjà l'acrimonie des diatribes en prose qui n’admettent chez ce cardinal aucun sentiment élevé comme ceux que comportent l'amour des arts et les encouragemens éclairés ; mais nous pouvons citer, dans cette espèce même, des preuves plus positives que l’extase du premier des poètes de l’époque, du soin que prit Chariot d'orner sa grotte d’objets d’arts commandés par lui à Rome, sans doute pendant un de ses fréquens séjours dans cette ville, telles par exemple que la tradition fournie à M. Emeric-David par
I, HOTEL DE CLCNY»
avantage immense pour assurer , même par la seule direction, l’harmonie de Tensemble ; puis , indépendamment de tant d’autres célébrités restées obscures par méfiance de leur force ou par l’ingrat oubli de leurs contemporains 1 , malgré la multiplicité et la variété
deux écrivains contemporains de ces travaux, Biaise de Vigénère et Boulanger. A propos des ouvrages d’un sculpteur français, Jacques d’Angoulesmes, bien digne de mémoire et dont cependant le nom est resté enfoui dans ces obscures annales, ils citent l'un et l’autre une statue en marbre , de l’Automne, exécutée par cet artiste pour le cardinal et qu’il fit placer à Meudon, où selon Boulanger, qui l’y vit en 1589, « omncs in admirationem rapit. »
Au risque de la confusion produite par l’amalgame dans une même note de matières dissemblables que la table viendra réunir , nous ne pouvons encore ici nous défendre de faire partager à nos lecteurs le sentiment pénible que nous éprouvâmes en cherchant inutilement dans nos biographies, et plus inutilement encore dans nos musées, palais, etc., le nom et les ouvrages d’un artiste français si célèbre à Rome même : et cependant la trace de celte illustration nationale avait été conservée bien authentiquement d’abord par Vigénère , qui alla deux fois à Rome en 1546 et 1566 (dans scs Annotations sur l'œuvre de Calislratc, tableaux de plate peinture, page 885), et par Boulanger (de Pict.Plast; et Siat. lib. ii, cap. vu), puisque ces deux philologues s’accordent à dire que ce grand artiste exécuta en 1550, à Rome, entr’autres objets remarquables, un modèle d’une figure de saint Pierre en concours avec Michel-Ange, « et l’emporta pardessus luy au jugement » de tous les maistres, même italiens : Palmam prœripuit Romœ Michœli-Angelo, sculp- » forum omnium judicio , » dit Boulanger.
L’oubli , complet d’ailleurs, de tout ce qui tient à ce grand artiste, est d’autant plus regrettable, que, selon Vigénère, maître Jacques aurait eu pour élève Germain Pilon, (dont le père dut naturellement, comme nous le dirons, être le premier maître), ce qui pourrait faire remonter les premiers ouvrages de Jacques au-delà de l’époque où l'art italien vint régner chez nous sans partage. Cette circonstance prouvée, s’il est donné à quelqu’un de l’éclaircir , on arriverait peut-être aussi à retrouver la trace des enseignemens qui créèrent par exemple Jean Goujon, comme à jeter quelque lumière sur celle école intermédiaire toute française , dont les produits si remarquables, à partir surtout des premières années du XVe siècle , brillent épars dans nos provinces les plus distantes, sans que rien indique à quel centre d’études se rattachaient les travaux des Jehan Juste (de Tours), des François Marchand (d’Orléans), des Michel Columb ('de Nantes), des François Gentil (de Troyes), des Pierre Désaulbaux (de Rouen'), et autres. On voit aussi de quelle utilité serait le résultat de ces recherches pour combler la lacune qu’offre, dans l’état actuel de nos connaissances, la marche de l’art français pendant son éclipse temporaire résultant de l’occupation italienne.
Dans ce but surtout, nous recommandons cette investigation aux explorateurs des poudreuses archives municipales ou fabricienncs d’ Angoulesmes ou de tout autre lieu.
i Nous n’aurons que trop d’occasions de déplorer l’éternelle incurie des organes de la publicité pour nos gloires artistiques, aux époques même où l’art était réellement en honneur en France , et où nos princes et les ministres de leurs nobles fantaisies avaient renoncé à la recherche des talens étrangers et aux dérivations des ressources de l’épargne , en
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des œuvres qui consacrèrent incontestablement leur existence , des
confiant à nos artistes français le soin d’illustrer leur patrie. Aussi, bien que cette montre passée dans notre hôtel même, des grands artistes appartenant aux diverses époques du XVIe siècle, puisse nous servir d’excuse, si nous cherchions à compléter le contrôle par l’appel des absens, nous nous abstiendrons ici de toute digression générale à ce sujet. En spécialisant, comme nous venons de le faire dans la note précédente, les témoignages d’oubli etd’indifférence en matière d’art, d’autant moins concevables aux époques d’IIenri II et de Charles IX que le succès de Vasari, dont l’ouvrage parut en 1550, devait nous servir de leçon , peut-être parviendrons-nous mieux à faire comprendre l’importance d’une publication générale sur cette matière. Déjà l’un de nos plus savans académiciens, M. Eineric- David, a démontré la nécessité d’arriver par un travail d’ensemble, dont les archives de localités offrent encore les élémens, à replacer la France, sous le rapport de l'art, au rang que les étrangers et même certains nationaux lui contestent. Son Essai historique sur la sculpture française, plaidoyer plein de logique et de faits contre les violentes attaques de l’érudit mais partial comte Cicognara , prouve ce que nous avons avancé ailleurs, « que la » pauvreté qu’on nous reproche tient moins au défaut de richesses qu'à l’absence d’inven- » taires qui les constatent. »
« Riche en monumens des beaux-arts de tous les âges, la France, dit-il (pag. 3G) , a » souvent manqué d’historiens qui se soient appliqués à perpétuer le souvenir des maîtres; » et (pag. 38) : « l’antiquité s’éloigne de nous, les litres de notre gloire s'effacent, et l’étran-
» ger, mal instruit, s’autorise de cette destruction pour calomnier le génie de nos pères .
» Une histoire de l’art français est un ouvrage encore à faire, etc. »
Près de vingt ans se sont écoulés depuis ce cri d’alarme , depuis l’expression de ce vœu , l’antiquité s’est encore éloignée, bien d’autres titres de notre gloire ont disparu dans cet intervalle , et quoique le besoin de cette histoire de l’art français se soit fait de plus en plus sentir, on se demande encore aujourd’hui qui osera entreprendre ce dont s’est effrayé le dévouement et le savoir de M. Emeric-David?
Ne désespérons pas cependant de cette œuvre au-dessus peut-être d'une force d’homme , mais que rendra plus facile l’élaboration de matériaux dans toutes les localités historiques de la France, sur l’impulsion d’ensemble et de détails donnée par les comités historiques.
C’est dans cet espoir qui doit soutenir tous les amis des grandes traditions de la France, que, pour payer tribut à cette noble entreprise , nous avons mis en ordre nos souvenirs de trente ans et endossé la cuirasse pour notre guerre sainte. Trahi par l’âge et par notre faiblesse à tous égards, nous n’attaquerons pas corps à corps, laissant à de plus vigoureux champions le pourfendage des détracteurs de nos gloires ; mais encore ferme sur la brèche, brandissant et lançant s’il le faut notre dard émoussé, <i telumque imbelle sine » iclu, » nous n’abandonnerons qu’avec la vie la cause si longtemps délaissée de nos arts nationaux. Sans trop nous prévaloir de nos prérogatives d’âge, nous croyons, par notre rôle de glaneur dans la moisson dévastatrice de nos derniers vandales, avoir conquis le droit de deviser quelque peu de ce passé toujours présent à nos yeux , heureux si le rappel de ces preuves déjà de vieille date profite à la génération nouvelle, trop heureux si l’expression de nos souvenirs animés des dernières lueurs du feu sacré, métaphoriquement parlant, qui nous embrasa si longtemps, pouvait nous mériter l’application du mot de Yauvenargues sur la vieillesse comparée au « soleil d’hiver, qui éclaire s’il n’échauffe. »
e’hôtee 1)E cluny.
noms devenus européens comme celui de Goujon 1 , resté à tous égards le chef de notre école de sculpture par la franchise et le sen-
i M. le comte de Clarac, dans son bel ouvrage sur le Louvre et les Tuileries, tombe d’accord avec M. Emeric-David, comme avec tous les historiens de l’art, sur l’obscurité des traditions relatives à ce grand artiste. « On ignore, dit-il (t. 1er f pag. 402) , le lieu , l’année s» de sa naissance et toutes les circonstances de sa vie. » La date seule de sa mort est réellement trop certaine par la catastrophe qu’elle retrace (la Saint-Barthélemy). On sait qu’il travailla dès 1540, à Ecouen, avec Jean Bullant, en 1548 , à Anet , avec Philibert Delorme, et dans les vingt dernières années de sa vie, à Paris, où son ciseau laissa des traces ineffaçables dans sa belle fontaine dite des Innocens, à l’hôtel Carnavalet, et surtout dans les travaux de décoration intérieure et extérieure du Louvre dont M. de Clarac a donné l’analyse raisonnée (t. I, pag. 434-437-460 et 461) : mais si l’on ignore les particularités de sa vie, on connaît du moins ses œuvres, où l’élévation de la pensée n’exclut pas l'élégance et la suavité sans mollesse dont il puisa sans doute les inspirations en Italie, lors du voyage qu’il fit avec le Primatice pour l’acquisition des statues antiques. C’est surtout dans le basrelief composé, genre qui participe à la fois de la peinture et de la sculpture , quant au calcul des plans et de l’effet et à l’agencement des groupes , que Goujon excelle au point de surpasser tous ses rivaux , de désespérer à jamais ses imitateurs ; et cependant ses contours sont à peine saillans , comme pour laisser à la construction que la sculpture décore tout l’aspect de solidité matérielle qui doit distinguer le principal de l’accessoire ; aussi s’est-on fait scrupule de soumettre au grattage général ses œils-de-bœuf du Louvre, qui épidermes seraient devenus à rien. Nous aurons occasion de parler des autres travaux de cet artiste aux chapitres iv et v , puisque, selon l’opinion consacrée par M. Miel , critique éclairé et exercé (Galerie française, tom. Ie>), Jean Goujon aurait élevé et décoré seul le premier hôtel de Carnavalet, accru par Mansard. On voit aussi par le petit traité dont parle le même philologue , comme placé à la suite d’une traduction de Yitruve de 1547 , par Martin , ouvrage illustré d’ailleurs par les planches de Jehan Goujon , slvdievx d’architecture, que ce grand homme était à la fois sculpteur, architecte, graveur en bois et écrivain profond, ainsi que le prouve ce passage sur la nécessité pour les artistes d’étudier les sciences : « C’est à cause » que Raphaël et Michel-Ange se sont tant curieusement délectez à poursuyvre ce noble » subiect que leur immortèle renommée est espandue parmy toute la circonférence de la terre, » où touts les hommes qui n’ont point estudié les sciences ne peuvent faire œuvres dont ils » puissent acquérir guères grande lovenge, si ce n’est par quelqu’ignorant ou personnage » trop facile à contenter. » Et voilà l’homme qui vers ce temps même recevait pour salaire de ses beaux travaux ce que, toute conversion de valeur faite, nous n’oserions pas offrir au dernier de nos manœuvres ! Comment concevoir, par exemple, qu’il ait exécuté, comme nous l’apprend Sauvai, pour SOécus sous (moins de 600 fr. d’aujourd’hui) chacune des admirables caryatides en pierre qui soutiennent sa belle tribune du Louvre.
M. Deville , dans ses Tombeaux de la cathédrale de Rouen , a ajouté aux renseignemens que donne Sauvai sur le modeste prix payé pour quelques uns des ouvrages de ce grand artiste et signalé quelques particularités authentiques concernant ce prince toujours régnant de la sculpture française, telles que l’exécution, vers 1541, « pour le prix de 30 » livres de la tête de la statue de Georges d’Amboise, substituée à un groupe d’anges, dans » le mausolée de son oncle (pag. 100) ; celles des pourtraits de même époque du portail
l’hôtel de cluny.
timent dont toutes ses œuvres sont empreintes , comme ceux de
» et de la fontaine , pour 6 livres 15 sols; d’un pourtrait , d’un colompne et d’ung pied-d’es- » talle pour servir aux orgues de Saint-Maclou, moyennant 57 sols 6 deniers; le payement » de 35 escus sols (valant 78 livres 15 sols) , pour un autre marché, de 5 sols pour son vin, » de 30 sols tournois pour avoir fait le devis de peindre les orgues, etc. »
Ces renseignemens ont été puisés, pour la plupart, dans les comptes de la fabrique de Saint-Maclou de Rouen , église dont les belles portes auraient été exécutées par Goujon , à raison de 12 sous par jour , ce qui paraîtra exorbitant, si l’on compare le prix de ces journées avec celles des maîtres tailleurs de pierres du siècle précédent, si curieusement constatées surtout aux précieux Mémoires de la commission des antiquités de la Côted'Or (Voir au chap. v) , et qui , selon Poncet de la Grave (mémoire intéressant sur les maisons royales, t. Ier) , ne gagnaient en 1362, que 4 sous par jour, les maçons 3 sous, les compagnons 2 sous, les valets ou manœuvres 8 deniers ; mais il faut considérer que, d’après la progression du taux du marc d’argent qui était de Sfr. 15 sols à cette époque , et de plus de 15 fr. en 1550, les 12 sous payés à Jean Goujon représentaient exactement les 4 sous que touchait par exemple Jean de Saint-Romain, à qui la statue en pierre, haute de quatre pieds, de Charles V tenant son sceptre, placée au pignon de la porte du Louvre , fut payée 6 livres 8 sous, équivalant, comme l’observe M. de Clarac (t. Rt, p. 288), à 62 fr. 32 c., somme dont ne se contenterait pas aujourd’hui le plus obscur tailleur de pierre pour un travail analogue. M. Deville induit d’ailleurs de rapprochemens et d’aperçus ingénieux que Jean Goujon (ou Gouyon) aurait préludé à l’embellissement du palais d’Anet, dédié à Louis de Brézé par sa veuve inconsolable , avec les dons de son consolateur, en élevant dans la cathédrale de Rouen le mausolée de ce sénéchal , qui lutte encore d’intérêt et d’élégance dans l’abside principale, avec celui de Georges d’Amboise.
A cet égard, et puisque la dissertation, complète d’ailleurs de M. Deville sur ce monument, laisse un champ libre aux conjectures sur sa date précise, nous hasarderons quelques doutes sur l’opinion de cet écrivain qui , s’appuyant sur la coïncidence du séjour de Jean Goujon à Rouen avec l’époque présumée de l’érection de ce tombeau, de 1540 à 1541 , pense que cette première manifestation des sentimens de la veuve précéda de longtemps ses royales amours , et dit (page 128 ) : « que ce ne fut que cinq années après l’époque )> (27 mars 1535) où Diane témoigna par écrit, au chapitre delà cathédrale, l’intention » qu’elle avait d’élever ce tombeau, qu’elle partagea la couche de Henri IL »
La tradition ne précisant pas l’époque de ces premières relations, on est réduit à procéder par induction. D’abord les vers que nous rapellerons , chap. v , présentant le Dauphin comme un garçon frais, dispos et jeunet, nous semblent indiquer une époque peut-être antérieure même au mariage de ce prince, qui, né en 1519, épousa, le 28 octobre 1533, Catherine de Médicis , précocité pour ainsi dire naturelle dans le fils de François Ier, qui avait des maîtresses à treize ans. Quant à Diane, Mézerai dit positivement (tom. II, p. 1058 de sa Grande Histoire) que, lorsqu’elle se fit aimer du Dauphin, elle n’avait que trente-cinq ans. Laplanclie dit seulement quelle était dans l’automne de ses ans. Cette liaison remonterait alors à 1534, Diane étant née, ainsi qu’on l’a reconnu assez récemment, le 3 septembre 1499; d’où il faudrait conclure que le projet même du mausolée fut conçu, comme le palais dédié à l’époux, sous l’inlluence de l’adultère. Il nous en coûte de paraître dans cette lice où s’escrimèrent De Thou , Brantôme, Varillas, Bayle et tant d’autres pour
ÛG4 l’hùtel de curtfv.
Germain Pilon 1 , plus gracieux peut-être , mais moins pur et
relever le gant jeté par un champion aussi galant et aussi habile que l’historien des beaux mausolées de Rouen, disposé, comme il le dit lui-même, à rompre une lance pour l'honneur de Diane ; mais ici encore les inflexibles chiffres font foi, et doivent avoir une autorité tout autre que celle même des épitaphes, des dédicaces, et que les fausses inductions qu’on peut tirer d’un deuil prolongé comme celui que conserva Diane. M. Deville pourra donc nous placer au rang des malins esprits qui traduisent librement la partie de l’inscription de ces tombeaux portant :
« Indivulsa tibi quondam et fidissinia conjux » Ut fuit in Tbalamo sic crit in tuinulo; »
dans ce sens, que l’ombre de l’époux pourrait compter sur la même fidélité que celle gardée au lit nuptial, qu’on suppose avoir été profané par François Ier, mais qui, dans tous les cas, ne tarda guère à recevoir son fils ; car son union avec Diane se célébrait publiquement en 1441, époque de l’érection présumée du tombeau de l’époux où les protestations ne purent être placées que bien plus tard ; témoin cette épigramme (xxi) de Clément Marot : « Pour le » perron de monseigneur le Dauphin , lournoy des chevaliers errans , à la Berlaudière, » près Châtelerault en Poictou, en l’an 1541 :
« Un chevalier royal » Y a dr-ssé sa tente,
» Et sert de cucur royal » Une dame excellente ,
» Dont le nom gracieux » N’est ja besoin d’escrirc :
» Il est escrit aux deux ,
» Et de nuictso peut lire. »
Quant aux triomphes personnels de ce même poète sur le cœur de la grande sénéchale, célébrés avec une outrecuidance poétique et gasconne dans scs vers de Pliébus et Diane, et surtout dans celui de l’épigramme clxx :
« Car quand sa bouche en la mienne soupire, »
comme dans l’élégie vu qui offre la même image ; et quant aux reproches qu’il lui adresse «d’aller au change (rondeau 44), etc.,» ils altéreraient bien plus directement encore la pureté, de la couche de Louis de Brézé, puisque, remontant à 1524 et à 1525, ils appuieraient en outre, quant à François Ier, qui valait bien son poète, l’imputation sur laquelle les historiens se partagent (voirpag. 249).
1 Ce sculpteur, justement célèbre, surtout par l’exécution du tombeau des Valois, qui, après une station de quelques années au Musée des Petits-Augustins, est revenu, heureusement sans encombre , occuper une portion de sa place primitive à Saint-Denis , représente , dit-on, à lui seul toute une famille du même nom, qui a laissé dans le Maine de nombreuses et belles traces de grands travaux d'art , dont il convient d’assigner les dates , pour lier, comme nous l’avons dit, à propos de maître Jacques d’Angoulême, notre école de sculpture de Louis XII à celle de Henri II. Ici notre tâche sera facile, puisque cette liaison existe, et peut s’étudier synoptiquement dans le grand monument homogène de sculpture attribué à celte seule famille des Pilon , et qui, placé près de son berceau ( le bourg de