‹ Les arts au Moyen Age (volume 3)Chapitre 30 sur 41 · I.' HÔTEL DE CLUNY · texte numérisé non relu

I.' HÔTEL DE CLUNY

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moins original que son rival ; ceux aussi de Pierre ou Isidore Bon-

Loué, près de Sablé), a miraculeusement échappé à nos bouleversemens, comme à la convoitise de l’étranger, déjouée par le patriotisme local, et resplendit intact au milieu de tant de ruines, garanti , nous l’espérons, de toute atteinte , sous l’égide protectrice des nouveaux bénédictins de Solesmes.

Ce monument, ou plutôt cet ensemble de monumens, consistant en plus de cinquante ligures, au moins de proportion humaine, auxquelles on a donné le nom collectif de saints de; Solesmes, nous a paru des plus curieux, lorsque nous le visitâmes, il y a quelques années. Seul il résume dans l’étroite enceinte de deux petites chapelles le départ, la marche et les progrès, jusqu a perfection, de l’art français de transition, dont nous traitons exceptionnellement ici et à la note F, comme se rattachant à la description de notre Hôtel. Les dates de 1490 et de 1553 qu’on y lit, consacrent sans doute à la fois les premiers travaux de Pilon père et l’achèvement dû au ciseau de son (ils.

C’était une victorieuse démonstration à opposer aux négations de M. de Cicognara, que la preuve vivante de semblables travaux, continués pendant soixante ans dans une de nos bourgades, et pour un édifice d’aussi faible importance que ce prieuré, sur lequel notre savant collègue et ami , M. Allou , a publié une notice pleine d’intérêt ( Mémoire de la Société' des Antiquaires , tom. XII ). Il n’y a rien à opposer à ce témoignage de la culture continue de notre art, résultant de la réunion sur un seul point de longs travaux de deux styles si tranchés. Il resterait seulement la question d’appréciation du caractère de franchise et d’originalité de notre art français, altéré plutôt qu’enrichi, selon nous, par la touche, peut-être trop gracieuse, que notre dernier Pilon emprunta à l’école du Primatice.

Dans ce but, surtout, nous ferions des vœux pour qu’une publication de ce curieux spécimen vînt mettre également en présence, pour l’étude, le sépulcre du premier temps, couronné de dais gothiques , comme dans notre chapelle, et orné de frises végétales, feuilles de chardons, etc., et les groupes de l’histoire de la Vierge , Jésus chez les docteurs, etc., entourés de plusieurs ceintres soutenus par des pilastres chargés d’arabesques.

Mais ce qu’il nous importe de constater ici, c’est que le nom de Germain Pilon père semble devoir grossir la liste de nos habiles sculpteurs français des époques antérieures à l’occupation florentine, devenus célèbres de nos jours seulement (v. note F,) par des recherches, qu’on complétera sans doute, et qui prouveront combien d’illustrations inconnues la France pourra revendiquer, si le zèle éclairé des Saint-Mcsmin, des Deville, etc., devient contagieux.

Le silence de tous nos historiens suivant la cour, sur ces pauvres ymaigiers, exploiteurs de l’art en province, s’explique d’abord par l’obscurité dans laquelle ces artistes semblaient se complaire, puis par l’absence de tout instinct d’art chez nos historiographes ou chroniqueurs de ces époques , qui auraient cru déroger à leur haute mission en descendant à ces misérables détails et en mêlant de tels aperçus aux pompeux récits de batailles, de tournois, d’intrigues de cour, de polémiques religieuses et défaits diplomatiques toujours convergens à la vie du prince, principal pivot alors de toute combinaison historique, à l’exclusion de l’histoire nationale proprement dite. Mais ce silence n’en est pas moins déplorable, en ce qu’il nous a forcé de subir trop longtemps les dédains des étrangers habiles à constater leur supériorité , nous dirions presque par bénéfice d’inventaire, c’est-à-dire par le répertoire de leurs richesses, toujours resté au complet, quand le nôtre est encore à faire.

C’est à Germain Pilon fds, venu, dit-on, à Paris vers 1550, et mort vers 1590, quoiqu’on

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