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jours flagrante des Grecs, malgré la parenté de leur empereur Manuel Comnène avec le compagnon d’armes de Louis Vil, l'empereur de Germanie Conrad *, on peut croire du moins que l’intervention de Suger et son autorité sur le couple royal, dont il avait serré les nœuds, auraient pu obvier aux tristes désaccords, aux méfiances jalouses, surgis au sein de ce grave conflit dont ils compromirent l’issue % en même temps qu’ils préparèrent la rupture non
on épargnait les grands frais d'une flotte et l’on offrait aux pèlerins, qu’elle n’aurait pu contenir, les moyens de suivre l’expédition; mais il aurait fallu le génie et l’expérience de ce guerrier pour diriger l’armée au milieu des obstacles suscités par ses ennemis déclarés ou secrets. La vaillance éprouvée de Louis VII y fut insuffisante; aussi, lorsque quittant les rivages de l’Asie mineure, nos croisés s’engagèrent dans des défilés de montagnes, peu s’en fallut qu’ils n’y trouvassent le terme de tous travaux, leur salut n’ayant dépendu que du choix fait à temps d’un simple chevalier, Gilbert, à qui le commandement fut dévolu, comme au plus digne ( Odo , de Diog., 1. vi, p. 64, 69).
« Confiant dans ses rapports de parenté avec Manuel Comnène, Conrad s’était empressé d’ouvrir la campagne à la tête d’une formidable armée; mais ici, comme lors de la première croisade, les excès commis par les Allemands à Philippopolis et par Conrad luimême dans les palais impériaux des rives du Bosphore, décidèrent l’empereur grec a s’affranchir au plus têt du joug de ces alliés qui, dirigés par le sol montagneux de la Phrygie et en butte aux assauts d’ennemis insaisissables, y périrent presque sans défense. Conrad, qui parvint avec quelques débris à joindre Louis VII à INicée, s’attacha dès lors à son sort.
^ Louis VII, qui avait été reçu à Constantinople avec une pompe et des prévenances qui n'aveuglèrent pas ses meilleurs conseillers, et no’amment Geoflfroi, évêque de Langres, sur les dispositions hostiles de son hôte, s’étant refusé à suivre l’avis qu’on lui donnait de s’emparer de celte ville, ne fut désabusé sur les menées de Manuel qu’à son arrivée à Nicée, par la nouvelle foudroyante de l’entière destruction de l’armée de Conrad. Ce fut pour lui du moins un avis qu'il sut mettre à profit, en changeant son itinéraire. Après d’héroïques faits d’armes, dans lesquels ce jeune prince sut se signaler entre tous , s’étant défendu seul et quoique démonté contre de nombreux ennemis, son armée, parvenue à Satalie, avait à choisir entre un trajet maritime de quatre jours pour se rendre à Ant ioche, et une marche qu’on disait devoir être de quarante journées. Irrité de la cupidité des Grecs qui exigeaient quatre marcs d’argent par homme pour ce court trajet, le roi voulait opter pour le dernier parti, mais l’insistance des barons le força à s'embarquer avec les principaux seigneurs et chevaliers qui pouvaient payer cette rançon, et à laisser le reste de l’armée, l’infanterie surtout, suivre la roule de terre, sous la garantie d’un traité, qui, payé chèrement au gouverneur de Satalie, demeura sans exécution et hâta l’anéantissement de ce reste de braves ; les Grecs, chargés par ce traité de nourrir les malades, les ayant égorgés par un affreux calcul, et s’étant refusés d'ailleurs à protéger par des escortes la marche des croisés qui, vaincus par les Turcs, trouvèrent plus dé pitié près de ces ennemis de leur foi que chez leurs frères en Jésus-Christ.
Parvenu sous d’aussi tristes auspices à Antioche, dont était prince alors Raymond do
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moins funeste pour la France, prononcée plus tard parle concile de Beaugencv 1 : mais s’il ne put dépendre de Suger, dont les pressentimens tiraient, de ces faits mêmes, une cruelle sanction, d’empêcher des malheurs produits à si longue distance, il sut du moins, par l’énergique emploi de l’autorité royale dont Louis VII , en partant, lui confia le dépôt, conserver à ce prince un sceptre convoité par l’ambition de son frère , et que le contre-coup des calamités d’Orient aurait sans doute arraché de ses mains sous un ministre moins habile3.
Poitiers, oncle de la reine Eléonore, Louis VII, pour comble de malheurs, trouva dans ce refuge un nouveau sujet de chagrins. Naturellement altière et mondaine, la jeune reine avait payé par de trop rudes épreuves l’honneur de présider à une expédition guerrière sans autre fruit, ultérieur même, que la fatigue et le danger, pour ne pas se livrer, avec ses compagnes de voyage, les comtesses de Toulouse et de Flandre et autres, aux plaisirs de son âge alors que s’en offrait la douce occasion. Ce fut surtout, dit-on, à la cour de son oncle, aussi joyeux troubadour que vaillant capitaine et cavalier accompli, malgré son âge (environ 50 ans), que sa conduite vint verser dans l’ame de Louis les poisons de la jalousie. Soit que, libre de s’épancher avec cet aimable parent, Eléonore l'eût fait confident et complice du regret qu’elle avait de n’avoir épousé qu’un moine a se monacho non régi nupsisse » (Guillaume Neubrig., 1. 1, apud Scrip. fr. xui,c. 102), et qu’éprise de son oncle même, d’autres disent d'un bel esclave, elle ait manifesté dès lors ses projets de divorce, pour cause de parenté (Guill. Nangii. Chron. ib., 737). Le roi, loin de répondre aux désirs de Raymond, en marchant contre Noureddin, arracha violemment la reine aux plaisirs de la cour d’Antioche. Parti la nuit pour Jérusalem, but de son vœu de pèlerin, il y fut rejoint par ses chevaliers; et quoique le vain emploi d’une communauté d’efforts avec Conrad et Baudoin de Jérusalem, et la levée du siège de Damas, ne lui eussent que trop démontré l’inutilité de sa résidence en Terre-Sainte, il y prolongea son séjour près d'une année encore, malgré les instances de Suger, qui, informé de ses sujets de mécontentement contre la reine , V engageait à dissimuler jusqu'au retour dans ses Etats ; conseil auquel le grand ministre n’eût pas été réduit sans doute, s’il eût pu continuer à exercer sa sage tutèle sur ce jeune couple royal.
1 Nous en parlerons sous l’année 1152. Bornons-nous à mentionner ici à l’appui de notre remarque sur la fatalité qui pesait depuis quelque temps sur un royaume naguère si prospère, qu’il ne fallut rien moins que la mort de Suger, très opposé à ce divorce, pour que ce lien fût rompu au grand détriment de la France.
2 Bientôt désabusés sur les chances de la croisade, les principaux seigneurs français et le frère même du roi, Robert de Dreux, quittèrent l’Orient (dès 1148), laissant notre malheureux prince partagé entre le désir de revoir ses états et la honte d’y reparaître sans avoir accompli l’importante et onéreuse mission qu’il s’était bénévolement imposée aux acclamations de toute la chrétienté. Ce retour de Robert, confirmatif de la funeste issue de l’expédition, vint beaucoup ajouter aux charges et aux perplexités de Suger, qui déjà n'avait pu parvenir que par de prodigieux efforts et par d’immenses sacrifices, tirés des
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Alors que ces formidables armées l, commandées par les deux premiers potentats d’Occident, succombaient presque sans combats, victimes avant tout de leur confiance dans les Grecs, ce dernier peuple payait cher ses moindres différends avec nos Normands de Sicile. Roger, dont l'alliance avait été repoussée par l’empereur grec, prompt à venger l’affront fait à ses ambassadeurs, dirigeait ses flottes victorieuses vers la Dalmatie et l’Epire, s’emparait de Corfou, saccageait Céphalonie, Corinthe, Thèbe, Athènes , Négrepont et autres contrées de l’empire grec (Dandol, in chron.'), démontrant par de tels succès quelle toute autre issue aurait couronné les efforts des croisés, si les conseils donnés au parlement d’Elampes par les envoyés de Roger avaient prévalu sur les offres de concours de Manuel j triste fatalité à laquelle on peut croire que les ressen-
revenus de son abbaye, à pourvoir à la fois aux besoins de l'armée d'Orient, exposés par le roi lui-même dès son arrivée à Constantinople, et au mjintien de la splendeur du trône dont le régent ne voulait pas « que la dignité parût diminuée pendant l'absence du mod narque » (Guillaume, moine de Saint-Denis, Vie de Suger). L’affection populaire, dont la fluctuation tient souvent à des causes moins graves, s'était retirée de l’abbé de Clairvaux auquel on reprochait ses fallacieuses promesses faites au nom du Seigneur, dont Bernard justifiait la colère par les péchés des pèlerins (De Consideratione, 1. n, apud sancti Bernardi opéra) ; et d’universel es clameurs accusaient hautement le roi, principal promoteur d’une expédition si funeste, et d’imprudence et d'incapacité. D’après l’accueil fait à sou frère par le bas peuple même, une conjuration s’ourdit pour appeler Robert au trône, et l’appui du comte du Perche (Rotrou II , d’un chancelier du roi, et même, assure-t-on, d'un autre frère de Louis VII, Henri, évêque de Beauvais, eût sans doute assuré le succès, sans la fermeté de Suger qui, d’accord cette fois avec saint Bernard et le pape, parvint à conjurer l’orage que dissipa plus tard le retour de Louis VII. C’était pour hâter ce retour que Suger reprochait noblement à son roi « de rester enchaîné sur la terre étrangère n quand son devoir était de défendre son trône ; lui montrant ses brebis à la merci des » loups, » pour désigner les barons conjurés depuis leur retour de Syrie, etc., etc. (ibid). On pourra concevoir d’ailleurs ce qu’il fallut à ce ministre de talent et d’activité pour faire marcher de front l’administration du royaume « qu’il régissait, dit son biographe, mieux » que le meilleur père de famille, » et la compression de désordres nés d une juste irritation qu’alimentait encore l’ambition de Robert de Dreux. Ce serait dans ces tristes circonstances, selon quelques indications, que le grand abbé de Saint-Denis, sacriliant ses nobles goûts et jusqu’aux précieux objets qu’il s’était complu à décrire, aurait de beaucoup amoindri le riche trésor de son église. Généreux dévoûment dont le plus fervent ami de l’art ne saurait lui faire un reproche !
« Sans admettre le ouï-dire rapporté par Eudes de Deuil, qui élevait à plus de 900,000 hommes les croisés de cette campagne, il est du moins bien constaté que plus de 200,000 y périrent.
AÜCHITECTüR£ .
timens de l'ami d’innocent II contre le champion d’Anaelet ne fui ent rien moins qu’étrangers1. Si cette diversion fut sans effet pour nos guerriers d’Occident livrés presque sans moyens de défense, par l’astuce de leurs alliés, au fer des Musulmans % la Sicile du moins en recueillit d’immenses avantages que résume Muratori, en disant {Ann. d’Ital., t. VI, p. 485) : «Aon si puo dire l immensita » délia preda d'oro, d1 argento e di vesti preziose, che ne asportarono » i vincilori Normanni . Alcune migliaia di Greci , nobili , e plebei , » donne e fanciulli , ed anche Giudei , furono condotti prigeoni in » Si cilia, e servirono a popolar molti luoghi.... » Quant à ce qu’ajoute l’annaliste que, dans sa politique, Roger s’attacha surtout à enlever de ces pays les fabricans d’étoffes de soie, pour les transporter à Palerme, sans contester ce fait, nous répéterons qu’il ne peut être admis tel qu’il est présenté, comme le premier exemple de l’introduction en Sicile de ce bel art <c da li innanzi intro- » dutta in Si cilia questa bell' arte »,• puisque, ainsi que nous l’avons dit plus haut, la date de 1 1 33 et le timbre de Palerme que porte la robe d’honneur de Roger ( pallio de Nuremberg) , prouvent qu’on protégeait ces sortes de tissus dans la capitale de Sicile treize ans avant cette expédition. Un peut remarquer d’ailleurs qu’il serait d’autant moins surprenant que cet art eût été, même depuis assez longtemps, exercé dans la Sicile, si voisine de l’Orient, qu’au témoignage de l’historien Otton de Frisingue , frère utérin de l’empereur Conrad et son compagnon de croisade, les villes à' Alméria et de Lisbonne, bien plus éloignées du grand centre de ces fabriques , étaient à celte époque « in sericorum pannopum opificio prœnobilissimœ. »
On ne saurait s’étonner de voir nos fondations religieuses ralentir leur essor sous de telles influences, et lorsque de lourds sacrifices pesaient encore sur le clergé-, aussi les Annales Bénédictines ne signalent-elles pour la France que l’érection par Hugues, comte de
i Le malheureux Louis VII reconnut, mais trop tard, la sagesse de ces conseils, puisqu’arrivé sous les murs de Constantinople, et voyant son armée environnée de pièges, il fut prêt à rétrograder pour concerter ses efforts contre les Grecs avec ceux du roi de Sicile, piojet dont l’his’orien Eudes de Deuil, témoin de tous ces faits, déplore l’abandon.
» C est ce dont conviennent même les historiens grecs, et notamment Nicétas Chômâtes {Annal., 1. i).
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van
Montfort , d’une cella sancti Imerii près de Lisieux (l. 78, c. lxxxi)-, et les autres documens n’y ajoutaient-ils que les fondations suivantes : l’abbaye d 'Hambcs , près de Coutances , par Guillaume Paynel -, celles d e Laudez, diocèse de Bourges-, de Perseigne , diocèse de Caen-, de Lapie , diocèse de Bourges, et de V auricher, diocèse de Bayeux (Gallia Christ . , p. 602, 63 2, 63y, et 656). Les fondations étrangères consistent dans les monastères de Piliers en Brabant, d ’Hagenbasch en Germanie, et de S . Severino en Umbrie {Annales Bénéd c. cy, cxii et cxvi), d ' Augia minor , près de Ravensbourg ( Gall . Cki'ist., p. 526), et dans la construction à Venise de l’église de S. Jacorno di Paludo , avec l’hôpital y attenant.
On date aussi de la même période ( 1 1 45) divers travaux importans exécutés à la cathédrale de Chartres, notamment au portail principal, et l’érection de son clocher en bois, qui fut brûlé par la foudre en i5o6, et reconstruit en pierre en 1 5 1 4 » Par JeanTexier, dit de Bauce (Mus. des mon. jranç.j t. II, p. i3i), et en Italie l’érection de la Campana maggiore de Sien 11 e ( C ic. ogna ra , Storia délia Sculpt., lib. 11, p. i3o).
1 1 47“ 1 1 4^ • — Tandis cpie tout se disposait pour l’entrée en campagne, avec les garanties de sécurité intérieure, pendant l’absence du roi, qui résultait du choix fait au parlement d Etampes de l’habile Suger et du comte de Nivernais, pour administrer le royaume I 2, le pape Eugène III, délaissant l’Italie, s’acheminait vers nos provinces pour consacrer par sa présence, comme l’avait fait Urbain II, le grand pacte religieux dont il avait ourdi la trame. Louis VII qu’il trouva à Dijon l’amena à Paris et de là à Saint-Denis, où le royal chef des croisés alla prendre, en présence du souverain pontife, le bourdon et l’escarcelle de pèlerin, ainsi que l’ oriflamme \
1 A propos de ce choix, dont la retraite de Guillaume de Nevers chez les chartreux fit bientôt retomber tout le fardeau sur Suger qui avait vainement cherché à s’en défendre, on cite ce mot de l’abbé de Ciairvaux : « Ecce duo gladii hic salis est. » Ici saint Bernard se montre meilleur prophète qu’à Vézelay.
2 Nous avons déjà montré Louis-le-Gros allant saisir cette bannière aux acclamations de ses barons sur l’autel du patron de la France, pour l’opposer aux menaces fanfaronnes de l’empereur , et nous verrons les grands successeurs de Louis VII , Philippe- Auguste , Louis IX , Jean , Charles Y et Charles VII , suivre en pareils déduits ce mémo-
2iMÏ
C’est pendant ce séjour, que ce pape consacra le crucifix d’or de Suger et l'église de Montmartre % et que notre église de Sainte- Geneviève fut témoin d’un scandale dont notre roi lui-même faillit être victime 2. Bientôt après, Louis se dirigea par Metz à la suite de
rable exemple. Quoiqu'on fasse remonter même au temps de Clovis , ou du moins à celui de Charlemagne, l'adoption de celte sorte de labarum ( Richerius , Chron. Senoniensis — Spicileg., t. III, p. 348), il semblerait résulter delà vieille charte de Saint Denis, datée du premier an du règne du roi Robert, que ce prince fut le premier qui exerça diverses libéralités vers l'église de Saint-Denis , afin qu’il cust cet honneur que de pouvoir enlever V oriflamme de l’autel de la dite église, et qu’à l’aide d'icelle il put obtenir victoire contre ses ennemis. Ici ce but ne fut nullement atteint , bien que cette bannière fût destinée surtout à être desployée contre les païens , affectation contraire à celle qui lui fut donnée, sous Louis-le-Gros en 1124, à Bérines en 1214, à Poitiers en 1356, à Rosbeque en 1382 (où par un effet analogue à celui cité plus haut, comme produit par la croix du salut, elle aurait, selon Froissait, dissipé la brume nuisible à notre armée) ; et même sous Charles VII, où Guy de la Trémouille la déploya contre ceulx de Bretagne, qui non plus que les Allemands, les Anglais et les Flamands, ne pouvaient pas, alors surtout être considérés comme des infidèles.
La description que fait de cet enseigne Guillaume Brito (Guillaume-le-Breton) au commencement du xie liyre de sa Philippide, suffît pour en donner l’idée et pour expliquer le nom qui lui fut donné :
Vexillum simplex caudato simpîice texturn
Splendoris rubei. . . .
Quod cnm Ûamma liabeal vulgariter aurea nomen.
Cet étendard de soie, couleur d’or et de feu, avait trois pointes en queue et des houppes vertes.
» La dédicace de celte église, fondée seize ans avant cette époque par la reine Adèle , femme de Louis-le-Gros, fut des plus mémorables en ce que le pape officiant eut pour diacre saint Bernard et pour sous-diacre Pierre-le-Vén^rable. L’édifice était divisé, comme furent plus tard la Sainte-Chapelle de Paris et l’église de Saint-François-d' Assise, en parties haute et basse, distinctes et superposées. L’église basse, dédiée à la Vierge et à saint Denis, était paroissiale ; celle supérieure fut consacrée à saint Pierre. Dans la solennité de la dédicace fut compris un édicule élevé à saint Denis et à ses compagnons , sur le versant de la montagne où se trouvait l’antre caverneux qui servit de refuge aux patrons de la France sans les arracher au martyre. On voit que nous aussi , nous avons nos catacombes et que notre incurie égale sur ce point celle des Romains d’aujourd’hui pour ces berceaux de leur gloire chrétienne , dénudés et rendus à l’état d’arénaires.
Ce fut en conséquence de cette fondation de sa mère qu’eut lieu, par Louis-lc-Jeune, celle de Domus regis in silva Coda (Villers-Cotterets), couvent dont Philippe-Auguste confirma la dotation Annales Bénédictines , 1. 79, c. cxcvm).
^ Un misérable tapis envoyé par le roi pour étendre devant l’autel où officia le souverain pontife fut l’occasion de ce scandaleux débat. La messe terminée, les officiers du pape enlevèrent la pièce d'étoffe, en se prévalant d’un usage que les chanoines désireux de
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Conrad, laissant le pape au sein de ses états, où il tint un concile à Reims et visita Citeaux et Clairvaux avant de retourner à Pise ( 1 1 48). L’exposition, anticipée sur la période précédente., des principales phases communes à celle-ci, de l’expédition d’outremer et du fruit que tira la France de l’accord, dans ses jours fâcheux, des directeurs de ses destins, divisés dans les jours prospères *, nous dispensant d’y revenir ici, nous notons seulement comme faits généraux applicables surtout à 1 147, qu’en cette année une autre croisade de Français et d’Espagnols, dirigée par Alphonse, descendant de notre bon roi Robert, et par le roi de Navarre, contre les Sarrasins d’Espagne, eut une issue des plus heureuses, grâce au concours des Génois et des Pisans et d’une flotte anglaise et flamande qui, faisant voile vers la Terre-Sainte, s’arrêta à l’embouchure du Tage et contribua à affranchir Lisbonne du joug des Maures, devenue dès lors la capitale d’un royaume dont la fondation, comme celle des trônes anglais et siciliens, est un titre d’honneur pour notre noble France.
L’infatigable Roger, non content de ses succès en Grèce, reporta de nouveau cette année ses armes sur l’Afrique, et soumit à sa puissance Tripoli et plusieurs états considérés dès lors comme barbaresques {Ann. d'Ital. , t. VI, p. 488).
conserver ce don royal, refusèrent de consacrer par l’abandon de l'objet en litige. Des mots on en vint aux menaces , aux coups, et le tumulte fut si grand que le roi fut frappé par les valets de l'abbaye « A verbis ad verbera itum , fitque tumultuosa inter utrosque » concerlatio. B ex ad sedandas turbas prodit , sed nulla ejus pontificisve dictis, nulla » sacro loco habita reverentia : imo inter rixantium manus regem ipsum (quod dictu » horrendum est ) pugno percussum ferunt. » Cette scène de cupidité décida l’expulsion des chanoines de Sainte-Geneviève ; des moines (nigri) les remplacèrent.
> L’appui que saint Bernard prêta à Suger , par son influence près du pape, pour apaiser la rébellion du comte de Dreux, prouve bien que les désaccords qu'on signale entre ces grands hommes , tinrent à des convictions et non aux mouvemens d'une basse rivalité. Déjà nous avons vu l'abbé de Saint-Denis , quoique puissant ministre , tenir compte humblement des apostrophes virulentes dirigées contre lui par l'abbé de Clairvaux, et , sans céder en rien sur le luxe religieux, objet d’autres attaques, réformer de lui-même un faste personnel qui le fit comparer à un satrape « dicas si videas eos transeuntes, non a patres esse monasleriorum , sed dominos castellorum ; non redores animarum, sed. » principes provinciarum » (Apologia), et rendre aussi de son plein gré son monastère à la solitude et à l'austérité, sur les démonstrations du nouveau Tertullien. La dissidence de leurs vues sur le fait dominant de la grande croisade n’altéra pas non plus leurs intimes rapports,
t. IV.
A.RCH ITECTC R£ .
Parmi les dédicaces auxquelles donna lieu le voyage d’Eugène en France, on cite celle de la cathédrale de Châlons ( Catalaunensem ) (voir les Mémoires d'Auxerre , t. Ier, p. 282) -, et celle de l’église de Fontenet (ier Foy. litt. de Martenne, p. i5o). Quant aux fondations de cette époque, elles comprennent, pour la France, l'abbaye de Lainan , soumise à Sainte-Croix de Bordeaux-, l’église dite Fontis Gehardis , près du Mans {Ann. Bénéd.,c. cl et cli)-, l’église de Marchiennes, construite par l’abbé Hugues ; les monastères de Cambron, diocèse de Cambrai, et de Javagias , sur un sol cédé par le comte de Vermandois {ibid., liv. 79, c. xxxii et xl); de Barzella, diocèse de Bourges; de F arènes et de Fons Moriniacus , même diocèse {Gall. Christ., p. 629,665, 585); et surtout l’abbaye de Barbeau, près de Melun, qu aurait fondée, avant de partir pour la Terre-Sainte, le roi Louis VII, qui y fut inhumé *. Ce prince reconstruisit en outre l’église de Saint-Spire de Corbeil, qu’un incendie venait de détruire 2. Les traces de fondations étrangères ne concer-
» Selon la tradition rappelée par Millin (Ântiquit. nation., t. II, art. xnr), cette abbaye, fondée sur le lieu dit sacer porlus, aurait été bâtie avec ie prix d’une pierre précieuse trouvée dans un barbeau pêché près de ce lieu. Le même écrivain ajoute (p. 9) que les constructions (assez restreintes cependant) exécutées sous Louis VII, attirèrent en France des ouvriers étrangers et surtout des arabes d’Espagne, qui nous apportèrent la manière de bâtir dite gothique moderne ; celte opinion ne comporte pas de discussion , l’architecture sarrasine d'Espagne de ces époques n’ayant aucune affinité avec notre style dit gothique. Cette fondation de Louis-le-Jeune est demeurée jusqu’à nos jours dépositaire fidèle des cendres de ce prince , qui n’ont été extraites qu’en 1817 (le l'église où elles furent placées par suite de la vente de l'abbaye, en 1790, pour venir prendre rang avec les royales dépouilles transférées à cette époque de la fosse commune de Saint-Denis dans le caveau affecté à ces restes qui étaient demeurés vingt-quatre ans, depuis la profanation de 1793, confondues pêle-mêle (Le Noir, Musée des monumens français, t.IV, p. 189; t. VIII p. 112 et 115 à 128). Le mausolée de ce prince sur lequel était placée sa statue peinte et dorée qui servit pour le portrait donné par Dutillet (témoignage incontestable de ce que nous avons dit de la sculpture polychrome du temps de Suger), avait pourtant subi sous Charles IX une sorte de violation de la part de ce prince qui, se trouvant a Fontainebleau, se donna le passe-temps de faire ouvrir ce tombeau et de s’emparer, par dévotion, d’une croix d’or qu’il trouva au col de ce croisé et de bagues qu'il partagea avec les seigneurs de sa cour (Mézeray).
2 Quoique la reconstruction de l’église de Saint-Spire, brûlée entre les années 1137 et 1144, appartienne certainement au règne de Louis-le-Jeune, sa dédicace n’eut lieu que près de trois siècles plus tard (en 1437); sa curieuse ornementation et notamment les stalles et miséricordes publiées par Millin ( Antiq . nation., t. Il, art. XXIJ), où l’on voit la mère
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lient que le monastère de P illarium et celui à'Alna, diocèse de Liège ( Gallia Christ ., p. 660 et 5ao)-, l’église du prieuré d’Acre, à Norfolk, Angleterre-), consacrée en 1 1 et reconstruction par le roi Roger du monastère de S. Giovanni degli Eremiti, fondé par saint Grégoire-le-Grand (Pirri, p. 1069).
On s’occupait alors également à Rome de travaux d’art, comme le constate la date de 1 1 47 du tabernacle de la basilique de Saint-Laurent hors les murs, où se lisent les noms ÔÜ Angélus, de Johannis Peints et de Paulus marmorius.
1 i49-h5o. — Quoique de retour en Italie, Eugène III n’y avait pas encore reconquis son siège, et ce fut encore à Roger, dont ce pontife implora l’aide, qu’il dut d’entrer à Rome 1 en 1 1 49? qu’il quitta de nouveau pendant deux années, pour laisser à la sédition le temps de s’amortir, comme il advint de fait. Il faut avouer aussi que la funeste issue de l’expédition d’Orient provoquée par ce pape et par son maître, saint Bernard, ne put qu’alimenter ces discordes, en ôtant tout crédit aux pompeuses promesses émanées de ces deux pouvoirs, contre lesquels dut prévaloir alors l’éloquence schismatique d’Arnaud de Brescia.
Tandis que le roi de Germanie, honteux de sa défaite, cherchait à la faire oublier en concertant avec l’empereur grec une expédition contre Roger qui, maître de Corfou, s’y voyait menacé par une flotte de mille navires, à laquelle s’était jointe celle des Vénitiens, commandée par le doge , le fidèle compagnon d’armes de ce prince, notre roi Louis VII, embarqué plus tard pour la France, devint le pri-
Sotte, des rats rongeant la boule du monde, etc., doivent même dater d’une époque postérieure à cette dédicace. On trouve un témoignage de la rapidité avec laquelle s'opérèrent de nos jours les dévastations et l’anéantissement des monurnens des arts, dans cette remarque de Millin ( Voyage dans le Midi de la France, t. Ier, p. 20) que passant à Corbeil en 1807, il n’y rencontra plus aucun des objets qu’il avait décrits dix-sept ans plus tôt, « la châsse de saint Spire avait été fondue, les si ailes et miséricordes brûlées ou brisées, et le tombeau d lngelburge, femme de Philippe-Auguste, qui avait fait bâtir l’église de Saint- Jean- en-l’Isle, avait également disparu de cette commanderie. » Il ne reste aujourd’hui de remarquable a Saint-Spire que la statue du comte Aymon.
1 Eugenius papa Tusculanum ingressus fultus auxilio Rogerii regis, Romanos sibi rebelles expugnat ( Anon . Casin. rerum itnl., t. V).
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sonnier du nouvel allié de Conrad et ne dut sa délivrance qu’à la flotte du même Roger 1 . Conduit près du roi de Sicile par son libérateur, l’amiral Georges Antiochenus 2, Louis en fut noblement accueilli et put, en passant par Tusculum où il trouva le pape, gagner paisiblement ses états, dans lesquels il rentra par Saint- Gilles 3.
Lorsque ce prince, ravi de retrouver son trône, exprimait hautement sa satisfaction au ministre qui le lui conserva en lui décernant le titre de père de la patrie , Suger, que l’intérêt de la religion touchait bien plus que de vaines grandeurs, après s’être opposé à la première entreprise qu'il jugeait inutile alors, en méditait une autre, pour venger l’affront fait aux armes de la France, et pour affranchir les saints lieux du sort dont les derniers succès des musulmans lui semblaient être le présage. Mais ce courtisan du malheur, qui eût porté le dévoûment jusqu’à diriger en personne cette nouvelle expédition, n’en put faire que les apprêts et mourut en les ordonnant f' .
« Cette circonstance de la captivité du roi de France par la flotte des Grecs, au milieu de laquelle Userait tombé en se rendant de Ptolémaïs en Sicile, a été mise en doute et même niée par plusieurs de nos historiens ; mais Muratori les combat sur ce point par les témoignages de nos anciens historiens « abbiamo storici antichi baslevoli ad assicurarcene » (Annali d’Ilal., t. VI, p. 492).
2 C'est le célèbre amiral , grec de nation, à qui l’on doit l’église sicilienne de l’^mfraglio, nommée plus tard la Marlorana. Après avoir bravé Manuel Comnène jusque dans son palais de Constantinople, dont il ravagea les jardins, emportant leurs fruits comme trophée, il se portait avec soixante navires au secours de Corfou qu’assiégeait l’empereur en personne, lorsqu’ayant rencontré la division de l’escadre grecque, qui conduisait Louis VII à Manuel, il l’attaqua, la défit et eut la gloire de délivrer notre prince.
3 Nouveau témoignage de l’adoption de l’itinéraire déjà cité dans toutes les communications de l'Orient et de l’Italie avec la France, car par Saint-Gilles, qui ne fut jamais un port , on doit entendre Aigues-Mortes, qui du moins communiquait avec la mer et d’où saint Louis partit au siècle suivant pour une nouvelle expédition en Terre-Sainte. Pourquoi faut-ii que le souvenir du débarquement au même lieu de son aïeul qui, parti avec 150,000 croisés , rentra avec 200 chevaliers , n’ait pas servi de leçon à ce grand prince !
Ce retour de Louis VII et de ses chevaliers après deux ans de séjour en Orient, après avoir visité sans doute les principales magnificences architecturales élevées par le roi Roger, ne dut pas être sans influence sur nos arts de ces époques, fort rapprochées d’ailleurs de celles qu’on assigne communément a nos grands portails sculptés, en style grec mélangé, de Saint-Gilles et de Saint-Trophime, comme nous le dirons, pour ce dernier, sous 1152.
4 Son projet rencontra moins de sympathie que celui de saint Bernard ; était-ce une raison pour tpi’ *1 n’eiV pas un meilleur sort ? Déjà la sagesse de Suger était occupée de sub-
ARCHITECTURE
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Si la France, ainsi échappée aux convulsions menaçantes que l’annonce du grand désastre faillit convertir en révolte, jouit du calme après l’orage, il n’en fut pas ainsi des états d’Italie et delà Lombardie surtout, où la frénésie des combats s’alimentait par leurs chances funestes 1 , où des luttes sans but de cités contre cités prolongeaient cette ère de troubles, bien exclusive assurément du repos à l’ombre duquel prospèrent seulement lessemences intellectuelles 3 .
L’Angleterre, restée aux mains du roi Etienne, fit alors (i i5o) une perte qu elle ne répara que trop tôt. Henri Plantagenet, fils aîné de Geoffroi , fut investi par notre roi de cette Normandie qu’avait conquise et qu’occupait son père, moins le Yexin normand et notamment Gisors, acquis dès lors à notre France. On date de cette époque la construction dans ce royaume de l'église de Saint-Fridewede (aujourd’hui l’église du Christ, à Oxford), qui fut terminée en 1 180.
Quant à la Germanie, son allure routinière pendant l’absence et au
retour de Conrad semblerait constatée par la fondation, dans cette
période, de deux monastères d’hommes et de celui de femmes, dus à
Bernard de Paderborn, et de celui d 'Ossenbach, diocèse de Mayence
[Ann. Bènéd ., 1. 79, c. lxxviil et cxix). Ces Annales se taisent sur
venir aux besoins de la campagne par l’envoi, aux chevaliers du Temple, des produits importans de son épargne personnelle, comme administrateur de sa riche abbaye. Pas de doute non plus qu’éclairé sur les procédés grecs, il n’eût mis son appui dans le bras de Roger , qui faisait trembler eet empire, et dont un concours énergique et opportun eût servi les projets et consolidé par suite la domination des Latins.
Suger se disposait, par une invocation directe sur le tombeau de saint Martin de Tours, à ce plus grand pèlerinage, quand l’atteignit la maladie à laquelle il succomba le It^janvier 1151 , non sans avoir pourvu à ce que son projet ne fût pas un vain rêve.
■ Ces hargneux Milanais, que nous verrons plus tard payer bien chèrement leur valeureux patriotisme , subirent cette année (1150) un bien cruel affront dans une lutte avec Crémone. Leur arche sainte de ces temps , ce carroccio que nous avons décrit comme ayant la mission de rallier les combattans à l’image du Christ, surmonté de la bannière communale , resta la proie des Crémonais à Castelnuovo, sans que ses défenseurs, vaincus par ce fait seul, soient parvenus à le reprendre, malgré tous les efforts qui, ce cas échéant, signalaient sur ce point l'acharnement des troupes.
2 On voit encore ici de ces ligues acharnées qui devaient désoler les plus belles provinces. Rossi nous montre ( Hist . de Ravenne, livre 5) Bologne et Faenza combattant Imola unie avec Ravenne et Forli ; et les annales de Plaisance signalent le sanglant échec que le peuple de cette ville reçut de* Parmesans et des Crémonais au siège de Tabiano. Quelle culture d’art aurait pu résister à de pareils orages 1
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la participation de la France au même mouvement religieux, mais la Gallia Christiana y supplée en citant : Aubepierre , diocèse de Bourges (p. 620) -, Boulencourt, diocèse deTroyes (p. 537)-, Longum Ledum , près de Vendôme; Longuy , diocèse de Langres(p. 6o5), et de Pétris, diocèse de Bourges (p. 633). On peut joindre 5 ces fondations françaises celle de l’abbaye de Prdlon , due à saint Bernard (ier Voy. litt., p. 147) 1 ; l’église de l’abbayede Prémontré, diocèse de Laon, construite vers ce temps par Hugues, l’un des compagnons de saint Norbert (fondateur en 1 1 2 1), avec tant d'art et de sagesse (dit Guibertde Nogent, Appendice , p. 55o), quelle passait pour une merveille du monde ; l’église de V aucelles (Gambresis), selon M. Wilbert (p. 210); l’église de l'abbaye de Grammont , dont maître Gérard passe pour avoir été l’ordonnateur et le principal architecte (Martenne, ampl. col/., t. VI, p. 1073); une nouvelle église à Clairvaux , vaste et bel édifice ( Iiist . litt. de la Fr., t. IX, p. 221); PHôtel-Dieu de Troyes, qui, fondé en 1 1 49? fut brûlé en 1188 (Courtalon, t. II, p. 177) ; et même la construction dans ses parties principales (les trois voûtes de la grande nef) de la belle cathédrale d’Angers, par l’architecte normand de Doué. On remarque aussi, comme contraste avec l’abandon de ces 'œuvres dans l’Italie centrale, qu’en Sicile, et malgré les dispositions belliqueuses de Roger, les fondations pieuses tendaient toujours à se multiplier, car c’est de ii5o qu’on date la fondation du monastère de la Trinité de Palerme, dit communément la Magione, par Matteo, qui fut plus tard chancelier de Guillaume II (Pirri, t. II, p. i34o) 2.
d’église de Saint-Isidore de Léon (Espagne) fut consacrée en 1 1 49 j on la reconstruisait depuis io63. La pierre tombale de l’architecte porte cette épitaphe : « Ilic requiescit Petrus de D eus » qui supercedificavit ecclesiam hanc. »
1 Saint Bernard s’y rendait souvent pour soutenir les religieuses dans les voies qu’il leur avait tracées. Les bénédictins y virent le calice avec lequel officiait ce savant, et divers orn -mens, dont une aube ornee de broderies qu on disait avoir été a son usage.
2 Ce doit être le ntèrne Magione, désigné sous le nom d Amiral, qui construisit, dans la forme grecque aussi , l’église de S.-Calaldo, dont M. Serra di Falco donne le plan (pl. xxv).
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i i5i-i i5a. — Ouverte par la mort de Suger, qui laissait sans direction un prince qui, plus que jamais, aurait eu besoin des conseils de sa sagesse, cette période fut d’autant plus fatale à la France, que la mort (septembre i i5i) du duc de Normandie, comte d’Anjou, du Maine et de Touraine, Geoffroi Plantagenet, vint ouvrir à son fils Henri une succession qui bientôt absorba nos plus riches domaines % et créa un terrible compétiteur à nos rois. En proie aux tourmens domestiques, fruits d’une union mal assortie et de l’aversion de la jeune reine pour les habitudes monastiques de son époux, Louis VII, las de ronger son frein, se prêta de grand cœur au moyen de le rompre, et formulant une requête où se trouvait le désaveu de la lignée qui viendrait de la reine (il en avait déjà deux filles), il vit (mars i 102) le concile national de Beaugenci faire droit à cette demande, mais par d’autres motifs, les nœuds de parenté 2 dont excipait Eléonore, non moins empressée que Louis de conquérir la liberté. Ce fut alors un singulier spectacle que celui qu'offrit à la France le concours des hauts prétendans au démembrement de ses domaines : mais vainement les plus osés, Thibaut, comte de Blois *, et ce Geof-
» Ce duc n'avait constitué comme dot à son aîné ses états héréditaires continentaux, que sous l’expresse stipulation que, s’il entrait en possession delà couronne d’Angleterre, ses provinces françaises appartiendraient à son frère Geoffroi ; mais les premiers efforts que fit ce dernier prince pour conserver au moins l’Anjou furent si malheureux, que dès lors Henri n’entrevit plus d’obstacle à ses projets ambitieux. La bataille de Monsoreau et plusieurs autres défaites successives sapèrent donc son pouvoir dans ses racines (voir Mathieu Paris, an 1151).
Plus tard (1156) Geoffroi, revendiquant à main armée l’exécution du testament de son père, devait compter sur l’appui de son suzerain, Lous VII ; mais la déférence obséquieuse qu’Henri témoigna alors à notre roi fit pencher la balance ; et le malheureux Geoffroi, à qui son frère enleva jusqu’à sa légitime (quelques forteresses, dont Chinon , que lui avait données son père), fut réduit à accepter une sorte d’aumône. Tel avait été à peu près le sort du frère aîné d’Henri Ie>\
^ Celte prétendue parenté remontait à Ilugues-Capet et semblait bien prescrite par six générations; mais, aux termes du droit canonique, la prescription ne s'acquérait qu’à la septième. A quoi tinrent alors les destinées de la France? Mabillon combat par les dates l’assertion deBaronius qui impute à Suger ce fatal divorce « quod consanguinitatis prœ lexlu factum est ».
3 En quittant Beaugenci pour se rendre en Poitou, Eléonore, passant par Blois , se vit prise à un premier piège ; Thibaut, second fils de Thibaut-lc-Grand, mort récemment, se trouvait alors investi des comtés de Blois et de Chartres. Ne trouvant pas ce morceau de
VRCHIÏECTUKK.
froi d’Anjou, inhabile à garder la province qu’il possédait, mirentils en usage et ia force et la ruse. Ce fut au frère du dernier, au duc de Normandie, déjà si bien pourvu par le testament de son père, que la princesse échut en lot et vint, par un marché consenti, diton , à l’avance, apporter à ce duc un tribut de pouvoir bien propre à compenser le désaccord de l’âge (iget 33 ans). Fier d’un tel hyménée qui plaçait sous ses lois, outre lesétats paternels, le Poitou, laSaintonge, l’Auvergne, le Périgord, la Guyenne, l’Angoumois, le Limousin, la Gascogne, et même laBretagne, Henri, après avoir forcé Louis, qui menaçait son duché Normand, à solliciter une trêve, courut à de nouveaux destins (fin de 1 102), et vit bientôt après couronner ses efforts par la garantie qu’il reçut de l’assemblée des grands du royaume, fatigués du passé et effrayés de l’avenir, de posséder le trône anglais à la mort du roi Etienne et à l’exclusion de son fils Guillaume *.
Que pouvait opposer à cette fortune soudaine, à cette héroïque activité, un prince déconsidéré par les revers de la croisade, dépourvu par le même fait des moyens d’assurer le succès de ses armes, privé du grand appui que lui prêtait Suger, comme aussi du con-
roi trop indigne d’un jeune comte, il se posa en prétendant, et ne pouvant faire agréer son offre , il méditait un mariage forcé , quand la reine, avisée qu'on userait de violence en l’enfermant dans le château , parvint à échapper à cette embûche ; mais ce fut pour tomber dans ur.c autre que lui tendit dans les mêmes vues Geoffroi d’Anjou, alors en Touraine; le plan d’enlèvement disposé sur la Loire ayant été déjoué par un avis secret (la Chronique de Tours en attribue l’honneur à l’ange gardien de la princesse), Eléonore rompit la piste et gagna par d’autres chemins pratiqués où la présence d’Henri fixa sou choix, peut-être fait d’avance, et que vit consacrer Chinon, moins de trois mois après le divorce.
■ Les barons Anglo-Normands , qui n’avaient appelé Etienne au trône que pour ne pas paraître avoir été convoqués par Mathilde, et qui malgré les qualités de ce prince français, voyaient l’état en proie aux déchiremens féodaux et aux usurpations de la cour de Rome, n’attachaient pas assez de prix au maintien de sa dynastie pour livrer leur repos et leur bien aux chances d’une nouvelle guerre. L’union à leur royaume du vieux duché normand et les vastes possessions continentales d'Henri flattèrent d’ailleurs leur orgueil. Les dehors prévenans et la vaillance du jeune prince qui s’était fait connaître en traversant l’Angleterre pour aller se faire armer chevalier par son oncle David, roi d’Ecosse, ajoutaient encore au prestige; aussi s’accordèrent-ils pour réduire le pauvre Etienne à l’usufruit de sa couronne, dont la convention de novembre 1153 accorda la survivance à Henri. Le fils d’Élienne redevint alors comte de Boulogne , comme devant.
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cours qu’il eût trouvé naguère encore dans l’expérience et la valeur éprouvée des compagnons d’armes de son père, Thibaut-le-Grand et Raoul de Vermandois *, et ne pouvant d’ailleurs imputer qu’à luimême l’arrêt qui vint le dépouiller des plus beaux fleurons de sa couronne pour orner celle d’un rival? Aussi, malgré tous ses efforts, Louis ne parvint-il qu’à obtenir l’hommage du duché d’Aquitaine, parle traité d'août ii54? bientôt suivi de la mort du roi Etienne (24 septembre suivant), qui vint mettre le comble à la prospérité d’Henri, passé en trois années du titre d’héritier du comté d’Anjou au rang des plus puissans potentats.
Les fruits qu’Eugène III recueillit de son accord avec les Romains (1 1 5 2) n’allèrent pas jusqu’à lui rendre l’exercice absolu du pouvoir, car le sénat siégeait encore lorsque ce pontife mourut (juillet 1 1 53) -, mais il lui fut donné du moins de signaler dans sa capitale et ses vertus et son goût pour les arts, en y construisant des palais 2. Sa position y fut d’ailleurs fâcheuse, car lorsque d’une part sa gratitude pour Roger lui faisait un devoir de rester fidèle à ce prince, de l’autre il se trouvait contraint de condescendre aux projets de Gonrad qui, pour exécuter son pacte avec Manuel Comnène, prépa-
1 Lecomte de Champagne , de Brie, de Chartres et de Blois, Thibaut-le-Grand, qui joua un rôle actif et souvent hostile sous le règne de Louis-le-Gros , mais que nous avons vu se rallier franchement sous l'oriflamme, quand la France fut menacée, était mort en janvier 1152, laissant ses états à trois lils. Raoul de Vermandois, l’ami, le compagnon, le suc cesseur d’ Hercule , pour purger les antres féodaux , survécut peu à ce rival de puissance et de gloire, son ennemi personnel de guerre civile éteinte par l’incendie deVitry. Ces pertes successives, jointes à celles de Suger, furent alors d’autant plus regrettables qu’à défaut de grands capitaines, on avait vu notre armée d'Orient confier ses destins à un simple chevalier, et que, malgré quelques prouesses personnelles, Louis-le-Jeune était bien loin de posséder les grands talens et la fermeté d'âme dont son père Louis VI et son successeur Philippe II avaient fait preuve en pareille occurrence. Tout semblait donc alors concourir à l’abaissement de la France.
1 Le cardinal d’Aragon dit expressément, dans la vie d'Eugène III , que ce pape construisit un palais près de Saint-Pierre, sans doute en remplacement d’un de ceux démolis dans la sédition meniionnée plus haut, et un autre à Segna, où il résida souvent. Il ajouta en outre un portique de huit colonnes de granit, encore debout, à la basilique Liberiana (Sainte-Marie-Majeure), et fit exécuter aussi la mosaïque de la frise de la façade de la basilique de Sancta Maria in Transtevere, qui représente les dix vierges sages (travail terminé au XlVe siècle par Pietro Cavallini, et restauré sous Nicolas V). On se louait d’ailleurs de sa libéralité et de ses efforts pour assurer le bonheur du peuple,
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raitune expédition militaire contre le roi de Sicile et allait s’acheminer vers Rome pour y ceindre la couronne impériale, quand la mort l'atteignit à Bamberg (février 1 1 5s). C’est cette mort imprévue, au moment d’une grande entreprise, qui plaça sur le trône de Germanie le célèbre Frédéric Ier 1 qui, sous le nom de Barberousse (OEnob ardus'), a laissé un si grand nom dans F histoire par son énergie belliqueuse et farouche, unie aux goûts du troubadour 2. L’avènement de ce prince ne changea rien d’ailleurs à la perplexité d’Eugène qui, forcé d’implorer son aide contre les prétentions du sénat, dut s’unir à Robert, ce comte de Capoue, dépouillé sous Innocent II, qui demandait justice contre Roger ( Otto Frising., frid. I, 1. xi, c. vu, p. 703).
A part la fondation mentionnée plus haut comme faite en ii52 par Louis-le-Jeune, du couvent de Villers-Cotterets, les Annales Bénédictines gardent sur toutes les créations de ce genre un silence auquel supplée la Gallia Christiana par les mentions suivantes : monastères de Campnnia , diocèse de Caen, fondé par Foulques Rebouillé (p. 54o) -, de Loz ( Laus bealce Marice ), diocèse de Tournai (p. 602); S -Petrola, diocèse de Périgueux (p. 634), et de Vauladouce, diocèse de Langres, par Manassi (p. 654) '■> mais ce qui signalerait bien mieux encore les grands travaux de cette époque, ce seraient les nombreuses fondations commencées dès lors par Henrile- Large, comte de Champagne, fils aîné de Thibaut-le-Grand, mort récemment et enterré à Lagni-, fondations qui comportent treize
■ L’élection du jeune Frédéric, duc de Souabe, fut faite sur la désignation de son oncle Conrad, au préjudice du propre fils de ce dernier prince, trop jeune alors, et dans la vue de concilier les factions Guelfe et Gibeline auxquelles Frédéric appartenait également comme petit-fils du Gibelin Henri V, et comme neveu, par sa mère, de Guelfe VI, duc de Bavière, en meme temps qu’il était cousin d’Henri-le-Lion, autre chef de la maison Guelfe. Mais la trêve fut temporaire, et, à la mort de Frédéric, l’acharnement des deux partis s’accrut de tout l’amas de haines que sa présence sur le trône avait forcé de concentrer.
= On attribue l’honneur d’avoir soumis ce prince tudesque au joug de nos cours d’amour, à Raymond Bérenger II, qui, venu à Milan pour épouser Richilde, parente de ce prince, dont il reçut en meme temps l’investiture des terres d’Arles et de Piémont, avait, conduit à sa suite des poètes provençaux ; les talens dont ils firent preuve inspirèrent à Frédéric le désir de participer aux joutes du gai-savoir, ce qu’il fil avec succès, témoin les poésies provençales que Nostradamus cite comme œuvres de cet empereur.
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églises et autant d’hôpitaux (Courtalon , Topog. de Troyes, t. Ier, p. 60). Ainsi, tandis que le second frère de ce prince, le comte de Blois et de Chartres *, cherchait à s’assurer par un vrai guetapens la dot échappée à son roi, et poursuivait de ses violences l’exreine de France, future souveraine d’Angleterre, type de la fiancée du roman , son aîné consacrait sa portion d’héritage aux splendeurs de l’église et au soulagement de l’infortune, sans négliger, comme on verra plus loin (août 1 168) la culture des arts, prouvée du moins par son riche mausolée.
Sous ce dernier rapport, cette période-ci serait déjà des plus remarquables si, comme tout l’indique, on doit dater de 1 i52 notre portail couvert de sculptures de Saint-Trophime d’Arles et l’élégant baptistère de Pise. Nous n’avons, il est vrai, pour la constatation de la date du premier de ces monumens, que des mentions traditionnelles rappelées par Millin a et par Eméric-David 3 -, mais la Pisa
» Thibaut avait divisé ses états en trois parts, qui n’en constituaient pas moins un fief unique, dont l’aîné rendait au roi l’hommage qu’il recevait de ses frères. On appelait ce mode de possession frèrage.
= En mentionnant {Voyage dans le Midi delà France , t. III, p. 584, 588) que ce fut en 1152 que Guillaume de Montrond, archevêque d'Arles, fit porter le corps de Saint- Trophime dans son église qui était dédiée à Saint-Etienne, Mi lin assigne la même date à l’érection du portail dont il donne l’aspect (pi. jlxx). Cette tradition n’est pas admise par un archéologue instruit, M. Clair, qui, dans un ouvrage remarquable sur Arles, s’autorise de la forme de la mitre de saint Trophime, dans l’une des sculptures du stylobate, pour reporter au XIIIe siècle l'exécution de celte immense devanture; mais ce contrôle consciencieux ne repose pas sur un fait tellement absolu et incontestable qu’il puisse suffire pour mettre à néant non seulement les traditions locales, mais les déductions archéologiques tirées des rapports de style de ce portail avec ceux de Saint-Gilles, de Saint- Laurent de Gênes, etc., et du contraste qu’offrirait cette décoration romano-byzantine avec d’autres portails également ouvragés de l’époque que le rigoureux contrôle, par la mitre, viendrait assigner à cette œuvre. Telle paraît être aussi l’opinion de M. Mérimée, qui, après avoir dit que, « quoique l’ornementation de cette façade soit toute byzantine, » on observe dans quelques parties une imitation de l’antique, etc. » (ce qu expliquerait le concours d’artistes siciliens familiers avec ces deux styles), ajoute : « M. Ànnibert fixe » l’érection de celte façade à l’année 1154 (deux ans seulement plus tard); cette date est » probable et convient d’ailleurs au clocher, et par conséquent à la partie de la nef qui »> est de constiuction primitive ( Notes d’un voyage dans le Midi, p. 290).
3 Eméric-David dit ( Essai sur la Sculpture, p. 49) que ce portail fut terminé en 1152, sous l’archevêque Guillaume de Montrond.
Le mélange des formules architectoniques romaines et byzantines, et le style grec dégé-
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illustrata, par Morana, nous donne sur le baptistère de cette ville, qu’on trouvera compris dans noire planche (r* de la ire série), cette constatation positive « ebbe incominciamento il nostro tempio nell' agosto delT anno 1 1 5 let 1 153, stile pisano » 5 en ajoutant que Vasari porte cette date à 1060, le mélange du style d’ornementation ogivale à l’arcature ronde, aux chapiteaux historiés et autres formules romanes surmontées de frontons aigus, de crochets, etc., dénote évidemment un remaniement datant, dit-on, du XIVe siècle, postérieur à la fondation bien constatée d’ailleurs par les inscriptions *.
1 1 53— ï 1 5 4- — La mort de saint Bernard à 63 ans (20 août 1 153), survenue presque immédiatement après celle de son élève Eugène III (y juillet), devenait un fait sans portée et même sans retentissement,
néré des sculptures et même des figures, malgré leur costume romain, dont les sculpteurs avaient tant de modèles sous les yeux dans les innombrables sarcophages en place alors dans les Ëliscamps de cette ville , ne peuvent qu’appuyer nos conjectures sur le concours de l’art greco-sicilien dans ce grand travail. Qu'on se rappelle d’ailleurs ce que nous avons dit, et prouvé, des communications de la Sicile avec la France par Aigues-Mortes et Saint-Giles, ville située à quelques lieues d’Arles, et surtout te retour, récent alors, par cette même voie, de Louis-le-Jeune, qui venait de visiter, avec les débris de sa chevalerie, les états du roi Roger, où devaient se produire des sculptures analogues, comme en témoignent les débris du cloître de Céfalu, et, pour une époque prochaine de trente ans, les 200 chapiteaux variés de celui de Monréale.
« Il existe sur la date de cette fondation, dans les chroniques de Pise, quelques différences inhérentes, soit à Y ère pisane, selon la remarque de Moronna, soit à la nature même de ces travaux qui n’aboutissent pas de plein jet, soit encore, comme on peut souvent le re^ marquer, au point de départ de l'année qui n’est pas toujours le même pour les chroniqueurs <ie diverses époques; ce qui fait, par exemple, qu’on rencontre dans les citations hu toriques beaucoup de contradictions apparentes, sans importance, lorsqu’elles n'accusent que le chevauchement d’une année sur l’autre. Une de ces chroniques porte : « Anno » 1 154, — ■ Fundatusest primas gyrus ecclesiœ S. Johannis, Cionetto Cionetti et Eniuco » canceleari operariis (administrateurs de l’œuvre) existentibus ; » or, une inscription qu’on lit sur un pilier porte la date de 1153, « mense Àugusti, » et une autre, ces mots : « Diotisalvi magister hnjus operis, » ce qui précise la distinction qui existait entre le maître et les administrateurs de l’œuvre, qui peut être fondée et commencée en 1152 ou 1153, selon que le maître de l’œuvre et le chroniqueur auront fait partir l’année (de Noël ou de Pâques), sans que la date de 1154, apposée par les administrateurs implique une contradiction réelle. Les magnifiques fonts baptismaux, qu’on voit encore dans l’église de S. Frediano de Lucques, et dont les sculptures ont quelque analogie avec celles de Saïnt-Trophime, portent cette dernière date (1154) avec ces mots : « Robertus » magister. »
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au milieu des complications politiques qui agitaient la France, l’Angleterre, la Germanie et l’Italie aussi, où Barberousse allait ouvrir ses terribles campagnes. Des plaintes contre le despotisme des Milanais, formulées par des habitans de Lodi qui se trouvaient à Constance tandisquece prince y tenait une diète, hâtèrent son départ. L’énergique expression de la douleur de ces organes, sans mission cependant, d’une population autrefois libre, mais courbée depuis quarante-deux ans sous l’esclavage d'un peuple voisin, émut tellement, dit-on, le nouveau roi de Germanie que, s’érigeant en redresseur de torts dans une juridiction dépendant de sa couronne, il somma par un envoyé les consuls de Milan, d’avoir à rendre aux Lodisans leurs anciens privilèges. L’accueil fait à cet ordre souverain par la population milanaise décida de sa destinée. Frédéric, dont l’inflexible sévérité s’était manifestée le jour même de son couronnement, dans un appel à sa clémence ( Otto Frising ., 1. II, c. m, p. 701), sachant que son rescrit avait été foulé aux pieds et qu’à l’outrage on avait joint la menace, se promit d’en tirer vengeance dans l’expédition déjà projetée pour conquérir la couronne impériale , en reconstituant l’autorité du pape, et pour porter secours au prince de Capoue et aux barons de Pouille contre l’usurpateur de leurs droits. Ce fut au mois d’octobre 1 154 que ce jeune prince, doué des talens, de la valeur et de la fermeté d’âme qui présagent les grandes renommées, parut sur les rives du Pô (près de Plaisance) avec une armée formidable, préludant toutefois au rôle de guerrier par celui de médiateur, en assemblant les comices d’Italie ,. Ennemi, par état, de cette indépendance dont se prévalait chaque bourg, et de ces innombrables républiques dont les prétentions et les longues discordes n’avaient abouti jusque-là qu’à des déchiremens qui menaçaient l’unité du royaume , ou tendaient à briser ses liens de soumission , Frédéric,
» Lors de l’arrivée de Frédéric à Roncaglia, les députés des villes d’Italie vinrent, suivant l'usage, lui offrir des hommages et des présens. Muratori ne cite que ceux des Génois, consistant en « lioni, struzzoli, papagalli ed allri pretiosi regali di Levante. » Des lions, des perroquets formaient un singulier présent pour un prince qui entrait en campagne. Déjà les Lodisans lui avaient envoyé une clé d’or en signe de remise à sa garde, et les Milanais une coupe d’or remplie d’argent qu'ii refusa, ainsi que le tribut que cette ville lui offrit lors de sa marche sur Novarre.
après avoir reçu Pexpression des regrets des consuls de Milan et prescrit un désarmement qui laissait du repos aux provinces voisines, soumit ces consuls même à une dure épreuve , en se faisant guider par eux sur le sol de leur république, dans la direction de Novarre, où l’appelaient d’autres intérêts-, car le défaut de vivres et la fuite précipitée des populations à l’approche des Allemands, qui n’observaient aucune discipline, semblèrent justifier de la part de ce prince une dévastation qui décida les Milanais, après de vains efforts pour calmer sa colère, à se constituer en état de défense.
Mais lorsque Frédéric préludait ainsi à ses autres projets, qui semblaient devoir renouveler la lutte de Lothaire et de Roger de Sicile , ce dernier venait de succomber (février 1 1 54), encore plein d’avenir (à 58 ans) * , laissant son trône à son fils Guillaume, qui ne se montra digne héritier du grand roi que par son goût pour l’architecture
Sur ces entrefaites, Henri II, en ceignant la couronne d’Angleterre que la mort d’Etienne (septembre 1 1 54) venait de lui léguer, consommait, par ce fait, l’abaissement relatif de la France, dont le roi, nouvellement pourvu, mais à titre purement gratuit, d’une autre épouse (Constance, fille d’Alphonse VII, roi de Castille et de Léon), allait, sous prétexte d’un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, remonter à la source de bruits qui impliquaient l’illégiti-
> Nous avons déjà cité quelques fragmens du panégyrique que fait l’historien de Naples, Giannone, en parlant (t. Il, p. 221) des magnanimes entreprises de ce prince vraiment grand et glorieux, l'un des plus puissans et des plus grands rois de la terre, la terreur à la fois de l’Orient et de l’Occident, et qui sut faire surgir, au milieu de ces deux puissans empires, et malgré leurs efforts, un royaume des plus prospères, etc. Ajoutons ici à l’appui de ce que nous avons dit de l’influence réciproque que durent exercer, dans les arts comme dans les lettres, les relations continuelles de nos Normands de Sicile avec leur mère-patrie, le passage suivant de cet éloge fondé sur des témoignages historiques et bien désintéressés sans doute de la part d’historiens assez peu soucieux de la gloire de la dynastie des Normands : « Egli provido di consiglio, e valoroso nelle « arrni, uso non men somma costanza nell'avversa fortuna, che moderazione nella » prospéra amicissimo non meno d’uomini valorosi nelle armi che nelle leltere, che » sin da’remoti, e lontani paesi fattigli a se venire ^'exemple de Hugues Foucauld le » prouve), gl’innalzo a' primi onori del regno. Egli saggio facilore di nuove leggi go- » verno con somma giustizia i suoi stati. Careggio ed amo sommamente, i Francesi, » traendo di Francia, i suoi majori il legnaggio, etc. »
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mité de la naissance de la nouvelle reine INl’aurait-on pas pu dire dès ce temps de ce prince : « quil est impossible de perdre plus tranquillement un royaume » ?
Louis YII cependant s’entremit cette année même (ii54) pour apaiser un différend qui était plus de son ressort que le maintien de la dignité de sa couronne, en réglant à Moret (ou du moins dans un bois situé près de cette ville) les indemnités dues à l’abbé de Vézelay, pour les dégâts commis dans les nombreux assauts qu’avait subis ce monastère, tant de la part du comte de Nevers que de celle
» Roger, qui avait eu tant de femmes, légitimes même, ne laissa de ces dernières qu’un seul fils qu’il associa à son trône (en 1148) pour lui apprendre l’art de régner, tout en reconnaissant qu'il ne pouvait compter sur un digne successeur. En effet, le premier soin de Guillaume Ier fut de déverser du mépris sur les grandes conceptions de son père, de vouer à l’exil ses meilleurs officiers, de s’affranch r de tous soins en remettant le timon des affaires à Majone de Bari, fils d'un marchand d’huile, qu’il nomma grand-amiral, et de rompre toutes relations directes avec ses barons, qu’il s’aliéna par cette conduite. Son choix d’ailleurs pouvait être pire, d’après le portrait que Gianonne nous trace de Majone, qui fut d’ailleurs merveilleusement secondé par l’archevêque de Palerme, Hugues, prélat ambitieux et habile « pronto, e vivace ingegno, ed abile a qualunque più dura , e » difficile impresa : assai facundo nel dire , dolato di liberalità regia, simulatore, e » dissimulator e, esperlissirno , ed avidissimo di dominare, etc. » (t. II, p. 226). Nous verrons ce ministre à l’œuvre, et nous aurons à déplorer sa triste fin et le sort qu’il prépara à son prince.
Le successeur d’Eugène III, Anastase IV, refusa de reconnaître à Guillaume le titre de roi, parce que son couronnement (Fâques 1154) avait eu lieu sans l’autorisation préalable du Saint-Siège. Adrien IV, qui succéda à Anastase, se montra moins rigide.
Les historiens de Sicile, et notamment Romuald, tout en rendant témoignage de quelques qualités, surtout de la valeur dont Guillaume 1" fit preuve à la guerre, conviennent que sa nonchalance et son dégoût des affaires, joints à son avarice et à sa cruauté, en firent dans la paix un prince méprisable. Il vivait habituellement entouré de femmes et d’eunuques, dans une sorte de sérail, qu’il ne quittait que pour visiter les bâtimens qu’il se plaisait à construire; désireux de surpasser sous ce rapport son père, dont la magnificence, à part encore ses édifices religieux, brillait alors dans ses palais de Favara et de Mimnerme <t Bex autem familiares suos prœmunerat , ut nihil eo quod mœstitiam, aut » sollicitudinem posset ingerere, nunciarent, ac se lotum deinceps voluptati devovens, « cœpit animo laliùs vagari, cogitans ut quia pater ejus Favaram, Mimnernum, alia~ » que delectabilia loca fecerat, ipse quoque novum palatium construere, quod commo- » dius ac diligentius compositum videretur universis patris operibus proeminere » (Hugo Fulcandus). La mort ne permit pas à Guillaume de poursuivre celte lutte avec son père. Il mourut à 46 ans, avant d’avoir laissé trace de sa grandeur, même sous ce rapport; son fils fut plus heureux.
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deshabitans ralliés à ce seigneur, moins, selon nous, quoi qu’on en ait écrit, dans l’intérêt de leurs franchises que dans celui de ses prétentions féodales *.
Ces perturbations monastiques n’empêchèrent pas que la même période ne vît éclore d'autres fondations analogues. Tel fut entre autres pour la F rance le monastère dit Buxice , diocèse d’ Angoulême, à la construction duquel saint Bernard opposa d’abord une résistance qui fléchit plus tard {Ann. Bênéd ., 1. lxxx, c. x)-, la Chartreuse de la Loire , fondée près de Tours par l’abbé de Villeloup (xxyi), et le monastère dit Saviniacense , construit par l’abbé Vital en Normandie, où, à propos de cette fondation , les Annales Bénédictines récapitulent (c. xlvi) celles de ce genre comme s’élevant alors, dans cette province seulement, à environ quarante, sans comprendre les prieurés % et pour la Germanie le parthénon de Saint -
■ Au retour de ce voyage, Louis Vif serra un nouveau lien de parenté, plus utile à la France, en mariant sa sœur au comte de Barcelone (ou de Toulouse), Raymond V, Fils de cet Alphonse Jourdain qu'il avait voulu déposséder de ses étals, qui se seraient trouvés alors faire partie de la dot a restituer. Des présens qu’on offrit à noire roi à ces occasions, il n’accepta, disent les Annales Bénédictines (1. 80. c. xlix), qu’une escarboucle (carbunculum), qu’il plaça dans la couronne d’épines du Sauveur, qui était à Saint-Denis.» Si cette couronne d’épines se trouvait déjà en France au milieu du XII« siècle, comment la retrouve-t-on cent ans plus tard aux mains des Vénitiens, comme gage d’un prêt fait à Baudouin et que saint Louis remboursa, capital, intérêts et frais?
3 Ce débat dont nous avons déjà parlé et auquel M. Augustin Thierry a donné une vive animation historique et un véritable intérêt national, en le rattachant exclusivement à la question d’affranchissement communal , bien que d’autres clameurs de trouble s’y soient mêlés, durait déjà depuis longtemps et se trouve eu grec décrit dans le triomphe d'IIugues-de-Poitiers, qui s’étend jusqu’à 1107 ( Spicileg . d’Acherii, t. V). On pourrait même dire qu'il remontait a l’année 1119, époque où le roman communal manquerait de base.
Vézelay devait jouir alors du droit de commune, d’après ce qu'on lit dans diverses chartes de 1100 « accordé pour en jouir comme au puissant Vézelay» [Chron. de Vézelay, par N. L. Marsenne, pages 40 et 41). 11 est du moins bien constaté que, dès 1146, saint Bernard, dans sa lettre (289e) adressée au pape Eugène, disait en parlant de Guillaume II, comte de Nevers (le même qui, après avoir été désigné avec Suger pour administrer le royaume, se lit chartreux en 1147), « on croirait que c est un lion qui n’est occupé qu’à <« chercher sa proie ; faisant allusion à la convoitise de ce seigneur pour les biens monastiques à sa portée, ce qui n’impliquait en rien la question de liberté communale. Vers celte époque, il y eut arbitrage sur le fait même des réclamations réciproques de l’abbé de Vézelay, Pons-de-Mont-Boissier, neveu de Pierre-le-Vénérable, et du même comte dont les prétentions reposaient sur ce que l’abbaye avait été fondée par un de ses aïeux,
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Afjre (c. xxi) -, à quoi nous pouvons ajouter, d’après la Gallia
Gérard de Roussillon. Les arbitres (saint Bernard et Hugues, comte de Til) donnèrent gain de cause à l’abbé, dont le comte voulait soumettre \a justice à la sienne, etc., etc. Le fils et successeur de ce comte, Guillaume III, au retour de Terre-Sainte, avait manifesté directement à l’abbaye ses regrets de ce désaccord ; mais, à l’instigation d’un habitantde Vézelay, nommé Hugues de Saint-Pierre, il changea tout-à-coup de langage et de façon d’agir. Une querelle entre un moine et un paysan qui coupait du bois dans la forêt abbatiale, et des voies de fait réciproques auxquelles succomba le paysan battu par les vassaux du monastère, décidèrent la conflagration. Guillaume III, venu à Vézelay pour la fêtepatronalede la Madeleine, voulut y exercer sa juridiction à l’hospice même du monastère, en dépit de l’abbé auquel il interdit l’accès de ce prétoire; et, furieux delà résistance qu’il éprouvait, fit dévaster par ses gens une des possessions de l’abbaye. Jusqu’ici, comme on voit, et sauf le châtiment trop sévère du délit forestier et l’intervention trop officieuse d’Hugues-de- Saint- Pierre, le débat resta bien entre l'abbé et le comte, mais le pape intervint bientôt, sur les plaintes de l’abbé ; et le comte, d’autant plus irrité, ne trouva d’autre moyen de se venger qu’en interdisant à ses vassaux , sous peine de prison et de perte de leurs biens, toute communication avec Vézelay. C’était ruiner ce bourg (in burgo Vezeliacensi, let. do Luce II à Pons, de 1144), qui n’avait pas d’autres débouchés de commerce et d’alimentation. Aussi, lorsque le comte vint avec Hugues de Saint-Pierre à l’hospice du monastère, pour haranguer les habitans et les provoquer de s’unir à lui, les trouva-t-il enclins à prendre ce parti. En 1149 il y eut une sorte d’accord entre le comte et l'abbé; mais le pape Eugène ayant interdit à ce dernier de céder aucun de ses droits en lui disant : « Voici la bride, voici le glaive de saint Pierre, dont nous ferons usage s’ il le faut; » Guillaume III, sur l avis qu’il eut de ses menaces, montra qu’il en bravait l’effet, en suscitant, d’accord avec les habitans blessés dans leurs intérêts, des désordres poussés jusqu’à l’incendie des domiciles abbatiaux, au meurtre des moines et au viol des vassales de l’abbaye. Déjà, en 1158, Louis VII était intervenu dans ce conflit dont il avait remis le jugement au légat (l’abbaye de Vézelay comme celle de Cluny ressortissant directement du Saint-Siège). Ce fut alors que le comte, qui avait décliné celte juridiction, réunissant les rivalités et leur donnant des chefs qu’il appela consuls (sans doute pour couvrir ses calculs personnels du masque de l’intérêt communal), donna l’assaut au monastère, dont l’église fut profanée, les bàtimens conventuels saccagés et les moines horriblement maltraités. Ils avaient été réduits à se nourrir de viande, faute d’autres alimens. L’abbé se réfugia à Cluny et de là à Sauvigny. Les foudres vaticanes, qui grondaient depuis longtemps sur les révoltés, éclatèrent alors , sans grand effet d’abord, le prêtre porteur delà sentence d’excommunication où les coupables étaient dénommés, ayant été accueilli à coups de pierres par les rebelles, qui consommèrent alors la dévastation de l’église; mais l’interdiction des offices et la crainte, de la part du comte, que l’excommunication ne l’atteignît ainsi que ses sujets, amenèrent, grâce à l’intervention de Pierre-le-Vénérable, un rapproprochement que vint cimenter un traité entre le comte et l’abbé, préparé àLuzy et conclu à Cluny. Il restait cependant à dédommager l’abbaye des pertes quelle avait souffertes, le vol des vases sacrés etornemens sacerdotaux, l’incendie des moulins, l’épuisement des celliers, etc., etc. L’état présenté au roi, par l’abbé, dans l’assemblée de Moret, montait à 160 mille sous (d’un gros 43 grains d’argent fin). Le souverain n’eut pas à débattre ce t. -v. «
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Christiana , les monastères de Moris, diocèse de Langres (p. 656); celui d ePoblete, ou la Pamplaya, en Catalogne, fondé pour cinq cents moines, par Raymond Berenger, comte de Barcelonne, et où se voient les tombeaux des rois d'Aragon (p. 636) ; Péglise de Saint-Paul in urbe ultrajecto (p. 63 1 ) ; et d’après d’autres documens, l’église de la Merci-Dieu , sur la Gartempe (ier V oy . litt., p. 6) ; le monastère de Blanche-Lande, près de Coutances, fondé par Richard de la Haye du Puits; ainsi que celui de Mortemer , près de la forêt de Lions, fondé avec deux hospices par Henri II et sa mère Mathilde (G lly- Knigi). L’histoire littéraire de la France (t. IX, p. 221) cite en outre comme étant à peu près de cette époque l’église actuelle de Saint- Remi de Reims. Venise vit aussi s’élever, en 1 154, deux églises, celle de S. Maria di Croci Chieri, avec son hôpital, et celle de S. Mathias, à Murano ( Cronico veneto, p. 3o).
1 1 55-i i56. — Frédéric n’était pas prince à se borner à une apparition dans les états lombards sans y laisser sujet de méditer sur l’effet de sa puissance, voulant rompre le peuple à une obéissance
compte, car, au récit qu’on lit devant les accusés des horribles excès dont ils étaient coupables, ils s’enfuirent épouvantés, se condamnant ainsi d'eux-mêmes. L’exécution suivit la sentence, on démolit le prétoire du comte et les tours, pressoirs, moulins et fours construits, en signe de franchise, par Hugues de Saint-Pierre, Hugues Brise-Miche ( fricans pahem) et autres chefs de la révolte, dont les biens furent séquestrés sans que le noble comte, auteur de ces désordres, en fût pour autres frais que l’échec subi par son orgueil. Il est vrai que, sur l’avis que le roi marchait sur Vézelay, il s’était porté au-devant de lui et avait fait sa soumission en sacrifiant ses complices (Le Bœuf, Mém. d’Auxerre, t. II, p. 93). Bientôt la clémence royale, implorée par l'abbé lui-même, vint cicatriser cette plaie et rendre le repos à ce grand monastère.
« C’est en 1J54 que Robert de Torneio, qui fut abbé du Mont-Saint-Michel, écrivit son livre : « De immiitalione ordinis monachorum et de Abbatibus et Abbaliis Normannorum, » où il établit que les fondations de l’ordre, si récent alors, de Citeaux, s’élevaient déjà à environ cinq cents. Après avoir parlé de la réforme d’anciens monastères « quæ 2>r opter abundantiam divitiarwm nimium dissoluta erant » il arrive à l’énumération des trente-un monastères d'hommes de Normandie, depuis celui de J umièges jusqu’à celui dit Lonleiensi ou Longidelensi, fondé dans le diocèse de Caen par Guillaume Talevas, et à l’indication des sept couvens de femmes de la même province, depuis Villare, fondé par saint Filibert dans le diocèse de Rouen, jusqu’à celui du Sauveur, d’Cvreux, fondé par le comte Richard, ou en indiquant d’autres noms compris dans ces nomenclatures. Nous laissons aux scrutateurs spéciaux de ce genre de détails, le soin de les puiser dans le texte même des Annales Bénédictines (t. VI, p. 199 à 501 ).
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plus passive l. Parti de Novarre dans le but de châtier la ville d’Asti et autres lieux désertés à son approche, il assiégea et prit Tortone qui refusa de rompre son alliance avec Milan et dont les habitans, soumis aux plus dures épreuves, donnèrent le premier exemple d’un héroïsme qui, plus tard, enfanta les martyrs de cette même cause 2 -, puis, pressé de jouir de la double auréole promise par Eugène 111 à son puissant concours, il se rendit à Rome, où déjà le successeur de ce pontife, Anastase IV , avait cédé la tiare à un autre pape, Adrien IV, tant fut souvent rapide la succession de ces princes de l’église, recrutés dans des rangs où l’âge et les austérités laissaient peu d’avenir aux élus du sacré collège. Rome, ce grand foyer des pratiques chrétiennes, se trouvait alors à son tour soumise à cet isolement par lequel Innocent II avait si récemment prouvé sa gratitude pour la France. Un interdit pesait sur elle • mais le sénat, qu’épouvantaient les dispositions de la plèbe privée de ses alimens religieux , venait d’obtenir un sursis jusqu’à l’arrêt de l’arbitre du Nord, en obtenant qu’ Arnaud de Brescia se retirât en Campanie. L’accord des intérêts d’Adrien et de Frédéric brusqua cette péripétie. Même avant d’arriver à Rome, Frédéric avait obtenu qu’ Arnaud fût consigné sous la garde papale , et dès lors il suffit du trajet du château Saint-Ange al Corso , où un bûcher fut élevé en toute hâte, pour que X apôtre de la liberté , déjà depuis longtemps condamné comme hérétique par sentence de concile, expiât dans les flammes
» Les historiens d’Italie lui imputent même le projet conçu dès ce temps de ramener toute l’Italie à l'état de dépendance de l’empire où elle se trouvait sous Charlemagne et sous Othon, en enchaînant ses libertés « mcdilava di mettere in ceppi lutta l’ilalia. » Ils rendent d’ailleurs témoignage à son génie , à sa valeur et à des vertus qui pouvaient l’élever aux glorieux destins, but de tous ses efforts, si la colère et l’ambition n’avaient précipité sa gloire « personna di gran corraggio , e di elevato ingegno, e ornato di moite belle « virtu , che avrebbero poluto alzarlo al sommo délia gloria , se i/ ira congiunta con » una smoderata ambizione, non l’avesse in fine precipitato » (Muratori, dissertation 48, t. III, p. 81).
2 Epuisés par les combats et vaincus surtout par la soif que l’escarpement de leur ville leur ôtait tout moyen de satisfaire, les habitans de Tortone obtinrent de se retirer sur Milan , chargés seulement des effets qu’ils purent emporter dans leurs bras amaigris. Milan et les autres républiques de leur ligue les honorèrent comme des héros , et ce triomphe du malheur exalta les esprits et produisit des dévoûmens sublimes.
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son rêve d’affranchissement de la tutelle pontificale ‘. Aussi n’y eut-il que de faibles démonstrations en l’honneur de ce martyr de la cause populaire, dont on songea plutôt à recueillir les cendres ( Otto Frising., 1. ii, c. xxi, p. 720) qu’à venger la mort. L’accueil que Frédéric fit aux députés du sénat , qui vinrent réclamer les droits de R orne antique , prouve tout le mépris qu’inspiraient alors à ce prince ces fiers émules des Catons dont, nous aussi, nous avons vu les recrudescentes parades. Procédant comme eût fait un héros de nos jours, ce fut en s’emparant de la cité Léonine, et en livrant combat sur le Tibre, qu’il consacra ses droits au diadème impérial dont le ceignit le pape, alors que les Romains rongeaient derrière leurs barricades le nouveau frein dont iis pressentaient la rude étreinte.
Tandis que ce guerrier si absolu dans ses vouloirs, après avoir étendu à Spolète et autres villes la leçon donnée à Tortone et à Rome même, forcé par l’impatience de ses Allemands d’ajourner ses projets de campagne en Calabre , regagnait paisiblement ses états % le nouveau prince anglais, non moins jaloux de son indépendance, brisait les sujétions féodales dont les barons anglo-normands avaient depuis vingt ans usurpé l’exercice. Cent quarante forteresses escarpées , oppressives pour le peuple et menaçantes pour le trône, furent mises au niveau du sol, sans que cet acte de vigueur, étendu aux états continentaux d’Henri II, ait fait surgir aucun désor-
« L'exécution eut lieu à la Porte du Peuple, à une heure où ia plupart des Romains savourent encore les charmes du repos.
3 Après son couronnement impérial, dont il ne se montra pas autrement reconnaissant envers Adrien IV, Frédéric s’était retiré près de Tivoli, et poursuivi, comme ses prédécesseurs, par la malaria, il conduisit son armée dans les montagnes du duché de Spolète, dont il occupa de vive force la capitale. Il gagna ensuite Ancône, ville soumise alors à l’empire grec, où beaucoup de ses officiers s’embarquèrent pour Venise; puis venu à Vérone dont il respecta les franchises en laissant son armée traverser l’Adige sur un pont pratiqué hors les murs, mais disposé en forme dechausse-lrappe (Otto. Fris., 1. 11, c. 26), sans que le piège maladroitement tendu ait produit d’autre effet que le châtiment de ceux qui se montrèrent trop empressés à recueillir le fruit de leur guet-apens, se rendit en Germanie, où il épousa cette année même (1156) Béatrix, fille de Benauld, comte de Bourgogne, qui lui apporta à nos dépens de riches et nombreux états en dot. Il fallait qu’il eût plus à cœur les affaires lombardes que celles de Rome, qu’il abandonna pour ainsi dire à elles-mêmes ; car son premier soin en arrivant à Vérone fut d’y publier sa sentence contre Milan à raison de la conduite récemment tenue par cette ville (Muratori, antich. dissert. 27).
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dre grave. D’autres naquirent d’un fait moins important appartenant à la même période, le choix que fit Henri, pour son chancelier, d’un prélat dont la ténacité , l’ambition aussi peut-être , projetèrent d’épaisses ombres sur le règne d’ailleurs si brillant de ce prince *.
Aux phases de grandeur de ces deux astres naissans, notre roi., qui n’avait déjà plus qu’un droit traditionnel à son titre de Jeune , ne pouvait opposer que des actes de piété ou de faible condescendance, comme ceux qui livrèrent l’Anjou à Henri II , au préjudice de son frère Geoffroi , lequel, investi de la Bretagne à la mort de Conan III, la transmit sans droits à ce même frère, empressé de se prévaloir , dans ce but, du titre par lui dédaigné jusque-là , bien qu’il le possédât comme comte d’Anjou, de grand sénéchal de la couronne de France.
Si l’orgueil français en souffrit, notre repos du moins ne subit pas d’atteinte j notre splendeur monastiquey trouva même soncompte par l’enrichissement de Cluny 3 , de même qu’elle est prouvée, pour le
i Fils d’un croisé et d’une sarrasine convertie , Thomas Becket dut peut-être à cette origine l’organisation spéciale qui lui valut et son haut rang et même aussi peut-être sa gloire céleste. Elevé chez des chanoines anglais, et après avoir suivi nos écoles parisiennes alors très célèbres, il fut attaché à Thibaut], archevêque de Cantorbéry, et puisa dans des missions de confiance à Rome et plus tard dans son aggrégation à la célèbre université de Bologne , et même dans notre école d’Auxerre , le haut savoir et l’imposante autorité qui signalèrent sa carrière d’abord assez aventureuse, si l'on en juge par le luxe dont il fit preuve en Aquitaine surtout, où lors de la campagne contre Toulouse, en 1159, il put, grâce aux largesses d’Henri II, lever à ses frais un corps d’armée de 1,200 cavaliers et de plus de 4,000 fantassins (Lingard, t. II, p. 321); ses goûts mondains, prouvés par l’étendue de sa maison , pompes triomphales dont il s’environnait , ses habitudes guerrières et sa passion pour la chasse, soulevèrent contre lui une forte opposition lors do son élection au siège de l’église de Cantorbéry, dont il était archidiacre en même temps que Prévôt de Beverley. Ces considérations ne pouvaient prévaloir sur là faveur d'Ilenri II, qui confia en même temps à Becket les sceaux du royaume. Nous verrons plus loin où le conduisit sa puissance.
3 A la mort du roi anglais Etienne , son frère Henri , évêque de Winchester et légat du siège apostolique, reporta sur la France l’emploi de ses largesses. Le monastère de Cluny, que la prospérité de Citeaux plaçait dans un dénuement relatif, en fut le principal objet. * Acquisivit ille tantorum virorum adhortamentis, et inconsulto rege, thesauro sco » per Pelrum abbatem transmisso, in Galliam trajecit, et Cluniacum démuni appui> lit ». Le nouveau roi d’Angleterre se montra furieux de cette translation provoquée par le pape lui-même et qui fut d'un très grand secours pour rendre à notre vieux chef d'ordre un peu de cet éclat qu’avaient surtout terni les spoliations opérées dans le conflit de l’abbé Pons: « Hoc ecconomo et benefactore locupletissima Cluniaççnsi familiâ , qdœ
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même temps, par la fondation de divers monastères , dont ceux de Saint-Remi, diocèse de Chartres, et de Saint-Cyr, près de Versailles {Ann. Bénéd ., 1. lxxx, c. io3); de Lavenne, en Auvergne (c. 107); et surtout par les constructions à'Obazme, près de Cahors^oùle concours des travailleurs , clercs et laïcs, reproduisit ce que nous avons dit des travaux analogues de Croyland, de Saint-Pierre-sur- Dive, de Chartres, de Saint-Denis, etc.
Ces fondations , auxquelles on peut ajouter celle du Chatellun ,
» adtrecentos amplius monachos excreverat , respirare cœpit. Henricus (le donateur) » enirn amplissimo illo tkesauro ecclesiam gravi debilorum onere oppressant redemit, » monachus per unum annum de suo pavit, edificia nova strüxit, caduca refecit, » et ecclesiœ quadraginta calices et multa ornamenta contulit, ita ut amplius septern » milita marcorum argent! in hœc omnia se expendisse testatus est » (1. 80, c. 59). Ainsi la France vint encore ici, comme elle avait fait pour les pierreries provenant des coupes d'Henri Ie>-, participer, par voie de recel, à la spoliation du trésor de Winchester; car il n’est pas douteux qu’Elienne, en s’appropriant ces richesses, n’ait fait large parla son frère. Pendant que le monastère de Cluny revivait grâce à ses largesses, son rival, celui de Citeaux , recevait un insigne honneur par l'affiliation de l’empereur Frédéric, qui voulut essayer de tout. Mais rien ne prouve qu’il ait été aussi bien inspiré comme moine que comme troubadour. La supplique qu’il adressa par députés à l'abbé de Citeaux porte : « Petimus et obsecramus omnium precurn instantia, quatenus in fratërnitatem ves- » tram nos recipienles, etc. »
' Les détails donnés par les Annales Bénédictines (c. xeix) sur cette construction de l’abbé Etienne sont curieux, môme sous le rapport archéologique, en ce qu’ils parlent du choix d'un maître de l'œuvre par l'évêque de Limoges et par l'abbé, non avant la pose de la première pierre , mais après la marche processionnelle et l'aspersion des lieux que la construction devait embrasser. Par une particularité remarquable pour ce temps, l’évêque avait refusé d'accorder les indulgences qui formaient le salaire habituel de ces œuvres, alléguant qu'à Dieu seul appartenait le droit d'anticiper ainsi sur la rémission des fautes. Cette exception est d'autant plus notable que cette même année (1156), à l'occasion de la découverte par révélation, au monastère d’Argenteuil de Paris, de la tunique sans coulure du Christ, Hugues, archevêque de'Rouen, après avoir consacré l’exposition de ce saint vêtement , en présence du roi Louis VII , de sa cour et des principaux archevêques de France, accorda formellement de ces mêmes indulgences a ceux qui le visiteraient « quo die amplissimas omnibus fideiibus, qui ad ilium convenir enl locum, indul- « gentias concessit, etc. » (c. civ). L’absence de ce véhicule ne se fil pas sentir dans la construction d’Obazine, à en juger par les détails auxquels nous renvoyons. Quant au tombeau du fondateur, érigé vers 1160, et que Martenne (le‘‘ Voy. litt., part 2, page 69) vit encore, en 1708, dans i’ église des moines, ses details de sculpture cités plus haut se trouvent formellement constatés par celle mention , « qu’on y voit la forme de l’ancien » habit religieux de l'ordre de Citeaux, de leurs frères convers et des religieuses »; ce qui comporte bien un ensemble de figures comparable à celui (composé de chartreux
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près de Sain t-Maixent ; de Saint- Martin sur la Scarpe (Ga//. Christ ., p.6i6)j de Saint- André enNemore , diocèse d'Amiens (p. 5aa)j de B lande ch , diocèse de Pont-Audemer (p. 524), étaient loin d’appartenir toutes à la France proprement dite de cette époque. Plusieurs d’entre elles, au contraire, venaient enrichir des provinces dépendantes de notre sol, mais où régnait déjà Henri II qui, s’attachant dès lors à donner à son pouvoir un éclatant renom, appela les arts à son aide, et français qu’il était, mit sa rivalité à luttera armes loyales, en donnant à ses grands travaux un caractère tout spécial , qui participât à la fois des styles bien divers pratiqués dans les principales écoles dépendantes de ses vastes domaines. C’est en opérant dans ce but qu’il confondit dans ses premiers travaux les traditions gre co-rom aines, empruntées à l’Aquitaine et à l’Auvergne, la coupole bizantinovénitienne du Périgord, la vaste ossature normande des abbayes de Caen, Jumièges, etc., etc., et que, par un surcroît d’efforts, dans cet amalgamme architectonique, il accentua en même temps, au moins, les premiers rudimens du nouvel alphabet importé d’Orient, ou plutôt, selon nous, implanté de Sicile dans la province que sou^mit son père Geoffroi Plantagenet, et chez ces Normands mêmes que Henri II tenait à grand honneur de compter parmi ses sujets. On remarque en effet ces divers caractères, plus ou moins empreints dans les monumens de cette époque, élevés surtout dans l’Anjou, qui, comme patrie de ce prince, avait les premiers droits à sa magnificence , tels que le monastère, avec église et cloître, dit la Haye des Bons-Hommes , près d 'Angers $ V Hôtel-Dieu de cette ville, dont les parties, remontant à ce temps, offrent, nous l’avons dit, matière à dissidence 1 -, les halles de Saumur, ville dont les fabriques de tissus
qui orne le soubassement du mausolée de Jean-sans-Pcur, à Dijon ( pl. xvn de la 2e série).
* D'après l’ouvrage de Bodin sur l’Anjou , non seulement Henri II aurait attaché son nom aux beaux travaux delà cathédrale de Saint-Maurice d'Angers, dont diverses parties et notamment l’ornementation du portail, la rose en forme de roue, etc., appartiennent en effet à l’époque de son règne, ainsi que les deux tours du portail qui accusent le style de la fin du XIIe siècle, mais d’autres édifices de la même ville, d'un caractère bien tranché, dénoteraient, dès les premières années du règne de ce prince, l’adoption d’un style nouveau qui n’a d’analogie que dans les constructions anglaises d’une époque bien postérieure. Tel serait, selon Bodin, l’hôpital d’Angers, dont la date de construction remonterait a 1153, Nous
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continuèrent do moins à prospérer sous ce prince 1 ; et en Normandie, diverses fondations remarquables, telles que le monastère de Mortemer , dans la forêt de Lions, célèbre par les chasses de Guillaume-le-Conquérant , dont l’église, commencée en n54, aux frais de ce prince, accuse le style de transition du roman au gothique, fondation aujourd’hui en ruine, à laquelle l’impératrice Mathilde, sa mère, ajouta deux vastes manoirs, sortes d’hospices pour les étrangers.
La constatation de l’ère de chevalerie résulte , pour ce temps, de la fondation, en 1 1 56, de Tordre militaire de Saint-Julien, créé en Espagne par deux frères d’une noble famille de Salamanque.
1 1 5^- 1 1 58. — Adrien IV, qui n’avait vu dans l’expédition écourtée et toute personnelle de Frédéric à Rome, qu’un moyen de saisir la couronne impériale sans s’occuper du repos du Saint-Siège, s’était assuré d’un appui en traitant de la paix avec le nouveau roi de Sicile, Guillaume Ier, qui, réveillé de son engourdissement par la rébellion de ses barons, fruit de l’administration de Majone, et par l’avis d’un accord qui eût livré à l’empereur grec trois villes maritimes de la Pouille, s’était mis en campagne, et par un grand succès remporté àBrindes (Guill. de Tyr., 1. xvm,c. 8, p. 987), et suivi de la destruction de Bari, avait raffermi sa puissance. Ce traité, qui reconnaissait à Guillaume le titre jusque-là contesté de roi , fait sans l’assentiment de Frédéric, irrita l’orgueil de ce monarque, qui s’occupait alors de circonscrire encore , à l’exemple d’Henri II, le territoire de la France, en prenant possession nominale , à Besançon % avec le concours de nos archevêques de Lyon, de Vienne,
trouverons encore occasion de revenir sur cette qualification de style dit Plant agenet et sur les contestations qu’il soulève.
1 C’est vers celte époque que les auteurs de l’Histoire littéraire de la France ( t. IX, p. 222) font remonter la confection, dans la fabrique abbatiale de Saint-Florent de Saumur, d’une tapisserie représentant les vingt-quatre vieillards de l’Apocalypse, et beaucoup d’autres travaux analogues mentionnés d’ailleurs par Martenne ( amplis . coll., t. V, p. 1130, 1131). Cette célèbre tapisserie fut exécutée pour Mathieu de Loudun, abbé de Saint-Florent, puis évêque d’Angers.
2 Ce ne fut qu'en 1178 qu’affranchi des longs embarras suscités par les affaires d’Italie, Frédéric vint en grande pompe ceindre, comme époux de Beatrix de Bourgogne, la cou-
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d’Arles, et des évêques de Valence, d’Avignon, etc., du royaume de Bourgogne, dont l’investissait son mariage, autre combinaison funeste qu'un grand prince français eût sans doute évitée. Ce qui détermina surtout Frédéric à rentrer en campagne, ce fut l’avis que les Lombards , loin de paraître épouvantés d’un premier châtiment, bravaient hautement ses menaces, et que les Milanais , qui avaient relevé Tortone, brûlé Lodi et remis son peuple sous le joug, avaient consacré cinquante mille marcs d’argent à fortifier leur propre ville, en s’assurant d’ailleurs du concours des populations, les Bressans et les Plaisantins , qui en protégeaient les approches. Ce premier poste avancé ne résista point à l’attaque impétueuse des Allemands -, et dès le mois de juillet 1 1 58, la capitulation de Brescia et les ravages exercés sur son territoire portèrent l’épouvante au cœur des Milanais, mis au ban de l’empire, et qu’un premier échec, essuyé sur l’Adda, refoulait dans leur ville, tandis que Frédéric, accueillant les Lodesans réfugiés à Pizzighetone, posait les premiers fondemens de leur nouvelle métropole. Le siège de Milan devenait inévitable , et cent mille assaillans , parmi lesquels vinrent se ranger les nombreux ennemis de cette ville orgueilleuse, l’eurent bientôt forcée, la peste et la famine aidant, à une capitulation qui n’eut rien que
ronne de Provence à Arles et celle de Bourgogne à Vienne, encore les hommages qu’il reçut à cette occasion n’entraînèrent-ils aucune dépendance. L’assemblée tenue à Besançon en octobre 1157 ne fut qu’une diète préparatoire à de vastes projets de renouvellement de l’empire d’Occident, auxquels il ne put donner suite, son énergie impériale s’étant épuisée dans la lutte contre le sacerdoce et la démocratie.
De celte diète de Besançon datèrent les premiers symptômes de la dissidence papale qui renversa tout l’échafaudage impérial dont Frédéric jetait alors les bases. Muratori cite une lettre de plaintes et presque de reproches du pape Adrien IV, qui fut lue dans cette assemblée même, et où le terme de bénéficia, appliqué au couronnement du prince et entendu dans le sens de bienfait , excita de vives susceptibilités de la part des grands d’Allemagne. Frédéric l’expliqua par le souvenir des deux vers suivans inscrits au bas de la peinture du palais de Latran, représentant Lothaire aux pieds d’innocent II :
Rex venit aute fores jurans priùs urbis honores,
Post konio fît papæ, sumit <juo dante corotiam,
vers qu’Adrien avait promis à Frédéric de faire effacer , sur sa remarque que le mot homo équivalait à celui de vassal, qu’il ne convenait pas à un pape de donnera un empereur. Ce prince toutefois apaisa le tumulte, renvoya les légats et ajourna le différend dans l’espoir d’en tirer bientôt une satisfaction directe.
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d’honorable, ses conditions se bornant à respecter Côme et Lodi , à payer un tribut de neuf mille marcs d’argent et à bâtir un palais impérial. Heureuse cette ville si la leçon eût porté fruit! Mais les soins que prit Frédéric, d’abord retiré à Monza, d’où il voyait son drapeau flotter sur la tour delà basilique métropolitaine *, puis convoquant à Roncaglia une nouvelle diète lombarde , dans l’espoir d’extirper tous germes de discordes, ne firent qu’irriter ces plaies toujours saignantes et préparer d’autres soulèvemens.
C’était dans le temps même où Frédéric, si jaloux de ses droits, après avoir assis ceux acquis sur la France, appuyait du concours de cent mille combattans un débat de suzeraineté dont les états lombards contestaient seulement l’extension, que notre roi Louis, dépossédé par son heureux rival de ses provinces les plus riches, y joignait bénévolement notre antique Armorique , ou du moins la presqu’île de ce nom, que la mort du comte Geoffroi devait rattacher à sa couronne. L’obséquiosité d’Henri II, une visite faite à Gisors 1 2 et rendue au Mont-Saint-Michel, et les fiançailles, par l’entremise de Thomas Becket , d’un enfant fils d’Henri et d’Eléonore de Guyenne, avec la fille, âgée de trois ans, du prince même qui avait répudié cette dernière princesse, suffirent à la consommation de ce nouveau sacrifice, qui laissait notre France de plus en plus amoindrie et réduite au plus complet isolement au milieu d’ennemis aussi puissans qu’actifs et ambitieux.
Cependant se poursuivaient et devaient se poursuivre parallèlement, de la part des rois de France et d’Angleterre, alors en si touchant accord, quelques fondations religieuses, telles que celles de B orme- Aigue (b ov a aq ua) , diocèse de Limoges-, du monastère
1 Quelques historiens nous montrent Frédéric se taisant alors couronner à Monza ; mais comme il avait ceint la couronne d'Italie à Saint-Michel de Pavie, lors de son premier voyage , il est à croire , comme le pense d'ailleurs Muratori , qu'il se borna à paraître avec cette couronne dans la basilique de la petite ville de Monza , ancien lieu de plaisance des rois Lombards, et où nous le verrons se construire un palais. De ce lieu, séparé seulement par un sol plan de quatre milles de la capitale de la Lombardie , on pourrait en effet en voir la tour métropolitaine, dès lors citée comme la plus haute de toute la contrée.
2 Par une nouvelle concession, toujours contraire aux intérêts de la France, la ville de Gisors, objet de tant de débats antérieurs, fut comprise dans la dot de la jeune fille de France dont les fiançailles furent convenues dans cette entrevue.
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double d’ Ulmetum, diocèse de Chalons (1. lxxx, c. 117 et 121); celui de Falatia (ou V otum ), près de Ronfleur, par Mathilde, mère de Henri II ( Gall . Christ p. 653) ^ l’église collégiale deTroyes, bâtie en 11 57 par Henri-le-Large ou le Libéral ( Courtalon , t. II, p. i36) 1 -, et la chapelle élevée au monastère de Stavele, sous l'invocation de sainte Sophie et sur le modèle de la basilique Justinienne, comme celle existant déjà au monastère de Saint-Médard de Soissons \ L’Espagne aussi, gouvernée par Ferdinand II, accroissait ses monumens religieux, comme en témoigne l’inscription en langue vulgaire, très remarquable sous ce rapport par sa date de 1 157, du cloître de la cathédrale de Ciudad-Rodrigo : « A qui y ace benito » Sanchez maestre che Jue de ista obra , e dios lo per doue. »
1 169-1 160. — La mort d’Adrien IV, au moment même où ce pontife venait de rompre ouvertement avec le terrible empereur dont il avait cependant consacré si courageusement la puissance 3 , secondait merveilleusement les projets de ce dernier prince en ce que les divisions, nées de l’élection d’Alexandre III et de la constitution
» « Lecomte de Champagne, Henri, surnommé le Libéral, changea, dit cet écrivain, » une ancienne chapelle en une grande église digne de sa magnificence, pour servir à son » palais qui en était proche, et la dédia au premier martyr, saint Elienne. De sa tribune » il entendait la messe du grand autel. Quelquefois il descendait par un escalier de bois, » fait en rond , que l'on voyait encore il y a quelques années ^Courtalon écrivait vers » 1780) , pour assister à l’office, portant sa gibecière de velours rouge (voir notre pl. xv » de la 9e série) et sa toque de même étoffe, couverte de pierreries que l'on voit encore » dans le trésor. » Nous renvoyons à 1 année 1181 pour démontrer, par la magnificence du tombeau de ce prince , qu’il sut faire marcher de front la eu tore de l’art et les pieuses fondations de toute nature ; car c’est également à lui que la ville de Troyes dut, vers la même époque (1158), son bel hôpital dit V Hôtel- Dieu-le-Comte.
2 Martenne dit (2e Voy. lût., p. 17) en parlant de Saint-Médard de Soissons : « On » voit encore dans les ja dins des masures d’une ancienne église bâtie sur le modèle de » celle de Sainte-Sophie de Constanlino, le; aussi a-t-elle retenu le nom de Sainlc-Sov phie. >• Celle du même nom ei du même modèle, de Stavelo, fut construite par l’abbé AViboldus, mort en 1158, le même qui Ot faire un retable d’or cité également par Martenne (2e Voy. litt., p. 152).
3 Divers sujets de plaintes réciproques menaçaient déjà de reproduire la guerre du sacerdoce et de l’empire, et l’on assure qu' Adrien IV, lorsqu’il mourut, avait fait un accord avec les Milanais et devait leur piêler l’appui de son influence papale, en excommuniant Frédéric.
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d’un nouvel anti-pape *, ainsi que le traité concédé par Frédéric aux instances de ce sénat romain qu’il avait récemment couvert de ses mépris % lui laissaient tout le temps de méditer son rôle, pour intervenir au besoin. Les fiers Lombards d’ailleurs occupaient trop son temps pour qu’il eût le loisir de s’attaquer à Rome , car dès qu’on leur eut signifié qu’à leurs consuls, dont l’élection leur était conservée par le traité impérial, devaient être substitués des podestats plus dépendans de l'autorité suzeraine, les Milanais, rompant aussi le pacte, levèrent de nouveau l’étendard de la révolte et donnèrent eux-mêmes le signal d’hostilités qui leur furent plus tard si funestes, en s’emparant, après un siège de trois jours, du château de Trezzisur l’Adda, où se trouvait le trésor impérial, et en attaquant la nouvelle ville de Lodi, qui repoussa leur aggression. La dévastation des campagnes et l'interdiction de toutes communications avec Milan furent en ce moment les seules représailles qu’exerça F rédéric, en attendant que les secours qu’il fit venir de Germanie 3 luiper-
« Une scène scandaleuse des plus burlesques surgit, lors de cette élection, du dépit qu’éprouva le cardinal Octavien de voir son ambition déçue. Arrachant le manteau pontifical dont Alexandre III venait d’étre revêtu, il s’en couvrit de vive-force; ce que voyant le chapelain du pape , il en substitua un autre qu’ Alexandre mit à l’envers « al rovescio » meltendo al collo cio che dovea andare a piedi ». MaisOctavien poursuivit plus loin la violence en séquestrant le nouvel élu et ses électeurs dans un lieu retiré de la basilique de Saint-Pierre, d’où les Frangipani, toujours intervenant dans ces scènes, vinrent enfin les arracher.
Alexandre III se retira à la terre de Ninfe, où il fut consacré par l’évêque d’Ostie, le 20 septembre 1159. Quant à Octavien, arborant l’étendard schismatique sous le nom de Victor III , il se fit consacrer dans le monastère de Farfa.
2 Roderic. Frising., 1. n, c. 41.
3 On a vu, par de nombreux exemples et notamment par celui du licenciement immédiat de l’armée de Lolhaire , après ses succès dans la Fouille , où le virement de fortune de Roger aurait exigé son retour, avec quelle rapidité les armées les plus formidables voyaient tout- à-coup se briser alors leur lien de cohésion. Ardentes pour le choc, constantes jusqu’à solution de l’effet attendu de leur concours volontaire , au moindre signal de repos, trêve ou traité, après victoire décisive ou défaite irréparable, les troupes se constituaient pour ainsi dire d'elles-mêmes arbitres de leur utilité. L’amour de la patrie, les souvenirs du sol natal prévalaient alors bien souvent sur l’exécution de contrats formés d’entraînement, sans clauses respectives , de traités dépourvus de celte sanction qu’est venue leur donner la solde ; et chacun de gagner les rivages d’Argos, laissant souvent le chef aux prises avec sa fortune.
missent de frapper un grand coup par le siège de Crème, alliée de Milan. La défense héroïque, pendant plus de six mois, de cette ville d’ordre secondaire, malgré les vigoureux moyens employés pour la réduire, et sans que la terreur, fruit d’atrocités réciproques 1 , ait produit d'autre effet qu’un surcroît d’opiniâtreté, durent donnera Frédéric la mesure des sacrifices que coûterait la réduction d’une ville comme Milan , lorsqu’il eut reconnu surtout que, malgré la terrible issue de cette défense de Crème, dont vingt mille habilans avaient subi le sort des défenseurs de Tortone, les intrépides Milanais, soutenus par l’appui que leur prêtait le nouveau pape (Alexandre 111), n’entendaient pas se contenter de soutenir leurs droits à l’abri de leurs murailles, et ne redoutaient pas de se mesurer en bataille avec la cavalerie allemande.
En attendant ce grand conflit, Frédéric , triomphant de ce premier succès, que les Pavisans exaltèrent par les honneurs qu’ils rendirent à ce prince, vint dans leurs murs organiser le schisme, seul moyen qu’il avait, d’après les dernières dispositions d’Adrien IV, manifestées aussi par Alexandre III, de se ménager un parti quelconque dans Rome. Proclamer l 'anti-pape, Victor 1II> présent à ce parlement, lui tenir la bride et lui baiser les pieds 2, fut, pour ce
» Frédéric n’ayant écouté que sa fureur à la nouvelle d’un succès remporté sur ses troupes, lit mettre à mort des prisonniers à la vue des assiégés et sous leurs murailles même, qui bientôt devinrent, à leur tour, le théâtre d’exécutions semblables. En voyant ses soldats pendus aux créneaux, Frédéric jura l’extermination des assiégés et envoya au supplice les Otages, au nombre de quarante, qu’il avait enlevés à Crème, et six députés de Milan, dont le neveu de l’archevêque. On cite en outre, comme raffinement de barbarie sauvage indigne d’un tel prince, l’idée de protéger les engins meurtriers dirigés contre les murailles, en y attachant des enfans appartenant aux premières familles, et que les traits partis des mains de leurs concitoyens, de leurs parens même, pouvaient atteindre et atteignirent en effet, puisque neuf y périrent , tant l’exaltation de l’énergie patriotique, jointe au désespoir du salut , l’emporta chez les malheureux Crémasques sur les plus douces affections. Ces sentimens pourtant étaient bien dans leur âme, comme ils le prouvèrent si bien , en optant , lors de leur retraite, dans le choix du fardeau individuel toléré pour les vieillards, les enfans , les malades , plutôt que d’emporter leurs plus riches objets.
a En l’absence d’Alexandre III , les évêques et archevêques présens à Pavie , cédant à la flatterie ou a la peur, reconnurent Octavien pour vrai pape « rendi poscia Federigo a » quesl’idolo tutti glionori, con tenerli la staffa , e baciargli i fetenli piedi. » Ce fut alors qu’ Alexandre, qui avait cru devoir rester à Agnani, riposta par une excommunication contre l'empereur, etc.
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prince hautain un grand acte de condescendance, d’après l’éloignement qu'il avait déjà témoigné pour rendre ces devoirs au pape Adrien IV, en échange de la couronne impériale -, mais l'exigence politique dut encore ici calmer ses scrupules, et le grand prince qui plus tard (en 1 177) humilia son front, ceint des plus beaux lauriers, sous le pied même , dit-on , du pontife, qu’il n’avait convoqué au parlement de Pavie que sous le nom de Roland , chancelier , et qui l’avait désarmé par ses foudres., pouvait bien immoler son orgueil à sa couronne, et dire, dès ce temps, que Rome valait bien une inflexion de tête. Les soins que prit en même temps Frédéric, pour maintenir dans le repos les autres états d’Italie ressortissant à son empire, loin d’avoir le succès qu’il s’en était promis, furent, par résultat, les premiers élémens des affreuses discordes qui divisèrent si longtemps l’Italie en partis hostiles, toujours prêts à s’entr’égorger 3 .
En rival de l’ambition, sinon des prouesses guerrières de Frédéric, Henri II, à qui la possession de la Bretagne n’avait coûté que des démonstrations, voulut encore agrandir ses conquêtes en rattachant le comté de Toulouse aux biens dotaux d’Eléonore , à lui restitués par Louis VIL Ici sa convoitise était plus naturelle, comme reposant sur un droit consacré par l’avis du grand conseil de France et par l’expédition de Louis VII, avortée par l’impéritie des chefs-, mais tout dépend du point de vue. Ce que Louis avait tenté luimême, lui parut celte fois entaché d’injustice -, et ce prince si faible, sorti de sa torpeur sur l’imploration de Raymond V, qu’il s’était allié, paraissant tout-à-coup dans les murs de Toulouse avec de vaillans compagnons, déjoua les plans de Henri II qui, par égard pour son grand suzerain, se contenta de dévaster la province, et laissant à Thomas Becket le soin de poursuivre la tâche concertée avec
» Guelfe VI, qui avait dirigé le siège de Crème, après avoir ensuite exercé en Toscane les droits de suzeraineté qu’il tenait de sa parenté avec la comtesse Mathilde, y laissa son fils Guelfe VU, qui sut se concilier l’affection de ce pays par la droiture de sa conduite et. l’ensemble de ses procédés. Ayant souvent à prononcer sur des contestations soulevées par les prétentions des agens de l’empereur, qui se montraient trop disposés à traiter aussi la Toscane en pays soumis par leurs armes, il sut leur tenir tête au point d’exciter à son tour les reproches de Frédéric. De la, selon Muratori, les premiers germes, en Toscane, de la funeste di- Ybion des familles de ce pays eu défenseurs des intérêts nationaux protégés par le duc Guelfe, et en partisans de l’usurpation impériale, laquelle tentait le Gibelin Frédéric.
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le comte de Barcelonne, Raymond Bérenger IV, il regagna la Normandie, où les frères de Louis VII, Robert de Dreux et Henri, évêque de Beauvais , avaient opéré une diversion. Après de dures représailles, sur le Beauvoisis surtout, survint un traité de paix (mai 1 160) qui rasséréna lhorizon de la France.
Sans doute ce retour du calme après l’orage dut être favorable à nos fondations monastiques -, mais, à partir de ce moment, le grand jalon auquel nous avions pris le soin de rattacher nos principales recherches ( les Annales Bénédictines), ayant cessé d’enregistrer les faits en leur donnant l’animation historique, nous nous trouvons réduits à de sèches analyses que nous continuerons d’après la Gallia Christiana de Robert, sauf à nous livrer çà et là à quelques excursions dans des domaines moins arides , mais dont l’exploitation nous conduirait trop loin.
Nos fondations de cette période semblent se borner aux suivantes : 1 i5g, Clarus Locus , près de Nancy, par Mathieu, duc de Lorraine; la Bussière , diocèse de Bourges, el Saint-Martin-de Boulogne, diocèse de Saint-Omer {Gall. Chr.,p. o38et6ii); et en 1160, Falesia, diocèse de Séez -, Regia F allis, près de Tulle, et Bellevüle , diocèse de Lyon ( ibid ., p. 5^6, 64o et 53o). D’autres travaux, plus importans encore , paraissent se rapporter à cette dernière année , principalement pour la Normandie, où, selon Robert de Mont, Henri II éleva une maison royale avec parc, près de Rouen « parcuni et mansioneni regiam juxta Rothomagum » ; et où s’exécuta, sous son influence, la restauration de la cathédrale de Bayeuxqui, incendiée de nouveau, en 1 169, fut , dès l’année suivante, l’objet de grands travaux, auxquels Henri II pourvut par des moyens spéciaux en 1 1 83 *. Il y a en outre trace écrite de quelques travaux d’art de la
1 Cet édifice, reconstruit par Henri 1er, qui l’avait lui-même détruit à son grand regret, dans l’assaut qu’il donna à Bayeux , en 1106, étant devenu de nouveau la proie des flammes en 1159, son évêque, Philippe d’Harcourt, en commença immédiatement la reconstruction « calhedralem suam, incendio concrematam, restaurasse legitur Philippus in » chartulario nigro capituli Bajocensis , ad annum 1150. » ( Gall . Christ , de Sainte- Marthe, t. XI, p.363). Les travaux furent commencés sur une telle échelle, qu’il en restait encore beaucoup à exécuter en 1183, ce qui décida Henri II à y affecter les revenus des prébendes vacantes « Henricus II, anno 1183, slaluit cum canonicis r éditas prœbenda- » rum canonicarum decedentium, usque ad annum, ad reficiendam ecclesiam deputan «
.VRCUITECTURE.
même époque, notamment sur un monument sépulcral de la cathédrale de Saint-Etienne de Périgueux, où se trouve la date de 1 160, aveccesmots : Constantinus de Jarnac fecithoc opus.
1 1 6 1 - 1 162. — En descendant les Alpes avec cent mille guerriers, pour mettre à la raison des bourgeois obstinés, divisés d’ailleurs d’intérêts et partagés en ligues dont plusieurs invoquaient son appui, Frédéric, presque d’accord alors avec le Saint-Siège, était loin de s’attendre à voir cette campagne se prolonger aussi longtemps -, l’on conçoit dès lors sa fureur lorsque, malgré tous ses efforts et la juste influence qu’il pouvait exercer dans les conseils de France et d’Angleterre, il apprit que Louis VII et Henri II, ces deux ennemis naturels, s’accordaient à reconnaître Alexandre III comme seul chef de la chrétienté, et que le grand concile de Toulouse, tenu au commencement de 1161, l’avait proclamé pape à l’exclusion de tout autre. L’effet moral était terrible dans la position critique où ce prince s’était placé vis-à-vis de populations dont cette proclamation, conforme à leurs désirs, remontait le courage en même temps qu’elle créait de très grands embarras pour l’accomplissement des projets ultérieurs du futur empereur d’Occident sur Rome et l’Italie méridionale. Raison de plus pour que, engagé dans la voie qu’il s’était tracée et qu’il ne pouvait plus quitter sans honte, Frédéric se hâtât du moins de vaincre les premiers obstacles.
Déjà des succès balancés lui faisaient pressentir les difficultés du succès, car lorsque, dans une sortie pratiquée par les Milanais pour protéger un convoi de vivres, l’aile de l’armée impériale, commandée par Frédéric, s’étant crue assurée de la victoire pour avoir atteint et mis en pièces l’arche sainte milanaise, le célébré Carrocio « che fa messo in pezzi, uccisi i bitoi , che lo menctvano , e presci la croce » indorata, cheera sulïantenna colla bandiera del comune », assaillie tout à coup par une autre nuée de Milanais et de Bressans, les vainqueurs avaient pris la fuite « con lasciar in dietro molti padiglioni e » prigioni ».
» dos, quod Urbanus Illratum hdbuit. » Plus tard, une de ces confréries de maçons, que nous ne voyons apparaître qu'au XIIIe siècle, fut chargée de continuer les travaux de cette cathédrale, poursuivis bien plus tard et dans des styles divers , comme nous le dirons dans notre texte sur notre planche (Vie de la 4e série).
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Une nouvelle armée de cent mille Allemands, formée spontanément pour sauver l’honneur de leur prince, vint, en juin 1 161, précipiter la catastrophe par les ravages exercés dans le rayon de la ville assiégée. Réduits aux plus affreux besoins, que rien ne pouvait faire cesser, un terrible incendie, qui détruisit le tiers de la ville, ayant dévoré leurs réserves, et la récolte étant brûlée sur pied, après de quinze milles à la ronde, sans espoir de secours et en butte à une commotion populaire, les consuls de Milan, après avoir, mais vainement , tenté de fléchir la rigueur de leur grand ennemi par une soumission conditionnelle, se présentèrent en armes, comme nobles, au palais impérial de Lodi, le ier mars i 162 . Admis près de l empereur, ils se rendirent à discrétion , ce qui, dans les décrets de ce prince implacable, présageait un arrêt d1 entière destruction 1 . Loin en effet que les vingt-cinq jours écoulés entre la soumission et la sentence en aient modifié la cruauté, il semblerait que Frédéric n’au-
1 l/offre de pratiquer six ouvertures dans les remparts pour l'entrée des troupes allemandes et d’admettre des podestats ayant été repoussée , et le peuple mutiné ayant exigé que ses chefs se soumissent à toutes les exigences impériales , les consuls obéirent. Les trente-six drapeaux de la commune et les clefs de la ville furent déposés aux pieds de l'empereur , devant lequel on fit défiler le Carrocio, dont le mât s’abaissa en présence du prince et ne se releva qu'avec son assentiment. Une touchante imploration de la multitude chargée de croix ne put arracher à Frédéric un seul symptôme d’émotion, il se borna pour le moment à choisir quatre cents ôtages , à prescrire la démolition des portes , et la garantie résultant d’un serment de fidélité.
La Mer des Histoires , l’un de ces ouvrages historiques dont nous nous plaisons à reproduire de temps à autre les textes , comme offrant l’expression des traditions souvent apocryphes du moyen-âge, cite la circonstance suivante comme une des principales causes de la destruction de cette grande cité. « La cause pourquoi la dicte cité fust destruite » estoit pour ce que les Millannois assirent villainement i’emperiere sur uneasnesse, la » face tournée vers le cul , en tenant la queue dicellc asnesse au lieu de bride, en tel >, point l’envoyèrent en la bataille à grande honte et vergogne. Le siège fust devant la ,, dicte cité sept ans, et au VIIIe an fust prinse et tous ses habitans mis à mort, excepté « les innocens pour l’amour desquels l’empereur feut mu de miséricorde, dont il ordonna » telle condition que ceulx eschapperoient qui voudroient vivre du pis ou du telin de » l’asnesse , en mettant leur nez dans le cul d’icelle et ne manger autre chose sinon une » figue, qu’en, ce faisant, ils rongeroient et ce qu'ils pourraient sucer de la dicte beste en » tel estât corne est dit. Aulcuns pour ce furent eschappez qui telle infameté voulurent » endurer ; mais ces autres cruellement tourmentez. Après ce fust la dicte cité absolue » et rasée jusques a terre. » On concevrait alors que Frédéric eût pris du temps pour asseoir sa vengeance sur de pareilles combinaisons.
t. IV.
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rail pris tout ce temps que pour mieux méditer le raffinement de sa vengeance. Une immense population chassée de ses foyers, sansasyle assigné, sans égard aux infirmités , sans considération pour l’âge ; une grande cité rasée à fleur du sol, ses temples profanés, les monumens des arts convertis en poussière -, et, pour comble de barbarie , cet affreux désastre, opéré moins par le vainqueur étranger soumettant le vaincu aux chances réciproques de la guerre, que par la fureur fanatique de populations, au demeurant nationales, assouvissant leur rage impie sur les abris de leurs concitoyens et sur des monumens dont leur patriotisme eût dû s’enorgueillir > : c’est un ta-
1 Vainement l’empereur mit mire la colère et l’orage qui la suivit , l’intervalle (le vingt-cinq nuits. Quelle sentence plus sévèro eût-il pu rendre dans le paroxysme de sa fureur ! Cependant, au témoignage de l’historien Romuald, alors archevêque de Salerne, le vainqueur aurait promis, lors de l’accord , de sauver la cité et ses citoyens « civitalem k integram et cives cum rebus suis permanere illœsos. » Mais ce qui flétrirait à jamais sa mémoire, ce serait l’hypothèse admise par quelques historiens, qu’il aurait vendu aux populations circonvoisines et ennemies acharnées de Milan, le droit de s’abattre en vautours sur cette noble rivale. « Gran somma di danaro aveano anche sborsato a Federigo « per oltenerne la permissione , » dit expressément Muratori , en parlant de la mission d'extermination confiée aux populations lombardes auxquelles la ville fut livrée, avec le soin préalable , de crainte de rivalité dans le pillage , d’affecter à chacune d’elles un des quartiers, au nombre de six , qui constituaient la cité , et prenaient leur dénomination de celle de leur porte « furono deputati i crehonesi ad alterare il sestierè di porta Ro- » mana, i lodigiani a quel di porta Renza, i pavesi a quel di porta Ttcinese. » (11 faut croire que le sentiment de respect pour les monumens antiques prévalut alors chez les Pavesans sur Pacharncment de rivalité internationale , puisque les dix-huit colonnes cannelées du monument dit des thermes de Maximien, situé précisément près de cette porte Ticinese, loin d’avoir été allerate, sont encore debout avec leur entablement); i novaresi » a quel di porta Vercellina, i comaschi a quel di porta Comacina, c il popolo del se - » prio e délia marlesana a quello di porta nuova. » On voit que la ville de Milan était circonvenue dans toutes les directions de bons voisins bien disposés pour elle ; car chacun de ses six quartiers trouva précisément ses instrumens de destruction dans les populaions des villes dont il portait les noms ou dont il jalonnait la direction. La haine et l’esprit de vengeance, ajoute le même historien (Annal. d’Ital., I. VI, p. 554), animaient tellement es peuples « clic si diedero un incredibil frelta alla rovina cleli infelice cilla. » Ce fut iu point, qu’au témoignage d’historiens cités par Sismondi (Répub. Ital., t. II, p. 136), orsque Frédéric repartit pour Pavic le dimanche des Rameaux (qui ne pouvait être loigné du 25 mars) , la cinquantième partie de la ville ne restait pas sur pied. Il est vrai ue les historiens, y compris le Lodisan Otto-Morena , témoin oculaire (il fut employé omme juge par Frédéric ) , se contredisent souvent eux-mêmes sur l’étendue du désase qui, selon quelques uns, eût été tel , qu’à la place ou fut Milan , on n’aurait vu qu’un àamp labouré et semé de sel (ce qui eût nécessité un long déblaiement) , tandis que se-
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bleau dont l'effet décliirant n'a pas de pendant historique , et près duquel viennent pâlir les récits héroïques des sacs de Thèbes, de Jérusalem, etc., et jusqu'aux subversions sauvages des Alaric, des Attila.
La terreur imprimée par ce grand châtiment, amena la soumission immédiate de Brescia et autres villes de la ligue Milanaise, telles que Plaisance -, et dès le mois de juin, l empereur mettant à profit cette disposition salutaire des populations, jusque-là peu dociles, alla dicter ses lois à Bologne, à Imola, à Faenza, etc., et soumettre ces villes au régime de ses podestats \ celui des consuls communaux n’ayant été maintenu qu’exceptionnellement pour quelques villes, restées fidèles à sa cause, telles que Crémone, Parme, Lodi, etc. Gênes aussi, qui, redoutant son attaque, avait construit une forte enceinte de 5,5oo pieds, implora son appui et l’obtint des plus favorables, en échange du concours que cette république lui offrit dans l’expédition toujours projetée contre la Sicile 1 .
Ion d’autres une partie des murs et plus de cent belles tours continuèrent à subsister. L’admirable campanile de la métropolitaine fut abattu par ordre de l’empereur et sa chute entraîna la destruction d’une partie de l’église. Quant à celle de Saint-Ambroise dont l’atrium du IXe siècle est resté intact (voir pl. Ire de la 9e série), elle dut sans doute sa conservation à son gisement hors de l’enceinte de celle époque. Sa préservation de toute atteinte prouvée aussi par ses monumens antérieurs, tels que le sarcophage dit de Slilicon, le ciborium à colonne de porphyre, le paliotto d’or de Volvinius, la mosaïque de Gaudentens, etc. (voir nos planches) , est d’ailleurs bien constatée par ce fait que c’est dans cette église que Frédéric , après l’exécution presque complète de sa sentence, assista avec l’impératrice Béatrix, à l'office des Rameaux, portant en tête la couronne qu’il avait déposée depuis deux ans, avec serment de ne la reprendre qu’après l’entière soumission de Milan.
i C’était en effet un des buts vers lesquels tendit toujours et que ne put jamais atteindre la politique ambitieuse et rancunière de Frédéric, qui n’avait pas oublié que c’était à l’appui qu'Adrien IV avait trouvé près de Guillaume Ier, qu’était due sa rupture avec le saintsiège. Cette hostilité, quoique sans contact, s’accrut encore, lors du traité par lequel le roi de Sicile, le pape, les Vénitiens, les républiques lombardes et même l’empereur grec à qui Frédéric voulait enlever Ancône, unirent leurs efforts, pécuniaires du moins, contre les prétentions de ce prince à une domination universelle. Détourné de ses vues sur la Sicile par des soins plus urgens , ce ne fut qu'en 1184 que Barberousse put y revenir ; mais il le lit alors par des moyens plus doux, en unissant son fils Henri à la fille du grand Roger, hymen dont nous verrons le déplorable effet sur la prospérité de ce royaume.
Le projet d’une expédition en Sicile était dès lors tellement arrêté dans la pensée de Frédéric que par le traité fait avec les Génois et daté de Pavie (1162, après la destruction de Milan et la réduction de Brescia ), il s’engageait à ne conclure sans leur assentiment, aucune
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Cette sorte de pacification de la Lombardie et provinces adjacentes ne concourait que faiblement au grand but de domination impériale que Frédéric s’était proposé dans l’illusion de sa puissance. Rome, bien que restée au pouvoir de l’antipape, dont ce prince s’était constitué le complice, ne lui offrait qu’un sol mouvant pour sa stratégie politique, surtout d’après l’accueil que ses grands rivaux de puissance, les rois d’Angleterre et de France, faisaient au pontife reconnu par le concile de Toulouse, Alexandre III, qui, dès
1 1 6 1 , après avoir consacré à Rome la basilique de i Santa Maria Nuoca l, avait quitté cette ville où le schisme dominait, pour se retirer en Campanie • s’embarquant ensuite à Gênes dans le carême de
1162, il vint en France, usato rifugio , dit Muratori, où le roi Louis ATI lui rendit, à Montpellier 2, les honneurs dus à son rang.
paix avec le roi de Sicile et leur inféodait Syracuse et deux cent cinquante fiefs de chevaliers dans la vallée de Noto (voir ce traité dans les dissertations 48 et 72 de Muratori). On s’étonne qu’un si grand prince ait pu se lier par un pareil contrat qui ne rappela que trop, à tous égards, ainsi que le remarque Muratori, celui des chasseurs de la fable. Celte même ambition qui préoccupait Frédéric de l’idée de rétablir l’empire romain dans ses anciennes limites, le rendit également dupe de l’offre que lui fit un certain Barasone, l’un des quatre seigneurs qui s’étaient partagé la Sardaigne où ils régnaient, pour ainsi dire, sous le titre de juges, de placer sous sa suzeraineté impériale avec l’aide des Génois, cette île, ancienne dépendance du grand empire, pour laquelle il offrait de payer une redevance annuelle de 4,000 marcs, comme prix de l’investiture que lui, Barasone, recevrait de ce royaume ainsi reconstitué. Nonobstant les réclamations des Pisans, maîtres alors de la Sardaigne et qui démontrèrent au prince que ce prétendu roi n'était que leur vassal et homme lige, Frédéric accorda le diplôme ; mais, dit Muratori, « il bello fa, che quando Fede- » rigosi credeadi meltere le mani soprail danaro accordalo, si trono che il re novello » non aveva un soldo, e lavorava solo di promesse. » Les Génois qui étaient intervenus dans cette négociation, à raison de leur inimitié contre Pise, soldèrent toutefois la première annuité, en retenant en gage le futur roi, qui ne régna qu'en prison (B. Marangoni, Chr. di Pisa, p. 398).
> Il n’existe aujourd'hui à Rome qu'une église de ce nom , c’est celle connue aussi sous celui de S. Francesca Bomana, que le pape Silvcstrc fit élever ( près du temple de la Paix), au lieu où saint Pierre et saint Paul confondirent, par leurs prières, l'imposture du magicien Simon. Dédiée par Léon IV sous le litre de S. Maria Nuova , reconstruite en 800 par Nicolas Ier, puis en 1216, après un incendie, par Ilonorius III, cette église ne doit pas être celle que consacra Alexandre III, a moins qu’un autre sinistre dont nous n’avons pas trouvé trace, n’ait nécessité cette nouvelle dédicace intermédiaire.
2 Ce pape débarqua à Magalone, ville détruite depuis lors, qui était située dans le golfe de Lyon, à peu de distance du canal maritime conduisant à Aigues-Mortes. C’est
Frédéric, dont ces relations directes etintimescontrariaientlesplans,'
s’empressa d’exprimer à notre roi le désir qu’il avait de rendre la
paix à l’Eglise, offrant d’intervenir directement dans un concile à réunir à Besançon ou à Saint-Jean de Losne, en présence des deux compétiteurs, dont les droits seraient débattus et fixés 1 . Ce projet souriait à Louis, qui, selon l’expression de Muratori, non andava molto alla malizia \ mais Alexandre, qu'il pressa d’y consentir, dans une entrevue à Souvigni, objecta qu’un pareil débat tendrait à rabaisser la dignité pontificale , en alléguant d’ailleurs que déjà de retour en Bourgogne, après la soumission des Lombards, Frédéric se mettait en mesure de dicter l’arrêt du concile. La résistance imprévue de Louis qui s’était porté fort de l’assentiment du pontife, faillit être un sujet de guerre entre l’empereur et la France -, mais le roi d’Angleterre intervenant de tout le poids que lui donnaient et son habileté et sa haute puissarfce, contraignit Frédéric à se tenir pour dit :
donc toujours à peu près le même itinéraire déjà si souvent signalé ; nous verrons plus tard que la cathédrale de cette ville portait l’empreinte de travaux d’art ( sculptures ) de ce temps.
< En proposant de réunir à Besançon ce congrès de rois, de pontifes et d’évêques, Frédéric s’était réservé le premier rôle. Il comptait sur l’influence qu’il pourrait y exercer, comme chef de la maison de Bourgogne dont cette ville était une dépendance. Il s’y serait d’ailleurs trouvé à portée de réunir tous ses prélats de Germanie très dévoués à ses intérêts et fort disposés, ainsi que ceux qui soutinrent le parti de l’antipape, à le seconder dans ses vues ultérieures, sur l’extension de sa domination impériale. Alexandre III vit le piège que n'avait pas aperçu Louis VII; mais il fallait toute l’énergie et l’influence d’IIenri II qui, de son côté, méditait alors les moyens d’absorber l’autorité de l’église, par le concours de son chancelier, pour empêcher la réalisation de ce projet dont les suites pouvaient être des plus graves pour la chrétienté.
L’opposition d'Henri II dans cette circonstance s’explique par les vues qu'on lui prête de créer à son profit une sorte de royauté ecclésiastique et de papauié anglicane (M. Michelet, t. II, p. 335) ; et par cette réponse que lui fit son ami Becket, lorsqu’il lui fit considérer l’archevêché de Cantorbéry comme un acheminement à la papauté : aPrenez garde! je deviendrai votre plus grand ennemi. Citissime a me auferes animum ; et gratia, m quæ nunc inter nos tanta est, in atrocissimum odium converterelur « ( Script . Fr. XIV, p. 453). Il est d’ailleurs bien constaté par l’audace qu’eut Henri II de soumettre à ses barons , au parlement de Clarendon tenu en janvier 1164, des règlemens ecclésiastiques, sous le nom de coutumes, qui affranchissaient en certains cas les ecclésiastiques anglais de la juridiction de Rome, que ce prince adroit avait mis un prix à ses services et que le pape exilé se montrait disposé à des concessions qu’il n’eût sans doute pas faites dans la plénitude de sa puissance pontificale.
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qu’il n’appartenait pas à ses évêques de décider d’une élection pontificale. Il en fut pour son offre officieuse et rentra en Germanie , tandis qu Octavien, venu pour recueillir le fruit de ces menées, regagnait son siège usurpé, bien moins solide que jamais '.
On ne saurait douter qu’au moyen de cet accord des deux principaux arbitres de la chrétienté, parcourant ensemble la France et y rendant de si grands honneurs à l’humble vicaire de Jésus-Christ , proscrit par les factions ultramontaines, notre splendeur monastique n’ait dû s’accroître encore dans cette période -, mais, ainsi que nous le disons plus haut, à partir de ce temps, il n’en est plus tenu registre, du moins avec le soin et les détails accessoires qui distinguent les Annales Bénédictines. Force nous est par conséquent à borner nos mentions, à défaut d’autres documens, à la circonstance suivante, citée d’après Charpentier, par Éméric-David ( Essai sur la sculpture , p. 5o) : En i 161 , on consacrait dans le chœur de l’église de Notre-Dame de Paris », derrière le grand autel , le mausolée de Philippe
• Les deux rois de France el d'Angleterre se trouvant réunis avec Alexandre lit à Touzi-sur-Loire (août 1162), firent assaut de prévenances envers ce pape ; ils lui servirent d’écuyers lors de son entrée, en l’escorlanl à pied et en tenant de chaque côté les rênes de sa mule. De semblables démonstrations publiques de la part des deux grands arbitres de la chrétienté confondirent l'espoir qu’Octavien avait mis dans l’intervention de Frédéric.
2 Eméric-David date de ia même année 1161 ( ibid ., p. 24) , le commencement de la construction de l’église même de Notre-Dame de Paris: ce qui ne pourrait se concilier avec l’érection presque simultanée d’un monument dans le chœur du même édifice. Il faudrait donc admettre ou que le mausolée aurait été placé dans l’ancienne église en partie ruinée mais qui subsista jusque sous l'évêque Pierre-Lombard, presqu’au moment où son successeur, Maurice-de-Sully, en commença la reconstruction, ou supposer que, bien qu’exécuté vers 1161, le monument funéraire de Philippe de France n’aura pris place que plus tard dans la nouvelle basilique. La première hypothèse s’accorderait beaucoup mieux avec la date de 1163 que l’abbé Le Bœuf assigne au commencement des travaux de Maurice de Sully, évêque depuis 1160, et celle date concorde en outre avec la tradition d’après laquelle le pape Alexandre 1IJ, qui n’était pas en France en 1161, avait posé la première pierre de cette nouvelle cathédrale. Il est probable que le mausolée consacré en 1 161 aura été déplacé deux ans plus tard et ne sera venu réoccuper son poste au plus tôt qu’en 1182, lorsque le légat du pape, Henri, consacra le grand autel en 1182. Encore cette dernière consécration fut-elle prématurée et déterminée, suivant l'usage resté en vigueur à Rome même, comme nous l’avons vu pour Saint-Paul hors les murs, par des considérations personnelles et au moyen de constructions provisoires, puisqu’il est constaté que le chœur de notre basilique métropolitaine, l’emplacement même contenant le grand autel et le mausolée dont il s’agit, ne fut couvert qu’eu 1096, à l’époque de la mort de Maurice de Sully.
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de France , fils de Louis -le- Gros, archidiacre de cette Eglise. Le sarcophage était en marbre noir et la statue en marbre blanc. En fait de fondations étrangères, nous n’avons trouvé trace que de celle de la grande église de Lubeck.
i i63-i 164. — Trompé dans l’espoir qu'il avait conçu de se poser en arbitre dans le litige papal, pour acquérir des droits à la gratitude du titulaire quel qu’il fût 1 , Frédéric vint faire avec l'impératrice, en 1 i63, un veryage de pur agrément en Italie, où il fit élever son palais de Monza 2. Ce fut pour le peuple Lombard, pressuré par
Nous avons déjà fait remarquer l’importance de cette dernière constatation , comme donnée archéologique propre à démontrer jusqu’où Maurice de Sully, par trente-trois années de travaux continus, conduisit l’architecture ogivale de cet édifice, reprise avec un grand surcroît d’élégance , dans l’ornementation surtout, par son successeur Eudes de Sully , et poursuivie pendant deux siècles, jusqu’à consommation de l’œuvre bien appauvrie et si maladroitement altérée depuis lors.
1 L’annaliste dit expressément : « covavanon dimenoi astuto imper adore ilpensiero » di burlar non meno Vodialo Alessandro, che V antipapa Oltaviano. » Ce qui prouverait bien que ce ne fut que pour placer sur le saint-siège un pontife qui lui dût son rang et qui par conséquent consentit à servir ses vues, qu’il épousa à Pavie la cause d’Octavien, espérant bien d’ailleurs que son exemple serait suivi par les autres princes chrétiens .
2 Ce palais, dont on n’aperçoit plus que quelques subslructions, ne pouvait échapper à la réaction milanaise , d’après ce que disent les historiens des moyens employés par les avides officiers de cet empereur pour élever ses monumens d’Itaiie : « fabbricarono » cosloro net borgo di Roseta una gran torre per far quivi la zecca, e guadarvi il da - *> naro delV imper adore. Ed un magni/ico palagio ancora per servigio d’esso Augusto » fa dalo principio in monza (1163) ; e tutto il di erano in voila gli strapazzati con- » tadini colle lor carra e buoi per condurre i materiali. Altrelanlo si facca per la fab- » brica del castello di Landriano , c di unpalazzo a Vigianlino » ( Ann . d’It., t. VI, p. 560). On voit que bien qu’assez mal assis sur le sol Lombard, Frédéric y fondait déjà des édifices deluxe, aux dépens» il est vrai, des malheureux Conladini, qui n’avaient pas trop de tous leurs moyens pour relever leurs propres abris. Il est d’ailleurs bien constaté que, malgré sa vie active, Frédéric I «• signala son goût pour les constructions monumentales. L’Allemagne en a conservé des témoignages plus vivaces que ceux de Monza. On voit encore en Allemagne, et notamment dans la ville de Gehnhausen qui fut entièrement construite par ce prince, vers la fin de son règne, le palais qu’il bâtit avec une recherche architecturale réservée généralement encore a ces époques pour les édifices religieux. La disposition de ce palais enclavé dans l’île que forment les deux bras de la Kniz, est curieuse sous ce rapport. Au-dessus de la porte principale flanquée par deux tours carrées, dont une seule subsiste, se trouvait la chapelle restée, presque jusqu’à nos jours, affectée au culte. L’appareil de construction offre l’emploi varié des pierres rectangulaires et des blocaillcs en arêtes de poissons. On y voit encore au rez-de-chaussée, élevé de quelques marches, troi salles, et notamment celle du trône, dont les pertes et les
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les exactions des podestats impériaux, une occasion de lui porter des plaintes qui, restées sans effet, décidèrent une nouvelle ligue, à laquelle prirent part surtout les villes de la Marche Yéronaise et celle de Venise, d’accord, dit-on, dès lors avec l’empereur grec Manuel Comnène, qui, pressentant les arrière-projets de Barberousse, s’efforçait de les étouffer dans leurs germes. L’épreuve que fit alors ce prince, venu sans armée, de la tiédeur des milices lombardes qu’il opposa à la ligue véronaise, le décidèrent à une prudente retraite, qu’il n’exécuta toutefois qu’en proclamant que sa vengeance, pour être moins prompte, n’en serait que plus terrible : mais une lutte ouverte en Germanie entre les maisons Guelfe et Gibeline, et de nouveaux embarras suscités par la mort de l’antipape Victor , auquel un autre se substitua sous le nom de Paschal III, retardèrent beaucoup l’exécution de sa menace.
Alexandre III, dont ces diverses circonstances ne pouvaient que servir la cause, jouissait cependant en France de triomphes bien propres à lui faire oublier son exil. Venu de Tours à Paris pour une conférence avec Louis VII, il vit ce dernier prince venir à sa rencontre à deux lieues de la capitale avec un pompeux cortège-, puis retournant à Tours, il y tint un concile où se trouvèrent 17 cardinaux,
1 9.4 évêques, et 4 1 4 abbés, sans compter un grand nombre de simples clercs. Pour mettre un terme à la vie nomade que menait ce pontife, et aux continuels déplacemens du clergé sur des points variables, il fut alors décidé que le pape adopterait une résidence fixe. Son choix tomba sur la ville de Sens. C’est au retour de ce concile, auquel assista l’archevêque de Cantorbéry, Thomas Becket, que ce prélat, animé d’un saint zèle pour l’observation des canons décrétés, dont la stricte exécution blessait les intérêts de seigneurs influens à la cour d’Henri II, ne craignit pas d’opposer ses droits épiscopaux à la volonté de ce prince, et prépara par sa pieuse tena-
fenêtres sont à arcades tréflées comme les galeries extérieures de l’église de la même localité subdivisées par un double rang de colonnes à base ionique et à chapiteaux variés. Deux colonnes courtes avec sculptures , placées au fond de cette dernière salle , accusent l’emplacement du trône et caractérisent bien le goût allemand pour la solidité et l’invariable affectation, même des accessoires. L’ornementation sculptée et ciselée qu’on trouve dans des pierres placées près de ce trône, comme sur divers fragmens épars dans les décombres, appartient au style oriental infiltré en Germanie au retour des croisades.
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cité, le déchirement de l’Eglise d’Angleterre, le long et scandaleux débat du roi trop absolu et de son intraitable chancelier, et par suite la sanglante péripétie de ce drame.
Les embarras suscités à Frédéric par les nouveaux soulèvemens des provinces voisines de l’Adriatique, et par l’indécision du litige papal, dans lequel Guillaume Ier avait pris parti pour Alexandre III , offraient à la Sicile une ère de repos, dont un autre prince que Q\ûW^nme-le-Mauvais eut profité pour consolider l’œuvre de son père -, mais en laissant flotter les rênes entre les mains de ministres pervers, plus soigneux d’assurer leurs propres intérêts que la prospérité du trône, Guillaume avait perdu ce qui fit si longtemps la force de son père, l’amour de ses sujets, l’appui de ses barons. Cependant un succès brillant obtenu par son armée navale ( 1 1 58), contre celle de Manuel Comnène, avait déterminé l’empereur d’Orient à conclure avec lui une trêve de trente ans-, mais la funeste issue d’une expédition contre les Maures, par la trahison d’un de ses amiraux, l’eunuque Gaito Pietro, cristiano di nome , sciraceno dicuore, et les iniquités du ministre Maione, plus souverain que le prince lui-même 1 ,et qui passait pour convoiter le trône, suscitèrent une révolte que Maione crut apaiser en envoyant en Calabre un des principaux barons siciliens, Mattao-Bonello, dont il devaitfaire son gendre. Ce fut l’arrêt de mort de cet ambitieux ministre. Bonello, effrayésansdoute des secrets que sa mission lui révéla, s’était à son retour dévoué pour sauver la Sicile, en frappant (i 160) le vrai chef de la conspiration, Maione, alors qu’il revenait de visiter son grand complice, l’archevêque de Salerne. D’abord soulagé d’un grand poids , Guillaume crut plus tard, par les suggestions des complices de Maione, que Bonello, dont la popularité devait confirmer cette crainte, visait au trône pour lui-même -, et la disgrâce qui suivit , devint l’occasion d’une conjuration véritable, dans laquelle le petit duc Roger fut proclamé en place de son père, déclaré incapable (i 161). Toutefois le droit prévalut, le duc Roger ayant été frappé de mort dans le tumulte 2 -, et Guillaume, ainsi restauré, ayant par de grands châtimens
• Muratori dit expressément de Guillaume Ier : « clic si vergognosamente si lasciava » menar dal naso da Maione. »
2 L’historien Romuald, qui joua un rôle politique marquant sous Guillaume It, n’attribue
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et par des preuves de valeur, reconquis sa couronne qu’il put laisser intacte par sa mort (i 1 66), à son autre fils, Guillaume II, sous la tutelle de sa mère.
Ce doit être dans ce dernier intervalle d’un règne rendu plus actif par le besoin de se défendre, que Guillaume Ier, dont nous avons cité la passion pour l'architecture, comme le seul legs intellectuel qu’il eût recueilli de son père, fonda la cathédrale d’Otrante, dont l’érection remonte à 1 1 63 r .
Des fondations analogues s’exécutaient en même temps en France, notamment dans le monastère dit le Reclus de Troyes, doté par le comte Henri Ier (Gallia Christ ., p. 639) -, dans l’église du monastère de la Luzerne, près d’Avranches, commencée en 1 164, et à Sens, où la cathédrale et l'église de Sainte-Colombe furent dédiées la même année par le pape Alexandre III, dont la résidence dans cette ville date de ce temps 2.
1 i65-i 166. — Le génie de Frédéric semble éclipsé pendant cette
la mort du jeune prince qu’à une flèche qui le frappa près de l’œil, alors qu’il regardait à la fenêtre le mouvement populaire occasionné par son acclamation ; mais d’autres écrivains, et notamment Giannone dont la version concorde avec celle de Muratori , ajoutent : que Guillaume à qui son fils fut présenté comme roi, le frappa d'un coup de pied dans la poitrine qui le fit tomber mourant dans les bras de sa mère.
■ Une inscription latine portant cette date se lit dans le pavage de cette cathédrale avec le nom de Panlaléon musiviste. Guillaume Ur poursuivait donc les travaux de ce genre exécutés par son père.
2 L’église de Sainte-Colombe que nous avons vue s’élever (en 1 123) par les soins personnels de l’abbé Arnauld, à l’exclusion de tous autres secularia negotia, venait d’être terminée. La cathédrale de cette ville se trouvait également assez avancée pour recevoir la consécration pontificale. Le séjour de ce pape pendant dix-huit mois dans cette ville où Thomas Iîecket vint le joindre, dut accélérer les derniers travaux auxquels cependant s’en joignirent beaucoup d'autres, notamment au XIIIe siècle. Lorsqu’on voit Guillaume de Sens appelé quelques années plus tard vers 1174) par le chapitre de Cantorbéry, pour reconstruire celte cathédrale qui venait d’être incendiée, et d'après l’analogie de style de ces œuvres, on ne peut douter que ce soit le même artiste qui a construit la cathédrale de Sens. Les communications continuelles occasionnées entre cette ville et le clergé de Cantorbéry, par le séjour de Thomas Becket et surtout dans les intervalles de paroxysmes de fureur d’Henri II, comme après le martyre du saint, devinrent pour le clergé anglais l’occasion d’apprécier, par l’œuvre française, ce mérite de notre architecte Senonois, De là le choix qu’on fit de lui, comme nous l’avons dit et comme nous le répéterons encore sous
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