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période, qu’il consomma presque entière à méditer de nouveaux plans et à tenir des comices à Lodi. Son embarras parut tenir aux obstacles nés de ses triomphes mêmes. Devait-il sévir de nouveau contre les cités lombardes qui, opprimées par ses podestats et fortes de son inaction, exprimaient de nouveau leurs vœux d indépendance ; fondre avec son armée sur la ligue véronaise qui, pour lui barrer le passage, s’était emparée de vive-force du château de Rivoli et de la forteresse d’Appendici, dominant les défilés des Alpes ; ou porter de nouveau la terreur de son nom jusque dans l’enceinte de Rome qui, revenant à d’autres sentimens, venait de rappeler de France son pontife légitime, et, le comblant de marques de respect, semblait braver par cela seul les foudres encore fumantes du terrible champion delà cause opposée 1 ?
L’ambitieux roi d’Angleterre éprouvait à son tour une autre déception. Non satisfait de ses prospérités auxquelles venait de mettre le comble la mort de Guillaume de Boulogne, fils du roi Etienne, par la prise de possession arbitraire de ses domaines, Henri 11 se flattait que la mort de Louis VII, demeuré jusque-là sans postérité masculine, viendrait au premier jour l’affranchir des liens de la suzeraineté, et joindre sur sa tête, ou sur celle de son fils, marié aune fille de Louis VII, la couronne de France à celle d’Angleterre 2, lorsqu’en août 1 1 65 , Louis VII, après avoir subi, secoué, pris et repris, et dansl’espace de vingt-huit ans, le joug del’hyménée, vit son sceptre affermi dans sa race par la naissance d’un fils, dont le nom de Philippe , auquel on ajouta celui à' Auguste, commémoratif de l’époque
1179. Cette honorable désignation que notre artiste justifia si bien, lit, au témoignage même des écrivains anglais, pénétrer pour la première fois dans ce royaume, les élégans travaux de notre architecture dite gothique.
> Son irritation à cet égard dut être d'autant plus vive, que l'archevêque de Mayence, Christian, qu’il avait placé en Toscane comme sentinelle avancée sur ce point, ne parvint à soumettre, avec ses Allemands, plusieurs villes de l'état Romain, dans l’intérêt du nouvel antipape Pascal III , que pour les voir se ranger d'elles-mêmes, grâce à l'appui des troupes siciliennes, sous l'autorité d’Alexandre II).
2 Les droits qu’auraient pu faire valoir alors Robert de Dreux, et Henri, évêque de Beauvais, comme frères de Louis VII, n’effrayaient pas le roi anglais, à qui la conduite de ces princes, lors du complot étouffé par Suger, donnait la rnesuie de leur nullité et de leur défaut d'influence.
.VRCHÏTECTÜRE,
de sa naissance, a prévalu glorieusement dans notre histoire sur le surnom de Dieu-Donné, expression pourtant des vœux de la France pour obtenir ce présent du ciel.
Un contre-temps d’autre nature, mais funeste dans ses effets, était déjà venu altérer le repos de l’impérieux prince anglais. Ce Saxon, de basse origine, qu’il avait élevé aux sommités de la puissance , Thomas Becket, avait, enfuyant l’Angleterre (octobre i i64)s laissé des fermens de troubles devenus de plus en plus graves -, et l’accueil que reçut ce prélat du roi Louis VII et du pape Alexandre III,
« Lorsqu’Henri II qui s’était fait payer, selon toute apparence, par des promesses du moins en faveur de son église, l’appui qu’il prêta au pape Alexandre III , présenta à son parlement de Clarendon, sous le nom de coutumes, des formules nouvelles qui étendaient sa juridiction royale aux dépens de celle de Rome, son archevêque deCantorbéry d'abord consentant, comme les autres prélats du royaume, plus barons qu’ évêques, selon l'expression de M. Michelet, voulut en référer au pape, qui, trouvant quelles dépassaient les concessions qu’il eût pu faire, refusa de les ratifier. Thomas Becket dès lors se rétracta publiquement. Traduit pour cette rébellion et comme ayant violé son serment d 'allégeance devant un concile anglican (à Northampton), il y fut condamné et sommé par le prince de restituer des sommes excédant la valeur de ses biens, d’ailleurs confisqués par l’arrêt, et se réfugia en France. Quelques historiens le font arriver par Boulogne, d’où il se serait rendu d’abord au monastère de Saint-Bertin ^près de Saint-Omer); selon d’autres, il serait débarqué en Bretagne, à telle enseigne qu’ayant été consulté, à son passage à Saint-Lô, sur le vocable d’une église qu’on construisait alors, il aurait répondu : « Que l’église soitvouëeau » premier saint qui versera son sang pour la foi catholique , » d’où viendrait la dédicace sous le nom de Saint-Thomas de Cantorbéry, d’une des églises de cette ville, qui ne fut terminée qu’en 1174, l’année qui suivit celle de la canonisation de cet archevêque martyrisé en 1171. Thomas Becket se rendit ensuite à Soissons, près du roi Louis VII, qui déjà s’était ouvertement prononcé contre le droit que s’était arrogé Henri II de déposer un archevêque, et qui lui fit l'accueil le plus flatteur. Il en fut de même du pape qu’il alla trouver à Sens, et qui cassa la sentence de Northampton. C’est alors que Becket, pour rester à portée de rendre ses hommages au souverain pontife , se retira sous l’abri des reliques d’un de ses prédécesseurs, saint Edmond, archevêque de Cantorbéry, au monastère de Pontigni, de l’ordre de Citeaux, auquel cette hospitalité faillit être fatale, Henri II, sur l’avis qu'il eut que Thomas Becket avait excommunié publiquement du haut du jubé de Vézelay (juin 1106) les défenseurs des coutumes de Clarendon et les usurpateurs des biens de l’église de Cantorbéry, en faisant pressentir que cet anathème pourrait s’étendre au roi lui même, ayant écrit au chapitre général de Citeaux qu’il eût à expulser ce proscrit à peine de saisie des possessions anglaises de cet ordre. Ce dut être après cette nouvelle proscription dont les Cisterciens furent complices, que Becket se retira au monastère de Sainte-Colombe de Sens , où il séjournait déjà temporairement sans doute lors de la résidence d’Alexandre III, et qu’il ne quitta qu’en 1170.
ARCH 1TECTURE.
alors retiré à Sens vint encore ajouter à l’irritation de Henri II, mise au comble par la nouvelle de l1 excommunication portée contre ses sujets et réservée contre lui-même , par le hardi prélat, dans l’église de Vézelay (i 166) 2.
Les fondations constatées pour cette période se réduisent à celle du monastère de Bonacumba, diocèse de Toulouse, construit par le comte Raymond (Ga//. christ., p. 535) -, ce qui peut paraître étonnant, si l’on considère surtout que le séjour en France d’un pape vénéré, ne put qu’accroître encore la ferveur religieuse -, mais il est vrai que , pour ce temps, la trace du grand dénuement auquel se trouvaient réduits d’importans monastères , peut donner à penser, ou que plus de tiédeur succédait à l’entraînement produit par les dernières croisades, ou que, épuisées par les frais de ces mêmes expéditions, les ressources habituellement affectées àces fondations allaient toujours en s’amoindrissant. Une autre cause de pénurie résultait des continuels séjours en France de ces pontifes exilés, dont chaque monastère enviait la présence, au risque de consommer sa ruine par les dépenses qu’elle causait. C’est ce que signale le père Juenin dans son histoire de Tournus , après avoir dit (p. 126 et 127) que la détresse de cette abbaye était telle en 1 164, qu’ Alexandre III, qui la
* Après un séjour de dix-huit mois à Sens, Alexandre III y reçut une députation des principales familles de Rome, chargées de lui exprimer le vœu de le voir reprendre son siège. Ce pontife y céda sans peine et retourna par Montpellier et Maguelonne, autre point de communication où nous signalerons plus loin, comme à Saint-Gilles , des traces de l’art greco-sicilien de ce temps. Assailli par les vents, il se trouva forcé de relâcher à Messine, où il renouvela son alliance avec Guillaume Ie» . Parvenu ensuite à Rome, par Ostie, il vit les sénateurs, le clergé et le peuple se précipiter sur ses pas et l’accabler de témoignages de soumission et de respect (Fie d’Alex. III , par le cardinal d’Aragon , p. 457, etRomuald. Cliron., p. 205). Muratori constate bien la versatilité de ce peuple romain qui avait forcé ce pontife à déserter son siège, en parlant de la procession qui suivit le pape de la basilique au palais de Latran : « Con tanta allegria délia città, che non v’era memoria d'altra si lieta giornata in quel popolo. »
2 Les historiens peignent la frénésie dont le roi anglais fut atteint à cette nouvelle, comme une sorte de paroxysme porté à cet excès, qu’il avait rongé la paille de son lit « cœpit stramineas masticare festucas » ( Script . Fr. XVI, 215). C’est une satisfaction que ne pourraient donner les souverains de nos jours. Déjà sur l’avis de l’accueil que son proscrit avait reçu du roi de France et du pape Alexandre, il avait, ce dit-on, pratiqué quelque accord avec l’empereur Frédéric, dans 1 intérêt de 1 antipape; mais sa politique prit le dessus et le ramena bientôt à d’autres sentimens.
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visita alors, proposa de n’y laisser que quatre ou cinq moines, jusqu’à l’extinction des dettes, en ajoutant que cette pénurie toujours croissante, et commune à beaucoup d’autres monastères, détermina V aliénation des droits des abbayes , autre cause de décadence et de ruine finale pour des fondations auxquelles manqua plus tard l’aliment nourricier tiré des indulgences, des abandons votifs , lors des départs pour l’Orient, du culte des reliques, etc., et qui ne pouvaient espérer de ces pluies d’or, comme les dons d’Alphonse et du frère du roi Etienne, qui purent défrayer Cluny des dépenses nécessitées par le séjour de tant de papes : Paschal II (en i 106) ; Gélase II (en 1 1 1 8) -, Callixtell (longtemps encore après son élection) -, Eugène III (en i i47)i Alexandre III (en 1 162), et surtout sousLouis IX, la cour pontificale d’innocent IV, qui, réunie à celle du prince, auraient suffi pour épuiser les revenus d’un grand royaume.
Quelques monumens d’art paraissent cependant dater de cette époque, notamment le célèbre bas-relief de l’église de Semur (et l’église même, dit-on), représentant, selon la tradition, l’assassinat de Delmace ', et surtout le bassin de cuivre damasquiné, travail
1 D’après la description faite par Courtépée (Hist. de Bourg., t. V, p. 320) et ce qu’y ajoute Millin ( Voy , dans le Midi de la France, t. Ier, p. 180 et suiv.), les quatre basreliefs, encastrés dans le mur extérieur de cette église élevée par Robert Ie‘, duc de Bourgogne, formeraient, ainsi que l’église de Séinur elle-même, une sorte de monument expiatoire du crime dont ce prince se rendit coupable, en assassinant dans un repas son beau-père Delmace, en présence de saint Hugues, abbé de Cluny, fils de Delmace, ainsi qu’il est constaté dans la vie de ce dernier : « Defunclo aulcm pâtre suo , quem dux >■ Burgundiœ gêner ejus propria manu peremerat » (Ilildebert. oper., p. 731). S’il en était ainsi , l’expiation monumentale où l’on voit l’apothéose du duc, aurait été bien tardive, en admettant toutefois la date de 1165 à 1175, que lui assigne Ernéric-David ( Essai sur la Sculpture, page 50) ; mais nous n’argumenterons pas ici sur celte erreur de date présumable, l’explicatioli de ces sujets ayant donné lieu à une controverse dans laquelle sont intervenus des archéologues émérites, tels que MM. Didron, Maillard de Chambure et autres. Nous réserverons cette discussion pour la joindre, dans notre chapitre V, à celle soulevée sur l’attribution française ou juive de la plupart des grandes statues royales qui décoraient aux XIe ou XIIe siècles beaucoup de portails d’églises ; et nous nous bornerons ici à prendre acte de ces dissidences, pour démontrer combien est encore mouvant le sol où nous plantons nos tentes, et ce qu’il nous a fallu de conviction et de témérité pour nous lancer à notre tour dans ce vaste champ de recherches où la lumière apparente égare souvent , au lieu de nous guider.
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oriental, fabriqué, dit-on encore, pour le baptême de Philippe-Auguste (en 1 166) 1 -, pour l’Italie, la porte en bronze de rentrée principale de l’église de Saint-André de Pistoie (1 166), monument à noter 2 en ce qu’il aurait précédé d’environ vingt ans ceux analogues xécutés par Bonanno de Pise, dont nous donnons un specimen.
1 167-1 168. — Muratori nous a transmis, dans ses Antiquités italiennes ( dissert . xlyiu) un document intitulé : Societatis Lombar diæ rudimenta prima , etc., qui prouve que la leçon du malheur avait profité aux Lombards , sans abattre leur courage , car ce pacte fédératif, conclu pour vingt ans , stipulait une alliance réciproque , sans serment , contre toute usurpation des privilèges des cités contractantes, Vérone et villes comprises dans sa ligue, Ferrare, Mantoue, Gremone, Brescia, Bergame, etc., avec engagement d'honneur d’aider les proscrits de Milan, cantonnés dans de chétives bourgades, à ressaisir leur rang de citoyens dont ils s’étaient montrés si dignes. L’exécution suivit de près le contrat conclu en avril 1167, car à peine vingt jours s’étaient-ils écoulés , que la ligue lombarde , dès lors bien constituée par un concours d’efforts digne des temps héroïques, rendait aux Milanais l’abri de leurs murailles. Des succès obtenus par l’adhésion forcée de Lodi, suivie de beaucoup d’autres, et par la prise, après un siège, du château de
1 S’il était vrai que ce bassin que nous avons vu i! y a quelques années dans la Sainte- Chapelle de Vincennes et qui doit être aujourd’hui dans un de nos trésors religieux , eût été, comme le dit Piganiol (t. IX, p. 508), exécuté pour le baptême de Philippe- Auguste, ce ne put être que par prévision, car le temps eût manqué entre la naissance et la consécration baptismale du jeune prince pour la commande et la confection de celte cuvette évidemment orientale, comme le prouve sa damasquine d’argent, le style de son ornementation, sauf les fleurs de lys surajoutées , et surtout son inscription arabe qui pourrait peut-être la faire considérer comme un des présens du roi Roger à Louis VU. Les petits poissons qu’on voit dans le fond -avec d’autres animaux) font remonter bien haut l’idée qu’on attribue à l’inventeur des rustiques figulines , d’avoir placé au fond de ses plats des poissons et autres reptiles, pour que l’eau qu’on y versait rendît à la moindre oscillation l’illusion complète. L’affectation de ce! ustensile au baptême des enfans de France, se prouve par le lieu de son dépôt sous l’ancienne monarchie (la Sainte-Chapelle de Paris). De nos jours encore, il fut porté dans ce but à Fontainebleau et employé aussi, dit-on, à Notre-Dame de Paris.
2 Ces bas-reliefs ont été reproduits par d’Agincourt (. Sculp ., t. III, pl. xxvu, n° I , p. 12). L’inscription porte : « Gruamoas magister bonus et Adeodntus frater ejus. »
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Trezzi et du trésor impérial qu’il contenait, consolidaient l’œuvre patriotique, tandis que Frédéric s’attaquait à l’empereur grec, en menaçant Ancône ', qu’il laissa, moyennant rançon, pour courir au foyer où des intérêts dominans semblaient réclamer sa présence. Rome, bien que docile aux lois de son pontife restauré, avait d'autres sujets de guerre. Albano, Tusculum , pour se soustraire à ses tributs , lui étaient devenus hostiles, et pour mieux soutenir le choc, avaient invoqué l’empereur dont les deux lieutenans, les archevêques de Cologne et de Mayence, avaient ouvert brillamment la campagne, quand Frédéric parut en armes devant la cité Léonine. L’attaquer et s’en rendre maître lui fut chose plus facile que de pénétrer dans la basilique vaticane, transformée en forteresse, et qui ne capitula que lorsque l’incendie d’une église voisine , vouée à la Vierge, parut menacer du même sort ce sanctuaire vénéré. Quittant alors le palais de Latran, Alexandre III se retira au Colysée que les Frangipani avaient su convertir en une forteresse moins accessible assurément qu’aucune de ces tours qui soutenaient souvent alors de véritables sièges -, mais sur l’avis que les Romains inclinaient à saisir le fnezzo termine que leur proposait Frédéric, une nouvelle élection pontificale qui eût annulé les deux autres , Alexandre, peu disposé à une renonciation dont Frédéric se portait fort pour Paschal, s’embarqua sur le Tibre et gagna Bénévent. Une ère de repos vint succéder alors aux agitations de la grande cité dont Frédéric reçut la soumission en traitant avec le sénat, qui sut, comme toujours , stipuler pour ses privilèges -, mais Alexandre fut vengé : cette malaria.*, funeste aux étrangers surtout, devant laquelle nous avons vu
« Ancône était alors entièrement sous l’influence de l’empire grec, avec lequel ses habitans faisaient un commerce très étendu; aussi est-ce aux efforts des Grecs que cette ville dut alors son salut. Nous la verrons plus tard (en 1173 et 1174) affronter encore de plus redoutables assauts de la part de l’armée impériale unie alors aux Vénitiens, dont Manuel Comnène s’était fait des ennemis. Ces relations, ce séjour continu, même longtemps à titre de possession, encore aux XIe et XIIe siècles, explique ce que nous avons pu remarquer à Ancône, le caractère oriental, plus spécial encore que dans les autres villes de l’Italie centrale, des monumens qui remontent à ces époques, notamment de la belle cathédrale Saint-Cyriaque. Ce débouché resté ouvert à l'empire grec sur un littoral rapproché du centre de l’Italie et si voisin de la France, dut contribuer aussi à nos importations byzantines.
2 Cette épidémie annuelle, dont nous avons vu les effets à Rome en août 1840, se
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fuir plusieurs empereurs victorieux , et Frédéric lui-même, vint sévir cette fois avec une intensité telle que, terrible dans ses effets , comme un autre fléau moins spécial à ce sol, elle porta en peu de jours l’épouvante et la mort au coeur de cette armée , prête à tout entreprendre ', et ranima l’espoir des peuples tremblans dans l’attente, par l’idée qu’un tel châtiment était infligé par le cielau prince excommunié , qui devait son succès à l’incendie d’une église. A peine si, fuyant ce sol pestiféré , ce prince, qu’on eût vu sans doute , sans F invasion du fléau, conquérir la Calabre, assaillir la Sicile, put-il se replier , par les étals Toscans, sur la ville de Pavie, restée fidèle à sa cause, empêché qu’il en fut longtemps par un très faible obstacle, un refus de passage qu’il eût forcé dans d’autres temps, mais dont il dut subir l’affront2 -, et là, désabusé sur sa haute influence par l’abandon de ceux de ses guerriers survivans à la catastrophe, par la tiédeur de ses plus chauds alliés, il endura bientôt, mais
nomme aussi fièvre maremanne. En llGT, ses ravages furent terribles et participèrent de ceux de ta peste : « Lamallina erano sani, » disent les historiens, en parlant des Allemands, <' non arrivava la sera che si trovavano rnorli , dimodo chc si penava a seppellir tanta gente. » Frédéric perdit ses principaux officiers, dont plusieurs de ses proches païens, et plus de deux mille de ses gentilshommes. Qu’on juge par ce fait de l’épuisement de son armée dont les soldats échappés à la mort , se croyant sous le coup de la vengeance céleste, abandonnèrent leurs drapeaux. Ce fléau devint le salut de la ligue lombarde, qui put dès lors, n’ayant pour ennemis que les Pavesans et le marquis de Montferrat, vaquer en paix à son organisation fédérative, quelle consacra audacieusement en fondant sur les confins de ces états hostiles, une ville nouvelle dont le nom, Alexandrie, éternise le dévouement de ces peuples à la cause du pontife, à la fois souple et énergique, qui sut préserver sa tiare des souillures dont la menaçaient les suggestions mêmes, faites il est vrai de bonne foi, de notre, pieux Louis VU, et l’adhésion des Romains aux propositions de l’empereur victorieux.
• Les historiens ne disent pas quels étaient les projets ultérieurs de Frédéric; mais on ne peut douter, surtout d’après la direction qu’avait prise dans sa fuite Alexandre III qu’il tenait à atteindre et à soumettre, que, profitant de son séjour dans les Etats-Romains, il n’ait cherché à réaliser le plan de campagne concerté depuis longtemps avec les Génois, en se vengeant sur les états du roi de Sicile de l’appui que ce prince prêtait à tous ses ennemis.
2 Arrivé à Ponlremoli, petite ville sans importance, mais qui barrait le défilé de l’Apennin dans lequel Frédéric se trouvait engagé avec les tristes débris de son armée, il ne put passer outre, bien que cette ville parût étrangère au pacte de la ligue. Il fallut que le marquis de Malaspina, en allié fidèle, mais qui abandonna plus tard sa cause, vînt lui servir de guide pour le conduire à Pavie è travers ses états.
t. IV,
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avec grand courage, tous Les supplices de l’orgueil, lorsque forcé d’éviter la bataille qu’on lui offrit dans les champs milanais, il fut réduit à passer sous le joug des chefs d’une bourgade 1 pour traverser les Alpes avec une très faible escorte, regagnant ses états, où six ans de repos purent suffire à peine à pourvoir aux moyens d’exercer sa vengeance.
Cette période si agitée pour l’Italie se consomma pour la France et pour l’Angleterre en efforts superflus, afin de réconcilier Thomas Becket avec Henri II, et de la part de ce prince, pour obtenir que le pape, au moyen de modifications introduites aux coutumes de Clarendon, parût abandonner la cause de l’archevêque, ce qu’Alexandre III fit au grand déplaisir de tout le clergé orthodoxe -, mais notre roi resta fidèle aux intérêts de ce proscrit, et lors même que l’année suivante (1169), Louis témoigna hautement ses regrets de ce que l’inflexible Becket, qu’il avait conduit avec lui à l’entrevue royale de Montmirail, avait fait preuve d’un excès de ténacité dans ses restrictions à sa soumission envers son prince a, si son front s’obscurcit, le
■ Lorsque Frédéric se présenta à Suzc, il n'était accompagné que de trente cavaliers conduisant de nobles étages italiens qu’il emmenait en Allemagne , et dont un , noble Bressan, venait d’être immolé à un soupçon de connivence avec ses ennemis ( Lettre de saint Thomas de Cantorbéry, lib. 2, ep. GG). Maîtres du défilé qu'il lui fallait franchir, les citoyens de Suze s’armèrent et lui enlevèrent ces étages. Sur l'avis qu’il reçut d’ailleurs qu’on méditait un guet-apens dont il eût été la victime, il feignit de garder le lit où il se fit remplacer par quelqu’un qui lui ressemblait, et prenant un déguisement, comme s’il eût été chargé de préparer les logis de son maître, il traversa les Alpes en toute hâte avec cinq de ses officiers, arriva en Bourgogne et passa en Germanie, où la perte de son armée ne put lui procurer un accueil bien flatteur, et lui ménagea des soucis qui ajoutèrent au répit dont jouissait déjà l’organisation lombarde.
2 Henri II éprouvant le besoin de s’affranchir à tout prix de l'anxiété que l’opposition de Becket faisait peser sur toutes les affaires de son royaume, et convaincu qu’il n’y parviendrait que par l’entremise du roi de France, provoqua dans ce but l’entrevue de Montmirail (^en Perche) , après avoir fait acte de vassalité envers ce prince, avoir demandé sa fille pour son fils, et s’être pour ainsi dire mis à la discrétion du roi de France (J. Saresber, ap. scr. fr. XVI, p, 595). Hans cette entrevue où Louis se fit accompagner de Becket, tout allait être terminé lorsque l’archevêque, en faisant sa soumission, y mit cette réserve: « salvo omnibus ordine suo et honore Dei et sanctæ Ecclesiæ. » Henri II qui, de son cété, avait réservé l’honneur du royaume, s’irrita de la restriction qui offensa également le roi Louis et les seigneurs français présens, aussi la conférence fut-elle immédiatement rompue. Les deux rois se retirèrent sans donner suite au pourparler, en témoignant par leur froideur de leur nouveau grief contre l’insolent prélat. Mais le pieux Louis qui en reti-
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nuage fut passager. Revenant bientôt lui-même à la cause de Dieu , notre roi fit si bien par ses instances, souvent même par ses reproches, qu’il décida le pape à user de menaces envers Henri II, pour arriver au congrès solennel (juillet 1170), qui décida du retour de Becket et fut l’arrêt de son martyre.
On conçoit qu’au milieu de ces discordes religieuses, nos fondations aient été rares. Nous n’avons trace que de celle de Grandmonti diocèse de Malines, par Baudouin, comte de Flandres , étranger à tous ces débats ( Gallia Christiana, p. 575)-, et de celle de Valdieu^\ quatre lieues de Tongres(ae Voy. litt ., p. 198). Mais si Louis VII demeurait étranger à de nouvelles constitutions monastiques déjà multipliées en si grand nombre, d’autres soins l'occupaient, et l’affranchissement communal dont il s’était montré tour à tour le partisan et l’ennemi, selon qu’il y trouvait garantie pour son trône ou présage contraire, recevait sa haute sanction, par l’établissement au moins en expectative, des libertés d’Auxerre ",
1 169-1 170. —L’état presque stationnaire pendant ces deux années, des intérêts que nous traitons, nous dispensera d’y revenir et même d’insister sur quelques détails secondaires , tels que le soin qu’eut Frédéric de partager tous ses Etats entre ses quatre fils et celui de
rant ses bienfaits avait réduit Becket à manger le pain de l’aumône, se repentit bientôt de sa complicité dans l'injustice d’Henri II, et faisant appeler l’archevêque qui s'attendait à un nouvel ordre d'exil, il confessa sa faute en lui disant : « Verè lu soins vidisti, nos omit ncs cœci sumus... » ( Gervas. cantuar. vit,, quadrip., p. 9G). La munificence royale française continua des lors à délrayer le proscrit anglais. t
> Louis VII donna bien vers ce temps son assentiment à la formation de la commune que le comte d’Auxerre, Guy, lui proposa d’établir, et dont l’objet était de constituer les bourgeois en un corps jouissant du privilège de se gouverner eux-mêmes, d avoir leur sceau et leur juridiction; mais soumis par contre à des sujétions, telles que l’obligation de payer un impôt et de servir en cas de guerre. L’évêque Guillaume de Toucy, dont cet affranchissement compromettait les droits, s’opposa de tous ses efforts à 1 exécution du contrat, par un appel au conseil du prince, qui lui reprocha vivement de chercher par son opposition, à soustraire la ville d’ Auxerre à la couronne de France, les rois étant considérés comme maîtres absolus de toutes les villes ainsi affranchies. Il paraît que ce nonobstant cet évêque parvint par des sacrifices pécuniaires à suspendre du moins la mise en activité de la charte d'Auxerre, qui ne porte que la date de 1194 (voir l’abbé Le Bœuf, Mém. d? Auxerre, t. I, p. 304 ; t. II. p. 93 et 121).
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Henri II, de faire couronner (i 170) son fils Henri au Courtmantel , âgé seulement de quinze ans, par l’archevêque d’York, au mépris calculé des droits du primat du royaume, l’archevêque de Cantorbéry. Survint ensuite (22 juillet 1 170) la conférence solennelle ', où mêlant aux intérêts des deux royaumes ceux de Thomas Becket, Louis VII et Henri II stipulèrent que ce prélat serait réintégré dans ses biens, honneurs et puissance, et que ses parens et amis2, compris dans les édits de persécution, participeraient à ce pacte auquel une sanction manqua, dans le baiser de paix , qu1 Henri II refusa, prétextant d’un serment prêté dans sa colère. La suite ne prouva que trop qu’en excipant de ce prétexte, Henri II avait le projet d’atténuer d’autant l’effet de son parjure -, car à peine Becket quittant la France où il séjourna sept ans 3, était-il revenu dans ses domaines épiscopaux, où le circonscrivit un ordre de son roi, et eûtil exercé ses devoirs de primat, dont il usa sans passion ni faiblesse, mais en frappant d’un interdit autorisé par sentence papale, l’archevêque d’York et le clergé présent au sacre d’Henri au Courtmantel,
> Cetle nouvelle entrevue entre les deux rois et l'archevêque eut lieu à Cliinon. Henri II s'y montra d'une excessive courtoisie pour Becket; mais le choix fait pour cette solennité d’une messe des morts qui excluait le baiser de paix , parut d’un sinistre présage. Louis VII en fit lui-même la remarque et se défendit hautement de sa participation au retour de Becket, si le baiser de paix lui était refusé.
2 Les parens à tous degrés, de tout sexe et de tout âge, au nombre d’environ 400, de l’archevêque de Cantorbéry, avaient été compris dans son arrêt de proscription, avec injonction sous serment d’aller offrira ses regards le tableau de leur misère. Plusieurs amis dévoués s’attachèrent volontairement à sa mauvaise fortune, entre autres le célèbre écrivain anglais Jean-de-Salsbury, élève d’Abcilard , qui subit non sans regrets (Fr. script., XVI, p. 503, 512) les privations de l’exil. Ses récits de faits dont il fut presque toujours le témoin ont une grande autorité.
3 Indépendamment des séjours plus ou moins temporaires que Becket fit à Saint-Berlin , à Pontigni, à Sens, et des voyages que lui occasionnèrent la prédication de Vézelay, les entrevues de Montmirailet de Chinon, et le double trajet delà France, il paraîtrait que ce prélat aurait à diverses reprises parcouru d'autres provinces françaises, car on montrait en Dauphiné, comme à Auxerre, des maisons sanctifiées par sa présence et même une église qu’il aurait construite. Les ornemens religieux à son usage et que nous avons fait dessiner et colorier dans le trésor de la cathédrale de Sens, pour former, par leur réunion, une de nos plus curieuses planches (XXVI de la 10“ série de l’Album), doivent provenir à la fois des monastères de Pontigni et de Sainte-Colombe, d’où ce prélat ne songea sans doute pas à les retirer, retournant en Angleterre avec le pressentiment du sort qui l’y at-
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que sur les plaintes qu’il reçut, Henri II, alors à Bure, près de Bayeux, arma par un vœu homicide des bras qu’on trouvera toujours disposés à exécuter, quand c’est un prince qui l’exprime >. Horrible extrémité qui clôt bien tristement cette période. L’assassinat eut lieu le 29 décembre 1 170.
Le goût de fondations dont le pape Alexandre III donna lui-même l’exemple, en restaurant et consacrant à Rome l’église de Saint-Bartholomeo ail’ isola2, paraît reprendre aussi dans notre clergé, puis-
tendait. Dom Martenne (Ipr Yog. lût., p. 57, 58) dit en parlant de sa visite à Pontigni : « Nous y vîmes les ornemens pontificaux de saint Thomas Becket et sa chapelle où l’on » tient qu’il eut la révélation de son martyre ; » et Millin, dans son Voyage dans le Midi de la France (t. Ier, p. 97), décrit ainsi les ornemens, réunis dès lors dans sa cathédrale : « chasuble de forme grecque, avec le manipule, Yétole, le cordon, les tunicelles et les » mitres, provenant de l’abbaye de Sainte-Colombe, où Thomas se retira lorsque les » moines de Pontigni cessèrent de lui donner asyle. Le célébrant les revêl, à l'exception » des mitres, pendant les offices de la messe de saint Thomas. La maison qu’il occupa à » Sens se montrait encore, il y a cinquante ans, au coin de la rue Brennus. » Quel rapprochement d’illustration pour cette ville !
■ Becket partit pour l’Angleterre, en passant par Piouen, Boulogne et Calais, assiégé de prcssentimens, qu'il brava, comme les démonstrations de danger résultant d’ordres pour l’arrêter en chemin, donnés par Henri II, en disant : « c'est assez de sept ans d'absence » pour le pasteur et pour le troupeau. » Voulant célébrer, dans son église deCantorbéry, la fête de Noël, qui approchait, il voyagea en toute hâte, au milieu des acclamations publiques, et prêcha, à son arrivée, sur ce texte : « Je suis venu pour mourir au milieu » de vous. » L’usage qu’illit du droit d’excommunier, que lui avait conféré Alexandre III, en même temps que, par un duplicata blâmable, il avait adressé une absolution à Henri II, porta au comble la fureur de ce monarque ; et sur ce qu’il s’écria imprudemment peutêtre : Aucun des lâches que je nourris n’aura-t-il donc le courage de me venger de ce prêtre : « omnes quos nutriverat maledixit, quod de sacerdoleuno non vindicarent » (J. Saresber. epist. apud Sc. Fr., XVI, p. 519), quatre chevaliers du palais, s’imputant, sans doute à grand tort, l’expression de ce reproche, conjurèrent secrètement les moyens de venger leur prince. Engagés par serment, partis de points divers, ils arrivèrent presqu’ensemble à Saltewerde, et se présentèrent chez l’archevêque cinq jours après Noël: parlant au nom du roi, sans mission sans doute, ils tentèrent d’abord d’intimider Becket, qui sur le mot de traître, échappé à l’un d’eux, répondit noblement, avec les souvenirs de sa vie aventureuse : « Sans les liens religieux qui me retiennent, le lâche sa )> repentirait de son insolence. » Assailli au pied de l’autel, il vit la mort d’un œil tranquille, et s’offrit de lui-même aux coups des assassins, dont le clergé anglican célébra d’abord l’héroïsme.
2 C’était l’ancienne église de Saint- Adelbert, dont nous avons parlé, dont le vocable changea par suite de l’admission du corps do saint Bartholomée, qu’Otton III fit venir de Lipari. Paschal II l’avait déjà restaurée, en 1113, comme l’indique une inscription res-
ARCHITECTURE
qu’onpdate de^ce temps celles de l’abbaye de Beaulieu, diocèse de Langres ( Gallia christ ., p. 53 1) ; du monastère Fuliense, diocèse de Toulouse (ib.y p. 588); de Font-Doulce, diocèse de Saintes ( ib., p. 583) ; de Saint- Amant, diocèse d Angoulême , dédiée du moins en 1 170 ( ih ., p. 53 1), et même la reconstruction de l’église de Saint- Père de Chartres, par Hilduard, religieux bénédictin ( Musée des mon. fr., t. II, p. 18). On assigne aussi l’année 1170 comme étant celle où l’évêque anglais Roger construisit en style ogival la nouvelle crypte de son église cathédrale d’York ; mais quoique cette tradition n’ait rien que de fort naturel, puisque nous avons vu que depuis très longtemps on employait en France ce style dans lequel s’élevait alors depuis huit ans notre grande cathédrale de Paris, resterait l’objection faite par des savans anglais, et notamment par M. Hallam et par M. Hope lui-même, que les premiers travaux de ce caractère apparus dans cette île, sont ceux qu’y importa, vers 1 175, notre architecte Guillaume de Sens, en reconstruisant l’église incendiée de Cantorbéry . N’oublions pas non plus la trace indiquée par Martenne (2e Voy. litt.y p. 18), d’une couverture en filigrane de vermeil doré, exécutée en 1 169, pour un texte d’évangiles en lettres d’or onciales donné p^r Louis*le-Débonnaire, au monastère de Saint-Médard de Soissons; monument d’art assez important pour qu’on ait consacré sa confection par l’inscription suivante : « Hœc tabula facta est a » domno Ingranno, abbate hujus loci (Saint-Médard, où ce livre était » encore en 1708), anno incarnait Verbi MCLXV III I : papatus i) Alexandri III, decimo regni Ludovici i unions XXXIII. » Le reste de l’inscription concerne le don de Louis-le-Débonnaire. Quoiqu’il nous soit bien démontré que la plupart des ouvrages en filigranes d’or, dorés ou d’argent, dès les XIe et XIIe siècles, que nous avons eus et que nous avons encore sous les yeux, sont du travail byzantin désigné sous le nom de verges, à cause sans doute de la ténuité des filamens, cette constatation viendrait prouver que nos artistes, si habiles en orfèvrerie et en monture (inclusoria') , rivalisaient dès lors avec les Grecs dans ce travail de patience et de goût ; car il n’est pas présu-
peclée par Alexandre IU, et même par L6on]X, qui apposa également son cachet à*ce vieil édifice.
V llCHiTKC'l l. RL.
mable que l’abbé Ingran ait envoyé son manuscrit carlovingien en Orient, pour l’enrichir de ce revêtement.
1171- 1172. — La mort de saint Thomas Becket, dès lors considéré comme martyr, fut plus funeste au prince anglais que les concessions qu’il eût pu faire aux droits primatiaux, fondés ou non, de ce prélat. Henri II, accusé d’une commune voix d’avoir et médité et consommé le crime, vit se former sur sa tête un orage 1 , auquel il ne manqua, pour éclater, que le concours des foudres pontificales, bien évidemment encourues par l’assassind’un prince de l’Église -, aussi l’habileté d’Henri consista-t-elle alors moins à répondre à des menaces qu’à en amortir l’effet en prodiguant les soumissions et l’or au pontife qu’il bravait naguère, pour obtenir une rémission qui désarmât ses sujets mêmes. L’abrogation des coutumes de Clarendon, la restitution au clergé anglais de tous ses droits et privilèges, la déclaration formelle, et qui dut bien coûter à un tel prince, qu’il tenait en fief du Saint-Siège son royaume d’Angleterre et même l’Irlande qu’il venait de conquérir, et qu’il soumit au denier de saint Pierre, l’engagement formel de partir pour une croisade à la première intimation pontificale, et même le serment d’être entièrement innocent du meurtre de Becket, rien ne coûta à Henri II, qui obtint à ce haut prix (en mai 1 172) une absolution très profitable, comme on voit, à la cour de Rome, qui canonisa en même temps le saint martyr -, nouveau sujet d’humiliation pour Henri, contraint de publier la bulle et qui porta la condescendance jusqu’à se faire flageller sur la tombe de sa victime.
> Peu s’en fallut que la France ne ressaisît a cette occasion ce que lui avaient fait perdre la fausse politique et la faiblesse de son roi, trop activement exploitées par l’habileté d’Henri II. Mises en interdit par l’achevêque de Sens, comme primat des Gaules, les provinces françaises, réunies aux domaines d’Henri II, n’auraient pas opposé de fortes résistances à une attaque justifiée par l’indignation dont notre roi lui même, et ses vaiilaris barons se montraient animés pour venger le meurtre de leur hôte, si la division religieuse, que soulevait dans ces provinces mêmes l’annonce de cet attentat, eût trouvé quelqu’appui dans les décrets de Rome, qui préféra sa cause à celle de la France, et vit son intérêt à mettre à profit l'occurrence pour rattacher à ses domaines un grand état prêt à lui échapper, et que d’imprudentes rigueurs auraient pu rallier à la cause impériale, demeurée hostile au Saint-Siège ; l’irritation causée en Angleterre par l’assassinat de Becket, considéré comme un martyr de la vieille cause saxonne, eût formé, dans cette hypothèse, une puissante diversion, toute favorable à la France.
A. il CHI TE CT uni:
Cette nouvelle source de perturbations dut encore réagir sur nos fondations monastiques, qui se résolvent pour ce temps en celles du monastère de F ieux-Pont, de l’ordre de Grandmont (ier Voy. litt ., p. ôg), et de Notre-Dame la Blanche (île de Noirmoutier). D’autres grands travaux importans apparaissent pour cette époque dans l’érection de la grande tour de la Piazza de Vérone et de la colonne de la Piazetta de Venise, édifiée par un ingénieur lombard, Mastro dei Barattieri, qui fit le Ponte Rialto et le Campanile de Saint-Marc, et eut Mantegna pour élève ( Cicognara , Stor. dellescult., lib. 2, p. 43). Le célèbre beffroi de Gand daterait aussi de 1 17 1, selon Sanderus ( Flandria illustrata , t. I, p. 200), et son érection concorderait avec l’obtention d’une charte communale par cette ville.
Ce qui donne surtout un caractère à cette époque, c’est le mélange de sollicitude religieuse, prouvée par le deuil public , dont le meurtre de Becket fut le signal, et de besoin d’émancipation communale, aux joyeux passe-temps de ces réunions chevaleresques *, où l’on faisait assaut d’un luxe immodéré et souvent puéril. Ainsi dans une cour plénière, tenue à Beaucaire, en 1172, par Raymond V (Millin, F oy. dans le midi de la France, p. 4 ï 3 , 4i4)> ce prince fit don à Raymond d’Agonot de cent mille sous (le marc d’argent fin en comprenait 5o), qui furent distribués à dix mille chevaliers venus à cette cour -, Bertrand Raimbaud fit semer trente mille sous en deniers, dans des sillons tracés par douze paires de bœufs -, Guillaume Grosmartel fit apporter à la flamme de cire un repas pour trois cents chevaliers -, la comtesse d’Urgel fit exécuter une couronne de la valeur de quarante mille sous, destinée au roi de tous les bateleurs ( Guillaume Mite)-, Raymond de A^enoux crut enchérir sur ces gentillesses en faisant brûler devant l’assemblée trente de ses plus beaux chevaux, et autres extravagances qui contrastent avec l’im-
• Les cours d'amour, qui formaient l'aliment principal de ces réunions princières, étaient alors en grand honneur sur tous les points de i’Occident. Eléonore de Guyenne en avait transporté l’usage en Angleterre, où ses relations trop intimes avec le célèbre troubadour Bernard de Ventadour justifiaient presque les galantes amours de son époux avec la belle Rosemonde et autres; et il n’était pas jusqu’à Barberoussc, qui cherchant, comme nous l'avons dit, dans la poésie provençale, des distractions à ses soucis politiques, n’eût fait pénétrer }a culture de la gaie science jusqu'au fond de la Germanie.
ARCH 1TECTL RE.
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portance des soins qui occupaient la chrétienté à cette époque surtout, où commençait en Orient le règne de ce Saladin, dont la bravoure et les talens furent si funestes plus tard à nos guerriers de Palestine, dont il venait de jurer l’expulsion, après avoir combattu côte à côte
1 173-1 1^4- — Pendant son long séjour au sein de ses états, Frédéric n’avait pas négligé ses intérêts italiens, et préludant à la nouvelle expédition qu’il dirigea en personne en octobre 1174, il avait confié à l’archevêque de Mayence, Christian, le soin de lui préparer les voies par d’adroites négociations, suivies d’un armement formidable, composé de Toscans, de Romagnoles et de débris de l’ancienne armée impériale, avec lesquels ce prélat , général comme la plupart de ceux de Germanie, entreprit le siège d’Ancône (1173). L’attaque fut d’autant plus vive que les Vénitiens, contrariés dans leurs prétentions au commerce exclusif de l’Adriatique, par l’influence de l’empereur grec, sous la protection duquel Ancône res-
1 Le successeur de ce Nour-Eddyn, que nous avons cité comme ayant par ses succès déterminé la croisade de Louis VII , et qui avait suivi en Egypte son oncle Chyrkouh> Saladin s'était déjà fait connaître par de signalés faits d’armes, notamment à Barbeïn et dans la défense d'Alexandrie. D’insouciant et de dissipé qu’il était, devenu par ambition sans doute, sobre, chaste et religieux, il ne marchait à l’ennemi que le koran en main. Le luxe, qui! refusait à ses habitudes personnelles, brilla dans ses fondations de mosquées, d’hôpitaux, de collèges, dans la construction de la citadelle du Caire et du puits de Joseph delà même ville. Ce fut vers 1171 que commença défait, par la mort de Nour-Eddyn, qui s’était repenti de s’être donné un riva! dans un tel lieutenant, le règne de Saladin sur l’Egypte, la Syrie et l’Arabie, qu’il gouverna sans partage lorsque le fds de Nour-Eddyn mourut sans enfans en ÎISÜ. Dès 1177, Saladin, jusque-là sans animosité contre les Francs, manifesta hautement le projet de tourner contre eux sa puissance. Un tel pouvoir, dans de pareilles mains, était d’autant plus menaçant pour les chrétiens d’Orient , que la sainte cité, douze ans avant la bataille de Tibériade, qui ouvrit à Saladin les portes de Jérusalem (1187), n’avait pour défenseurs, selon la remarque de Gibbon ( t. XVI, ch. ux, p. 149), qu’im lépreux (Baudouin IV, fils d’Amaury), un enfant (Baudouin V), une femme (Sybille, sa mère), accusée d’avoir fait périr son fils pour couronner son mari ; un lâche (Guy de Lusignan), ce mari même; et un traître (Raimond, comte de Tripoli), le plus puissant des vassaux, qui, exclu de la succession et de la régence, conçut contre le roi une haine implacable, et entretmt avec le sultan des liaisons criminelles. Tel était l’aspect déplorable sous lequel s’offrait alors le royaume chrétien d’Orient ; et l’on conçoit que sous de tels présages, Alexandre III, prévoyant la prochaine nécessité d’une nouvelle croisade, ait fait souscrire à Henri II l’engagement qu’acquitta son fils Richard.
VRCHITECTURÜ.
tait toujours rangé , désertèrent la ligue lombarde pour unir leurs efforts à ceux de l’armée impériale qu’ils combattaient naguère-, nouvel exemple de la mobilité des ressorts que l'intérêt dirige ! Quoiqu’inspirée par dessentimens moins exaltés peut-être que ceux dont Tortone et Milan venaient d'être victimes, la défense opposée par les Anconitains fut aussi des plus héroïques, et bien plus heureuse en ce que, résistant au choc des combats, comme aux horreurs de la famine, ils durent leur salut au généreux dévouement de deux nobles étrangers dont ils implorèrent le secours, la comtesse de Bertinoro et Guillaume Marcheselli, de Ferrare. Aussi, est-ce sans doute à défaut de ce point d’appui, qu’au lieu de déboucher par l’itinéraire habituel , l’Adige , Frédéric adopta le trajet par la ville de Suze, qu'il sacrifia à son ressentiment avant d’aller asseoir son camp devant les remparts élevés récemment par la ligue lombarde, en haine de son nom, en l’honneur de celui de son plus cruel ennemi, le pape Alexandre. Laissons cet empereur consommer son hiver, épuiser ses moyens à assaillir sans fruit, à miner les abords d’un amas de masures en torchis de boue et de paille l, pour récréer nos yeux d’un spectacle plus digne, qu’offrait en même temps la grande fondation monumentale d’un autre de ses ennemis, le roi de Sicile. ^
Guillaume II , parvenu à ce trône à douze ans, en 1166, avait, bientôt après, conquis des droits à un surnom bien contrastant avec celui dont l’histoire a flétri son père. Affranchi de la domination d’un ministre indigne d’un tel prince, l’eunuque Gaito Pietro 2 , et bien
> Sismondi, en citant la chronique de RomualdSalernitain (p. 213) , constate bien que le nom A’ Alexandrie de la Paille, conservé par cette ville, provient de ce que ses remparts précipitamment construits étaient formés de boue et liés avec de la paille ( Répub. ital., I. lî, p 23S et 2 )(J ). U en était sans doute de môme de ses édifices et surtout de leur couverture.
2 Cet ancien chambellan de Guillaume Ier était Sarrasin ; car à raison sans doute des ménagemens dont les rois normands usèrent envers ce peuple, ainsi que nous l’avons fait remarquer en traitant de l’adoption de leur style d’architecture , etc., cette haute fonction domestique, à laquelle on conçoit, sous ce. rapport, que la qualité d'eunuque devait être un titre, appartenait de droit à cette nation. Mathilde comme régente avait accordé toute sa confiance à ce ministre : « Gayto Petro summa rerum omnium potestate concessa , » dit Hugues Foucauld ; mais il en abusa, comme avait fait le marchand d’huile Majone, sous Guillaume lKr. Fn butte à un soulèvement populaire, Pietro s’embarqua pour f Afrique
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que condamné par l’intrigue des grands, des évêques d’Agrigente et de Catane entre autres, à se priver des signalés services du chancelier Etienne et des conseils de Pierre de Blois ( Giannone , lib. xui , t. II, p. 270), pour retomber aux mains de l’anglais Walter Offamiglio, qui du moins seconda par un grand exemple l’essor de sa magnificence monumentale ce prince, très religieux, signala presque
et se retira à Maroc muni de tous les trésors qu'il put s'approprier. La reine voulut alors confiera un Français, son parent, Eiienne, fils du comle de Perche, la haute direction des affaires. Etienne, qui vint dans ce but en Sicile avec notre historien Pierre dé Blois, fui en conséquence élevé au siège archiépiscopal de Palerme, et lutta pendant deux ans avec autant d’habileté que de fermeté contre les protecteurs avoués des abus qu'il voulait extirper; mais des intrigues de cour, comme il s'en produit toujours, surtout sous une minorité, finirent par renverser également ce nouveau ministre consi iéré pourtant velut consolatorem angelum a Deo missum. Sur le bruit habilement répandu qu'à l’exemple de son prédécesseur, le chancelier Etienne amassait des trésors pour les porter en France, le peuple attaqua son palais et le força de se réfugier dans le campanile de sa cathédrale « per ecclesiam quæ domui sui erat contigua, in campanarii forlissimam ut in piano » munitionem se recepit ». Sauvé du premier choc, il parvint à se retirer en France. Plus tarJ, selon Giannone, il partit pour la Palestine où il mourut. Pierre de Blois , qui enseigna les lettres au jeune roi Guillaume « e fu suo segretario et consigliero », bien que nommé évêque de Naples et pressé par le roi de se fixer près de lui , s'irriia tellement de l’injustice des Siciliens envers Etienne, qu'il résista a ces instances et quitta aussi la Sicile, où du moins le séjour prolongé de ces deux illustres Français, et leur participation aux affaires sous un règne favoiable aux arts, confirment ce que nous avons dit des leçons réciproques en cette matière, nécessairement tirées des relations des deux peuples. Français et Siciliens.
• Fils d’un meunier et devenu archevêque, ce qui renverse l'économie du proverbe, l’anglais Walter Offamiglio , doyen d’Agrigente et membre du conseil de régence qui avait renversé Etienne, le remplaça dans ses doubles fonctions de chancelier et d’archevêque de Palerme. A peine parvenu à cette dernière dignité, en H69, il employa ses soins et consacra, dit-on , un trésor trouvé en creusant les fondations du Campo Santo et de l’église San Spirito de Palerme, à la reconstruction de l’ancienne cathédrale de cette ville que les Sarrasins avaient convertie en mosquée, et qui rendue à l’érêque grec, par déférence pour celte nuance religieuse, sous le comle Roger et sous son fils, n'avait pas encore été, pour ce motif, sans doute, l’objet de grands travaux qui la missent e 1 accord avec les nouveaux monumens religieux de la Sicile. Cet édifice reconstruit depuis lors, dans plusieurs de ses parties, est loin de présenter l'harmonie d’ensemble qu’on remarque à Montréale et même à la chapelle palatine, antérieure cependant de près de quarante ans. Le principal intérêt qu’il comporte lient aux tombes des rois normands, immenses sarcophages, dont deux en porphyre et deux en marbre blanc, placés sous des dais en marbre, supportés par des colonnes. Celui du roi Roger pose sur les épaules de Sarrasins agenouillés. Ce prince avait désigné lui-même pour sa sépulture sa cathédrale de Céfalu et l’un des sarcophages en porphyre qu’il fil exécuter dans ce 1ml bien exprimé par le diplôme
AKCHITECTUDE,
ses débuts dans l’autorité souveraine par la fondation qui illustre à jamais sa mémoire , puisqu’il avait à peine vingt ans lorsque, endormi sous un arbre, dans un repos de chasse, il puisa dans un songe l’hallucination à laquelle on a dû la riche cathédrale de Montréale, commencée en 1174 *. Combien peu de princes à cet âge se-
que nous avons cité ; mais les Palermitains voulurent conserver son corps et le placèrent dans un autre mausolée. L’inexécution de cette volonté royale qu’aucune considération n’aurait dû faire méconnaître, ayant laissé vacantes les urnes de porphyre de Céfalu, Frédéric II les fit transporter à Palerme, autre changement de destination également blâmable, pour en partager la jouissance avec son père. C’est dans le sarcophage de Frédéric II, qui fut ouvert en 1342, que l’on trouva des fragmens de la robe offerte à l’empereur Othon IV par les Sarrasins, qui s’efforcèrent de gagner sa bienveillance, en renouvelant envers lui l’hommage fait en 1133 à leur roi Roger , et consacré par le pallio de Nuremberg (dit si improprement tunique de Charlemagne). L’autre sarcophage de porphyre, ouvert en 1491, renfermait des débris d’étoffes analogues à celles en usage à la cour de Byzance, que les premiers rois de Sicile imitèrent dans son luxe surtout.
Ce fut le même Walter qui négocia en 1176 le mariage de Guillaume II avec Jeanne, fille de son prince Henri II. Giannone dit [ib., p. 273) que cette princesse fut conduite par les seigneurs anglais jusqu’à la ville de Saint-Gilles « in sino alla di S. Egidio, ove » si trovarono presti a riceverla » , l'archevêque de Capoue , l’évêque de Syracuse, le comte de Caserte avec vingt-cinq galères conduites par l’amiral Gualtieri di Moac, etc., rien ne constate mieux ce que nous avons déjà établi par plusieurs témoignages historiques , que Saint-Gilles , par sa proximité d’ Aigues-Mortes , était bien plus encore que Maguelonne le point habituel de communication entre la France et la Sicile, remarque d’une certaine importance, nous le répétons, comme pouvant mettre sur la voie de l’importation en France par des artistes grecs siciliens des traditions de sculpture byzantine dont le portail de l’église de Saint-Gilles, presque reproduit dans celui voisin de Saint- Trophime d’Arles, le tympan de l’église de Maguelonne et autres sculptures du XIIe siècle de ces contrées, offrent de si curieux specimen sur la provenance desquels aucune opinion n’a été émise jusqu’ici.
Il ne tint pas à Guillaume II qu’il ne contractât une autre alliance qui aurait pu exercer une grande influence sur les destinées ultérieures de la Sicile , si compromises après son règne. L’empereur grec Manuel Comnènelui avait offert sa tille unique nommée lcoramutria, et tout étaitdisposé pour la conduire à son époux, lorsque par l’effet, soitd’un caprice du beau-père, ou plutôt d’une terreur religieuse de la part du jeune roi de Sicile, qui craignit de s’aliéner le pape Alexandre III par cet hymen schismatique, le noeud se trouva rompu avant d’être serré ( Inveges, hist., lib. 3).
> Il est prouvé par une bulle d’Alexandre III, du 30 décembre 1174, qu’à cette époque on avait déjà commencé les travaux de l’église de Montréale, ainsi que ceux du monastère y attenant, et par conséquent du cloître : cum monasterium in honore beatæ Mariœ, etc. ( Pirri , not. m, Ecclesia Montis Regalis, p. 453). Ces dates importent comme constatation de l’époque de la sculpture des 200 chapiteaux historiés du cloître et pour les induc-
ARCHITECTURE
raient prédisposés à ces saintes visions. En lui donnant mission de bâtir une église au lieu même où il se trouvait, la Vierge ne pouvait trouver un mandataire plus ponctuel et mieux animé du désir de correspondre dignement, ainsi que le fit Salomon, à la confiance céleste ; car, dès ce moment même, un immense concours d’artistes, d’ouvriers, animés de l’esprit qui dirigeait ce prince, fondèrent et élevèrent, en moins de temps qu’on n’en consacra à des monumens sans éclat 1 , ce temple encore rayonnant de la gloire du fondateur, et qui, après trois siècles d’existence et de progrès, dit-on, dans les arts du dessin, arrachait au grand constructeur Alberti ce mot, moins orgueilleux que celui de Justinien : Dignum profecto esse locum Deo (Leo.-Bapt. Alberti, 1. vn, p. 3).
Nous reviendrons (en 1 182) sur cette création de Guillaume II, dont le nom de Montréale consacrait à la fois le gisement escarpé du lieu où, succombant aux fatigues de la chasse , le prince goûta un repos si profitable pour sa gloire et la royale fondation qui donna naissance à une importante cité : « Questo luogo , per cagion del fa- » moso tempio quivi cdifîcato, concorrendovi ad abitare molta gente » diçenne in breve una famosa e ricca citta, etc. (Giannone, p. 272). Nous ferons d’ailleurs des divers travaux de ce monument l’objet de remarques spéciales dans le texte de nos planches. Constatons seulement ici, pour prouver d’autant plus l’importance des ressources architecturales de tous genres dont disposait Guillaume II , qu’en
tions que nous tirons de l’analogie de ces travaux avec ceux de même nature et de même style de nos portails d e Saint- Gilles et de Saint-Trophime, etc.
1 L’effet que ce monument produisit sur le pape Luce III, lorsqu’après l’avoir consacré en 1182, il consigna dans une bulle que jamais oeuvre aussi merveilleuse n’avait été produite « ul simile opus per aliquem regern factum non fuerit in diebus antiquis, » prouve qu’on employa à peine huit années pour rendre cet édifice digne à plusieurs égards de l’admiration même d’un pontife familiarisé avec les somptuosités de Rome, du Monl- Cassin, etc. Qu’on compare ce temps avec celui employé à la seule construction de la plupart des édifices religieux d’ordre moins secondaire , et l’on en conclura , avec M. le duc Serra di Falco, qu’il y avait encore à cette époque, en Sicile, un très grand nombre d’artistes et d’ouvriers nationaux, puisqu’on put y exécuter et orner aussi spontanément et si rapidement un monument de cette importance , concurremment avec tant d’autres. C’est ce qui expliquerait en même temps le trop plein qui put déborder sur la France au moyen des communications si fréquentes avec notre Midi par Aigues-Mortes, Maguelorme, etc.
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ARCHITECTURE
même temps que s’élevait ce monument de sa magnificence, l’archevêque de Palerme poursuivait les grands travaux de sa cathédrale , quine fut consacrée qu’en ii85, trois ans après la dédicace de Montréale, et construisait dans la même ville l’église de San Spirito et le monastère adjacent, commencés en 1 1^3 -, et que cette même année 1 1 7 où Guillaume commençait l’exécution de son entreprise colossale, sa mère construisait l’église et le monastère bénédictin de Maniaces : Eodem anno 1 1 7 4> Margarita, Guliehni mater, in Maniacensi oppido extruere cœpit monasterium ordinis S. Benedicti (Roceo Pirro, innot. eccl. Monteregalensis ) 1 .
Il ne pouvait se faire qu’une telle et aussi constante floraison de l’art dans une île attenant pour ainsi dire à l’Italie, et en communication journalière avec ses principales cités, par l’intervention continue des soldats siciliens dans les débats du pape avec les troupes impériales qui occupaient la Toscane, ne portât pas quelques beaux fruits, comme nous l’avons vu pour les bronzes de Pistoie, dans ces dernières contrées mêmes, où d’ailleurs les Pisans pouvaient s’alimenter dans la culture de l’art par leurs propres pratiques, puisées, comme pour la Sicile, aux sources orientales.
C’est en effet la datede cette même année 1 1 7 4> clue porte l’inscription de la tour penchée , torre torto, de Pise % dont la construction
• M. Gally Knigth, dans son excursion monumentale en Sicile, cite le portail ogival de celte église comme étant de bonne exécution et les chapiteaux historiés comme représentant des sujets que nous rencontrons dans nos monumens contemporains, l’expulsion du Paradis terrestre, des travaux champêtres, des scènes de chasse, etc.
2 L'opinion qu'exprime M. Ilope t p. 249) « que cette lour qui penche toujours sans » tomber doit son inclinaison extraordinaire à une maladresse dans les fondations», a été souvent controversée. Les uns voient dans cette disposition peu gracieuse sans doute, mais qui du moins attire l’attention sur le monument par son surplombage outré, un tour de force architectural comme celui qu’on paraît s’être proposé en élevant la tour carrée, également penchée de Bologne, et plusieurs autres constructions bizarres D’autres, rentrant dans l’opinion de l’architecte anglais, supposent un affaissement fortuit, après confection de tout ou partie de l’édifice, ce qu’il serait difficile d'admettre dans l’hypothcse où le tassement se serait opéré après l'entière construction du campanile, où se seraient produites nécessairement alors des disjonctions dont on ne trouve aucunes traces. Vasari pense que l’effet s’étant produit alors que la tour était à moitié construite on trouva bizarre, conformément aux idées qui régissaient l’art à ces époques, de poursuivre dans la même direction la cons ruclion qui évidemment devait avoir déjà son inclinaison actuelle, lorsque vers 1345 le pisan Tommaso, architecte et sculpteur, comme son compatriote Bonnano.
\nriitTECTDr,E.
est attribuée par Vasari et par Baldunicci à un Allemand du nom de Guillaume fVilhem , d’Inspruch (ce qui ne peut étonner, si l’on considère qu’à ces époques mêmes les troupes de Frédéric occupaient la Toscane et pouvaient comprendre des artistes disposés à utiliser leurs loisirs), et au pisan Bonanno, qui signa et data de l’année 1 180 une ancienne porte de bronze du baptistère de la même ville , et dont nous montrerons de nouveau le nom, avec la date de 1 186, sur la grande porte occidentale, en même matière, de la cathédrale de Montréale.
Si nous quittons l’Italie pour revenir dans nos provinces, nous y retrouverons l’Angleterre surtout, et son roi, naguère si superbe, en proie à des anxiétés, autres encore que celles produites par l’expiation de son crime. Aux humiliations qu’il lui fallut subir vinrent se joindre alors des tourmens domestiques. La reine, malgré ses désordres, furieuse d’un délaissement que pouvaient expliquer la disproportion d’âge du couple royal et l’énergique organisation d’Henri II, dont la luxure était d’ailleurs désordonnée , poursuivait elle-même, le poignard à la main, ses rivales préférées ', et se faisant une arme horrible de l’ambition de ses fils, elle dirigeait leurs penchans vers des projets contraires au bonheur de leur père, aux inté-
exécula le dernier des huit étages qu’elle comprend, chacun avec son ordre de fûts isolés, ses chapiteaux sculptés, corniches, etc. On se demande, dans cette hypothèse, quelle garantie pouvait offrir pour une surcharge du double un sol qui aurait cédé sous une première pression, lorsque surtout le moindre affaissement nouveau eôt beaucoup ajouté au danger de sa chute par la surélévation du cylindre incliné. On cherche à s’expliquer aussi comment, sur un terre-plein qui, à quelques toises de distance de cette-tour, a supporté sans sourciller, depuis huit siècles, des masses comme le dôme, le baptistère et même le Campo Santo, on aurait négligé le soin d’asseoir les fondations d’un mince campanile circulaire, de manière à garantir la future construction d’un mouvement incalculable dans ses suites. Rien ne serait plus facile que de résoudre ces aperçus problématiques, en te cherchant par une fouille faite sur uu point, si les premières assises des fondations sont horizontales ou inclinées. On devait s’en occuper lors de notre séjour à i’ise : si l’on obtient une solution, nous la ferons connaître dans le texte de notre planche ( 1 10 de la 0e série , représentant l’aspect des quatre grands monumens groupés sur le môme parvis.
■ C’est ainsi qu’elle aurait , dit-on , assassiné Rosemonde , dans le labyrinthe de Woodstock, qu’avait construit Henri il pour soustraire sa maîtresse aux recherches de cette furie qui parvint à en pénétrer les détours « Huic pueilœ fecerat rex apud » Wodestoke mirabilis archilecturœ cameram , operi dedalino similem , neforsana » regina facile deprehenderetur » [Bromion, ap • Scr. fr., XIII, p. 214).
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rêts de son royaume. C’est ainsi que l’aîné (Henri au Courtmantel), excipant de l’honneur qu’on fit à son jeune âge , et d’un mot d’effusion prononcé à cette occasion par son père qui, servant son fils à table, le jour de son couronnement, avait dit : Je ne suis plus roi , dirigeait le bienfait contre le bienfaiteur en s’emparant de sa couronne *, et que ses jeunes frères, Richard et Geoffroi, complices d’une machination tendant à détrôner leur père , se virent obligés, par la révélation du complot, de se réfugier en France où leur mère voulut les suivre , mais en fut empêchée par la détention rigoureuse que lui imposa son époux. Notre roi fit, à cette occasion , preuve d’une énergie malheureusement bien tardive, en consacrant par son accueil les prétentions des fils rebelles 2 , et en les défendant par ses armes. Cette fois encore, si le pape eût gardé même la neutralité, c’en était fait peut-être de l’influence anglaise sur notre beau royaume j mais en renouvelant et multipliant ses concessions humiliantes , Henri II obtint son appui, et lorsqu’après des succès balancés en Anjou, en Bretagne , en Angleterre même , où le roi d’Ecosse avait pris parti contre Henri II, à la vigueur des armes de ce prince soutenu par vingt mille soudoyers, vinrent se joindre les foudres pontificales, lancées au nom du pape, contre les insurgés , par le nouvel archevêque de Cantorbéry , la révolte faiblit et notre roi lui-même éteignit le foyer qu’il avait attisé en traitant en son nom et pour ces fils rebelles qui rentrèrent en grâce, comme hommes liges de leur père (septembre 1 1 74)*
Les seules traces de fondations signalées dans cet intervalle furent le monastère de Thosana , près de Bruges ( Gall . christ ., p. 65 1), et l’église de Savigny, près de Mortain, construite par l’abbé losse , et où M. Gally-Knigth signale le mélange du style circulaire et de celui en pointe. De i \ r]\ date le sinistre qui, en détruisant l’église anglaise de Cantorbéry, lava la souillure imprimée par le massacre de son
■ Henri II lit couronner son fils, dans le but principal de saisir l’occasion d’humilier Becket, en le frustrant d’une de ses plus belles prérogatives. On ne pouvait donc lui supposer l’arrière-pensée d'une abdication que rien n'eût expliquée, ni ses goûts, ni son âge.
a 11 reçut sur son trône les envoyés d’Henri II, ayant à ses côtés en habits royaux le jeune prince anglais qu’il lit reconnaître pour seul roi d'Angleterre, dans son parlement général où se trouvèrent les principaux prélats et beaucoup de barons français.
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saint prélat, et prépara à notre France un triomphe monumental, dans le choix qui fut fait d’un de nos architectes pour réparer ce grand désastre.
1 175-1 176. — Frédéric, que nous avons laissé aux prises avec des murailles de boue, redoubla vainement d’efforts pour pénétrer dans leur enceinte, quoiqu’en employant cependant des moyens que l’honneur désavoue , la violation d’une trêve. Repoussé de tous points et menacé d’être attaqué lui-même par l’armée des confédérés, déjà campée à peu de distance de ses lignes , il résolut d’abandonner ce siège, et confiant dans le respect que devait imprimer son caractère impérial, il marcha vers Pavie sans redouter une agression qui n’aurait pas manqué de lui être fatale. Son espoir ne fut pas trompé, et ces procédés réciproques amenèrent des pourparlers et même une audience impériale où les légats du pape exposèrent avec énergie les griefs de la cour de Rome, et Frédéric, avec modération, ce qu’il entendait réclamer à titre de privilèges. C’était là le point délicat : chacun cria à l’exigence -, la confiance rompue, l’hostilité reprit son cours. Frédéric, toujours intrépide, après avoir laissé ceux de ses généraux mitres qui occupaient les états de Toscane , tenir en échec les milice» bolonaises et leurs auxiliaires, ne craignit pas de traverser incognito le territoire de Milan, pour se porter à la rencontre de la nouvelle armée allemande , qui pour s’éviter de forcer la ligne de l’Adige, défendue par les Veronais, s’achemina par les Grisons et débouchait par Corne. Ici se produisit dans le combat de Lignogno un des plus beaux faits d’armes que l’histoire ail pu consacrer 1 . Décidés à vaincre ou mourir comme ils en firent le serment et comme l’indiquait le nom même adopté par une de leurs cohortes % les Mi-
■ C’est aussi l’opinion qu’exprime Muralori en disant {Ann. d’Ital., t. VII, p. 19) : « Battaglia memorabiïe per tutti i secoli avvenire. » Il convient en môme temps que Frédéric fit des prodiges de valeur et ne se retira que, lorsque renversé de son cheval, il se vit hors d’état de combattre.
2 Cette cohorte, composée de neuf cents citoyens qui s’étaient engagés par serment à mourir pour la patrie, prit de son propre mouvement et de cette détermination même si franchement accomplie ou du moins tentée, le nom de Cohorte de la Mort. Nous avons eu dans notre ère républicaine une parodie de cette grande résolution, dans l’organisation d’un de nos régimens de hussards recruté en grande partie à Paris, dit aussi delà Mort;
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lanais, quoique pris au dépourvu par le retard d'un grand nombre d’alliés, n'hésitèrent pas à affronter le choc de la nouvelle armée, commandée par leur redoutable vainqueur. Ce choc en effet fut terrible, l’escorte du Carroccio fléchit-, mais au moment où ce palladium semblait prêt à tomber aux mains des Allemands, la cohorte vouée à la mort changea la face du combat. Aussi prompts que l'éclair , frappant comme la foudre, ces martyrs volontaires d’une si noble cause, renouvelant à haute voix leur serment de mourir s’ils n’étaient pas vainqueurs, tombèrent tout à coup au fort de la mêlée, et comme une avalanche à qui rien ne résiste, renversèrent par leur propre poids, tout ce qui leur faisait obstacle. L’étendard impérial fut abattu -, Frédéric démonté, disparut même de la lutte où il tenait le premier rang. Quelle résistance dès lors auraient pu opposer ses troupes ? Aussi jamais succès fut-il comparable. Précipités vers le Tésin, grand nombre de fuyards y perdirent la vie, et maîtres du camp impérial, les Lombards se gorgèrent de ses riches dépouilles *.
Ce coup du sort dompta enfin l’orgueil de Frédéric, échappé au carnage - mais qui ne put que tard et par mille détours arriver à Pavie, où l’impératrice portait son deuil. Vingt-deux années d’inutiles combats et la perte de sept armées avaient tempéré son ardeur et modifié le charme de ses rêves d’universelle suprématie. De luimême, il chargea trois de ses archevêques de concerter avec le pape le moyen d’arriver à un complet repos, et sans plus insister sur certains privilèges, il promit d’abjurer le schisme, et sur l'engagement pris par Alexandre III de présider lui-même au réglement des intérêts politiques de l’empereur et des Lombards, une trêve fut convenue qui prépara l’accord dont nous verrons plus tard la sanction et les suites.
La France et l’Angleterre, quoique moins agitées, sans doute,
mais nous ne sachions pas, pour les avoir vus à l’œuvre, que ce fût dans le même sens qu’ils avaient choisi leur devise, a La garde du Carroccio était contiée à trois cents jeunes gens » des premières familles, dit Sismondi (t. 11, p. 219), qui s étaient liés par un serment » semblable à la défense de ce palladium de leur cité. »
• « Interfectorum, submersorum, captivorum non est numerus, scutum impeuatoius,
» vExiLLüvr, cp.ucem et lanciîam habemus. Àurum et argenlum multurn in clitellis ejus » reperirnus, et spolia hostium accipimus, quorum œslimalionem non credimus a quo- » quam posse definiri (Radulphns, de dieeto, p. 591)- «
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r.'ir,
étaient loin de jouir d’un calme sans nuage. La rébellion des fils d’Henri II, apaisée au point que Richard et Geolfroi régnaient, selon leurs vœux, en Aquitaine et en Bretagne *, avait pourtant semé entre les deux souverains des méfiances, qui tendirent toujours de la part d’Henri II à se traduire en exigences d’autant plus fâcheuses alors que, bien qu’à peine âgé de soixante ans, Louis Vil, menacé d’une infirmité grave (la paralysie), ne pouvait opposer que son droit aux prétentions de son impérieux vassal. Il en fut, grâce au ciel, autrement de son fils, que nous verrons bientôt hériter de son sceptre.
De telles circonstances n’étaient rien moins que favorables aux fondations monastiques : aussi n’en trouve-t-on qu’au comté de Toulouse, régi par d’autres lois, où la construction de l’église de la Dalbade de cette ville daterait de ce temps ou de l’année suivante (i 177). Loin de là, de nouveaux sujets de perturbations religieuses et de deuil pour les arts, surgirent vers ce temps, de la condamnation, en 1 175, par le concile de Lombez, de ces scissionnaires religieux, dont le nom d 1 Albigeois rappelle un souvenir funeste et d’une disette si grande, qu au témoignage de Le Bœuf, pour pourvoir à des besoins bien plus urgens que ceux du luxe, on engagea les ornemens d’église , on dégarnit les châsses , etc. {Mém . d’ Auxerre, t. II, p. 1 10).
1177-1178. — C’est sur les galères du roi de Sicile, partie intéressée à la négociation qui se préparait, que le pape se rendit à la diète, dont la tenue, indiquée d’abord à Bologne, fut transportée à Venise, ville moins engagée dans les intérêts opposés qui devaient sedébattre. Un de ces coups de vent si fréquens dans ce golfe , ayant forcé le pape à relâcher à Z ara % il n’arriva que le 24 mars (1 177)
1 Richard et Geoffroi étaient venus trouver leur père dans le Maine, et lui avaient juré fidélité ; Henri le jeune le rejoignit également à Bure, près de Bayeux, se jeta tout en larmes à ses pieds, et se remit à sa merci en présence de l’archevêque de Rouen. Guillaume, roi d’Ecosse, fait prisonnier et qui était détenu à Falaise, fit également la paix avec Henri et se reconnut son homme lige. De retour en Angleterre (en 1176), Henri II et ce même fils qui venait d’usurper sa couronne, mangèrent à la même table at couchèrent dans le même lit ^ Grande Chron. de Math. Paris, t. II, p. 30).
2 Sismondi (Re’p. ital., t. II, p. 227) signale par une note tout ce qu’a d’apocryphe
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à Venise, où Frédéric, dont on redoutait l'influence, ne devait être admis qu’après avoir acquiescé aux décisions de cette diète. La difficulté de tomber d’accord sur les prétentions si diverses des innombrables contractans, fit qu on s’en tint à stipuler une trêve de quinze années pour la Sicile et de six seulement quant aux états Lombards. Cette convention, ratifiée d’abord au nom de Frédéric, amena sa présence à Venise, où ce prince rendi t tous les honneurs accoutumés ' au pape, qui, loin de se montrer impérieux et exigeant comme
la légende exploitée par les peintres vénitiens et même par les nôtres, sur cette circonstance toute fortuite et très temporaire du séjour d’Alexandre III à Zara, d’où on suppose qu’il se serait enfui sous un déguisement, pour venir chercher à Venise un refuge contre la vengeance de Frédéric, et sur le caractère presque féroce de 1 amende honorable qu’aurait exigée de ce prince, le pape, lorsque reconnu par les Vénitiens chez lesquels il exerçait la profession de jardinier et comblé d’honneurs par ce peuple qui contraignit Frédéric à se soumettre en faisant son fils prisonnier, il lui aurait marché rudement sur la tête en prononçant ces mots : « Ambulabis super\aspidem et basiliscum, et conculcabis leonem et dra- » conem; » sur quoi Frédéric se serait écrié : « Non tibi, sed Petroj » ce qui aurait fourni au pape l’occasion de répondre : « Et mihi et Petro. » Quoique celte tradition, qui date du XlVe siècle, ait été bien réfutée par le cardinal Baronius, comme contraire à toutes les données historiques dont on voit qu’elle bouleverserait la marche, l’art dont on peut dire surtout « qu’il est de glace aux vérités, qu’il est de feu pour le mensonge, » s’en est emparé et s’en empare encore, trouvant un énergique effet dans le rabaissement d’un empereur, comme on doit se figurer Barberousse, foulé aux pieds par un pontife; et il n’y a pas deux ans qu’un prêtre de Venise, nous trouvant en action de faire exécuter le dessin de l’extérieur de Saint-Marc, et nous montrant à l’entrée la place circonscrite où Frédéric se jeta aux pieds d’Alexandre III, nous engagea sérieusement à choisir pour sujet de figures la ruade pontificale qu’il admettait comme parole d’évangile. Mais nous doutons cependant que ce patriote vénitien eût donné le même conseil à un Allemand; et peut-être n’était-ce de sa part qu’un innocent moyen de se venger de l’occupation par les impériaux de l’illustrissime république. Ce roman, inspiré sans doute du souvenir de l’odieux traitement que Grégoire VII imposa à l’empereur Henri IV, n’en a pas moins inspiré beaucoup de peintres vénitiens, qui n’ont pas réfléchi sans doute à la complicité dont ils chargeaient leur doge et leur sénat ; en supposant que dans un intérêt auquel ces nobles commerçans demeuraient pour ainsi dire étrangers, ils auraient pu souffrir celte brutale profanation de la dignité impériale envers un grand prince dont ils s’étaient constitués les alliés trois ans auparavant pour assiéger Ancône, et qui depuis lors ne leur avait donné aucun sujet de plainte.
A Canossa, Grégoire VII et Mathilde procédèrent pour ainsi dire à huis-clos et avec le fanatisme religieux que ne pouvait partager une république de négocians en rapports incessans avec les Grecs et même avec les Musulmans, pour peu quelle y trouvât son compte.
• Voici d’après Muratori, historien qui n’a négligé aucune source, en quoi consista la