‹ Les arts au Moyen Age (volume 4)Chapitre 6 sur 14 · I .VJ · texte numérisé non relu

I .VJ

qui lui assura, l’année suivante, grâce à sa victoire de Tinchebrai, la tranquille possession du duché de Normandie.

De telles distractions politiques n’étaient rien moins que favorables aux fondations de monastères-, aussi n’en voit-on qu’un petit nombre qui datent de ces deux années, tels que ceux de Saviniac et de Nevvbourg, fondés par Radulf de Fougères (Ann. bénéd., 1. lxx, c. xciv) -, celui dit Mauriniacensis, près d’Etampes, sur la Juine, construit à Estrechi, par le concours des habitans (ibid. 1. Lxxi, c. x)-, celui de Lorcli (duché de Wurtemberg), fondé par le duc Frédéric ( ib . c. xxiv); et sous l’année 1106, d’après la Gallia christiana (pag. 584), la construction de Fontevrault, ce qui ne peut s’entendre que de l’achèvement des édifices cités plus haut. Mais les dédicaces d’édifices religieux sont ici, sinon plus nombreuses, du moins plus importantes. Dans un voyage fait en Toscane par le pape Pascal II, vers la fin de i io5 , ce pontife avait, consacré, sans doute à la prière de la comtesse Mathilde, qui l’accompagna dans cette tournée pontificale « per li fare bnon tratamento > » la belle cathédrale de Parme, dont la riche architecture 1 confirme ce que nous

« attirail, déposé par un peuple privé d’un juste défenseur, » pour provoquer Henri, qui venait de se réconcilier avec son frère, resté due des Normands, « à faire, avec le » glaive de la justice, l’acquisition de l'héritage paternel, » en un mot, à dépouiller de ce duché un prince « réduit souvent , par son inconduite , à jeûner faute de pain, à » rester au lit faute de vêlemens, que les bouffons et les courtisanes lui dérobent, etc. » A ce langage, convenu ou non, « Henri, enflammé d’ardeur , ayant pris conseil des » grands qui l’entouraient, promit de rendre le repos à l’église, » et Serlon poursuivant sa harangue, indiqua à la noble assistance, au roi ainsi qu’à ses courtisans, comme moyen d’être agr.ub'.c à Dieu, la renonciation aux longs cheveux qui les faisaient ressembler aux femmes, et aux longues barbes qui les assimilaient aux boucs, dont les libertins et les courtisanes imitent honteusement l’infâme lubricité y ce qu’entendant le roi, il se soumit le premier à l’opération conseillée par le prélat, qui lira aussitôt des ciseaux de sa manche \ ibid., p. 154); circonstance qui seule prouverait une connivence préalable entre l’évcque et le roi, dont la résignation, imitée par sa suite , dut cire d'un grand effet sur la population, et contribua sans doute beaucoup au succès de la lutte année, engagée sur ce sol l’année suivante entre les deux frères. Dans la campagne de 1 1 06, résultat de cette détermination, et que vint couronner la victoire de Tinchebrai, Henri 1er donna l’assaut à la ville de Bayeux, dont la cathédrale fut incendiée. Le prince déplora vivement ce sinistre, et voulut qu’il fût réparé à ses Irais. Mais un nouvel incendie vint, en 1159, anéantir les traces de celte restauration, ou du moins les confondre dans lamas de styles divers dont ce bel édifice offre aujourd’hui les empreintes.

i Ce qui subsiste de celte construction du dôme de Parme rappelle diverses parties de

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avons dit, au sujet de la cathédrale de Modène 1 , de la prospérité qu’atteignit vers ce temps l’architecture lombarde. D'autres occasions ne s’offrirent que trop tôt pour ce pape d’exercer chez nousmêmes ce grand office pontifical. Après la mort d’Henri IV (j août i io5), que son fils força d’abdiquer, ce nouveau roi de Germanie (Henri V) , manifestant d’abord de pieuses dispositions , convia le pape, auquel il était redevable presque de sa couronne, de se rendre près de lui -, mais arrivé à Vérone, Pascal crut entrevoir un piège dans cet appel -, et traversant la Savoie, il se rendit au monastère de Cluny, dont, il avait été longtemps prieur. Pendant ce

nos édifices du XIIe siècle, exécutés sous l’ influence byzantine, notamment dans les rangs superposés de petites galeries s’élevant par degrés jusqu’au faîte, tant dans la façade que dans l’extrémité orientale de la coupole de forme octogone, etc. Les sculptures qui décorent les arcs isolés à plein-cintre accusent également cette influence, et prouveraient aussi que l’architecture lombarde de cette époque, non plus que celle du même pays des siècles VIIe et suivans, ne portent aucun caractère qui lui soit propre et qui justifie la dénomination générique appliquée à un grand nombre de monumens occidentaux, telle qu’elle a été adoptée par M. Hope. C’est à l’influence de l’école germanique et à l’infiltration de ses enseignemens, par suite d’interventions impériales, comme celles poursuivies pour un autre style sous Frédéric II, que sont dus ces premiers monumens qui formeraient le seul point de départ de ce que l’on pourrait, avec quelque fondement, attendu le caractère spécial des façades surtout qu’excluaient les deux chœurs des églises allemandes, nommer Y architecture lombarde.

L’organisation des corporations maçoniques, à partir du XIII^ siècle, viendrait alors, pour ces époques, donner une sorte de vraisemblance au système de M. Hope, qui n’aurait que le tort de remonter trop haut.

i Malgré les modifications imprimées par le temps à l’œuvre de Lanfranc, notamment dans la superposition des ogives qui couronnent les arcs plein-cintre et le triforium delà nef, on trouve encore dans sa contexture principale des analogies qui démontrent sa contemporanéité avec le dôme de Parme. La crypte, au-dessus de laquelle s’élève le chœur, en est surtout très remarquable ; les petits piliers y abondent. En effet, les travaux des cathédrales de ces deux villes si voisines durent se poursuivre parallèlement, d’après ce qu’on lit dans les Annales de Muratori, sous l’année 1106 (t. VI, p. 349) : « Si præsen- >. tarono (a Guastalla) i legati de’ Parmigiani. Aggiunsero preghiere, acciochè il papa vo-

» Iessc portarsi a consecrare la lor nuova caltedrale al che egii acconsenti . » Et plus

loin : « Anche il il popolo diModena. . . aveanell’ anno precedente comminciata una nuova » caltedrale, giacchè la vecchia minacciava ltovina. Non cra peranche terminata questa » gran fabbrica, in cui fu impiegata una prodigiosa quanlita di marrni ( Translat , San- » Geminani , t. VI. — Rer. Italie.) ». Pascal, cédant à l’impatience du peuple, ouvrit le tombeau de saint Gcminien dont il trouva le corps intact, et consacra l’autel voué à cet ancien évêque et protecteur de Modène.

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voyage improvisé, dont l’objet principal était d’obtenir au besoin l’appui de la France, Pascal consacra à Lyon l’autel majeur de la nouvelle église de Saint-Pierre Athanaci (d’Ainai), que l’abbé Jauceram venait de construire 1 -, et poursuivant, comme avait fait Urbain II, son itinéraire pontifical dans plusieurs de nos provinces et jusqu’à Saint-Denis, il y consacra les églises qui n’avaient pas encore reçu celte sainte sanction 2. On peut aussi dater, ainsi que nous l’avons dit, de cette période, les travaux de style élancé que l’évêque de Chartres, Yves, mort en i i 1 5 , exécutait dans sa cathédrale illustrée en i iob par le mariage de la fille du roi Philippe avec le prince d’Antioche, Boliémond, et par l’élan que ce Normand imprima à une nouvelle croisade qu’il y prêcha dans ce moment même où des soins bien plus doux semblaient devoir le captiver.

■ Cette petite église, dont l’apside extérieure surtout conserve encore le caractère inhérent aux constructions de cette époque , est située à l’ancien confluent du Rhône et de la Saône, au lieu même, dit-on, où le concours des peuples de la Gaule éleva à Auguste un temple, dont quelques débris d’immenses colonnes tronquées jalonnent encore cette tradition. On n’y voit plus de traces des anciennes mosaïques citées encore par Spon ( Curiosités de Lyon, p. 56) comme placées près de l’autel avec cette inscription : « Altare sacrum paschalis papa dedicavit. » Cette dédicace, partielle alors, ne fut, dit-on , complétée qu’en 1146.

2 Les Annales bénédictines désignent, comme ayant été consacrée par le même pape, lorsqu’il se rendit de Cluny à la Charité-sur-Loire, à Dijon, à Langres , à Auxerre , etc. (c. xxvi), l’église de Saint-Bénigne de Dijon, où fut enterrée, cette année même, la mère de saint Bernard, dans un tombeau que l’abbé fit orner de l’image de ses six fils (ibid., c. xxi). C’était sans doute une annexe à la rotonde de l’abbé Guillaume, trop célèbre dès 1’ .époque de son érection et trop centrale aussi pour avoir attendu plus d’un siècle cette • homologation pontificale. Cet itinéraire même nous met sur la trace d’une autre dédicace papale, celle de l’église du Monastère de la Charité, dont l’abbé Le Bœuf reporte la consécration à cette meme année 1106 ( Recueil de divas eaits , etc., t. Ier, p. 3/6). A Bourges, Pascal consacra l’église dite Dolensem, à Saint-Martin de Tours; il officia avec la thiare : « Ut mos estromanus, id est liaram ferens. » Reçu en grande pompe à Saint- Denis, dit Suger, qui n'était alors que moine de cette abbaye, il ne se montra rien moins qu’ébloui de la richesse du trésor en or, argent, pierreries, etc.; daignant à peine le regarder, il concentra tous ses désirs dans la possession d un fragment des vêtemens épiscopaux ensanglantés de l’apôtre des Gaules. A Saint-Benoît sur Loire, où se réunit à cette occasion, en présence de Louis VI, une nombreuse assemblée, il assista à la translation du corps du grand saint (apporté, comme on sait, du Mont-Cassin), d une châsse de cuivre dans une d’or, ornée de pierreries « In feretrum auro, gemmis que fabricatum ; « puis il retourna en 1107 en Italie, où les durs traitemens de son protégé, Henri V, lui arrachèrent plus tard des concessions qu’il expia per de cuisans regrets.

architecture.

La Toscane et la Lombardie n’étaient pas les seuls états d’Italie où les arts fussent en honneur, car Venise, désolée en 1 106 par un effroyable incendie qui détruisit beaucoup d’églises, en même temps qu’un autre fléau, l’inondation, submergeait l’île voisine de Malamocco , s’étant enrichie l’année précédente de la somptueuse palla d'oro commandée depuis cent trente ans à Constantinople, par le doge Orséolo Ier ', y faisait exécuter de nouveaux travaux , tels que le portrait du doge Faliero, alors régnant, portrait que nous avons signalé dans nos aperçus d’ensemble sur l’émail comme indice de la présence dans cette ville des artistes byzantins, qui purent accompagner cet envoi si longtemps attendu, pour en compléter l’importance, au moins dans la personnification du prince à qui Venise devait enfin cette magnifique parure 2. Dans l’Italie plus méridionale

• Le Cronico Veneto dit, sous cette année 1105 : « Palla dall’ altar maggiore di San- » Marco, di valuta inestimabile, fatta tare in Constantinopoli da maestri excellenti, per » ordine délia rep. E condotta a Yenelia : » et Sansovino, dans sa Venetia, en donnant (page 100) l’historique de ce retable, amené à perfection, « con lunghezza di molli anni » per diverse accidenli, » dit qu'il fut placé sur l'autel sous le doge Ordelaffo Faliero, dont le portrait, avec inscription, authentifie cette date.

Le luxe éblouissant dont reste empreint ce monument d'art commandé par Orséolo, contraste bien avec la simplicité de la châsse de bois contenant les reliques de ce saint doge, que Martenne et Durand virent en 1708 dans une chapelle de l’église de Coxan, où son tombeau était placé sur les formes du chœur ( Premier Yoy . Litte’r., part. 2, p. 59).

2 Les relations commerciales enlre Venise et Limoges remontant au X« siècle, étaient des plus actives et surtout à la lin du XP, ainsi que nous l’avons déjà indiqué en nous appuyant du témoignage du jeune investigateur des traditions byzantines des églises à coupoles du Périgord, M. Félix de Yernheil. Les Vénitiens, en possession du commerce du Levant, pour éviter le détroit de Gibraltar défendu alors sur les deux rives parles Arabes, déposaient leurs marchandises de prix à Aigues-Mortes, d’où elles allaient s’entreposer à Limoges, pour se répandre soit dans le Nord de la France, soit en Angleterre et lies en dépendant, par la voie de la Rochelle. Une compilation manuscrite formée par un nommé Robert, et existant à la bibliothèque de Limoges, offre sur l’espèce d’impatronisation de ce peuple dans celle ville, des circonstances positives, telles que la construction d’un quartier tout entier nommé le faubourg de Venise, entre l’église de Saint- Pierre-du- Queroy et l’abbaye de Saint-Martin; l'existence d’une bourse de Venise ; d’une porte de Venise et meme d’un ouvrage avancé nommé Y éperon de Venise. On peut encore ajouter à ces faits, corroborés par les détails que nous avions puisés dans la bibliothèque de Saint-Marc, qu’en 1101 (vers l’époque par conséquent de la prise de possession de la palla d'or, les Vénitiens, de concert avec l’évêque de Limoges, réédifièrent l’abbaye de Saint- Martin sur les vieilles ruines faites par les Danois ; que vers la même époque, ou du moins à la fin du. XP siècle) (Labbo, Nov. Bibl. Mss., lat., t. Il, p. 278), deux nobles Véni-

ARCHITECTCRE.

encore, nos Normands poursuivaient, malgré les mouvemens introduits par la mort dans la dynastie de leurs princes 1 , des travaux d’art qui pourvurent aux besoins religieux de la Pouille et de la Calabre, mais qu’on ne saurait comparer avec aucun de ceux qui , vingt-cinq ans plus tard, vinrent immortaliser le règne du premier roi de la Sicile, si bien imité par son petit-fils 2.

tiens, Marc et Sebastien, fondèrent le couvent de Y Artige, à quatre lieues de Limoges. Puis vient l'hypothèse que l’on pourrait tirer à la rigueur de l’origine de certains noms de familles limousines actuelles, tel que celui de Maurensane (ou Maurensano), bien plus rapproché qu ’Alfana ne l’est d’Equs, de celui de Morosino que portait le gendre d’Orséolo, compagnon d’un exil volontaire que le soin d’emporter leurs trésors transformait pour ces émigrans en une sorte de naturalisation en Franco.

Nous rappelions ici ces détails pour donner quelque poids à notre supposition : que les émailleurs grecs, après avoir rempli leur mission à Venise par l’appropriation du retable à sa destination finale, auraient prolongé leur voyage jusqu’à la colonie française de cette métropole; ce qui expliquerait très bien le caractère encore tout byzautin qu’accusent, dans l’harmonie des couleurs et dans la teinte nuancée des carnations, nos plaques de saint Etienne de Muret qui peuvent dater de ces époques, et même le portrait de Geoffro Plantagenet qui ne leur est évidemment postérieur que de quelques années : ce prince, comte d’Anjou depuis 1129, étant mort en 1151.

1 Après avoir frappé, en 1100, le grand comte Roger, la mort atteignit en 1100 Richard II, prince deCapoue; en 1110, Bohemond, prince d’Antioche, dont le corps (le vrai cadavre celle fois ) fut rapporté en Italie et inhumé dans l’église de Saint-Sabino de Canosa (voir les inscriptions dans Seronis), et l’année suivante le célèbre duc de Pouille, Roger, digne fds de Robert Guiscard, qui trouva son tombeau dans la cathédrale de Salerne, edificala dalcluca Guiscardo suopadre (Giannone dell’islor. civil, del regno di Napoli, lib. x, c. 8 (t. 1er, p. 104). C’est le monument dont les nervures croisées et les arcades ogivées , remontant à l’époque de sa construction, et signalées par M. Jules Renouvier, dans ses intéressantes notes sur les monuments gothiques d’Italie (p. 100), nous semblentoffrir une importante argumentation à opposer à celles de M. Gally-Kniglh et un témoignage à l’appui de nos remarques sur l’introduction du style ogival en France par la voie normande, puisqu’on en trouve l’emploi par les architectes normands de Robert Guiscard, même sur la terre ferme d’Italie, près de trente ans avant l’époque où nous montrons leur compatriote Guillauyie de Iios appliquant les mêmes formules d’art à la reconstruction du chœur et de la nef de son église de Fécamp.

2 Parmi les églises antérieures au règne du roi Roger, dont nous pourrions marquer les traces, il suffit d’en indiquer deux appartenant à la Sicile pour prouver que, dès 1 époque de l’affermissement de la domination normande, les idées et le style qui présidèrent plus tard aux somptuosités monumentales dePalerme, de Messine, de Céfalu, de Monréale, etc., formaient déjà la base des principes architecturaux qui prévalurent plus lard pour la plupart des édifices religieux de notre Occident : ce qui donne une portée réelle à l’opinion développée par M. le duc Serra di Falco, sur l’importation de ces combinaisons d’origine sicilienne, et viendrait ensuite corroborée sans que nous nous en doutassions,

A RCIJ ITECTL'R E •

i 107-1 108. — C’est vers la première de ces deux armées qu’Orderic Vital, témoin presque oculaire, place la fin des travaux d’une grande beauté 1 exécutés à Féeamp par le troisième abbé de ce mo-

lorsque nous émîmes nos premières conjectures à cet égard, l’idée que nous nous étions faite, en prenant l’histoire pour guide, sur la provenance réelle de noire architecture dite gothique.

L’une de ces églises, San-Pielro la Bagnara, porte une date très authentique dans son inscription grecque qui mentionne formellement l’année 10S1 et le règne du duc Robert et de sa femme Sikelgaïtc ; et bien que sa partie ancienne s’y trouve réduite à l’état de chapelle, par les restaurations que dut lui faire subir Guillaume II , la forme quadrilatère de sa solca, avec ailes, l’hémicycle oriental du sanctuaire, les arcs aigus que soutiennent les pilastres et colonnes en marbres, à chapiteaux corinthiens, caractérisent bien déjà l’adoption, sous les premiers princes normands, du style byzantin, modifié par l’inspiration arabe, et qu’ils amalgamèrent avec certaines formules vitruviennes qu’ils avaient sous les yeux, comme avec leurs pratiques neustriennes ou romanes, empruntées, quant aux nefs, aux basiliques constantinienncs. L’autre (Saint-Jacques laMazara), qui n’existe qu’à l’état de ruines dans les dépendances du palais de l’intendance militaire de Palerme,ct dont la fondation paraît dater de 10S8, comporte une division en cinq nefs par quatre rangs de colonnes, et contient, dans le reste de son apside, un arc aigu, comme ceux de toutes les églises postérieures. Pas de doute, par conséquent, que la plupart du moins des édifices religieux élevés du règne de Robert Guiscard à celui du roi Roger, qui viendra nous offrir des démonstrations intactes et complètes, n’aient été conçus et exécutés sous l’influence de ces idées dont l’effet put frapper nos abbés voyageurs de Neustrie, et même les croisés de passage, assez à temps pour que des essais de ce style aient pu être tentés en France dès les premières années du XIIe siècle. Nous avons en outre parlé ailleurs des mosaïques exécutées sous Robert Guiscard, et qui prouvaient la présence, dès celte époque, dans les états de ce duc, d’artistes dont le nombre , à en juger par l’immensité de leurs travaux sous le roi Roger et ses fils, excluerait toute idée d’appel fait à Byzance comme sous l’abbé Didier, en 1006. En nous disant d’ailleurs que ces artistes grecs, employés au Mont-Cassin, créèrent des élèves dans leur art, Léon d'Ostie nous explique peut-être la prospérité, sous ce rapport, des écoles de Sicile , sous les premiers Normands qui n’étant pas, comme les Arabes leurs devanciers , arrêtés par des scrupules religieux, quant aux figurations surtout, avaient pu rendre tout son essor à ce bel art grec dans une île où les traditions de l’époque delà conquête de Bélisaire, contemporaine des beaux travaux analogues de Ravenne, n’étaient peut-être pas entièrement éteintes.

> Nous reproduirons ici pour son application à l’époque dont nous analysons les travaux, lepassage du moine d’Ouche, qui parle sciemment de ces travaux, comme ayant assisté à l’ordination du successeur de Guillaume de Ros : « Il fit beaucoup d’améliorations au dc- » dans comme à l’extérieur de l’abbaye. » En effet, il renversa les barreaux (sans doute le cancellurn autour du chœur) de l'ancienne église que le duc Richard avait construite (travaux intérieurs qui, ne datant que d’un siècle et étant l’œuvre du célèbre abbé Guillaume de Saint-Bénigne de Dijon , ne durent être sacrifiés qu’à un caprice d’artiste , bien certain d’un succès rendu plus honorable encore par le renom du premier architecte, son devancier) ; « les remplaça avantageusement par un travail do grande beauté et les

ahcuiteotlue.

nastère, Guillaume de Ros , qui en futabbé vingt-sept ans, travaux qui, à supposer que leur caractère primitif n’ait pas été entièrement dénaturé dans les constructions ultérieures, formeraient, comme nous l’avons dit plus haut , une des bases de notre argumentation sur l’origine présumée par nous, de l’architecture gothique, si on les rapproche surtout des essais de stvle nouveau tentés vers le même temps à la cathédrale de Chartres par l’évêque Yves, dont nous avons constaté l’intimité des rapports, à ce sujet même, avec Guillaume de Ros. Les nouvelles fondations religieuses françaises dont nous trouvons trace pour cette période sont , le monastère de Saint- Amand de Rouen ( Annales bénédictines , 1. lxxi, c. xxxvi), longtemps célèbre à divers titres , et dont quelques débris encore pittoresques, quoique d’un style postérieur à celui de sa fondation (pl. viii de la 9e série), nous offriront l'occasion d’un article spécial , celui de Noyon-sur-Andelle, que Guillaume, comte d’Evreux, et sa femme Heivise, laissèrent imparfait (Orderic-Vilal, t. IV, p. a45, trad. de M. Guizot), l’église de Plainchàtel (diocèse de Soissons), construite par un moine de Nogent, Albert (ibid , c. xxxyiii) ■ l’abbaye de Saint-Laon deTouars, fondée par Achart et Rosacé, sa femme ; le monastère de Mareuil (diocèse de Poitiers), et dans son voisinage celui d’ Orbestier, dû sans doute à un de ces paroxismes de piété qui alternaient, chez le comte Cantadour, Guillaume, avec ses habitudes lubriques : « Concessit locum Orbisterii ad id tempus incul- » tum etdesertum, ad ædificandum locum orationis agendæ pœni- » tentiæ causa et ad faciendam abbatiam, multaque eidem prædia ).> et privilégia contulit ( ibid ., c. xli) -, » et celui de Sainl-Fuscien (près d’Amiens), dont la restauration par l’évêque Godefroy équi-

» agrandit , comme il convenait, en longueur et en largeur, 11 augmenta élégamment l’éten- » due de la nef de l’église où se trouve l’oratoire deSaint-Fromond» (Trad. de M. Guizot, liv. xi, t. IV, p. 237) . Nous répéterons aussi que, si ces expressions de son épitaphe par l'évèque du Mans, Ilildebert, doivent se prendre au positif, contre l’opinion de M. Guizot : t.- à son retour d’ Egypte Use rendit à Jérusalem », on pourrait y trouver le secret de cette innovation architecturale dans une inspiration puisée aux sources musulmanes; mais le voyage de Touille et de Sicile, familier au clergé normand, devait suffire, dès ce temps, à celte étude, sur des types peut-être plus complets encore, et surtout plus propres h inspirer l'application, toute faite alors dans ces provinces, de la combinaison ogivale aux édifices du culte chrétien.

t. IY.

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valait à une fondation nouvelle (e. lxv). En Allemagne , on voit restaurer en même temps le monastère de Saint-Diribode ( près de Mayence) « fere in solitudinem redactum , » et s’élever par les soins de l’abbé Burchard un nouveau monastère sur la montagne au pied de laquelle était situé ce dernier (c. lxxi). L’Angleterre ne nous offre pour le même temps que T érection en église épiscopale de celle collégiale d’Ely (c. lxii) , et l’Italie que la reconstruction par Didier de l’église Saint-Benoît de Capoue que dédia Pascal II (c. LIV).

De ce temps datent pour la France les premières manifestations d’un besoin dans la satisfaction duquel nous avaient précédé les cités lombardes, à la faveur des désordres nés du conflit de l’empire et du sacerdoce , sous le règne orageux d’Henri IV -, besoin d’autant plus impérieux pour nos populations que leurs frères , nos croisés d’Orient, jouissaient depuis dix ans de franchises analogues dans les garanties de juridiction accordées par Godefroi aux classes les plus inférieures.

Une ardente émulation régnait, à cet égard, entre nos villes-, ainsi, en 1 108, l’exemple de Noyon et de Beauvais que la politique de Louis VI avait érigées en communes comme double moyen de trouver dans le peuple ce qu’il éprouva en 1119 après sa défaite de Breneville *, un appui contre l’usurpation anglaise, et d’opposer

1 Nous anticipons sur les dates en citant ici celte bataille très funeste à la France , quoiqu’au récit d’Orderic-Vital ( 1. xu , t. IV, p. 399 ) , dans ce combat de deux rois où se trouvèrent près de neuf cents chevaliers , il n’y en eut que trois de tués , parce qu’ils étaient » complètement couverts de fer et s’épargnaient réciproquement, tant par la crainte de w Dieu qu’à cause de la fraternité d’armes , et s’appliquaient bien moins à tuer les fuyards » qu’à les prendre.» Mais c’est peut-être ici le lieu, quoiqu’il s’agisse de nos premières communes , de montrer le parti qu’en tirèrent nos rois et les motifs qui les portèrent à seconder sous ce rapport l'élan de nos populations , sans s’arrêter au sacrifice de certains droits , bien compensés par la sécurité dont ils environnaient leur trône. Il nous suffira , dans ce but, de suivre le récit que fait le moine d’Ouche ( p. 312 et suiv.) de la joie que témoigna Louis VI , retourné fort triste à Paris , du conseil qu’Amauri lui donna de convoquer les seigneurs , les évêques , les prêtres, avec tous leurs paroissiens, « comme peuple » qui exerçât une commune vengeance sur les ennemis publics. » Quoique cette première campagne communale dont l’historien normand fait un récit entaché de partialité , n’ait pas eu tout le succès désirable, les peuples de la Bourgogne et du Berri, de l’Auvergne et » du Sénonnais , de l’île de France et d’Orléans , du Vermandois et de Beauvoisis , du » Laonnais et du Gatinais , et plusieurs autres , étant accourus avidement comme des

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une barrière à b ambition de ses propres barons, entraîna l'affranchissement de la ville voisine de Laon ; mais, à défaut ici de l’initiative royale, ce pacte fut bientôt un brandon de discorde, l’Anglais Gaudri, nouvel évêque, élu par corruption et en l’absence duquelles nobles avaient consenti la charte, ayant plus tard désavoué ces concessions dont le retrait lui coûta cher \ En même temps , et dans le cratère même où bouillonnait déjà la lave dévorante qui réduisit en cendres cinq ans plus tard les principaux édifices de Laon , le savant scholastique Anselme , le seul qui ait eu le courage de s’opposer ouvertement à l’élection du référendaire anglais « solus ab » ejus electione dissentit » (Guibert de Nogent, de vita sua, lib. 3) y jetait, par des enseignemens universitaires qui eurent pour auditeurs Abeilard et Guillaume de Champeaux % les fondemens de no-

» loups à la proie ; el à peine sortis de leurs demeures , s’élant mis à piller tout ce qu’ils » purent , dans leur pays même ; » toujours est-il que cette réponse à un premier appel dut prouver à nos princes quelle force ils trouveraient au besoin dans l’appui régularisé de ces populations , dégagées , dans l’intérêt national , des suggestions auxquelles le joug féodal les soumettait. Ces armées-là, du moins, ne pesaient sur l’État qu’alors que leur concours était jugé utile, et rentraient, après la campagne, dans les rangs qu’elles avaient quittés , sans constituer pour le trésor une lourde charge permanente.

1 Selon le récit de Guibert , abbé de Nogent ( sous Couci ) , témoin de toutes ces scènes, la corruption par l’or anglais, déjà, comme on le voit, d’une grande influence, aurait fait parvenir, en 1107, au siège épiscopal de Laon , devenu vacant par la mort d’Enguerrand de Coucy, Gaudri, chapelain du roi d’Angleterre (Henri 1er), que la victoire de Tinchebrai venait de poser en rival pour la France. Ce prêtre anglais, agent très prononcé de son prince et simoniaque s’il en fût , donnant dès lors carrière à son ambition , conjura la mort d’un seigneur, Gérard de Crecy, qui lui faisait obstacle. S’absentant à dessein pour un voyage à Rome, l’évêque confia l’exécution du complot à son frère, qui, à la tête d’assassins soudoyés, frappa Gérard presque au pied des autels. Sa hardiesse et l’impunité de cette catastrophe éveillèrent chez les grands et dans le clergé lui-même l'expression d'un besoin déjà satisfait dans des villes voisines (Noyon et Beauvais). Les seigneurs, tant clercs que laïcs , offrirent au populaire de lui rendre la liberté, consistant dans le droit octroyé aux bourgeois, mais à titre onéreux , de s'associer au besoin pour une commune défense , et de ne relever, pour les cas ordinaires , que de leur propre juridiction ( Fleuri, Hist. Ecoles., t. XIV, p. 165, 166). Cet accord fut formé en l’absence de Gaudri, qui tenta d’abord de le rompre, mais qui finit par le jurer; et sa confirmation par une charte de Louis-le- Gros semblait bien propre à lui donner une sanction inviolable, lorsque l’ambitieux évêque se crut assez puissant pour revenir sur son serment , et paya de sa vie ce parjure „ comme nous le dirons sous l’année 1112 ( Guib., Nov. , cap. vu, p. 504).

2 Guillaume de Champeaux, qui avait étudié sous Anselme de Laon, vint ensuite à Paris professer à son tour. Il y trouva dans Abeilard un controversiste haineux, ce qui le

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tre grande école de Saint-Victor de Paris. On voit que les deux grandes sources d’ émancipation intellectuelle , l’affranchissement communal et l’enseignement public , si fécondes en résultats sociaux , à dater du XII* siècle , jaillissaient d’un commun accord et dans le même lieu , se prêtant un même appui pour fertiliser notre France inculte jusque-là partout ailleurs que dans les cloîtres.

iiog-mo. Cette émancipation par l’étude qu’on voit marcher de front avec l’affranchissement matériel des liens du servage , devint bientôt un patrimoine européen , puisque , dès l’année suivante (i 109), d’autres élèves, sans doute de l’école de Laon % portèrent en Angleterre la tradition de ces enseignemens publics et oraux qui constituèrent la célèbre université de Cambridge (c. lxxxyiii), nouveau titre trop méconnu, de la gloire de la France, comme foyer d’où rayonna dès lors tout le progrès intellectuel, dans les lettres ainsi que dans les arts. Quoique préoccupé de ces enfantemens, encore à l’état d’embryon, mais que nous verrons se développer plus tard, sous l’influence de Suger, la France n’en poursuivait pas moins son organisation religieuse devenue plus active que jamais par la création de nouveaux ordres monastiques dont l’attrait reposait surtout sur l’extrême sévérité de leur règle. C’est ainsi qu’il ne fallut rien moins que la convocation d’une sorte de concile et les ordres les plus formels du pape, pour contraindre, en 1 10g, l’abbé Robert, fondateur de Citeaux , à renoncer à la vie rigoureuse qu’il s’était faite, ainsi qu’aux compagnons volontaires de

décida à quitter son école centrale pour se retirer en 1108 dans un faubourg , où il fonda l’école de Saint-Victor, que nous le verrons abandonner en 1113 pour occuper le siège de Châlons-sur-Marne. Abeilard avait également suivi les leçons (L'Anselme, que, dans le sentiment de sa supériorité vaniteuse, il compare à un figuier stérile.

1 Déjà les premiers fondemens de la célèbre université d’Oxford avaient été jetés par deux, moines français, Grimbald et Jean, lorsqu’en 1109 Joffride, d’Orléans, moine de Saint-Évroult (Ord. Vit., t. IV, p. 513), nommé par Henri Ie»' abbé de Croyland , ouvrit une école publique où quatre autres Français, Gilbert, Terrique , Odon et Guillaume , professèrent toutes les sciences, jusqu’à la théologie. Le siège de leurs exercices littéraires était à Cotenham, près de Cambridge , ville où ils donnaient aussi des leçons publiques. Contrainls par l'affluence des auditeurs à diviser et à multiplier leurs leçons, ils obtinrent un tel succès qu'au témoignage. de Pierre de Blois , avant ia fin du XIIe siècle, l’université de Cambridge, fondée sous cette influence, suffisait à peine au besoin qu’éprouvait toute l’Angleterre de posséder des maîtres sortis de cette savante école.

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sa retraite, dans cette affreuse solitude, pour retourner aux délices relatifs du monastère de Molesme 1 . Très fréquemment aussi de nouvelles et importantes reliques venaient, comme trophées , bien chèrement acquis , des expéditions d’Orient, alimenter encore les sentimcns pieux de nos populations que de telles conquêtes enivraient à ce point, que les douze cheveux de la Vierge, rapportés d’Antioche par Ilgyre , compagnon d’armes de Bohémond, et que ce prince répartit à Chartres entre six grandes basiliques , contribuèrent, non moins que les pompeux récits du frère d’armes de Goclefroi, au grand succès de sa nouvelle croisade. Dans cet enivrement qui survécut à la démonstration de l’irremédiable issue de toutes ces campagnes , comme le prouvera la pompe triomphale qui accueillit la sainte couronne, l’Occident put puiser du moins, pendant plus d’un siècle et demi, quelques compensations à ses lourds sacrifices^ le plus mince éclat, par exemple, de cet arbre de vie sur lequel mourut le Sauveur comportant un prestige toujours nouveau, alors même que la multiplicité, et souvent la dimension de ces fragmens importés d’Orient, où la croix du salut était restée intacte et multipliait ses prodiges, eût pu faire à bon droit douter de leur essence 2.

1 Forcé par la puissance papale, basée sur l'avis épiscopal dont nous avons parlé, de reprendre en 1 109 la direction de son monastère de Molesmes, l'abbé Robert renvoya à l’évêque de Châlons son bâton pastoral d’abbé fondateur de Citcaux ; circonstance bonne à noter pour ajouter à 1 intérêt qu'offre déjà par elle-même cetle crosse ( ou bâton pastoral) que nous donnons ( pl. xxxvm de la 10e série ).

2 S'il était possible d’énumérer tous les fragmens de bois de la vraie croix , dont furent dotés avant , pendant et après les croisades , tous les monastères et églises de la chrétienté , on arriverait à supputer que, malgré leur proportion généralement exiguë, la croix que porta péniblement , il est vrai , notre divin Sauveur n’aurait jamais suffi à ce morcellement, d’autant que, parmi ces tributs payés par les premiers Grecs à l'avidité des croisés, et par ces derniers à l’attente de leur métropole , un grand nombre sortait de la proportion commune ; les chroniques religieuses faisant parfois mention de fragmens d’un pied d'étendue, tels que celui que Philippe-Auguste donna à l’abbaye de Saint-Denis; celui encore aujourd’hui conservé dans le trésor de Notre-Dame de Paris, et dont nous parlerons plus loin ; celui de l’église de Charroux ; celui de grandeur peu commune que Martenne vit à Clairvaux en 170S ( Premier voxj. littéraire, p. 104 ) ; ceux de Venise , où l'on en conserve deux (celui qu’on montre dans l’église de Santa-Maria Zobenigo, le même, dit-on , que Dandolo eut en partage lors du sac de Constantinople , et celui donné par Pie IV à une autre église dont le nom nous échappe; et surtout celui d’une grande importance qu’offrit sainte Hélène à la basilique sessorienne, etc., etc.

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La gloire des fondations de monastères français dans cette pé-

Nous trouvons à ce sujet , sous l’année 1109 , une particularité à l’occasion de laquelle nous nous permettrons une digression sur la multiplication tellement prodigieuse de ces fragmens à des époques où le partage de celte relique justement vénérée entre les populations chrétiennes de l’Orient, semblait avoir coupé court à ces sous-répartitions peu conciliables d’ailleurs avec ce qu’on raconte de son effet d’ensemble, comme ralliement des croisés, au moins jusqu’à la bataille de Tibériade.

D’après la tradition consacrée , la vraie croix , retrouvée par sainte Hélène , qui dut faire participer dès lors à cette découverte les églises chrétiennes d’Orient et d’Occidenl , aurait été emportée en Perse par Chosroès , après le pillage de Jérusalem. Reconquise par Iléraclius, elle fut dès lors mise hors d’état de senir désormais de trophée de conquête par le partage qu’en firent les populations chrétiennes d’Orient. L’empereur grec , sans se faire absolument la part du lion , en prit quatre portions , dont trois pour sa capitale ; Jérusalem en eut autant, Antioche trois, et parmi celles réparties entre plusieurs autres villes, Chypre, Crète , Édesse , Alexandrie, Damas, Ascalon, et entre les chrétiens de Syrie, les Grecs de Saint-Sabas, les moines de la vallée de Josaphat, le patriarche de Géorgie, etc., on cite celle des Latins résidant près du saint Sépulcre, comme étant d’une palme et demie de hauteur. C’est du moins ce qu’atteste le témoignage justifié par pièce, d’un de nos premiers croisés, Anselb ou Anseau , préchantre de l’église collégiale du saint Sépulcre, qui , mettant à profil une époque de disette , acheta à la veuve de David , roi des Géorgiens, le lot échu au patriarche de Géorgie, pour l’offrir à l’église de Notre-Dame de Paris, dont ce généreux donateur était resté chanoine (c’est la relique subsistant encore dans le trésor de cette église, sous le nom de croix à' Anseau). Ce don, d’une provenance authentifiée , confié par le donateur à Foulques , comte d’Anjou, parvenu en France, fut porté en grande pompe à sa destination après avoir été déposé à Saint-Cloud le 30 juillet 1109 ( Hist . lilt. delà France, t. X, p. 401 ).

Si l’on s’arrête à ce récit d’un prêtre bien renseigné, ce nous semble, que penser de ceux de la plupart des historiens des croisades , qui affirment que la vraie croix , dérobée aux regards des musulmans pendant le siège de 1099, fut, après la conquête, promenée en triomphe dans les rues de Jérusalem , puis replacée dans l’église de la Résurrection ; à moins de supposer qu'il s’agissait , non de la vraie croix , telle quelle fut reconquise par Iléraclius, mais des fragmens peut-être réunis, accordés à Jérusalem par l’empereur grec lors du partage cité par Anseau? Foulcher de Chartres dit expressément que , dans la bataille livrée en 1102 sous les murs de Jérusalem , et dont Beaudouin sortit vainqueur, le patriarche de la ville sainte portait dans les rangs le bois du salut , ce qui ne peut s’entendre que d’un fragment , un vieillard n’ayant pu promener triomphalement un fardeau sous lequel succomba le Sauveur dans la force de l’âge. A d’autres égards , on conçoit difficilement comment l’église de Jérusalem , si elle ne possédait que des fragmens de ce bois précieux que le partage sus-mentionné avait dû réduire à de minces divisions , ne s’en montra pas plus avare que ne le fut Beaudoin , qu'on voit, en 1110, morceiler ce trésor en faveur de Sigur , fils de Magnus , roi de Norwège , qui déposa ce don , à son retour, dans la ville de Konghcl [Hist. des Crois., t. II, p. 57 ). Cette largesse, multipliée sans doute dès lors au profit des autres états de la chrétienté , n’empêcha pas la croix véritable de reparaître à la tête des croisés quand

K RCH 1TECTÜR K.

riode appartient principalement , chose étrange , à deux anacho-

Baudouin du Bourg l’apporta de Jérusalem à Antioche en 1120 ( ibid. , p. 73 ) ; quand le patriarche de Jérusalem la porta , en 1123, dans la bataille livrée par Eustaclie d’Agrain, régent pendant la captivité de Baudouin ( p. 78 ) ; quand l’évêque de Nazareth en fit, en 1145, un usage miraculeux pour changer la direction du vent et pour reporter sur l’ennemi la flamme et la fumée de la plaine embrasée par les Sarrazins ( p. 125 ) ; quand dans la victoire remportée à Ascalon sur Saladin, livrée en 1177, les chrétiens crurent voir « les branches de cette croix miraculeuse qu’on portait devant eux s’élever d’un côté jus— » qu’au ciel , et de l’autre s’étendre jusqu’aux extrémités de l’horizon » ( p. 292 ) ; enfin , quand, dans la funeste journée de Tibériade (en 1187), où Saladin anéantit l’armée chrétienne , les Francs , selon l’expression de ce musulman au pouvoir duquel tomba cette sainte relique, «voltigeaient autour d’elle comme les papillons autour de la Iu- » mière (p. 326). » Encore cette disparition ne fût-elle ni complète ni irrémédiable , puisqu’on voit d’une part le patriarche de Jérusalem offrir à la vénération des croisés , en 1217 , un débris échappé à ce désastre , et que la souche principale , la vraie croix de rédemption, conservée comme trophée par Saladin , et qu’il montrait avec orgueil en 1!94, à l’évêque de Salisbury , envoyé de Richard-Cœur-de-Lion ( Bibl. des Crois. , t. I , p. 724 ) , fut restituée aux croisés lors de la capitulation de Damiette ( en 1221 ), et parut de nouveau à leur tète en 1244, dans cette bataille de Gaza, où l’étendard du Cnrist uni, pour son malheur peut-être, aux drapeaux de Mahomet, succomba de nouveau sous le choc des terribles Karismiens , mais sans retour cette fois ; ces barbares , étrangers aux sentimens chevaleresques d’ennemis tels que Saladin, n’ayant attaché aucun prix à ce trophée d’une défaite à laquelle échappèrént seuls soixante-deux guerriers chrétiens ( Hist. des Crois. , t. IV, p. 139 ). Or, si nous consultons nos chroniques religieuses et monastiques, ce lut précisément pendant la durée de près d’un siècle et demi du triomphe ostensible aux yeux d’une armée tout entière de ce nouveau Labarum , que sa précieuse substance, divisée en éclats de dimensions diverses , depuis ceux d’un pied de long (Dom Bouquet, t. XIV, Hist. des Crois. , t. III , p. 274 note) , jusqu’aux infiniment petits , comme ceux que nous donnons (dans la croix d ’Époisse et dans la nôtre ^défrayaient presque tous les trésors de nos églises.

On pourrait en dire autant des clous de la passion, que sainte Hélène inventa en même temps que le précieux bois auquel ils furent attachés , et dont on ne saurait porter le nombre à plus de quatre, en supposant que la crucifixion se soit opérée comme la figurent les monumens byzantins du VIIIe au XIIIe siècle, et non dans la disposition que les artistes postérieurs donnent aux pieds du Rédempteur, attachés par un seul clou.

Or, si l’on consulte à la fois les traditions historiques et les documens liturgiques, on trouve que sainte Hélène sacrifia l’un de ces clous pour apaiser une tempête, en le jetant au milieu des flots qui se calmèrent dès lors : quo facta redditur mare quieluin, Iran— quilla deinceps navigantibus flabra præstanlur (Grég. Turon., de Glor. Martyr., lib. i, cap. 6). Saint Ambroise nous apprend en outre (de obilu Theodosi ) que Constantin til de deux autres un usage presque personnel , en en consacrant un au frein de son cheval et l’autre à garnir sa couronne : de uno clavo franos ficri prceccpit , de altero diadema intexult , Si l’on ajoute à cet emploi immédiat l’hommage d’un de ces clous que sainte

\!U II ITCC1TRE.

rètes, l’ermite Adelclme qui en construisit deux près du Mans, et un

Hélène fit à la basilique sessorienne de Rome, où on le montre encore, en même temps qu’elle l'enrichit d’tme grande partie du bois de la vraie croix, relique qui fit changer le nom de celte église en celui de Sainte-Croix -en- Jérusalem, il restera à rechercher comment ont pu se produire, et dans leur forme primitive, tous les saints clous des trésors religieux. Sans doute, à la rigueur, celui que nous montrons (pl. xiv de la 10° série) comme constituant l’essence, bien secondaire , de la célèbre couronne de fer de, Monza, pourrait avoir appartenu au diadème de Constantin , ou même au fer de son cheval , bien que ce fer même ait été conservé de temps immémorial dans la cathédrale de Carpentras (PremierVoy. litt., p. 289), puisque, soumis à l’action de la forge, il a pu recevoir successivement diverses destinations ; mais combien d’autres dont la forme primordiale et même la dimension excluent toute supposition de transformation et même de morcellement. Bornons nos exemples à ce fait : « Dom Martenne, dans son Premier Voy. litt. ( t. 1, i« part., p. 177), dit, en parlant de sa visite à saint Claude : « On nous fit voir un grand clou, qui » a plus d'un pied de longueur, avec lequel on prétend que notre Seigneur a été crucifié, » et l’on nous dit qu’il venait de Lausanne, d’où il avait été sauvé dans le temps que les hé- » rétiques s’emparèrent de cette église ; il est de la même forme mais bien plus grand que » celui de Saint-Denis. » On sait que ce dernier, considéré comme un don fait à Charlemagne par l’empereur Constantin VU, fut placé dans le somptueux reliquaire dont nous avons parlé plus haut (p. 120).

N'esl-ce pas le cas de conclure, comme nous l’avons fait de la présence simultanée à Gènes et à Auxerre, du sacro catino (ou vase de la Cène), bien moins divisible encore , qu’a part même les erreurs d’attribution , très concevables à des époques d’ignorance où la foi, dont le propre est de rester aveugle, s’inclinait humblement devant les traditions les plus douteuses , la politique aussi peut avoir eu quelque part dans la consécration de ces apocryphes , dans la substitution , comme moyen de multiplier les reliques, du faux au vrai, du fantastique à l’hypothétique. Entièrement soumises à l’action religieuse, les populations de ces temps éprouvaient le besoin d’alimens dont la sainte provenance, offerte sous la garantie cléricale, ne comportait nul examen ; et le clergé, qui trouvait à la fois dans le frein religieux le seul moyen d’assurer son empire et la sécurité du trône, que la pénalité sociale n’environnait alors d’aucunes garanties, et celui d'accroître ses richesses par les dons de la piété dont ces reliques étaient toujours l’objet ( témoin la robe sans coulure d’Argenleuil , qui suffit seule à enrichir ce monastère ) , ne pouvait négliger de pourvoir à de tels besoins.

Si nous nous constituons ici le défenseur tout officieux de moyens que ne saurait avouer la rigidité des principes, et si nous absolvons aussi facilement les faussaires et surtout, leurs complices, très souvent leurs premières dupes, c’est en nous reportant aux temps et aux grandes considérations d’existence sociale qui toujours , et même dans nos rapports diplomatiques actuels , dominent souvent la morale.

D'autres , plus rigoureux encore , nous reprocheront au contraire nos doutes anti-religieux sur des objets consacrés par une vénération séculaire. Nous répondrons à ces derniers par des témoignages contemporains de l’époque même dont nous traitons , et où cette monnaie, vraie ou fausse, pour avoir, pour ainsi dire, cours forcé, n’en était pas moins l’objet d’une analyse plus sévère encore que la nôtre. Un des écrivains les plus

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autre solitaire, Salomon, qui fonda le Nid d'Oiseau près d’Angers (c. lxxxiii ) } viennent ensuite celui dit Lesciense par Théodoric d’Avesnes (c. cxix), celui que Bernard de Tiron construisit au diocèse de Chartres « in loco qui modo sanctce Annce dieitur(c. cxi), et celui de Cancourt (diocèse d’Arras), fondé par le prêtre Odon (Ga/lia Christiana , pag. 653). On pouvait y ajouter, d’après le texte de l’ouvrage de Wilemin ( Monumens inédits, p. i5), l’abbaye de Moureille et celle de Bois-Grolland , près de Luçon (diocèse de La Rochelle). Les Annales bénédictines (c. ex) nous mettent, en outre, sur la trace d’une autre fondation (la Cella de Deuil, près d’Enghienles-Bains) d’un intérêt réel , à nos yeux du moins , par le caractère élevé, quoique de style byzantin, que conservent diverses parties de sculptures, dans une sorte de grange restée qualifiée du nom d’église. Ce remarquable débris, situé à grande proximité de notre capitale, et cependant très peu connu, nous a toujours paru d’un intérêt réel, sous le rapport de l’union qu’on y trouve des rudimens architecturaux et de la sculpture ornementale du commencement du XIIe siècle, avec une élégante colonnade semi - circulaire en monolythes fuselés et accouplés, appartenant à la plus belle époque du XIIIe siècle (voir notre pl. xi de la 10e série). Voici le texte des Annales dont nous tirons nos inductions : « Exstat in pago Parisiacensi, in valle » montis Maurenciaci cella sancti Eugenii de Diogilo , seu Duelio , » Salmurensi sancti Florentii , abbatiæ subjecta, cujus origo non » omnino explorata. Prima ejus mentio nobis occurrit in diplomate » Ludovici VL Hoc anno dato, quo ratam habet donationem eidem » cellæ ab Herveo de monte Maurenciano factam . Hujus cellæ

pieux et les plus instruits de ce temps, Guibert, abbé de Nogent (sous Coucy ), a consacré, mais en pure perle , beaucoup de soins et de temps à réduire a leur juste valeur les fausses reliques , trop communes, dit-il, telles que les ossemens vulgaires livrés à la vénération des fidèles : Dum ossa vulgaria pro sanctorum pignoribus venumdanda dispertiant ; à démontrer l’incompatibilité du double chef de saint Jean (celui de Constantinople et celui de Saint-Jean-d’Angéli ) ; l’absurdité de certaines reliques , telles que le lait de la Vierge, conservé à Laon, etc., et la contradiction religieuse résultant par exemple des vestiges humains ( tels que le prépuce de Charroux , la dent de saint Méclard de Soissons) d’un dieu « qui , nous ayant donné tout son corps dans l’eucharistie, » n’a pu en laisser aucune parcelle sur la terre. » Et il se résume en disant : Ego autem in iis , quœ obtulibus subjacerit fallor, et de iis quœ nemo unquam viderit quod veri proüteor ? ( Guib. , nov. de Pignoribus sanctorum , cap. m, p. 235 , 336, 337 et seq.).

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» prior fuit hoc lempore Fulco , cujus exstat (Abaël, op., p. 21 7), » epîstola ad Petrum Abaelardum, tune sancti Dionysii monachum, )> quem super corporis ejus mutilatione consolatur, Eidem cellæ » præfuit Daniel pontificatu Alexandri III , qui eidem cellæ aposto- » licæ sedis profectionem impertiit. Ex eodem loco oriundus erat » Odo , de Digilo cognominatus, monachus, dein abbas Dionysianus, » qui librum de expeditione et profectione Ludovici VII, ad loca » sancta composuit. Olim duodecim eranl monachi in ilia cella , » quæ modo ad simplex beneficium, ut pleræque aliæ, quæ posterio- » rum temporum religio, redacta est. » En donnant ici, avec une telle étendue, cette sorte de monographie d’une église de village, d’un aspect extérieur qui repousse plutôt qu’il n’attire , nous avons en vue de prouver quelles importantes ressources la science archéologique à peine naissante chez nous, pourra tirer un jour de l’exploration des localités les moins connues, par la mise en présence, si manifeste à Deuil, de beaux vestiges d’art de deux siècles très reculés, animés par les souvenirs de grandes traditions historiques Othon, évêque de Bamberg, fonda en Germanie, en 1109, dix monastères, dont six dans le seul diocèse de Ratisbonne (c. xcr),

> Quoique la tradition légendaire tasse remonter à l'époque de l’apostolat de saint Denis le chapelle érigée à Deuil en l’honneur d’un de ses compagnons , saint Eugène , dont le corps fut retiré d’un lac voisin ( lacum Mercasii villæ Dioilo vicinum , peut-être celui dit aujourd'hui d'Enghien), pour recevoir celte honorable sépulture, il ne nous paraît pas douteux que la construction romane et les sculptures de chapiteaux , etc , de l'église actuelle n'appartiennent au commencement du XID siècle , et ne soient peut-être antérieures à l'époque où le prieur Foulques compatissait au sort encouru par Abeilard. Déjà à cette époque l’abbaye de Saint-Florent de Saumur, à laquelle Hervé de Montmorency avait cédé cette cella, y avait envoyé des moines dont l’évêque de Paris autorisa l’installation en 1072 ; mais ce ne fut qu’après que le fds d'IIervé, lîouchard, eut doté convenablement celle fondation , au XID siècle , que s’éleva , au Xllle, la jolie colonnade gothique qui , placée derrière l’autel et communiquant sans doute avec les bâtiments du prieuré, devait servir de chœur spécial à ces moines, en laissant la partie occidentale de l'église a l’usage des paroissiens. On cite comme témoignage de la dépendance peu onéreuse de ce prieuré envers la maison de Montmorency , sa bienfaitrice , la redevance payable aux quatre fêtes solennelles de l’an, d'une sorte de pâtisserie nommée roissoles, avec gastiaux d’épices , et la stipulation expresse : « qu’au cas que faute y aurait de paiement, tant est » que ledit Jehan ( de Montmorency) est servi de rost (c’est-à-dire sans doute que les gâ- » tcaux devaient être apportés avant qu’on servît le rôti à la table du seigneur), ledit prieur » est en amende d’un muid de bled pour chaque fois ( Duchesne, Preuves de la Généa » logic de Montmorency) . »

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loi»

dans le but, disait-il, de multiplier les refuges pour ceux qui désiraient échapper aux embûches du diable « Mundus totus in mcili- » gno positus est : unde propter eos , qui ab illo fugere, et salvari » cupiunt , cœnobia multiplicare lic.et. » Ce même évêque restaura en ii io sa cathédrale qui, fondée par Henri II en 1012, avait été incendiée en 1042.

En Espagne, Alfonse VI, roi de Léon et de Castille, se montra dans le même temps très magnifique envers l’abbaye de Saint-Facundo, et construisit ou rétablit trois monastères à Tolède. O11 lui attribue en outre la fondation , dans un des faubourgs de cette ville, du très noble Parthénon de Saint-Clément sur le Tage (c. lxxxv).

A cette époque aussi se rapporte, pour l’Angleterre, la reconstruction, par suite d’incendie, du monastère de Croyland par l’*abhé Geoffroi, ancien moine de Saint-Evroult, successeur de l’historien Ingulfe. Tous les moyens que le haut ascendant du clergé plaçait alors à sa disposition furent habilement mis en œuvre, tels qu’mdulgences tarifées, quêtes publiques, non seulement en Angleterre, mais en Ecosse, en Irlande, en France, etc., par des missionnaires porteurs de reliques, et concours actifs des populations (c. lxxxvi et lxxxvii) 1 . Il est à remarquer que c’est de cette époque même où

■ C’est ce même monastère de Croyland, que le roi Ethelred avait fait bâtir sur pilotis, qui fut dévasté par les Danois, et dans lequel avait été enterré le comte Guœlleve, dont la tète, séparée du tronc « caput poslquarn prcesectum fuit,» termina la prière commencée, en prononçant encore cette période d'assez longue haleine, pour la circonstance : « Sed libéra nos a malo. Amen. » (Orderic-Vital, t. II, p. 267.)

Au témoignagedu même écrivain contemporain (p. 279), Geoffroy, Joffred ou Goisfred, qui en était abbé en 1109, était né à Orléans, et fort instruit dans les arts libéraux : « Hic >> yenere fuit francigena ex urbe Aurelianensi , scolas liberalium artium secutus ab » ævo puerili. « (Lib. IV, t. 2, p, 287.— Ed. Le Prévost.) La mention suivante prouve qu’il n’en était pas à son coup d’essai dans un art dont il dut puiser les notions dans sa patrie : « Jussu Henrici regis novam basilicam pulcherrimi operis et alla bona quam- » plurima incohavit, etc. »

Ce qu'il exécuta, pour faire renaître de ses cendres l’église de son monastère de Croyland, offre un de ces tableaux animés, fréquemment reproduits au moyen-âge, où l’on voit des populations tout entières, clergé, nobles et plèbe, réunies à 1 appel d un abbé, et consacrant leur fortune et leurs bras à élever un monument de piété. Les scènes analogues, que nous aurons à peindre pour la France, sous l’année 1 145, d’après la lettre de 1 abbé Aymon, relative à la construction de l'église de Saint-Pierre-sur- Divc , nous imposent ici le devoir de donner à celles d Angleterre les développomens q«Vies comportent, pour

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l’on employait de ces moyens en Angleterre pour enchérir encore

prouver que cette ardeur des populations n’était pas éphémère et restreinte à certaines localités, mais qu’elle était le fruit d’un élan général vers le but auquel tout tendait alors, la glorification de Dieu, et le rachat des fautes par des actes pieux.

Nous puiserons surtout nos détails dans le récit de Pierre de Blois, continuateur de l’histoire d’Ingulfe.

L’abbé (Joffred) commença par faire rassembler, près du lieu où devait s’élever l’édifice, tous les matériaux nécessaires, montagnes de marbre, amas d’or, d’argent, de fer, de cuivre, de ciment, etc. ; puis il convoqua, pour la pose de la première pierre, la population presque entière de la circonscription de l’abbaye. Les comtes, barons, chevaliers se rendirent à cet appel avec leurs femmes et leurs familles, ainsi que le haut et le bas clergé, et tous les vassaux de ces ordres. A l’abbé, comme fondateur de l’œuvre, appartenait le droit, dont il usa, de placer la pierre d'angle du chevet, côté du nord; puis vinrent' successivement, à titre de protecteurs, et dans l’ordre suivant, les principaux personnages, chacun muni de sa pierre et de son présent. Richard de Purlos, chevalier tout dévoué aux intérêts de l’abbaye, posa sa pierre sur laquelle il plaça vingt livres sterling ; Geoffroi Ridel, autre chevalier, accompagna la sienne d’un don de dix marcs; et sa femme Geva unie à sa sœur Aricia, après avoir posé leurs pierres, offrirent, pour l’exécution de l’édifice , un concours plus direct encore qu’un don pécuniaire, en présentant à l’abbé deux tailleurs de pierre chargés de travailler à leurs frais, pendant deux années consécutives. Comme frère du fondateur, l’abbé de Thorney posa la pierre de l’angle opposé (Sud) et plaça dessus dix livres sterling; vinrent alors Allan de Croun, baron, puis sa femme, leur fils et leur fille, qui, après la pose de leurs quatre pierres, offrirent comme tribut à l’abbaye les titres du droit de patronage sur quatre chapelles voisines. Le pourtour du chevet fut ensuite tracé par les pierres que placèrent le comte de Leicesler, le baron de Canlelupe et sa femme, Atten de Fulbech, Théodoric de Botheby et sa femme, Turbrand de Spalding, le comte de Northampton, quatre chevaliers et trois dames, chacun muni de dons divers qui furent placés sur leurs pierres, dans l’ordre ciaprès : quarante marcs, vingt marcs, cent sciiellings, les litres de donation d’ une maison et de deux acres de terre, la dîme d’une brebis, cent marcs, le service de deux tailleurs de pierre pendant quatre ans, les dîmes de Kirkby et de quatre autres domaines. Le chevet ou l’apside (partie fondamentale de l’édifice qui, comprenant le sanctuaire, se dédiait souvent, indépendamment des travaux ultérieurs, ainsi qu’on l’a déjà vu, qu’on le verra plus loin, pour l’église de Suger, et que cela s’est encore pratiqué sous nos yeux, en 1840, pour la nouvelle basilique de Saint-Paul , hors les murs de Rome) étant ainsi tracé et doté par la noblesse , le clergé et le peuple eurent leur tour. L’abbé fondateur et son frère, à la tête des religieux de leurs deux monastères, placèrent les pierres fondamentales des murs du sud et du nord ; puis s’avança solennellement précédé de la croix et de la bannière , le clergé de trois paroisses voisines dont les chefs suivis, le premier, de cent quatre de ses paroissiens, le deuxième de soixante , et le troisième de quarante-deux, en posant les bases des trois colonnes des murs du Nord, prirent, au nom de leur suite et pour chaque assistant, l’engagement formel de consacrer un jour de chaque mois à la construction de l’édifice, jusqu’à son complet achèvement. Même cérémonial pour les trois colonnes des murs du sud dont l’exécution fut confiée à trois autres paroisses, dont celles

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sur le luxe de construction et d’aménagement des édifices religieux,

de Grantham et de Lockam. L’un de leurs chefs, suivi de doux cent vingt hommes, offrit dix marcs; l’autre, accompagné de quatre-vingl-qualre hommes, fit hommage de six marcs et de deux tailleurs de pierre chargés de l'exploitation des carrières communales et du transport des matériaux à Croyland ; et le troisième offrit au nom de son troupeau vingt-quatre quarters de froment et autant de drèche. On ne voit pas que la façade occidentale soit entrée dans ce plan ou du moins dans la répartition de ces premiers travaux ; on la réservait sans doute pour en subordonner la disposition et l’ornementation aux ressources disponibles après l’exécution de l’œuvre principale. C’est ce qui pourrait expliquer comment, en Italie surtout , pour des époques postérieures , dans des villes et pour des monumens de premier ordre, à Gènes (la Nunziata) , à Padoue (Sainte-Justine) , à Florence (Santa-Maria di Fiore, etc.), et à Rome même, tant d’édifices religieux, des plus remarquables d'ailleurs , sont restés jusqu’à nos jours dépourvus de cette décoration complémentaire sans doute, par cette considération tout humaine, que l'honneur de ces parachèvemens de l’œuvre serait venu se confondre dans la gloire de leurs fondateurs défunts, sans offrir à leurs survivans le renom personnel qu'ils préféraient s’assurer par d'autres entreprises.

A cette solennité si pompeuse, si fortement empreinte de ce cachet religieux qui constituait alors le grand lien social, succédèrent les joies du festin. Bien pourvus d’indulgences, dont l’effet dépendait de l’exécution de leurs engagemens , ce qui en offrait la garantie, tous les assistans , au nombre de cinq mille, furent admis à la fraternité de l'abbaye et réunis dans un banquet dont, pour varier nos iormules, nous emprunterons la description aux Annales Bénédictines (G. i.xxi) : « Ad hæc sex cunei virorum cum uxoribus suis , w in sex dislincti columnas in claustro (le cloître avait donc résisté à l’incendie) discumbe- » bant : cætera denique promiscui vulgi mullitudo supra quinque millia, sub dio incuria » cumedebant; » et ici le concours actif même des moines est encore bien constaté par ce passage : « Ilis omnibus monachi propriis manibus ministrabant, domino dante benedic- » tione et diem serenissimum tanta solemnitate concedente. »

Avec de tels moyens accrus de l’énorme produit de quêtes européennes, et sous une aussi active inQuence, l'œuvre dut prospérer; et l’on voit en effet que l’égiise, élevée comme par enchantement, fut consacrée dès l’an 1112 (C. xux).

Ces détails pourraient également s’appliquer à la plupart de nos grandes constructions françaises, comme on le verra sous l’année 1145, et comme on peut l’induire, pour l’époque même de la construction de l’église de Croyland, de ce que dit Orderic-Vital des monastères de l’ordre de Citeaux : « Bâtis par les moines de leurs propres mains, et » auxquels ils donnèrent, avec une habile prévoyance, des noms sacrés, tels que la Maison-Dieu, Clairvaux, Bon-Mont, Y Aumône et autres du même genre » (t. III , p. 392.— Ed. de M. Guizot) ; et ils ne sont, à vrai dire, que le récit, plus explicite que dans d’autres chroniques sommaires, de ce qui s’est pratiqué pendant tout le moyen-âge, pour les grandes constructions analogues, pendant le règne (finissant, comme on le verra, vers 1170) de l’architecture hiératique. Ce ne put être, en effet, que par de tels moyens, que des travaux salariés ne sauraient suppléer, que notre France surtout parvint à se couvrir presque simultanément, au XI® siècle, de tant de gigantesques fondations, élevées dan? ces mêmes conditions d activité et d harmonie de 1 ensemble, depuis surtout la lutte

tas

que date pour la France la mise en pratique, dans les nouveaux monatères de l’ordre de Citeaux, des règles d’interdiction de toute sorte de luxe déjà posées par saint Bruno, pour ses chartreuses, mais déjà aussi tombées en oubli dans quelques unes du moins.

Le troisième abbé de Citeaux, successeur d’Albéric, en 1109, formula expressément ces interdictions que la véhémence plus rigoriste de son disciple saint Bernard transforma plus tard en anathèmes contre les infracteurs : « Dein ne quid in donto Dei remaneret, » quod magnificentiam aut superfluitatem redoleret : unde rejectæ » aureæ etargenteæ cruces et tantum ligneæ admissæ -, non cande- » labra, nisi union ferreum -, non turibula, nisi cuprea velferrea; non » casulæ aut albæ pretiosæ : calices vero non aurei , sed argentei » admissi, uti et fistula argentea ad sumendum Christi sanguinem. n (l’argent était toléré dans ces deux ustensiles à raison des dangers » de l’oxidation) Ob hæc aliæque id genus statuta cistercienses ab » omnibus vicinis monachis , tancjuam novarum rerum inventores et scan- » dali schismaticjue incentores reputabantur, etc. »Déjàlesstatutsdes chartreux portaient (chap. lx): « ornamentaaurea vel argentea, prœ-

d’émulalion architecturale engagée entre les grands abbés fondateurs et constructeurs. Or, en présence de pareilles combinaisons préalables et successives, dans ces rangs si serrés, si clairement déterminés, de fondateurs, de protecteurs, de donateurs et de travailleurs volontaires , où trouver la moindre place pour les maçons lombards, brevetés des papes , pour ces confrairies d’outre-monts , auxquelles M. Hoppe confie si positivement le soin de pourvoir à notre luxe monumental pendant toutes ces périodes? Mieux que tout autre cependant , cet architecte anglais , qui fait preuve d’ailleurs d’études approfondies dans son art, aurait pu se pénétrer de ces traditions cléricales, si formellement exprimées ici, dans l’ histoire même de son pays : mais qu’importe l’histoire, à qui procède par système?

C’est ainsi qu’on ne voit aucun des innombrables explorateurs des sources ogivales, et M. lîoppe lui-même, non plus que son savant compatriote, M. Gally-Knight , tenir compte des rapports incessans delà France et de la Sicile, dès le dernier tiers du XIe siècle, pour chercher dans les monumens chrétiens de ce dernier pays, une inspiration toute formulée pour le premier âge de ce style, trente ans avant l’époque où ces scrutateurs d’origines donnent mission à nos croisés de nous rapporter de plus loin une forme qui, même comme type sarrasin, sans mixtion chrétienne, devait être plus rare sur nos champs de bataille d’Orient que dans l’île, attenant à nos terres, où, depuis deux siècles, les Arabes, presque nomades partout ailleurs, déployaient en repos toute leur magnificence, comme le prouvent les débris, encore subsistans, de trois palais de leurs émiis.

Si, dans notre marche contraire, nous tendons à nous égarer, il nous sera permis du moins de nous en prendre à notre guide.

ARCHITECTURE

loi»

» ter calicem et calamum, cjuo sanguis dominî sumitur, in ecclcsia » non habuerit. »

1111-1112. — Cette période s’ouvrit (12 février 1111) par un des plus grands scandales dont la métropole de la chrétienté ait été le théâtre. Henri Y, qui signala son arrivée en Italie en préludant aux violences qu’il méditait sans doute, par la démolition des murs, des hautes tours « torre altissime, )> et de bon nombre de maisons civiles des habitans d 'Arezzo, » pour les punir d’avoir détruit leur cathédrale qu’ils voulaient, selon l’usage dès lors adopté, reporter du dehors au dedans de leur ville , se rendit à Rome pour ceindre le diadème impérial, d’après un accord préalable concerté, mais fort mal libellé sans doute avec les mandataires de Pascal II. Bien que de très larges concessions eussent été consenties par ce pape, depuis même l’arrivée d’Henri V à Rome , comme compensation du droit que ce pontife tenait à conserver d’accorder seul les grandes investitures, au moment même où la solennité du couronnement commençait dans la basilique vaticane dont Henri avait pris le soin de faire garder les issues par ses troupes, et au milieu des pompes religieuses et des acclamations du peuple, lorsque les deux princes, entrés par la porte (T argent , occupaient, après s’être embrassés, les sièges qui leur étaient réservés; sur la prière du pontife d’exécuter la promesse formelle touchant les renonciations, Henri V se leva tout à coup et se retira dans la sacristie avec ses évêques et ses princes. Grand tumulte de la part même des évêques italiens qu’irritaient les étranges concessions du pape. Le roi, à qui la couronne impériale allait échapper aussi par cette résistance, ne prit alors conseil que de sa fureur encore excitée par l’avis de conseillers pervers; et attentant, malgré tous ses sermens, à la liberté du pontife, il le consigna sous escorte à la garde du patriarche d’Aquilée. Les Romains, exaspérés par cette violence, s’en vengèrent sur les Allemands. Les troupes d’Henri, concentrées vers la cité Léonine, ne purent qu’opposer la défense à l’attaque, et près de deux journées de massacres réciproques n’avaient fait, après des succès balancés qu’enflammer

» Donizone affirme même que le succès des Piomains qui avaient pénétré jusqu’au portique de Saint-Pierre, eût été complet, dès le premier choc, si la soif de l’or, plus impérieuse encore que celle de la vengeance, ne les eût détournés de leur but, par le pillage des

ARCHITECTURE

ItîO

l’ardeur des combattans, lorsque Henri prit le parti de se retirer dans la Sabine, enmenant avec lui le malheureux pontife qui, soit humanité, soit terreur, soit faiblesse l, finit par céder au plus fort, en stipulant toutefois que les investitures quoique impériales continueraient à être faites par la crosse et par l 'anneau (emblèmes de la puissance ecclésiastique). Le pape porta la condescendance jusqu’à poursuivre jusqu’au bout la cérémonie longtempsinterrompue du couronnement impérial qui, bien que solennelle, fut faite pour ainsi dire à huis clos \ Ainsi, pourvu selon ses désirs, l’empereur se retira

caisses de l'armée, ce qui donna le temps aux Allemands et aux Lombards d’unir leurs efforts pour les culbuter dans le Tibre.

Sed flagrant erga nimis liorum quippc zabernas ;

Insiniul ex armis et denariis onerati

Plus adamant numuin quam bellum vincere sumptum.

Combien de fois cette ardeur du butin a transformé les victoires en défaites !

1 Ainsi que le remarque Muratori , les historiens contemporains varient sur le récit de ces scènes et dans l'imputation des torts à tel ou te! pouvoir clérical ou laïc, selon qu’ils appartiennent à la nation allemande, comme l’abbc d’Ursperg, Otto Frisingue et autres , ou que comme Pierre-Diacre (du Mont-Cassin ) , ou Pandolfe le Pizan , Donizone , le chantre de Mathilde, etc., ils soient défenseurs nés des prérogatives des papes. Cette dissidence fort naturelle, puisqu’elle existait même parmi les évêques présens à la première solennité, influe également sur l’appréciation de la conduite ultérieure d’Henri Y avec le pontife: ainsi lors que certains récits nous montrent Pascal II dépouillé de ses ornemens , lié de cordes et ne cédant qu’à ces tortures après deux mois de dure captivité et aux instances de sa suite, ce pape , selon l’abbé d’Usperg, n’aurait , pour ainsi dire, fait que changer de trône: Henri, dit-il, « apostolicum secum duxit , et eo , quo potuit , honore lenuit : et puis, cherchez la vérité dans l’histoire ! Peut-être en dira-t-on autant de la nôtre qui , écrite sous la même influence , parlera des honneurs rendus à Pie VI, tandis que la suite de tableaux placés à la bibliothèque du Vatican ne nous montre ce pontife et son successeur qu’environnés de persécuteurs titrés et souvent même de gendarmes. Quoi qu’il en soit, il est certain que Pascal, en donnant pour motif ou pour prétexte l’intérêt des Romains dont un grand nombre partageait sa captivité , capitula sur le point en litige, sans faire même les réserves qui auraient du moins justifié ses protestations trop tardives. Non content de stipuler pour lui, Henri obtint que le corps de son père, mort excommunié, mais non dans l’impénitence finale, au témoignage de quelques amis officieux , pourrait être admis dans l’Eglise.

2 Gosi segui la pace , dopo la quale il papa solenncmente coronô Imperadore Arrigo , nella basilica Vaticane, con istar intanlo serrate le porte di Roma, acciochè niun de’ Romani venisse a disturbar la funzione ( Annali d'Italia, t. VI p. 367). C’est vers ie même temps que comme consécration , peut-être comme surcroît de ses propres tortures, le pape Pascal eut la chance de découvrir dans un ancien autel l’instrument d’un autre

AF.CIIITECTUEE.

satisfait -, mais il n’en fut pas de même du pape, qui demeura tellement en butte aux injures et malédictions de cardinaux et d’évêques qui peut-être à sa place auraient fait moins bonne contenance, qu'il se retira à Terracine, en manifestant l’intention d’abdiquer la papauté (Suger, vit a Lud. Gros), laissant ainsi le champ libre aux valeureux champions d’une cause perdue sans appel, peut-être par leur faute : « E un bel fare il bravo lungi dalle battaglie » dit à ce sujet Muratori « se que' zelanti cardinalisi fossero trovati per due mesi nelle » Augustie del papa, e col coltello alla gola , corne egli fu, e nel pe- » ricolo di veder sacrificati al furore tesdesco i porporati prigioni,

» e tanti altri Romani : non so, se avessero praticato eglino cio, che » ora esigevano del papa. »

On peut encore s’étonner, au milieu de semblables scènes, de trouver en Germanie, vers ces temps, la fondation de deux monastères, celui de Goltisan ( Augia Dei ), au diocèse deSpire (1, 72, c. ix), et celui dit Lacense, au diocèse de Trêves, tandis que la France, demeurée toujours étrangère, il est vrai, à ce conflit impérial et pontifical, poursuivait plus largement l’accroissement des siens , comme le prouvent pour cette période celui de Fontdouee , fondé près de Saintes par l’abbé de la Chaise-Dieu (c. xvn) ; ceux de Redon, dont un célèbre couvent de vierges et le monastère de Saint- Sulpice dû à Radulfe de Fusteia (xxxix) -, celui de Tousson , près de Poitiers, suite des fondations de Robert d’Arbrissel (c. xlu) ; celui de Saint-Savinien, fondé par un de ses compagnons de solitude, Vital : mais en même temps un terrible sinistre venait opérer un grand vide dans une de ses villes principales -, l’incendie que la vengeance du peuple alluma dans la maison du trésorier de l’évêque Gaudri pour purifier cette demeuré, asile du prélat, sans pouvoir lui poser ce terme : tu niras pas plus loin, ayant englouti la cathédrale et le palais épiscopal dans sa dévorante conflagration

martyre : le gril d'où saint Laurent sut narguer ses bourreaux. Ce gril ( cralicula ) , auquel on ne dit pas que manquât la verge montée en croix par Charles-le-Chauve (voir ci-dessus, Trésor de Saint-Denis), se trouvait enfermé avec deux lioles de verre remplies du sang du saint martyr; il fut replacé en 1112 avec d'autres reliques , après exposition préalable, dans un nouvel autel de la basilique de Saint-Laurent, consacré par l’évêque d'Ostie (l’historien Léon).

» Nous avons, laissé Gaudri (sous l'année 1107), jurant à contre-cœur la commune qui t. iv, 1 !

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1 G fl

Parmi les documens épisodiques que nous offre, pour le même temps, le riche Compendium des Annales Bénédictines , il en est quelques uns à mentionner ici, tel que le soin que prit le moine Raimond, devenu évêque de Marseille, et qui décora sa cathédrale libris et ornamentis pretiosis , de faire enfermer dans des châsses beaucoup de reliques de saints « plurimasque sanctorum reliquias in area recondidit » (c. xix) , ce qui pourrait venir à l’appui de notre remarque sur l’extension que l’emploi de l’émail figuratif, à la fois brillant, peu coûteux et d’une matière que n’excluait pas le rigorisme des statuts des nouveaux ordres (les chartreux et Citeaux) dut donner à ces époques à la confection de ces escrins : tel aussi que le maintien en France, à une époque postérieure à celle où la cour de Rome avait blâmé, comme propre à tenter Dieu ou à compromettre l’infaillibilité de ses jugemens, l’auto-da-fé assez récent de la place de Saint-Ambroise de Milan, d'épreuves analogues mais sous une autre espèce, tentées à quelques lieues de notre capitale, à Bussy-le-Long près de Soissons, par suite de ces rivalités entre le seigneur et l’évêque dont une autre ville voisine vient de nous démontrer les funestes effets 1 .

s’était organisée pendant son absence. Plus confiant dans son autorité , il résolut, en 1112, de rompre ce pacte imposé , de concert entre le clergé , les seigneurs , le peuple et le roi , comme limite à son ambition épiscopale: mais ici les intrigues et la corruption tournèrent à sa perte. Un soulèvement général, empreint de cette indignation que produit l’accumulation des griefs , le contraignit à se cacher (dans un tonneau dit-on) chez le trésorier de l’évêché, pour se soustraire à la fureur du peuple qui mit le feu à sa tanière et le massacra sans pitié, laissant même , par un raffinement de vengeance, son cadavre exposé longtemps (24 heures) aux insultes posthumes de ceux-là même dont il avait, quelques années auparavant, payé largement le suffrage. Guibert de Nogent peint avec énergie (c. vin , ix et x) ces désordres et ceux qui suivirent, tant par l’ effet de l’incendie étendu à la. cathédrale, au palais épiscopal et à plusieurs autres édifices, que par l’effroi qui suit toujours ces convulsions irréfléchies, dans la crainte du châtiment encouru par Y héroïsme même. Ici, et bien que Louis-le-Gros eût autorisé la commune, craignant que le moyen d’assurer le contrat ne parût trop violent a ce prince, les rebelles ajoutèrent encore à leurs torts en invoquant l’appui d’un ennemi du roi, le fils du seigneur de Coucy, Thomas de Marie, l’un de ces tyranneaux dont la fermeté de Louis VI parvint plus tard à faire éclatante justice.

1 Lisiard, évêque de Soissons, vir clarissimus, irrité de la protection que le comte de la même ville, Jean, vir malitia solers, cornes impurissimus ( Guib . Nov. 1, 3, de vita sua, c. 16), accordait a deux hérésiarques, les deux frères Clément et Evrard, sorte de ma-

A. non 1TECTUHE.

1 1 i3-i 1 14* — Lès le début de cette première année paraissent à la fois sur notre scène religieuse et scholastique deux célèbres champions, rivaux de gloire, sinon de vertus pures, dont les travaux littéraires jettent un grand éclat sur ce siècle. Saint Bernard » âgé de 23 ans, entra à Citeaux avec trente compagnons de vocation et d’études (c. l) -, et Abeilard , ce gentilhomme breton, que sa naissance et son éducation appelaient au métier des armes, impatient de tout frein, confiant en lui seul x, après avoir stigmatisé par ses dédains les leçons d’Anselme de Laon, sources pourtant de notre émancipation littéraire, vint à Paris, in claustro Sanctœ Genovcfœ , séjour favorable à sa gloire, mais bien fatal à son bonheur, 2 ouvrir une célèbre école où l’on conçoit que les disciples ne manquèrent pas à de telles leçons déjà bien appréciées par ses enseignemens antérieurs de Melun.e t de Corbeil. L’arrivée de Bernard à Citeaux, dont le rigide Etienne était alors abbé, fut, pour ainsi dire, le signal des nouvelles

nichéens qui., bien qu illettrés, s’avisèrent de nier la présence réelle, l’ utilité du baptême, etc. , les manda à son tribunal et les soumit à l’épreuve de Veau : addicti sunt in judicio exorcizatœ aquœ. L’expérience resta douteuse, le tonneau (dolium i où fut mis Clément, ayant surnagé comme un bâton , ac si virga (preuve de culpabilité), contrairement peut-être à celui de son frère ; mais les deux accusés, peu soucieux sans doute de subir une nouvelle immersion, s’avouèrent coupables et s’en remirent à la clémence de l’évêque, qui les fit jeter dans les fers , invincula conjiciuntur (c. xxxm).

1 Dès qu’Abeilard eut adopté le choix de la carrière scholastique, où de brillans succès signalèrent même ses premiers débuts à Melun et à Corbeil, son humeur âcre et querelleuse lui fil de nombreux ennemis, même parmi ses admirateurs, et ce vice, inhérent à ses qualités mêmes, jeta le trouble dans sa vie qu’il eût pu, par plus d’empire sur lui même, rendre plus glorieuse, surtout bien plus heureuse qu’elle ne fut : «Ut erat acris ingenii et in ar« » gutando petulantis. Cum magistro primum acceptissimo fuisset, brevi cjus indignatio- » nem et condiscipulorum æmulationem et invidiam in se concilavit », dit de lui Ma. billon ( 1. 69, c. lxx), qui ajoute plus loin (1.72, c. lvi), après avoir cité son opinion sur Anselme, qu il comparait à un arbre d’un beau feuillage, mais qui ne produisait aucuns

fruits ( arbor ejus tota in foliis aspicientibus . . sed infructuosa ) : « verum , cum

» vanitas et superbia, utipse fatetur, vigorem animi enervaret, et se jam solum in mundo » philosophum superesse putareL »

2 « Qui antea vixerat continentissime, fræna libidini laxare cœpit, et quo amplius in » philosophie vel sacra lectione proficere videbalur, amplius a philosophicis etdivinis do- » cumentis immunditia vitæ recedebat. Cum igitur lotus superbia atqueluxuria laboraret, » utriusque morbi remedium, divina ei gratia , licet nolenli, conlulit; luxuria quidem » primum, his eum multando per quai peccaverat; superbia vero, combustione libriquo » maxime gloriabatur » ( ibid .).

ARCHITECTURE

fondations, dépendant de cet ordre, et que nous verrons s’y multiplier dans une rapide progression inconnue jusque-là -, car dès cette meme année 1 1 1 3 , se fondait le monastère de ia Ferté-sur-Grone « Firmitatis » diocèse de Châlons (c. lyi), tandis que s’élevait sous l’autorité de l'abbé deMolesme, le couvent dit Juliani , près de Langres (c. Li), et que se procréait, comme preuve d’une gestation depuis lors si fertile, et grâce à la fécondation de Thibaut et du comte d’Auxerre, la seconde fille de ce dernier ordre, lepnonastère de Pontigni, celte autre fondation de l’abbé Étienne, qui vint au jour l’année suivante(i 1 1/|.) I -, alors qu’une troisième, encore plus célèbre

> Ce monastère, célèbre de bonne heure comme dépositaire du corps de saint Edmond, archevêque de Cantorbéry, et bientôt après, illustré de nouveau par le séjour de saint Thomas Becket que celte circonstance y fixa, était situé à deux lieues d’Auxerre. Guillaume II, à la fois comte d’Auxerre et de Nevers, concourut à sa fondation par des largesses que peuvent faire supposer l’utile protection qu’il accorda au monastère naissant de iUolesmes père de Citcaux , et le présent d’un grand vase d'or qu’il fit au monastère de Faron (au Perche), qui se hâta d’en réaliser la valeur (Le Bœuf, mém. d’Auxerre, t. II, p. G9). A celte époque d’ailleurs vivait encore l’évêque d’Auxerre Ilumbaud, qui nomma le premier abbé de Pontigny (Hugues de Mâcon), et qui dut faire participer cette fondation, à laquelle il contribua aussi, aux goûts d’art qu’il manifesta dans les divers travaux et embcllissemens de sa cathédrale, tels que la flèche qu’il y ajouta, les verrières, au nombre de vingt-neuf, cinq candélabres d’une hauteur prodigieuse, un voile de lin, couvert défigurés de rois et d’empereurs, trois pièces d’étoffes précieuses qui avaient coûté mille sols, et dont deux représentaient des lions grimpans (armoiries des comtes d’Anjou, ce qui fait supposer un produit de la fabrique de Saint-Florent de Saumur), et la troisième, des ligures de rois à cheval, etc., etc., et surtout de belles peintures, tant sur l’autel de Saint-Etienne que dans les cryptes (ibid., I. I", p 25S), où on retrouverait sans doute encore, parmi les fresques subsistantes, des compositions de ce temps. Quoique dise à ce sujet même la Gallia Christiana de la magnificence apportée par le comte de Champagne Thibaut, dans la construclion des monastères : in construendis monasteriis incowparabili largitale (p. 635), il paraît, au témoignage de Marlenne (1er Voy. littéraire, p. 57), que la première église dont il restait des vestiges, et que Bichard-Cœur-de Lion fit couvrir en plomb, toujours, sans doute, en considération du saint anglais dont elle contenait les reliques, était petite, ainsi que le logis abbatial, composé de quatre cellules, ce qui devait tenir à la stricte exécution des principes de l’abbé Etienne, manifestés dans la première église de Citcaux, mais bien méconnus plus tard dans la seconde. Selon la remarque de Martenne sur le logis magnifique de monsieur l’abbé, le luxe en était tel que les salles d’un ancien palais du comte de Champagne lui servaient d’écurie et de cuisine (p. 5H). Par une exception fondéesur la présence des restes de saint Edmond, les dames anglaises, exclues comme celles de tous pays, même jusqu’à nos jours, de toutes les églises de l’ordre de Citeaux, avaient leur libre accès a Pontigni, faveur qui fut étendue plus tard aux Françaises, sans doute à raison de l’embarras qu’une enquête rigoureuse eût pu susciter aux moines.

i-RCHITECTliRB

(Clairvaux), devait déjà germer à l’état d’embryon D’autres fon- | dations analogues se produisirent concurremment sous les anciennes [ influences: par exemple le monastère de Bournet, près d'Angoulême (c. lxiii), celui de Dalone , près de Limoges (c. Lxxvm), celui de Ligneux, en Périgord (c. lxxix), celui de Saint-Georges de Bocherville, qui, fondé en io4o, par Rodolphe de Tancarville, camérier de Guillaume-le-Conquérant, vit, en 1 1 1 4 > ériger en abbaye son église encore célèbre aujourd’hui par son caractère d’art qui remontait à cette dernière époque. L’activité des travaux recevait alors une impulsion toute nouvelle même dans la sculpture, comme le prouvent les productions de ce genre exécutées cette année même au portail de la nouvelle cathédrale de Laon renaissant alors de ses cendres, à celui de l’église de Châteaudun et au portail de l’église de Moutier-Saint-Jean (Eméric-David. — Essai sur la sculpture , p. 48 et 49)* On peut ajouter à ces œuvres la statue de Louis-le-Gros, élevée vers la même époque dans le cloître du monastère Saint-Victor de Paris, fondé par ce monarque sur remplacement même qu’occupait la chapelle de ce nom. — C’est-là qu’était venu placer le siège de ses enseignemens,en abandonnant le cloître Notre-Dame, Guillaume de Champeaux qui, renonçant ensuite à cette école, en 1 1 1 3 , pour occuper l’évêché de Châlons-sur-Marne, y fut remplacé par H i l— douin, dont la longue et sage administration comme abbé, contribua puissamment à fonder le renom de ce grand monastère, d’où sortirent sept princes de l’église, seulement pendant le XIIe siècle.

iii 5— 1116. — Si les enseignemens publics d’Abeilard à Paris ont ouvert brillamment la dernière période, celle-ci n’a rien à lui envier par l’éclat que jeta, même dès son aurore, Clairvaux, première création de l’ illustre Bernard, non moins digne par sa naissance et par son savoir que le scolastique Breton, d’honorer également tout autre carrière que celle qu’il avait embrassée en se retirant à Citeaux. Un esprit de cette trempe ne pouvait rester enclavé dans un manoir

1 Dès ces premières époques et avant même que le renom de saint Bernard et l'ascendant de ses vertus et de ses talcns eussent opéré, par reflet, sur le nouvel ordre de Citeaux, l’affluence des disciples qui venaient se ranger sous celte règle était telle qu’ils manquaient à la fois de vivres et d'abri : <. Tantus erat numerus fralrum apud Cislcrcium, quod nec » substantia eis suffîcit, nec locus in quo manebant, eos couvent enter poterat capere » {G allia Christ,, p, 578).

A KCIUTECTUKE.

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