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commun, aussi, à peine deux années s’étaient- elles écoulées, que Bernard délaissa ce nouveau chef d’ ordre pour fonder en un lieu désert a locum vastes solitudinis » , à l’aide d’Hugues Ier, comte de Champagne, une humble colonie de douze moines, qui en comptait sept cents à la mort de son fondateur
Comment n’en aurait-il pas été ainsi alors qu’à la célébrité précoce que valut au nouvel abbé son immense savoir, son éloquence au besoin terrifiante ou persuasive, se joignait l’heureux don de captiver les cœurs et l’exercice de vertus dont la pratique universelle eût suffi pour peupler Clairvaux d’admirateurs d’un humble prêtre, dont on a pu dire hautement sans être contredit par l’histoire : « Vitu ejus, fama ejus, opéra scripta, miracula, fides, spes, ca- » ritas, abstinentia, mortificatio deraum in membris ejus, sermo, » vultus, habitus, gestus et his similia ipsa sunt, quæ testimonium )) *perhibent de eo ( G allia Christiana> p. 55a)2. »
' L ne autre abbaye, fondée le même jour que Clairvaux, Morimond, située entre Langres, Tou! et Besançon, et dont fut abbé l’historien Otton de Frisingue, beau-frère de l'empereur Conrad, compta bientôt cent abbayes dans sa filiation. Celle de Morimond fut en outre mère des cinq ordres militaires, Calatrava, Alcantara, Montèse, VOyseau et Christ.
■' Dans ces premières constructions de Clairvaux, surnommé la Vallée d’ Absinthe, comme dans les rigueurs de la vie cénobitiquc , l'illustre fondateur se montre conséquent aux règles de son ordre : « Prima facie ab ingrédient ibus claramvallem in simplici- » tate et humilitate œdificiorum, simplicitas et humililas inhabitantium Chrisli pau- » perum facile agnoscebalur... pas de perte de temps : le travail ou la prière : In qua » nemini otioso esse licebat , media nocte, media noclis silentium adverlabatur præter » sonitum quem fratres vcl labokantes, vel Dei laudes concancntes adebant (c. xevi).» Le travail consistait surtout dans le soin de transcrire des livres pour la bibliothèque monastique, usage qui remontait à l’origine des couvens (voir saint Jérôme , ad Rusticum ; saint Ephrem, Horriü. 47 ; Sulp. Sever. vit. s. Mart. vu, et le livre de Cassiodore , de Orlographia), et qui fut surtout perfectionné dans l’ordre de Citeaux par le soin qu'on y prit d’isoler chaque copiste en les plaçant dans de petites cellules séparées, pratiquées dans le scriplorium commun (Marten., Thesaur. anecd., t. 111, 1291, 1292; Mabillon, monast., et Voyage littéraire de Marlenne et Durand), ce qui finit, dit M. l’abbé Cahier, par donner au scriptorium le sens de lieu retiré, solitaire : aut legendo, aut orando, aut medilando, aut confessione audiendo. Le scriplorium de Clairvaux , ainsi divisé dès l’origine, comme le prouve le nom de scriptoriolum, que Nicolas, secrétaire de saint Bernard, donne à sa cellule (Nicol., Ep. 25, ap. Mabill., Ci. monast. x), conserva toujours cette disposition, ([ne lUartenne et Durand retrouvèrent à Citeaux et à Clairvaux en 1708. « Du » grand cloître , disent-ils en parlant de Clairvaux, on entre dans le cloître du colloque.
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Par ua contraste désolant pour le renom de son rival de gloire, de son maître même, dans l’école ouverte à Paris, au temps où Ber-
» ainsi appelé parce qu’il est permis aux religieux d’y parler ; il y a dans ce cloître douze » ou quinze petites cellules, tout d’un rang, où les religieux écrivaient autrefois des livres : » c’est pourquoi on les appelle encore aujourd’hui les e'critoires. » Le bénédictin voyageur remarque en outre, comme pour établir l'accord de la fabrique et de la consommation, « qu’au dessus de ces cellules est la bibliothèque dont le vaisseau est grand , voûté , bien » percé, et rempli d’un grand nombre de manuscrits attachés avec des chaînes sur des » pupitres. » 11 ajoute : « Mais il n’y a pas de livres imprimés. » Ici surtout l’on reconnaît bien le très grand avantage du système cellulaire pour obtenir la pureté des textes , soumis d’ailleurs au contrôle de l’armarius, qui , dit le coutumier de saint Victor, « providere » debet quod scribantet quæ adscribendumnecessaria suntpræbere; necquisquam eorum » aliud scribere quam ille præceperit... » En général, le nombre des moines calligraphes préposés à ce travail spécial, était, dès le XIe siècle , fixé à douze dans les grands monastères, comme à Hirsaugc (Trilhème, Chron. hirs., ad. an 1070) ; ce qui assignerait une sorte de tradition symbolique aux douze cellules écritoires de Clairvaux.
Sur le fond de cette matière, et pour la démonstration de 1 ’ abîme existant entre ïantiquarius mercenaire de Rome profane et les anliquarios scribenles religieux , que saint Grégoire-le-Graud rencontra à l’œuvre dans les premiers monastères de l’ordre de saint Benoît (Grég., M. Dialoy., 1.4), nous ne pouvons rien faire de plus agréable à nos lecteurs qui seraient désireux d’embrasser toute cette question que de les renvoyer au modeste, mais très savant opuscule, publié en 1838 par M. l’abbé Cahier sous forme de question, bien résolue par la profondeur des recherches, intitulé : le Christianisme a-t-il nui au développement des connaissances humaines (voir surtout les pages 89 et suivantes ?
Martenne et Durand trouvèrent à Clairvaux, dans le cimetière des frères, «la cellule que » Guillaume de Champeaux, évêque de Chàlons, fît bâtir à saint bernard pour le soulager dans ses infirmités, •< et dans laquelle on conservait encore le lit où il mourut. Pour concilier les besoins de l’humanité avec sa rigidité pour la mortification de la chair, qui excluait les douceurs du feu, même dans la plus rigoureuse saison , on avait pratiqué sous son lit, mais à son insu, une sorte de calorifère consistant en une grande pierre percée sous laquelle on allumait un brasier. Ce que disent les mêmes bénédictins du trésor existant alors, « qu’ils » y virent un grand nombre de reliques fort bien enchâssées, la plupart envoyées par les » empereurs de Constantinople, et notamment un morceau de bois de la vraie croix qui » est d’une grandeur non commune, quatre beaux chefs , sans parler de ceux de saint « Bernard cl de saint Mulachie qui sont dans deux beaux bustes de vermeil doré avec » des émaux très riches , et une grande châsse apportée par ua évêque de Saintes pour les » ossemens du saint que les religieux ne voulurent pas exhumer, a lin de ne pas s’exposer i » se voir enlever toute cette sainte dépouille, ■> vient à l’appui de nos diverses remarques surles provenances d’Orient, même en fait de reliquaires, sur la miraculeuse multiplication de l’essence de la vraie croix et sur nos travaux en émail du \ IIe siècle. Martenne cite aus;i un calice d’argent à la coupe duquel appendaient quatre clochettes, ainsi qu’une chasuble qu’on prétend avoir été â l’usage de saint Bernard, mais dont la contexture de soie et la croix formée d’un galon d’or, semblent, comme luxe de matière, repousser cette attribution.