‹ Les arts au Moyen Age (volume 4)Chapitre 8 sur 14 · AÎ.CII ITECTL UE · texte numérisé non relu

AÎ.CII ITECTL UE

nard fondait avec Clairvaux la tradition de ses vertus sans tache, Abeilard, jusque-là exempt du moins de torts autres que ceux tirés d’un sentiment trop vif de sa supériorité littéraire, torts que le succès venait absoudre, séduit par les attraits d’un ange tentateur, succombait sans combat, bien meurtri dans sa chute 1 .

L’impulsion donnée aux fondations nouvelles poursuivait sa marche ascendante. Louis-le-Gros, de concert avec Robert d’Arbrissel, venait de construire pour Bertrade, retirée à Fontefrault, le monastère d ’ Hautebruyère « in deserto quodam agri Parisiensis loco » (c. cxxv); somptueux refuge où la mort vint bientôt atteindre cette reine

« « Fulberlus nepolem habebat carissimam , Heloysam, ingenii facilis et ad discendas » scientias a natura comparati. Inter slndia ütterarum facile in juvéniles animos se insi- 3» nuarunt insani amores, non diu innocentes » (c. xv, 1115) ; et scion le témoignage d’Abeilard lui- même dans une de ses lettres : « Plura crant oscuia quam sententiæ,

3> sæpius ad sinum quam ad libros deducebanlur manus. )3 Trop tôt, hélas ! cet ineffable accord produisit d’autre fruit que celui de la science. Pour en dissimuler la rapide germination aux yeux surveillons de Fulbert « antequam res vulgarelur , » l’absence d’Héloïse était le seul remède. Un voyage en Bretagne provoqué par la noble sœur d’Abeilard, compatissante à l’anxiété de son frère, eût du moins sauvé les dehors, sans l’indiscrète ardeur que mit cet oncle des vieux temps à en scruter la véritable cause, manifestée par un accroissement de famille, la naissance d’un fds, dont le nom Astrolabe témoignait seul de l’influence scientifique sous laquelle il avait vu le jour « quæ Astrolabiüm ( id infanti datum nomen ) apud ejus sororem peper it. » Furieux d’être pris pour dupe et honteux du reflet que de tels déportemens ne pouvaient manquer de jeter sur ses fonctions canonicales, Fulbert rappela la coupable et s’efforça d’ensevelir sa faute, ou du moins d'en légitimer les suites, par une union clandestine « clunculum » ; mais les constans refus qu’opposa surtout Héloïse, dans l’intérêt, dit-elle, de la gloire à venir de son illustre amant (voir ses Lettres), et l’audace qu’eut Abeilard de la soustraire aux brutalités de son oncle, en la plaçant au couvent d’Argenteuil, mirent le comble à l’irritation du chanoine qui, dans un affreux guet-à-pens, frappa les deux amans du coup le plus terrible, en brisant le lien charnel qui les unissait.

Cette sanglante catastrophe que Fulbert paya de l’exil, et deux des instrumens de sa vengeance « famulum subornatum » de la peine du talion, enleva pour toujours au monde deux êtres bien faits pour l’orner. Héloïse cacha ses larmes sous le voile, et Abeilard sa honte et sa douleur poignante dans les cloîtres de Saint-Denis, qu’il quitta plus tard pour chercher près d’un ami , le prieur de Saint-A yoult de Provins , des consolations que lui offrirent d'ailleurs d’eux-mêmes les admirateurs de sa science (voir ce que nous avons dit des lettres que le prieur de Deuil lui écrivit à ce sujet. • — (Annal. Béne'd., 1. lxxi, c. HO). De telles sympathies rendirent le savant à sa vocation première. Il y puisa ce qu’il lui fallut d’énergie pour courir de nouveaux hasards , pour s’exposer, après un tel déduit , au choc des passions rivales, pour s’embarquer enfin sur le même océan où l’attendaient d’autres naufrages.

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abbesse. Emule de Bernard, Y ermite Jean fondait sur les confins de la Champagne et de la Lorraine, l’abbaye d’Aigremont (e. xcvii); le comte Béra élevait près de Narbonne le monastère d’Alet, pour le rendre dépositaire d’un admirable fragment de cette vraie croix « mirific.um lignum dominicain » (c. cxxix), inépuisable mine où la foi de nos pères puisait , comme nous l’avons dit plus haut, tant de doux alimens, tandis que l’on voyait l’instrument du salut intact entre les mains du patriarche de Jérusalem, rallier nos croisés et faire des prodiges -, Gérard de Salis construisait près de Sarlat (Périgord) le monastère de Cadouin. (c. cxii) $ deux bénédictins fondaient dans un désert, à quatre lieues de la Grande-Chartreuse, un nouveau couvent du meme ordre, dit Domus Portarum (c. cxui)-, et Hugues, abbé de Saint-Gilles (Bas-Languedoc, près d’Arles), dotait notre Septimanie de l’admirable basilique (c. cxxxr) dont les majestueux débris, sa vis et surtout le portail demeuré presqu’intact, constituent Tune des plus belles pages de nos annales monumentales du XIIe siècle La Germanie ne nous offre pour la meme période

i Pour qu'on puisse juger de que! poids doit être, dans les questions archéologiques, l'opinion des plus savans bénédictins, nous citerons ce passage du premier Voyage littéraire de Marlenne et Durand (Ire partie, p. 311) : « Si l'on en croit une bulle de Jules If, » Charlemagne commença à bâtir l’cglise ; mais il n’eut pas le temps de l’achever : le » portail parait assez de ce temps, et il est d'une magnificence qui surpasse tout ce que » nous avons vu en ce genre du temps de cet empereur. » M. Mérimée qui n’a pas même daigné, par un sentiment que l'on conçoit, rappeler cette tradition bénédictine, a vu d’un tout autre œil ce chef-d’œuvre qu’il considère avec raison comme le nec plus ultra de l’art byzantin ( Notes d'un voyage dans le midi delà France, p. 336). C'est à peu près l’effet qu’a produit aussi sur nous le riche déploiement de ses sculptures de tout genre, que rappelle très bien, quoique sur une échelle plus restreinte, le portail, postérieur de quelque vingt ou trente ans, de Sainl-Trophime d’Arles, que nous donnons pl. de ia 6e série; ce qui nous a fait renoncer à multiplier le même type. Ici, comme à Sainl-Trophime, comme à Saint- Laurent de Gènes, etc., le mélange de certains rudimens architecturaux de style classique romain, rinceaux, oves, chapiteaux, etc., aux traditions grecques du basempire, en fait de sculpture et d’ornementation, dénote évidemment, selon nous, le concours d’artistes italiens , non pas de ceux que M. Ilope nous montre à l'œuvre dès le VHe siècle, et exerçant leur monopole lombard dans toute la chrétienté occidentale, mais de ceux-là dont les travaux, d’un caractère analogue à la sculpture de ces deux portails, prirent un admirable essor en Calabre , en Pouille , en Sicile, de la fécondation par nos princes et abbés normands, de leurs germes nationaux étouffés sous l’occupation sarrazine. C’est ce que nous semblent démontrer le beau cloître de Monréale, aux deux cents chapiteaux historiés de style byzantin, tous variés de composition, et les mosaïques de même

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qu’un autre monastère de Saint-Gilles , dit Bursfeldense, fondé en

style à inscriptions grecques, exécutées à Païenne, à Messine, à Céf'alu, etc., sous le roi Roger, dans des édifices empreints d’ailleurs aussi de traditions gréco-romaines, chapiteaux corinthiens et autres formules vitruviennes. Quoi de plus naturel, comme nous l’avons dit, que dans des relations que l'histoire nous montre comme presqu’incessantes, meme entre la Ncustrie et la Pouille, comme entre Venise et Limoges, quelques uns de ces artistes siciliens qui venaient d’élever de somptueux édifices sous la nouvelle inspiration, grandiose du moins comme forme, importée par nos abbés normands, aient fait halte, chemin faisant, soità Gènes, soit dans des villes de Bas-Languedoc ou de Provence, très rapprochées du point où s'opérait leur débarquement? Rappelons à ce sujet que ce lieu présumé devait èlreAigues- Mortes, à quelques lieues seulement de Suint-Gilles ; et qu'alors môme que les fortifications encore tout orientales de celte ville, qu’un canal, aujourd’hui comblé, joignait à la mer, ne suffiraient pas pour la désigner comme point de communication entre les deux empires, la lettre, de 1 t2G7, par laquelle le pape Clément IV remercie saint Louis de la tour qu'il y éleva pour proléger les pèlerins, assignerait à celte station une affectation spéciale qui pourrait remonter beaucoup plus loin. Rien de plus naturel d'ailleurs que le choix de ce point, qui offrait aux voyageurs, pour les communications de la France avec le Levant, l'avantage d’éviter le circuit du détroit de Gibraltar et d’échapper aux embûches des Arabes, menaçantes alors, de chacun de ses côtés, pour leurs marchandises comme pour leurs personnes. Mais sans produire à satiété ces aperçus controversables que nous pourrions étendre aux portails de Motre-Dame-la-Grande de Poitiers, de Civrai, de Moissac, etc., bornons-nous à montrer ici que le plan gigantesque de Saint-Gilles, tel qu'il fut conçu et dut être exécuté (l’église actueile est loin d'y correspondre), accuse, dans toutes ses parties, une intervention tout autre que celle qui présida à la plupart de nos autres édifices de même époque. Ce plan est en effet des plus majestueux , depuis le riche portail jusqu’à la célèbre vis ou voûte rampante en spirale, placée à l’angle d’intersection du collatéral gauche et du transsept, merveille d'art si souvent étudiée comme chef-d'œuvre de stéréotomie, et qui ne doit sa préservation du sort subi par tant d'autres parties de l'édifice, qu'aux inspirations artistiques d’un cordonnier , président de club. Les pierres, alternées de teintes, des claveaux de celte partie ancienne, témoignent bien , comme le remarque RJ. Mérimée, du goût oriental, et nous ajouterons que cette disposition est des plus communes en Sicile (voir la description du dôme de Monréale, par RI. le duc Serra di Falco, p. 21 ; et le voyage en Sicile de RI. Gally-Knigt. • — • Bulletin Monumental, t. V, p. 184). Cette disposition commune à l’appareil de Saint-Laurent de Gênes, s’esl étendue plus tard à beaucoup d’églises d’Italie : nous la signalerons également plus loin dans un autre monument du XIIe siècle, assez voisin de Saint-Gilles, la cathédrale de Maguelone, autre point de départ et d’arrivée pour les communications de la France avec l’Italie et l’Orient.

F,n classant ici cet édifice sous l'année 1116, date du commencement de sa construction , comme l'indique l’inscription ( anno Domini 1116, hoctemplum, etc., ædificarecœpil, etc.), placée sur le revêtement d’un mur de l’ancien cloître, sans doute également en concordance île style avec celui de Saint-Trophime, ce qui doit faire vivement regretter sa destruction, nous sommes loin d’assigner la même date aux travaux toujours complémentaires du portail; motif de plus pour y trouver, comme dans des pointes d’ogive très sensibles, le concours d'artistes siciliens si nombreux cl si habiles sous le roi Roger (vers

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Belgique par la comtesse Gertrude, et le Parthénon de Sindano en Alsace (c. cxv)-, et l'Espagne, moins fertile encore en nouvelles créations de ce genre, voyait seulement s’élever le monastère de Saint-Jean de Podio (en Galice, c. cxxx). Quant à l’Italie septentrionale surtout, la pénurie complète en fait de fondations de ce temps s’explique par la mort, en 1 1 1 5 , à l’âge de soixante-neuf ans, de la célèbre comtesse Mathilde, la providence religieuse de ces états, et dont les fondations monastiques, notamment celle de Canossa et celle de Polirone où son corps fut porté reçurent, comme dons testamentaires, des libéralités auxquelles participa aussi notre monastère de Cluny 2.

1117-1118. — A part cinq nouveaux monastères dépendans de Clairvaux , fondés simultanément en 1 1 18 et qui viennent prouver avec quelle rapidité crût et se propagea T influence de saint Bernard %

1130), sans qu’on puisse pourtant reporter beaucoup plus loin l’exécution de ces beaux travaux, les troubles qui agitèrent, vers 11 50, la province dont Saint-Gilles fait partie, ayant mis un terme dès lors à la prospérité de son abbaye ( ibid ., p. 344). (Voir d’ailleurs sur Saint-Gilles l’ouvrage de Pierre-Guillaume, moine et bibliothécaire de ce monastère.)

1 Des dons qu’Ilenri V, qui visita Venise en 1116 ( Dand ., in Chron., t. XII, Rer. liai.), y fit à ce même monastère de Polirone et à l’église de Gonzague : « Pro mercede » et remedio animæ meæ etcomitissæ Mathildis, » Muratori induit que ce prince était dès lors en possession des biens que Mathilde avait légués au Saint-Siège. On conçoit qu’en effet cet empereur n’ait pas négligé de comprendre la renonciation à ce legs, parmi les concessions qu’il arracha de haute lutte à Pascal II : pourtant le Vatican ne lâcha pas sa proie, et malgré la revendication exercée d’autre part par la maison d’Este , substituée , par la mort de Mathilde, aux droits de Guelfe V, duc de Bavière, qui avait été son époux, de violens litiges survinrent auxquels le temps seul mit un terme. L’historien sire Raul dit expressément (p. 1192, l!93j que lors de l’accord conclu à Venise en 1177, entre Alexandre 111 et Frédéric Barberousse, le pape concéda à l’empereur la jouissance, pendant 15 ans, de V héritage de la comtesse Mathilde. Le litige n’était donc pas encore vidé soixante ans après sa naissance.

-! Mabillon (c. civ) cite, d’après Donizone, parmi les dons quelle aurait chargé l’abbé Pons, « in palriam reversurus, » d’offrir pour elle au chef d’ordre de Saint-Benoît :

« Pallia , sacratas vestes , ax-gentea vasa ,

« Atque crucem sanctam , pulcre gemmis operalam. «

dernier don qui vient rappeler ces croix reliquaires et gemmées du XI P siècle, dont nous donnons deux specimen (pi. xxxvi et xxxvn de la 10e série) d après celle d Epoisse et celle de notre collection.

3 Ces cinq monastères sont : Prullacum (Preuilly, diocèse de Sens) , fondé par I hi-

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les Annales bénédictines ne signalent comme fondations de ces temps pour la France, que l’abbaye de Josaphat (sur l’Eure), produit d’un vœu fait par GeolTroi de Lengis, en partant pour Jérusalem (1. lxxiii, c. xyi), et l’entière rénovation, par l’abbé Bernard, de l’église dite Beomaensis, près de Sens (c. lviii), fondations auxquelles viennent se joindre pour la Germanie celles du monastère de Saint-Michel de Bamberg , par l’évêque Othon (c. Yt) , qui nous semble faire double emploi avec celui cité sous l’année r 109 par les mêmes annales, et de celui dit Vrangiœ , dans le même diocèse (c. xxxyii); mais d’autres documens nous offrent le moyen d’accroître cette nomenclature, pour la France, du monastère dit Usarchiæ, fondé au diocèse de Limoges par l’abbé Hildegard ( Gall . Christ ., p. 662), et de l’abbaye de Joug-Dieu (Baujolais), que Bernard, abbé de Tyron, peupla avec ses religieux: de l’abbaye de Bonneval (Citeaux), fondée dans le Dauphiné par Guy, archevêque de Vienne; de l’église de Monlivilliers, près du Hâvre, contemporaine de celle, voisine, de Graville, et de la Curia Dei, diocèse d’Orléans (Gu//. Christ., p.566) ; et pour l’Angleterre, de la dédicace de l’église de Saint-Albans, sous l’abbé Richard (Mathieu Pàris, t. Ier, p. 270). Remarquons d’ailleurs que de grandes distractions religieuses et politiques, toujours nuisibles à ces créations nouvelles, se produisirent dans cette période; d’une part la mort du grand fondateur, Robert d’Arbrissel, très influent sous ce rapport dans les conseils de Louis-le-Gros, et que l’interprétation, nuisible peut-être à sa canonisation, donnée par

haut, comte de Champagne, le grand commanditaire des spéculations religieuses de saint Bernard; Cura Dei (diocèse d Orléans) ; Bonavallis (Bonneval, en Dauphiné), fondé et bàli aux dépens de Gui, archevêque devienne (depuis Callixte II) (Annal. Cister., t. I, c. ni, p. 94); Trois-Fontaines (diocèse de Châlons), que saint Bernard institua à la sollicitation de Guillaume de Champeaux, et Fontanetum (diocèse d'Aulun) (liv. 73, c. lix). L’église de ce dernier monastère fut dédiée par Eugène III, en 1141 (Gallia Christ., p. 58G). Ce ne fut pour Bernard qu’une sorte de début dans la carrière de fondateur qu'il poursuivit à pas de géant, comme le remarque Gibbon, en disant (t. XYI, p. 121) « qu’il fut l'oracle de l’Europe et le fondateur de cent-soixante » monastères. » Cet historien de bonne foi, quand ses préventions anti-papales ne l’aveuglent pas, blâme d’ailleurs, au sujet de saint Bernard, les autres philosophes de son propre temps, « d’avoir répandu trop indistinctement le ridicule et le mépris sur ces héros » spirituels, » en observant d’ailleurs « que l'activité, l’élocution et le talent d’écrire, v élevèrent saint Bernard fort au-dessus de scs rivaux et de ses contemporains. »

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quelques grands prélats à certains actes de sa vie, n’enleva pas du moins aux honneurs de l'apothéose terrestre résultant du concours des nombreuses populations qui suivirent ses dépouilles jusqu'à Fontevrault -, puis le terme apporté par la même sentence du ciel aux anxiétés de Pascal II, mort en i 1 1 8, en état de constante protestation contre ses propres concessions x, au moment où une terrible convulsion terrestre venait de porter l’épouvante dans quelques états d’Italie * -, puis enfin le conflit armé qui plaça Louis-le-Gros pcn-

» Après avoir tenu dans la basilique de Latran, en mars 1116, un concile dans lequel il rétracta de nouveau, comme il l’avait déjà fait à Troyes, le privilège des investitures accordé à l’empereur, Pascal II qui, sans vouloir porter lui-mcme une excommunication contre ce prince, avait laissé faire le haut clergé, apprenant qu’Henri V allait rentrer dans Rome, se retira au Mont-Cassin et de là à Bénévent, où il tint un nouveau concile, qui comprit dans l’anathème l’archevêque Burdin, qui s’était prêté à une nouvelle fantaisie de couronnement impérial qu’avait eue l’empereur. Ce dernier ayant quitté Rume pour fuir farta e i caldi, Pascal y revint à la tête d’une armée pour mettre à la raison les rebelles de celte ville ; mais la mort l’atteignit au milieu de ses préparatifs « per cacciar colla forza » da San-Pietro i nemici. »

2 On lit dans l'annaliste Saxon, sous l’année 1117 : « Verona, civilas Italûe nobilissi- » ma, ædificiis concussis, multis quoque mortalibus obrutis corruit. Similiter in Parma j) et Venetia aliisque urbibus, oppidis et castellis. » Celte convulsion, qui ébranla surtout l’ancien royaume lombard, se fit sentir par intervalles pendant quarante jours, et détruisit, entre autres édifices, la cathédrale de Crémone, Ce doit être dans une conflagration de cette nature, si ce n’est dans celle-ci même, que disparut à Brescia, par l’éboulement de la montagne à laquelle il était adossé, le joli temple antique élevé par Vespasien à la Victoire, qui a reparu presqu’enlier en 1826, de manière à former pour cette ville un musée des plus curieux (mus eo patrie) , réduit même aux dépendances artistiques de sa constitution (quelque peu désorganisée par le choc) et de sa propre ornementation. Nous y avons surtout admiré une magnifique statue ailée en bronze de grande proportion, dont l’attribution contestée, mais qui nous a paru incontestable, la Victoire, a du moins été prise au sérieux par le gouvernement Autrichien, qui l’a fait surmouler pour couronner ses nionumens triomphaux. On y voit aussi une très riche collection de frises et autres ornemens en bronze, trouvée réunie dans un réduit voisin de l’autel dénudé et dont le massif seul subsiste. La mutilation de diverses statues de marbre, notamment d’un colosse dont on n’a retrouvé qu’un bras , reporterait l’enfouissement de cette élégante cella à une époque du moyen-âge assez avancée, pour que l’exaltation chrétienne ait déjà pu exercer ses terribles représailles sur les simulacres païens , et donné sans doute l’éveil aux nouveaux occupans, sur l’opportunité de soustraire de riches ornemens en matière fusible, à l’atteinte de la cupidité.

On a cherché à réunir aussi dans le musée patriotique de Brescia, divers objets d’arts qui ne participent en rien de ceux en honneur sous Vespasien, tels que vases et plats en majolica et même quelques émaux sur tôle ; mais ici, comme à Bologne, comme à Milan,

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dant plus de quatre ans entre les exigences de son royal voisin Henri 1er et la rébellion d’un vassal d’un autre ordre, le comte de Chartres et de Champagne, Thibaut 1 .

dans la belle collection de M. le marquis de Trivulce, et comme dans tous les musées italiens, y compris même celui du Vatican, nous n'avons rien découvert qui pût fonder, sous ce dernier rapport, la prétendue concurrence de la fabrication italienne avec celle de nos ateliers de Limoges, dont les produits défraient tout ce qu’on a recueilli dans ces collections d’outre-monls.

» Une noble rivalité avait rompu, en 1113 , l’accord qui avait longtemps régné entre Henri Beau-Clerc et notre jeune roi Louis VII. Ce dernier s’effraya, à bon titre, des progrès du roi d’Angleterre dans l’amour de son peuple normand , et craignit pour ses provinces limitrophes de ce duché, l’effet de cette propagande. L’occupation du château de Gisors, point intermédiaire entre les deux étals, servit de prétexte à celle rupture. Henri s’autorisant d’anciennes conventions, en avait exigé la remise du seigneur qui le détenait. L’impétueux Louis, sensible à celle offense, offrit de la venger en combat singulier ; mais sourd à cet appel, Henri se reposa sur l’amour de son peuple du soin de confirmer son droit. Trop habile d’ailleurs pour négliger aucun moyen d’affaiblir le pouvoir de son puissant rival , Henri pratiqua des menées qui détachèrent de Louis des seigneurs jusque-là attachés à sa cause. Au premier rang vint se placer le jeune comte de Chartres et de Blois, Thibaut qui, comme neveu du roi d’Angleterre, espérait, par l’appui de son oncle et à la faveur de ces désordres, accroître ses états aux dépens de la France. Après une lutte à outrance à laquelle prirent part jusqu’au moine Suger, et dans laquelle justice fut faite de plusieurs tyranneaux tels que Guillaume, l’assassin de son gendre, Guy, seigneur de la RocheGuyon ; Hugues du Puiset, dont le château fut rasé; les comtes de Dammartin, de Monjai, de Monllliéry ; Thomas de Marie, seigneur de Montaigu, près de Laon ; Àdar, son auxiliaire, etc., etc., Louis conçut la pensée d’opposer aux titres d’Henri sur le duché normand les droits de son neveu, Guillaume Clilon, fils de ce malheureux Robert, qui expiait dans une prison d’Angleterre les torts de son incurie chevaleresque. Le concours du comte de Flandre, Beaudouin VII, et celui du duc d’Anjou, Foulques V, fils de Beilrade, qui se refusait à l’hommage qu’il devait, comme comte du Maine, au roi d’Angleterre, tenu lui-même à cet hommage, comme duc de Normandie, envers le roi de France, sembla d’abord présager à la France tout le succès de cette guerre ; mais l’habileté d’Henri et l’assistance du duc de Bretagne et de Thibaut, confondirent celte espérance, trahie d’ailleurs par l’issue de cettejournéc de Berneville (près de Noyon) dont nous avons parlé plus haut, d’après Orderic-Vilal, comme d’un incident qui fournit à nos rois l’occasion d’éprouver l’effet de l’affranchissement communal.

Ce dernier historien dont les remarques constituent si bien l’expression des sensations de son époque , a soin de nous prouver que le ciel ne resta pas neutre dans tous ces conflits, et « que le Seigneur fit éclater sur la terre de grands prodiges par lesquels il » voulut toucher le cœur des spectateurs, afin de les corriger de leur perversité » (liv. xii, t. IV, p. 299). C’est ainsi qu’après que des pluies excessives eurent fait déborder la Seine et creusé des gouffres énormes dans les terres des riverains, « le carême suivant » (l’hiver par conséquent) un ouragan souffla sur celte rivière et la dessécha momenta- » nément. D’un autre côté, dit-il, chacun cul pu passer, s'il eût osé se hasarder sur

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La mort de Pascal fournit cette année même à la faction impériale l’occasion de renouveler l’insulte et les profanations quavait subies la tliiare sous ce malheureux pontife - car à peine son successeur Gélase II eût-il été nommé, que le chef de ce parti, Cencio Fragipane, à la tête d’une troupe de forcenés, rompit les portes de l’église et en arracha par violence pour le jeter en prison le nouvel élu, qui débuta par un martyre auquel la mort vint bientôt mettre un terme ■ .

« ce chemin nouveau. Paris fut témoin de ce spectacle et en fut justement épouvanté. » Survint ensuite un effet de lune, en premier quartier, qui montra le fond de cet astre rouge comme du sang et aussi grand que le fond d'un tonneau, puis séparé par une couleur semblable à celle du saphir, etc., etc.

1 « Con una mano di masnadieri, ruppe la porta délia chiesa, prose il pontefice eletto » per la gola, con pugni c calci il percosse, ea guisa di un ladrone, il Irasse alla sua casa, » e quivi l’imprigiono » (Ann. d'Ital., t. VI, p. 3S91. A l'avis de cet exécrable attentat, le préfet, les nobles et douze quartiers de Rome s’armèrent, et contraignirent les Frangipanih leur rendre le pape, qui fut conduit triomphalement du Capitole au palais de Lalran; mais l’arrivée secrète et imprévue d'Henri V mit un terme rapide à ce triomphe transformé presqu'immédiatement en fuite. Gélase parvint à s’embarquer, à gagner Gaëte sa patrie, et de là Capoue, où il apprit la nomination de Burdin comme anti-pape, et fulmina une excommunication générale contre les auteurs du dernier scandale, y compris l’empereur et l’anli-pape. Le nouveau pape, après une vaine tentative pour rentrer à Rome, s’embarqua « con sel cardincili e molli nobili c cherici » pour Pise, où il consacra l’église primatiale, puis pour Gênes dont il dédia la cathédrale (ce qui assigne l’époque de la construction de l'église de Saint-Laurent que nous avons déjà eu occasion de citer), et débarqua finalement au monastère de Saint-Gilles, éloigné d’une lieue du Rhône, « e » continualo il viaggio per mare, sbarcô finalmenle al monistero di SanV Egidio una » lega lungi di Rodano » (ibid . , p.t392). Cet itinéraire papal, de la Calabre en France, nous semble confirmer bien explicitement notre hypothèse sur celui que suivaient habituellement nos visiteurs, les Vénitiens, Normands, Siciliens et même les voyageurs d’Orienl, à leur aller comme à leur retour, puisqu’il est évident que ce ne fut pas à Saint- Gilles où il n’existe ni mer, ni fleuve, mais au port le plus voisin, Aigues-Mortes, que dut débarquer Gélase II. Nous trouverions en outre dans ces détails, une sorte d'appui pour notre supposition sur le concours d’artistes siciliens, dans l’érection presque simultanée et par le même itinéraire, des basiliques de Saint-Laurent de Gênes, de Saint-Gilles et par suite de Saint-Trophime . Il n’est pas douteux d'ailleurs que dans le cortège de ce pape, composé d’un grand nombre de cardinaux, de nobles et de clercs, il ne se soit trouvé quelques uns de ces normands calabrais ou siciliens (ce qui était tout un sous le duc Roger), qui prêtèrent alors un sincère appui au pontife, en déclarant la guerre à 1 empereur Henri V.

C’est parce qu’en combinant cette réunion de circonstances propres peut-être à jeter quelque jour sur l’origine, entièrement ignorée jusqu’ici, de nos plus remarquables monumens sculptés du XIR siècle, nous y avons trouvé matière à un examen de quelque intérêt, toujours plus facile lorsqu’une base est posée, que nous n’avons pas non plus reculé

ARCUlTECTtiKE.

1 1 19-1 120. — Ce fat dans notre monastère de Cluny que, dès le mois de janvier de l'année suivante (1 1 19) , ce pontife trouva un repos éternel après les plus cruels assauts. Il avait parcouru l'Italie et une partie de la France , qui reconnaissaient son pouvoir, tandis que la Germanie et l’Angleterre s’étaient prononcées pour l’antipape Burdin , et projetaient la réunion d’un concile à Reims , pour traiter de nouveau la question des investitures*, mais atteint d’un mal grave , à peine eût-il le temps d’arriver à Cluny pour y rendre le dernier soupir. Delà la réunion, dans ce monastère même, d’un de ccs conclaves français devenus plus fréquens à partir du pontificat de Clément Y. Le choix tomba sur Guy, archevêque de V ienne ( en Dauphiné ) , fils de Guillaume Tête Hardie , comte de Bourgogne et parent de l’empereur et des rois de France et d’Angleterre. Proclamé avec l'approbation du saint collège de Rome 1 , sous le nom de Callixte II, ce nouveau pape français sut, comme ses prédécesseurs de la même nation , rendre à la tiare son éclat compromis par la faiblesse d’autres pontifes *, car dès l’année suivante , et apres avoir fait profiter la France des bienfaits de sa haute mission % débouchant en Italie par Suze , il poursuivit jusque dans Rome une marche presque triomphale % contraignant l’anti-pape à

ici devant la mission, toujours scabreuse, de chercher à notre tour le mot d’une énigme (la culture en grand de Fart grec en France) qui a mis en défaut tant de plus hautes capacités.

» L’assentiment du sacré collège romain, que la présence de l’anti-pape Burdin empêchait de convoquer un conclave, est exprimé dans Muratori par ces mots : « Quum ex » romano more eleclionem facere impediamur. »

2 Avant de quitter la France, Callixte II se rendit d’abord à Vienne pour régler les intérêts de son ancien diocèse, puis en Auvergne, à Toulouse , à Angers, à Chartres, à Orléans, à FAampcs, à Paris, à Reims, où il assembla un concile de deux cents évêques où Henri V fut excommunié, à Gisors, où il eut une conférence avec le roi d’Angleterre (mission diplomatique dont le rendaient digne ses liens de double parenté avec ce prince et avec le roi de Francej, au monastère de Saint-Denis ; puis encore à Paris, à Melun et Autun , etc., pour retourner à Cluny, d’où il partit pour l’ Italie en passant par Valence (. Annales Bénédictines, I. rxxm, c. 74). Jamais tournée pontificale, d’aussi peu de durée, ne fut plus complète.

3 Dès son arrivée à Saint- Ambroise , bourg voisin de Suze, Callixte fut salué par les hommages d’un concours de Lombards , hommages qui l’accueillirent également à Tortone, à Plaisance, à Lucques, à Pise, où, selon l’auteur de sa vie, il aurait consacré solennellement la cathédrale (fait déjà attribué à Gélase II, et qui ne s’expliquerait alors

A r. 0 H 1 T E Cl USE.

se fortifier à Sutri , que Callixte assiégea , à l’aide des valeureux Normands, per un gagliardo rinforzo di trappe normcinne (’ ib . , p. 4°3 ) ? et dont il parvint à arracher son compétiteur pour lui faire expier, dans un triomphe peu chrétien , mais dont les arts pourtant consacrèrent la gloire 1 , le tort d’avoir compté sur l’appui de l’empereur qui l’avait mis en scène.

que par la dédicace de travaux supplémentaires). Rome lui ouvrit ses portes avec de grands signes d’allégresse « Jlirabil fu la commozione ed allegrezza di quel popolo catlolico. » Il est admirable aussi de voir avec quelle facilité ce bon peuple romain passait de l'insulte à l’ovation envers ses souverains. Après quelque séjour au palais de Latran, où il fut accueilli « cou plauso e giubilio de Romani », il sb rendit au Mont- Gassin , puis à Bénévcnt «où toutes les places étaient tendues en son honneur de draps desoie et d’autres j> très précieux ornemens, sous lesquels la canelle et divers autres parfums brûlaient dans » des encensoirs d’or et d’argent. » Cet étalage de richesses, antérieur à l’importation des fabriques de soie, par les soins du roi Roger, était dù, dit Muratori, à la magnificence des Âmal plains, riches négocions qui faisaient un immense commerce à Bënévent.

C’est dans cette ville que Callixle reçut le duc de Fouille Guillaume , Jordan, prince de Capoue et autres comtes et barons, qui lui offrirent hommage et fidélité « contra » ovines hommes. » Après avoir organisé, au milieu de ces Normands devenus si dévoués aux intérêts du Saint-Siège, ses moyens d’attaque contre l’anti-pape, Callixte regagna son quartier général de Rome, pour commencer la campagne.

• Le pape qui avait donné le commandement des troupes au cardinal di san Grisogono, paya néanmoins de sa personne dans la chaleur de l’action « cgli slesso colà si porto per » dar calore ail' impresa. » Après divers assauts , les habitans de Suivi, désespérant d’être secourus par l’empereur, fatigués de leur rôle ou gagnés par les promesses de Callixte, vinrent à composition et lui livrèrent son ennemi, que le saint-père fit conduire à Rome vêtu d’une peau de bête au lieu de robe pontificale, et monté à rebours sur un chameau, dont il tenait la queue en guise de bride « Tune prœparato sibi. camelo pro albo » caballo, et pilosa pelle vcrvecum pro chlamyde rubea, positus est in transverso » super ipsum camelum, et in manibus ejus pro freno posita est cauda ipsius ca- » meli, etc. (cardin. de Aragon, in Vit. Callisli 11). Et cependant Callixte, en vrai triomphateur romain, précédait ce cortège dans toute la pompe pontificale. Non content de celle humiliation déjà pourtant assez profonde, ce pontife, dans une des peintures qu’il lit exécuter sur les murs de son palais de Latran, se fit représenter foulant aux pieds cal antipape qu’il avait alors condamné à une prison perpétuelle, au monastère delà Cava (S. Baluz. Yila Maur. Burdini, cap. 23 et 2U). Il y a lieu de croire que les autres scènes de ce triomphe faisaient partie des sujets de peinture dont le même pape couvrit diverses pièces du même palais, notamment un oratoire dédié à saint Nicolas et une salle d’audience, peintures qui subsistaient encore vers le milieu du X\rIe siècle, lorsqu 'Onufrius Panvinus écrivait son traité De Prœcip. Urb. Rom. Basilicis, où il en parle au chapitre Patriarch. Lateran., p . 2 1 4 et 215 et colon. 1584.

Notons, sans approuver celte morgue papale, que de telles somptuosités, redevenues alors toutes nouvelles pour Rome furent dues à un pape français de notre plus haute t, iv , 1 *2

ARCHITECTURE

Pendant la durée de cette lutte pontificale dont le dénouement ne date que de 1 121 , l’Italie septentrionale était livrée en proie aux déchiremens internes dont nous avons déjà parlé , non-seulement dans la guerre de Milan et de Corne 1 bientôt suivie de celle engagée entre Crémone et Parme , mais encore par les combats maritimes et assauts que se livrèrent les Génois et les Pisans , grandis par leurs rapports commerciaux, et, grâce à nos croisades, en force et en richesses au point d’en faire abus 2.

lignée, el qui dut contracter ce goût dans son éducation toute française et dans l’étude de nos monumens religieux, que la seule tournée pontificale indiquée plus haut devait lui avoir rendu familiers.

» La citation suivante d’un poète de Côme, contemporain, prouvera combien se propageait déjà de cités en cités cette fureur belliqueuse, qui mettait aux prises toute la Lombardie, devenue libre, au moins de s’entre-détruire :

» Mittunt ad cunctas legalos agniina parles » Ducere ; Cremonæ, papiæ mittere curant,

» Cum quibus et veniunt cum Brixia, Pergama, etc.

Puis interviennent aussi Verceil, Asti, Novarre, Vcrone, Manloue, Guastalla, Bologne, Ferrare, etc.; comme si c’eût été grande bonté de rester spectateur paisible de ces tristes déchiremens! Malgré cette puissante confédération, les Milanais échouèrent en 1119 devant les deux faubourgs de Côme, et se virent réduits à faire proclamer par un héraut, suivant l’usage de ces temps (Sismondi, llepubl. Ital., t. II, p. 15), l'époque fixée (une année d’intervalle) à laquelle ils ajournaient leur attaque. Singulier mélange d’acharnement et de générosité qui rappelle, à quelques égards, les stipulations de la trêve de Dieu.

2 Sous le prétexte, car il en faut toujours un, d’affranchir leurs évêques de Corse de l’autorité de l'archevêque de Pise , les Génois se ruèrent, en 1119, avec seize galères, sur les Pisans, et se gorgèrent de butin. Enhardis par ce succès , l’année suivante ce fut à la ville même de Pise qu’ils s’attaquèrent, avec quatre-vingts galères et quatre gros navires, transportant, a diverses reprises sans doute, vingt-deux mille combattons, cavaliers et fantassins, dont cinq mille hommes d'armes, pourvus de cuirasses et de haulmes bien brunis : Cou carrazza ed elmi ben brunili, dit Muratori,. d’après l’annaliste génois Coffari, à qui nous laissons la responsabilité de celle allégation contraire aux principes de sa science panoptique, qui ne laisse apparaître ces pièces d'armures qu’au XIVe siècle. A ce compte, notre armure de fer battu de Godcfroi de Bouillon, du musée d’artillerie, si différente de celles figurées dans les combats des croisades des vitraux de Suger, deviendrait presqu’historique.

2 Ce qui paraîtra plus remarquable, c’est cet immense développement de force et d’audace, de la part d’une petite république enclavée dans les montagnes, et dont la capitale ne tenait même pas le premier rang, il y a trente ans , dans les chefs-lieux de nos centvingt préfectures. Selon les Annales de Pise, cette ville aurait été assaillie au moment même où le pape (Callixte II) consacrait les autels de sa cathédrale, circonstance qui dut contribuer à sa vigoureuse défense suivie du traité de Uie Corsicw .

\p. tkitecture.

La Germanie oiïVe pour ce temps deux monastères, celui d’En» gelberg ( Mons Angelorum ), diocèse de Constance, fondé par Conrad, vir nobilis (c. cxvi), et celui d’Amelungborn (Giteaux), diocèse de Paderborn (c. gxyiii).

Quant à la France , fière de la satisfaction qu’elle avait obtenue en voyant jaillir de son sein un pape vraiment digne d’occuper le saint-siège et d imposer même au chef de l’empire , elle mettait toute sa gloire à accroître ses premières fondations, parmi lesquelles nous citerons la Charité (monastère de Citeaux), Carita Caritatis ( Annal . bénéd., 1. lxxiii, c. Lxxm), l’église Karalitance de Saint-Saturnin à Marseille, dédiée en 1 1 19 ( c. xciu) ; Saint-Médard de Soissons , remis en état de splendeur par le prieur Gosuin (c. Civ ) 1 -, l'abbaye de Notre-Dame-PAbsie en Brignon , près de Poitiers (c. exi) , fondée par le célèbre Géran de Salles, ainsi que celle du Pin , à trois lieues de Poitiers-, et d’après la Gallia Christiana , l’église Dalona , ( diocèse de Limoges) , p. 5 67 -, celle de l'ournus 2 , dédiée par Cal-

< <( Ejus laci ordinem lum magnopere prolapsum, restituer e inprimis sollicitas )> fuit, reputans scilicet eo majorem ejus esse infamiam, majusque scandalum, quo

» nobüior essel ac celebrior . Hoc in munere Gosuinus sic animas fratrum, tain

» verbis quam exemplis ad corrigendos mores . Ut brevi S. Medardi monas-

» terii mutala sit faciès et inprislinum splcndorem refloruerit. » Nouvel exemple de l’abandon, à ces époques même, des plus célèbres fondations, au milieu de tant de créations nouvelles.

* Nous prenons acte de ces circonstances historiques, puisées à la source et à leur ordre chronologique, pour y renvoyer lors de la description d’un grand nombre de nos planches, représentant des édifices dont l’époque (quant à la dédicace du moins) se trouvera ainsi authentifiée. Ici, par exemple, et bien que les constructions principales de l’église de Tournas que nous donnons (pl. vu de la 5e série), et qui avait été consacrée par les soins de l'abbé Dernier, soient antérieures d’environ un siècle à l'époque où nous sommes parvenus, sa nouvelle consécration par Callixle II, par suite sans doute de nouveaux travaux, est un fait constaté par le père Juenin (Hist. de Tournas, p. 112), qui cite même un bref de ce pape, daté de Maçon, le 14 janvier 1120, portant : « El quænunc habetur » ecclesia noslris per Dei gratiam manibus consecrala est <> ; et qui dit formellement que ce pape se rendit à Tournus sur l'invitation de l'abbé Francus. Le fils du comte de Bourgogne devait d’ailleurs porter un intérêt tout personnel à l’un des plus anciens et des plus célèbres monastères de cette province. Peut-être qu’à ce titre on pourrait lui attri buer le don du curieux flabcllum de cette abbaye, dont nous donnons l’entier développement dans deux planches (ive du cbap. xiv de l’Atlas, et xvne de la 9e série). Que l'on remarque en effet que ce travail, du XIIe siècle quant à la peinture (pour laquelle nous avons vu que Callixte avait un goût prononcé qu’il exerça largement à Borne), comme par

ARCHITECTURE

iixte II, qui dédia également la nouvelle église de Fontevrauit, l’église de Marigny, près d’Étampes, en présence du roi et de la reine , et l’ancienne église de Gisors , brûlée plus tard , puis rebâtie en 1 24° (Millin , Antiquités nation ., t. IV, art. 45, p. 5 ).

Le profond repos dont jouissait la France, même sous le rapport religieux , à cette époque où le grand champion dans ces luttes , Abeilard , tout froissé de sa chute , en déplorait l’effet près d’un ami

son ajustement pour sa destination , est flanqué de plaques d'ivoire de travail romain du IVc siècle, représentant divers sujets, tirés des bucoliques de Virgile , dont la provenance s’expliquerait alors facilement. Ajoutons que cet ustensile religieux, qui doit avoir été de tous temps, comme il l’est encore aujourd’hui, exclusivement affecté au service des messes papales, si l’on en juge par la rareté de ceux dont on trouve trace et même par celui de Monza qui, bien que désigné comme l’éventail de Théodelinde, n’est évidemment qu’un flabellum compris dans les dons faits à cette reine par le pape Grëgoire-le-Grand, pouvait, mieux que tout autre présent, consacrer , pour l’église de Toarnus, la mémoire de cette solennité papale. Il ne serait peut-être pas hors de propos d'observer à ce sujet, que ce fut à l’époque même que nous assignerions à ce don (1121) celle même où s’exécutaient les peintures du Latran, que l’abbé Guillaume, auteur de la vie de saint Bernard, nous montre ce saint fondateur, lors de la dédicace de l’église du monastère de Foigni, excommuniant les innombrables mouches qui troublaient la solennité, et les tuant par sa parole, ce qui, dans nos idées du jour, serait pris en mauvaise part : « Cui dedicationi i) inter altos interfuit S. Bernardus, qui muscas innumeras , festivitate importunas » excommunjcasse , et verbo oris sut interfecisse » {Annal, bénéd., I. 73, c. cxxxvm). L’idée que la France qu’il avait quittée était en proie à un fléau analogue à celui qui désola l’Egypte, a pu suggérer à Callixte la pensée de garantir au moins le calice de Tournus de l’atteinte de ces insectes. En notable rapport de dessin et de style se fait remarquer d'ailleurs entre les peintures de ce/7at>ellMm, et celles du manuscrit de la chartreuse que nous donnons entier, comme aussi avec les sujets des mosaïques postérieures seulement de quelques années, de la chapelle palatine de Païenne qu’on trouvera dans notre planche xxx de la 3e série. Notons que les bénédictins Malienne et Durand, grands investigateurs des trésors religieux et qui décrivent le flabellum que nous donnons et qu’ils virent à Tournus, n’en signalent qu’un autre « semblable qu’on trouve, disent-ils, au monastère » de Pouille (ordre de Saint-Dominique), diocèse de Toulouse » (1er Vog. litt., t. Iei, p. 231).

Quoique placé sur le saint-siège, Callixte 11 s'occupait des splendeurs de nos églises de France. Il le prouva en décidant par son influence, en 1122, et malgré l’opposition royale, l’élection, comme abbé de Saint-Denis, de son ami Suger dépêché alors près de lui pour une mission diplomatique, d’où l’abbé rapporta sans doute, comme nous l’avons dit, des inspirations d'art puisées dans les travaux dirigés par Callixte pour son palais de Latran, comme dans ceux de nos normands de Pouille et de Sicile, alors, ainsi qu’on l’a vu, en intimes relations avec ce pape ; ce qui peut faire supposer le concours des artistes siciliens , moins dégénérés alors que ceux de Rome, aux grands travaux exécutes dans cette dernière ville.

architecture.

au prieuré de Saint-Ayoult de Provins ( Annal. Bénêcl. , c. cxxxn ), se prouve par la paisible polémique engagée entre l’abbé de Cluny ( Pierre-le-Yénérable ) et saint Bernard , pour obtenir qu’on rendît à Clairvaux un de ses jeunes moines, qui, trouvant sa règle trop dure, s’était réfugié à Cluny r.

Nulle atteinte d’ailleurs n’était à craindre du dehors -, Henri Y, retiré en Germanie sous le poids de l’excommunication de Reims , dévorait les affronts que lui causaient toujours les libertés lombardes portées alors à leur excès , et l’accueil fait à Callixte par les belliqueux Normands de la Pouille -, et le roi d’Angleterre, plongé dans l’effroyable deuil qui venait de l’atteindre au vif par la perte de son fils, de sa fdle, d’un frère adultérin et de l’élite de sa cour3,

1 Nous renvoyons à cette correspondance très remarquable à tous égards et dont M. Lorrain a donné la principale substance dans son bel ouvrage sur Cluny, comme offrant un résumé brillant et complet des argumentations réciproques pour ou contre l’extrême sévérité’ des règles monastiques, grand champ de bataille de ce temps. Robert, parent de saint Bernard, et son disciple d’affection, n'avait pu résister au régime de Clairvaux et avait déserté la tunique adhérente à la peau, la cucule de rude drap à copuce et manches étroites, pour les chauds vêtemens de panne à longues manches et à larges capuces de Cluny, préférant aussi la nourriture et le vin de Cluny aux olus,faba, pulles, panisque cibarius cum aqua de l’ordinaire auquel son parent l’avait soumis. Saint Bernard l’en reprit avec une onction toute paternelle, qui ne parvint pas toutefois à faire pénétrer la conviction dans cet estomac rebelle. De là ses efforts pour ramener la brebis au bercail par l’intervention du bon pasteur qui lui avait ouvert un refuge.

2 Lorsque Henri 1er, après avoir réglé ses intérêts normands, s’embarquait à Barfleur, le 25 novembre 1119, pour retourner en Angleterre, acquiesçant à la demande d’un marin dont le père avait conduit Guillaume à sa conquête, il lui confia ses fils, Guillaume Adelin, âgé de dix-sept ans; Richard, qu’il appelait du même nom, fils naturel de son père, et sa fille Mathilde. L’équipage de la Blanche-Nef, glorieux d’une charge si belle, se livra, pour manifester sa joie, à une intempérance que le roi eut malheurement à s’imputer, par le don de trois muids de vin. Brisé, par l’incurie des uautonniers, contre un rocher à fleur d’eau, le bâtiment sombra à la vue de la côte, et de 300 passagers un seul, un boucher de Rouen, échappa à la mort. Le roi, déjà alors en pleine mer, n’apprit que le jour suivant cette affreuse catastrophe. Il en fut frappé et renversé à terre comme d’un coup de foudre. La perte de son fils fut d’ailleurs irrémédiable ; la nouvelle alliance qu’il contracta en épousant Adelide, fille de Godefroy, duc de Louvain, et parente du pape, n’ayant porté aucun fruit, et n’ayant servi, comme le mariage de sa fille avec l’empereur Henri V, qu’à lui ménager des alliés pour l’exécution de scs projets hostiles contre la France. La scène lugubre au naufrage de la Blanche -Nef et ses tristes conséquences ont fourni à Orderic ■Vital, contemporain et compatriote des victimes, un de scs plus touchant épisodes (liv. x n). On voit que l’historien sentit le contre-coup de cette calamité royale et nationa'e.

ARCHITECTURE

Ul'i

ne songeait pas encore à nous susciter de nouveau^ embarras par une alliance politique avec l’empereur, irrité de la sentence cléricale portée contre lui en France.

1 121-1 122. — Les fondations religieuses deviennent plus rares en France pendant cette période, remplie de débats politiques suscités par la catastrophe qui , en privant le roi d’Angleterre de son lils, déjà investi du duché normand, servait les intérêts de son neveu, le iils du malheureux Robert, Guillaume Cliton, à qui le roi de France, dans un intérêt de parti, avait fait épouser la fille du comte d’Anjou. Henri parvint sans peine, par son influence près du pape, à faire rompre cet hymen, pour raison de parenté -, mais alors éclata l’intention formelle de se poser en ennemi, dans le soin que prit Louis-le-Gros d’accorder à ce prétendant la main de la sœur de la reine de France, qui lui portait en dot notre F exin français , province limitrophe du duché usurpé sur son père. Le roi anglais mit tout en œuvre pour déjouer cc complot. Se porter de sa personne en Normandie, à la tête d’une forte armée, fut un de ces moyens directs que l’habile Ëeauclerc sut appuyer de plus profondes combinaisons. Assuré du concours de son gendre, l’emperenr Henri V, qui avait fait sa paix avec le Saint-Siège , mais dont les dispositions pour la France étaient restées hostiles, depuis l’anathème de Reims, il nous le suscita pour ennemi, et bientôt une armée formidable de peuples, autrefois compris sous le nom commun de Germains, accrus encore des alliés que le roi d’Angleterre s’était faits par son dernier mariage, vint des rives du Rhin menacer hautement la France de voir l’affront de Reims enseveli sous les décombres de cette ville. Ce fut, au demeurant, une heureuse occurrence, puisqu'elle démontra ce que peut un royaume uni dans l’amour de sou roi1 ^ et qu’il suffit

i Le tableau que trace Suger, dans la vie de Louis VI, et que nul ne pouvait mieux peindre que le ministre de ce prince , de l’élan imprimé à nos populations par l'insolent défi que semblait devoir suivre une terrible invasion, rendue plus redoutable par les germes des divisions qu’avait comprimées, plutôt qu'éteintes, l’énergie de notre roi, offre assurément une des grandes scènes historiques les plus honorables pour la France. Rien ne saurait mieux démontrer que, dans le moyen-âge, si méconnu, si calomnié même par la plupart de nos propres historiens , l’accord des sentimens pieux et du dévouement pour le prince, concourut plus que ne le fit jamais l’orgueil de la nationalité, à l’exaltation de

ARCHITECTURE

de la noble attitude que surent prendre alors jusqu’aux barons rebelles pour décider l arrogant empereur à se replier sur luimême , trop heureux d'échapper, grâce aux supplications des évêques, aux dures représailles qu’il n’avait que trop encourues2.

Les Annales bénédictines datent toutefois de cette période, pour la France, la construction du monastère de Foigny, près de Vervins, et de l’abbaye de Boher, fille de Foigny (c. cxxxvm) -, et la fondation du Paraclet par Abeilard (livre lxiv, c. xiy)3 -, pour l’Angleterre,

ce sentiment patriotique qui confond les rivalités, les ambitions elles haines dans l’intérêt commun de la défense nationale.

Le premier soin de Louis-le-Gros fut d’aller s’incliner devant le patron de la France et de lui remettre sa cause. C’est à Saint-Denis, et sur le principal autel, que reposait cette bannière à l’aspect de laquelle tout Français devenait soldat. « Rex autem vexillum ab » altari suscipiens » : la prendre des mains de son noble dépositaire (le comte du Vcxin) la brandir aux yeux des fidèles , suffit pour donner un signal entendu de toute la France.

1 Tous les barons, même Thibaut, comte de Champagne, depuis longtemps soumis à l'influence d’Ilenri 1er, dans l’intérêt duquel il guerroyait contre Louis, répondirent, sans hésiter, à l’appel de leur souverain légitime, dont la noble confiance alla jusqu’à remettre à Thibaut et à Hugues, comte de Troyes, autre parent du roi d’Angleterre, le commandement d’une des principales divisions de son armée. Suger peint en peu de mots, d’une expression énergique et pittoresque, la levée spontanée de ces milices qui, comme des nuées de sauterelles, couvraientle sol environnant le point désigné par la menace (Reims) : « Rex, ut eum Iota Francia sequalur, patenter invitât. Indignata igitur hostium inux silalam audaciam usitata Francia’, animositas, circumquaque moveas militare de- » lectum, etc.... Ut vider enlur super ficiern terrai more locuslarum, non tantum secus » decursus aquarum , sed eliam montants et planifie devorare. »

ï « Quo Franci compcrto , sola archiepiscorum , et episcoporum , et religiosorum » prece virorum, ab illius regni devastatione et pauperum depressione vix se continere » valebant ». C’était en agir bien noblement envers un prince qui avait mis sur sa bannière destruction, ou du moins raffinement de vengeance. « Remis civitatem inopinate » aggredi machiuatur, proponens aut eam subito destruere, aut tanta deshonestatiune et » oppressione civitatem obsidere , quanta dominus Papa in eum agens sedit sessione » ( vitaLud . Grossi, apud l)uch., t. IV, p. 312).

3 Dès qu’il put se livrer à ses travaux de prédilection , Abeilard, de venu moine de Saint-Denis, mit à profit, pour ses nouveaux enseignemens, la résidence, très voisine d un ami, le prieur de Deuil, qui le premier avait publiquement compati à son infortune : L'obscur prieuré de Deuil, dit M. Henri Martin (hist. de Fr., t. III, p. 408), reçut bientôt dans son sein les / lots de celle studieuse jeunesse qui remplissait naguèreles écoles de Paris. Cette nouvelle phase de célébrité, qui tirait d’autant plus d’éclat de l’obscurité dece lieu (dont nous consacrons le souvenir dans une de nos planches), réveilla les persécutions contre l’auteur du traité de la Foi à la Trinité. Traduit au concile de

a R< u i T r.ci u iu-:.

celle du monastère de Rading , fondé par Henri lei' (c. cxlih) -, pour

boissons, condamné, sans être entendu , à brûler son livre et à subir une détention perpétuelle à Saint-Médard, il fut réduit à considérer comme une faveur la tolérance du légat du pape, qui lui permit de retourner à l'abbaye de Saint-Denis. Impatiente de tout frein, cette âme énergique, indomptable, courut à de nouveaux dangers. La constitution même du monastère qu'il avait choisi pour refuge lui offrit la matière d’autres travaux qui vinrent substituer une persécution , pour ainsi dire domestique, aux condamnations, solennelles du moins, dont il avait été l’objet. Offensés du jour qu’il jeta sur la fausse légende du saint Denis d’Athènes (l’aréopagite) , et non moins irrités sans doute de l’audace qu’il témoigna en s’efforçant, tout sanglant qu'ii était de sa mutilation, de réformer ce monastère sous le rapport des mœurs , ainsi qu’il en convient lui-même ( Liber calamilalum, p. 27, Gaufred. Claravall. t. III, c. v), les moines s’accordèrent pour lui en rendre le séjour intolérable. Il se réfugia alors dans un désert, à deux lieux de Nogent, sur les terres du comte de Champagne, ardent protecteur aussi de saint Bernard. Ce fut là, qu'après avoir élevé , sous le nom de Paraclet (ou consolateur) , un modeste oratoire en l’honneur de la sainte Trinité, qu’il était accusé de nier, pour ne pas la comprendre selon les règles canoniques, il s’occupa, malgré son éloignement prononcé pour les images, à faire sculpter un groupe (ex una lapide) , qui rendit témoignage de sa foi , mais en même temps de sa perception spéciale. Yoici la description que donnent de ce relief les Annales bénédictines : « Pater in medio positus est, cum topa talari, Stella c collo pendente et adpeclus » decussala, atque ad cingulum adstricta ; cum corona clausa (la couronne fermée » était donc dès lors un insigne du pouvoir suprême), incapite etglobo in sinislramanu, » pallio super indutus, quod ad duas hinc inde personas exlendilur, cujus c fibula » pendet lembus deauratus his verbis inscriptis : filius meus es tu. Ad patris dextram » stat Filius cum simili topa, secl absque cinpulo, habens in manibus crucem pectori » appositam, et ad sinistram partem lemburn cum his verbis : tâter meus es tu. Ad » sinistram extat Spiritus Sanctus cum simili topa indutus, decussalus super peclus » habens manus cum hoc dicto : ego utriusque spiraculum. Filius coroûam spineam, u Spiritus Sanctus olearem périt ; uterque respicit patrem qui calceatus est ; non duæ » alice personne, eadem in tribus vullus, species et forma. »

Celte sculpture, empreinte, sinon du talent, du moins du génie de son ordonnateur, fut conservée au Paraclet avec un soin qui ne se prescrivit pas, car la dernière abbesse (madame de P<oucy) lui avait consacré un nouveau piédestal. En 1792, alors que la retraite d’Abeilard, illustrée aussi par le séjour plus prolongé d’Héloïse, devint une filature ou quelque chose d’approchant, ce groupe fus compris dans l’hommage tout spécial rendu aux reliques des deux amans, à titre de tribut aux inspirations de Jean-Jacques, de reflet, pour ainsi dire, de la gloire de ce grand homme, pour qui le Panthéon s’ouvrait en même temps que les notables de Nogent (Alex. Le Noir, Musée des Mon. fr., t. P>-, p. 219) transportaient en cortège, dans leur église, les corps d’Héloïse et d’Abeilard, et y plaçaient sur un cippe le groupe de la Trinité.

Mais à cette phase de transition, à celte extase sentimentale, succédèrent bientôt les fureurs aveugles, et le groupe célèbre tomba en éclats sous le marteau des memes notables peut-être, avec tous les tombeaux, les autels, etc. , de la même église ( ibid ). Nous dirons plus loin quel fut le sort des reliques,

\fiCH(ÏECTL'fiJi.

la Germanie, le monastère dit Bosoriensis (en Saxe), construit par l’évêque de Neubourg (1. lxiv, c. lxii)-, ceux d ' Odenhcnniense et de Ballenstedense, diocèse de Spire (c. lxiii) -, et, pour l’Italie, le monastère de Tamier (Stamedium), diocèse de Tarente (c. xxi). Nous y ajouterons, d’après d’autres documens, le monastère de Crista , diocèse de Langres ( Gallia christ., p. 566) -, l’oratoire du Loroux, près d’Angers, fondé par le comte Foulques (ib. , p. 63 1)-, les monastères de Dommartin (Prémontré), près d’Amiens (ib., p. 5^3) * de Saint- Augustin (id.), près deTerouanne (ib., p. 5aB) \ de X Aumône (ou le petit Citeaux), diocèse de Chartres (ib., p. 5^4) j et de Florefia, diocèse de Namur, fondé par la comtesse Ermesiade (ib., p. 53i). L’évènement religieux le plus remarquable pour la France, dans cette période, fut, par son action sur nos arts, l’élection, comme abbé de Saint-Denis, en 1122, du moine Suger, alors qu’il négociait d’autres intérêts à Rome, près du pape Callixte II, son ancien ami, dont l’appui le servit en celte circonstance en dépit de ses désirs et de la volonté du roi, qui redoutait sans doute qu’un surcroît de devoirs ne le privât de tout l’appui qu’il tirait de ce grand ministre. Ce pape français s’occupait alors à Rome de grands travaux, indépendamment des représentations de son triomphe. C’est en 1 122 qu’il y construisit l’église des saints quarante martyrs, qui a été rebâtie depuis lors.

1 i 26-1 124. — La fermentation belliqueuse produite en France par l’arrogance impériale dura pendant ces deux années, à ce point d’influer sur les fondations pieuses- aussi ne trouve-t-on, dans les Annales bénédictines , que celle de l’abbaye de Losdicu , près de Limoges, sur un emplacement dit Locus diaboli, des crimes qui se commettaient dans ce repaire de voleurs et d’assassins, et qui prit, de sa sanctification, celui de Locus Dei {c. xc)-, et la dédicace par l’évêque de Verdun de la basilique du Val d’Or, « Aurea V allis » (c. g); plus, pour l’Allemagne, le monastère de Spanheim, diocèse de Mayence (c. en). Mais nous trouvons, à d’autres sources, le monastère de Lucelle en Suisse, dont saint Bernard posa la première pierre (. Premier V oyage de Martenne et Durand, 2e part., p. i40 » celui de Bonnevaux, fondé, à trois lieues de Poitiers, par Huguesle-Bon, seigneur de Lusignan, et par sa femme -, celui de 1 Etoile,

ARCHITECTURE

fondé par Guy de Cenuis, qui donna un terrain nommé Fontevrault (texte de Wilmin , p. i5) -, ceux de Bellus reditus , à Liège , et de Saint-Michel, en Brabant ( Gall . clir ., p. 53 1 et 620)-, puis, en outre, pour l’Italie, la reconstruction du cloître de San Zeno de Vérone, exécutée, en 1123, par l’abbé Gandio, comme le constate l’inscription subsistante.

Nous oublions pour l’Italie la mention faite, sous 1 1 23 , par Mabillon (c. lxv), du monastère de Piatalia, diocèse de Padoue, qu’il avait visité avec plaisir « quem non sine voluptate lustravimus , )> et où il signale une église élégante, un triple cloître, une bibliothèque richement garnie et ornée de belles peintures.

C’est sous l’année 1 1 24 que le même annaliste décrit le mausolée de l’église de Reims, dont nous donnons le dessin (pl. xiv de la 5e série), et qu’il considère comme étant celui de Radulfe, archevêque de Reims, tandis que Montfaucon y voit celui d’Hincmar. Notre texte nous fournira l’occasion de discuter ces deux opinions si diverses, et remarquables comme thème archéologique, à raison de la distance qui sépare ces deux épiscopats.

Nous avons vu plus haut les Génois et les Pisans déployant un grand appareil de guerre ; ici, en 1 123, c’est le tour des Vénitiens, qui, répondant à l’appel du roi de Jérusalem, Baudoin, arment deux cents vaisseaux pour sa cause, battent la flotte de Babylone (Bernardus Thesaurarius , cap. 117 et seq.\ et concourent à la prise de la ville de Tyr, dont ils obtiennent le tiers pour leur part (Foucher de Chartres) ; préludant ainsi par ces exploits à ceux plus éclatans encore de leur vieux doge Dandolo, et à leurs brillantes conquêtes de tous genres, si profitables à leur commerce et à la magnificence de leur cité.

ri2D — 1126. Gallixte 11, pontife dêimmortale memoria , dit Muratori, et qui méritait bien une plus longue vie , était mort au mois de décembre 1124; et, à peine quelques mois s’étaient-ils écoulés, que le chef de l’empire le suivait dans la tombe, sans laisser les mêmes regrets. L’élection pontificale, replacée sur son vrai théâtre, offrit aux tout-puissans , frangipani, les moyens d’exercerleur force ; et la ruse leur venant en aide, ils parvinrent à substituer au pontife déjà nommé Y ambitieux évêque d'Ostie , qui, grâce à l’humilité de

ARCH LTECTURE.

son compétiteur, fut proclamé sous le nom d’Honorius II. Adéfaut d’héritier de l’empire, la diète s’assembla et nomma, en dépit de l’altitude menaçante du duc de Souabe, Frédéric, dont un cortège de 3o,ooo hommes appuyait les prétentions, le duc de Saxe, qui fut couronné roi de Germanie sous le nom de Lothaire 111. Raffermie dans les voies du repos par le beau déploiement de sa toute-puissance, la France, à qui le bras d’Amaury de Monfort avait suffi pour repousser quelques irruptions du roi anglais, jouissait d’une sécurité que consolidèrent encore les châtimens infligés par son roi à de grands coupables et à des sujets rebelles1.

Les fondations suivantes sont les seules dont nous ayons trouvé trace-, et encore les Annales Bénédictines ne mentionnent-elles que celles, étrangères à la France , du monastère de Saint-Etienne , diocèse de Pampelune , où le roi Alphonse construisit majorent eccle-

i L’assassinat, dans l’église de Bruges, du comte de Flandres, Charles-le-Bon , parent de Louis VI, fut pour ce prince l’occasion d’une terrible vengeance dont il se réserva le soin, et qu’il put accomplir en saisissant les meurtriers sur le théâtre même de leur crime. Ce lui fut d’ailleurs l’occasion de s’assurer un allié fidèle, en donnant le comté de Flandre à Guillaume Cliton , le neveu et l’ennemi naturel du roi anglais. La rébellion du comte d'Auvergne fut apaisée par des moyens plus doux ; mais la conduite criminelle du barbare Thomas de Marie, déjà châtié pour ses excès, et qui , de son donjon de Coucy , bravait l’autorité royale , exigeait un notable exemple. Louis-le-Gros le donna, en forçant dans son redoutable repaire le Qéau de toute la contrée (v. les détails presque incroyables donnés par Guibert de Nogent, invita sua , lib. m, sur les atrocités de tous genres commises par Thomas de Marie). La mort du brigand dont les trésors, fruit de rapines, vinrent grossir V épargne, fut un grand bienfait pour les peuples, une leçon pour leurs oppresseurs.

Le château de Coucy, tel qu'il subsiste encore dans les ruines majestueuses dont nous donnons une planche (IXe de la 10e série), fut relevé au XIIIe siècle sur les ruines de celui qu’occupait Thomas de Marie et sans doute sur le même plan, à peu près invariable dans l’architecture châtelaine, depuis le Xe siècle, comme le prouvent le château de Falaise, le donjon de Montléry , et d’autres débris de ces antres féodaux si multipliés à ces époques, où venaient s’engloutir les dépouilles du faible, et souvent, les victimes ellesmêmes. Les salles inférieures du donjon servaient de prison aux captifs , comme ceux que Louis VI trouva en très grand nombre à Coucy. Le châtelain et sa cour occupaient les étages supérieurs, et veillaient par eux-mêmes, et sans déplacement, à l’intégrité de leur proie. On a vu que ces loups dévorans avaient souvent plusieurs tannières, puisqu’on retrouve à Coucy Thomas de Marie , que Louis IV avait déjà chassé de vive lorce de ses châteaux de Crécy et de Nogent. Orderic- Vital dit expressément que Robert de Dellême, le type de ces tyranneaux, possédait trente-quatre châteaux-forts (construits sans doute par cel habile ingénieur), et commandait à plusieurs milliers d’hommes (t. III, p. 871 , trad. de M. Guizot ).

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siam et grande cccmeterium (c. cxxxii), et de celui d ’ Ahusium, en Suède (c, cxl 17)-, ce n’est que la Gallia christiania qui nous signale complémentairement Saint- Martin-de- Laon (p. 616), Saint- Nicolas-des-Prés , à Tournay (627), Vicogne , d’Arras (658). 11 est vrai que le grand scandale religieux qui se produisit dans la première année de cette période fut de nature à porter le trouble dans l’ordre entier de Saint-Benoît.

Pons (Pontius), abbé de Cluny, qui, dénoncé par quelques uns de ses moines pour sa violence et sa prodigalité, s’était démis de sa charge et retiré en Palestine où il jouissait, dit Orderic Vital (t. IV, p. 365) , d’une grande considération par sa piété et son élévation d’âme, subissant la loi de Y humaine inconstance , revint en France, et, en l’absence de Pierre-le- Vénérable, vint visiter ses anciens frères à Cluny, où sa présence suscita une hideuse dissension. Accueilli avec honneur par certains religieux, il fut opiniâtrement repoussé par d’autres, et ce conflit, une fois engagé, eut les plus déplorables suites : les chevaliers et les gens du pays, tant paysans que bourgeois , qui aimaient beaucoup Pontius, à cause de son affabilité et de sa magnificence, assaillirent le monastère où ils l’installèrent de vive-force, et malgré lui-même ; un horrible pillage s’ensuivit, le couvent fut traité comme une ville conquise par les armes de Y ennemi, et les lieux jusque-là interdits aux laïques furent ouverts aux bouffons et aux courtisannes . La colère céleste , qui se manifesta par l’écroulement de la grande nef de l’église, bâtie depuis peu cependant, n’empêcha pas le peuple de se livrer impunément au désordre et de piller le mobilier et les ustensiles des serviteurs de Dieu.

Les Annales Bénédictines, moins indulgentes pour Pontius qu’Orderic Vital, lui imputent tout le tort, même celui d’avoir étendu ces ravages à tous les monastères environnans, qui furent ruinés par le fer et le feu. Elles signalent d’ailleurs parmi son butin sacrilège le trésor religieux qu’il se serait approprié : aureas cruc.es, tabulasque, aurea candelabra et turibula, vasa sacra ipsosque calices rapit; en ajoutant : nec thecis sericeisque aureis et argentais , multorum sanclorum reliquias continentibus pareil, quœ omnia confiât, et hic pondus immensum auri et argenti, quibus satellites suos prœmiatur.

Ces perturbations se prolongèrent jusqu’au moment où la discorde divisa les triomphateurs mêmes, et où, mandé à Home sur la plainte

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que Pierre-le- Vénérable alla porter directement au tribunal du Saint-Siège, Pons, qui refusa de comparaître au jour indiqué, fut jeté dans les fers où il mourut, ce qu’indique la statue qui le représentait les bras liés.

Il ne fallut rien moins que la sage administration et les soins réparateurs de Pierre -le -Vénérable pour empêcher que dès lors l’ordre de Cluny, atteint dans son principal foyer, ruiné dans ses trésors religieux et autres, et compromis parla révolte de ses moines, ne subît une décadence plus prompte et plus rapide que celle dont le menaçait la rivalité de celui de Citeaux, devenu à son tour, grâce surtout à la haute influence de saint Bernard, le pivot des grandes fondations religieuses, le point de mire de la chrétienté et le principal objet des largesses des seigneurs, des princes et des rois.

1127. — - 1128. Par surcroît de malheur pour l’ordre de Saint- Benoît, le Mont-Gassin, son premier berceau, se vit, l’année suivante (i 127), en proie à de semblables ravages. Par l’efFct d’une guerre soutenue par l’abbé Nicolas contre les princes voisins de ce monastère, son trésor fut dépouillé de ses plus riches orne mens, tels que V autel d'or avec pierres précieuses (sans doute celui acquis par l’abbé Didier), et le grand calice saxon que Théodoric avait envoyé à saint Benoit '. Cette année vit d’ailleurs gronder un nouvel orage sur les contrées voisines de ce monastère, par suite de la mort du duc de Pouille, Guillaume, dont Roger, alors simple comte de Sicile, se porta 1 héritier, selon la promesse à lui faite et à défaut d'autre successeur légitime -, mais ce surcroît de pouvoir d’un prince déjà très puissant alarma la cour de Rome, qui prétendait d’ailleurs à ranger cette province sous sa dépendance, in Jeudo. Le pape Hono-

1 «Mcoiaus bellum cum vicinis principibus qui res monasterii invaserantgerebat. Atque » ut sunitus ad milites conducendos haberet sacram suppcllcctilcm in his scyphos argeu- » tcos librarum circiter decem, quos Salvinus nobilis dalmala S. Benedicto dono miserai; » aquiminalia Stephani papæ, altare aureum cum gemmis prèliosis , calicem aureum » librarum quatuor, calicem magnum sax'onicum quern Theodoricus Saxonum rex beato » Benedicto olim transmiserat , multaque alia quæ Nicolaus in profanos usus profligavit. s Ob idque implacabile monachorum odium in se concitavit ( lib. 75, c. 1). » Ainsi se dénaturaient, même sans nécessité absolue, ces trésors monastiques que la piété des fidèles venait ensuite reconstituer, moins cependant la valeur historique inhérente à certains objets.

V Ri III T ECTTJRE •

rius II s’étant rendu à Bénévent et à Troie, y reçut des sermens d’obéissance i mais Roger, uomo che ben sapeva il suo conte , voyant par ce fait seul sa demande d’investiture repoussée, employa les moyens dont ses valeureux ancêtres lui avaient légué l’exemple , et qui lui réussirent également-, le pape ayant été réduit, après de vaines démonstrations guerrières, à accorder, à Bénévent, à ce comte Roger qu’il avait excommunié, l’investiture des duchés de Fouille et de Calabre, qui, réunis à l’état de Sicile, constituèrent l’année suivante le royaume à la tête duquel nous verrons ce héros se signaler, plus qu’aucun autre roi, par ses hauts-faits et par ses œuvres d’art.

En fait de fondations françaises dans lesquelles doivent se trouver compris pour l’année 1127 les travaux exécutés par l’abbé Arnaud à Sainte-Colombe de Sens ( Dissertation de M. b abbé Cahier , p. 94), on ne trouve pour celte période, dans les Annales Bénédictines, que celles du monastère d’Igny ( Ignacensis ), à cinq lieues de Reims (. Marlot ., t. 2, p. 867), et de ceux de Stamidium et de la Chalade, diocèse de Verdun (c. xr, lxii et lxiu) -, mais la Gallia Christiana ajoute ceux de Bigniacum , diocèse d’Auxerre (p. 643), de Tilnetum (p. 65 1), de Beaubec , diocèse de Rouen (p. 53 1), de Locus Dei, in Pontivo, diocèse d’Amiens (p. 6o4); à quoi l’on peut joindre encore le monastère de Fontguillon ( Voyage litt. de Martenne, 2e part., p. 10), où ces bénédictins trouvèrent des titres de donations ad docendum puerum, ce qui prouve que dès lors il existait une sorte d’enseignement public, même dans les cloîtres, indépendamment des écoles cathédrales, et le prieuré de Saint- Gabriel, près de Bayeux, fondé par Robert de Glocester. Par contre, deux graves incendies vinrent faire place nette pour des reconstructions. Dans celui du monastère de Saint-Hubert des Ardennes (c. xix), il n’y eut de sauvés que le trésor et la bibliothèque : salvo tamen thesauro et arinario et dans celui du monastère Tuitiense, près de Cologne (c. xlix), l’intervention du saint corporai qu’un frère eut la pensée d’opposer aux flammes, en amortit reflet quant au couvent, mais en reporta l’action sur l’église voisine de Saint-Urbain, dont il n’échappa que la pixide contenant l’hostie consacrée *. L’Allemagne

« « In ilia (dans l’église de Saint-Urbain) corpus dominicain in pixide liçjnea secus » altare de more repositum erat in fenestra sive absida, inlrorsus in muro tegulis Ugneis

Ml CH 1 TF.CTUP, E,

ne nous offre que la fondation du monastère de Marien munster , en Saxe (G. xli). Quant à l’Italie septentrionale, aux sanglans débats entre les villes lombardes, suspendus en 1 127 par la capitulation des habitans de Gôme , trompés dans l’espoir qu’ils avaient fondé sur une sortie désespérée, vinrent se joindre de nouveaux germes de discorde par l’apparition de Conrad, frère de Frédéric, duc de Souabe, que le peuple de Milan contraignit son archevêque (Anselme) à couronner à Monza, avec la couronne de fer , puis de nouveau à Saint- Ambroise , malgré l’anathème du pape , qui resta fidèle à Lothaire III.

1 129-1 i3o. — La mort d’Honorius II, advenue en février 1 i3o amena de nouvelles convulsions pour l’église , malgré le soin que prit le sacré-collège de hâter l’élection de son successeur, même avant l’ébruitement de la vacance du Saint-Siège, tant on redoutait l’influence de Pierre , cardinal de Sainte-Marie in Trastevere , homme discrédité et fils d’un juif renégat -, mais l’élection du carJinal Grégoire , ami de saint Bernard , qui fut proclamé sous le nom de Innocent II , n’empêcha pas les cardinaux dissidens de se réunir, et de proclamer pape à leur tour le cardinal Pierre, sous le nom d’Anaclet II. De là le nouveau schisme qui pesa très longtemps sur la chrétienté, d’autant plus indécise sur le parti à prendre, que le conclave qui avait nommé Anaclet était plus nombreux que celui qui avait élu Innocent, composé , dit-on, il est vrai, de cardinaux

» compacta cum ostiolo, et sera. Erant et alia vascula cum eadem pixide, alia pixis » cum hostiis non consecralis , ampulla quoque vinaria ex stanno, vascula Ihuris et alia » quædam. Cum intra muros sæviret incendiutn , arsit simul et ipsa absida cum omnibus » in ea conlentis , prœter pixidem , quæ sola cum corpore Domini incolumis et inlacta » permansit. »

Ces miraculeuses reliques , le pectoral et la pixide, furent placées sur l’autel reconstruit avec cette inscription :

« Hoc corpus Domini flammas iu pixide vieil. »

1 Ilonorius II prit à tache d’alimenter les traditions d’art ravivéesà Pvome par Callixte II; il se tit peindre, dans le palais de Lalran, en action de couronner Lothaire. Plus lard son successeur Innocent II , libre à son tour de se livrer à ces magnilicences ponlilicales , tit exécuter dans l’abside de Santa-Maria in Trastevere, la belle peinture que l’on y voit encore et qu’a donnée d’Agincourt (pl. xviir, no 0).

ARCHITECTURE

moins recommandables par leurs vertus-, mais, en fait d’élection, les votes se comptent et ne se pèsent pas. L'activité de saint Bernard et son dévouement pour son ami décidèrent la France à reconnaître Innocent II, qui, bien que soutenu par les puissans , frdngipcini , ne put se maintenir avec chances de succès au palais de Latran , tandis que son compétiteur, maître du château Saint- Ange , trônait au Vatican dont il ht servir les trésors au soutien de sa cause. La retraite d’innocent en France , par l’itinéraire qu’avait suivi Gélase, à l’exemple sans doute de la plupart des voyageurs d’Italie , et d’Orient en France 1 , laissa le champ libre à Anaclet, qui s’occupa surtout de se créer un important appui dans ce comte de Sicile, dont la récente investiture des duchés de Pouille et de Calabre faisait un souverain puissant. Ce pacte devint bien facile et très favorable à tous deux, par l’idée que conçut Roger de profiter de l’occurrence pour se faire couronner roi 2.

> Nous retrouvons encore ici la poursuite de cet itinéraire maritime d’Italie en France que durent suivre, dès le Xe siècle, les Vénitiens pour les intérêts de leur commerce, et plus tard, les Normands, les Siciliens, et môme les croisés dans leurs communications avec la mère-patrie. Innocent II s’embarqua sur le Tibre, navigua d'abord depuis Ostie jusqu’à Fisc, passa à Gènes, comme avait fait Gélase : navigô sino a Pisa di laito a Genovà (Iluratori, t. VI, p. 428, d'après Caffari, Annal. Genuens, Iib, 1), et se rendit ensuite directement à Saint-Gilles (nécessairement par Aigues-Mortes), d’après ce que dit l'annaliste de l’Italie: qu’il conféra la dignité archiépiscopale à l’évêque de Gênes, Siro « allorche fit (jiitnlo a San Egidio vicino al Rodano. »

La question de savoir si ce fut Gélase II ou Callixte II qui, dans des conditions à peu près analogues, consacrèrent réellement la grande église de Pise, n’offre qu’un intérêt très secondaire; mais ce qu'on doit en conclure, c'est que ce fut au plus tôt en 1 120 que fut dédiée une église commencée depuis 1003, par conséquent depuis 57 ans, et dans un pays gorgé alors par son commerce et par ses exploits maritimes, de ressources propres à conduire à benne fin une telle entreprise. Nous verrons la cathédrale sicilienne de Ce'falu terminée en moins de dix mois, eteelle de Montre' ale dédiée dans tout son éclat en 1 182, quoique ses premiers travaux ne datassent que de 1174.

2 « Ne trattô colVanlipapa Ànacleto, il quale non vi fece dif/icollà , etc. » Le pontife régnant de fait ajouta même à cette haute faveur d'autres privilèges : « che Ruggieri con questo buon venlo seppe accortamcnle chiedere , e facilmcnle oblenere : » et le jour de Noël 1130, Anaclet couronna Roger à Patermcavec une magnificence dont témoignent surtout les récits d’Alexandre, abbé de Telesa. ( Abbas Telisinus, 1. n, cap 1, et seq.) Tandis que Roger mettait ainsi les circonstances à profit, une ligue formidable s’organisait en France par l’actif concours de saint Bernard, pour la cause d’innocent II qui, accueilli près d’Orléans par le roi Louis qui l’avait déjà reconnu au concile d’Ftampes, re-

ARCHITECTt RH.

îor.

En France , où le couronnement de Philippe , fils aîné de Louisle-Gros, venait d’offrir un gage de repos, regni securitate , que vint confondre le heurt (T un porc dans les pieds d’un cheval J, l’essor religieux , bien loin de se ralentir par ces débats pontificaux où les droits restaient incertains et l’autorité indivise, se manifesta dès 1 1 29 par de très nombreuses fondations, telles que la fondation royale du monastère de Malnoue % celle de V eauluisant , diocèse de Sens *, d’Orcamp ( Ursicampi) , près Noyon (c. lxvi)-, de Turpenay , à six lieues de Chinon (c. Lxvni) -, de \ ally-Luceno , diocèse de Sens ( Gall . Christ., p. 754) ; de Leodegar , diocèse de Soissons ( ib., p. 6o3);

çut egalement, celte année même , de grands honneurs à Chartres, à Cluny et au concile qu'il assembla en novembre à Clermont. L'adhésion à sa cause « per cura massimamente di san Bernardo » du roi de Germanie Lothaire, et du roi d'Angleterre Henri 1er, sem blait lui garantir un succès plus complet et surtout plus prochain, que celui qu’il n’obtint que huit années plus tard, à la mort d’Ànaclet; tant fut utile à ce dernier, du moins pour éviter le sort de son prédécesseur Burdin, l'appui que lui prêta Roger que n’effraya pas cette ligue et qui, habile à profiter même de revers passagers, pour mieux réengager la lutte, sut la poursuivre avec tantd’-éncrgie que, même à la mort d’Anaclet, bien loin de se tenir pour quitte envers sa cause, il suscita une nouvelle compétition papale dont Innocent ne triompha que par l'abdication volontaire du nouvel anti-pape.

Quant à Roger, qui jouit de ses droits royaux en prince que n’agitait aucun scrupule, il sut les faire légitimer plus tard en réduisant Innocent II à la dure condition qu’avait déjà subie Léon IX, et en éteignant par ses foudres celles lancées du Vatican.

* Ce jeune prince « fïoridus et amœnus puer, » dit Sugcr, chevauchait dans les rues de Paris, alors fort immondes, lorsqu’un porc échappé de son toit effraya sa monture et détermina une double chute, à laquelle il succomba la nuit suivante « cumequo insidens per » urbem parisiacam incederet, porco ad equi pedes implicato ad silices sub equoproytjeclus, equi pondéré contritus, sequenli noclc spirilum exhalavit. » Ordcric Vital dit (fiv. XIII) « qu’il tomba de cheval en poursuivant par plaisanterie un écuyer dans les » rues de Paris, et que s'étant horriblement fracturé les membres il mourut dès le len- » demain, sans confession et sans viatique. » Trop déplorable fin que vient de rappeler un malheur tout récent !

Cesaccidens, qui ne sont pas sans exemples, même de nos jours, devaient être fréquens à une époque où la ville des lettres par excellence n’était qu’une sentine impure et un cloaque à pourceaux; car on lit dans la il 1er des histoires (f<> 9S, v°, sous l’année 1183), que ce ne fut que vers ce temps , bien postérieur par conséquent à cette catastrophe, que fut pavée la cité de Paris, qui auparavant « avait été nommée Lulesse, pour ce qu’elle estait pleine de boue, d’ordure et de puanteur que nul ne pouvait souffrir, et qu’après ce pavement fut nommée Paris, en mémoire de Paris, Troven, duquel les François sont descendus, etc. » Ce n’est pas encore ici le lieu de discuter cette tradition.

» Ce monastère, fondé par Louis VI, était à six lieues de Paris et situé sur la Marne.

t. IY.

ARCHITECTURE

de Loroy, diocèse de Bourges ( Gall . Christ ., p. 6o4)-, de Parcum de Macoliniensis , par Godefroy-le-Barbu (p. 63 1), etc. Cette grande impulsion religieuse sembla s’accroître encore et même se généraliser, l’année suivante, par la présence du pontife dont épousait si chaudement la cause l’abbé de Clairvaux, tout puissant , même en Germanie , comme le prouvent les nombreux monastères de son ordre fondés en 1 129 dans ce royaume même ( Ann. Bénéd. , c. lxxxi). On en jugera par la nomenclature suivante , et surtout par l’éclat des solennités religieuses auxquelles donna lieu le séjour d’innocent II à Cluny, à Clairvaux, à Saint-Denis, et autres grands foyers religieux '. Si les Annales Bénédictines ne mentionnent sous 1 i3o,

' La bibliothèque de Cluny donne ( p. 1380 et 1381) le détail des solennités qui eurent lieu dans ce monastère à l’occasion de la consécration par Innocent II, de sa principale basilique, restaurée sans doute par suite de l’effondrement survenu au moment même de l’invasion de l’abbé Pons. Quoique les récentes dévastations de ce grand et somptueux monastère lui eussent nécessairement enlevé beaucoup de son éclat, le pontife italien, en se rendant de Cluny à Clairvaux, dut être néanmoins bien frappé du contraste qu’offraient ces deux résidences monastiques , car il ne trouva dans la dernière que des murailles nues , des croix de bois , des habitudes et un mobilier en accord avec cette recherche d’austérité : » ilUc festivo , sed modeste apparatu , susccplus est pont if ex pauperibus Christi,non » purpura et bysso ornatis , nec cum deauratis evangeliis , sed pannosis agminibus scopelosam seu ligneam bajulantibus crucem, nihil in ecclesia ilia vidii Romanus quod cuperet , nulla ubi sepellex eorum sollicitavit affectum. Nihil in oratorio nisi nudos viderunt parietes (Ernaldus.) Un spectacle plus contrastant encore attendait le pape à l’abbaye de Saint-Denis, dont Suger n’avait pas encore complété les magnificences par l’éreclion de la nouvelle basilique aux riches verrières , au crucifix d’or couvert de joyaux, etc. , etc. ; mais où régnait déjà ce luxe que saint Bernard reprochait celte année même à l'abbé ministre, en lui écrivant, après avoir fait, par ouï-dire, le tableau de ces abus: « quid inter hæc cœlcste , quid divinum, quid spiritale polerat cogitari? attaquant d’ailleurs le luxe personnel de cet abbé qui, comme un seigneur châtelain, comme un chef de provinces, ne marchait qu’environné d'un cortège de plus de soixante cavaliers. 11 paraît que Suger, qui tint compte de l'objurgation en tant qu’elle inculpait ses habitudes privées, ne s’y montra pas très sensible, quant aux honneurs à rendre au vicaire du Christ, non plus qu’en fait des somptueux hommages qu’il s’occupait alors de décerner au Christ même. C’est ce que prouve du moins le tableau qu’il nous fait de l’accueil triomphal qu’il fit à Innocent, solennité plus dans le goût de ce pape , ce nous semble, que l’hospitalité de Clairvaux. « Omnes itaque palliis induti et equis albis incedentes, papum mirabili » modo ornatum frigium ornamentum impériale, instar galeœ circulo aureo circina- » tumin capite habentem, albo equovectumpræcedunt , et cum festivo canluper viam )> tapelibus ornalam circumstanlibus sancti Dionysii baronibus feodatis et nobilissimis » castellanis , qui equitantem freno ducebant, ad basilicam deducunt, coronis aureis » rutilantem et gemmarum splendore micantem, ubi divina divine papa celebravit. »

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pour la France, que le monastère cl’Obazine, près de Limoges ( c. xcvm) , et celui d’Aumale, sur la rivière d’Eu ( c. cm ) , et pour l’Allemagne celui de Munich- Munster (c. cix), la Gallia Christiana , vient y ajouter ceux de Pons-Ortrandi , diocèse d’Angers (p. 634 ) » de la Bussière , diocèse d’ Autun , fondé dans l’ordre de Giteaux par le duc de Bourgogne ( p. 537 ) -, d'Igny, diocèse de Reims (p. 599); de Fontcarmont , diocèse de Rouen (p. 588); de Maizières, diocèse de Châlons ( p. 607 ) ; de Gofferne ( ou Gouffre ) , diocèse de Séez (p. 5g5 ); de Bona-Spes ( Prémontrés) , diocèse de Cambrai (P- 535 ) , et de Lucella , diocèse de Basle (p. 6o5 ). D’autres documens y ajoutent ceux de Font froid , près la Grasse, dont fut premier abbé le pape Benoît XII , que nous présumons donateur des plaques d’émail du célèbre reliquaire d’ O rviéto {Premier Voyage litt ., 2e part. , p. 55 ) ; de Boscodun , près d’Embrun ( ib., p. 269) ; l’abbaye de l’île Chauver, près de Noirmoutiers ; celle de Grenctière , près du bourg du Parc, et celle du Breuil, près de Palnau (texte de Willemin, p. i5). D’après une inscription qu’on lit à Saint-Etienne de Caen, le chœur, de style gothique , de cette église abbatiale construite par Lanfranc, serait de 1 i3o.

1 13 1-1 1 3a. — Alors qu’innocent II mettait à profit son exil pour s’assurer du concours de la France dont il visitait les monastères , et dont il dédiait au besoin les basiliques * , et pour se ménager l’appui , non seulement du roi d’Angleterre qu’il vit à Chartres ( Ordcriç Vital , 1. xin ) , et du roi de Germanie qu’il alla couronner à Liège , mais encore des rois d’Aragon et de Castille, Anaclet , excommunié dans le concile de Reims % mais fort de l’appui de Roger acquis par sa

Cette complicité d’innocent II dans un pareil triomphe prouverait que bien qu’il fût redevable de sa thiare à l’austère saint Bernard , ce souverain pontife n’épousait pas très franchement ses préventions contre le luxe ; il le prouva d’ailleurs parles peintures qu'il lit exécuter plus tard à Rome (voir ci-dessus).

* Parmi les nombreuses basiliques que ce pape consacra , on cite principalement celle de Saint-Médard de Soissons, dont nous avons vu récemment l’entière restauration entreprise par les moines , et celles de saint-Comeet Saint-Damien d’Auxerre, mentionnées par l’abbé Le Bœuf [Mëm. d'Auxerre, t. Ie>\ p. 273).

a La tenue de ce concile fournit à Louis-le-Gros l’occasion de rassurer la France sur la transmission de sa couronne , par l’association au trône de son second fils (Louis

ARCIUTECTTJRE.

tOG

condescendance envers ce prince, à qui il lit épouser sa sœur >, attendait sur son siège l’effet de l’ouragan qui grondait sur sa tête, mais dont l’indécision de Lothaire suspendit les éclats. Ce prince , qui s’était engagé , sous promesse d’ailleurs de la couronne impériale , à se porter en Italie dès le printemps suivant , avec une armée redoutable , n’y étant venu que plus tard et assez mal accompagné pour ne rien entreprendre de décisif, effrayé qu’il fût d’abord des dispositions favorables à Conrad qu’il trouva chez le peuple lombard , en grande fermentation alors , comme on l’a vu : In multis loris, tant amore Conradi , quant respectu paucitatis suce, ab incolis terrce subsannatus et despectus fuit ( Alberic , cipud Leibnitz ).

Innocent , plus pressé de conquérir son siège , s’achemina vers l'Italie au commencement de i i3a , suivant toujours le même itinéraire, par Saint-Gilles : « Lionc, da doçe pcisso a Valenza e a SANTO-EGiDioymrt//ne/7£e per montem Genuce , etc. -, » mais il se vit contraint d’attendre longtemps , dans la marche d’Ancône , l’arrivée de Lothaire, dont les retardemens empêchèrent l’effet concerté d’une révolte de la Pouille -, l’intrépide Roger ayant eu le loisir de passer le détroit pour châtier les villes rebelles. Ce ne fut que l’année suivante qu’innocent put entrer dans Rome.

C’est de l’ordre de Citeaux que ressortissent toutes les fondations mentionnées pour cette période dans les Annales Bénédictines

Vil.) La présence du pape ajouta à l’éclat de cette solennité très touchante d’ailleurs, l’allusion de la part du malheureux père a la perte alors récente de son fils aîné, ayant arraché des larmes à toute l’assistance « tribunal ascenclit , domini papæ pedes oscula- » tur ,juxta quem cathedra posila , paucisque filii mortem exposait, quœ res omnium » lacrymas commovit. » C’est encore un douloureux tableau qui vient d’être reproduit, à sept siècles de distance.

On voit par ce que dit Orderic Vital (liv. xnr, t. IV, p. 441) que les plus grands souverains en agissaient ainsi avec le pape : « Henri, roi des Anglais , dit-il, sejelahumble - » ment aux pieds d‘ Innocent dans la ville de Chartres, lui rendit librement les hom- » mages qui lui étaient dus, et, dans sa royale munificence , fl beaucoup de dons aux » clercs romains. »

i Ce fut la quatrième des cinq femmes qu’eut le roi Roger, qui laissa en outre quatre concubines avouées. Ainsi procéda et plus largement encore Charlemagne. Nous avons prouvé ailleurs par une citation de Giannone , que cette sorte de promiscuité du mariage et duconcubinat était dans les moeurs de l’époque, et n’impliquai! en rien l’inconduite d’un prince surtout.

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( cap. cxxxvn) : Long- P ont , dont les ruines voisines de notre forêt de Compiègne restent encore si remarquables , fondé par Joslin , évêque de Soissons : bono cisterciensis ordinis odore permotus ; Clams locus , diocèse de Besançon ; Rievallensi , près d’Évreux -, Miratorium (le Miroir), diocèse de Lyon-, Buxeria , diocèse d’Autun ; Aurea V alli s , près de Trêves , et Morerala en Espagne. La Gallia Christiana nous révèle en outre celles de la Bussière , diocèse d’Angers (p. 538); de Bonus-Mons , diocèse de Genève (p. 536); de Lignes , diocèse de Térouanne (p. 6o4); de Selincuria , diocèse d’Amiens (p. 6‘46) ; de Hierre , près de Paris , par Eustache , comte d’Etampes et de Gorbeil (p. 597) ; de Sept-Fonds diocèse d’Autun (p. 646) ; de Saint-Yves de Brenne , diocèse de Soissons (p. 575) ; de Fontana-Alba, diocèse de Tours (p. 585) ; de Roseria, diocèse de Besançon (p. 643),* de V allis-Cella , diocèse de Cambrai (p. 654) i à" Aimai, diocèse de Liège (p. 520) ; d’Orval (p. 528); de Chastil - Ion , diocèse de Verdun (p. 543) , et d 'Avcrbodie , diocèse de Liège (p. 526).

1 1 33-i i34- — L’arrivée de Lothaire en Italie permit du moins à Innocent de se présenter devant Rome, dont il n’occupa toutefois que le palais de Latran , le Vatican et le château Saint-Ange restant au pouvoir d’Anaclet : nouvel exemple de ces tristes discordes qui divisèrent si souvent la ville sainte en deux camps ! Le seul profit tiré de cette occupation temporaire fut le couronnement impérial, dans la basilique de Latran, du roi de Germanie, qui bientôt reculant comme ses prédécesseurs devant l’air empesté de la saison mortelle à ce pays « i caldi perniciosi » , se replia sur la Lombardie , en même temps qu’innocent se retirait à Pise où il assembla un concile célèbre par la présence de saint Bernard. Telle était alors l’influence en Italie de l’abbé de Glairvaux, qu’il rallia à la cause de ce pontife les populations les plus rebelles, notamment celle de Milan qui, ne pouvant le captiver par ses offres 1 , conserva du moins un souvenir

> On cite surtout la population milanaise si remuante, comme ayant répudié la cause de Conrad et celle d’Anaclet pour embrasser celle de Lothaire et d’innocent. L’exaltation qu’excita la présence de l’abbé de Clairvaux dans cette ville où il fut reçu « corne angelo di Vio » fut telle, que le peuple, qui lui baisait les pieds, dépeçait ses vêteraens, etc..

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de sa présence dans un monastère de Clairvaux , fondé alors près de cette ville, par quelques uns de ses disciples (1. lxxvi, c. 34)- D’autres fondations analogues se poursuivaient chez nous sous la même influence, notamment dans les abbayes de Pourcin 1 et de Signi (Signiacum), diocèse de Reims, « agente beato Bernardo ; cui operi Theobaldus Campaniœ cornes se munijicum exhibait » (Mario t, t. II, p. 877), etde V aux-Clairs , diocèse de Laon (c.40> en même temps qu’on y voyait s’élever le monastère de Begniac, construit au diocèse d’Auxerre, par Guillaume, comte du Nivernais (c. 42) '■> la chartreuse de Mont-Dieu , diocèse de Reims (c. 47) j l’abbaye de Montmartre t près de Paris, fondée et dotée par Louis VI, et par la reine Adélaïde (c. 52, et G ail. Christ. , t. IV, p. 606, pour la lettre du roi) \ l’église de Saint-Denis-de-la-Châtre (c. 53), et l'abbaye de Fontaine, diocèse de Tours, fondée par Lombard, de retour de la terre sainte « cum philacterio verce crucis » (c. 58)-, nomenclature qui s’accroît pour la France, d’après la Gallia Christiana surtout, des fondations suivantes: Morella , diocèse de Mallezais (p. 626)-, Quiney, diocèse deLangres(638),- Clairjond, diocèse de Besançon (p. 555)-, Bethania , même diocèse (53 1) -, Locus crescens , même diocèse {60 Locus Dei , diocèse de Rhodez (6o4R Tungerloa , près de Bois-le-Duc (653) j Vallis clara , diocèse de Laon (654)? V Hlarum, diocèse de Metz (66o)-, Beaupré « Belluin Pratum », diocèse de Tulle (53o), et Berna , sur la Meuse (p. 53i), On trouve en outre, pour la même période, les fondations suivantes : le monastère de Saint-Godehard, diocèse d 'Hildcsheim, où l’évêqueBernardrenfermale corpsde sonsaint prédécesseur dans une châsse d’or et d’argent, ornée de pierres précieuses, d’une valeur de dix mille florins (Leibn , Rer. Bruns., t. I, p. 746-, t. II ,

le contraignit bientôt à quitter ce séjour, effrayé des violences de cette population qui le voulait à tout prix pour archevêque : « ma il buon santo che teneva sotto i piedi lutte » le granclezze umane , nel di seguente colla fuga deluse tuttcle loro speranze. »

1 L’église de l'abbaye de Pourcin est l’une de celles citées par les bénédictins , comme étant pourvue à son portail de ces grandes statues de rois dont ces écrivains religieux font remonter l’exécution à des époques bien antérieures à cette fondation; mais sa date de 1133 et le rapport que devaient avoir ces statues avec celles des portails presque contemporains de Saint-Denis et de Chartres, nous semblent appuyer nos suppositions exprimées plus haut sur les époques (XIe et XI le siècles) qu’on doit généralement assigner à ces monumens de notre statuaire de style byzantin.

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p. 407 et 791)'? la cathédrale de Wursbourg, dont une inscription porte la date de 1 1 33 1 -, le Parthénon de Reynsberg, en Hollande {Ann. Bèn ., c. i3), et deux monastères doubles de Bigarde, près de Bruxelles (c. 26). L’Angleterre participa alors à ces fondations par l’érection de sa célèbre cathédrale de Durham , rebâtie en 1 133, par l’évêque Godefroy Leroux, terminée en 1 1 43 -, enfin, dans l’Italie, nous trouvons, pour la même époque, l’église de Sainte-Marie- Majeure de Bergame (dont nous donnons l’aspect, pl. xm de la 2e série), mais dont le porche ogival fut ajouté en i36o par Giovanni Compellio , à l’œuvre de maître Fedro. On donne aussi la date de 1 1 33 à la cathédrale russe de Nowogorod, élevée sur le modèle de celle de Kiew, dans la partie septentrionale de cet empire, qui constitua la première résidence des Yaregues. Nous signalerons plus loin le soin qu’on prit d’orner cette cathédrale de portes de bronze en relief, exécutées, dit-011, en Italie, sur le modèle de celles que Bonanno de Pise sculpta et fondit, vers 1 180, pour le dôme de sa ville.

1 1 35- 1 i36. — Innocent, demeuré à Pise, avait auprès de lui Robert, prince de Capoue, que sa révolte, comprimée par l’activité de Roger, avait dépouillé de ses états. Ce fut alors que, cédant sans doute aux suggestions de cet hôte et aux instances du pontife, les Pisans dirigèrent sur sa capitale, pour s’opposer aux desseins du roi

■ Cette cathédrale datait de 1042; mais un diplôme de 1133 constate l'importante réparation quelle subit alors : « cum majoris ecclesiœ nostrœ tectum propter annosam » vetuslalem jam penitus delapsum esset, assignatus est nobis vir bonus qui et in præ- » clari operis pontern nobis fecit Enzelimes Laycus, cui nos in reparanda cl ornanda » ecclesia noslra curam et magisterium dedimus. » Voici donc les architectes laïcs que nous avons commencé à montrer en exercice vers ce même temps , dans la cathédrale de Lugo, en Gallice, et que nous verrons bientôt procéder également à nos travaux français, mis en œuvre dès lors en Allemagne. Déjà, dès le commencement du XI !« siècle, apparais sent pour ce pays des maîtres de l'œuvre, sous la direction d’évôques , notamment en 1101, pour l’église d’Asbec en AVestphalie, et pour la cathédrale de Spire, dont les grands travaux furent conliés à de savons architectes « fabros , cœmcnlarios aliosque opifices » regni , sive etiam de aliis regnis, » à la direction desquels l’empereur préposa l’évêque de Bamberg, Othon, lequel évêque employa, en 1117, un architecte nommé Babo, a architectural prœfeclum , pour construire l’église aujourd’hui en partie détruite , de Saint-Michel de Bamberg.

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de Sicile, une expédition de vingt nefs; mais moins soucieux sans doute de ce rôle d’auxiliaire que de celui de pirates, ces guerriers , cupides avant tout, trouvèrent , chemin faisant, la ville d ’ Amalji dépourvue de défenseurs, la mirent à sac, et, malgré la leçon que leur donna Roger, ils en rapportèrent, dit-on, entre autres riches dépouilles, le célèbre Code des Pandectes *, devenu plus tard un trophée pour Florence. Le pape, dont les hésitations de Lothaire avaient mis la patience à de rudes épreuves, vit enfin le moment qui semblait devoir mettre un terme à cette anxiété. L’empereur, arrivé à Vérone en septembre 1 136, à la tête d’une formidable armée, se décida à ouvrir la campagne par la prise de Guastalla et autres forteresses lombardes, occupées par des seigneurs qui refusaient de se soumettre à sa puissance 2. Après avoir promené sa puissance et fait sentir son poids aux populations rebelles de Crémone, dePavie, etc., un soin tout personnel vint l'occuper d’abord , celui de profiter du voisinage de Milan pour faire confirmer, par l’apposition de la couronne de fer, la solennité royale et impériale, seul fruit qu’il eût cueilli de son occupation de R ome en 1 1 3 3 .

Sur ces entrefaites, la mort (ier décembre 1 1 35) du roi d’Angleterre Henri Ier, qui termina ses joursau château deLions (en Vexin), au moment de passer en Angleterre pour châtier les Gallois révoltés, vint jeter dans ce royaume des germes de perturbation dont le nôtre ne fut pas exempt, Geoffroy Plantagenet, comte d’Anjou et gendre de ce roi qui, de son vivant meme, prétendait à la possession de ses châteaux de Normandie qu’on lui avait promis en dot, ayant, à la nouvelle de cette mort, revendiqué les droits de sa femme Mathilde à un trône qu’un des neveux de Henri, Etienne de Blois, comte

» « Innumerabile eprezioso fa il bollino che vi fecero , e ne apporlarono aile lor na- « vi i Pisani. » Les Pisans payèrent cher ce succès très facile, par l’échec que leur fit subir Roger, accouru d.’ J versa à la tête d’une armée qui leur fit perdre 1,500 hommes morts ou prisonniers , dont trois de leurs consuls ; mais ces flibustiers parvinrent toutefois à sauver les dépouilles d’Amalfi. Quant à la découverte des Pandectes, objet de nombreuses dissertations spéciales, Muratori se borne à mentionner cette circonstance comme étant consacrée par une ancienne tradition, fort contestable, dit-on.

2 Muratori dit, au sujet de ces forteresses que nous verrons plus tard se multiplier même dans les villes: « taie era anche allora il costume de gVIlaliani, e spezialmcnte del « re Ruggieri difabbricar simili Rocche , fortezse ; castelli, e Gironi nelle cita , per « tener infreno i ci t ad i ni çd avéré un luogo sicuro contra de'nemici. »

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