AF. 0 SI] TE CT U F. E
de Boulogne , petit-fils de Guillaume-le-Conquérant par sa mère Adèle, et qui avait gagné de vitesse même son frère aîné Thibaut de Chartres, comte de Champagne, occupait depuis le 1 5 décembre, du consentement des seigneurs et de l’archevêque de Cantorbéry, arbitre tout-puissant dans un pareil litige Cette triple compétition réagit surtout sur la France, en ce que Louis VI, atteint , dans ce temps même, d’un mal plus grave en apparence qu'il ne fut en effet, et contraint de remettre les rênes de l’état à son jeune fils, couronné depuis trois ans, ne pouvait, pour établir sinon ses droits sur le duché normand, du moins ceux de Guillaume Cliton , dont le père, Robert II, était mort l’année précédente dans sa prison de Cardif , profiter des tempêtes qu'y souleva la mort du puissant souverain qui seul, depuis la victoire de Tinchebrai (i 106), comprimait par sa fermeté des passions toujours vivaces.
Avant de nous arrêter aux fondations royales qu’élevait le nouveau prince de Sicile au milieu des complots de ses sujets de Fouille , et en présence des dangers dont la coalition de toutes les puissances européennes menaçait son pouvoir à peine assis , et fondé sur l’assistance d’un prétendu pontife excommunié par treize archevêques et deux cent soixante-trois évêques, montrons qu’en France aussi, où Suger commençait ces travaux remarquables dont nous avons résumé l’aperçu, de grandes œuvres cl’art, encore subsistantes, ouvraient la carrière de gloire où l’envieuse Italie ne se précipita
» Le premier soin d’Elienne, à son arrivée en Angleterre, avait été de s'emparer des immenses richesses et des trésors de toute nature (Malmesburg et Iluntingdon, 1. vu) composant cette épargne dans laquelle le conquérant avait fait résider la future prospérité de son troisième fils, épargne qu’IIenri Beauclerc, en prince prévoyant, avait divisée en deux parts, en séparant de son trésor de Winchester 60,000 livres d’argent déposées dans l’inexpugnable forteresse de Falaise. Muni du principal trésor qui lui gagna bien des cœurs, Etienne renouvela le contrat du même prince avec son frère aîné Ilobert , et acheta le désistement de Thibaut au prix annuel de trois mille marcs d'argent. Ce fut sans doute dans ce honteux marché que se trouvèrent compris les vases admirables « mirabiles cupœ » couverts de pierres précieuses mentionnées par Suger (voir notre paragraphe sur les travaux de cet abbé), dont l’inappréciable valeur d’art prouvée par l’accord des historiens et par le prix qu'y attachait Henri, vint se résoudre entre les mains de Thibaut, en fragmens consacrés à des aumônes monastiques. On a vu le nouvel emploi que Suger lit de ces riches débris, qu’une pieuse et splendide affectation , l’ornement du crucifix d’or , n’a pas pu garantir de nouvelles transformations.
A.RCHITECT0RE.
que plus tard. Nous citerons surtout, comme un argument appuyé de justifications incontestables (dans notre planche xxidela 3e série), le riche tympan du porche occidental d’Aulun, l’un de ces premiers poèmes religieux en pierre qui soit venu inscrire aux frontons de nos temples, en caractères saisissables à tous les yeux, le but de la prière et la peine encourue par qui négligeait ses pratiques -, l’un des types les plus majestueux et les plus homogènes, malgré sa complication, qui puisse donner quelque idée de l’inspiration réelle qui dirigeait dès lors le ciseau de nos artistes , byzantins , siciliens ou français , peu importe, puisque l’on ne saurait nous montrer nulle part ailleurs une composition de celte importance et de ce genre, qui réunit à un si haut degré les principales conditions de l’art étranger à 1 étude, le sentiment, la poésie et l’expression.
Les Annales Bénédictines citent, sous l’année i i3i (cap. cxxxvi), l'insigne mausolée exécuté par le moine Martin , à l’occasion de la translation des corps de Gauceran de Bauge et de son fils Brixie, de l’ancienne église de Saint-Lazare d' A ut un dans la nouvelle « in novam » 1 -, ce qui nous donne en même temps la date de l’inauguration, ornementative du moins, delà nouvelle église de Saint-Lazare, dont ce tympan décore le fronton occidental, et la preuve, inhérente à cette exécution même, bien datée d’ailleurs par son style, qu’il existait alors, dans un monastère d’Autun, une école de statuaire capable de produire de semblables travaux j car le bas-relief de Gislebcrt 2 exigeait encore moins d’études et de haute pratique de
1 Cette translation, ainsique l’exécution du mausolée et sans doute aussi de la nouvelle église de Saint-Lazare, furent l'objet des soins de l’évêque Etienne qui , en 1136, se fit moine à Cluny où il mourut. Pierre-le-Vénérable, alors abbé de ce monastère, le cite à diverses reprises comme homme de science « quod prœdicabilis homo sapienliœ fuisse » et comme méprisant les grandeurs et les richesses « qui spretis parenlibus, nobililule, fastu , divitiis etc. , en tant sans doute qu’elles ne servaient pas a des œuvres pieuses cbmme celles que lui attribuent expressément les annales, par ces mots « eique insigne « mausoleum per Marlinum monaclium sculpi et pone majus altare statut curavit. »
2 Les mots « Gislebertus hoc fccü » inscrits sur la li anche de l’ovale ( dit vesica piscis ), d’où le Christ, les bras étendus, préside au dernier jugement, prouvent qu’un moine de ce nom rivalisait alors dans cet art avec l'auteur du mausolée de Gauceran de Bauge, dont le titre de gloire est constaté par ce distique rappelé dans les Annales Bénédictines (I. lxxv cap, cxxxvi) :
« Martinus monaclius lapidum mirabilis arle
» lloc opus exculpsit Stéphane sul> præsulc magno. »
ARCHITECTURE
•2 or»
l’art que le mausolée, en forme d’église, du moine Martin, où se voyaient les figures de Marie et de Marthe , sœurs de Lazare ». Ce magnifique tympan, très peu connu, recouvert qu’il était, il y a quelques années encore, d’un enduit de plâtre, dont le dépouilla un prêtre d’Autun (M. l’abbé du Vaucoux), ayant été dessiné sous nos yeux par M. Victor Petit, avec la précision consciencieuse qu’on ne peut manquer d’admirer dans toutes les reproductions de cet habile artiste, nous croirions faire injure au libre arbitre de nos juges, en insistant encore ici sur le mérite transcendant de cette œuvre si dramatique, à part tous ses défauts de perspective et de proportions , imperfections matérielles si complètement rachetées par l’enfantement du génie bien rare à rencontrer dans les travaux les plus renommés de plastique.
Nous ferons en outre remarquer ici, toujours dans un but de rapprochement de nos pratiques d’art et même de nos usages religieux de ces époques , avec ce que nous signalons chez nos Normands de Sicile, que les bénédictins voyageurs font observer que dans l’église de Saint-Nazaire d’Autun, qui fait corps avec celle de Saint- Lazare, la chaire épiscopale de marbre est placée derrière l'autel ,• usage remontant aux anciennes basiliques et alors observé dans
Mais pour ne pas être consacré dans la langue des dieux , l’art dont Gislebert a fait preuve dans ce magnifique tympan n’est pas moins admirable et bien supérieur comme poésie hiératique, comme ageneemens descènes, comme expression et comme caractère de tètes, à tout ce que nous connaissons de cette époque. Ce sont de véritables scènes du Dante et vraiment dignes de ce grand poète, mises en action plus de cent trente ans avant la naissance de ce sublime inspirateur d's créations italiennes du meme genre qu’on admire à juste titre dans les fresques du Campo-Santo de Pise (voir notre planche d’après le
TRIOMPHE DE LA MORT d’OrGAGNa).
> Lors de leur premier voyage, en 1708, Martenne et Durand trouvèrent encore dans l’église de Saint-Ladre d’Autun, au moins une partie de ce monument qu’ils désignent ainsi (t. 1er, p. 156) « derrière l’autel un tombeau de Lazare fait en forme d’église par un » moine nommé Martin, du temps de l’évêque Etienne. » Les Annales Bénédict ines portent en effet « huic tnausoleo adjunctœ sunl Marine et Marthæ Lazari sororum statuai. N étaitce donc qu’un sépulcre ; mais alors pourquoi cette forme d’église? s’il s’agissait au contraire d’un véritable mausolée élevé à Gauceran et à son fils, à l’occasion de la translation de leurs corps, comment les bénédictins n’y ont ils vu qu’un tombeau de Lazare ? Ils ne mentionnent aucunement le curieux tympan que, par unejuste appréciation de son mérite, on avait peut-être soustrait dès le XVI* siècle, aumoyend’un revêtement de plâtre, aux atteintes des iconoclastes de celle époque.