‹ Les arts au Moyen AgeChapitre 11 sur 49 · IG · texte numérisé non relu

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l’ascendant de leur savoir à la têle des écoles païennes de la Grèce et de l’Orient , moins blessés peut-être dans leurs sentimens religieux que dans leur influence littéraire, dont les Pères de l’Eglise et des lettres chrétiennes, les Grégoire, les Basile, etc., avaient saisi le sceptre, levèrent sous le faible Constance le masque que l’imposante quoique douce autorité de Constantin les avait contraints de garder. Impatiens d’un joug que le règne des eunuques leur offrait l’occasion de secouer sans crainte, ils unirent leurs forces contre le dogme chrétien qui n’avait pas encore jeté dans les populations de très profondes racines, et par d’éloquens appels à la religion des ancêtres, à la puissance résignée, mais inaltérable, des dieux de l’antiquité, dont un caprice politique n’avait pu prescrire les droits consacrés de temps immémorial, ni paralyser l’influence, ils tentèrent d’abord, mais vainement, auprès des populations restées païennes mais aussi demeurées inertes, l’essai direct de leurs attaques contre la mémoire de Constantin , pour arriver à déconsidérer son œuvre : vains efforts ! Mais un moyen leur restait : ne pouvant renverser ce colosse, même dans sa gloire posthume, ils le minèrent. Un neveu de Constantin, seul reste d’une horrible hécatombe, sombre, haineux, antipathique à tous les goûts d’art de ce prince, mais comme lui vaillant, actif et peutêtre plus habile encore, et naturellement ennemi des royaux assassins de sa famille, leur parut suscité par la Providence pour arriver à leurs fins. Circonvenir Julien de toute part et l’arracher aux enseignemens chrétiens pour lui inculquer le goût des lettres païennes, fut leur premier soin , afin de préparer ce jeune prince par d’adroites suggestions, au rôle dont sa présomption ne s’effraya pas, quoi qu’il dise, et dont sa naissance , ses vertus, ses talens et son courage le rendaient d’ailleurs très digne -, mais le triomphe temporaire de l’instrument des vengeances de ces apôtres du paganisme (voir notre

traient encore la gravité. Nous trouvons heureusement dans Sidoine Apollinaire (1. v, ep. vin) que cette boutade concordait avec la circonstance bien triste, mais toute spéciale, de la mort de Fausta, que le consul avait peut-être d’ailleurs des motifs particuliers de regretter. Aussi la seule conséquence que nous tirerons, nous, dans notre préoccupation, de ce placard qui précéda de loin ceux dont parle Montaigne, et qui, attachés nuitamment à la porte de la chambre royale, décidèrent de funestes mesures , c’est que l’expression d’âge d'or, dont nous nous sommes servi plus haut pour qualifier le luxe de ces époques , serait encore trop mesquine, puisqu'un consul dont nous avons cité la riche demeure, devenue plus tard le palais deplacidie, se considérait comme vivant dans un siècle de pierreries.

T. A. RT CHRETIEN

chap. ier, page 1 6) lie constata que mieux sur quelles solides bases Constantin aussi avait bâti son église , et quel effet produisit sur les populations en général le mépris déversé par le neveu sur la mémoire de son oncle ; car, lorsque répudiant la gloire de sa famille dans un intérêt plus personnel encore, Julien, parvenu à l’empire par des prodiges de valeur et d’activité , ne craignit pas d’ajouter l’apostasie 1 à l’usurpation , son exemple même n’entraîna que ceux déjà disposés à le suivre. Sans supputer ce qui eût pu advenir d’un résultat tout autre de la campagne de Perse, l’événement est venu prouver que , malgré ses connaissances en magie et ses pratiques d’incantation, l’illustre renégat n’avait pas le don de prescience, lorsqu’il comparait les germes religieux semés par Constantin sur le sol de l’empire « aux plantes du jardin dé Adonis, qui se sèchent et se jlètrissent » dès qu’elles commencent à fleurir [Césars, p. 228, aag), » puisque leur développement, leur fécondité même, ne reçurent aucune altération des causes presque immédiates de dessication, résultant d’abord du partage de l’empire de Constantin échu plus tard à un successeur indigne, puis du règne même du présomptueux réformateur qui fit tout pour justifier son présage.

Nous n’avions heureusement pas à rechercher ici, par des appréciations historiques, qui l’emporte chez Constantin, du guerrier intrépide ou du monarque fastueux -, du conquérant et du guerrier qu’on vit, même dans ses dernières années, combattre et vaincre sur le Danube Araric et sesGoths, ou du législateur de tant de provinces; du destructeur de quelques temples païens ou du modérateur des réactions chrétiennes ; du pieux pénitent de l évêque orthodoxe de Césarée ou du prince entraîné par faiblesse dans les voies du schisme où s’égarèrent aussi des génies plus robustes en matière religieuse, Tertullien, Origène, saint Cyprien et tant d’autres, mais révoquant avant sa mort sa sentence d’exil contre le vénérable Athanase-, du stoïcien, qui, maître de lui-même, 11e se vengeait des insultes faites à ses statues qu’en observant gaîment que les pierres qu’on leur lançait ne lui avaient pas meurtri le visage, ou de César poursuivant

1 Serait-ce dans cet acte réputé infâme chez toutes les nations, <juc le lecteur de l’église de Césarée aurait cru puiser le droit de vouer son oncle aux démons vengeurs pour son impiété? (Césars de Spanheim - p. 281. )

l’a.rt chrétien.

il»

jusque dans les fers la vaillance des ennemis qu’il immole à sa rage et livrant aux bêtes leurs rois Ragaise et Ascaric , du gendre impitoyable de Maximicn , du père si prompt à sacrifier son fils et de l’e'poux implacable, etc. x. Il nous suffisait d’abord d’établir, comme

i Dans notre insuffisance pour tracer sur l’histoire d’un pareil règne, même un tableau synoptique, qui d’ailleurs excéderait les dimensions de notre cadre, malgré l’élasticité à laquelle nous le soumettons , force nous est de renvoyer aux sources pour satisfaire la curiosité de ceux de nos lecteurs qui voudraient en savoir sur ce prince et sur son époque plus que nous ne pouvons leur en apprendre ici , ne voulant pas attaquer la question de for intérieur et des dispositions secrètes, ni même patentes de ce prince, pour ou contre le paganisme , trop habilement traitée dans l’ouvrage couronné assez récemment par notre premier corps savant (V Histoire delà destruction du paganisme en Occident), pour que nous essayons d’argumenter à notre tour sur les solides argumentations de M. A. Beugnot. Aussi nous bornerons-nous à signaler les judicieuses remarques de cet écrivain sur le déisme de Constantin et sur son respect forcé pour la religion de l’étal, dont il resta toujours le souverain pontife, comme dignes d’être méditées par les explorateurs de la vérité historique, qui devront consulter aussi, à ce sujet, les savantes recherches du baron de la Bastie sur le souverain pontificat ( Mémoire de l’Académie des inscriptions, t. XV, p. 100 et suiv.), et pour les médailles à tète voilée de l’empereur chrétien ou considéré comme tel, resté souverain pontife païen, Mionnet (n, 03). Que si ces investigateurs déclinent comme témoignages historiques, à l’exemple de M. Beugnot, l’autorité trop partiale d’Eusèbe, témoin cependant de la plupart des actions qu’il décrit, mais témoin officieux toujours prêt à pallier, et dissimulant même les faits accusateurs ; s’ils gardent la même défiance des dispositions analogues des Pères de l’Eglise et des historiens et écrivains orthodoxes anciens et modernes, depuis le même Eusèbc, Lactance, Prudence, Orose , saint Jérôme, Philostorge, Theodoret, Théophanes, Socrate, Ruffin, Sozomène, Evàgre, Cedrenus, Zonare, Codin, Guillaume de Malmesbury, Du Cange, Tillemont, jusqu’à Le Beau, l’abbé Fleuri et Montesquieu luimême ; qu’ils se bornent à étudier ces ouvrages remarquables à divers titres , comme documens à apprécier ; les moyens de contrôle , de contradiction même, ne leur failliront pas. D’une part voici venir les rhéteurs et toute leur école, Libanius et Julien entête, escortés d’Eutrope, de Zosime, des deux Victor, etc., etc.; et plus lard apparaîtra, surtout à dater du milieu du XVR siècle , cette nuée de scoliastes plus ou moins habiles, vrais missionnaires de la réforme et qui, continuateurs , à ce titre, des sophistes des IVc et Ve siècles, heureux d’avoir à gloser sur leurs textes, s’abattent en bande impitoyable sur le corps du malheureux Constantin , comme principal instrument du triomphe de l 'infâme. La France, l’Allemagne et l’Angleterre comptent un grand nombre de ces autopsies sur un sujet toujours vivant malgré l’effet du scalpel, et il faut reconnaître que parmi ces dissertations historico-religieuses avec ou sans réticence, comme le christianisme non fondé sur preuves, d’Ilenri Dodwel fils, les aperçus philosophiques de lord Bolingbrocke, ce théologien frivole, selon l’expression de Pope, il en est qui, bien qu’inspirées par le princedes Ténèbres, brillent d’un vif éclat : tels sont les larges aperçus de Gibbon, qui, sans s’arrêter à ce moyen d’appréciation, indiqué par l’abbé Fleuri (Ifist. Eccl.,l. III, » p. 233): « On nese trompera pas sur Constantin, en croyant tout le mal qu’en dit Eusèbe et » tout le bien qu’en dit Zosime, » n’a pas hésité à faire dans son chap. xvm (t. iv, p. ICO

L À-RT CHRETIEX.

base de notre travail et contre tant d’opinions plus éclairées sans doute, mais moins dégagées peut-être de la prévention générale , sur

et suiv.) la part, toute pondération observée, des avantages, même des vertus de ce prince et celle de ses vices. L’écrivain protestant ne craint pas de démentir quelques-uns de ses chefs d’école en louant, outre les dons naturels de Constantin, « sa haute taille, sa contenance » majestueuse, son maintien gracieux, sa force, son agilité, longtemps conservées par la » régularité de ses mœurs et par sa frugalité ; le charme de sa conversation , la pro- » tection qu’il accordait aux sciences et aux arts, son activité infatigable dans les af- » f air es , son intrépidité comme soldat, ses talens comme général, son amour de la » gloire, etc. » Et si dans la contrepartie de son tableau, on voit l’historien anglais s’abandonner trop facilement peut-être aux insinuations d’Eutrope , d'Aurelius Victor et de Julien , c’est toujours sans s’écarter des bornes d’une sage critique , si ce n’est peut-être en ce qui tient au meurtre de Crispe , qui eût été, selon lui , l’effet d’une basse rivalité de gloire plutôt que le produit d’un accès d’indignation contre le séducteur de sa belle-mère, et au supplice du jeune Licinius, sur lequel Gibbon interprète le silence d’Eusèbe et autres contemporains en faveur de l’assertion d’Eutrope , compagnon d’armes de Julien, et peutêtre récusable à ce titre , au moins dans des faits douteux de l’espèce. La studieuse Allemagne a également payé de magnifiques tributs et dans une juste mesure de doute et de critique, à la science historique et à l’archéologie de ces mêmes époques. L’œuvre du protestant Frédéric Spanheim, frère du savant commentateur des Césars, en offrirait seul un témoignage des plus marquans. Il serait difficile, en effet, de réunir plus de faits resserrés dans un texte concis et appuyé de citations , que n’en comporte l’ouvrage publié à la mort de ce savant , en 1701 , sous le titre de : Opéra quatenus complectuntur geographiam, chronologiam et historiam Sacram et Ecclesiasticam. La dernière partie surtout , l’Histoire Sacrée, pendant seize siècles, est un résumé des plus complets des grands incidens historiques ; et par cela même que M. Weiss, si juste appréciateur dés capacités scientifiques, tempère ses éloges sur l'érudition et sur la saine critique de cet écrivain ( Biographie universelle ) par ces mots : lorsqu’il n’était pas entraîné par les préjugés de sa secte , nous tenons à prouver, en analysant cet auteur dans la partie la plus délicate peut-être de son travail, qu’en Allemagne (la famille Spanheim était d’Amberg) comme en Angleterre et comme en France , où nous avons de nos jours même un grand et bel exemple de cette liberté d’opinions sous l’influence schismatique, il fut des esprits assez élevés pour rester fidèles, dans cette question, quelque dominante quelle soit, au culte de la vérité.

Spanheim, en attribuant avec beaucoup d’autres auteurs, et nous pourrions dire avec nous-même, s’il nous était donné d’aspirer à ce titre, la conversion de Constantin à la raison politique « ex politica ratione , » ajoute : « Sufficiat ergô salutarem fuisse christianæ » ecclesiæ eam conversionem , confirmatam sanè successu temporis, testatamque egregiis » documentis » (p. 822) : il n’hésite pas non plus à accuser Eutrope et Zosime de suppositions et de haine contre ce prince : « Supponunt odio Constantini » (p. 822). S’il n’admet pas de confiance le témoignage d’Eusèbe sur la double vision , celle de la croix lumineuse et du Christ, c’est du moins par un contrôle scientifique de droit étroit, de devoir rigoureux pour un historien , qu’il établit que le monogramme inscrit sur le Labarum n’était rien moins qu’un symbole purement chrétien révélé par cette circonstance même, puisqu’il existe sur les monnaies de Ptolémée Apion , roi d’Egypte et de la Cyrénaïque, mort près d’un siècle avant l’ère du Christ. Il cite d’ailleurs comme témoignage de la tolérance reli-

h ART CHRETIEN,

le beau , le pur, qui domine toujours dans ces ([( testions, que ce règne si justement célèbre dans les annales de l'Eglise, 11e lut pas aussi iiuli-

gieuse (le Constantin et de la liberté de conscience, et île culte même dont on jouit longtemps sous son règne, l’édit qu’il publia depuis sa conversion , en 313, de concert avec Licinius : « Quo omnibus libéra potestas facta est sequendi religionem quarn quisque vellet, » seu colendi quod quisque diligeret (V'. Lactance, c. xvliii, et Eusèbe, 1. x, c. v,), et la suppression, sans doute par des motifs de convenance religieuse , du supplice de la croix, et de l’usage d’en imprimer la marque sur le front : « Anno cccxv , sustulit expressa lege )> supplicium crucis et inscriptionem ejusdem in frontc. » ( Voir dans Malhœi Jaculii Syntagma, p. XXXYI, XXXVII et XCV, des détails sur ce signe imprimé sur le front des esclaves comme marque d’infamie). On a donc conservé jusque sous Constantin l’usage contesté par les Pères latins, même quant aux Hébreux, dit dom Calmet, «de mettre un » thau ou une croix suprafront.es gementium, etc., » usage qui serait remonté à la tradition hébraïque consacrée par les versets 4 et 6 du chap. ix d’Ezéchiel , « et signa thau super » frontes, » pour soustraire au massacre ceux « super quam videritis thau ; » mais quelque doute qu’on puisse raisonnablement émettre sur ce mode de procéder au dénombrement des fidèles et d’en marquer le troupeau , toujours est-il que l’art s’en empara pour le consacrer comme il fit de tant de légendes apocryphes. C’est ce que nous prouverons par des monumensdes XL- et XIF siècles, notamment par la reproduction d’un vitrail de St-Denis, remontant à l’époque de Suger, et d'un pied de croix en émail byzantin existant au musée de St-Omer , où la marque du thau s’imprime à la fois sur un front humain avec cette devise : « signati similis Âaron, » et sur celui d’un édifice d’où sort la tête de l’agneau ruisselante de sang, et où le T du tympan fraîchement apposé par l’homme portantl ’écritoire dont parle Ezéchiel, s’explique par cette légende de la symbolique chrétienne : « Signum « thau mactatio agni.» (F. pl. XI delà 8e série de l’Album, et pl. XIV delà 5e série.)

Fendant hommage aux efforts de ce prince pour réformer les mœurs du peuple Romain , Spanheim cite comme preuves incontestables, ses lois inscrites au Code Théodosien : «Varias » îeges tulit Constantinus, quibus mores populi Romani et ad pietatem, humanitatem con- » cordiam, pacemque revocaret; » celle pour la célébration du dimanche, etc.; ce qui prouve que cet hypocrite, chrétien ou non dans le cœur , cherchait du moins à propager les principes de celte religion et à pénétrer son public de l’esprit de son rôle. Il rappelle aussi scs mesures pour l’abolition, au moins enOrient, « saltem in Oriente, » du spectacle des gladiateurs , que nous retrouverons sous Constance et qu’il n’appartint qu’à nonorius de faire à peu près cesser en Occident, grand témoignage de résipiscence chez un prince qui s’était trop méchamment repu de ce spectacle à Trêves.

Sur les faits qui , plus encore que l’exil d’Athanase, forment tache sur une si belle vie, selon l’expression d’Eusèbe, la mort de Crispe, de Fausta et de Licinius, Spanheim incline naturellement plutôt pour la version des écrivains païens que pour les réticences des auteurs chrétiens. Il admet toutefois (p. 944) plus franchement que ne l’a fait Gibbon, que la sentence de Crispe, accusé du même crime que Joseph, « parem accusationi in castum Josephum intantatæ,» fut pour le malheureux père un sujet de remords, de deuil et de pénitence publique, prouvée par l’inscription delà slatucde sa victime, «filius meus injuriâlæsus, » et que la mort violente du jeune Licinus s’expliquerait du moins par un soupçon de complot « Eodem ferè tempore sublatus violenta morte Licinius Cæsar alii que cum eo suspecti conspirationum

l’art chrétien.

gne quon le dit, d’après les grandes et impitoyables autorités, d’occuper un rang quelconque dans celle des arts, ne fût-ce que par les

» habitarum cum Licinio ; » et traitant ex-professo la question réservée par Ciarapini de l’époque où Constantin se soumit aux purifications du baptême, il qualifie sans hésitation de fables ce qu’on lit à cet égard dans les actes de saint Silvcstreel chez beaucoup d’écrivains pour lesquels le baptistère de Latran et le rex baptizatus, etc., cités plus haut, forment des preuves sans réplique , en observant que ce retard , étendu d’ailleurs à ses fils et à ses autres successeurs immédiats, Valens, Valentinien, Théodose, sic., « serius baptizati , » tenait, non pas à l’ambition qu’on suppose à Constantin, d’imiter Jésus-Christ en puisant ce premier sacrement dans le Jourdain, mais bien à l’opinion de ce temps , où l’on considérait le baptême qui devait effacer toutes les souillures de la vie entière, comme ne pouvant être reçu trop tard , sentiment tout inverse de celui dominant de nos jours.

Pour terminer par ce qui nous intéresse spécialement, disons que toute justice est rendue dans ce bel ouvrage d’un écrivain dissident au zèle que le premier chef couronné de l’orthodoxie chrétienne, moins absorbé que ses successeurs par les préoccupations religieuses, déploya dans l’intérêt des lettres et des arts.

Pour les lettres, que Constantin cultivait lui-même avec fruit, comme le démontrent Tillemont ( Hist . des Emp., t. 1Y, art. xc) , et les travaux historiques commandés à Spartien , à Lainpride, à Capitolin, à Tatius-Cyrillus , etc. (art. xci), Spanheim proclame qu’une grande impulsion fut donnée par la création, due à ce prince, d’écoles « in quibus artes ac disciplina; traderentur. IJnde de studiis liberalibus, urbis Romæ M et Constantinopolis, de professoribus, doctoribus, magistris studiorum et constitutiones » Academicæ Constantini Magni et successorum. » Il reconnaît aussi qu’Eusèbe , sans doute par les ordres et des deniers de l’empereur , enrichit beaucoup la bibliothèque Césarienne (de Césarée), « a Pamphiio martyre primum collecta, ab Eusebio locuplctata » ( p. 837 ) , et que ce fut Constantin qui jeta les fondemens de la bibliothèque de Constantinople, qui ne contenait cependant que 120 livres en parchemin, premier champ ouvert aux exercices de Théodore le calligraphe (d’Âgincourt, t. IV, p. 42). On concevrait cette restriction du nombre des ouvrages, probablement tout chrétiens, sous Constantin, qui se serait alors montré plus sévère pour les livres que pour les statues, si l’on ne lisait dans Capitolin et dans Isidore de Séville, que la bibliothèque sans doute également expurgala dont saint Pamphile, martyrisé en 309, avait fait don à l’église de Césarée, comprenait déjà trente mille volumes, c’est-à-dire moitié du nombre que possédait soixante-dix ans plus tôt l’empereur de trente-sixjours, Gordien jeune, qui d’ailleurs, malgré les détournemens causés par ses vingt-deux concubines, toutes mères de trois ou quatre enfans, faisait un noble usage personnel, comme aussi saintParnphüe, mais dans une autre direction, de ses richesses littéraires. Cette énorme disproportion ne pouvait cependant pas tenir comme celle que nous signalerons entre la librairie du Louvre sous Charles V, et nos trésors d’érudition des époques antérieures et postérieures, au règne intermédiaire de la barbarie, Constantin ayant régné presqu’en même temps que son beau-père Maximien, qui persécuta saint Pamphile.

Quant aux arts et surtout à la conservation de leurs monumens, Spanheim, tout en subordonnant ce point de vue aux autres, à l’exemple de tous les historiens, même de notre époque, en dit assez pour confirmer nos remarques sur le petit nombre de temples païens que Constantin détruisit, tels que ceux d ' Esculape en Cilicie, et de Vénus sur le Liban (Sozomène, I. ii, c. v), où les Gentils continuèrent leurs pratiques superstitieuses malgré les

l’art chrétien.

tentatives plus ou moins fructueuses de Constantin pour faire revivre la sculpture entièrement éteinte lors de son avènement au trône 1 :

ordres formels de l’empereur, et pour appuyer celles également faites plus haut sur la transformation longtemps poursuivie d’un grand nombre de temples païens en églises chrétiennes:

« Sed vero converti templa, fana, delubra Gentilium plurima voluit Constantinus, prævia » lustratione seu expiatione cliristiana, symbolo crucis inibi collocato. . . — Taies conver- » siones, ajoute-t-il, in ccclesias ehristianorum leguntur factæ postea, Gazæ, Alexandriæ )> Antiochiæ, lleliopoli, Damasci, Rornæ, etc., sub Constantino et filiis, sub Theodosio,

» M. Arcadio, Ilonorio, Theodosio Jun. (p. 833) ; » mais ce qui rentre plus explicitement encore dans l'opinion que nous nous sommes faite et que nous cherchons à faire prévaloir ici, du goût personnel pour les monumens de notre fondateur de l’art chrétien, c’est cette première interprétation des causes qui préservèrent ies temples païens en général de toute destruction sous ce prince : « Cur vero Gentilium proprie, nondirueret hæc templa Constantinus M. ra- » tiones fuere : quia facerent ea ad ornatum acsplendorem urbium. »

Spanheim, peu consulté chez nous et à l’érudition duquel nous aurons recours comme moyen d’éclairer d’autres aperçus, même par le contraste d’opinions éclairées et consciencieuses, a renfermé d’ailleurs dans son article « Reliquiœ paganismi, p. 838, » de très curieux détails sur la consécration dans les habitudes et jusque dans la technique chrétienne, d’usages, de dénominations et même de locutions appartenant au culte païen, tels que : « Ornalus templorum, consecraliones, fesla, vota, donaria, imagines, peregrinaliones, » etc., divi principes, pontifices rnaximi, allaria, sacerdoles, litaniœ, etc., voces phrasis » innumeræ, dit-il, quæ a sensu paganorum purgatæ inter christianos usu receptæ manse- » runt. » Qu’on s’étonne donc qu’animés des dispositions aussi constrastantcs avec l’horreur qu’éprouvaient les premiers chrétiens pour tout ce qui participait même de loin de l'idolâtrie, les architectes de Constantin aient formulé leurs basiliques sur le modèle des tribunaux de Vitruve , type auquel on nous ramène, au mépris de nos sublimes traditions vraiment chrétiennes; et qu’ ainsi que nous l’avons fait pressentir, et comme nous le répéterons plus loin, les nouveaux artistes chargés d’orner à partir de celte époque les colombaires des Catacombes demeurés et pour longtemps encore les cimetières de la population patricienne surtout, n’aient éprouvé aucune répugnance à s’inspirer des décorations analogues, antérieures à la décadence complète de l’art, au point de provoquer les doutes qusnous avons reproduits et exprimés pour notre compte, et de mettre en défaut, selon nous-même, la sagacité des maîtres de l’art dans leur contrôle par style d'époques.

i Les plus ardens défenseurs du système qui ferait remonter à Néron l'ornementation des Catacombes, et par suite, qui sait? l’art chrétien peut-être au Christ lui-même, ne contestent pas sérieusement à Constantin l’honneur d’avoir créé la statuaire chrétienne, car leurs conséquences démentent souvent leurs prémisses, ce qui n’est pas de bonne logique : ainsi, le dernier historien de l’art, très supérieur comme critique aux savans italiens dont il s’est rendu l’écho en ce point, notre d’Agincourt, classe bien dans les premiers siècles du christianisme, temps des Antonins et « époque sinon contemporaine, du moins postérieure de » peu de temps » ( Sculpture , décadence, p. 31), divers sarcophages, notamment ceux reproduits par la planche V ; mais c'est comme ses devanciers , sans appuyer de témoignages positifs des suppositions qui s’évanouissent devant l’aveu d’autant moins récusable de M. Cyprien Robert, que ce professeur d’antiquités chrétiennes, tout en contestant l’autorité

l’â.KT CHRÉTIEN'.

c’est pourquoi notre irruption dans le domaine historique ne tient pas seulement ici à un de ces entraînemens de conteur auxquels nous n’avons déjà que trop cédé, mais au besoin d’entrer dans plusieurs

des antiquaires italiens, étrangers , dit-il aussi , à toute critique , se montre convaincu de la rétrospectivité des parties de l’art catacombaire, autres que la sculpture. On lit dans la 8e leçon de son cours d’histoire monumentale : « JI est donc clair que la sculpture avait été pros- » crite par l'Église durant les trois premiers siècles, et qu’à peine si la mosaïque et la » peinture conservèrent le droit d'enrichir les cryptes saintes d’hiéroglyphes et d’arabes- » ques rappelant plus ou moins ceux du temple de Salomon; » puis, dans sa 9e leçon, à propos des sarcophages du cimetière de Sainte-Agnès, principal lieu de sépulture de la cour, avant que les sépultures des grands s’effectuassent dans l’atrium des basiliques : « Les » huit sarcophages de marbre qu’on y a déterrés sont les plus authentiques témoins de la » résurrection de la sculpture parla cour chrétienne, contre les défenses des conciles » d’alors ; » et le même écrivain, qui dans sa Philosophie de l’art parle de l’exercice des arts dans les Catacombes pendant les trois premiers siècles , arrive ici à cette conclusion que nous nous garderons bien d’omettre : <c C’est de cette tombe féconde ( le cimetière de » la cour chrétienne) que sont sortis tous les élans d’amour de l’art gothique, toutes les » compositions audacieuses de l’art moderne ; « d’où nous concluons à notre tour, et d’accord cette fois avec le savant investigateur de cet art chrétien dont nous pouvons à peine montrer quelques surfaces , que cet art, considéré dans son ensemble, ne date réellement que de Constantin, et que c’est aux premiers germes implantés par ce prince que nous devons ses fruits les plus savoureux , notre grande architecture religieuse même, toute nationale qu’elle est , ainsi que nous nous efforcerons de le démontrer à notre chapitre iv.

Pour ne pas nous écarter ici de la leçon sut les sarcophages, témoins non seulement les plus authentiques, mais les seuls qui nous soient restés de l’état de la sculpture dans les vingt dernières années du règne de Constantin, car les statues de ce prince et de ses fils données par d’Agincourt ( Sculpt . , t. III , p. 32 , pl. m) , manquent de caractère incontestable comme attribution et comme époque , il nous a paru à propos de soumettre à nos lecteurs une remarque que nous semble appuyer encore l’opinion que nous avons émise timidement, mais que nous n’abandonnons pas, comme on le verra plus loin. De tous ceux de ces monumens funéraires ou non, échappés à la destruction, au nombre d’environ 300, et que M. Cyprien Robert repartit ainsi : u 100 à Rome, dont 50 à 60 au Vatican; » 150 dispersés en Italie et 40 en France, « il n’en est qu’un petit nombre, si nos préventions ne nous ont pas abusé dans l’étude presque toujours graphique que nous en avons faite, auxquels on puisse à la rigueur, en écartant les préventions d’autre nature de Bosio et de ses continuateurs, affecter l’origine que M. Raoul Rochette assigne aux autres travaux d’art des Catacombes , pratiqués librement sous le règne d’Alcxandre-Sévère ; et encore faudrait-il , pour admettre l’attribution du IIIe siècle que donne , par exemple, M. deClarac à plusieurs sarcophages de notre Musée des Antiques, résoudre diverses difficultés restées sans solution; d'abord pour les cercueils païens , celle de l’époque où s’introduisit le nouveau mode de sépulture; puis pour les mausolées chrétiens celle tirée par M. Cyprien Robert de la proscription de la sculpture par les conciles. Nous savons que celte dernière considération n’a pas arrêté les savans qui ont vu l'image de saint Ilippolyte, contemporain d’Alexandrc-Sévère , dans la statue d’évêque assis, trouvée près de Tivoli

J, \RT CIIHETIÊX,

phases de la vie privée du prince que nous considérons comme le vrai fondateur de Y art chrétien , pour apprécier le jeu des ressorts , soit politiques, soit personnels, grâce auxquels cet art, presque nul

en 1551 , et qui orne l’entrée du Musée du Vatican ; mais de ce que cette tradition se fonde sur le curieux canon paschal, ou cycle de ce saint, inscrit des deux côtés du siège , il ne suit pas que cette exception , lors même qu elle serait mieux constatée que par l'existence d’une statue qui a pu être élevée plus tard en l’honneur de ce membre d’une famille riche et puissante, ait pu s’étendre à beaucoup de monumens. Nous serions plutôt disposé à ranger, suivant notre indication des pages 52 et 53, parmi les labra celles de ces cuves dont les sculptures offrent des sujets païens ou indéterminés, et surtout des emblèmes hydrauliques, tels que les néréides, tritons, dauphins, panthères marines, etc., du n«460 de notre Musée, et tels peut-être aussi que les bas-reliefs représentant le passage de la mer Rouge, dont parlent Aringhi (t. 1er, i. IV, c. xlvii, p. 307), et Sicler (Almanach ans. Rom., t. IF), sauf aux antiquaires à choisir, ad libitum, dans les trois premiers siècles, l’époque à laquelle leur paraît appartenir le travail. Dégageant ainsi ce premier thème de dissertation, nous ne verrions plus , sauf peut-être encore quelques exceptions justifiées par le caprice de riches chrétiens, dans les urnes où figurent des emblèmes funèbres ou des légendes du christianisme, que des mausolées ad recondenda corpora, selon l'expression de Ciampini , mausolées dont les plus anciens ne nous paraissent pas devoir remonter au-delà de l’époque où la passion d'art de Constantin et l’influence bien naturelle que ce prince exerça même sur les conciles, modifia leurs anathèmes ou en amortit l’effet.

C’est pour ne pas susciter un nouveau débat sur des opinions déjà bien controversées depuis Anaslase le Ifibliolhécaire jusqu’à d’Agincourt (v. Sculpture, décadence, pag. 31 et 33j, que nous excluons de notre classement, pour les placer dans une division spéciale, les urnes majestueuses en porphyre sculpté, affectées, dit-on, aux restes mortels delà mère de Constantin et de sainte Constance, sa fille, d’après l’opinion de plusieurs écrivains énergiquement contestée par Tilîemont (Hist. des Empereurs, t. IV, p. 624). Bien qu'il soit évident , en effet , que ces cuves , qu’on voit encore au Vatican recouvertes de leur pesant opercule en même matière, n’aient pu être destinées aux ablutions journalières, il nous paraît aussi plus que douteux, à raison surtout de leur substance orientale, origine qu’on peut assigner aussi à leur travail , du laps considérable de temps nécessaire pour les exécuter et du caractère de leur ornementation , courses de cavaliers et scènes de vendanges, que ces dernières demeures des deux saintes aient été commandées , confectionnées et transportées à Rome, soit en bloc, soit ouvrées, en vue de leur honorable affectation. Qui nous dit que ces récipicns, admirables à tous égards comme matière, comme volume et comme travail , sous le point de vue de la difficulté surtout, n’eurent pas primordialement, ainsi que ces vases évidés, sans but utile, qu'on rencontre dans nos Musées, une destination purement ornementale tout autre que celle qui leur fut donnée plus tard par le dépôt de substances putréfiables, en dépit du luxe de l'enveloppe, et que l’obscur séjour des cryptes, où cette matière riche mais sombre n’avait pas même comme le marbre l’avantage de briller jusque dans les ténèbres.

Notre point de départ pour la poursuite de notre démonstration de l’état de la sculpture au IVe siècle par les sarcophages, datera donc, comme on le verra plus loin, des mausolées de Salurninus et de Musa. (Bottari, planche 38), de Probus et de Troba (id., pl. 16), d’où

l’art chrétien.

avant le IVe siècle, parvint en peu d’années à une maturité précoce, lorsque, dépouillant ses allures judaïques et affranchi par l’autorité du prince des anathèmes des conciles, il put croître en toute liberté sous l’influence fécondante d’un Mécène à vues larges -, circonstance qui, sous ce rapport du moins, donnerait au règne de Constantin le cachet de grande époque historique que beaucoup d’écrivains lui contestent.

Aussi nous efforcerons-nous d’être plus sobre en digressions biographiques dans la tâche qui nous reste à remplir pour suivre dans son parcours la marche d’abord rapide , mais bientôt après rétrogradé, de l’art, arrêté par les invasions et les importations barbares, et dépouillé par la réaction italienne du caractère grandiose et mystique dont il s’était imprégné aux nouvelles écoles de Grèce et d’Orient, pour lesquelles, par un sentiment qu’on peut attribuer à la fois à l'instinct du goût primitif et à la rivalité, Rome se montra toujours des plus antipathiques. Cette floraison prestigieuse , sous l’influence du nouveau principe constitutif de la société, ne fut donc que temporaire et ne fit , pour ainsi dire, que jeter des germes pour une autre culture -, car cet astre d’Orient ne s’était pas ainsi levé pour disparaître aussitôt et à jamais. Obscurci par d’épais nuages, il reparut pour briller jusqu’à nos jours même, non seulement dans les reflets de sa gloire, mais dans les traditions matérielles des travaux modernes russo-slaves *, lorsqu’à la longue éclipse opérée par les

nous arriverons bientôt à celui de date certaine (359) élevé à la mémoire du préfet Junius Bassus, monument dont nous donnons la figure (planches II et III de la première série de l'Album) ; ce qui nous offrira les moyens de prouver, par la comparaison du travail de ces époques, avec celui que constatent les ignobles bas-reliefs de l’arc de Constantin, quels furent les résultats relativement bien remarquables des nobles efforts de ce prince pour enrayer dans la pente de décadence où il avait trouvé les arts.

» Nous avons fait remarquer plus haut , à propos des chaires d’évêque taillées en pleine muraille, comme les sièges sculptés dans le roc du vestibule de la catacombe de Sainte- Agnès, et relativement à l’usage des réclinatoires, à l’action de se tenir debout aux offices, etc., combien les traditions, pratiques et rites de la primitive Église s’étaient mieux conservés dans le culte schismatique grec que dans Y orthodoxie romaine : nous aurons également occasion de signaler à notre chapitre XIY les soins conservateurs des Russes, comme s’étant étendusjusqu’aux traditions matérielles et intellectuelles de l'art byzantin, continuées notamment dans les travaux de cuivre émaillé , au point d’opérer une illusion quelquefois décevante : car il nous est bien souvent arrivé d’arracher à regret ce bandeau à des amateurs novices qui se croyaient seuls et trop heureux possesseurs de petits diptyques ou triptyques

l’art chrétien.

déchiremens de l'empire, et par l'influence iconoclaste, succédèrent ces grands types romains et byzantins, dont la trace et souvent même l’aspect se retrouvent dans nos localités les plus excentriques. Telle est en effet l’origine reculée à laquelle remontent à travers bien des vicissitudes et par de grands enjambemens de siècles et de distances, nos grands édifices de styles divers, de Provence (Saint-Trophime,

byzantins du XIIe siècle, lorsqu'ils n'avaient recueilli, quelquefois à prix d’or, que les dépouilles mystiques des plus pauvres soldats du czar; tristes compensations de nos désastres de 1814 ! Oui ne sait en effet, à notre âge surtout, et pour l’avoir vu de ses yeux , que le cosaque surtout continue l’usage tout moyen âge des diptyques , missels graphiques , ou plutôt de ces chapelles portatives dont nous montrerons tant de types divers, et qu’on rencontrait dans les dépouilles des camps, témoin celle trouvée dans la tente de Charles-le-Téméraire, comme sur le prie-dieu mobile des saintes filles ( voir celle donnée à sœur Perette d’Osbray, par ses frère et sœur, pl. IV du chap. xi). Chez le soldat russe cependant la forme et le poids du reliquaire sont réduits à une telle proportion de campagne que la chapelle vraiment portative n’occupe guère plus de place, dans la panse factice de son jusle-au-corps, que n’en recouvre sur le même vêtement une des médailles qui le décorent. Or, cesmonumens d’art, multipliés de manière à alimenter individuellement le zèle religieux de tant de pulks civilisés ou non, sont de fabrique moscovite moderne, et exécutés tellement en général dans la forme ascète quant aux figures, et dans le sentiment de dessin et d’expression des émaux byzantins sur cuivre du XIIe siècle, que c’est presqu’à s’y méprendre.

Notre intention est de prouver cette curieuse conformité par une planche de ces diptyques modernes, où nous voudrions donner aussi l’idée des brillantes damasquines tout orientales de Toula et de Kalouga ; mais les types que nous possédons ont paru trop secondaires à plusieurs amateurs moscovites, qui nous ont sommé de suspendre l’exécution de cette planche, en nous offrant communication d’objets analogues, mais plus remarquables, quoique de fabrique plus moderne encore.

Nous nous sommes soumis sans murmure à cette intimation qui nous a paru n avoir rien de barbare, quoique venant de ces hommes du nord, assez adroits, il est vrai, pour masquer sans doute leurs vraies dispositions sous un brillant vernis d’éducation et d’urbanité que nous ne trouvons pas toujours chez d’autres visiteurs de nations plus civilisées, dit-on.

Peut-être la grande distance et le temps déjà vainement écoulé influeront-ils sur leurs souvenirs, que pourra peut-être aussi raviver cette note , consignée ici plutôt encore dans ce but que par forfanterie littéraire, et pour prouver que la portée de notre publication s’étend jusqu’aux confins du monde; ce qui cependant est plus vrai que nous n’aurions osé l’espérer. C’est un honneur dont, sans viser à la dédicace, nous reportons l’hommage au puissant autocrate lui-même, puisque sans aucune obsession préalable et sur la lecture personnelle, nous a-t-on dit , de notre prospectus transmis par voie de librairie, il nous a fait directement l’honneur de se faire inscrire des premiers, ainsi que sa famille, sur une liste que nous n’ouvrions qu’en tremblant, dans l’effroi que nous causent les déboires commerciaux qui forment la triste, mais indispensable contre-partie de notre tâche. De semblables eucouragemens, accordés ainsi de confiance par le temps qui court, et multipliés, comme en peut le voir par nos listes imprimées à la fin de chaque volume, nous imposent de grands devoirs : le zèle et les sacrifices ne nous failliront pas ; puissent nos forces y suffire !

l’art chrétien.

Saint-Gilles, etc.), d’Auvergne (Notre-Dame-du-Port , du Puy, d’Autun), de Poitiers, de Cluny, de Noyon et mille autres ; tels furent les grands enseignemens pratiques, qui pendant près de deux siècles préparèrent , d’accord avec l’inspiration arabe puisée à la même source , l’ère de gloire de notre architecture plus nationale encore, et dont la sève n’eût certes pas poussé dès l’abord ces tiges gigantesques survivant et pour longtemps encore à cinq siècles d’épreuves , sans la démonstration du possible obtenue par le jet sublime quoique moins audacieux de leurs aînées , et surtout sans la qualité et la vitalité de la souche commune, dont la filiation antique est maintenant prouvée par l’étude approfondie de ses racines. Nous disons maintenant , parce que c’est à notre époque qu’il appartint de reconnaître que nos chefs-d’œuvre nationaux n’étaient rien moins, comme le croyaient nos pères, que les produits fantastiques d’imaginations actives, hardies, habiles meme, mais déréglées, procédant au hasard et sans les traditions d’art proprement dites, à la création de fantaisies artistiques. Les traditions du régime végétal tirées des faisceaux de colonnettes élancées , de la feuillée des chapiteaux, corniches, archivoltes, des nervures des revêtemens intérieurs, des entrelacs de pampres , chardons , etc., des fleurons des pinacles , de la brillante floraison des roses, des lobes des menaux, et principalement de la forme aiguë des voûtes et coupoles modelées selon M. de Châteaubriant lui-même , sur celle qu’accusent nos géants des forêts en unissant leurs faîtes inclinés par le poids des branchages , semblaient, dans la pensée des plus habiles écrivains sur l’art architectural , constituer tout le code du style où domine l’ogive-, tandis que loin de là l’analyse physiologique, toute superfétation végétale à part , et la recherche, le compas et le crayon à la main, des règles qui constituèrent nos sublimes manifestations de l’art gothique , ont démontré la science élevée qui présida à ces conceptions neuves, quoique se rattachant par les anneaux intermédiaires aux traditions de l’antiquité -, traditions sensibles même sur les tailloirs des chapiteaux grimaçant des XIe et XIIe siècles , malgré l’amalgame gréco-oriental soumis à la refonte dans un système d’ensemble par le creuset de nos habiles maîtres-ès-œuvres , animés par le véhicule de l’exemple , et par celui que tire le génie du besoin de faire mieux encore.

V AK T CHRÉTIEN

Ces études tendraient donc à prouver que notre dernier art chrétien, élégante variation de son aîné , a dû de fait son existence et la splendeur dont il brilla surtout en France, aux dernières créations de Constantin, complétées par Justinien, de même qu’il trouve aujourd’hui sa tombe dans l’imitation burlesque et disproportionnée des premières basiliques élevées en toute hâte par ce premier prince sur un modèle païen , autant peut-être pour ne pas trop heurter l’opinion très dominante encore en Occident , et surtout à Rome *, que pour pourvoir aux urgentes nécessités d’un culte exercé jusquelà dans des cryptes, et partant, étranger aux exigences de grandiose et de luxe devenues des besoins aux époques suivantes.

Au désir d’exposer, dès ce début de nos analyses monumentales, un système peut-être fort contestable , mais qui du moins est resté nôtre jusqu’ici , malgré toutes contradictions , se joignait celui non moins consciencieux de rendre un hommage spécial et désintéressé à la mémoire de Constantin , sous un rapport dont on ne s’est en général occupé que pour imputer à ce prince l’état de décadence manifesté par quelques échantillons des premières années de son règne , bien supérieur cependant selon nous , même sous l’aspect monumental , à celui de Dioclétien, malgré les grandes constructions de Rome, de Nicomédie, deSpalatro, de Milan : aussi, nous sommesnous toujours étonné, qu’ayant égard aux progrès qui séparent ce règne des époques immédiatement antérieures, de toute la distance existant entre l’ordre et le cahos, les chefs et pères de l’Eglise, mieux inspirés il est vrai par la pensée religieuse que par le sentiment des arts, n’aient pas d’un commun accord honoré le siècle de Constantin, qui fut aussi le leur, en lui donnant le nom de ce prince incomplètement rémunéré par le surnom de grand, honneur qu’il appar-

> Itome resta près d’un siècle après la conversion de Constantin la citadelle du paganisme et l’espoir de tous les sectateurs de cette religion. Peut-on s’étonner de l'adoption d’une forme païenne pour l’exercice du culte chrétien , lorsqu’on voit par les inscriptions authentiques que nous a transmises Grutcr (pages 47, n° 9 ; 100, n» G ; 450, n° 1), que longtemps après la construction des basiliques de Saint-Jean-de-Latran , de Saint-Paul, etc. , des personnages marquons, des consuls même, élevaient des autels à Junon et à Hercule invincible; que sous Constantin même, en 331, le sénat ordonna la restauration du temple de la Concorde, et que Paulinus le Jeune, préfet à cette époque, tint à honneur de figurer dans la dédicace qui se termine par ces mots : « ef cnlln splendi diore reslituerunt . »

l’art chrétien.

tenait d’autant plus à ces éloquens organes du christianisme de décerner à ce prince courageux , eu égard surtout à la constante opposition qu’il rencontra dans les grandes familles d’Occident, que, selon l’expression non entachée de fanatisme catholique de M. Guizot ( Essais sur l’histoire , page 204, 206) , « ce fut à l’éclat de son culte et )> de ses solennités que l’Eglise dut une partie de sa puissance. »

Que si d’ailleurs , à part les intérêts de l’Eglise , l’effet de l'impulsion donnée aux arts par Constantin ne rappelle que trop l’accroissement de ténèbres qui suit l’apparition d’un météore lumineux, la faute en fut sans doute à ce prince lui-même , qui , d’après l’épreuve, presque personnelle, des suites du partage de l’empire par Dioclétien, avec un collègue, Maximien-Hercule, et deux Césars, Constance-Chlore et Maximien-Galère , devait être en garde contre les conséquences d’un nouveau morcellement. Son legs testamentaire, étendu à ses trois héritiers naturels et à deux collatéraux, ne transmit à chacun que des levains de discorde et des germes de défiances réciproques , et ouvrit une vaste lice où s’entre-déchirèrent , après l’horrible massacre des intrus , les prétendans à leurs dépouilles -, conflagration accrue , pour l’Orient , par cet autre legs de la guerre de Perse , intentée par Sapor au lion mourant : mais , quoique ces sanglans débats , effroi des arts, dont la culture exige une atmosphère sans nuages , pussent offrir aussi des causes , ou du moins des prétextes aux excès religieux ou aux réactions païennes , dont Constantin n’avait suspendu l’effet , en Occident surtout, que par une politique de concession 1 , telle fut la magie de son renom

« Constantin ne heurta de front le paganisme que là où les dispositions connues des populations ne pouvaient faire craindre de résistances sérieuses ; aussi n’est-ce qu'en Orient, partie de l’empire que la translation du siège avait mise entièrement à sa dévotion j qu’il put impunément exercer quelques actes attentatoires à la majesté des faux dieux , tels que l’enlèvement des idoles païennes, par la seule intervention de deux commissaires dévoués, « qui faisaient fondre l’or et l’argent dont les plus riches statues étaient couvertes, » et laissaient le reste ainsi dénudé au peuple pour le faire rougir de sa superstition; « qui faisaient enchaîner comme des captifs les dieux de la Grèce, jadis si renommés, etc. » (Eusèbe, Laud. Const. , cap. vm ; Confer. cum. , Zozime , 1. n , cap. xxxi ; Socrat., Ecclés. hist. , 1. 1 , cap. xvi ; Sozom. , lib- ii , cap. v) ; tels aussi que la destruction des temples de Vénus à Aphaque ( sur le Liban) et à Iléliopolis en Syrie , et de celui d’Esculape à Æges, en Cilicie, édifices qui lui étaient signalés, dit Eusèbe, comme des écoles d'impudicité ou de superstition; mais il se garda bien, ainsi que l'observe, d’après Labaslie (Mém. de l'Académie des inscrip. , t. XX , p. 93) , M. A. Beugnot (t, I , p. 307) , « de dépouiller les temples

t. ii.

L ART CHRETIEN

et le reflet de son auréole, que chacun de ses fds, sans être personnellement animé de ce sentiment créateur qui venait de vivifier tout l’empire , put maintenir sans effort les institutions de ce grand prince, et concilier comme lui les principes conservateurs des monumens empestés d idolâtrie avec la prohibition des pratiques abusives dont ils avaient été si longtemps le théâtre.

Quoique plus occupé , dès Fépoque de sa prise de possession de fllalie , de l’Illyrie et de l’Afrique , de disputer à ses frères l’héritage sanglant de Dalmace, dont le massacre, comme celui d’Ann ibalien et de leurs proches, fut le don de joyeux avènement des légitimes copartageans de l’empire , Constant , dans son règne de treize ans, n’eut à réprimer aucune infraction aux traditions laissées par son père sur l’un des principaux théâtres de sa gloire ; et cependant il enchérit beaucoup sur ses mesures, sans effet, pour la prohibition du culte des idoles , cause d’irritation pour les vaincus et prétexte dont les triomphateurs abusèrent plus tard , dans l’excès de leur zèle pour l’exécution des édits : « Ita , dit Spanheim (page 833) , Cons- )> tans Romæ cessarcfecit omnem superstitionem , sacrificia aboleri, » aras et idola exscindi 1 , etiam aram Victoriæ in curiâ urbis di-

» de Rome et ceux des autres villes de l’Occident d'une seule de leurs statues, quoique ces » temples en possédassent tant et de si grand prix. » Le sénat de Rome, sauvé des fureurs de Maxence par l’issue de la bataille du pont Mulvius , avait bien pu se livrer , même avec joie, à son libérateur, malgré l’étrangeté du nouvel étendard qu’il venait d'arborer, et après avoir honoré son triomphe par un arc improvisé et consacré par l'inscription qui était le fruit d’une inspiration divine : « Inslinctu Divinitatis , » il dut trouver naturel qu’il payât sa dette au Dieu inspirateur par l’érection de nombreuses basiliques et par des largesses à leur sacerdoce; mais il n’eût peut-être pas dépendu de ce sénat lui-même de seconder des tentatives qui eussent dépassé cette mesure, tant étaient encore solides les liens d’habitude et de vergogne, sinon de ferveur païenne, qui rattachaient les grandes familles d’Occident au culte des ancêtres, principe qui, avec Y esprit de famille, formait, comme l’observe M.Bcugnot, « les principales bases delà constitution politique des Romains. »

» La loi publiée au Code Théodosien, sous le nom des empereurs Constant et Constance (l. n , de pag. sacrif. et templ.) , porte : « Cesset superstitio , sacrificiorum abolealur » insania, etc. » Les üls de Constantin allèrent donc plus loin que leur père, qui se borna à sévir par trois ou quatre exemples contre quelques excès de superstition et d’impudicité, et qui, tout en s’emparant , pour pourvoir aux dépenses de sa nouvelle capitale, des revenus des autres temples païens qu’il n’attaqua pas autrement (Libanius, oral, pro templ. , p. 9 et 10; et oral. Âpol., XXYI , p. 591), disait aux Gentils, dans le discours qu’il prononça dans l’assemblée des saints : « Allez donc , impies, puisqu’il vous est permis et que vous le » pouvez impunément , allez égorger des victimes; célébrez ces fêtes et ces banquets

» rui , de quo questus diu posteà Symmachus (lib. x , ep. Liv) -, » nouvelle preuve de la tolérance admise à Rome sous Constantin et du caractère païen qu’eut , d’après les médailles mêmes , l’apothéose dont son ancienne capitale lui décerna les honneurs : « Atque » inter divos meruit referri, » dit expressément Eutrop. , lib.x, cap. 8. Spanheim ajoute, toujours d’après les textes anciens : « Sed » templorum ædes non tantum intra muranos non destrui , sed et » quæ extra muros , seu portas civitatis , puta portam Collinam , m Viminalem , Capenam , etc. ; aut in viis publicis, ut via Latina, )> Triumphali et aliis , intactas incorruptasque consistere jussit : et » pari ratione noluerunt sacratissimi principes sepulchra Gentilium » violari , columnas evelli , lapides dejici, aut ad domos villasque , » ornatus ergo , transferri -, quo facit lex i Constantis (CW. Théo - » dos.) , ne sepulchra violentur et aliæ ejusdem tenons. »

Qu’on nous permette de nous prévaloir de ces détails si explicites , authentifiés par des lois et confirmés par des monumens qui portent leur date , pour compléter nos aperçus dans la question soulevée et débattue plus haut, et dont la solution serait que la véritable ère d’extension monumentale et de prospérité des Catacombes , déjà sans doute l’objet des soins de Constantin, pourrait bien dater du règne de Constant (33y à 35o), si remarquable par la manifestation publique du respect pour les monumens antiques et de l’inviolabilité des tombes même païennes , dispositions inspirées ou plutôt prescrites à ce jeune prince par l’état flagrant de paganisme dans lequel il trouva le sénat , les consuls et la population de Rome 1 . A défaut de preuves posi-

» où vous faites semblant de remplir des devoirs de religion, quoiqu'on effet vous vous » y livriez à la débauche et à l’intempérance » (Const. , orat. ad ss. cœt. , cap. xi) ; mais la preuve que la loi de Constant resta impuissante contre l’endurcissement des Ko* mains, se tire de ce que dit Eutrope (vit. Sophist. , p. 153) d’Anatolius, préfet du prétoire, sous Constant, et qui, dans un voyage à Athènes, offrit des sacrifices aux faux dieux. Constance, qui alla plus loin encore que son frère, en punissant ce dernier crime de la peine capitale (lex vi , de pag. , sacr. templ.) , fut-il , dit-on, mieux obéi que son frère; ce qui dut tenir à la souplesse relative de l’Orient ou au progrès de l’influence du christianisme à la date douteuse de ce dernier édit.

i II n’est que trop certain , malgré le silence des écrivains ecclésiastiques, intéressés à célébrer l’essor rapide du christianisme sur le sol même arrosé du sang de ses premiers et de ses plus généreux martyrs, que toute l’influence, toutes les illustrations monumentales et autres de Constantin pour sa première capitale , ne purent parvenir à en faire une ville clae'-

l’art chrétien.

tives , nous pourrons du moins échaffauder nos conjectures sur des probabilités incontestables , aucune phase historique ne se pliant mieux , selon nous , aux conditions de libre concours qui durent présider à l’achèvement des grands travaux de consolidation et même de construction de ces cryptes , comme à l’explication du système demi-païen, demi-chrétien, encore sensible dans leur décoration , après les altérations que des siècles de ferveur religieuse ont dû faire subir au premier de ces caractères. Rome, restée païenne, mais punie depuis dix ans , par l’abandon de Constantin , de l’opposition qu’avait soulevée surtout le refus de la part de ce prince d’assister comme souverain pontife à la cérémonie religieuse des jeux Capitolins , ne pouvait que voir avec joie terminer son veuvage comme capitale -, mais tout en accueillant son nouvel empereur qui n’arrivait pas comme son père avec l'autorité que donne la victoire (Constant n’avait que dix-sept ans quand il monta au trône) , elle prit contre ses sentimens chrétiens les garanties résultant des lois

tienne, et qu’un siècle s’écoula avant que le siège du prince des Apôtres, la métropole de la chrétienté , donnât aux autres villes de l’empire l’exemple de la soumission au dogme révélé. Pden de plus naturel d’ailleurs, car indépendamment des traces encore fraîches de la lutte sanglante de persécuteurs à persécutés, le maintien des traditions antiques et du culte des ancêtres, en dépit même de l’intensité des convictions, touchait au point d’honneur comme aux intérêts nationaux. On conçoit les difficultés de cette transformation dans une ville jadis reine du monde et dont toutes les familles patriciennes tenaient par des liens de parenté, de reconnaissance, de devoir ou d’orgueil à des noms historiques , que le christianisme venait dépouiller de leur auréole de vaine gloire et rabaisser bien au-dessous de celui du dernier artisan qu’une aveugle exaltation inconnue au polythéisme avait livré à la sévérité des lois.

Ce dut être ce sentiment resté indomptable qui éloigna presque constamment d’abord, ensuite pour toujours, Constantin de la ville des Césars, depuis surtout que les égards qu’on conservait pour lui se changèrent en hostilité sur son refus d’assister comme souverain pontife à la cérémonie religieuse des jeux capitolins, « ce qui, dit Eusèbc (1. n , c. xxx) , » attira sur lui la haine du sénat et du peuple ; » car, quoi qu’en dise Godefroy , il paraît bien démontré par la dissertation de Labastic ( Mémoire de l’ Académie des inscrip. , t. XV , p. 100 et suiv.) , basée sur les inscriptions et les médailles, que l’empereur chrétien était en même temps souverain pontife de la religion qu’il avait détrônée, office inhérent à celui du chef de l’état et qu’il dut accepter à son avènement, sans oser répudier plus tard ce titre indélébile dont il ne paraît pas que ses tils se soient parés, mais que Julien eut grand soin de reprendre, et que Gratien refusa, au grand scandale du sénat de Rome.

L’ouvrage deM. A. Reugnot (Histoire de la destruction du paganisme en Occident) confirme, et par des faits, cette opiniâtreté de Rome « qui, dit-il (t. I, p. 80), était devenue, " depuis la fondation de Constantinople , le camp retranché des païens. »

citées plus haut. C’était bien le moins pourtant qu’elle laissât le pieux successeur du grand empereur poursuivre l’œuvre , sans doute commencée , pour honorer , par un de ces monumens expiatoires qui surgissent toujours après les convulsions, la mémoire des premiers champions de la foi triomphante. Toutefois le sénat , entièrement païen , les consuls , fidèles au même culte , si l’on en juge par ce Faustus Paulinus qui dédia, en 3a5 , un autel à Hercule l’invincible, les pontifes, dans le droit desquels entrait tout ce qui concernait les tombeaux 1 et surtout les préfets , directeurs naturels des travaux qui , comme ceux des Catacombes , restées alors cimetières publics , intéressaient la sûreté et la salubrité de la ville 2 ,

1 « Tout ce qui concernait les tombeaux et même leur réparation , dit Labastie (Mém. de » V Acad, des inscrip., t. XV, p. 112), faisait partie de l’ancien droit pontifical. Les pon- » tifes (et il s’agit ici des pontifes païens) décernaient des peines contre ceux qui en avaient « violé la sainteté. » Delà ces formules si souvent répétées dans les inscriptions sépulchrales : « Si qui s hoc monumentum, vel sepulchrum vendere , vel donare, vel alienum corpus )) inferre voluerit, dabit pœnœ nomine Arcœ pontificum , ff., etc. » Or, puisque les Catacombes offraient encore, lors de leur découverte au XVIe siècle , et malgré les mutilations des barbares et les destructions qu’on peut attribuer au zèle des imitateurs de Théodose, un grand nombre de monumens païens confondus avec des mausolées chrétiens , les uns et les autres des époques mêmes du règne de Constantin et de scs fils , il est évident que c’était au pontificat païen qu’était confié le soin et la police de ces tombes proprement dites, tandis que les travaux de consolidation des carrières , où se trouvaient pratiqués ces cimetières différens des sépulchres des grands hommes placés sur les voies publiques, et des exquilies, lieux consacrés à la fois à l'exécution des criminels et à l’enterrement des pauvres, rentraient dans l’attribution des curateurs des voies, sous l’autorité de préfets comme ceux dont nous avons fait pressentir les dispositions.

Le droit pontifical sur les tombeaux, sous le règne même de Constant, est d’ailleurs consacré par la loi ; car tout en imposant une lourde amende à ceux qui oseraient enlever le marbre ou les colonnes des tombeaux des païens, et aux propriétaires qui vendraient à des faiseurs de chaux les monumens construits sur leurs terres (législation qui depuis cinquante ans eût procuré d’abondantes ressources à notre épargne) , il exempte de cette mesure les personnes pourvues d’une autorisation écrite des pontifes : « Qui vero libellis datis, a ponti- 3> ficibus impetrarunt, etc. 3)

2 Ces travaux de longue haleine, à raison de l’immense développement que comporte seulement la partie connue des Catacombes, ne purent évidemment être exécutés qu’avec le concours d’une autorité spéciale. Dans une ville où les lois et réglemens publics, si précis en matière d’entretien et de conservation, avaient réparti entre quinze officiers marquons la police de la cité sous la direction du préfet, avaient préposé un inspecteur particulier pour veiller sur les statues, «gardien, dit Gibbon, de ces êtres inanimés, qui, d’après le calcul extra- 3> vagant d’un ancien écrivain, n’étaient guère inférieurs en nombre aux habitons de Rome,» et allaient jusqu’à charger des personages cminens , sous le nom de ( curatori oiarum

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