ART CHRETIEN
durent sans doute intervenir pour rajustement de cette nécropole , ou musée religieux des deux cultes -, et si l’on considère que parmi les préfets de ces époques , on compte ce Paulinus jeune , qui , vers 332 , tint à honneur de restaurer le temple de la Concorde (J. Gruter , page ioo , n° 6) , l’historien Sextus-Aurélius Victor , l’un des premiers complices de Julien dans son usurpation , et ce préfet du prétoire , Anatolius , que nous avons vu plus haut sacrifier aux faux dieux , on ne s’étonnera pas que de tels magistrats , bien plus puissans que le sacerdoce , réduit au gouvernement de ses basiliques , ayent voulu imprimer aux travaux qu’ils dirigeaient le sceau de leurs croyances personnelles. Quelques souvenirs mythologiques s’harmonisaient d’ailleurs avec les tombes païennes qui venaient , sous la sauve-garde de l’édit impérial , comme depuis lors aux Eliscamps d’Arles , se ranger côte à côte des sarcophages chrétiens , témoins la Vénus Marine du n° 43 de notre musée, l’Amour et|Psyché, type
curandarum ), de la surveillance de chaque voie publique (Pline le Jeune était curateur de la voie Emilienne), aurait-on pu négliger les garanties contre des éboulemens qui, dans celte capitale, ainsi que dans la nôtre, pouvaient occasionner des accidens funestes? Il eut fallu d’ailleurs que ces fossores chrétiens, sur lesquels on se serait reposé du soin de les prévenir, fussent à la fois architectes pour calculer les moyens de soutènement, maçons , tant pour pratiquer le cloisonage des niches affectées aux urnes dans un tuf pulvérulent ou du moins très friable, que pour la construction des courbes et voûtes d’arrêtés des cubicula et de leurs colonnes d’appui, et la disposition et le ravalement des plafonds symétriques des colombaires, avant la superposition de la peinture, et aussi sculpteurs pour la taille de certains sièges en plein roc. L’exécution de ces divers travaux nécessairement précédés de plans et d’esquisses, n’exigeait-elle pas aussi sous ces voûtes ténébreuses d’autres moyens d’éclairage que ceux qu’auraient pu, à la rigueur peut-être, se procurer de malheureux proscrits sans communication avec le dehors, et placés aussi, quant aux ressources alimentaires indispensables pour leur séjour nécessairement prolongé, entre le glaive des bourreaux et le supplice de la faim, alternative bien propre à comprimer au moins toute inspiration d’art? Nous ne croyons pas d’ailleurs qu’on puisse citer d’autre ville de l’empire que Rome , où cependant n’étaient pas confinés tous les Chrétiens, ni même tous leurs artistes, s’il en existait dans une secte pénétrée d’horreur pour l’idolâtrie, qui ait jamais possédé, outre les calices dont parle Tertullien, une seule manifestation de l’art chrétien analogue aux travaux des Catacombes, et appartenant évidemment aux temps antérieurs à Alexandre-Sévcre, et même à Constantin ; et cependant n’eût-il pas été bien naturel que ces artistes, dont le séjour dans les souterrains de Rome n’était qu'accidentel, eussent trouvé d’autres moyens de faire ailleurs preuve de leurs talens dans des compositions analogues à celles des catacombes, et dont les Origène, les Tertullien, et surtout les saint Jérôme et les saint Augustin qui parlent de tant de choses, se seraient sans doute occupés , témoins Ses traditions sur saint Luc , etc. ?
t/art chrétten. loi>
de notre groupe si connu , existant sur la tombe trouvée dans la catacombe de Sainte-Hélène. ( Voy . d’Agincourt, pl. iv), etc.
Les lois de Constant, qui vouaient indistinctement aux mêmes soins pieux , au même sentiment de vénération et de préservation toutes les cendres sans acception de culte, durent beaucoup contribuer à fixer Tintérêt sur ces cryptes, riches déjà sans doute de nombreux monumens % et peut-être même encore de ceux dont parle Suétone*
i En choisissant pour la construction de chacune de ses basiliques , le sol arrosé par le sang de tels ou tels martyrs illustres , ou dépositaires de leurs reliques , Constantin fonda au moins le système d’ensemble des Catacombes, sorte de cimetières spéciaux dont l’entrée était pratiquée dans la basilique meme , comme l’est encore aujourd’hui, dans celle de Saint-Laurent, l’entrée de l’arénairc où se trouve le cimetière de Saint-Calixte, décoré, diton, sous Alexandre Sévère. «Sopra i cimetcrii, dit Severani (page 95), del tempo di Cons- » tantino , per veneratione ai quei santi martiri che vi erano , si comminciarono a fabricar » ehiesc ; dalle quali si scendeva a’detti ciineterii : corne di quelle tutta via ne restano » alcune; e daltre (se bene di poche) se ne vede qualche vestigio : » mais , n’est-il pas démontré, par la confusion dans ces souterrains des emblèmes et inscriptions païennes et chrétiennes, que, malgré la glose du même écrivain sur le texte du chap. ier de son livre IV, intitulé: «De’cimeterii di Roma non mai contaminati ne usatida gentili,» il fut un temps où ces sépulcres nefurent pas exclusivement affectés à l’ensevelissement des Chrétiens, ni confiés principalement à l’autorité de leurs prêtres, en faveur desquels la magistrature si longtems païenne de Itome, ne se serait pas dessaisie de ses droits, non plus que de la responsabilité qu’ils entraînaient pour la garantie de la sûreté et de la salubrité publiques?
Les sépultures spéciales des patriciens, les cryptes du Vatican, tombeau des chrétiens de marque, et les arénaires consolidés, devaient constituer ce que les lois de Constant (du 25 juin 340 et de 349 , Cod. Th., 1. IX, p. 17 ; 1. 1 et n) , désignent sous le nom générique de sépulchres , d’édifices des mânes, œdificia manium , tombes où païens et Chrétiens ont reposé pêle-mêle, malgré l’horreur que Severani suppose à ces derniers : «Di star doppo morte con )> quelli che avevano fuggiti e abbominati in vita. » La présence dans les mêmes lieux de sarcophages appartenant aux deux religions offre , à cet égard , un argument contre lequel toutes les suppositions échouent.
Nous pourrions en tirer une autre, pour fixer l’époque de la solemnisation de ces cryptes, de cet aveu des partisans de la rétrospectivité de l’art des Catacombes : « Que les premiers j> témoignages de l’exercice public du culte chrétien ne partent que de l’oratoire où le pape » saint Sylvestre fut relégué par la tyrannie de Maxence (M. Cyprien Robert) , en montrant cette première action de grâces en souvenir des persécutions auxquelles venait d’échapper ce pape, dispensateur des largesses et des vues d’art de Constantin , comme lui ayant suggéré l’idée d’étendre cette sorte de consécration aux autres souterrains, au nombre de plus de quarante, que la tradition signalait comme ayant également servi de refuge ou de sépulchres aux confesseurs de la religion alors triomphante ; car cet aperçu expliquerait seul la création du système presque uniforme de consolidation , de construction et d’ornementation de ces cimetièies , où l’on remarque, comme dans le temple-grotte de Saint-Sylvestre, la trace de dispositions pour la célébration des saints mystères ; mais c’est déjà trop discuter sus*
l’art chrétien.
en disant que la population incendiée de Ptome se réfugia dans les tombeaux : ad monumentum bustorum, et il dut suffire aux Piomains, dont la persistance dans le paganisme tenait plutôt à l’habitude et aux sentimens d’honneur qu’à la ferveur , que les sujets de décoration de ces sépulcres publics n’insultassent pas à la mémoire de leurs ancêtres en rappelant leur longue complicité dans les persécutions , et n’excitassent pas l’irritation par la reproduction des scènes de crucifiement ou de martyre qu’on voit, en effet, exclues de l’ornementation des Catacombes , circonstance favorable, ce nous semble , à notre système, mais que les antiquaires romains et leurs échos interprètent aussi dans le leur , comme témoignant de la sublime résignation et de l’abnégation de rancunes et de vengeances des victimes envers leurs bourreaux (M. A. F. Pâo, de la Poésie chrétienne , p. y).
La question d’art marcherait également ici d’accord avec l’aspect historique , en ce sens que les artistes romains , créés par l’impulsion due à Constantin , mais restés soumis à l’influence qui dominait la population de celte ville en général , n’ayant qu’à modifier ,
des questions inépuisables. Résumons nos opinions sur la matière, tout en nous excusant de n’avoir pris, pour chercher à l’éclairer, que le flambeau de l’histoire dont nous avons épuisé toutes les lueurs , plutôt que celui de la critiqne qu’il ne dépendait pas de nous de faire briller dans ce dédale obscur, et si profondément fouillé d’ailleurs, ou que celui de la foi, dont notre mission d’investigateur des causes et des effets nous prescrivait d’user trop sobrement peut-être.
Occupation , mais des plus temporaires, de ces arénaires, depuis Néron si l’on veut, par la population chrétienne de Rome, soit pour échapper aux orages qui grondaient à l’improviste sur sa tête , ou pour sauver d’une sépulture ignominieuse des frères atteints par la foudre qu’ils avaient bravée : consécration peut-être aussi de quelques lieux spécialement vénérés, tels que le cimetière du pape saint Calyxte, pendant le règne de tolérance d’Alexandre Sévère ; mais dès-lors restriction de la durée de ces séjours accidentels dans des refuges éventés par cette illustration même ; et dans tous cas, absence de combinaisons d’art et de moyens de les exécuter dans ces sombres abris , jusqu’au moment où le triomphe de la croix inspira la noble pensée , imposa le pieux devoir d’élever aux martyrs de cette cause, et sur les lieux témoins de leurs angoisses , imprégnés de leur sang, ces monumens expiatoires; enlin, exécution simultanée, à dater de cette dernière époque, de ces constructions et décorations, dont les travaux longtemps poursuivis durent participer des variations et de la confusion des influences païenne et chrétienne, mariées dans les sépulchres , surtout par les lois et les mesures des lils de Constantin et de leurs premiers successeurs , comme par l’action qu’opposait, à Rome surtout, le pouvoir du sénat et des magistrats païens de cette ville, à l'autorité toute spirituelle encore des papes de ce temps, depuis la mort de saint Sylvestre et la translation du siège de Constantin.
L ART CHRETIEN
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sous un aspect moins païen, les traditions de l’art antérieur, subsistant notamment dans le sépulcre des Nasons, dont la voûte offre beaucoup d’analogie de composition, sinon de style, avec celles de plusieurs colombaires, ou à continuer peut-être des travaux comme ceux exécutés dans le cimetière du pape saint Calixte, sous le règne de tolérance d’Alexandre-Sevère , auraient pu remplir assez facilement leur tache par des compositions mixtes et en empruntant quelques sujets à la poésie neutre de la Bible ou aux apologues universels , comme celui du bon pasteur qui couronne la plupart des colombaires.
Quant au style , grand cheval de bataille des antiquaires qui trouvent celui des plus faibles de ces peintures bien supérieur au caractère de complète décadence qu’t/s supposent appartenir au règne de Constantin, sans s’arrêter , dans leurs préventions basées sur les sculptures de son arc , aux belles peintures de ses thermes (u.D’Agincourt, pl. îv ) *, nous demanderons si , en l’absence d’analogies authentiques dans la même branche d’art, il ne devrait pas être permis d’en chercher dans ses sœurs ? et si , par exemple , on peut nier , pour nous en tenir à des monumens encore palpables et de date certaine , qu’à l’époque où la sculpture romaine et chrétienne tirait du marbre le riche et élégant sarcophage à sujets bibliques , chrétiens et symboliques d eJunius Bassus % monument postérieur de neuf années
i Tout en réservant pour le texte de notre chapitre v ( sculpture ) la description de ce mausolée que Bottari place le premier (pl. xv) , dans la série des sarcophages chrétiens qu’il publie , nous devons dire que toutes les explications donnés sur l’inscription de la plinthe par Henri de Valois, Gruter, Severani , Aringhi , Bottari , etc., s’accordent à reconnaître que les mots Eusebio et ypatio coss. lui assignent la date de 359, et que Junius Bassus fut, comme préfet de Rome, le successeur d’Orfitus, qui lit en 357 les honneurs de celte ville à Constance, suivant ce passage d’Ammicn : « Dum hæc ita aguntur Romæ, Artemius » curans vicariam præfecturam, pro Basso quoque agebat, qui recens promotus urbi præ- » fectus fatali decesserat sorte. » Un préfet chrétien aurait donc remplacé alors, sans doute, par l’influence de l’empereur, cet Orfiius, dont le paganisme est bien constaté non-seulement par les inscriptions qui le qualifient de pontifex solis et de quindecim vir sacris faciundis (Gruter, p. 438 , n° 1) , mais encore par le temple qu’il éleva à Apollon ( ibid ), et par la statue que lui décerna le sénat païen. Orfitus reprit sans doute scs fonctions à la mort de Constance, car on lui attribue l’érection d’une statue de Julien. Ce beau sarcophage, trouvé dans les cryptes du Vatican, offre par conséquent à la fois un témoignage de la libre pratique des divers cultes et de la protection que leur assurait la magistrature païenne de Borne, à cette époque, comme une constatation de l’état de l’art vers le temps où Constance honora cette ville d’une visite dont nous parlerons plus loin.