ART CHRÉTIEN
seulement à la mort de Constant -, qu’ alors que T orfèvrerie et la ciselure continuaient toujours à Rome, et sous la meme influence, leserremens d’art des Hébreux, ainsi qu’en témoigne le beaupixis ou toilette de matrone à sujets mi-partie païens et chrétiens, monument du IVe siècle trouvé sur l’Esquilin en 1 793 , la peinture dont l’exercice, comme décors surtout, était certes bien plus facile *, n’aurait pu composer et exécuter par exemple un sujet dans le genre de la scène d’Agape du monumentumarcuatum donné par Bottari (pl.CXXVII), et rangé parles antiquaires parmi les productions des époques antérieures, et dans le style païen , parce que deux bustes couronnés de lauriers y figurent avec le bon pasteur 2 et Jonas , comme si cet amalgame, qui nous semble même donner quelque crédit à notre hypothèse, ne se rencontrait pas dans beaucoup de monumens chrétiens , où l’on trouve, avec des légendes bibliques ou chrétiennes, des têtes de Méduse, comme celles sur lesquelles portent les quatre arcades de la voûte dans la calacombe des saints Simplicius et Servilianus, des masques antiques , des figures même évidemment païennes, telles qu1 Orphée avec sa tiare phrygienne etsa/yrc dorique, symbolisant le Sauveur, etc., inférieures comme style aux nymphes des thermes de Constantin.
Comme il s’agit ici d’une question de bonne foi dans laquelle notre controverse n’a pas pour objet de substituer un système à un autre , mais d’exposer les causes de nos doutes et les témoignages sur lesquels ils se fondent, nous en avons résumé l’expression, en com-
» D’autant plus facile que les artistes chargés , au IVe siècle , de décorer les voûtes des colombaires chrétiens pouvaient s’inspirer, comme ils le firent en effet, surtout pour les dispositions des travaux analogues de l’antiquité païenne , tels que ceux si connus du sépulchre des Nasons , que reproduisent cxactemeut sous d’autres emblèmes, tels et tels plafonds des Catacombes , où, selon M.Cyprien Robert, on ne trouve aucun tableau dont le style accuse Vépoque cV avant Constantin,- ce qui étendant à la peinture la concession faite par le même savant pour les travaux de sculpture, réduirait par conséquent les travaux d'art des trois premiers siècles aux effets de la pioche des fossores.
2 Quant au symbole figuré par le bon pasteur, il n’appartient pas exclusivement, comme l’a fait remarquer M. Raoul-Rochette, à l’inspiration chrétienne. Sa configuration même se retrouve dans le berger portant une chèvre et tenant un pedum du sépulcre des Nasons ; mais l’histoire de Jonas englouti par le leviathan , puis rejeté intact, comme on le voit sur notre planche , grâce à l’intervention céleste , pour aller prophétiser la destruction de Ninive, ne peut avoir rien de commun avec les fables toujours gracieuses du polythéisme.
l’akt chrétien.
prenant dans une même planche 1 qui paraîtra en même temps que ce texte , ces trois termes de comparaison que nous avons choisis entre beaucoup d'autres, laissant aux esprits sans prévention le soin de prononcer d’après la perception du coup d’œil souvent plus sûre que celle du raisonnement , prêt que nous sommes d’ailleurs à nous rendre à des démonstrations plus efficientes pour nous, que les opinions traditionnelles quelqu’imposantes qu’elles soient, de nos savans historiens et professeurs de l’art chrétien. Ce n’est pas cependant que nous ne puissions nous appuyer à quelques égards, même sur l’autorité de savans préoccupés de toute autre pensée que la nôtre, et livrés à des études bien plus approfondies sur ces mêmes époques-, car, tandis que l’un d’eux , le dernier dont notre aréopage scientifique ait couronné les beaux travaux dans ces matières, dit affirmativement, lui, chez qui la qualité d’historien n’exclut pas l’appréciation de l’art : « Le siècle de Constantin , illustré par les produits » intellectuels du génie chrétien , resta étranger aux inspirations qui
T Voir la planche II de la première série de F Album. Le n® 1 reproduit l’une des scènes d’agapes peintes dans les corridors de la catacombe dite des saints Marcellin et Pierre, celle où cinq personnages sont assis à une table dont la forme, le croissant, symbolisait, dit-on, la tradition antique des repas funéraires faits dans les tombeaux à chaque retour de la lune (mensæ lunares), d’où le nom d ’agape lunaire. Nous avons choisi celle de ces scènes où les légendes écrites : Agape, misce mi, et ircne, da calda , précisent mieux l’action et l’usage de mêler le vin avec l’eau chaude. Ce sera pour nous un moyen d’éclairer les détails que nous donnerons au chapitre xv , sur les festins des anciens , matière approfondie par Bottari, à l’occasion de cette agape même (t. II, p. 126). Le sarcophage de Junius Bassus, donné sous le n° 2, d’après les planches publiées parSeverani, par Bottari et autres, tire sa date incontestable (359) de son inscription même, comme nous le prouverons au chapitre v. Exécuté en marbre dans un style qui , à la raideur et à la rondeur des formes près , rappelle plutôt la sagesse des compositions du siècle d’Auguste que le mouvement et la désinvolture des temps postérieurs , il est surtout remarquable comme monument chrétien d’une époque aussi rapprochée du triomphe de cette religion , par la bisarrerie de ses symboles mystiques sur l’agneau, sur le frappement du rocher, sur le baptême, etc., etc.
Enfin, les diverses pièces de la curieuse antica argenteria du milieu du IVe siècle, que nous plaçons sous le n° 3 , offriront parle mélange de symboles païens , ou plutôt mythologiques, comme amours, nymphes, génies, scène de tritons, etc., aux caractères religieux, tels que le nom du Christ inscrit sur le pixis ou toilette de matrone chrétienne , la preuve que l’art chrétien lui-même admettait volontiers à cette époque cette confusion d’attributs qu’on trouve également dans les plafonds de certains colombaires des Catacombes, avec la disposition desquels le couvercle de cette toilette surtout offre quelques analogies de composition et même de style. D’Agincourt ayant cité ces trois types , la discussion aura du moins les mêmes bases.
li’ART chrétien.
» font fleurir les beaux-arts , l’architecture dont les règles, une fois « trouvées et établies , ne peuvent plus périr, sembla seule lutter )> contre la corruption du goût. » (. Destruction du paganisme en Occident , 1. 1 , p. 2^5). Le non moins savant etartisteM. Cyprien Robert, dont nous avons cité l’expression sur V art des trois siècles des Catacombes , nous fournit sur cette question même, dans la troisième leçon de son cours, une opinion résumée dans cette phrase qui pourrait, si nous nous entendions bien avec lui sur l’époque du point de départ, servir d’épigraphe à notre chapitre III : « C'est des Catacombes romaines » que les arts modernes sont sortis , et ils germaient déjà, aurore » prophétique d'un monde nouveau , dans ces tombeaux-sanctuaires que » le reste du monde ignorait encore quun art chrétien dût jamais » exister ,* » car nous ne contestons pas le germe , à quelque époque reculée qu’on le fasse remonter , si l’on se borne aux traces qu’a pu laisser l’exercice dans ces cryptes de quelques pratiques pieuses aux temps de persécution ; c’est le développement antérieur au règne de Constantin qu’il nous est impossible d’admettre avec M. Cyprien Robert. Qu’il étende la concession citée plus haut , à propos de la sculpture , et nous serons d’autant plus heureux de proclamer avec lui, que sorti des Catacombes , son premier atelier, sous un prince qui dut avoir à cœur d’ honorer les martyrs de la cause qu’il venait d’embrasser, l’art chrétien est en effet le générateur de la plupart de nos arts modernes.
Mais revenons à notre cycle historique pour suivre de notre mieux, de règne en règne, les conséquences de cet essor dans leurs phases diverses.
Constant, que nous avons laissé continuant le système religieux de son père, autant qu’il put dépendre de sa volonté de le faire prévaloir à Rome surtout, ne se montra pas toujours et en tous points également disposé à faire honneur à la mémoire de ce grand prince, si ce n’est en prodiguant aux églises des largesses où l’art, l’orfèvrerie du moins, devait entrer pour quelque chose, puisqu’on doit entendre ainsi les dons et offrandes dont parle ( /1p. , I, p. 678 , 679) l’illustre saint Athanase , partie intéressée et sans doute aussi prenante dans ces pieuses générosités. Du reste on ne voit pas que dans ce règne tout de conservation , non plus que dans celui plus favorable cependant
l’art chrétien.
aux arts, de Constance , aucun édifice mémorable soit venu signaler, autrement que nous le dirons en parlant de ce dernier prince , ce goût héréditaire chez les fils de Constantin, assez occupés peut-être de la consolidation et reconstruction de ceux élevés en si grande hâte par leur père. S’il en fût malheureusement de même des autres qualités, la valeur, l’activité, l’énergique volonté dont ces princes avaient eu sous les yeux de si grands exemples, c’est que des conditions pour arriver au trône dépend presque toujours la manière de l’occuper.
Le fils du modeste et austère Constance-Chlore, remis comme otage, dès l’enfance, entre les mains de Dioclétien, dont il conquit l’estime par ses hauts faits dans l’expédition d’ A chillée , puis retenu par les artifices et par les jalouses méfiances de Galère , qui soumit sa prudence et son courage aux plus rudes épreuves, était, comme fut depuis Julien , grâce aux même leçons , mûr pour le trône lorsqu’il y parvint , tandis qu’élevés dans la pourpre , bercés par l’adulation, gorgés d’honneurs et de biens au-delà même de leurs désirs {Liban., or. ni, p. 1 10; Julien , or. i, p. 28), Constantin II et Constance , héritiers d’une puissance qu’ils n’avaient pas conquise, manquèrent de moyens ou dédaignèrent le soin de s’en montrer réellement dignes , et livrés sans défense à la merci des passions enhardies par leur inexpérience , succombèrent sans gloire dans la lutte de principes qui se partageaient encore le monde.
C’est ainsi que Constant fût contraint de recevoir la loi de ce même sénat dont son père avait combattu, sinon vaincu l’opiniâtreté païenne ; qu’au lieu d’exercer son action sur ses peuples dans l’intérêt de la consolidation de l’œuvre si glorieusement poursuivie par la sagesse de son fondateur -, chef d’un parti religieux, et brandissant contre son frère même l’étendart de l’orthodoxie, il faillit précipiter l’Occident sur l’Orient dans le seul intérêt de la foi de Nicée, pour la question du siège d’Athanase , et que, trompé dans le choix de ministres tels qu’Eugène {Liban., or. 111, p. 212), trahi par ses créatures les plus intimes , ce Marcellus, comte des largesses sacrées, et ce Magnence, que de l’état de captif il avait élevé au rang de capitaine de ses gardes; il perdit sa couronne au milieu d’une fête , et la vie , comme Gratien , par la défection de ses plus
Tj* A HT CHRÉTIEN.
affidés serviteurs 1 : grande leçon dont fut encore témoin cette Gaule déjà si souvent le théâtre d’usurpations sanglantes , et que le complot d’Autun vengea de la perte des sages lois de Constantin II, effacées par la basse rivalité de son frère 2.
C’est ainsi que Constance, quoique doué de vertus assez rares chez les princes nés sur le trône , l’activité , la chasteté , la sobriété , la générosité même, n’a laissé dans l’histoire qu’un renom sans valeur, pour s’être abandonné, dans la méfiance de ses forces, à la captation d’indignes favoris-, pour s’être enlacé, dès la prise de possession d’une couronne incontestée , dans le lien de complicité de l’horrible et inutile massacre de sa propre race 3, et pour avoir vainement con-
i Le peu de fonds que l’on peut faire sur l’histoire, même contemporaine, se prouve par le conflit d'opinions opposées sur ce prince, reproduites par Tillemont (Hist. des Emp., t. IV, p. 358). Tandis que saint Àlhanase, par reconnaissance sans doute, s’attache, ainsi que saint Optât , à louer ses vertus, de premier ordre à leurs yeux, sa générosité pour l’église , son amour pour Jésus-Christ, sa fermeté contre les Ariens et les Donalistes, Aurèle- Victor l’accuse de violence , d’avarice, d’orgueil, par suite de sa déplorable victoire sur son frère; Zosime, de cruauté; Eutrope, d’une lâche faiblesse pour des ministres coupables ; et Zonare , d’accord sur ce point avec Aurèle-Victor et Zosime, de goûts dépravés, à propos de captifs germains remarquables par leur beauté : « libidine hujus modi arsisse, pro cerlo hàbetur , » dit Victor. Seul de tous les rhéteurs de ce temps , Libanius , dans un discours qu’il prononça, il est vrai, avant la mort de ce prince, ce qui indiquerait peut-être qu’ü était avec les sophistes aussi des accommodemens , a fait de Constant un empereur accompli , actif, vigilant, infatigable, sobre, discret, ennemi du vin, du théâtre et des femmes ( ce qui ne constituerait pas une éloge dans la donnée ci-dessus) ; mais ce qu’ajoute Libanius, qu'il ne prenait plaisir qu'à régler ses sujets , est encore plus opposé au reproche que lui fait Eutrope (p. 588) , « d'avoir été peu agréable aux soldats et insupportable aux peuples. » Il est reconnu cependant qu’il possédait des vertus guerrières qui le rendirent la terreur des Allemands , et dont la mémoire se trouve consacrée par la médaille donnée par Spanheim, et dont la légende Bononiœ a trait à sa descente en Angleterre opérée cette fois , en partant également du camp de Boulogne (en juin 3-43, Ammien., 1. xx, p. 54).
^ Constantin II était né à Arles en 310, et avait puisé dans la Gaule, aux écoles déjà célèbres de Toulouse et de Narbonne, et dans les leçons de nos illustres compatriotes, tels que cet Æmilius Magnus Arborius, parent d’Ausone, que Constantin lit venir plus tard à Byzance, des sentimens qui lui inspirèrent la protection spéciale dont il couvrit notre patrie, lorsqu’elle lui échut en partage : mais l’utilité des établissemcns qu’il y fonda ne prévalut pas sur l’irritation de Constant contre la mémoire de son frère , qui cependant avait expié par sa mort, à Aquilée , le tort de son imprudente attaque.
3 Plusieurs écrivains, dont Julien, décrivant cette boucherie de la race flavienne, 1 imputent à Constance, sans que rien , si ce n’est sa présence sur le théâtre du carnage, vienne justifier cette atroce précaution. Quoique les droits des deux frères survivons de
l’art chrétien.
sumé dans les tiraillemens de l esprit de secte que domina son père, même en cédant, dit-on, à l’influence de sa sœur, pour la proscription d’ Athanase 1 , un temps et des efforts qui, mieux répartis, eus-
Constantin, Jules Constans et Annibatien, compris avec leurs fils et cinq neveux dans cet horrible- massacre, fussent, du fait de leur mère, belle-fille de Maximien Hercule, plus directs même, comme l’observe Libanius, que ceux de l’empereur défunt, on ne voit pas qu’aucune velléité d’ambition de la part de ces princes ait pu éveiller les craintes d’une descendance proclamée au milieu des regrets de populations chrétiennes et des pompes des apothéoses païennes. On concevrait mieux encore cette combinaison toute prétorienne en l’attribuant, comme le fait Eutrope, par ces mots : vi militum, à l’effervescence d’une soldatesque mutinée renversant tout obstacle à l’avènement des fils de son glorieux général, qu’au calcul d’un jeune prince qui ne se montra jamais cruel, même envers Gallus, qu’il punit au contraire de son odieuse tyrannie , et dont le trône avait de plus solides bases que les cadavres de ses proches. M. Beugnot ( t. fer, p. 135) regarde celte vengeance comme une reaction ourdie de longue main par les païens : mais pourquoi dans ce cas épargner la tige en sacrifiant les branches? Nous ne voyons pas l’intérêt qu’auraient pu avoir les ennemis de la dynastie de Constantin à assurer la transmission pure et sans obstacle des traditions du prociamateur de la foi chrétienne, plutôt que de courir la chance de discordes et d’éventualités qui 11e pouvaient en tous cas leur être plus défavorables que le gouvernement des trois jeunes princes chrétiens qui , nonobstant la remarque du savant historien , ne pouvaient rassurer l’empire sur la ligne de conduite qu’ils suivraient , en livrant Âblave à la fureur des soldats , puisque l’histoire impartiale leur assigne un rôle purement passif dans cet horrible complot.
1 Après qu’aux longues persécutions dont l’évêque d’Alexandrie avait été l’objet sous Constantin eut succédé un rappel qui lui valut les honneurs d’une marche triomphale à travers les populations d’Orient, saint Athanase se trouva de nouveau en butte à des tribulations qui ne finirent qu’avec sa vie , et qui prouvent comment , en négligeant les intérêts généraux pour s’acharner à la personne d’un évêque, le christianisme, dès les premières années de son émancipation, préludait aux dissentions du bas-empire si favorables aux Barbares. Condamné d’abord par quatre-vingt-dix évêques ariens réunis à Antioche, sous la présidence d’Eusèbe de Nicomédie, Athanase lit appel à la juridiction orthodoxe, et obtint au concile de Home , composé de cent évêques , une majorité relative de dix voix confirmée par le pape , et plus tard par le concile général de Sanique. Nouvel appel, nouveau triomphe, puis aussi nouvelles persécutions de la part des conciles ariens d’Arles et de Milan. Vint ensuite une sentence capitale, à laquelle le saint évêque, poursuivi jusqu'au pied des autels par cinq mille soldats, n’échappa qu’en s’enfonçant dans les profondeurs les plus inaccessibles des déserts de l’Afrique, d’où il a daté des écrits empreints d’une éloquence et d’une onction qui ne participent en rien de l’amertume des pensées qu’on pourrait lui supposer. Rappelé encore, puis exilé de nouveau, Athanase crut pouvoir se confier à la longanimité dont Julien faisait montre à son avènement à l'empire; mais sa haute renommée lui valut bientôt une nouvelle disgrâce. Fuyant le sort que l’apostat réservait à ses dupes , il chercha de nouveau dans les déserts de la Thébaïde un refuge, dont le règne si court de Jovien ne le tira que pour le plonger vivant dans le sépulcre de son père , tant était implacable l’irritation d’un schisme qui criait , lui aussi ,
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sent garanti l’empire de la nouvelle tempête que lui suscita Julien; que, faute de conscience de sa force personnelle , à laquelle manquait seule l’expérience et l’étude des hommes, puisant ses règles de conduite dans les subtilités de conciles schismatiques établis presqu’en permanence sous son règne, et dans les suggestions de lâches ou perfides courtisans, tels que l’eunuque Eusèbe, le général Arhation, le préfet du prétoire Ruffin, il parvint, en concentrant la gloire du Labarum sur la bannière d’Arius, à s’aliéner jusqu’aux plus illustres champions de la foi, pour lesquels l'arianisme devenait la cause ennemie, division bien funeste en présence de l’ennemi commun ; qu’à défaut de cet ascendant que la gloire ou l’audace donnent seuls sur l’esprit des soldats , les conseils de sa prudence, méconnus à la bataille de Singare contre Sapor, ne purent tempérer l’impétuosité de ses troupes qui changea sa victoire en défaite ( Ammien , 1. xvin, , p. i3a ; Jul. , p. 40; que lorsqu'une vision, l’apparition de son père, eût fixé son irrésolution sur l’insolente proposition de Magnence, lorsque, résolu de combattre plutôt que d’épouser la fille de l’assassin de son frère et de lui donner sa sœur, son éloquence, don de nature ou fruit de l’étude, lui eût préparé sa victoire de Murse , en ramenant des soldats égarés, en précipitant à ses pieds leur chef Vitranion , ce vieux lieutenant de son père , il déserta son propre étendard et dédaigna la gloire de cette journée en attendant son issue , dans une église de martyrs; et qu’au lieu de profiter de sa victoire et de la haute position qu’elle lui fît en lui rendant l’empire tel que l’avait possédé son père, on vit ce prince, entouré d’eunuques , s’éclipser lui-même dans l’obscurité de ses palais , ou s’égarant de plus en plus dans les dédales du schisme, courir de concile en concile pour résoudre une controverse, alors que bruissait de toute part forage prêt à fondre sur le grand édifice si péniblement élevé par le père et si rapidement écroulé entre les mains débiles d’un fils digne cependant, à quelques égards, d’un meilleur
à la persécution. Vingt années d'exil dans un épiscopat de quarante-six ans prouvent combien furent passionnées les luttes entre chrétiens, nées de triomphe du dogme, et combien cette anarchie religieuse dut être nuisible au développement intellectuel et au progrès de l'art chrétien jusque dans le Ve siècle, les artistes aussi se trouvant alternativement placés entre les interdictions de tels conciles et les interprétations ou les tolérances de tels autres.
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sort. Encore est-il à remarquer que ce ne fut pas des points où les nuages s’amoncelaient, la Perse, le Danube, le Rhin, que partit la foudre qui brisa le trône et faillit réduire en poussière l’édifice de gloire de Constantin ; mais que l’explosion due à l’incurie de Constance et à ses procédés alternativement trop confians et trop impérieux , envers un vaillant compétiteur soustrait par lui-même, dit-on, à la sanglante catastrophe qui signala son avènement, trouva son foyer dans l’empire, son action dans ses principaux défenseurs , alors que Julien irrité, dit-il lui-même, de voir ses lauriers de Strasbourg décorer les fronts flétris des eunuques de la cour de Milan , répondit fièrement à l’ordre de son rappel :
« Je suis prêt à sortir avec toute ma bande,
» Si vous pouvez me mettre hors !....
3> Ses enfans n’étaient que trop forts. »
Malgré les guerres et les préoccupations schismatiques qui se partagent le règne d’ailleurs assez incolore de Constance 1 , ce prince ne se montra pas, ainsi que nous l’avons fait entendre, entièrement étranger aux beaux-arts, dont son père avait sans doute cherché à lui donner le goût en le nommant intendant des bàtimens de la basilique d’Antioche. Julien le loue (Or. i , p. y 4) d’avoir achevé l’enceinte de Constantinople et d’y avoir relevé plusieurs édifices ; et le sénateur Byzantin, Themistius, parle (Or. 3, p. 47, ? or- 4 » P* 58,
397) de fontaines et de thermes construits par Constance et qui portaient son nom. On sait aussi que ce fut par ses soins et au milieu de ceux qu’exigeait sa première guerre de Perse que des honneurs funèbres, qui comportaient une grande manifestation des pompes de l’art 2 , furent rendus à Constantin dans cette église des Saints-Apôtres,
1 Deux guerres contre les Perses, les dispositions défensives contre les menaces de son frère, ses mesures contre Gallus, l’usurpation de Sylvain, la guerre contre Vétranion, contre Magnence, la conquête de l’empire d’Occident, les soins de garantir la Gaule des invasions des Germains jusqu’au moment où leur vainqueur tourna ses armes contre Constance, absorbèrent une grande partie du règne de ce dernier prince; les querelles de religion, les luttes de concile à concile prirent le reste.
2 Ciampini (de Sacris Ædificiis, p. 1G9) cite à ce sujet le passage suivant de la Chro nique d’Alexandrie : « Constantius, cum in Oriente versaretur cætera confestim venit 3> Constantipolim , quo cum venisset , patrem Constantinum, inclytum tanto comitatu , et ea 3) regii processus pompa extulit, ut id nemo pro dignitate possit assequi!... illustribus or- » namentis decorayerat, et concessarum annonarum demenso ditaverat, omnibus tanto
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« in qua omnes Christiani tumularentur iniperatorcs; » édifice tombant de vétusté au bout de vingt ans et qu’il reconstruisit 1 . Les historiens s’accordent en outre pour célébrer son enthousiasme à l’aspect des monumens de Rome, qu’il visita pour la première fois en 35y. Post Magncntii cxitium , etc., sentimens dont l’expression combla de joie cette capitale qu’il venait d’affranchir, comme avait fait son père, du joug d’un farouche tyran. L’impératrice Eusébie l’avait , selon Julien, précédé dans cette nouvelle capitale - et la réception qui lui fut faite 2 était d’un heureux présage pour celle que l’empereur chrétien devait attendre du sénat païen , quoiqu’il lui eut , dit-on , imposé pour condition l’enlèvement de la salle de ses assemblées du célèbre autel de la V ictoire 3, déjà sacrifié sous Constant, mais remis en honneur sous Magnence.
» luctu funus prosecutis, ut nullus ante ilium extiterit imperator, qui vivus, mortuusque » adeo cullus fuerit, et prædicatus. » Julien reconnaît aussi (Or. , p. 29) que Constance , seul des enfans de Constantin présent à ses obsèques, lui fit élever le magnifique mausolée de porphyre cité par saint Chrysostome (in. 2, Pauli ad Corinthii komelia) , par Du Cangc (de Constant. , p. 109) , et dont les bollandistes ont constaté l’existence , mais en état de vacuité , à l’époque assez récente de leur publication. Rome revendiqua , mais vainement , l’honneur de cette sépulture ; circonstance qui, réunie aux témoignages d’Eusèbc (c. lxix, p. 561) , d’Aurélius Victor (p. 52) , d’Eutrope (p. 518), sur le deuil public manifesté d’ailleurs dans cette ville par une apothéose, rend inexplicable pour nous cette remarque du savant M. Beugnot (t. I , c. iv, p. 117) : Constantin descendit dans la tombe accompagné des imprécations des païens, auxquels les Chrétiens se joignirent , etc.
1 La dédicace de cette nouvelle église fut faite en 370. La ruine de l’ancienne était tellement imminente, qu’en 356, pendant l’absence de Constance, Macédonius, évêque de Constantinople, prit sur lui d’en enlever le mausolée de Constantin pour le transporter dans l'église de Saint-Acace, qui fut à ce sujet le théâtre d’un combat sanglant.
a Julien , saisissant cette occasion de rendre hommage à sa bienfaitrice, parle (Or. 3, p. 241 , 241) de la pompe dont le sénat honora son entrée en se portant au devant d’elle. Il insiste, lui si contraire à ce luxe , sur la magnificence déployée en cette occurrence et sur les libéralités faites par l’impératrice aux chefs des tributs et aux centeniers. 11 faut reconnaître aussi que cette prise de possession était une véritable conquête pour Rome et son sénat , privés de nouveau, depuis sept ans, du séjour de tout autre souverain que ce Nepotien qui y régna vingt-huit jours, en haine de Magnence, et dont la stupidité « stolidum ingenium , » dit Aurèle Victor, compromit gravement le repos de la ville; car on ne peut compter comme heureux pour cette capitale les courtes apparitions qu’y fit Magnence lui-même, qui se vengea des mépris que lui valurent, malgré son retour au paganisme, scs formes et son extraction barbare, en y levant un impôt de la moitié des fortunes avec autorisation aux esclaves de dénoncer (Themislius, or. 3, p. 43; Jul., or. 2, p. 106, 107).
3 Le nom et le prestige de ce célèbre autel de la Victoire tenaient surtout aux traditions