‹ Les arts au Moyen AgeChapitre 15 sur 49 · ART CHRETIEN · texte numérisé non relu

ART CHRETIEN

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tation d’une tombe et de la tombe d’un chrétien, chargée d’attributs sans rapport avec les faits de son histoire ou l’espoir de sa vie future, comme si les nombreux exemples déjà cités n’ établissaient pas incontestablement que, même pour de plus saints personnages, le faste

quant au sarcophage de Jovin, la tradition toute simple de l’auteur qu’il développait; mais Bergier, et surtout Tristan, ont joint au fait matériel de la consécration du coffre à la sépulture du fondateur de Saint-Nicaise, quelques discussions critiques que nous croyons devoir résumer en quelques lignes, d’après l’importance et la mise en évidence de ce curieux monument.

Bergier décrit d’abord ainsi le bas-relief principal de ce coffre de 8 pieds 4 pouces sur 4 pieds de large et de profondeur et une des plus belles pièces de France pour sépulture antique : « représente une chasse signalée autrefois faite par quelque empereur ou grand » seigneur romain que l’on voit à cheval, eslançant un javelot contre un grand lyon déjà » transpercé d’un autre javelot depuis la gorge jusques au costé senestre où le fer lui sort j) d'entre deux costes. Autour de ce personnage sont plusieurs figures à cheval : deux des- )) quelles semblent représenter Méléagre et Athalante ; d’autant qu’ès tombeaux anciens la 3) chasse du sanglier calédonien étoit souvent figurée. Il y a plusieurs bêtes sauvages qui 3> gisent comme mortes sur le champ qui servent d’enrichissement à l’œuvre 33 (liv. 11, p. 268).

Il nous expose ensuite l’opinion que lui a exprimée sur cette composition un savant Rémois nommé Colin, chanoine et trésorier de l’église métropolitaine , qui y voit « la chasse 3> tant renommée que l’empereur Iladrian fit en la Libye, voisine de l’Egypte, en laquelle 33 il tua de sa propre main un lyon terrible et espouvantable , etc. 33 Mais , ajoute-t-il : « comme il me prit envie de conférer plusieurs médailles d’IIadrian avec la figure que nous 33 prenions pour luy, nous trouvâmes qu’en toutes ses médailles il porte barbe et que ladite 33 figure n’en porte point ; cela nous arresta court pour l’heure. Quoi qu’il en soit, ajoute-t-il, 33 la pièce en est si exquise et si bien élabourée que tous les peintres , sculpteurs et autres 33 gens curieux qui passent à Reims le voyant , n’en peuvent tirer les yeux et confessent 33 n’avoir rien vu de tel en toute la France. 33

Tristan, qui cite Bergier son contemporain, aborde ce sujet plus franchement encore et cherche, dit-il, à effacer les vestiges de cette opinion (l’attribution d’Hadrian ) qui a prévalu jusqu’alors dans Reims. Il cite avec une grande érudition diverses scènes de chasse au lion qui pourraient également personnifier ici Commode , Caracalla , Alexandre-Sévère , Constantin et même Valentinien Rr, ou Gratien, à qui Ausone adressa un distique sur ce sujet; mais il appuie surtout sur ce que dit Âmmien-Marcellin (liv. xxm), qu’au moment où Julien allait livrer combat aux Perses, dans leur pays même, ses officiers tuèrent devant lui un puissant lion , en faisant observer que Jovin était un de ces officiers , et que ce fut sans doute la mémoire de ce fait qui aura dicté le sujet du sarcophage dont les autres épisodes de chasse pourraient, selon nous, rappeler la passion de ce général pour un exercice en grand honneur alors.

On voit que cette version qui n’est pas dénuée de sens confirmerait mieux que toute autre l’attribution de ce beau sarcophage à l’époque même de Jovin, pour lequel il aurait été fait et de son vivant, selon Tristan, qui observe d’ailleurs « qu’il n’est pas vraysemblable qu’un 3> si grand personnage eût voulu entailler son tombeau des faits mémorables d’un autre,

l’akt chrétien.

de la se'pulture remporta souvent dans la pensée de ceux qui leur rendaient ces derniers devoirs sur le besoin de mettre les croyances du défunt en accord avec les revêtemens de sa tombe.

Sur la question d’époque , la difficulté, si nous ne la considérions, nous, comme à peu près tranchéepar la conclusion de Tristan, pourrait s’accroître de la solution qu’on lui donne dans une brochure récemment publiée 1 à l’occasion d’un sarcophage presque entièrement semblable à celui de Jovin, existant encore à Déols (Indre), et connu sous le nom de tombeau de saint Ludre , fils de Léocade, préfet des Gaules, sous Auguste selon Bouchet {Annales ci Aquitaine') , sous Trajan-Dècc selon Grégoire de Tours, et vers 202 selon M. Pierquin ; ce qui lixe bien positivement , comme on voit, la base de la dissertation.

Ce dernier archéologue, qui paraît s’être occupé des cimetières des anciens, pour justifier la qualification de gallo-grec qu’il donne à ce

» se parant des plumes d’aulruy, lui qui estoit pour lors en réputation du plus grand capi- 3) taine qu’eût l’empire romain. »

Malgré l’époque déjà reculée (commencement du XVID siècle) à laquelle remonte cette dissertation, nous ne sachions pas qu’il ait été depuis lors écrit rien de plus raisonnable sur cette question.

■ Lettre à M. le préfet de l’Indre sur le tombeau de Déols, par M. Pierquin de Gembloux (Châteauroux, 1839). Selon cet écrivain, la conservation de ce monument dans la crypte de l’église Saint-Étienne de Déols serait peut-être due à une cause qui ne pourrait manquer d’amener plus tard sa destruction. Par un de ces préjugés religieux si communs dans nos provinces, et auxquels notre capitale même n’est pas toujours étrangère, la poudre, extraite avec un instrument tranchant, des sculptures de ce mausolée, est considérée comme un remède contre les maladies de l’enfance, et comme douée d’une vertu anti-convulsionnaire, d’un effet par conséquent opposé à celui que produisait le tombeau du diacre Paris. M. Pierquin invoque avec raison l’autorité de M. le préfet pour faire cesser cet usage destructeur, dont les mausolées de nos cathédrales n’auront pas à souffrir, soustraits qu’ils sont, même à l’approche des visiteurs. Espérons qu’on rencontrera un milieu entre ces deux extrêmes.

L’auteur de cette dissertation pleine de faits, quoique sommaire , consacre aussi, comme article de foi archéologique : « que l’emploi des sarcophages , limité aux personnages » éminens , se vulgarisa pour ainsi dire dès le règne des Antonins, à tel point que tous les » personnages riches s’en firent élever, » ce qui rentre dans les aperçus généraux contestables ou non ; mais nous prendrons acte de ce qu’il dit (p. 19) : « que, du 7//e au IVe siècle, » on représentait quelquefois sur ces monumens funèbres les travaux d’Hercule , )) pour demander si l’exécution de ces emblèmes païens , quelque sens moral qu’on y attachât , n’emportait pas celle des sujets analogues qu’on trouve sur d’autres sarcophages que nous considérons comme des mêmes époques , mais qu’on reporte généralement au ID ou IIIe siècle.

l’art chrétien.

mausolée couvert de sculptures , sujets de chasse , seulement sur line face et sur le couvercle , en attribue la confection (page 26) à une compagnie d’artistes commerçans constituée en Grèce pour l’exploitation des pompes funèbres de lltalie et de la Gaule, et qui, par une de ces combinaisons dont nous aimions à faire honneur à notre industrie moderne , formulait à l’avance, pour les besoins variés des consommateurs , des emblèmes pour toutes les gloires défuntes, des expressions pour tous les regrets, en laissant aux destinataires, par la seule ébauche des bustes , par la vacuité des quadrilatères outessères, le soin de personnifier chaque monument.

Tout en convenant que cet aperçu pourrait expliquer la provenance du marbre saccharoïdc ou de Paros ', que Grégoire de Tours dit avoir rencontré aussi dans le sarcophage de saint Gassius, et en

1 Sidoine Apollinaire a constaté au moins la rareté de ces marbres grecs en Gaule, en disant à Domilius dans la description de sa maison de campagne d’Avitacum ( Epist . 11, 1. xi) : « Jam, simarmora inquiras, non illic quidcm Paros, Carystos, Proconissos, Phry- » ges, Numidæ, Spartiatæ rupium variatarum posuere cruslas; » mais il prouve en même temps combien le marbre était déjà d’un usage commun en France au milieu du Ve siècle, par plusieurs passages, principalement dans l’inscription de l’église que Patiens venait de bâtir à Lyon ( Ep . x), et dont nous parlerons plus en détail. Voici les vers sur les marbres employés :

« Distinctiun vario nitoro marmor.

« lluic est porticus applicata triplex « Fulmentis Aquilanicis superba ,

» Ad cujus specimeu remotiora » Claudunt atria porticus secundæ » Et campum medium procul locatas » Vestit saxea silva per columnas.

La construction de cette église, l’une des premières et des plus riches manifestations de l'art chrétien en France , prouverait donc contre l’opinion trop absolue qui , encore au VIe siècle, ne voit dans nos édifices chrétiens que des monumens en bois.

Sidoine parle aussi (Ep. xu, 1. in) de l’application du marbre aux monumens funéraires, de manière à contredire au moins pour le Ve siècle ce que dit M. Pierquin, et ce que nous aurions supposé nous-mêmes de l’usage des sarcophages pour les personnages éminens, même de la Gaule, en racontant comment il fut témoin de la profanation de la tombe de son aïeul, le préfet Apollinaris, qui avait gouverné les Gaules : «La terre que l’on jette » sur les morts s’étant affaissée, dit-il, les fossoyeurs crurent la place vacante et la souil- » laient avec la bêche funéraire : « corporum bajuli rostris funeribus impiare. » Sidoine demanda que la terre se relevât pour former un tertre d’un marbre poli : « quam lævigata » pagina légat, » pour laquelle il composa une inscription, ce qui fait partir au moins de

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