I. ART CHRETIEN
même temps peut-être la multiplicité relative de cesmonumens sur des points de débarquement comme Marseille et Arles, où Constantin lit transporter un obélisque et où les morts illustres delà Gaule seraient sans doute venus chercher leurs sépultures, pour épargner de nouveaux frais de transport, nous nous permettrons une remarque puisée dans la description même du sarcophage gallo-grec deDéols,à propos duquel l’auteur dit (page 22) : « faire remonter la date de ce monument » à Auguste , ou le faire descendre jusqu au Bas-Empire, serait s'eæpo- )> ser également à un démenti le plus formel donné par l’ archéologie; ce » qui place invariablement son thème de dissertation au IIe ou IIIe » siècle. » Or, que nous apprend Fauteur de cette description? Au » milieu du bas-relief, dit-il (pages 7 et 8), se trouve le personnage » capital du drame, celui auquel fut probablement élevé ce magnifiw que sarcophage... sa tête est coiffée d’un réseau , sa tunique » est serrée par une ceinture, la cuisse et la jambe sont recouvertes » par la braie gauloise à pied , la bracca de Strabon , les braias des )) Languedociens et les brqgucs des Normands...-, ailleurs (p. 6 et g),
» ce sont des clients, autrement dits compagnons de chasse du séna- » teur Léocadius, propriétaire de la villa située dans le pagus Deo- » lensis (page 16), vêtus d'une saye descendant à peu près jusqu au . » tiers inférieur des cuisses , ayant les épaules couvertes d’une péle- » rinc servant probablement de capuchon , telle que les portent encore » les paysannes , et souvent encore les paysans de quelques parties » du Berry , etc. »
Qu’on dise maintenant que les Grecs avaient, dès ce temps même, abandonné l’usage de peindre ou de sculpter surnature, ou du moins d’après des modèles qu’on prenait sans doute soin de leur transmettre des diverses provinces de la Gaule, comme font aujourd’hui nos illustres modistes pour leurs correspondans , lorsqu’on voit les successeurs de Phidias porter le scrupule de la couleur locale jusqu’à reproduire exactement sur leurs marbres élabourés au fond de l’Altique, les braias des Languedociens , les b ra gués des ISormands, sans doute pour le cas où le coffre eût trouvé placement dans l’une
cette époque l’usage de nos pierres tumulaires chrétiennes, Àpollinaris ayant été, dit Sidoine, « le premier de sa famille qui ait purifié son front par la croix, ses membres » par l’eau du baptême, en abandonnant un culte sacrilège. »
ïÉaRT CHRÉTIEN'.
de ces provinces, et, chose plus remarquable encore, s’inspirer par intuition de la pèlerine des paysannes du Berry , comme par prévision de la destination finale de leur chef-d’œuvre 1 !
I Si cette opinion, que nous avons déjà rencontrée, comportait un sérieux examen , on aurait à se demander comment Pausanias, qui écrivait encore vers la fin du Ile siècle, et qui, dans son Voyage en Grèce , a pris à tâche de décrire ce beau pays, principalement sous le rapport des productions de l'art, aurait gardé le silence sur cette exploitation commerciale, et même sur les sarcophages dont il ne fait mention aucune, quoiqu’il eût été conduit à traiter de cet usage funéraire , s'il eût existé alors, en parlant des tombeaux qui, comme ceux de Mausole et d' Hélène, consistaient en monumens dans lesquels on entrait par des portes de marbre , mausolées bien plus somptueux que celui d ’Epytus vanté par Homère, et où Pausanias ne vit qu’un petit tertre environné d’une balustrade de pins (Voyage de V Arcadie, 1. vin); aussi penserions-nous qu’en Grèce comme en Italie, on n’employa guère, peut-être à quelques exceptions près, comme en fait d’inhumations quelquefois tolérées dans les villes , les sarcophages sculptés ou non qu’au IVe siècle , lorsque la pratique égyptienne et hébraïque de la sépulture des corps eût prévalu dans l’empire sur l’usage presque général de l’incinération. Ce n’est du moins que de celte époque que cet usage nous paraît bien constaté pour l’Orient par l’empressement que mettaient les riches habitans de Byzance à se faire inhumer dans les églises, d’où les chassa la loi de Théodose du 30 juin 381 ( Cod. Théod. 9, t. XVIf, 1. xvi, p. 147), portant que tous les corps qui étaient hors de terre dans des urnes ou dans des tombeaux , même ceux placés dans les églises des apôtres et des martyrs , seraient transportés hors de Constantinople. L’exception en faveur des princes se prouve par la mesure postérieure à cette loi, qui admit dans le tombeau des empereurs, le 21 février 382, le corps de Valentinien 1er, mort en 375.
Si ces fabriques de sarcophages à toutes tailles eussent été en activité en Grèce au IIe siècle, Winckclman, qui suit avec tant de soin la marche des arts tombés en décadence sous Commode pour ne reparaître que plusieurs siècles après (1. vi, c. vu, § 48), n’aurait pas manqué de signaler cette curieuse particularité, et de nous montrer l'art grec, jadis dominateur, et dont Adrien avait créé la dernière école , réduit presqu'aussitôt à exécuter des tombes de pacotille pour des peuples et pour des usages inconnus alors dans le pays où M. de Gembloux place les ateliers de cette fabrication.
II est à remarquer d’ailleurs que Winckelmann, si versé dans tout ce qui se rapportait à l’art, n'a pas cru devoir soulever la question de l’antiquité de l’usage des sarcophages et de leur classement par époque , selon les styles ; il ne s’en est occupé ç[ue pour contester , mais seulement par une considération tirée de l’âge du principal personnage , l'attribution à Alexandre-Sévère et à Julia-Mammea , sa mère, de la grande urne du Capitole, où l’on voit deux figures de grandeur naturelle (ch. vin, § 6), et pour exprimer une pensée qui se rapproche beaucoup de celle de Ciampini et qui tend à réduire de beaucoup le nombre des prétendus sarcophages du Haut-Empire. Parlant des urnes de porphyre qui ont la forme allongée des anciennes baignoir es , et dont six, qu’il croit provenir des spoliations opérées à Rome, en G63, par Constant II, servent encore de tombeaux aux rois normands dans la cathédrale de Palerme et dans l’église de Montréal, il dit (1. vi, c. vin , § 23) : « Pour moi, je crois toujours que ces urnes servaient de « cuves dans les thermes magnifiques des Romains. »
C’est cependant en s’appuyant sur le prétendu sarcophage d’Alexandre- Sévère ,
l’art chrétien.