I.’ATïT CltRÉTIEN
possession de l’Aquitaine., où grâce au long contact de la civilisation et aux immenses ressources tirées de la spoliation de la Grèce et de l’Italie, ce prince, devenu moins barbare, fonda pour lui et les siens line dynastie durable et d’un grand intérêt historique. Son mariage avec Placidie, célébré à Narbonne, forme déjà un immense contraste avec ce qu’on peut supposer des mœurs et habitudes des autres chefs des hordes envahissantes ; et si l'on ne peut douter que la présence et le concours direct de son esclave devenue son épouse ne fussent pour beaucoup dans ces nobles manifestations, c’est un hommage de plus à rendre à ce prince barbare, que de le montrer docile aux conseils ou aux leçons de la beauté , les fruits de la civilisation étant trop savoureux pour qu’on doive chercher à en analyser le germe : ainsi, sous le rapport des arts, de celui surtout qui nous occupe ici, nous nous plairons à rendre cette justice au successeur d’Alaric, ce premier fléau de la Grèce et de Rome , qu’il fut le premier de celte tige sauvage, sur lequel opéra, comme depuis sur Théodoric et sur les farouches rois des Francs et des Burgondes , etc., la greffe de la civilisation-, de même qu’en voyant dans notre première basilique toulousaine (la Daurade ) l’édifice religieux générateur de tous ceux qui constituent notre principale gloire monumentale, nous absolvons de grand cœur, de sa résistance aux volontés de son frère, Placidie, à qui nous devons , dit-on , ce monument primordial 1 de notre art
(3200 bâtimens), et qui, bientôt après, disparut avec un seul vaisseau pour aller se faire trancher la tête à Carthage; et Attale qui, abandonné par le roi des Goths, fut pris en mer, ignominieusement exposé à Rome, théâtre de sa puissance et de ses premiers affronts, puis proscrit dans l’île de Lipari, après avoir subi la mutilation de deux doigts.
1 L’église de la Daurade , de la ville de Toulouse, dont la cathédrale est du Ve siècle ( Mémoire d’un Voyage dans le Midi , p. 457), est la plus ancienne qui soit dans cette ville , disent les bénédictins Malienne et Durand ( Voyage littéraire, t. Ie*-, 2e partie, p. 47 ) , ce qui lui assignerait bien l’époque du règne temporaire de Placidie (commencement du Ve siècle) ; mais une autre considération vient appuyer cette tradition, consacrée par dom Vaisette, Chabannet, Lafaillc, etc. , qui flottent seulement entre Placidie et Théodoric II. Le sanctuaire , disent les mêmes voyageurs littéraires, est (ou plutôt était » en 1717) incrusté depuis le bas jusqu à la voûte d’un ouvrage à la mosaïque : c’est » l'unique que nous ayons vu en cette manière. » "Viennent ensuite quelques détails très honorables pour les bénédictins sur le refus qu’ils tirent de céder au désir d’tm homme de piété et riche en même temps, qui s’offrit d’y faire un autel somptueux qui eût entraîné la destruction de cette mosaïque , dont il ne reste malheureusement plus aucune trace aujourd’hui. Or, on sait que ce fut surtout par l’exécution des revêtemens en mo-
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chrétien modelé sur les types grandioses de l’Orient et de l’ïlalie, qu’avait successivement habités cette princesse, monument qui pro¬
saïque qu’ont été et que sont encore célèbres les édifices religieux élevés par cette princesse. Ciampini a reproduit (t. Ier, p. 224, 227, pl. lv, lvi, vii) plusieurs de ces belles mosaïques auxquelles Muratori a consacré également de curieuses pages ( Spicil . Raven. Hist. script. Rer. Ital., 1. 1, part, n, p. 567, 570). On peut d’ailleurs en juger encore aujourd’hui par ce qui en subsiste dans la belle église de Saint-Jean-l’Évangéliste de Ravenne, notamment par le fragment découvert depuis la mort de Ciampini , et représentant le vœu de Placidie qui, assaillie par une tempête, au retour de Constantinople, recourut à l’apôtre saint Jean, et sauvée du péril, acquitta sa dette au retour par l’érection de cette église. Si l’on nous eût du moins conservé le dessin des sujets de cette mosaïque de Toulouse qui, par l’éclat de ses couleurs, contribua sans doute à faire donner à cette église le surnom de Sancta-Maria- Deaurata (par corruption la Daurade) , toute incertitude cesserait par le contrôle du style , et nous aurions sans doute une preuve de plus à citer de la prospérité de l’art dans la Gaule même à cette époque si voisine de celle où nous avons cherché nos derniers exemples ; car cette belle production , à la conservation de laquelle les pères bénédictins sacrifièrent la possession d’un autel somptueux, participait sans doute de celles analogues , et postérieures de plus de vingt ans, de Ravenne, dont Ciampini dit : « Hujus ædificii tholus
» pulcherrimo atque scitissimo opéré musivo ornatur . Post has figuras sequuntur aliæ
« eodem musivo opéré pereleganter elaboratæ, extantque in parietis summitate, rétro » Gallæ Placidiæ sarcophagum ». D’Agincourt, fort sévère comme la plupart des historiens de l’art italien, pour les œuvres appartenant aux temps de décadence, a dépouillé cette rigidité en donnant (pl. xvi, no 6) et en décrivant (p. 16 de son Histoire de la peinture) une autre mosaïque représentant le triomphe du Christ, exécutée par les soins de la même princesse sur le grand arc de la basilique de Saint-Paul, hors les murs, à Rome. Observons seulement, quant au parallèle que fait cet écrivain des mosaïques de Sainte-Marie-Majeure appartenant au Ve siècle avec des compositions analogues , comme sujets et mouvemens, tirées de la colonne Trajanne, qu’on ne peut y puiser aucune conclusion pour l’étude delà marche de l’art; la sculpture, œuvre de génie , et la mosaïque, travail tout matériel, où l’effet gît surtout dans l’éclat des couleurs, ne comportant pas plus d’analogie qu’il n’en existe entre Josué et Trajan. D’ailleurs, l’inspiration de l’antique qui domine encore dans le travail (commencement de décadence cependant) de la célèbre colonne était, comme nous l’avons dit et prouvé pour les sarcophages chrétiens , soigneusement écartée de tous les monumens de cette religion.
La disposition du dessin des voûtes des églises de Ravenne ( saint Jean-l’Évangéliste , saint Nazaire et saint Celse) , que l’art du mosaïste avait ainsi revêtues, surtout la figure de lapl. lv de Ciampini, rappelle tellement des plafonds de certaines catacombes, qu’on trouverait dans ce rapprochement un argument à ajouter encore à ceux sur lesquels nous fondons nos aperçus sur l’époque assez rapprochée de la construction des colombaires et de leur décoration par un procédé plus facile , la peinture. Voir aussi (pl. lvii) le segment de cercle qui surmonte le tombeau de Valentinien III, et où Jésus-Christ, environné de brebis, rappelle si bien les bons pasteurs des catacombes.
Sans doute, si les traditions légendaires pouvaient prévaloir sur les données historiques et archéologiques , il s’en faudrait de beaucoup que la Daurade de Toulouse pût
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céda d’ailleurs ceux analogues que consacrent encore dans ces contrées même, les goûts d’art et la piété fastueuse de la fille de Théodose
prétendre au premier rang que nous lui assignons , comme époque , parmi nos grands édifices chrétiens, puisque, pour ne citer qu’un exemple, selon la version adoptée par Guesnay , dans sa Massilia christiana, et par Ruffi, dans son histoire de Marseille , la cathédrale de cette ville, la Major, devrait sa fondation à saint Lazare , qui , chassé de Jérusalem , après la glorieuse péripétie du grand drame chrétien , avec scs sœurs , sainte Marthe et sainte Madeleine , saint Joseph d’Arimathic et plusieurs autres disciples de Jésus-Christ , naviguant à l’aventure sur un vaisseau sans moteurs , serait tombé , avec sa sainte colonie, au milieu de celle des Phocéens et y aurait inauguré la foi , alors de date toute récente , tandis que ses compagnons de gloire et de péril fondaient, pour leur part, les églises d’Aix, de Tarascon , et que sainte Marie Madeleine consommait son austère pénitence dans la grotte de la Sainte Baume , voisine de l’église de Saint-Maximin , où furent trouvés , en décembre 1279 , ses restes authentifiés par procès-verbal et solennellement translatsé, sous Louis XIV , d’une urne de plomb dans une urne de porphyre ; mais en admettant même ces grandes traditions sur lesquelles Millin s’est étendu ( Voyage dans le Midi de la France, t. III , p. 119 et suiv. , et 194 et suiv.) , de même que celles qui font de saint Trophime , fondateur de la belle église d’Arles, un disciple de saint Paul, il manquerait toujours à ces anciens édifices , pour lutter d’antiquité avec celui de Toulouse, la consécration de la mosaïque chrétienne et gallo-romaine , dont Martenne et Durand ne trouvèrent ailleurs aucune autre trace.
i Pendant le long règne impérial qui suivit le début si orageux de l’existence royale de cette princesse , elle fonda un grand nombre demonumens chrétiens. Sa guerre à outrance aux Juifs, aux Manichéens, aux Astrologues ( Code Théod. , t. VI , p. 94, 95), et surtout les soins quelle prit de rétablir les privilèges de l’Église, ajoutèrent encore à ses titres de gloire aux yeux de certains écrivains , tandis que d’autres , moins sensibles à ses bienfaits , couvraient son nom d’opprobre et chargeaient sa mémoire , non seulement des fautes politiques qui livrèrent l’Afrique aux Vandales et privèrent l’empire d ’Ætius , son seul soutien, mais encore de l'imputation d’un commerce incestueux avec Honorius et d’une condescendance , fruit d’un atroce calcul , pour les honteuses passions de son propre fils Valentinien III. Quant à nous , notre enthousiasme pour ses travaux d’art et l’éclat de ces mosaïques ne nous aveuglent pas au point de méconnaître ce qui , dans celte princesse , balance et au-delà les mérites que ses panégyristes intéressés lui concèdent. On ne peut nier que le premier exercice de son influence n’ait été un acte de cruauté et d’ingratitude. Sérène, sa cousine , l’épouse de Stilicon , eût-elle été coupable d’intelligences avec Alaric , Placidie , à qui elle avait servi de mère , n’aurait pas dû la livrer aux vengeances du sénat ; et certes rien ne dépose moins en sa faveur que son expulsion d’Italie avec ses deux enfans , par une mesure concertée entre l’empereur et ce même sénat dévoué alors à la famille de ses princes. Ce fut pour le malheur de l'Occident que la mort d’Honorius et la défaite de l’usurpateur Jean lui en ouvrirent les portes , puisque ses fautes précipitèren la chute de cet empire. Morte à Rome , en 450 , elle fut inhumée à Ravenne , près de -son frère et de son second époux, Constance, dans l’église des saints Nazaireet Celse, qu’elle avait fait construire. Son tombeau , décrit par Mabillon (lier Italicum , p. 39 et 40) , y subsiste encore , mais il est dépouillé de ses riches accessoires en matières précieuses.
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En consacrant à ce noble usage les prodigalités fabuleuses dont Ataulphe la combla % sans doute pour reconnaître les sacrifices qu’elle lui faisait en cédant à son amour plutôt qu’aux ordres de rappel de Valentinien, et en préférant en digne héritière du rang et des sentimens de César, le trône d’un roi Goth au poste secondaire qu’elle eût occupé dans Rome, Placidie annoblissait , du moins par l’emploi , des trésors tirés d’une source impure et qui devaient lui
i On trouve dans Gibbon le résumé succinct de ces somptuosités à l’occasion du mariage célébré dans la maison d’Iagenuus, l’un des plus illustres citoyens de Narbonne, ou de l'anniversaire de cette solennité , si , comme le dit Jornandès, Placidie avait déjà consenti à serrer ces nœuds avant de quitter l'Italie : « La princesse, vêtue comme une im- » pératrice, s’assit sur un trône, et le roi des Goths , habillé, dans cette cérémonie, à la » romaine , se plaça à côté d’elle sur un siège moins élevé. Les dons qu'il devait pré- » seuter à son épouse , selon l’usage des Barbares , étaient composés des plus magnifiques » dépouilles du pays de Placidie. Cinquante jeunes hommes de la plus belle figure et vêtus » de robes de soie (sans doute de celles exigées par Alaric) portaient un bassin dans cha- » que main : l’un était rempli de pièces d’or et l’autre de diamans d’une valeur inestima- » ble. Attale , si longtemps le jouet de la fortune et des Goths, conduisait le chœur des » musiciens. » Ataulphe, en rendant la pourpre à ce fantôme, avait voulu sans doute effrayer Ilonorius ou du moins se ménager la ressource de lui faire, à l’occasion, le sacrifice d’un rival.
Les historiens où Gibbon a puisé le récit de ces prodigalités, de cette pompe nuptiale et de ce premier exemple d’une alliance bien humiliante pour Rome, s’accordent à reconnaître que ces solennités, qui tendaient à adoucir la fierté du conquérant, furent d’un très bon effet dans la Gaule, et contribuèrent ainsi à cimenter la fondation d’un royaume qui dura près d’un siècle (88 ans). Ce royaume, surgi tout à coup, laissa dans nos provinces, les seconde et troisième Aquitaine, des témoignages que nous aurons soin de recueillir de l’exercice d’une civilisation éclairée, et même de la culture des arts par un peuple qui venait de désoler la Grèce, l’Italie, l’Espagne et la Gaule même, et qui, tout en entassant ruines sur ruines, semblait cependantsecomplairedanslapossessiondecertains fruits deses rapines, comme on en peut juger par les trésors d’orfèvrerie que Clovis trouva encore à Toulouse en 5Ü8, et dont il fit de nombreux présens à la basilique de Saint-Martin (Grégoire de Tours, 1. h, ch. xxxvn), et encore par ceux dont Childcbert s’empara à Narbonne, en 531, lors de son expédition pour arracher sa sœur aux mauvais traitemens d’Amalric (60 calices, 15 patènes, 20 boîtes pour les saintes écritures « evangeliarum capsas, » le tout d’or massif enrichi de pierres- d'un grand prix, qu’il fit distribuer aux églises et aux basiliques des saints (Grég. de T., 1. iii, ch. x). Encore l’historien des Francs ne mentionne-t-il ces objets que comme oubliés par Amalric : « Ei in mentem venit, multitudinem se prætiosorum la- » pidum a suo thesauro reliquissc; » ils étaient donc indépendans de ceux nécessairement plus précieux encore que les Goths n’oublièrent pas d’emporter en Espagne, et parmi lesquels on cite le célèbre missorium , plat d’or massif incrusté de diamans, du poids de 500 livres, don d’Ætiusà Thorismond, et qui, promis à Dagobert pour prix du concours de ses armes, aurait été racheté pour deux cent mille pièces d’or que ce dernier prince employa à la
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rappeler l’humiliation de sa patrie : elle suivait aussi la voie tracée par son père, en cimentant le triomphe de la croix et en y ralliant les Barbares mêmes par le prestige religieux : mais son séjour en Gaule fut de trop courte durée pour y produire tout ce qu’il semblait promettre. Ataulphe cédant , dit-on 1 , aux instances de cette princesse, qui l’avait rendu père, s’étant dirigé sur l’Espagne2, y fut tué (à Barcelonne), en /^îo , alors que, selon Orose (1. vu, c. xliii , p. 224) , il s’était voué tout entier à la consolidation, ou plutôt à la reconstruction de l’empire romain, mission dont son deuxième successeur, Vallia, entrevit aussi la gloire. Placidie, réduite alors à un nouvel esclavage sans compensations, abandonna les Gaules sans retour, au moment même où sa haute influence aurait pu leur devenir plus favorable encore, l’ascendant des armes de Constance , la défaite des Barbares d’Espagne et l’exil d’Attale ayant enfin rendu quelque repos à l’empire.
Ce repos fut mis à profit pour cicatriser les plaies de Rome déjà presque rendue à son ancienne splendeur en , s’il faut, comme on le pense, reporter à cette année les vers suivans de Rutilius Numatianus :
« Erige crinales lauros, seniumque sacrati >* Verticis in virides, Roma, recinge comas » ;
et si l’on doit aussi s’en rapporter aux images d’un poète et d’un
fondation de l’église de Saint-Denis (Fredegarii scolastici chron., c. lxxiii, p. 441; Fredeg. fragment. 3, p. 463; gesta regis Dagoberti, c. xxix, p. 587).
On cite aussi comme faisant partie de ce trésor soustrait à Childebert, la table d’une seule émeraude, entourée de trois rangs de perles, soutenue par 65 pieds d’or massif, incrustée de diamans, et estimée d'une valeur de cinq cent mille pièces d’or, trouvée dans le trésor des rois Gotlis par les Arabes, lorsqu’ils s’emparèrent de l’Espagne (Elmacin , hist. Sarracina, 1. 1, p. 85, etc.). Voir sur ces divers objets notre chapitre xvn, Orfèvrerie.
Pense-t-on que la conservation pendant longues années d’objets de cette importance et de valeur réalisable, soit le fait d’un peuple resté barbare et étranger au sentiment des arts?
1 D’autres écrivains disent qu’ Ataulphe se dirigea vers l’Espagne pour échapper aux attaques de Constance, général romain, qu’Honorius donna plus tard pour époux à sa veuve.
2 L’Espagne , où les traces de l’invasion des Barbares sous Galien étaient depuis longtemps effacées , avait conservé tous ses élémens de prospérité. Le commerce , les sciences et les arts étaient en grand honneur dans ce pays excentrique, lorsque Constantin III y porta la perturbation, tout en cherchant à le garantir de l’attaque des Barbares. Ses troupes placées dans les défdés des Pyrénées s’unirent aux Vandales, Suèves, Alains, etc. , pour faire leur proie de cette riche contrée, où les Romains furent complètement défaits en 422 (voy. Salvien , I. vu , p. 165).
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poète toulousain ,• mais ce qui est moins contestable, comme preuve de la participation de la Gaule à ce repos , c’est la paisible réunion à Arles, en 418, par ordre d’Honorius, de rassemblée des sept provinces, et comme témoignage de la reprise, à Rome , des ancienne^ habitudes d’art, l’érection dans le forum de Trajan, en 4a 1 (Gruter, p. 449» '])■> de la statue de Pétrone Maxime, alors préfet de cette ville, plus tard empereur4 ", et l’envoi à Constantinople des images de Constance, qu'Honorius avait associé à l’empire, et de Placidie devenue son épouse et alors décorée du titre d’Auguste , images que Théodose II refusa de recevoir, 11e voulant pas admettre un simple général pour collègue, ni reconnaître dans sa propre tante le caractère impérial souillé par son mariage avec le roi des Goths.
A en juger par les soins que sc donna Honorius pour apaiser le schisme existant entre Eulale et le pape 2 Roniface, qui fut enfin reconnu pour le légitime et très digne évêque de Rome (Tillemont, t. V, p. 64 2), par les ordresdu mêmeprince, pour effacer jusqu’aux dernières traces de la superstition 3 , et par l’extension du droit d’asile dans les églises dont l’exercice sous les Goths avait sauvé ce qui restait de Rome 4, extension fondée sur le désir dé tempérer la justice par V humanité, on ne peut douter qu’alors le christianisme
» On retrouve encore en 435 cet usage qui se continua au moins jusqu’au complet anéantissement de la splendeur de la ville des Césars sous Ricimer.
a Le nom de pape ne fut donné comme titre absolu au chef de l’Église qu’en 1073 ; jusque-là on l’employait, comme fait Sidoine-Apollinaire dans ses lettres à l’évêque d’Arles et autres , en parlant à un évêque, dans sa signification réelle de père.
3 Photius parle (c. lxxx , p. 1S1) dune statue enchantée, sorte de palladium delà Sicile, qu’Honorius fit détruire, et Prosper ( de Provident., 1. ni, c. xxxvm , p. 151 ), de la démolition, sous le même règne, d’un temple célèbre de Carthage nommé la Céleste , qui était déjà transformé en église, mais qu’une superstition populaire désignait comme réservé à servir de nouveau de sanctuaire au paganisme.
4 Ce droit qu’Arcadius avait aboli en Orient, en 390, à la sollicitation d’Eutrope, irrité de voir le sanctuaire lui dérober des victimes „ avait été de nouveau consacré pour l’Occident par une loi d’Honorius du 23 mars 414 ( cod. J. I , t. XII , 1. 11 , p. 107). Une constitution donnée à Ravcnne le 21 novembre 418, l’étendit encore par l’octroi d’un parcours de 50 pas autour de l’enceinte de l’église, ce qui , à raison des énormes constructions de l’atrium, des portiques et autres dépendances de chaque basilique, laissait un espace assez étendu, comme sauvegarde, à ces hôtes accidentels des églises. Nous suivrons l’effet de la même législation dans le moyen âge, et nous y puiserons quelques eufieux épisodes.
l’art chrétiex.
qui, selon l’expression de M. Guizot , n’était [plus seulement une religion, mais une église r, ne fût devenu à Rome ce que nous appellerions la religion de l’état, et que par conséquent l’art chrétien ne fût le seul qui reçût pour les travaux publics les encouragemens du prince et des magistrats -, mais la splendeur de son règne à cette époque , prouvée par l’achèvement de la basilique de St-Paul et par les beaux travaux que nous avons cités en parlant des églises construites à Ravenne par Placidie, ne fit que briller et s’éteindre, et l’on vit, comme après Constantin, l’impéritie des fils et successeurs d’un grand homme démanteler l’édifice de sa gloire et en précipiter la chute dont les débris couvriront bientôt tout l’empire.
Tandis qu’Honorius subissait en Occident toutes les amertumes d’un règne de trente ans signalé par tant de désastres, Arcadius, son frère , nourri cependant des premiers enseignemens de sa mère, sainte Flaxille, qu’il perdit àl’âge de huit ans (385), et formé par les leçons d’un père qui l’avait déjà proclamé Auguste , 11e justifiait que trop aussi nos remarques sur les princes élevés dans la pourpre. Aussi frêle de corps que flasque d’âme, le disciple de Thémistius, l’élève de saint Arsène n’est resté célèbre dans l’histoire que par son habileté dansl’art d’écnVe1 2 qu’il pratiquait sans cesse (Zosime, p. 780)-, et quoique selon Zonare (p. 5a) il eût , dès l’âge de treize ans, élevé une statue d’argent à son père , on ne voit pas que ce noble penchant ait fructifié chez ce prince , assez du moins 3 pour laisser sous ce
1 « A la fin du IVe et au commencement du Ve siècle , » dit ce grand écrivain ( Cours d’ Histoire moderne , p. 22) « le christianisme n’était plus une croyance individuelle; » c’était une institution ;• il s’était constitué, il avait son gouvernement, un corps du clergé, 3> une hiérarchie déterminée pour les différentes fonctions du clergé, des revenus, des )) moyens d’action indépendans, les points de ralliement qui peuvent convenir à une 33 grande société, des conciles provinciaux, nationaux, généraux, l’habitude de traiter en 33 commun les affaires de la société ; en un mot , à cette époque, le christianisme n’était 33 pas seulement une religion, c’était une église. »
Or, on conçoit que cette église ait eu dès lors aussi son art spécial , ses règles fixes pour sa culture , et qu’il ait été surtout interdit aux artistes dont elle était devenue la providence matérielle, depuis la destruction de l’aristocratie païenne, de s’inspirer dans leurs œuvres des combinaisons toutes sensuelles de polythéisme.
2 Ce fut sans doute à ses leçons que son fils, Théodose IF , dut d’exceller dans l’art de reproduire les livres de dévotion et de mériter le surnom de Calligraphe, bien glorieux pour un empereur, en temps de trouble surtout.
3 Grâce surtout à l'impératrice Eudoxie et à la vanité de Rufin et d’Eutrope, les arts
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rapport une trace lumineuse qui puisse absorber quelques unes des taches imprimées à son règne par sa soumission servile aux volontés du gascon Rufin 1 et par son abaissement au-dessous de l’eunuque
restèrent encore en honneur en Orient sous le règne d’Arcadius, qui fit bâtir, la neuvième année de son règne, la ville d’Arcadiople en Thrace (Théophane , p. G6). Leur état prospère se déduirait même, non-seulement des remarques de AVinckelman (§ 19, c. vin, 1. vi) sur la colonne élevée en l’honneur de ce prince, et dont Gentil-Bellin, mandé à Constantinople par Mahomet II, dessina les bas-reliefs remarquables, mais encore des deux premières planches données par Bandurius (lmp. orient., t. II, p. 508), où l'on voit deux édifices de thermes dits d'Arcadius et d’Eudoxie, couverts dans leurs entrecolonnemens de statues grecques placées dans des niches. Quant à la colonne décrite par Gilly (1. iv , c. vu, p. 300), et que surmontait la statue d’Arcadius dans le quartier appelé Xcrolophe, on ne fait remonter son érection qu’à 421, ce qui étendrait ces mêmes usages de colonnes votives au règne de Théodose II.
' Pour qui voudrait procéder par voie épigrammatique , l’occasion serait belle de rechercher dans le portrait de ce ministre, né dans un de nos villages de Gascogne, et parvenu d’un rang obscur à celui de dominateur de l’Orient, le type de tant d’illustrations successives parties du même point, et de montrer jusqu’où remonte la fécondité, déjà traditionnelle alors , de ce sol privilégié , de cette pépinière à grands hommes dont l’exploitation , plus circonscrite sans doute aujourd’hui , pourvoit du moins si abondamment à tous les besoins de la France, en fait de capacités universelles.
Elusa (ou Eause), où Rufin vit le jour, quoiqu’alors métropole de la Novempopulanie , offrait, comme on le remarque encore aujourd’hui, des villes même les plus importantes de cette province , un théâtre trop étroit à l’ambition de ce génie ardent à se produire , et qui, doué d’une perception vive, d’une élocution facile (Philostorge, 1. ix, c. nr, Dissert, de Godefroy, p. 440), tourna les yeux vers l’Orient pour y chercher une carrière digne de lui. Les Aquitaines faisant alors partie de l’Espagne, il dut se prévaloir près du grand Théodose du titre de compatriote et capta sa confiance par des succès au barreau , premier acheminement dès lors aux plus hauts emplois de la politique. Grand maître du palais en 390 , consul en 392 , il vit encore sa carrière s’agrandir par la mort de son bienfaiteur près duquel il exerçait déjà, dit-on , une funeste influence, surtout lors du massacre de Thessalonique ; ce grand prince , dit Suidas , ne le jugeant que par l’activité qu’il apportait à son service, et imputant sans doute aux écarts d’un zèle trop ardent ce que l’histoire nous montre n’avoir été que le produit d’une fatale outrecuidance. Quelle proie pour ce fanfaron avide et cruel qu’un empire à gouverner sous le nom d’un prince aussi faible qu’Arcadius ! Aussi Zosime nous donne-t-il à la fois (1. iv, p. 272 et 273) une preuve des sentimens qu’inspiraient ses mesures aux officiers mêmes de l’empire, et de sa toute-puissance, en lui imputant la mort d’un général (Promotus) qui, irrité de sa tyrannie, s'était oublié jusqu’à le frapper au milieu du conseil.
Quoique pour ajouter à la confiance de Théodose , Rufin eût arboré publiquement l’étendard chrétien, en construisant à Calcédoine et près de son palais , une église où il reçut le baptême en 394, les écrivains de cette religion , saint Jérôme, Orose, saint Ambroise, Philostorge, etc., ne s’accordent pas moins avec le païen Claudien, panégyriste de Stilicon et par conséquent ennemi juré de Ilulin, pour accuser son avarice et sa cruauté
Eulrope 1 , ce prince poursuivit l exécution des édits de son père sur la destruction des temples; mais l’ordre qu’il donna ( Code Thcod. 111, t. XIV, 1. ni, p. 187) d’en affecter les matériaux à la réparation
bien prouvées d’ailleurs, ne fût-ce que par la prise de possession de l’héritage sanglant du préfet d’Orient Tatien, condamné par une commission qu’il présidait ; mais le plus grave de tous ses crimes fut sans doute l’horrible mesure par laquelle il ouvrit l’Orient aux Huns et la Grèce à Alaric pour poser une barrière entre lui et Stilicon, et aussi , dit-on , pour déjouer les projets d’Eutrope, déjà triomphant par le choix qu’Arcadius avait fait d’Eudoxie, à l’exclusion de la fille de Rufin. Le ciel ne permit pas du moins que cet ambitieux recueillit le fruit de ce calcul atroce, une conspiration intérieure et le glaive de Gainas, officier de l’empire, l’ayant fait tomber mort aux pieds d’Arcadius, au moment même où il pressait ce prince de l’accepter pour collègue ( Claudien in Ruf., pag. 29 ).
Si nos longues et sanglantes discordes ne nous avaient montré à quoi tiennent les excès du peuple, nous citerions comme témoignage de la haine qu’on portait à Rufin, ce que racontent les historiens, que sa tête portée sur une pique et sa main droite furent promenées dans Constantinople, comme dernier souvenir des tributs réclamés par ce tyran avaricieux.
Dans une semblable vie, nous ne compterons pour rien quelques tributs payés aux arts, d’autant qu’ils durent être toujours les fruits de l’orgueil ou du calcul , comme l’édifice somptueux que Rufin fit ériger à Antioche, pour apaiser, dit Zosime (p. 781), la population de cette ville, irritée de la sentence inique portée par ce tyran lui-même contre le préfet d’Orient.
1 Sorti des rangs les plus obscurs et voué dès son enfance aux bas emplois que lui réservait sa condition d’esclave mutilé, Eutrope offre un de ces témoignages que nous avons déjà cités, pour établir, avec Bayle, que de grandes facultés psycologiques peuvent surnager dans le naufrage de certaines autres plus matérielles. Il lui suffit de parvenir, de grade en grade, à celui d’eunuque du palais , pour se trouver en mesure de lutter victorieusement contre Rufin, qui voulait, comme fit Stilicon , placer sa fille sur le trône, projet déjoué, grâce aux menées d’Eutrope, par le choix que fit Arcadius de sa protégée Eudoxie, si célèbre par les traces quelle laissa, dans l’Orient, de sa piété et de son humeur altière. Ce succès, qui valut à Eutrope le titre de grand chambellan (Suidas, p. 1099), lui acquit bientôt après la survivance de la pleine autorité de Rufin, transmission funeste qui fit presque regretter le règne de ce ministre infâme et traître à l’empire. L’humiliation du peuple ajoutait encore à son désespoir, comme la bassesse du tyran rendait ses crimes plus odieux. Claudien nous peint (in Eutrop., 1. I, p. 99), l’effet que firent les menaces de ce ministre sur les Goths, devenus plus fier%par l’idée de l’extrémité à laquelle se trouvait réduit un empire qui prenait un eunuque pour général, et le sentiment d’indignation de la capitale à l’aspect du triomphe sans cause de cet être disgracié; et le même écrivain ( de Stilic., p. 130), nous fait un énergique tableau d'un autre triomphe obtenu par ce misérable, lorsqu’il obtint que le sénat de Constantinople déclarât ennemi public le brave et infatigable Stilicon ; mais Eutrope, comme Rufin, vit sa fortune se briser alors qu’elle brillait du plus grand éclat. Pourvu (en 399) du titre de patricc et de père de l’empereur avec les honneurs du consulat pour l’année suivante, la foudre des vengeances célestes et publiques éclata sur sa tête au moment même où
l’art chrétien.
des chemins , ponts et murailles 1 , prouverait seul combien on fut sobre d’exploitations monumentales sous son règne , ces grands travaux nécessitant l’ouverture de carrières dont les défects auraient suffi à ces réparations urgentes.
Si l’on eh croit Zosime (1. Y, p. 799) , Areadius ne profita guère des leçons itératives que lui offrirent la conduite et le châtiment des deux vrais ennemis publics , dont sa faiblesse l’avait rendu complice ; car à la mort d’Eutrope le despotisme et le brigandage n’auraient pour ainsi dire fait que changer de sexe : Eudoxie 2 , qui dominait
l’on promenait ses images dans l’Orient. En butte à ce même Gainas, auquel il devait la succession de Rufin, abandonné par Eudoxie que , dans son fol orgueil, il avait menacée d’expulser du trône qu’elle lui devait sans doute, mais que son ascendant sur son époux suffisait pour lui conserver, il vit tout à coup son étoile pâlir et s’éteindre pour Areadius, qui trouva dans cette occurrence une de ces velléités d’énergie dont les âmes les plus faibles éprouvent quelquefois l’accès. Un mot de l’empereur dépouilla Eutrope du prestige dont l’environnaient ses honneurs. Trahi par ses créatures mêmes et en horreur au peuple si docile aux impressions de la disgrâce, le ministre dont la soif de vengeance avait aboli l’asile de l’église, fut réduit à y chercher un refuge où le maintint quelque temps le dévoûment de saint Chrysostôme, qui paya de sa liberté le succès de ses efforts en faveur de l’ennemi d’une femme puissante. Quittant plus tard son exil pour fuir dans l’île de Chypre, Eutrope y subit la peine de ses crimes, et sa déplorable fin a fourni à Tillemont, historien habituellement si grave, le concetti suivant que nous citons comme exemple des écarts dont les meilleurs esprits ne se garantissent pas toujours : « Après avoir eu peur » des verges dont on fouette les esclaves, Eutrope, dit-il, avait eu l’ambition de faire » porter devant lui celles qui accompagnent les consuls, et il éprouva le tranchant de la » hache que ces verges environnent. »
On trouve dans le Code Théodosien ( t. II, liv. xvn, p. 312), la loi qui prescrit d’enlever les images et les statues d’Eutrope des lieux où elles étaient exposées. C’est avec l’indication de la construction d’un palais à son usage et d’une église y attenante , la seule trace que nous ayons trouvée de la culture des arts sous son influence , toute puissante pour le mal, mais stérile d’ailleurs. Remarquons au surplus qu’à sa mort il s’était écoulé à peine cinq années depuis celle de Théodose , ce qui, joint aux graves dangers que Rufin attira sur l’empire, expliquerait pourquoi ces deux puissans ministres auraient négligé de se créer quelques titres de gloire, en consacrant à ce noble emploi quelques uns des produits de leurs extorsions.
1 Ces prescriptions législatives pour l’emploi des matériaux des temples païens s’appliquèrent sans doute également à l’Occident, ainsi que le témoignent spécialement les curieux murs d’enceinte de la ville de Sens , déjà cités comme le plus riche spécimen que nous connaissions de cette transformation d’un somptueux édifice en œuvre de maçonnerie.
2 Eudoxie était fille de Danton , général romain, mais Franc de naissance , que Gratien envoya à Théodose , en 380 , pour combattre les Goths , et que Valentinien H fit consul en 385 ; mais si l’origine française de cette impératrice recommandable à quelques li~
l’art chrétien.
le prince de loin l’ascendant qu’une femme habile, énergique et passionnée (ibid., p. 800, 802) exerce sur un être faible lié à son sort par d’indissolubles nœuds, présidait, disent encore Zosime (p. 800) et Pallade (Dial, de vit. Chrysost., p. 35), un conseil de mégères 1 où se débattaient les intérêts de l’empire et surtout ceux puisés dans les confiscations qu’ordonnaient à leur. profit ces matrones trop bien servies à cet égard par les délations des eunuques que l’exemple et l’influence d’Eutrope avaient replacés sur la ligne politique qu’ils occupaient sous Constance.
Cependant le redoutable Gainas, arbitre pour ainsi dire du sort de l’empire , comme instrument successif de la mort de Rufin et d’Eutrope , montrait aussi que l’ambition personnelle avait été son seul véhicule , en s’alliant avec le Goth Eribigilde pour menacer la capitale et pour arracher au prince les plus lâches concessions , l’exil des plus fermes appuis du trône % et une sorte de rançon plus fatale encore à l’art chrétien que ne fut le premier sac de Rome , la basilique des saints apôtres ayant été dépouillée , pour y pourvoir , de ees trésors d’orfèvrerie sacrée (Tillemont, t. V, p. 461 et y83) que vers cette époque Alaric lui-même faisait replacer avec pompe dans le sanctuaire ; encore ce riche butin ne put-il assouvir la cupidité de Gainas, qui médita plus tard le pillage de la ville sauvée par le désespoir de ses habitans.
Au milieu de ces déchi remens intérieurs et de ces menaces du dehors qui étendaient à la capitale de l’empire d’Orient les désastres dont Rome tomba presqu’en même temps victime, l’ambitieuse
très nous imposait trop de réserve, l’inflexible histoire serait là pour blâmer les écarts de notre patriotisme.
1 Pallade nomme surtout trois veuves très riches : Mar sa (veuve de ce général Promotus , sur lequel Rufin vengea une offense personnelle) ; Castricie , veuve de Saturnin , et Eugraphie , comme ayant usé d’une influence bien funeste à l’empire et surtout au christianisme, lors de la persécution suscitée à saint Chrysostôme, coupable à leurs yeux, comme à ceux de l’ancienne créature Euirope , d’avoir embrassé la cause du malheur et plaidé pour leur ennemi.
2 Ce fut encore, grâce à l’éloquente intervention de saint Chrysostôme (Crysost., t. V , Ilom. lxxii, p. 805) , que les plus fidèles serviteurs du prince, les sénateurs Aurélien, Saturnin et Jean , que Gainas et son allié avaient exigé qu’on leur livrât, pour démanteler plus facilement l’édifice dont ils étaient l’appui , durent de voir la mort qui les menaçait convertie en exil.
l’art CHRÉTIEN,
MO
Eudoxie, fière du titre d’Auguste arraché par ses importunités, faisait promener ses statues dans les provinces , pour les livrer à la vénération des peuples , usage consacré par les empereurs seulement 1 , et dont Honorius blâma hautement à cette occasion meme, l’extension insolite (Baronius , 4°4> 5 7 5). Désireuse aussi de signaler dans tout l’empire le surcroît de puissance qu’elle tirait de la naissance d’un fds (Théodose II) , elle voulut que ce fût de son berceau 2 que partît l’ordre, jusque-là suspendu, de brûler les huit temples païens de Gaza et celui plus célèbre encore de Marnas, sur les débris duquel elle fit élever, comme complément de son vœu (Bolland, 26 février, p. 65 1 , 65 2), une église qui porta son nom et dont elle fit les frais et fournit les dessins et les marbres (ibid. , p. 53 , y 5, 84) 3. En nous attachant à ce fait et à ce qu’assurent les historiens que celte église était la plus grande de cette époque , nous voyons avec plaisir l’œuvre d’une compatriote dans une des manifestations les plus signalées de l'art chrétien , dans un édifice qui sans doute servit de type aux basiliques de Placidie comme à celles dont un autre Edoxie, (Athcnaïs, femme de Théodose II et bru de l'impératrice ), dota Jérusalem, ce berceau du christianisme rendu par cette princesse à l’éclat religieux qu’il dut d’abord aux fondations de sainte Hélène b
1 Ces statues ambulantes étaient indépendantes de celles affectées à la décoration des places et édifices , lesquelles , sans doute depuis surtout la profanation d’Antioche, étaient considérées comme tellement inviolables qu’il fallût qu’une loi du 27 juin 400 (Code Théodos., xv , t. I , liv. xliv , p. 317) , autorisât leur déplacement temporaire, en cas de réparation des lieux ou monumens quelles ornaient.
2 Eudoxie usa à ce sujet d’une jonglerie peu digne de la gravité de la mesure et de la sainteté du but. N’ayant pu jusque-là obtenir pour la destruction de ces temples l’ordre de l’empereur qu’arrêtaient de hautes considérations politiques , mais pressée de correspondre aux vues de saint Porphyre qui , dans son zèle pieux , avait promis à l’impératrice qu’un fils , gage précieux de l’affermissement de son pouvoir , serait le prix de cette condescendance aux volontés du ciel , elle fit un vœu qu’elle trouva moyen d’exécuter en disposant la scène baptismale de telle sorte qu’à la sortie de l’église, cet évêque de Gaza ayant présenté sa requête au jeune prince âgé de sept jours, l’officier qui portait l’enfant, gagné par les conjurés, fit mouvoir sa tête en signe d’assentiment , et annonça hautement que Sa Majesté faisait droit à la demande , décision que le faible Iîonorius, présent à la solennité, n’osa pas démentir.
3 On attribue à la même princesse la construction d'un palais et de thermes qui portaient son nom (Du Cange , de Cons. , 1. a, p. 93 et 142). Elle eut son tombeau de porphyre dans l’église des Saints-Apôtres (idem, 1. iv, p. 110).
4 Si , comme on peut le croire , la fureur des juifs et des païens, autorisés par l’exem-
l’arx chrétien.
A ous nous gardons bien, comme on Ta vu, d’étendre cette revendication de nationalité à tous les actes de cette princesse , mais nous ferons remarquer que l’un de ceux que les écrivains chrétiens lui imputent plus spécialement à crime, la persécution et l’exil de saint Chrysostôme, prit sa source dans une autre pensée d’art. Eudoxie avait fait placer sa statue d’argent, sur une colonne de porphyre, à la porte du sénat et dans le voisinage de la basilique que desservait le saint patriarche : le scandale qu’occasionnait la célébration des jeux profanes dont cette statue était l’occasion, irrita l’évêque, qui les interdit et paya par l’exil cette itérative offense aux volontés absolues de cette impérieuse princesse, dont la mort presqu’immédiate fut considérée comme une juste punition de l’atteinte portée à l’indépendance de l’Eglise et au caractère d’inviolabilité d’un de ses plus dignes chefs.
Une terrible calamitç vint ensuite (en 4o6) compléter l’assimilation d’infortune de la ville de Constantin avec l’ancienne capitale des Césars; car tandis qu’Alaric et ses Goths préludaient par des ravages étendus de la Grèce à l’Ombric, au pillage et à l’incendie de Borne , le palais impérial de Byzance, riche dépositaire de ces trésors d'art de la Grèce auxquels Constantin avait ouvert ce refuge, s’écroulait embràsé, détruisant dans sa chute jusqu’aux moindres vestiges de ces chefs-d'œuvre peu appréciés sans doute sous un prince comme Arcadius et sous l’influence bigote de sa cour: c’est du moins ce que doit faire supposer le silence gardé sur les détails de ce désastre par les écrivains contemporains *, qui se bornent à cons-
ple et par le manifeste de Julien , s’était exercée sur les édifices chrétiens élevés par sainte Hélène dans la ville sainte, de préférence même à tous autres, on pourrait peut-être faire remonter à cette Eudoxie ce qui reste encore à Bethléem en fait de constructions religieuses des premiers siècles , signalées par M. de Châteaubriant dans son Itinéraire.
i Nous avons déjà dit que Zosime place cet incendie du palais impérial en 404 , deux ans avant l’époque que lui assigne la chronique d'Alexandrie , et que ce palais n’avait rien de commun avec celui dit Lausiacus , où , par une sage prévoyance devenue malheureusement inutile plus tard , le grand Théodose avait placé les idoles célèbres comme art , qu'à l’exemple de Constantin , il s’était borné à soustraire aux hommages des païens en les dépouillant du prestige qu’ elles tiraient des localités affectées à leur culte. De toutes les statues du palais impérial, dit Carlo-Féa, deux seules furent épargnées comme se trouvant placées en dehors des constructions: c’était le Jupiter de Dodone et la Minerve de Linde, faite par Dipoene et Scillis, qu’on voyait encore au XIe siècle à Constantinople (Note sur Winckclman , I. vi , c. vui , § 24).
l’a RT CHRÉTIEN.
2ôl
tater 1 événement ( Chronique d’Alexandrie , p. 714)? sans insister autrement sur l’immensité de la perte , et sans que rien indique que des efforts qui auraient pu porter encore quelques fruits , aient été tentés pour la réparer. On voit seulement par diverses lois de cette époque ( Code Théod. chr., p. i4ç), i5o et iô, t. I, 1. 45, p. 3 18), que l’édifice incendié dut être reconstruit , avec quelques précautions propres ale garantir d’une nouvelle ruine aussi complète, telle que l’isolement de chaque bâtiment à la distance de i5 pieds, la substitution d’escaliers de pierre à ceux en bois, etc.
Qu importait dès lors la perte de quelques statues au prix de l’z'ravention de quelques reliques , monumens qui vinrent , à cette époque , substituer leur intérêt purement spéculatif à celui que trouvaient les anciennes populations dans la possession d’un nouveau chef-d œuvre d’art? Pense-t-on, par exemple, que la découverte des plus riches trésors de la sculpture antique eût produit alors en Orient la millième partie de l’effet qu’y excita la translation des restes du prophète Samuel 1 qu’Arcadius fit venir de Palestine, et
On explique bien le silence des écrivains chrétiens par la préoccupation religieuse qui les dominait. Voudrait-on , par exemple, que saint Jérôme , alors retiré à Bethléem, ou saint Chysostôme , encore en exil , et dont l’influence avait privé Damas et la Phénicie de temples et d'idoles (Théodoret, 1. v, c. xxix, p. 742), s’appitoyassent sur la perte des muses de l’Hélicon , etc.?.. Ces illustres champions de la foi, tout en s’occupant des événemens contemporains , comme fait saint Jérôme en parlant des ravages de la Grèce (let. CO à Iléliodore, oper., t. T, col. 343, num. 16), en peignant le Capitole délaisse' ainsi qu’un lieu sale : «squalet Capitolium » (contr. Jovian, lib. 11, oper. t. II, col. 384), ne voyaient dans ces grandes transformations que l’accomplissement des décrets du ciel, sans s’occuper des intérêts secondaires que ces catastrophes pouvaient froisser : loin de là, la mission de ces saints évêques d'Orient , entièrement occupés , comme saint Ambroise et saint Augustin , à ouvrir de nouvelles voies à la pensée humaine , s’accomplissait d’autant mieux par l’anéantissement de ces vils intérêts matériels en honneur chez les païens ; et c’eût été déchoir à leurs propres yeux que de paraître attacher quelque prix à des configurations vouées aux foudres de l’Église. La seule leçon qu’ils purent tirer de ces désordres fut celle qu’Orose et Salvien puisèrent dans les calamités de l'Italie et de la Gaule, présentées dans tous leurs écrits comme un juste châtiment de la colère céleste. C’était, en effet, un exemple fait pour opérer sur l’imagination des peuples, dans les dispositions où les plaçaient les circonstances de l’époque , que la destruction fortuite et spontanée du palais d’un empereur chrétien , rempli de simulacres des faux dieux ; mais là devaient se borner leurs supputations sur un pareil désastre assimilé sans doute à l’action prétendue de la foudre sur les statues païennes du forum de Trajan.
« Vers le même temps, les corps de saint André , de saint Luc et de saint Thimothée , dit saint Jérôme (t. 11 , p. 122), furent transférés avec une pompe analogue dans l’église des Saints-Apôtres.
dont saint Jérôme ( invig ., c. n, p. 122) nous peint le somptueux cortège, en nous montrant les populations tout entières volant, ivres de joie , et de manière à ne former qu’une suite continue pendant tout le trajet , à la rencontre et à la suite des évêques qui portaient les cendres du prophète enfermées dans l’or et la soie (il aussi la Chronique d’ Alexandrie , p. 714) , et l’empereur, les préfets et tout le sénat allant se placer à la tête de cette marche processionnelle pour son entrée à Constantinople ? Aussi présenterons-nous cette pompeuse solennité comme constituant une des phases les plus remarquables de l’art chrétien, en ce que le culte des reliques déjà pratiqué dans les cryptes romaines, et en Orient , dans les églises substituées aux temples de Sérapis , de Canope, etc. r, prit alors seulement ce caractère public qu’il a conservé presque jusqu’à nos jours , et qui forma le principal aliment de l’art spécial dont nous traitons ici.
L’Occident , la Gaule même , ne tardèrent pas à participer à ces joies publiques, à ces solennités nouvelles2. Le clergé chrétien,
1 C’est à propos des martyrs honorés à Canope, que l’écrivain païen Eunape, parlant# dans la vie du philosophe Ædesius (chap. iv, p. 65) , des traces de plaies qu’offraient les corps de ces saints ( leurs images , selon Tillemont,t. V, p. 758), se livre à une véhémente indignation qui prouve la fureur du paganisme expirant et témoigne, par les qualifications de doctrine nouvelle, que le culte public des reliques remonte à peine à Théodose. Voici cette boutade impie telle que l’a translatée dans notre langue le traducteur de Gibbon : « Les moines sont les auteurs de la nouvelle doctrine qui a substitué les plus » misérables esclaves aux divinités conçues par l’imagination. Les têtes salées et marinées » de ces malfaiteurs qui ont été punis de leurs crimes par une mort ignominieuse , leurs » corps où l’on voit encore les traces des fouets et des tortures ordonnées par les magistrats; » tels sont les dieux que la terre produit de nos jours, tels sont les martyrs, les suprêmes » arbitres des prières et des vœux que nous adressons à la divinité et dont on respecte au- » jourd’hui les tombes comme des objets consacrés à la vénération des peuples. »
On pourrait peut-être aussi tirer induction de ce témoignage pour éclairer la grande question sur l’époque assez tardive, selon nous, delà décoration des catacombes. Eunape, en sa qualité d’historien (il avait écrit une histoire qui a servi de base à celle de Zosime) , ne pouvait ignorer les usages des divers peuples; et contemporain de Théodose et de ses fils, aurait-il attendu l’exemple des moines de Canope dont le temple ne fut renversé qu’en 389 , pour citer comme une doctrine nouvelle le culte des martyrs , si ce culte eût été pratiqué depuis très longtemps, même dans les catacombes de Piome ? Remarquons d’ailleurs que les expressions de saint Jérôme sur les souvenirs d’enfance que lui rappelaient ces cryptes, et que l’extase de Prudence, venu d’Espagne vers 407, pour vénérer et célébrer ces mêmes tombes, sembleraient prouver qu’il s’agissait de l’exploitation d’une mine nouvellement ouverte.
2 On lit dans la Chronologie du jésuite Gauthier (p. 381) : « L’année 439, fut envoyé à
l’art chrétien.
affranchi de tons ménagemens pour le culte rival , ne se fil pas scrupule de s’enrichir de ses dépouilles , pour fixer par le prestige des pompes religieuses l'incertitude des populations encore flottantes qu’eût effrayées peut-être une transition trop brusque des brillantes cérémonies du polythéisme aux rites simples et sévères du christianisme primitif dont Pline fait à Trajan une peinture toute patriarchale. Né de ces circonstances et de ces besoins, notre faste religieux, père de l’art chrétien, constitua dès lors, selon l’expression de certains écrivains, une sorte d 'idolâtrie : « Yertitis idolos in martyros, etc. » , et opéra des prodiges de séduction dont les apôtres de la réforme lui firent un crime onze siècles plus tard. Yoici ce que dit à ce sujet un des écrivains les plus marquans de cette religion : « Si, » au commencement du Ve siècle, Tertullien ou Lac tance fussent » sortis du sein des morts pour assister à la fête d’un saint ou d’un » martyr, ils auraient contemplé avec autant de surprise que d’in- » dignation le spectacle profane qui avait succédé au culte pur et » simple' d’une congrégation chrétienne. Dès que les portes de » l’église se seraient ouvertes , leur odorat aurait été offensé par le » parfum de l’encens et des fleurs , et ils auraient sans doute re- )> gardé comme sacrilège la clarté inutile et ridicule que les lampes » et les cierges ^répandaient en plein midi. On ne pouvait plus » arriver à la balustrade de l’autel qu’à travers une foule prosternée » et composée en grande partie d’étrangers et de pèlerins, qui ac- » couraient la veille des fêtes . . . . , qui imprimaient dévotement » des baisers sur les murs et sur le pavé de l’église , qui adressaient » leurs prières ferventes, quel que fût le service divin, aux os, au » sang ou aux cendres du saint couvert d’un voile de soie, etc., etc., » (Gibbon, chap. xxvm,t. VII, p. 71.) »
A propos de cette esquisse tracée par un crayon schismatique et
» Besançon le saint suaire de nostre Seigneur, par l'empereur Théodose II , désireux d'ac- » complirle vœu de son oncle et prédécesseur Ilonorius, plein de zèle envers l’église et cité » dudit Besançon, lors gouvernée par Galla, cousine du mesme empereur, envoyé, dy-je, 3> ensemble avec le bras de saint Estienne et autres reliques, au devant desquels thrésors » l’archevesque Celidonius et la princesse Galla allèrent en procession, où sc trouvèrent » plusieurs évesques miraculeusement advertis et furent vous divers miracles, comme de- » puis beaucoup d’autres s’en sont suivis (Mannsc. veter. Eccles. Vesont.), » Yoy. Baronius, ann. 439.
l’art chrétien.
qui aurait présenté un contraste bien autre encore si Gibbon eût fait apparaître les premiers pères de l'Eglise quelques siècles plus tard , alors que la sculpture et la peinture multipliaient sur toutes les parois des églises les images de ces nouvelles idoles, nous nous permettons d’observer que le savant historien fait partir à tort du Ve siècle certaines habitudes de luxe telles que les lampes, candélabres, etc., dont nous avons prouvé que Constantin dota largement ses basiliques , et que l'indignation et surtout la surprise de Lactcince ne sont rien moins que supposables , ce chrétien , quelque rigide qu’il fût , ayant dû, comme précepteur de Crispus , fds de Constantin , avoir l’avant-goût de ces magnificences -, mais il ne demeure pas moins constant que l’art chrétien, borné jusqu’au Ve siècle à la construction de quelques basiliques , à l’alimentation de leurs trésors d’orfèvrerie et à la décoration des sarcophages et des cryptes funéraires, fit alors un pas immense, et se produisit sous un aspect bien plus pompeux encore. De la consécration publique, et solennelle du culte des reliques, qui, par suite de la recherche des corps saints et des restes présumés T des martyrs, fut l’occasion de cérémonies fréquentes, naquit d’abord le besoin de multiplier les églises pour le dépôt spécial de ces dépouilles vénérées, comme fit Jovin à Reims pour celles de saint Agricola , puis l’occasiofi de varier l’ornementation des nouvelles basiliques dès lors étincelantes d’or et de soie , et revêtues jusqu’à surcharge de ces brillantes configurations en mosaïque, dont fournissaient les sujets les légendes apocryphes 1 2
1 On cite à ce sujet beaucoup d’erreurs involontaires, d’hommages immérités. Sulpice Sévère parle même du soin que prit saint Martin dé Tours de détromper le peuple d’une de nos provinces en lui prouvant que le prétendu saint dont il honorait la tombe n’avait été qu’un fieffé larron.
2 Un recueil périodique, l’Université Catholique „ a publié récemment , sous le titre général de Cycle des Apocryphes , plusieurs articles qui jettent un grand jour sur la nature et la provenance de ces premières épopées du christianisme, qui firent , à diverses reprises, la matière de savantes dissertations. Sans faire invasion ici dans ce riche domaine que nous aurons maintes occasions d’exploiter plus tard lors de la description de nos planches, donnons, si c’est possible, en peu de mots, l’idée de ce qu’on doit entendre par le mot de légendes apocryphes, appliqué aux poèmes qui défraient depuis quatorze siècles, en matière religieuse, la plupart des inspirations de nos artistes.
M. Douhaire , qui résume dans son Cycle tout ce qui a trait à ces sortes de rapsodes distingue avec raison, dans les traditions légendaires des premiers siècles, la poésie populaire chrétienne décollés qu’il nomme sacerdotale et monastique. L’imagination populaire
r/ ART CHRÉTIEN.
ou non, qui surgissaient en meme temps île toutes parts sur la vie du Christ , de la Vierge, des saints, et meme comme on le voit dans le vœu de Placidie à Pmvenne, les épisodes de la vie des fondateurs de ces nouveaux temples chrétiens.
perce en effet bien plus que le calcul sacerdotal dans ces compositions de premier jet, empreintes d’une couleur locale qu’on ne surappose pas et où le merveilleux se confond avec la tradition pure, et les écarts les plus fantastiques avec la peinture naïve des mœurs de ces époques de foi aveugle.
Il était dans la nature toute mystique du christianisme comme dans les habitudes des populations où se développèrent si rapidement ses premiers germes, qu’une poésie spéciale se formât en même temps que cette religion sublime par sa simplicité même et d’un effet moins prestigieux peut-être parles prodiges qu’elle opérait que parla rapidité de son action sur des peuples prédisposés à cette influence poétique, par les rêveries mythologiques dont ils avaient été bercés.
Quoi de plus naturel qu’en propageant leurs propres impressions, les témoins ou contemporains des scènes inexplicables dont l’Orient venait d’être le théâtre, les aient enrichies de suppositions épisodiques, d’ornemens fabuleux propres à justifier leurs propres conversions, et que ces récits, transmis débouché en bouche, contés au foyer domestique , récités dans les marches, répétés sous les tentes, aient fini par former les élémens traditionnels du grand poème chrétien que les chefs de cette religion évitèrent de purger de ses fictions pour ne pas en amoindrir Y effet aux yeux des néophytes et dans la crainte sans doute d’enlever la couleur avec la tache P Leurs soins paraissent en effet s’être bornés à rejeter de ces traditions les erreurs dangereuses que les hérésiarques des premiers siècles y avaient mêlées à dessein, dans l’intérêt de leurs systèmes et des fausses doctrines qu’ils professaient déjà ; et c’est réduites à leur expression poétique et purifiées seulement du venin schismatique, que nous ont été transmises les quatorze légendes principales à la découverte et à la discussion desquelles Fabricius et Thilo ont consacré tant de soins.
Ainsi ont survécu jusqu’à nos jours, sous le nom générique d 'Evangiles et sous celui plus spécial, de crainte de confusion , de Légendes apocryphes, ces chants précieux, expression incontestable de traditions primordiales souvent fictives, mais d’autant plus propices alors aux inspirations littéraires et graphiques de l’art chrétien; car pour les poètes et les artistes, les narrations de ces légendes applicables à l’histoire sacrée et spécialement à la vie des personnages évangéliques ont presque toujours prévalu à raison de leur charme poétique, sur les récits des apôtres, ainsi que nous le démontrerons par l’explication de diverses planches et notamment pour le sujet de la mort de la Vierge , dont nous donnons plusieurs compositions des XIe et XIIe siècles, d’après des bas-reliefs d’ivoire et des miniatures (v. pl, xvi de la 2e série, etpl. xiv de la 8e série de l’Album), et dans lesquelles on verra , comme dans l’évangile de ce nom : « Les anges élancés dans les airs conduisant l’âme » (enmaillotée) de Marie aux pieds du trône de son Fils , » présent cependant à cette scène. Nous montrerons aussi par le rapport de plusieurs de ces fictions avec celles que l’archevêque de Gênes, Jacques de Yoragine, admet dans le curieux compendium auquel son éclatant succès valut le titre de Légende d’or (pour nous , dorée), combien ces traditions fantastiques étaient encore en honneur au XIIIe siècle, époque à partir de laquelle l’ouvrage de Yoragine , qui résuma les contes populaires applicables à la vie de tous les saints
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l’art chrétien.
A cet égard , sans trop anticiper sur ce qui nous reste à dire de l'état de 1 Orient après la mort d’Arcadius , et de l’agonie de l’empire d’Occident, préparée sous le règne de Valentinien III, par l'apparition d 'Attila, et précipitée par celles de Genseric et de Ri rimer , ajoutons , puisque l’occasion s’en offre , quelques détails à ceux donnés plus haut , sur les mosaïques de Ravenne et de Rome , pour bien établir quel fut l’essor nouveau que prit l’art chrétien , dès les premières années du Ve siècle , sur les principaux théâtres de nos recherches, l’Orient, l’Italie où se concentraient pour ainsi dire alors l’empire d’Occident et la Gaule , qui, presque émancipée de la domination romaine , organisait son indépendance au milieu des déchiremens produits par la convoitise et le culte de vingt nations barbares.
Cet essor fut le fruit d’un concours général auquel les chefs proprement dits de l’Église , les évêques de Rome, si influens sous ce rapport depuis le milieu du IXe siècle , ne participèrent guère que pour leur circonscription diocésaine -, et encore dans Rome meme leur autorité fut-elle jusqu’à cette époque à peu près réduite aux moyens de triompher de l’arianisme , et de soutenir une lutte courageuse contre les principes et les dévastations iconoclastes, tous leurs efforts pour exercer une puissance temporelle ayant très longtemps échoué contre les rivalités et les conflits de pouvoir des préfets de l’empereur, des rois goths , des exarques, et môme d’un sénat dont le pouvoir, pâle reflet de l’omnipotence patricienne, suf-
du calendrier et aux solennités de l’Église , devint l’encyclopédie légendaire , le véritable manuel où puisèrent sans scrupule, sous la garantie du saint archevêque, tous les imaigiers, enlumineurs, verriers, etc., des XIIIe, XIVe et XVe siècles.
Assez d’occasions s’offriront pour nous de prouver par la mise en action du texte même de ces légendes, combien l’on tint peu de compte de l’improbation dont les frappèrent des prélats austères , tels que Grégoire de Tours , qui dans son ouvrage de gloria martyrum , prend le soin d’avertir qu’il écartera les récits romanesques, pour que nous insistions ici sur le crédit dont jouirent trop longtemps leurs récits les plus fabuleux. Bornons-nous, pour bien préciser, à l’appui de nos remarques ci-dessus, l’époque à partir de laquelle elles commencèrent à exercer en Occident leur influence sur nos arts, à citer ce passage de la première leçon de M. Douhaire : « De la Judée, leur source première et leur foyer commun , » elles se répandent dans la Syrie , dans l’Arabie , dans tout l’Orient. De la langue liébraï- » que , elles passent dans la langue de l’Asie. La Grèce commence à les connaître. Elles » apparaisent dans l’Occident avec le Ve siècle ; ces fables y causent d’abord quelques » scandales, mais Unissent par dompter toutes les répugnances. »
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fisait à la tâche de paralyser le zèle artistique de ces successeurs du grand Silvestre, devenus impuissans, malgré le triomphe de l’Eglise, à continuer ou à reproduire , après deux siècles , l’action de ce pontife sur la marche de l’art chrétien.
C’est à des femmes , il faut le reconnaître, qu’appartient principalement la gloire de cette nouvelle impulsion , faible compensation, il est vrai , des effroyables calamités que leur pouvoir sans bornes sous des princes comme les fds et petits-fils de Théodose , attira sur tout l’empire.
Nous avons déjà parlé incidemment des grands encouragemens que l’art religieux dut à notre française Eudoxie , la première impératrice de ce nom, qui, en construisant, en 4* h la belle et vaste église de Gaza sur les ruines du temple de Marnas, détruit contre la volonté de son époux, entendit sans doute faire acte de suprématie conjugale 1 , ou plutôt expier des torts comme ceux qui firént à son sujet sortir le nom de Jésabel de la bouche d'or , principal organe alors de l’église d’Orient : nous avons cité aussi quelques-uns des travaux analogues dus à sa belle-sœur Galla Placidia , et même ceux par lesquels on suppose que, vers l’époque même de la construction de l’église de Gaza , elle préluda dans notre pays même, en élevant la Daurade de Toulouse, aux belles constructions religieuses de Ravenne , autres monumens expiatoires sans doute des fautes qui lui valurent son expulsion de Rome , et dont l’importance et l’éclat semblent prouver que cette princesse pourvoyait en même temps aux moyens de racheter ses torts ultérieurs. D’autres princesses encore firent vers les mêmes temps briller également leur nom dans les fastes de l’Eglise : à leur tête vient se placer l’épouse de Théodose II, Athenais , baptisée en 4^i sous le nom d ’Elia Eudoxia , que lui fit prendre Pulchérie , sœur de cet empereur -, et ce fut surtout dans les saints lieux que cette princesse exerça la noble passion des arts et des lettres qui la dominait sans motifs d’expiation , car , même l’exil de vingt ans quelle subit à Jérusalem % ne lui fut in-
* Selon Codin, Arcadius, entraîné sans doute par cet exemple, aurait construit à Constantinople une église Saint-Jean, que six mille bourgeois, nommés les Arcadiens, étaient chargés d'entretenir ( orig . Const., p. 40).
* Lors d’un premier voyage que cette princesse lit en Terre-Sainte, vers 438, pour acquitter un vœu et pour offrir au Calvaire une croire. d’or enrichie de pierreries , elle
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fligé, dit-on, que par une jalousie conjugale que ne justifiait pas l’innocence de ses relations littéraires avec Paulin, Cette impératrice, dit Tillemont (t. VI, p. 81), en citant Socrate et Cedrenus , fit aux églises de Jérusalem et des environs de plus grands biens que personne rf avait jamais fait depuis Hélène , mère de Constantin; et ce lémoignages’appuie en outre de ce que disent Evagrc (1. I, c. xxi, xxn J et Bollandus (20 janvier, p. 3 17) de la fondation due à ses pieuses
reçut en échange de l’évêque Juvénal , la main droite de saint Etienne. On a vu plus haut qu’un bras du même saint fut envoyé l’année suivante à l’église de Besançon.
Ce fut dans ce voyage qu’elle fit à la sollicitude de sainte Mélanie, nièce du préfet de Piome Yolusien, qui, retirée alors à Jérusalem, y bâtissait aussi des églises, qu’Athenaïs- Eudoxie s’étant arrêtée à Antioche, y obtint un grand succès par la harangue publique quelle prononça en présence du peuple et du sénat. La Chronique d’Alexandrie (p. 732) nous la peint assise sur un trône d’or enrichi de pierreries, et dit qu’on lui éleva une statue de bronze qu’on plaça dans le musée, et une couverte d’or qui fut mise dans la salle du sénat.
Gibbon parle (cliap. xxxii) d’un mémoire sur la Palestine, où les dons faits par cette princesse sont évalués à 20,488 livres pesant d’or , environ dix-neuf millions.
La passion alors dominante des reliques trouva son compte à ces relations , car indépendamment de la main de saint Etienne que Pulchérie, dit Théophane (p. 74), alla recevoir à Calcédoine, sur un avis donné par simple révélation, qu’elle déposa dans le palais et fit ensuite placer dans la magnifique église de Saint-Etienne qu’elle construisit, Eudoxie, dit Nicéphore-Caliste, enrichit sa capitale d’une abondante moisson de trésors religieux, tels que du lait de la Vierge, sa quenouille et les langes dont elle emmalliota V Enfant-Dieu, richesses auxquelles Baronius (en 439, § 4 et 7), ajoute deux chaînes de saint Pierre, dont elle envoya l’une à Rome, à sa fille, femme de Valentinien III. C’est également aux saintes explorations de cette princesse que tant de collections sont redevables du célèbre type primitif de peinture chrétienne, connu sous le nom de Vierge de Saint-Luc, et dont nous avons déjà recherché la véritable origine, image qu’Eudoxie envoya également à Pulchérie, ainsi qu’en fait foi ce passage latinisé de l’histoire ecclésiastique écrite par Nicéphore-Caliste (1. xiv, c. 11, p. 440) : « Templumin quo divinam 3) illius imaginem, quam Lucas apostolus in tabula depictamveViqvM,, etsacram colum, et » servatoris ipsius fascias, perinde atquc thesaurum, quam ad eum Eudocia Augusta, quum » Hierosolyma profecta est , misit , servandas curavit. »
La conséquence la plus positive que nous puissions tirer do tous ces détails, c’est qu’ ainsi que nous l’avons fait remarquer plus haut, le culte et par conséquent la recherche des reliques ne doivent en effet remonter qu’au Ve siècle, puisque les prédécesseurs de Théodose II , non moins religieux que ce prince , auraient eu les mêmes moyens d’extraire de Jérusalem ces précieux vestiges du grand cataclysme chrétien , s’ils y eussent attaché le même prix que l’Église y mit depuis lors et jusqu’à l’époque où scs chefs délaissèrent ces richesses pour se livrer en personne et dans une direction contraire à l’exhumation des divinités du paganisme.
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libéralités , de grand nombre de monastères , de laures d’églises, telles que celle de Saint-Etienne, près de Jérusalem, où elle s’éleva un magnifique tombeau ( Chronique, (V Alexandrie, p. 73a), et de divers hôpitaux pour les pauvres * et les vieillards.
Par une noble rivalité, tandis qu ’ Athcnais, sur son trône, comme loin de sa capitale , faisait briller ces magnificences chrétiennes , Pulchérie, sœur aînée de l’empereur et sa tutrice dès l’âge de quinze ans (Sozomèncs, t. VII, c. i, p. 799), s’occupait, comme nous l’avons dit , i\ propos de l’église Saint-Etienne , de construire les châsses pour les reliques que l’impératrice arrachait à leur gangue naturelle pour en enrichir la ville de Constantin, trop récente pour vivre à cet égard sur son propre fonds, ainsi que faisait Home , siège des longues persécutions qui avaient comblé ses cryptes d’alimens pour ce culte nouveau ; et par un heureux contraste avec la vie privée des deux premières princesses que nous avons montrées exploitant l’art chrétien par résipiscence , Pulchérie , non contente d’exercer son frère et pupille dans la culture des sciences et des lettres 3, unie à la
« On appelait laures , les couvons où la vie monacliale ne se pratiquait pas en commun.
2 Par ses pieuses largesses , non moins sans doute que par son parfum de vertus et de science et par sa résignation à souffrir d’injustes persécutions , cette impératrice obtint une presque béatification de la part des écrivains chrétiens contemporains, tels que saint Jean le Silentiaire. Selon Cassiodore , qui, comme ministre d’un prince arien, ne pouvait, quoique continuateur de saint Augustin dans ses commentaires sur les psaumes, s’arrêter à la considération que cette princesse s’était laissé entraîner quelque temps dans l’hérésie , c’était la plus religieuse de toutes les femmes (ps. 50, p. 174). Les sympathies de ce savant étaient naturellement acquises d’ailleurs à une princesse dont la renommée littéraire repose sur des titres tels qu’un poème sur une victoire remportée par les Romains sur les Perses (Socrate, 1. vii, ch. xxi, p. 360), une traduction en vers hexamètres de Koetateuque ou livres de Moïse (Photius , ch. ci.xxxv , 413, 416), un poème sur le martyre de saint Cyprien , et même , selon Zonare (t. lit. p. 375), une Vie de Jésus-Clirist connue sous le nom de Centon d’Homère, sorte de pastiche imprimé dans la bibliothèque des Pères, sous le titre d ’Homerici Centones , et qui, s’il appartient, ce dont on doute, à cette époque , aurait ouvert la voie aux phénomènes ou monstruosités littéraires dont les siècles suivans se montrèrent si prodigues.
3 « La science de Théodose 1 1 , dit Tillemont (t. VI , p. 23), allait jusqu’à des choses plus » curieuses que nécessaires à un prince , comme de connaître la nature des pierreries, des » plantes et des remèdes de la médecine; enfin, il était fort instruit dans toutes sortes » de sciences , très savant dans l 'astronomie , fort habile dans le manège, etc. II avait » aussi une prodigieuse facilité à apprendre les ouvrages de main , comme dépeindre et » de travailler en relief (Odrenus, an, 1, p. 335), et plusieurs autres semblables; il semble
l’art CHRKTIEX.
pratique des habitudes et des vertus chrétiennes, dont elle donna pour son compte de beaux exemples, rivalisait de gloire monumentale avec Athenaïs 1 , et voulut comme elle laisser à sa mort tous ses biens
« particulièrement qu’il eut très bien appris à écrire , puisqu’on lui a donné le surnom de 3> calligraphe ( Joelis Chronographia , p. 70). » Ce fut sans doute à tous ces titres que, selon la Chronique d’Alexandrie (p. 718), le patrice Aurélien , préfet du prétoire, fit élever et placer dans le sénat, en 415, la statue en or de ce prince.
Quoi qu’il en soit, on ne doit pas douter qu’un prince aussi pieux, doué de telles dispositions , n'ait secondé de son mieux l’essor de l’art auquel ses principes comme ses goûts devaient l’attacher étroitement , et que sous un empereur qui savait peindre et travailler en relief, les peintres et les sculpteurs n’aient joui d'une protection toute spéciale, qui contribua sans doute beaucoup à créer, pour cet art, l’influence orientale si longtemps dominante, même dans nos provinces , ainsi que le démontrent d’innombrables témoignages que nous révèle chaque jour l’étude de nos monumens de tous ordres, dans les localités même les plus infimes et les plus excentriques.
Quant au surnom de calligraphe, il est à remarquer qu’il fut donné en même temps aux deux princes qui occupaient les trônes Aè Orient et à’ Occident, lorsqu'à la mort d’Honorius, en 423, Jecm Secrétaire, qui se nommait lui-même princeps scribarum, usurpa son trône, où il ne siégea qu’environ un an et demi. Peut-être est-ce par une cruelle allusion à ce moyen de parvenir ou pour punition de sa double usurpation de titres, que , lorsqu’il fut surpris dans Ravenne et conduit à Aquilée, on lui coupa la main dans le cirque avant de lui faire subir une promenade ignominieuse sur un âne (Philostorge , p. 538 ; Procope, de bello Vand. , 1. r, ch. m, p. 183). Socrate, p. 363 , et Tiro-Prosper conviennent d’ailleurs qu’il n’avait d’autre titre à faire valoir que celui de chef des secrétaires (A' état sans doute).
i Cette époque est surtout remarquable comme offrant les premiers témoignages authentiques d’un culte depuis lors en grand honneur, celui rendu à la Vierge qui , honorée jusque-là comme mère du Christ , était loin d’occuper dans la hiérarchie divine le rang de suprématie que lui assigna le concile d’Éphèse de 431 , en fixant sa forme hiératique comme mère de Dieu par la condamnation de la doctrine opposée soutenue par le prêtre Anastase, et par Nestorius , patriarche de Constantinople, encore en 428 (fauteur, dit-on , de l’Évangile apocryphe de l’enfance).
De ce fait, nous tirerons deux conséquences : l’une déjà indiquée par Eméric-David , et qui ne ferait dater les nombreuses figurations de la Vierge et de f Enfant-Jésus trouvées dans les Catacombes ( voir notamment Bottari , t. HI,Tavol. cui, cliii, clxxxi) , que de temps postérieurs à ce concile d’Éphèse, opinion contestée mais cependant fort digne d’examen , non seulement pour la question d’iconographie chrétienne , mais par les inductions qu’on peut en tirer pour l’époque de divers autres travaux d'art de ces cryptes, en s’appuyant d’ailleurs sur le témoignage de saint Augustin , qui a écrit formellement (de Trinitate, 1. vin , ch. vm) : <c qu’il n’existait pas de portrait de la Vierge, neque enim novimus » faciem Virginis Marice » , lui qui connaissait les Catacombes et qui , mort en 430, ne dut être pour rien dans la décisi n du concile , et ignora sans doute, à raison de son grand âge et de son séjour en Afrique , la découverte récente d’Eudoxie; l'autre, que nous présentons peut être pour la première fois, attribuerait à Pulchérie l’honneur bien digne
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aux pauvres. On sait d’ailleurs que s’immolant aux intérêts de l’empire à la mort de son frère (456), elle avait pris soin de concilier le choix d’un époux 1 avec le vœu de virginité , qu elle et ses sœurs Arcadie et Marine, quoique douées de tous les dons de la nature , avaient publiquement contracté dans la cathédrale de Constantinople J.
d'elle d’avoir fait prévaloir le culte de l’être pur qu elle se proposa pour modèle par son vœu virginal, comme en épousant Marcien , disposition due sans doute à ce qu’une heureuse circonstance venait de lui procurer l’image authentique de la mère de Dieu.
Remarquons en effet que, selon la supposition de Tillemont (t. VI, p. 80), qu’étaie encore cette considération , que les cadeaux d’Eudoxie à Pulchérie durent dater d’une époque où l’union de ces deux princesses n’était pas encore troublée par quelques rivalités de pouvoir, etc. , le premier voyage d’Eudoxie à Jérusalem et l’envoi des reliques cité par Nicéphore-Caliste, comprenant le tableau de saint Luc, devaient remonter à cette même année 428 , pendant laquelle le patriarche de Constantinople, Nestorius, y prêchait contre le mystère de l’incarnation ; et que la possession de ce tableau dut contribuer à exalter l'ardeur que Pulchérie montra, tant pour la convocation de ce concile, que pour en célébrer l’issue, en faisant élever plusieurs basiliques à la mère de Dieu, entre autres celles de Blaquerne et de Chalcoprate, et celle d’IIodège, où elle plaça l’image de saint Luc, basiliques indépendantes encore de diverses autres, parmi lesquelles on cite comme une merveille de l’art celle de Saint-Laurent qu’elle construisit dans son palais de Constantinople, tandis que s’élevait aussi l’église d’Emèse en Phénicie, pour recueillir le chef de saint Jean-Baptiste trouvé dans une caverne. Un autre passage de Tillemont nous semble aussi confirmer l’hommage que nous rendons à Pulchérie. Cet écrivain observe (t. VI, p. 618) : « qu’on ne trouve » point dans des auteurs assurés aucune église de la Vierge avant l’an 43, 431, hors la )> cathédrale d’Ephèse » (précisément le lieu où fut réuni le concile convoqué par les soins de cette princesse qui, peut-être, avait anticipé sur la décision du saint aréopage).
Qu’on nous pardonne si nous tranchons ainsi une difficulté qui divise encore les savans , et surtout les liturgistes orthodoxes et schismatiques ; mais comme il s’agit aussi d’une question d’art et du point de départ d’un culte qui défraie à lui seul la plupart des grandes somptuosités monumentales qui rentrent dans notre domaine , nous avons cru pouvoir émettre notre opinion, spécieuse du moins , et que ne contredit pas le rigoureux contrôle par dates.
1 Pour éviter les convulsions qu’un changement de dynastie pouvait opérer dans l’empire, Pulchérie se dévoua au pouvoir après s’être vouée à la solitude , et elle choisit pour le revêtir de la pourpre, en lui donnant sa main, le vertueux Marcien, sénateur estimé, qui se montra général habile, en lui imposant pour condition de ne rien réclamer au-delà du titre et des honneurs dont elle le revêtait.
2 Du Cange, dans ses Familles B g zanlines, a tracé (p. 70) le tableau de cette solennité. En présence du peuple et du clergé, les trois sœurs d’Arcadius offrirent publiquement des tablettes d’or enrichies de diamans, sur lesquelles était inscrit leur vœu de virginité. Le palais quelles habitaient fut bientôt après converti en une sorte de monastère de femmes, sans communication avec l’autre sexe.
l’art chrétien.
Si la troisième Eudoxie, femme de Valentinien III , de même que sa fille, la quatrième princesse du même nom, se sont tenues loin de la voie tracée par leur mère et leur tante, la faute en fut sans doute aux troubles d’Occident, et aux suites fatales qu’eut le meurtre du vaillant Aetius , frappé lâchement, à la suggestion de Petrone Maxime , par l’épée même du prince dont il avait sauvé l’empire -, la vengeance que tira ensuite ce même Maxime d’une offense personnelle % et les terribles conséquences de l’aveu qu’il en fit à la veuve de Valentinien, après l’avoir contrainte à partager la couche de l’assassin de son époux , ayant conduit à Piome le farouche Genséric, et placé ces deux princesses à la merci du roi des Vandales. On peut d’autant mieux croire que la transmission héréditaire des exemples laissés par Athenaïs et Pulchérie ne céda qu’à ces tristes circonstances, qu’on voitEudoxie(quatrième du nom), sitôt qu elle eut brisé les pénibles liens qui l’unissaient depuis seize ans à Huneric, fils du terrrible agent de la vengeance de sa mère, accourir à Jérusalem, au tombeau de son aïeul , pour y vouer ses derniers jours à la visite des saints lieux , et Placidie, sa jeune sœur et sa complice d’esclavage, devenue à son tour impératrice d’Orienl par son mariage avec Olybrius, fonder à Constantinople l’église de Sainte-Euphémie (< Chronique d' Alexandrie, p. ']&')•
Cet abandon fait aux femmes , dès les premières années du Ve siècle, du soin de diriger le mouvement religieux que jusque-là, à part l'exemple de sainte Hélène , créatrice de cette impulsion même , les empereurs seuls imprimaient ou modéraient à leur gré , d’après leurs inspirations personnelles ou les combinaisons de leur politique , prouve assez que dès lors aucune résistance païenne n’était plus à redouter, et que si les erreurs du schisme divisaient encore les Chrétiens, leur culte du moins dominait dans l’empire, où, selon l’image symbolique employée par l’Eglise en ces temps même,
« Valentinien, pour satisfaire sa lubricité, ayant lait un coupable usage de la bague qu'il avait demandée à Maxime comme gage d’une forte perte faite au jeu, la femme de ce dernier croyant se rendre aux ordres de son époux , tomba dans le piège tendu par l'empereur. L’irritation de la victime fut d’autant plus vive, qu elle supposait Maxime complice du guet-apens : de là ses reproches et la vengeance de l’époux outragé , vengeance dont la contre-partie livra Rome à Genseric , et l’impératrice elle-même, qui l’avait appelé vu aide , à la brutalité de ce Barbare.
I/ART CHRETIEN
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les sources sorties de son rocher pour désaltérer quelques fidèles , grossies par de nombreux affluens , étaient passées de l’état de simple ruisseau à l’importance d’un fleuve, qui, creusant désormais son lit , sans trop d’efforts, dans les ravins desséchés du polythéisme , devait fertiliser le monde par ses eaux salutaires x.
La part de l’art chrétien fut belle , comme nous l’avons dit et prouvé , dans cette marche progressive de la foi , dans l’accomplissement de cette oeuvre de régénération du monde sous la bannière de la croix, poursuivie depuis quatre siècles, au milieu de tant d’obstacles , scellée d’ailleurs par tant de sang , cimentée par tant de sublimes dévoumens de tous genres , et qui, par les sources nouvelles qu’en firent jaillir l’éloquence et les lettres, retrempa le génie humain étouffé sous les prescriptions du panégyrisme, ou égaré dans les sinuosités du sophisme et de la scolastique , triste phase qui malheureusement ne tarda pas à se reproduire sous la nouvelle influence. Mais ce concours de l’art fut sans doute rendu lonsr-
temps moins efficace par les nouveaux orages qui vinrent gronder sur notre belle patrie, lorsqu’à peine remise des assauts de la barbarie elle tomba en proie à ce fléau de Dieu , dont le nom seul portait en tous lieux l’épouvante, et dut terrifier jusqu’aux artistes qu’il chargea de reproduire ses traits i 2 -, car, bien que l’art chrétien ait reçu d’Attila le tribut peut-être le plus éclatant de tous ceux qui lui furent rendus , puisque l’éclat de ses pompes suspendit , à diverses reprises 3 , des foudres toujours menaçantes , on doit croire que les
i Pour étendre cette image avec un coloris plus suave , nous citerons ici un passage du bel ouvrage de M. Charles Magnin sur les origines du théâtre moderne. En traitant dans son introduction (p. 64) des lois de spontanéité, de tradition et d’analogie, qui régissent notre matière môme , il dit : « Le polythéisme s’est tellement prolongé dans le christianisme , » Y ancien courant , avant de se perdre et de se confondre dans le nouveau fleuve, s’est » si longtemps conservé distinct , qu’il est bien difficile de suivre et d’étudier l’idée nou- » velle , sans tenir compte de cet antécédent dont elle charrie encore aujourd’hui l’écume. »
a On sait qu’au rapport de Suidas, Attila voyant dans le palais de Milan un tableau qui représentait des princes barbares déposant des tributs aux pieds de l’empereur d’Occident, fit changer la scène , sans altérer sa disposition, en se faisant placer sur le trône et en substituant des empereurs romains aux princes tributaires.
3 La déférence que montra le roi des Iluns , chef, dit-on , de 700,000 guerriers et d’une troupe de rois (Jornandès , chap. xxxviii, p. 666, 667), pour l’intervention du pape Léon, ne fut pas le seul témoignage que donna ce Barbare, étranger d’ailleurs à tout sentiment miséricordieux comme à toute crainte , de sa fascination par le prestige religieux du chris-