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l’art chrétien.
peuplades nomades qui, quoique parties de points si divers, la Scandinavie et les confins de la Chine , étaient toutes restées au premier degré de l’échelle sociale 1 , se seraient substituées à la vie civile ennoblie par la culture des sciences et des lettres; les traditions d’art éteintes dans les cendres, comme l’eut été de nouveau, sans doute, meme le sentiment religieux, dans le sang des chrétiens, après l’effet du premier prestige 2,se seraient bornées à la somptuosité de
» Encore existait-il entre ces divers peuples quelques différences, qu’on peut apprécier par l’étude de leurs prédispositions natives, de l’influence du climat qui les vit naître, et de leur constitution morale, plus ou moins impressionable au contact de la civilisation. Les Goths , par exemple, race vierge du nord, vaincus par Claude, par Aurélien, par Théodose, puis appelés en aide par ce dernier prince, puisèrent dans ces dernières relations, avec^le secret de leur force, des moyens d’émulation qui les placèrent plus tard au-dessus de leurs maîtres ( voir plus loin l’exemple de Théodoric , roi des Ostrogoths. ) Si les Germains, les Saxons, les Vandales, etc., chassés également par la misère des rives du Rhin, de l’Elbe ou du Danube, ou refoulés par d’autres peuples plus misérables encore vers nos contrées plus riches, sur notre climat plus hospitalier, ne surent pas s’y maintenir, et succombèrent pour la plupart dans les luttes acharnées de conquérans à conquérans, c’est, d’abord, qu’il n’y avait pas place pour tous , et qu’à nombre égal, inférieur même , l’expérience et l’habileté des Goths , les habitudes moins barbares et les ressources industrielles des Burgondes, durent prévaloir sur des bandits errans sans direction fixe ; de même que l’opportunité de la dernière attaque des Franks , et la politique religieuse de Clovis , contribuèrent plus que la force de ses armes à asseoir la domination exclusive de sa tribu sur un sol vainement convoité par tant de peuples plus nombreux et non moins vaillans. Quant aux Huns, race vagabonde qui promenait indistinctement ses ravages , sans autre but que celui de la destruction , des extrémités de l’Asie aux dernières limites de l’Europe, bien que fidèles à leurs alliances, ils n’excitaient aucune sympathie réelle dans leur condition de nomades ; aussi leur destinée semblait-elle écrite tout entière dans la haute portée du nom donné par l’histoire à leur chef : fléau de Dieu; puissance suscitée pour punir, mais qui s’éteignit d’elle -même comme la foudre quand le bras vengeur eut frappé. Que resta-t-il en effet de cette nation superbe et presque toujours victorieuse , depuis la mort d’Attila?
2 Nous venons de citer (page 263, note 3) quelques exemples de la déférence d’Attila pour le caractère imposant et pour le dévoûment sublime de nos évêques ; mais ce n’est pas a dire que l’effet imprévu produit sur ce Barbare par la magie de nos pompes religieuses eût été de longue durée ; et ce qui prouverait le contraire , c’est le plan de guerre d’extermination qu’il méditait en Pannonie, pour la conquête d’IIonoria , et en dépit des menaces des saints apôtres , quand l’atteignit la mort , qui , préparée ou non , sauva du moins cette fois peut-être les deux empires.
Loin d’induire de ce que ce chacal , prêt à saisir sa proie , l’abandonna pour l’ombre (si l’on peut appeler ainsi le douaire au lieu de la fiancée), que son âme de fer ait été amollie par le prestige religieux, on pourrait conclure au contraire d’un retour à ses premiers desseins , que sa fureur alors n’eût plus connu de bornes.
La légende, apocryphe sans doute et d'autant plus inspiratrice, de l’intervention person-
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huttes comme le palais d’Attila * • et l'influence morale, l’attrait de toutes les gloires jusque-là préservées du naufrage, devenant sans action sur des sauvages engourdis dans la déglutition de leur proie et tout entiers à leurs appétits charnels, le monde civilisé, déjà déshonoré par la faiblesse de ses maîtres 2 , n’eût bientôt présenté que le plus
nelle de saint Pierre et de saint Paul , n’aura pas moins doté l'art chrétien de nombreux chefs-d’œuvre, à la tête desquels il faut placer l’admirable tableau du Vatican et le bas-relief de l’Algarde, si bien encadré entre deux colonnes de granit noir oriental, sous l’autel de Léon-le-Grand , dans la basilique de Saint-Pierre.
i Ce dut être par pure fanfaronnade qu’Attila, dont la puissance s’accrut beaucoup de la faiblesse de Théodose II et de Valentinien III , somma ces deux empereurs en même temps de lui préparer un palais à Byzance et à Ravenne , puisque , destructeur de cinq cents villes florissantes, dont soixante-dix dans une seule campagne, le roi des Iluns , libre de disposer des plus somptueux édifices , tenait sa cour dans une sorte de barraque ornée des dépouilles de ses victimes, et remarquable surtout par l’affectation d’une simplicité formant contraste avec le luxe insultant du produit de ses rapines. C’est ce que prouve le récit de Priscus , historien de Byzance, sur l’ambassade où il suivit Maximin.
Un village de Pannonie, situé, dit-on , à peu de distance du célèbre vignoble de Tokai , et qui ne contenait qu’un édifice en pierre, des thermes élevés par Onégésius, favori du roi barbare, était sa capitale, ou plutôt le repaire de ce haut potentat, relégué, lui, dans une maison de bois assez spacieuse cependant, selon Priscus (page 49 à 70), pour contenir ses nombreuses femmes , ses favoris , ses esclaves et ses gardes.
Maximin , dit l’historien , « admira cette architecture étrange , la qualité et le travail des bois tournés ou ciselés, la hauteur des colonnes et le goût des distributions. » Priscus , parlant de l’accueil que fit Cerca, la reine du moment , aux présens que lui envoyait Théodose , peint le mélange bizarre de recherche et de grossièreté qu’on remarquait dans l’accoutrement et dans l’ameublement de ces Barbares, dont les harnais, les armes et jusqu’aux chaussures , étaient couvertes , par superposition sans doute , de plaques d’or incrustées de pierres précieuses ; dont les tables de bois pliaient sous le poids de ces vases d’or ou d’argent qu’on retrouva plus tard dans la forteresse de Kasan ( voir notre chap. xvn, Orfèvrerie). Au milieu de cette bigarrure grotesque, l’arbitre du sort du monde se distinguait parla simplicité de ses vêtemens. 11 n’avait pour trône qu’un siège de bois, et des ustensiles de même matière sur sa table et sur son buffet d’apparat; réservant sans doute tout son luxe personnel pour la dernière manifestation qui fit placer son corps dans trois cercueils, dont un d'argent et l’autre d'or, honneur bien propre à rendre cette sépulture moins inviolable, si , par une précaution renouvelée des obsèques d’Alaric , on n’eût égorgé sur la fosse même ceux qui l’avaient creusée.
5 Théodose II, en s’abaissant, comme firent aussi Valentinien et le sénat de Borne, jusqu’à traiter par ambassade avec cet exterminateur des empires , donna la mesure d’une faiblesse , trop constatée d’ailleurs par la perte de trois batailles ; aussi les exigences du Barbare s’accrurent-elles en raison des satisfactions qu’il obtint. Le tribut annuel de l’empereur d'Oricnt, fixé d’abord à 330 livres d’or, fut bientôt après élevé au double, puis
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hideux spectacle. On aurait vu ces guerriers unis pour la conquête , divisés par le butin, s’entregorger en vue des jouissances brutales que l’or procure , et les peuples trembler sous un joug de fer sans cesse renouvelé ; les héros de ces races n’ayant que leur vouloir pour loi et que leur glaive pour code, et prompts à -conquérir, étant inhabiles à conserver : de même que la confusion des allures sauvages avec les habitudes sociales aurait offert dans la constitution morale de cette société sans frein, l’anomalie qu’on remarquait déjà dans les formes de ces conquérans -, l’éclat de l’or et des pierreries, fruits du pillage, sur de grossiers vêtemens ( voir le récit de Priscus sur l'ambassade de Maximin) , et l’alliage de la brutalité indépendante avec le sot orgueil des distinctions sociales -, témoin cet Attila lui-même qui, parodiste burlesque des souverains qu’il humiliait, bouleversa le monde pour la possession d’une princesse 1 et
porté plus tard à 2.100 livres, avec stipulation expresse d’un paiement immédiat de 6,000 livres du même métal ; et comme il y allait ici plus que de la gloire de l’empire , les plus riches citoyens de Byzance sacrifièrent jusqu'aux joyaux de leurs femmes pour éviter le sort que leur eût réservé l’irritation d’Attila. Ainsi disparurent des palais de cette capitale , pour aller surcharger les tables d’un garde-meuble rustique , ces vases d’or massif du poids de 40 livres , dont parle saint Chrysostôme , et tant d’autres objets de métal précieux , y compris sans doute les tables d’argent massif, en forme de fer à cheval, que, selon le même écrivain , deux hommes pouvaient à peine porter.
i Le rôle politique des femmes à cette époque ne le cède guère à leur inlluence sur la direction religieuse et sur la marche de l’art chrétien. L’exemple de Placidie, heureuse épouse d’Ataulphe, quelle regretta , dit-on, même sur le trône d’Occident , où elle s’assit plus tard avec Constance, donna sans doute à penser à sa fille Ilonoria, renommée par sa beauté, et qui, reléguée à Constantinople pour avoir déjà dépouillé la majesté dont la revêtait son titre d’ Auguste , en faveur du chambellan Eugène , avisa , comme moyen d’échapper à cette triste réclusion, de se fiancer au roi des Huns par l’envoi d’une bague. Attila, fier de cette distinction dont ses dehors repoussans laissaient tout l’honneur à sa gloire, se prévalut de celte alliance comme d’un droit incontestable à la main de la sœur de Valentinien ; et sur le refus itératif de ce prince, procédant par sommations armées, il préluda, selon ses formes diplomatiques, à une attaque directe sur Ravenne et sur Rome par la subversion du Vicenlin, désastre affreux, mais où les arts trouvèrent une compensation dans la fondation de Venise, dont les lagunes servirent de refuge aux populations de la Vénétie et même d’ Aquilée , de Padoue , de Vérone et autres , poursuivies à outrance par le fer et la flamme. Maître de toute la Lombardie, où son orgueil s’exaltait par ces nouveaux succès vengeurs de son échec dans les Gaules, et qui, joints à la terreur imprimée jadis à Byzance, justifiaient déjà la substitution de personnes , qu’il fit exécuter dans le tableau du palais de Milan, Attila marchait sur Rome alors sans défense, quand l’humble ambassade dont nous avons parlé vint désarmer sa fureur. Céda-t-il à l’un de ces rnouvemens généreux aux-
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mourut dans les bras d une courtisane 1 • et ce Gensêric , cruel exécuteur du legs de vengeance du roi des Huns, dont il avait guidé les premiers pas, et qui comprit dans les dépouilles de la capitale , que traîtreusement il avait mise à sac , les princesses du sangroval pour pratiquer des alliances de familles 2.
quels il ne fut pas toujours étranger , ou plutôt, comme on le suppose, l’exemple d’Annibal , dont le climat et les délices de l'Italie désorganisèrent l’armée, lui servit-il de leçon, et la survenance d’Aetius, accourant au secours de Rome, de memento sur les chances qu’il courrait en luttant de nouveau contre ce grand capitaine? C'est ce qu’il importe peu de rechercher ici : Rome fut miraculeusement sauvée; voilà le point capital .
Ilonoria , mariée comme on peut l'être après avoir déshonoré son nom et compromis son rang , finit sa vie dans un cloître , sans que les tristes souvenirs attachés aux prétextes qu’elle donna à un prince barbare d'intervenir daDS les affaires de l’empire, servissent de leçons, comme nous allons voir, à sa cousine Eudoxie.
i Ce ne fut qu’après l’issue de celte dernière campagne, et lorsque désireux de laver son affront des Gaules, le roi des Huns y eut encore ajouté par une nouvelle tentative que fit surtout avorter le courage du goth Thorismond , aidé des Franks et des Alains , qu’ Attila fut atteint par la mort , selon la menace des apôtres , alors qu’il préparait une campagne d’extermination pour venger toutes ses déceptions. Comme un autre Ilolophernc, il fut trouvé sans vie dans sa tente par les généraux qui venaient prendre scs ordres ; et si, comme le pensent quelques historiens, la belle lldico, qui partageait sa couche, ne fut pas une autre Judith, sa présence prouve du moins que le prince barbare se consolait dans la débauche des rigueurs de son hymen impérial.
? On a vu ci-dessus (page 2G2) qu’Eudoxie, passée des bras de Valentinien dans ceux de Maxime , apprenant que son nouveau lit conjugal était taché du sang de son premier époux , ne consulta que sa juste fureur, et, à défaut sans doute d’autre moyen de vengeance, invoqua le secours de Gensêric et de ses Vandales. Ces médiateurs sataniques accoururent à l’évocation.
« . Et par des jeux de prince
» Firent plus de dégâts en une heure de temps » Que n’en auraient fait en cent ans » Tous les bandits de la province. »
Le sac de Rome pendant quatorze jours , y compris les quatorze nuits ( 455) , fut ie prix auquel Gensêric arbitra sa généreuse protection et la justice faite de Maxime ; et pour que la malheureuse impératrice, si indignement trompée à tous égards, n’eût pas à pleurer sur les ruines de sa capitale, cette imprudente provocatrice d’un tel désordre, après avoir été dépouillée la première de ses bijoux , alors quelle accourait au-devant de son libérateur, fut conduite avec ses deux filles sur le sol africain , où un séjour de sept ans lui donna , ainsi qu’à l’une de ses filles , Placidie , déjà fiancée à Olybrius qu’elle épousa depuis , le temps d’expier sa faute par des larmes de sang. Pour surcroît d’injures , Gensêric contraignit l’autre fille, Eudoxie, à épouser son fils Hunéric , dont les sévices finirent par briser celte alliance monstrueuse : Eudoxie, après avoir traîné onze ans sa chaîne, étant
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Or, si l’on juge de ce point de vue la marche de cette trombe dévastatrice , que de grâces ne doit-on pas rendre à ceux surtout qui, placés dans sa sphère d’activité de manière à pouvoir en rendre les ravages irrémédiables, se dévouèrent au contraire pour en amortir l’effet-, et c’est principalement à ce titre qu’en secondant par leur valeur les habiles dispositions d’Aetius, qui mit un terme assez court aux ravages de ce fléau destructeur, et en précipitant sa chute , comme le fit Thorismondpar une nouvelle défaite ( Jornandès , p. 6^4» 6y 5), les princes goths, alors nos compatriotes, conquirent de nou-
parvenue à rompre ce joug pour se réfugier à Jérusalem , près du tombeau de son aïeule.
Plus inflexible gu’ Attila , Genséric se montra sourd aux supplications du même pape Léon qui avait conjuré la rage du roi des Huns , et aveugle au déploiement de toutes les pompes de Vart chrétien. Ce Barbare, comprenant que l’atrocité de sa conduite pouvait faire surgir des vengeances, se hâta d'entasser sur ses vaisseaux toutes les dépouilles transportables , y compris même la célèbre coupole d’airain doré , exécutée à si grands frais par Domitien, et qui sombra dans le trajet d’Afrique, sur un vaisseau chargé d’ailleurs de nombreuses et riches statues. Le butin des Vandales dut être immense, car les historiens s’accordent à déplorer la perte, en cette circonstance, de tous les ornemens du palais impérial, meubles, garderobe , vaisselle d’or et d’argent d’une valeur de plusieurs millions de talens, dépouilles dont quelques parties furent encore retrouvées à Carthage au VIe siècle , et rapportées à Justinien par Bélisaire.
A supposer que , dans ce sac, les asiles religieux n’aient pas été respectés, comme tout porte à le faire croire, bien que l'histoire se taise, comment l’évêque de Rome put-il soustraire à la rapacité des Vandales les six vases d’argent chacun du poids de cent livres, et provenant de la munificence de Constantin , qu’il fit fondre après le départ de ces terribles hôtes , pour pourvoir aux besoins urgens de son troupeau? 11 faut aussi que la spoliation de tous les monumens en valeurs réalisables surtout, n’ait pas été aussi complète qu’on la représente, puisque, quelques années plus tard ( 472), il en restait encore assez pour tenter la cupidité des soldats du suève Rieimer , cet empereur de fait sous quatre règnes divers ;
« Qui fit des souverains et n’a pas voulu l’être. »
et que , même en accordant à ce général avec Sidoine (les qualités qu’auraient enviées les plus grands héros de Rome , on ne saurait admettre, par le fait seul du pillage auquel il livra Rome , qu’il ait fait preuve sous des règnes aussi pâles que ceux qu’il dirigea , de la noble passion des arts qui animait, par exemple, Adrien ou Trajan. Or , que resterait-il pour expliquer l’existence sous Théodoric (an 493) , de ces peuples de statues , de ces troupeaux de chevaux de bronze dont parle Cassiodore? les règnes plus éphémères et plus déplorables encore des Nepos , des Léon II et des Augustule : car celui d'Odoacre, bien que de quelque durée (près de 17 ans), et déjà remarquable comme contraste avec ceux des derniers empereurs , par les vertus et les talens que fit briller ce premier roi barbare , suffit à peine à ses soins et à ses sacrifices pour discipliner les hordes rangées sous son sceptre , et à ses efforts pour défendre contre Théodoric le trône qu’il avait conquis sur Augustule.
i/mit chrétien.
maux droits aux hommages que nous nous plaisons à leur rendre, et consolidèrent l’œuvre de civilisation à laquelles ces ex-Barbares apportaient depuis longtemps tous leurs soins -, aussi nous empressonsnous de reconnaître , doive notre susceptibilité patriotique en souffrir, que c’est principalement à ce peuple, dont le nom seul est resté une injure, qu’appartient l’honneur d’avoir ravivé le goût et la culture des arts en Occident. Les témoignages à cet égard ne nous manqueront pas 1 ; prouvons ici , en attendant , que les princes goths trouvèrent sous ce rapport de dignes émules dans nos évêques.
i Commençons par établir ici ^ en réservant nos démonstrations pour les pages suivantes , que la défaveur imprimée aux noms de Goth , de Gothique, ne peut être rien moins que l'expression fidèle des souvenirs que cette nation conquérante , mais paisible après la conquête, a pu laisser dans les contrées qu’elle occupa longtemps : c’est, comme nous l’avons déjà dit et comme nous aurons encore mainte occasion de le redire , avec preuves tirées d’écrivains non suspects de partialité , une sorte de vengeance exercée par les Italiens contre leurs premiers vainqueurs , injustice qui prend sa source dans un sentiment honorable, l’orgueil national, mais qu’il n’importe pas moins de redresser l’histoire à la main , en prouvant d’abord l’existence de cette haine implacable, parce que dit Voltaire que : « pour 3> ruiner Gustave Adolphe , près de la cour de Rome, on le représentait comme un 3> descendant d’Alaric ; et que Charles XII, dans son irritation contre la même cour, » revendiquait la gloire des Goths ses ancêtres. »
Si la seule différence entre la conduite des troupes encore barbares d’Alaric , fondant , avides de rapines , sur une proie comme l’Italie, et celle des Germains de Radagaire , des Vandales de Genséric et des Huns d’Attila dans le même pays , prouve déjà en faveur des Goths , que sera-ce si l’on compare la mise immédiate en pratique , en Gaule et en Italie, par ces derniers , des principes civilisateurs , avec l’attitude féroce gardée si longtemps par les autres peuples, les Franks compris, mais lcsBurgondes exceptés? ces derniers qui s’établirent à l’ouest du Jura et qui étaient presque tous gens de métier , ouvriers en charpente et en menuiserie , ayant peut-être encore plus de douceur que les Goths (M. Michelet, t. Iei,p. 180, etp. 496 et suivantes pour ses savans aperçus sur les Cagots, Agots, etc.).
A peine assis sur notre sol , c’est par de pompeuses fêtes (voir ci-dessus, page 241) que les Goths préludent à la réparation des désastres commis par leurs complices d’invasion , de même que nous montrerons , en Italie , Théodoric II interdisant par ses lois aux riches Romains mêmes le démantèlement de leurs plus beaux édifices.
Qu’on ne s’étonne donc pas et qu’on se garde surtout d’imputer à nos prédilections gothiques ou soi-disant telles , le soin que nous prendrons dans tout le cours de cet ouvrage , de combattre les injustes préventions qui pèsent encore sur cette nation non encore éteinte, et de lui rendre , sous le rapport des arts surtout, la justice qui lui est due , comme l’ont déjà fait incidemment à d’autres égards nos premiers historiens modernes, MM. Michelet (t. Ier, p. 172 et 179) et Augustin Thierry (lettre vi sur l’ Histoire de France ) , en convenant , d’après Paul Orose (t. VII, chap. rxin) : « que les dispositions des Goths ne j) furent rien moins qu’hostiles pour la Gaule , et qu’après la première brutalité de l’inva- ” sion , les Goths se rangèrent, simples et dociles, sous la discipline des vaincus. 3>