‹ Les arts au Moyen AgeChapitre 24 sur 49 · ART r.llRl:TIE · texte numérisé non relu

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lui en coûta peu sans doute de céder aux instances de Clotilde comme aux suggestions des puissans arbitres et éloquens organes des populations chrétiennes qu’il avait rangés sous ses lois \ et lorsque ses combinaisons politiques, cimentées par des alliances royales, son mariage avec la nièce du roi des Burgondes et celui de sa sœur Alboflède avec Théodoric , roi d’Italie , eurent affermi son pouvoir, entrevoyant sans doute que la bannière du christianisme , si noblement portée par ses évêques, rallierait à sa cause la population religieuse des royaumes dont il méditait la conquête, il se fit brusquement baptiser et sacrer à la fois 1 , « rex ergo prior poposcit

faucon , qui ne voit ici dans ce symbole religieux qu’une forme accidentelle qu’on trouve également dans des monumens égyptiens , antérieurs de cinq cents ans à la passion du Christ. La conversion tardive de Clovis prouverait seule d’ailleurs le paganisme de sa famille, paganisme sans ferveur , si l’on en juge par l’absence dans le tombeau de son père de simulacres consacrés dans la religion des Gentils. Quelques pièces, telles que Yescarbot, une tête de bœuf d’or et ces croix mêmes, etc., rappelleraient plutôt le culte égyptien ; mais quels rapports pouvaient exister entre la théogonie des Ptolémées et celle de ces hommes du Nord , à moins toutefois d'admettre la tradition si brillamment exploitée, surtout aux XVe et XVIe siècles , comme nous l’avons dit plus haut, de l'origine troyenne de ce peuple, et de faire remonter sa constitution sur le Rhin à la prise d’Ilion , selon cette opinion de saint Jérôme dans Frédégaire : «de Francorum vero regibus, beatus Ilieronymus, qui

» jara olim fuerant, scripsit quos prius.... Priamum habuisse regem . cum Troja cape-

« retur . Europam media ex ipsis pars cum francione eorum rege ingressa fuit . cum

» uxoribus et Iiberis Rhoni ripam occuparunt , etc. » , auquel cas ces exilés , passant par l’Egypte pour de la gagner le Rhin , auraient sans doute pu troquer leurs dieux pénates , infidèles à leur mission , contre quelques symboles de la religion d’Isis.

i Le baptême de Clovis , événement le plus important et le plus décisif, par ses conséquences , de tous ceux mentionnés dans nos premières annales monarchiques , devenues depuis lors moins obscures , dut nécessairement, comme celui de Constantin , être consacré par l’art contemporain ; mais où trouver aujourd’hui des monumens authentiques de la statuaire mérovingienne , quand les solides murailles des basiliques de ce temps ne subsistent guère elles-même qu'en très petit nombre et souvent à l’état de substructions ? Dans ce dénuement, nous citerons, comme produit de l’art graphique, sinon de ce temps même, du moins d’une époque assez rapprochée, une curieuse feuille de dyptique d’ivoire que possède M. le docteur Rigollot d’Amiens, et dont ce savant a fait , en 1832 , la matière d’une modeste publication. Ce denu'-dyptique, qui nous paraît appartenir à l’école romaine dégénérée , comme notre sistre ou custode d’ivoire de Bar-sur-Aube, qui figure dans la pl. xi de la 5e série de Y Album , représente à la fois le baptême de Clovis et la scène bien clairement tracée de deux miracles dus à l’intervention de saint Piemy : la résurrection d’une jeune fille dans l’église de Saint-Jean-Baptistc de Tours , mentionnée par Grégoire de Tours, par Fortunat et par llincmar, et la descente du ciel de l’huile exorcisée et du saint chrême pour le baptême d’un malade , fait miraculeux , rapporté en ces

l. ir

l’art chrétien.

se a pontifice baptizari , » et arbora bientôt après contre Y arianisme un nouveau labarum qu’appuya la vigueur de sa francisque , dont

termes par Hincmar : « Surgens ah oratione.,,.. ampullas . sacri chrismatis plems

» invenit. »

Quant au baptême royal , auquel assiste Clotilde, qu’on reconnaît à sa couronne et à son voile , l’action se borne au fait même de l’immersion. Le roi est plongé dans la cuve qui occupe le centre du baptistère, édifice encore alors séparé de l’église. Au-dessus de sa tête, le Saint-Esprit, sous la forme d’une colombe, tient suspendu au bec Yampulla, dont la forme est celle d’un petit pot avec anse à bascule ; près du roi se trouvent deux évêques nimbés, vêtus d’une tunique et d’une chasuble seulement (le pallium ayant été porté pour la première fois en Occident par saint Césaire, évêque d’Arles en 514) , et sans aucun des accessoires , tels que crosse ou mitre, qui ne furent en usage que quatre siècles plus tard : l’un des évêques , sans doute saint Remi, pose la main droite sur la tête du roi, comme pour ajouter par l’expression du geste au sens de ces paroles : « mitis depone colla, Sicamber, etc... » son autre main porte un livre ; le second évêque tient tout préparés les linges destinés à essuyer le prince. Trois prêtres seulement, dont un portant un livre, assistent à cette solennité. Il y a sans doute loin de là à la pompe retracée par Grégoire deTours, qui nous montre (1. ii , chap. xxxi) des cierges odoriférans, brillant de toute part dans le baptistère , à tel point que les assistons se crurent transportés au milieu du Paradis : « mi-

)> cant flagrantes odore cerei . talem ibi gratiam adstantibus Deus tribuit, ut æstimarent

» se Paradisi odoribus conlocari » ; mais cette simplicité de composition est commune à beaucoup d’autres diptyques consulaires et religieux du VIe siècle , d’un style et d’un travail analogues comme celui-ci , à l’exécution de certains sarcophages d’Arles ; peut-être , en effet, cette feuille d’ivoire sculpté est-elle au moins la reproduction du sujet d’un des diptyques que Clovis, dans sa toute puissance, ne dut pas négliger de distribuer, selon l’usage, lors de son avènement au consulat , lorsque nous voyons par le diptyque de Boëce , consul en même temps que Clovis , jusqu’où un simple ministre de Théodoric porta la recherche en cette matière (voir à ce sujet notre chap. xm) , et notre planche du diptyque de Stilicon (chap. xi, pi. lre de V Atlas).

Nous savons que malgré le texte si précis de Grégoire de Tours (1. n , chap. xxxm) et nonobstant la savante dissertation de l’abbé Dubos (1. iv, chap. xvm), de grandes autorités , MM. Guizot et Sismondi, réduisent la faveur d’Anastase aux honneurs consulaires ; mais, dans ce cas même, ces honneurs devaient comprendre la distribution des diptyques, et le prince que Grégoire de Tours nous montre revêtant, dans la basilique de Saint-Martin , la robe de pourpre et le manteau d' écarlate (la clamyde) , puis , montant à cheval pour distribuer , manu propria , de l’or et de l’argent au peuple à cette occasion pour laquelle : « ab ea die tanquam consul et Augustus est appellatus » , aura certes joui complètement des prérogatives que lui donnait ce nouveau titre. Un témoignage de Millin nous semblerait d’ailleurs de nature à confirmer l’imputation à la rivalité de Théodoric de l’oubli du nom de Clovis dans les fastes consulaires d’Occident qu’on tenait à Ravenneetà prouver que les magistrats de la Gaule ou autres provinces auxquels les empereurs accordaient ce titre, avaient conservé au VIe siècle l’usage de distribuer des diptyques comme présens : c’est la feuille d’ivoire trouvée à Autun par cet archéologue, dans son voyage du Midi et qu’il a publiée (t. 1er, pag. 339 et pl. xrx) avec les légendes ci-après : Flavius, Pe-

T,’ AP.T CHRETIEN

Gondebaud reçut le premier choc, et qui, quelques années plus tard, valut au nouveau Constantin la possession de l’Aquitaine comme celle des trésors d’Alaric, transportés à Paris, et sans doute dans iioti'e palais même (voir tome Ier, page 38).

C’était bien le moins que cet ardent néophyte d’une religion qu’il méconnut si longtemps, même sur le trône, que ce fils aîné de l'Église , titre que lui valut son orthodoxie, et qu’il transmit à tous ses successeurs , signalât son zèle pieux en fondant, à l’exemple de son modèle et à l’aide d'un nouveau Silvestre , selon l’expression de Grégoire de Tours sur saint Remi, sa basilique des Saints- Apôtres , dont un jet de francisque, en présence de son armée, détermina le gisement-, sorte de vœu de croisade, d’un grapd effet, sans doute, sur des Barbares nouvellement purifiés , et dont les V isigoths étaient devenus dès lors les ennemis à divers litres.

Nous n’essaierons pas même, faute de traditions certaines, de supputer ici sous quelle influence d’art s’éleva dans nos murs, probablement le premier 1 de tous nos grands édifices chrétiens, le

trus, Sabbatus, Justinianus, vir illustris , mais dont on chercherait aussi vainement le nom dans les mêmes fastes, attribution à laquelle est jointe cette gracieuse dédicace :

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