‹ Les arts au Moyen AgeChapitre 25 sur 49 · MENERA PARVA QEIDEM PRETIO, SED HONORIBUS ALMA · texte numérisé non relu

MENERA PARVA QEIDEM PRETIO, SED HONORIBUS ALMA

Ce que Millin traduit ainsi : Les petits présens sont doux non par leur valeur, mais par le prix qu’on y attache.

En tous cas , si l’ivoire de M. Rigollot offre déjà, au moins comme ouvrage contemporain ou à peu près, la preuve, bien autrement constatée encore par divers passages de Grégoire de Tours , d’une pratique d’art assez difficile , le récit du même historien sur la solennité qu’il rappelle ajouterait beaucoup encore à ces témoignages , en nous montrant les rues de Reims ombragées par des toiles peintes , et ses églises ornées de tentures : « Telis depiclis adumbrantur plateæ , ecclesia cortinis albentibus adornantur » , circonstance qui, sans faire remonter aussi haut l’usage habituel de ce luxe et surtout les curieuses toiles peintes de l’Hôtel-Dieu (du XVe siècle) , prouverait avec quel soin la tradition primitive du sacre de Clovis s’est conservée dans cette métropole. Les détails que nous donnons plus loin, notamment sur les peintures exécutées près de Clermont, sous les ordres et sous les yeux de la femme de l’évêque saint Namatius, viendront expliquer ce que l’on doit entendre ici par toiles peintes et tentures.

> La première cathédrale de Paris , celle où l’on doit croire que Julien lui-même et ses pieux successeurs célébraient les solennités du christianisme , celle où l'humble bergère de Nanterre obtenait du Très-Haut, par ses ferventes prières, qu’il dirigeât sur tout autre point la marche foudroyante du fléau de Dieu, fut , selon Du Breul, l'église de Saint- Denis, dite du Pas : « ab ejus passione non a pastu aut passu, ut quidam putarunt », édifice d’étroite proportion et sans doute de style rustique , élevé de bonne heure sur le

T.’ ART CHRÉTIEN’

temple que Clovis fit construire de concert avec Clotilde , et où l’un et l’autre trouvèrent leur sépulture : « Sepultus in basilica Sanctorum Apostolornm quant cum Chrotechilde regina ipse construxerat » (Grég. Tur. , lib. 11, cap. xliii), lorsque des documens non moins positifs que les récits de Sidoine viennent constater que quelques années plus tard la nouvelle capitale des Franks ne le cédait en rien, sous ce rapport, à celle des Burgondes, dont le royaume vint se fondre en 53a dans l’empire du fils de Clovis -, et lorsqu’on peut tenir pour certain , d’après de grands témoignages contemporains , le concours d’arts qu’employa le troisième fils de Clovis (le second qu’il ait eu de son mariage avec Clotilde ), pour élever à Paris pendant son règne (de 5i i à 558), des édifices religieux dignes au moins de rivaliser avec ceux élevés depuis longtemps par saint Patiens,

lieu même du martyre de l’apôtre des Gaules : aussi ne tenons-nous pas compte de cette église comme monument dans le classement des grands temples religieux , qui , à partir de la résidence de Clovis à Paris , en 508 , se multiplièrent rapidement dans cette principale capitale des rois Franks. Le projet d’élever une basilique aux saints apôtres ayant été conçu par Clovis , avant même qu’il n’établît son siège dans cette ville , et alors que , passant ses troupes en revue pour son expédition contre Alaric, il voua cet édifice, en présence de Clotilde, au Dieu dont il attendait la victoire, ii est constant que cette église, où il fut enterré ainsi que Clotilde qui le termina : « sepultus in basilica Sanctorum Àposto- » rum quam cum Chrotechilde regina ipse construxerat » , précéda de quelques années l'érection de la nouvelle cathédrale par Cliildebert, et la fondation , par le même prince, en 522, de l’église de Saint-Vincent , destinée, comme les basiliques d’Eudoxie , de Pulchérie , etc. , comme le fût plus tard la Sainte-Chapelle , à encadrer dignement une précieuse relique , la tunique de saint Vincent , trophée principal de l’expédition du roi contre les Visigoths d’Espagne.

Les traditions nous manquent pour déterminer le style et les dispositions de cette basilique des Saints-Apôtres qu’une versatilité toujours blâmable, en fait de fondations, rangea plus tard sous le patronage de sainte Geneviève, de même que saint Germain supplanta saint Vincent ; mais si l’on considère que Clotilde, qui ne mourut qu’en 543, quinze ans seulement avant Cliildebert, continua ses soins pieux et sa direction royale à cette église, dont un passage de Grégoire de Tours lui attribue même toute la construction (1. iv , chap. v) , on ne peut douter que l’édifice ne participât de la somptuosité et de l’éclat des basiliques de Cliildebert , dont les travaux se poursuivaient presque concurremment , et sur lesquelles les constatations ne manquent pas , non plus , comme on le verra plus loin, que sur d’autres somptueux édifices chrétiens , élevés dans le même temps sur divers points de la France. Ce qui demeure seulement constaté pour cette première basilique, qui fut brûlée par les Normands en 857 , c’est sa décoration intérieure et extérieure en mosaïques (voy. Recueil des historiens de France , t. Vil , p. 72 , note D). Bornons-nous donc ici à renvoyer aux descriptions suivantes pour offrir le moyen dé juger par assimilation.

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