‹ Les arts au Moyen AgeChapitre 27 sur 49 · UiT CHHET1J5N · texte numérisé non relu

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de cette ville ( ibid ciiap. xv, xvi et xvn) % et plus tard Grégoire de Tours lui-même, pour réparer les désastres de l’incendie de sa basilique métropolitaine.

« Indépendamment de diverses autres églises construites par Perpétue , [Grégoire de Tours cite (chap. xv, xvx et xvn) , comme ouvrages contemporains, la basilique d’Autun, bâtie par le prêtre Euphronius , celui qui envoya le marbre qui recouvrait le tombeau de saint Martin, ainsi que les églises élevées dans Clermont et prés de cette ville, par saint Namatius et par sa femme. « L’église de Namatius est , dit-il , la plus ancienne de celles qu’on voit dans l’intérieur de la ville, ce qui prouve que la construction en était antérieure à 472, première année de l’épiscopat de Sidoine. Il nous dépeint d’ailleurs cet édifice comme rentrant à peu près dans les proportions , et sans doute aussi dans les dispositions de celle de Saint-Martin, ce qu’il dit de son abside de forme ronde : « in ante absidem rotundam » habens » , ne devant pas s’appliquer à l’hémicycle habituel des basiliques constantiniennes. Tout l’édifice, ajoute-t-il , est disposé en forme de croix : « totum œdificium in » modum crucis hàbetur expositum » , ce qui se concilierait avec l’altarium circulaire , au moyen des ailes d’une élégante structure dont il parle. Ici le marbre seul est mentionné comme revêtant les parois intérieures : « parûtes ad altarium , opéré sarsurio,

» ex multo marmorum genere exornatas habet » ; mais dans l’église de Saint-Étienne , bâtie hors des murs de Clermont , c’est de peintures qu’il s’agit , comme dans plusieurs autres passages et principalement dans celui où Grégoire parle (1. x , chap. xix) des travaux qu'il fit exécuter , lors de la reconstruction des basiliques de saint Perpétuus :

« Je les fis peindre et décorer par nos artistes avec tout l’éclat qu’ elles avaient antérieu- « rement (quas in illo nitore vél pingi, vel exornari, ut prias fuerant, artificum nos- » trorum opéré , imperavi) » , et encore dans ce passage du chap. xxxx du liv. ii , où Grégoire , après avoir montré Eberulf qui , menacé , en 584 , de la vengeance de Contran , avait fixé sa demeure dans la sacristie même de la basilique de Saint-Martin de Tours , par crainte du roi , contre qui le sanctuaire était alors un asyle inviolable , parle de jeunes filles qui , entrées avec des serviteurs d’Eberulf , vinrent admirer les peintures des murailles et examiner curieusement les ornemens du saint tombeau : « suspi-

» ciebant picturas parietum, rimabanturque ornamenta beati sepulcri . »

Pour revenir à l’église de Saint-Étienne , près de Clermont , le saim évêque raconte de sa fondatrice , la femme de son collègue Namatius , que, voulant orner son église de peintures et tenant sur ses genoux un livre où elle lisait l'histoire des temps passés (ce qui prouve qu’il s’agissait bien de peintures historiques), pour indiquer aux peintres ce qu’ils devaient représenter sur les murs : « pictoribus indicans quœ in parielibus pingere deber ent » , elle fut prise pour une mendiante et devint , sous ce rapport , l’objet d’une aumône de pain qu’elle accepta comme don du pauvre, et dont elle employa jusqu’au dernier

morceau pour la bénédiction de ses repas. »

On ne s’étonnera pas de ce concours d’efforts conjugaux dans une sainte mission ressortissant à l’épiscopat, si l’on se reporte à ce que nous avons dit plus haut delà manière de procéder dans le choix des évêques mariés ou non. Sidoine Apollinaire lui-même conserva sa femme plusieurs années après qu’il fut monté sur le siège de Clermont. Mais alors, aux relations mondaines succédait! bien souvent un assaut d actes pieux et de saintes fondations , pour la participation des deux sexes à la grâce d en haut. C est ainsi que sainte

l’art CHRÉTlüN.

Fortunat % cet étranger naturalisé par sa participation à nos

Scholastique , suivant l’exemple de son frère , consacra ses grands biens à fonder un couvent de femmes dans le voisinage du montCassin. On trouve d’ailleurs souvent dans la vie des pères de Grégoire de Tours , à propos de vocations ecclésiastiques déterminées par une cause quelconque : « relinquam sponsam » , ou son équivalent.

i L’occasion devant s’offrir pour nous et à plusieurs reprises, de parler de cet évêque de Poitiers , l’une des célébrités du VIe siècle , nous croyons devoir faire usage ici , à titre de prolégomène, d’une note manuscrite qui nous a été communiquée par M. le président de Grégori, comme redressement d’erreurs sur ce prélat, consacrées même dans la Biographie universelle, où l’on semblait cependant avoir pris à tâche de distinguer Fortunat le poète , né , dit-on , dans le Trévisan , d’un autre évêque du même nom , né à Verceil , et qui vint également s’établir et mourir en France vers le même temps.

Selon M. de Grégori , qui s’est voué à la revendication de cette illustration vercellaise , ce serait au contraire l’évêque de Poitiers , le poète auteur du Vexilla regis et de tant d’autres productions , l’ami de saint Germain et de Grégoire de Tours , l’instituteur du roi Sigebert , le messager galant de sa mère , la reine Radegonde , qu’il canonisa presque de son vivant dans ses vers, « ad sanctam Radegundam», etc., et sans doute le secrétaire de cette recluse dans sa correspondance en vers avec l’empereur Justin ( voy . notre chap. xiv), qui aurait vu le jour à Verceil , et non pas à Dualabile , comme le dit Paul Diacre.

Venantius , dit-il , était son nom de famille , celui de Fortunatus n’ayant été pris par lui qu’à l’occasion du résultat qu’il obtint , pour la guérison d’une ophtalmie, de sa visite au tombeau de saint Martin , objet de son voyage en France, selon Baronius : quant à ses prénoms Honorius , Clementianus , ils lui auraient été donnés pour constater , dit l’historien piémontais, Rafaelli, qu’il n’appartenait pas aux familles gothiques, établies alors en grand nombre en Lombardie , ce qui offrirait un témoignage reculé de la rancune et de l’antipathie que soulève encore aujourd’hui, pour les Italiens, le nom seul de Goth, de Gothique. Selon M. de Grégori , les mots Ausonianatus qu’on lisait à Poitiers sur le tombeau de cet évêque , auraient causé l'erreur des historiens et biographes , qui ne comprirent pas sans doute qu’une petite ville du Piémont pût dignement représenter la grande Grèce , sans considérer que le nom poétique de la patrie des Ausones s’étendit plus tard à toute l’Italie.

Quoi qu’il en soit , voici les preuves qu’administre ailleurs ce savant, de l’état civil rectilié de son illustre compatriote, évêque de Poitiers en 565, mais selon Bellarmin en 570.

Les registres très anciens du chapitre de la métropolitaine à Verceil , constatant l’inscription parmi les saints évêque de cette ville, de Venantius , dont l’office et fête sont célébrés le 18 juin.

Le témoignage des historiens vcrcellais Bellini et Mella, et des chanoines Modena et Le Malacarne , qui ont inscrit Vcnanzio Fortunato parmi les saints et les littérateurs que celte ville s’honore de compter comme siens, et ceux non moins imposans du savant Orico , bibliothécaire de l’Ambrosiane , à Milan , de Mgr. Ferrero , de François Ranzo , des historiens Dellachiesa , Rocolti, Cratigia, Alberti, de Ferrarius, des Bollandistes, du moine Gono et autres , dont la constatation est bien mieux établie dans un ouvrage de M. de Grégori ( Hist . de la littérature et des arts du Vercellais , t. Ier).

Ce genre de recherches et de controverses sortant de notre cadre déjà si large , nous ne

Si DG

i.’mit oiihétiex.

gloires , et Grégoire de Tours 1 , prélats dont les vertus , le savoir et la haute influence justifient bien encore , sous les fils de Clovis ,

l’abordons ici que comme exemple du soin religieux qu’on prend partout ailleurs d’assurer et de revendiquer au besoin la propriété tout intellectuelle des hommes célèbres même par des productions exotiques , tandis qu’un voile épais couvre encore chez nous le berceau de tant d’illustrations de tous genres, dont les ombres flottent errantes dans les limbes du moyen âge , et même de temps bien plus rapprochés, comme ceux qui virent naître les Fouquet, les Juste, les Goujon, les François Briot et tant d’autres arlisles français connus seulement par leurs chefs-d’œuvre.

« Le vague , en fait de constatations d’origines inconnues , dont la révélation offrirait souvent à nos plus obscures provinces de justes sujets d’orgueil, est plus commun pour les artistes que pour les écrivains qui , pour la plupart, en usant du moyen de la publicité qui constituait leur art, ont consacré ou du moins laissé poindre des indications dont les biographes se sont emparés. Ici , et pour le premier comme le plus grand de nos historiens , l’obscurité n’était pas à craindre , sa haute naissance, sa célébrité précoce, ses vertus, ses talens et l’éclat de l’épiscopat dont il fut investi dès l’âge de trente-quatre ans , ayant fixé sur lui les yeux et l’admiration de ses contemporains , sentiment que leur postérité a confirmé et confirme de jour en jour davantage.

D’étroites relations durent exister, ne fût-ce qu’à raison des sympathies littéraires entre Grégoire , évêque de la capitale de Sigebert , comme roi d’Austrasie, et Fortunat, l'instituteur de ce prince, ainsi que semble l’indiquer le chant de Fortunat « ad cives Turonicos de » Gregori o episcopo Turonensi, » commençant par ce vers :

« l’iaudite, felices populi, nova vota tenentes,

« rræsulis adventu rediUte vota Deo.... » (Lit), v).

On sait aussi que c’est l’évêque de Tours qui, en l’absence de celui de Poitiers , rendit les derniers devoirs à sainte Radegonde, protectrice de Fortunat, morte en 587 : « fui- » que et ego pressens ad eam sepeliendam » , dit-il (1. ix, chap. n) ; mais ne se méprend-on pas lorsque, pour contester à Fortunat le titre d’évêque, on s’autorise de ce que Grégoire de Tours ne lui donne que celui de prêtre. Si nous ne nous trompons , cette assertion ne peut reposer que sur deux passages : l’un (de gloria Confessorum, chap. xv) où il est dit :

« Itaud procul a basilica beati Martini, Venantius abbas requiescit . » ; et l’autre ( tiré

de la Vie des Pères , chap. xvi , où il parle du même Venantius de Bourges. Dans ce cas, il y aurait nécessairement confusion , puisque notre Fortunat, mort , d’après les biographes, vers 609 , et selon M. de Grégori , en 606 , ne pouvait reposer non loin de la basilique Saint-Martin où ailleurs, du vivant de Grégoire de Tours , mort en 595.

Quoi qu’il en soit, ces deux écrivains contemporains nous ont laissé, l’un en vers et l’autre en prose , ainsi que Sidoine dans ces deux formes de langages , les documens les plus curieux et les plus authentiques sur notre histoire et sur les mœurs , habitudes et travaux d’art de ces époques reculées. Plût à Dieu qu’ils eussent trouvé de dignes continuateurs !

Quanta leur mérite relatif, Grégoire de Tours se place hors ligne par l’importance et l’intérêt soutenu de ses annales , seul flambeau qui soit venu jeter quelque lumière sur les premiers âges de notre monarchie ; vient ensuite Sidoine dont les poésies , comme le remarque l’abbé Dubos ( Discours préliminaire , p. 28), sont bien supérieures pour l’invention et pour le style à celles de l’évêque de Poitiers.

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