‹ Les arts au Moyen AgeChapitre 3 sur 49 · ART CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

ART CHRÉTIEN

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Le commerce de cette matière est encore constaté par le verset 1 5 du chapitre xxvn d’Ezéchiel : Les enjans de Dedan ont trafiqué avec vous- ils vous ont donné en échange de vos marchandises des dents d'ivoire et de V ébène , « dentes eburneos et heben, » circonstance qui, pour le dire en passant , constate à la fois la haute antiquité des travaux exécutés avec ce bois qu’on tirait alors de l’Asie, et qui, grâce aux communications plus faciles avec l’Amérique, est devenu pour nous, surtout au XVIIe siècle, un grand moyen d’exploitation pour notre mobilier de luxe. Remarquons en même temps que les envois de bois étrangers dont nous avons parlé plus haut expliquent l’activité des travaux de placage chez les Hébreux , et viennent à l’appui de la remarque de Winckelmann sur l’erreur commise par les traducteurs de la Vulgate, dans la qualification des mille ouvriers en travaux de marqueterie queNabuchodonosor III emmena captifs de la seule ville de Jérusalem, lors de la révolte de Sechonias *.

Ici se termine le grand période de la gloire des Hébreux et de la splendeur relative de leurs arts, le roi de Babylone, déjà vainqueur à plusieurs reprises des rois de Juda , mais provoqué de nouveau par Sedecias , s’étant emparé de Jérusalem après un long siège , et ayant confié à son général Nabuzardan, terrible ministre de sa vengeance, le soin que prirent également plus tard Tite et Adrien de ruiner de fond en comble la capitale du royaume de Judée. Dans cette horrible conflagration où le feu consuma la ville entière, on conçoit que le temple du Seigneur et le palais de bois du Liban existant alors depuis quatre cent cinq ans , durent succomber des premiers, après avoir été dépouillés de toutes leurs richesses transportables. L’énumération des trésors de tous genres dont Nabuzardan et ses auxiliaires les Chaldéens firent leur proie, offre aux Saintes- Écritures l’occasion de rappeler tous les travaux d’art de Moïse et de Salomon, désignés plus haut, depuis les deux colonnes, la mer de fonte,

• Le Maistre de Saci, dont nous consultons la traduction de seconde main, faute des connaissances nécessaires pour remonter au texte hébreu, qualifie d'artisans et de lapidaires ces ouvriers désignés par dom Calmet sous le nom de maréchaux et charpentiers, faute sans doute d’avoir pu traduire exactement le verset lGduchap. xxiv du ive livre des Rois; mais nous adoptons avec confiance , dans une question scientifique hors de notre portée, la rectification de Winckelmann, qui déclare (t 1er, p. 202) «que le mot hébreu qui désigne ces “ artistes a etc généralement mal compris , mal traduit , mal expliqué. »

l’art chrétien.

les socles, etc., dont l’airain fut transporté à Babylone jusqu’aux vases d’or, coupes , encensoirs , chaudières, mortiers, tasses, fourchettes, etc. Pour surcroît de maux, la population échappée au carnage dut suivre tout entière la retraite des vainqueurs, pour subir une dure captivité loin d’une patrie ravagée, d’une capitale naguère florissante, confiée maintenant aux soins purement aratoires de quelques pauvres Hébreux, laissés dans ce but sur son sol : « Sion quasi ager arahatur, » dit Jérémie.

Mais une nouvelle ère de gloire et de prospérité s’ouvrit encore pour le peuple de Dieu, lorsque Cyrus brisa des chaînes sous lesquelles une génération tout entière avait dû succomber dans un exil de

i Nécessairement cette phase de l’histoire des Hébreux dut imprimer une marche plutôt rétrograde que progressive à leurs arts qui, comme tous les produits du génie de l’homme, et les dons de la nature , ne peuvent réellement prospérer et fleurir qu’en liberté. Aussi Babjdone dût-elle conquérir plutôt des ouvriers que des artistes par la migration forcée prescrite par Nabuzardan. II est vrai que cette ville, depuis longtemps célèbre, n’avait rien à envier à Jérusalem sous le rapport des arts, ainsi qu’en témoigne le songe si ingénieusement expliqué par Daniel de la statue àla tête d'or, à la poitrine d’ argent , aux ventre et cuisses d’airain , aux jambes de fer et aux pieds d’argile ; et plus positivement encore cette statue d’or haute de soixante coudées et large de six , élevée par Nabuchodonosor luimême , devant laquelle les compagnons de Daniel refusèrent de se proterner , préférant l’épreuve de la fournaise dont ils sortirent triomphons.

Sans doute la population juive , devançant de près de neuf siècles , dans ses souffrances et sa résignation , l’exemple offert parles quarante mille chrétiens employés aux travaux des Thermes de Dioclétien , aura pu concourir aux somptueux embellissemens , murailles , jardins suspendus sur voûtes , dont Nabuchodonosor lit les frais, et dont, par une erreur traditionnelle, Sérniramis a recueilli la gloire ( v . Bérose et Abidène, cités dans Josèphe (liv. ii , contra Appion ) ; mais lorsqu’on voit , après une aussi longue captivité , la nouvelle génération juive trouver en elle assez de ressources d’art pour réédifier le temple dans toutes scs parties , il faut en outre supposer qu’un certain nombre des jeunes captifs poursuivit en esclavage les études de leurs pères. Ils en trouvèrent les moyens à l’école des Chaldéens, qui , comme on vient de le voir, préludaient grandement alors au déploiement du luxe (pi’ on trouve quatre-vingts ans plus tard dans les festins d’Assuérus , souverain de cent vingt-sept provinces , festins, l’un de soixante-quinze, l’autre de cent quatre-vingts jours , où « des lits d’or et d’argent étaient rangés en ordre sur un pavé de porphyre et de » marbre blanc embelli de plusieurs figures avec une admirable variété ( mira varietate pictura decorabat ) ( Livre d’Esther, chap. î, verset 6). Remarquons à cette occasion que cette dernière description, qui ne peut s’entendre , comme pavage, que d’une marqueterie de marbre , assigne une haute origine à la mosaïque dont l’emploi au même titre est mentionné par Vitruve , mais cinq siècles plus tard , et dont l’usage comme revêtemens verticaux ou lambris ne parait dater que du règne de Claude (voir notre chap. vi) .

L A H T CHRÉTIEN

cinquante-deux ans ; chose remarquable! comme témoignage surtout de la constance que le peuple juif opposa aux plus dures épreuves. L’ardeur de la génération nouvelle pour le culte de ses pères ne s’en montra que plus vive , lorsque son chef Zorobabel, de la race de David, reprit les travaux du Temple1, autorisés, puis suspendus par

i Le temple bâti par Zorobabel après la captivité , quoique situé sur un emplacement autre que celui du temple de Salomon, fut élevé sur le meme plan et avec des dispositions architecturales et d’ornementation semblables en tous points à celles de l'ancien édifice qu’il s’agissait avant tout de reproduire et non d’améliorer. L’impatience de jouir de ce sanctuaire fut telle chez les Juifs rendus à leur indépendance, que les travaux identiques à ceux auxquels Salomon , malgré l’immensité de ses ressources , consacra sept années (il en mit treize à élever son palais) furent terminés en quatre ans. Serait-ce un signe de progrès plutôt que de décadence dans les moyens artiels employés à un intervalle de cinq siècles? ou l’actif concours d’une population sevrée depuis longtemps de ce qui constituait principalement son bonheur et sa gloire, suffit-il pour expliquer cette accélération qu’on ne retrouve plus dans le troisième temple construit par Hérode-le-Grand , qui y employa onze mille ouvriers occupés pendant neuf années? C’est qu’aussi le sanctuaire qu’il prit fantaisie au nouveau roi, par la grâce de Rome, de remplacer par un autre plus digne de l’état de l’art deVitruve, était resté debout pendant la nouvelle construction à la demande presqu’ impérieuse des Juifs. C’est figurément, comme on l’a observé, que Jésus-Christ assigna, dans saint Jean, une durée de quarante-six ans à cette construction, parce qu’on y travaillait encore lors de sa Pâque. Ces travaux furent d’ailleurs prolongés bien au-delà de la mort d’Hérode par les terrassemens de la vaste esplanade où s’élevait le dernier temple, à l’orient de Jérusalem , 'sur les vallées de Siloé et de Josaphat.

La description comparative de ces deux édifices longtemps juxta-posés , telle que la donne Josèphe de Visu (de BeUo jud., 1. vi, p. 917 et suiv.), ne peut suffire faute de détails architectoniques précis et de démonstrations techniques, pour établir les différences essentielles qui devaient exister entre un édifice élevé sous l’influence de la haute pensée religieuse de Salomon , et un temple dans lequel Hérode voulut surtout faire acte de souveraineté et de rivalité avec Auguste : à plus forte raison les planches inspirées à domCalmet par le récit de Josèphe (v .Dictionnaire de la Bible, tome II, p. 406 et suivantes) manquent-elles évidemment de ce caractère d’exactitude et d’époque, grâce auquel on peut souvent juger de la ressemblance d’un portrait, sans en connaître le modèle. Arrêtons-nous donc seulement aux proportions qu’il était plus facile de conserver dans la transmission traditionnelle.

La forme extérieure était celle d’un carré de cent coudées ( de 20 pouces 6 lignes ) sur toute face , proportion du parvis de l’ancien temple. Cent soixante-deux colonnes de neuf pieds de diamètre soutenaient les galeries du pourtour. Les portes, presqu’aussi hautes que le temple , étaient flanquées de colonnes avec corniches ornées de branches de vigne d’or avec leurs grappes , ornemens étrangers à ceux si explicitement décrits dans la Bible. Josèphe parle même (ch. xiv) d’un portique corinthien, de colonnes à inscriptions grecques et latines, de portes en bronze de Corinthe, etc.; mais pour se convaincre, à défaut de preuves expresses , qu’IIérode dut introdu.re dans son architecture bien d’autres variantes , sans

Cyrus, et terminés sous le règne de Darius, fils d’Hystaspe, l’an du monde 3489, 5 1 5 ans avant l’ère vulgaire, vingt ans après le

doute moins innocentes que ces pampres et ces emprunts au style grec, il suffît de lire ce que Gibbon dit presqu’à ce sujet des efforts de ce prince à demi-païen pour dénaturer les traditions hébraïques : « Ni la violence d’Antiochus, ni les artifices (VHérode , » ni l’exemple des nations circonvoisines , ne purent jamais engager les Juifs à joindre aux » institutions de Moïse la mythologie élégante des Grecs.» On sait d’ailleurs que ce prince était parvenu à former dans sa nation une secte de fusion , dit des Hérodiens , qui n’eut qu’une existence éphémère .

Il ne tint pas à Auguste , dont la tolérance religieuse fut si remarquable, que cette fusion ne s’opérât, du moins dansles pratiques du culte, puisque cet empereur ordonna des prières dans ce temple pour la prospérité de son règne (Cicero, pro Flacco, c. m). Il imitaitau surplus, en ce point, Alexandre , qui , présent à Jérusalem l’an du monde 3583, avait offert des sacrilices dans le temple de Zorobabel, que Ptolomée Philadeîphe combla de dons précieux ; mais les Juifs, soumis à ces démonstrations toutes politiques , passèrent de l’indifférence à l’indignation lorsque Caligula voulut placer sa statue dans leur temple (Tacite Hist. v. 9).

Afin de justifier autant que possible notre invasion dans l’art inconnu, quoique bien constaté des Hébreux , pour y chercher les racines de l’art chrétien', les sources où les sectateurs du Christ restés longtemps fidèles aux mœurs comme aux traditions de leurs ancêtres et de leurs frères les Juifs, auraient puisé de préférence en cas d’exploitation précoce d’un art quelconque , nous ajouterons que le temple de Salomon offrit , sous plusieurs rapports , aux premiers évêques chrétiens , les leçons et les modèles dont ils s’inspirèrent dans la construction des basiliques primitives , de même qu’il était présent encore à la pensée de Justinien, lorsqu’après avoir consacré six années et des dépenses qu’on évalue à vingt-cinq millions , à reconstruire , avec le concours de dix mille ouvriers , la basilique des Saints-Apôtres de Constantin , il s'écriait, dans sa pieuse vanité: « Gloire à Dieu, etc . . O Salomon, je fai vaincu! » Qu’étaient en effet cet atrium et ces portiques placés notamment devant l’église élevée par Constantin sur la crypte de Saint-Pierre, « atrium B. » Pétri apostoli mperius quod Paradysus dicitur , quod est ante ecclesiam in quadri » porticum maquis marmoribus slravit » (Bibüolhecarius), si ce n’est la seconde enceinte du premier templeduSeigneur, citée par Josèphe, telle quelle était, <c environnée de grandes » galeries avec quatre grands portiques , auxquelles étaient attachées de grandes portes » toutes dorées , » dispositions où l’art chrétien puisa aussi cet inter columnium : « (Juod » quinque naves sustentabat », cité d’ailleurs par Ciampini (de Sacris Ædificiis , c. iv , p. 33), avec cette remarque justificative de l’analogie que nous établissons entre les deux principes « ad ordinem ilium columnarum porticus templi Salomonis alludcntes ? »

Ne retrouve-t-on pas aussi dans le soin que prenait notre premier clergé de construire par lui-même ses temples, la tradition sacerdotale des sacrificateurs juifs, qui seuls, selon Josèphe , pouvaient travailler au saint , au sanctuaire, & l’autel des holocaustes et au parvis des prêtres , où Hérode lui-même , qui n’était que laïque , ne put jamais pénétrer?

Ce doit donc être un sujet de vifs regrets pour les explorateurs d’archéologie comparée et de traditions sacrées , que la subversion totale de ce temple par ordre de Tite irrité. Les moindres vesLiges ou traces de constructions antiques bien moins complètes que celles

l’.vkt chrétien.

retour de la captivité , travaux où Esdras et Néhémie continuèrent l’œuvre de Zorobabel.

> Profané environ trois siècles et demi plus tard, par l’ordre d’Antiochus Epiphanes, l’an du monde o83^, l’autel de ce temple, resté trois ans sous le poids de l’idole de Jupiter Olympien , fut ensuite purifié pas Judas Machabée , et cette nouvelle souillure ne fut pas la dernière.

Pompée, maître de Jérusalem % avait,, dans sa magnanimité, respecté le sanctuaire religieux du peuple que ses armes afïiliaient à l’empire-, mais l'insatiable Crassusse montra moins grand. Ce consul, poursuivant sa funeste guerre contre les Parthes , ne put , malgré son immense fortune2, résister à l’appât des trésors dédaignés par Pompée, et non content de deux mille talens trouvés à Jérusalem, il joignit la spoliation des trésors de son temple à celle des richesses du temple juif d’iiiéropolis , justifiant ainsi par un brigandage sans excuse les mots qne le roi des Parthes Orode lui adressa après avoir gorgé sa tête d’or fondu : cc Rassasie-toi donc enfin de ce métal dont » tu t’es montré si avide ! » De nouveaux conflits entre des prétendans au trône de David et une aggression de ces mêmes Parthes que

dont TAttique , la Sicile et l’Italie nous offrent tant d’admirables variétés pour l’art païen, auraient offert le moyen de renouer la chaîne qui doit unir l’art inspiré par le christianisme à celui cultivé sous ses prophètes, et d’évoquer les plus saintes traditions sur le lieu que couvre aujourd’hui la mosquée d’Omar.

i Plusieurs victoires poursuivies jusqu’à l'embouchure du Phase et suivies delà mort de Mithridate , assurèrent la possession de l’Orient aux Romains, qui n’y régnèrent d’abord qu’en plaçant sur les trônes rendus vacans par leurs conquêtes , des rois de leur choix , comme fit Pompée en rétablissant Tigrane sur le trône d’Arménie. Le même général, appelé comme arbitre des prétentions d'Hircan et d’Ari lobule à régner sur la Judée, y pourvut en s’emparant de Jérusalem, dont il fit une province romaine , et en disant sans doute aux royaux compétiteurs :

« Tenez , Rome vous donne à chacun une écaillé » Sans dépens et qu’en paix, chacun de vous s’en aille. »

z Crassus était considéré comme le plus opulent de tous les Romains; son patrimoine, d’environ un million quatre cent mille livres tournois, s’accrut successivement jusqu’à trentetrois millions , après ses générosités au peuple auquel il assura une subsistance de trois mois en partant pour sa campagne d’Orieni. Il s’augmenta encore du produit de la spoliation des temples d’Hiéropolis et de Jérusalem. Et ce futeependant la soif de cet or dont le roi des Parthes le rassasia outre mesure , qui lui fit entreprendre celte campagne toute d’agression , malgré l’opposition du peuple et en dépit des auspices contraires.

l’art CHRLTlliN*

la défaite de Crassus rendit envahisseurs, ensanglantèrent de nouveau ce sanctuaire du Très-Haut réservé à de nouveaux mystères -, mais après un second renouvellement des richesses mobilières du temple, lun des premiers soins d’ Hérode-le-Grand, nommé roi de Judée sur les instances de Marc- Antoine , quarante-six ans avant la première Pâque de Jésus-Christ, fut de construire un nouvel édifice, en présence de celui de Zorobabel, dont les Juifs exigèrent que la destruction fût ajournée à l'achèvement de Pœuvre nouvelle. Neuf années furent employées à la construction de ce nouvel édifice, consacré par tant de phases de la vie du Christ % et que Tite irrité renversa de fond en comble, l’an 71 de notre ère, faisant de ses trésors, comme Nabuzardan, la proie de la nouvelle Babylone ( voir pour les détails Josèphe , de Bcllo Judaico, 1. vu, c. xvnet xix, p. 979 et 980).

Sera-ce assez de cette accumulation de témoignages que chacun pourra scruter, d’après nos indications de source, pour établir que l’art des Hébreux eut ses types spéciaux, indépendans à beaucoup d’égards de ceux puisés dans des relations de voisinage et de commerce avec d’autres peuples d’Orient? et la continuité de ces travaux pendant dix siècles, ces constructions et reconstructions successives du temple du Seigneur avec ses dépendances et ornementations consacrées par le jet primitif , la substitution rapide et à diverses reprises de sculptures , fontes et ciselures nouvelles, à celles enlevées ou détruites, ne combattent-elles pas victorieusement cette induction du grand Winckelmann, si profond dans tous ses aperçus, mais préoccupé ici du prestige et de la surabondance relative que les monumens positifs des autres peuples offraient à ses recherches, que les beaux-arts ré étaient pas exercés par le peuple hébreu ( Hist . de l'Art, tom. I, page 201).

1 M.deChàteaubriant, à qui nous aimons à céder la parole, sûr d’offrir à nos lecteurs un oasis dans leur fatiguant parcours , résume ainsi les diverses circonstances où la présence de Jésus-Christ au temple est devenue historique : « Quarante jours après sa nais- » sance, il y fut présenté ; la Vierge y fut purifiée. A douze ans le fils de l’homme y enj> seigna la doctrine - il en chassa les marchands; il y fut inutilement tenté par les démons; » il y remit les péchés à la femme adultère ; il y proposa la parabole du bon pasteur , celle » des deux enfans, celle des vignerons, et celle du banquet nuptial. Ce fut dans le même » temple qu’il entra au milieu des palmes et des branches d’olivier, le jour de la fête des » Rameaux ; enfin il y prononça le Reddile quœ surit Cæsaris, et quœ sunt Dei Deo, >1 et y fit l’éloge du denier de la veuve. » (Ilin. de Paris à Jérusalem, t. 11, p. 365.)

Puisque ce long détour nous a conduit, presque de chute en chute, au déclin de l’art hébraïque d’où daterait naturellement l’aurore de l’art chrétien , d’après la longue homogénéité, l’origine commune et la confusion, meme aux yeux des persécuteurs du IIe siècle , de ces deux religions ennemies du polythéisme , examinons de quelle époque peuvent dater les premières lueurs de cette aurore et quelle en fut l’intensité.

Nous commencerons par cette question presque absurde aujourd’hui, mais que notre mission comme accidentellement chargé de traiter de la matière de ce chapitre nous force impérieusement de poser : exista-t-il un art chrétien contemporain du Christ meme ?

On sait que les traditions purement religieuses n’en font aucun doute et dotent la statuaire chrétienne , non-seulement de la figure d’airain qu’éleva à Panéas 1 ’héniorrhoisse de l’Evangile, en reconnaissance de sa guérison miraculeuse, statue qu’Eusèbe dit avoir vue de ses yeux [y . Damascène , Orat. 3), et dont Sozomène raconte (1. Y, c. xx ) toutes les vicissitudes , mais aussi de celle faite par Nicodème et que les Juifs crucifièrent-, et qu’elles citent comme titres de gloire de la peinture du même temps , d’abord les images achciropoietes , formulées sans la participation de la main des hommes, telles que celle d’Edesse envoyée par Jésus lui-même à Abgarre, et qui ferait remonter au moins à cette époque l’usage des cadeauxportraits de souverain à souverain 1 -, telle encore que cette autre

r Abgare , le fils sans doute de ce roi de Mésopotamie qui , bien que soumis aux Romains par Pompée , livra Crassus et son armée à la vengeance des Parthes , aurait, selon Eusèbe, imploré contre une grave maladie dont il était atteint, le baume céleste dont Jésus-Christ se montrait le dispensateur , lui offrant en échange un asile contre ses ennemis, dans la ville fortifiée d'Edesse. Quoi qu’il en soit du plus ou moins d’authenticité des relations par lettres qui auraient eu lieu à ce sujet , et de la conversion d’Abgare à la foi chrétienne , par Thadée, l’un des soixante-dix disciples, l’image figurative du Christ , qu'on annonça avoir trouvée en 541 , sous Justinien, dans une niche de mur à Edesse , vint raviver la tradition épistolaire qu’avait rejetée le concile de Rome, tenu eu 494 , sous le pape Gélase. L’image prouva la lettre et la lettre l’image , devenue l’un des principaux argumens dans la sanglante dialectique qui divisa bientôt après l’Orient et l’Occident , et qui , huit siècles plus tard , refleurit plus ardue , plus meurtrière que jamais, sous le nom de réforme. Ce qui dut ajouter à l’importance de cette découverte , c’est l’iniluence que l’évêque d’Edesse, qui remit le premier cette image en lumière , lui attribua dans le salut de cette ville , menacée par le roi de Perse Chosroës , qui s’égara chemin fai-

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