‹ Les arts au Moyen AgeChapitre 4 sur 49 · I. ART CHRKTIfiN · texte numérisé non relu

I. ART CHRKTIfiN

sainte face, dite V ironique, imprégnée des sueurs et du sang du Sauveur marchant au saint supplice 1 j puis encore de véritables produits de l’art résultant des nombreux portraits du Christ, et surtout de la Vierge et de l’Enfant-Jésus , qu’on offre encore en divers lieux à la vénération des fidèles, comme œuvres du pinceau de l1 évangéliste saint Luc.

Comme il va sans dire que , dans une dissertation toute positive sur les variations de l’art, nous ne pouvons tenir compte des créations miraculeuses dues à une intervention supérieure à celles dont nous évoquons les fastes, et qui ne peuvent à ce titre servir de jalons dans la marche de l’industrie humaine , on ne s’étonnera pas que nous bornions ici notre examen à celles de ces productions que la main

sant (v. Procope, de Bello persico, t. Il, et Evagrius , Hist. eccl., 1. iv, c. xxvii). Quoique la vertu de cette image , amoindrie sans doute par la perversité des populations , ait été moins sensible lors de la prise et du sac d'Edesse , par les musulmans, les Chrétiens n’en rachetèrent pas moins leur saint palladium par l’énorme rançon de cent vingt quintaux d’argent et par la liberté de deux cents prisonniers chargés sans doute de porter ce tribut. Cette sainte face fut transportée d’Edesse à Constantinople, sous le règne de Constantin Porphyrogenete (Const. Porph., orat. de imatj. Edess. apudGretzer, de Imaj. non manufact., cap. iv , t. XY op., p. J 85) . l e cette capitale , elle passa à ! ome, où elle fut longtemps l’objet d’un culte public dans l’église de Saint-Silvestre in Capita. Cartelli l’a fait graver dans l’histoire de cette église.

i Le nom de Véronique , donné à l’empreinte de la figure du Christ, qui se fixa d’ellemême sur le voile qu’une sainte femme présenta au Sauveur fléchissant sous le poids de sa croix, porte en lui la personnification de ce fait et de son résultat , moyennant une légère transposition dans les mots ver-iconia (vraie image). Comment donc admettre que ce nom appartint à la fois à l’image et à la sainte honorée par l’Église comme ayant été jugée digne, grâce à sa courageuse et douce piété, que ce miracle s’opérât pour elle? On suppose, il est vrai, que Bérénice était le nom primitif de la sainte femme dans laquelle quelques écrivains voient l’hémorrhoisse de l’Evangile, ce qui rattacherait à sa mémoire les premiers jets de deux principales branches de l'art chrétien ; mais cette transformation ne tendrait qu’à équivoquer sur notre remarque au lieu de la résoudre ; M. de Châteaubriant lui-même , qui (dans son Itinéraire) signale la place qu'occupait la maison de Bérénice dans la voie douloureuse, observant (t. II, p. 245) que les deux noms de Bérénice et de Véronique n’en font qu’un «au moyen de la transmutation du B en C, très fréquente dans les langues » anciennes. »

Quoi qu’il en soit, puisqu’il ne s’agit pas d’œuvres d'art, nous devons nous borner à nous incliner humblement et aveuglément devant ces images dont il existe plusieurs au Vatican, à Saint-J ean-de-Latran , et meme à Turin, où le sacré voile ne reçoit pas moins d'hommages et d’invocations que les saintes faces (v. l’ouvrage du P. Marangoni sur le SanctaSanctorum, et Mabillon, t. II de son Mustnmitàlieum).

ART CHRETIEN’

des hommes a pu seule mettre au jour, pour y rechercher si, comme l'affirment quelques écrivains, on peut en induire l’existence, même la prospérité de l’art chrétien, bien longtemps avant la fréquentation des Catacombes.

Sans nier, par exemple, qu’une femme malade depuis douze ans, et guérie par le seul contact des vêtemens du Christ (saint Mathieu, ch. ix, v. xx), ait voulu consacrer sa reconnaissance par un groupe de bronze que Julien aurait fait abattre , pour y substituer sa statue 1 -, sans recourir non plus à des suppositions, comme celles de la Bibliothèque germanique , qui voit dans ce groupe Bérénice aux pieds de V espasien , etc., quoi de plus simple que de supposer qu’un artiste grec, de ceux qui pouvaient habiter Jérusalem sousliérode, ait été chargé de ce monument? Et pourquoi chercherait-on aussi un témoignage de l’art chrétien dans la figure sans doute plastique que le pharisien Nicodème , maître en Israël , selon l’expression de Jésus-Christ (saint Jean, c. ni, v. io), aurait pu mouler lors de l’embaumement du corps, confié à ses soins?

Resteraient les portraits manufacturés dont les églises chrétiennes furent remplies , et dont il reste encore de nombreuses épreuves à Rome, à Bologne, à Venise (Palazzo Tiziano), et jusque sur le mont Liban (au bourg de Sardagna)2 , peintures attribuées à l’évangéliste saint Luc par l’ancienne tradition, et à Luco sanio par la nouvelle,

» D’après l’idée que nous nous sommes faite de notre hôte , l’érection par ses ordres de sa statue , surtout dans une petite ville de Palestine , nous surprendrait autant que la préservation de celle du Christ pendant trois siècles de persécution, malgré les édits contre les assemblées des Chrétiens , qu’eût nécessairement ralliés un pareil monument, et en dépit du bouleversement de la Palestine par Tite et Adrien , et de la destruction des églises et autres édifices chrétiens sous Dioclétien. Quant au feu du ciel qui aurait fait justice de cette audace de l'apostat en pulvérisant sa statue en môme temps que les païens brisaient celle du Christ dont les pièces recueillies par les Chrétiens sont encore dans l'église (Eusèbe, vrn, 18) , la critique historique, bien mieux peut-être encore que l’étude des phénomènes électriques , en démontrerait l’analogie et l’origine commune a celle des feux souterrains qui s’opposèrent à la reconstruction du temple de Jérusalem que le même empereur avait enprise.

2 Tourncfort,dans son Voyage du Levant, parle d’une de ces images existant dans les montagnes du Liban et qu’on attribue à un moine de haute et sainte renommée, également nommé Luc comme le Florentin de la Légende de Lami , traditions qui se neutralisent réciproquement.

t.’art chrétien.

qui nous paraît peut-être plus inadmissible encore. Ne faudrait-il pas en effet le concours d’un hasard presqu’aussi singulier que celui qui donna le nom de V er-Iconia à l’auteur de la vraie image, pour qu’un peintre se soit trouvé au XIe siècle, qui , profitant de la conformité de son nom avec celui de l’évangéliste , et de la double identité résultant de sa sainte qualification , sacrifiât sa gloire personnelle à celle, toute négative, de faire des pastiches, de créer des équivoques 1 , pour les races futures seulement -, car ses contemporains et lui-même ne pouvaient ignorer ce que Théodore (lecteur), et Nicéphore Galiste disent du portrait de la mère de Dieu attribué à saint Luc, et que leur contemporaine l’impératrice Eudoxie apporta de Jérusalem à Constantinople.

L’évangéliste saint Luc , auteur des Actes des Apôtres, et que saint Paul, dans son Epître aux Colossiens, ne nous fait connaître d’ailleurs que sous le rapport de Y art médical : « Luc, médecin, notre cher

i II lami (Giovani) dit Lanzi (t. II, p. 12) « Produce una leggendo del secoloXIVsu la » Madonnadellimpruneta, ove si riferisce ch’è opra tii un Luea Fiorentino, perle sue virlù « Cristiane da tutti soprannominato santo cora’egli dipinse la predetta immagine d’eila im- » pruneta cosi credesi chc dipingesse queiia di Bolugna e le tante altre in Romae in Italia , si che per equivoco si dieono di S. Luca. »

Lanzi ajoute : Esse perô non son tutledi uno stiîe medesimo , e portan talora Greci caratteri ; in tanto chê ê forza concludere che sieno di varie mani , quantunque tulle seiri- » brino dipintenel duodecim secolo o quivi inlorno. 3)

L’historien de la peinture en Italie détruit donc lui-même la supposition qu’il avaitpuisée dans une légende sans authenthicité , et laissant à chacun son libre arbitre sur l’attribution à qui il appartiendra du mérite uniforme et secondaire de ces images, il paraît conclure dans ce sens :

Que les droits sont égaux et « qu’jï n’ importe guère Que LUCCA soit devant, que SANTO soit derrière. »

C’est aussi l’opinion du savant Calinet, qui , sans entrer dans ces détails, fait bon marché de la réputation de saint Luc comme chefet patron de nos imaigiers, qualités qui lui furent solennellement reconnues sous Charles V. Ce qui donnerait aux travaux de saint Luc une antériorité bien incontestable sur ceux de Luc saint, ce serait cette image de la Vierge dont parle saint Jean Damaseène (Opéra, t. I , p. 618-631), qui était empreinte à une assez grande profondeur sur une colonne de marbre de l'église de Riospolis en Palestine, travail qui, ainsi décrit, ferait plutôt supposer un bas-relief qu’une image de plate peinture et réengagerait sous ce dernier rapport la question ci-dessus vidée, si nous n’avions déjà honte de l’espace que le titre de notre chapitre m nous a forcé de consacrer à ces anciens thèmes de discussion depuis longtemps abandonnés , bien qu’ encore consacrés par l'existence de Y académie pontificale de saint Luc , grand débris des vieilles institutions analogues du moyen âge. ( Voir notte chapitre vi.)

i.’art chrétien.

frère (chap. iv, v. i4) » ? put acquérir sans doute , dans ses longues missions pour la propagation de la foi en Italie, dans les Gaules, en Egypte et dans PAchaïe, où il fut martyrisé dans un âge très avancé, telles notions d’art qui lui auront permis de fixer quelques grands souvenirs de son jeune âge, et auront donné lieu à la tradition vague exploitée plus tard : c’est ce que personne ne peut contester absolument ; mais certes s’il eût exécuté toutes les œuvres qu’on lui prête , saint Jérôme , qui parle des soins que saint Luc mettait à concilier sa mission évangélique avec l’exercice de son art comme médecin, n’aurait pas négligé de louer son talent comme peintre -, et saint Augustin ne se serait pas prononcé aussi explicitement , dans son livre de la Trinité, sur l’incertitude qui régnait à son époque , quant à la beauté ou à la laideur de Jésus-Christ, dont on ne possédait aucune image réelle 1 : qua fuerit ille facie non penitus ignoramus (1. vm, c. iv et s. Oper . , t. X)*, il n’aurait pas surtout insisté sur l’absence totale de portraits de la Vierge-Marie, principale branche d’exploitation de l’art qu’on prête à saint Luc : « Neque enim novimus faciem virginis Mariæ (c. vm, col. 870).

Convenons donc qu’il a peut-être suffi que ce savant évangéliste ait conçu et exprimé quelques pensées d’art, fruits de ses longues pérégrinations, pour qu’il lui en soit resté une sorte de renom qui aura justifié l’attribution de l’image trouvée par Eudoxie au commencement du viie siècle , et par suite les dérivations de ce type byzantin toujours uniforme , comme l’observe Lanzi. Quant à ces dérivations, les moines y durent pourvoir plus abondamment encore que n’aurait pu faire l’homonyme de Florence.

Ce n’est pas ici le lieu d’engager la question de l’époque antérieure ou postérieure au concile d’Epèhse de 43 1 , à laquelle remonte la configuration de la Vierge avec l’Enfant- Jésus, principale disposition cependant des tableaux dits de saint Luc -, nous la renvoyons à notre voyage aux Catacombes -, de même que nous nous abstenons de chercher avec Ciampini , dans cette première période

> Celte controverse à laquelle prirent part , sous l’une ou l’autre bannière , celle du Beau ou celle du Laid , tous les pères de la primitive Église, dura près de trois siècles. Voir surtout saint Justin ( Dialog cap. 85, 88 et 100); Cels. apud, Orig., cont., Cels. (lib. G, cap. i.xxv); Tertullicn (advers.jxut., cap, xiv,); etc., etc.

t/art chkktien *

du Christianisme, les monumens architecturaux d’une population presque nomade , réduite à cacher ses mystères 1 , pour reprendre notre chronologie chrétienne, où nous l’avons laissée, en parlant

i Quelque plaisir que nous eussions éprouvé à voir la vraie religion, mûre en naissant , couvrir de bonne heure le globe de ses temples, il nous a toujours paru difficile de concilier l’existence des innombrables églises que cite Ciampini (Vetera Monimenta, cap. xvm) comme érigées dans les années 33, 34, 36, 37, 45, 4G, 47, 48 et suivantes, c’est-à-dire sous Tibère lui-même , sous le sanguinaire Caligula , qui tint à ce qu’on n’adorât d’autre Dieu que lui, sous Claude, etc., avec ce que nous apprennent Tacite , Suétone, Pline le jeune et autres écrivains d’ailleurs personnages marquans de l’empire , de l’obscurité de la secte des Chrétiens presque jusqu’au milieu du IIe siècle, car l’empereur Adrien les confondait encore avec les Juifs, ce que certes il n’eût pas fait, lui qui connaissait assez jusqu’aux répugnances de ce dernier peuple, pour lui interdire l’accès de la ville sainte, en y plaçant un pourceau de marbre, s’il eût vu poindre sur son empire, qu’à l'instar du soleil, selon ses expressions, il parcourut longtemps dans des vues d’art, d’autres édifices que ses temples multiformes. Il est vrai que Ciampini , tout en citant ses témoignages, c’est-à-dire les lieux où s’élèvaient ces églises et le nom des écrivains grecs et latins qui lui ont fourni ses matériaux, convient qu’un grand nombre de savans ne partage pas son opinion ; ce qui nous autorise, nous chétif, à la comparer à celles opposées , telles par exemple que la conclusion de Tillemont, qui, après avoir discuté cette question dans ses Mémoires ecclésiastiques (t. III, partie ii, pag. 68-72), établit que les premières églises chrétiennes ne datent que du règne d’Àlexandre-Sévère, époque d’où M. Raoul Rochette fait aussi partir les premières peintures ornementales des Catacombes (voir plus loin), et la dissertation de Moyle (t. I, p. 378-398], qui recule même jusqu’au temps de la cessation de la persécution de Gailien, la manifestation publique du culte des Chrétiens. Ce n’est pas qu’il n’y ait peut-être moyen d'accorder, par exemple, ce que dit Origène (in Celiius, lib. viii, p. 389), « que les lieux où s’assemblaient les premiers Chrétiens ressemblaient à des écoles et ne pouvaient être assimilés aux temples » païens qui n’étaient jamais sans idoles de relief, ni sans autels, » avec le fond de la pensée de Ciampini, qui , en traitant d’ édifices, de monumens, les abris que le modeste troupeau du bon pasteur devait s’être réservés pour ses assemblées matutinales, pour ses agapes ou repas de charité, sous telles ou telles conditions atmosphériques, n’a pas sans doute entendu que ces édifices participassent en rien comme oeuvres d’art, même des basiliques constantines qu’il décrit si bien; mais laissons cet écrivain s’exprimer lui-même en citant seulement la conclusion de sa dissertation : « Quà contra Acatholicas demonstratur in » tribus primis Ecclesiæ seculis persecutionum tempore, publica ædificia fuisse in quibus j) Christi fideles sacras sinaxas peragebant. 3) Cette conclusion porte : « Liquet igitur , ex 3) his omnibus quam fallacibus futilibusque argumentis nitantur, qui in prioribus tribus 3> Ecclesiæ seculis sacra ædificia, quæ à cæmeteriis cryptesquedistinctapuûh'cea fidelibus » adirentur et sæpè numéro Ecclesiæ vocitarentur, christianis fuisse, vocant. 3> ( Vetera Mo - 3> nimenta, cap. xyii, p. 154.)

Sans s’occuper autrement des sources exploitées par Ciampini, surtout pour ce qui concerne le premier et peut-être aussi le deuxième siècle, on doit convenir qu’il puise , au moins pour les époques subséquentes , dont nous nous occuperons plus tard, un argument Yictorieui dans une lettre de Constantin à Eusèbe sur les restaurations que réclamaient alors

plus haut de l’indifférence en matière d’art des premiers fondateurs et propagateurs de notre foi. Ce serait ici surtout que nous aurions dû n’épargner aucunes recherches pour nous efforcer de faire ressortir, selon nos convictions, la direction toute spirituelle imprimée au zèle courageux , mais prudent , des premiers Chrétiens par leurs collèges de prêtres , leurs évêques et leurs synodes principaux , et le frein que leurs préventions, leur indignation contre l’idolâtrie et l’intérêt de leur sûreté, durent mettre longtemps à toutes manifestations peintes ou sculptées, qui les eussent assimilés aux païens,

(vers 313) les édifices chrétiens qui, par conséquent, n’avaient pas été tous rasés par Dioclétien, comme le dit Eusèbe ( Hist ., lib. viii, cap. n , lib. x, cap. n), témoignage bien plus positif de leur ancienneté, dès ce temps, qu’il ne le serait de nos jours, eu égard à la nature de nos constructions actuelles, comparées à l’appareil romain : «Omnium eeclesiarum ædi- » ficia, dit l’empereur, aut per incuriam corrupla, aut præ metu ingruenlis temporum inij> quitatis minus honorifice, exulta esse. » Aussi le savant italien passe-t- il de cette citation à l’interpellation suivante : « Ex supra relalæ epistolæ tenore, poteris, benigne lector, colli- » gere; jam ante Constantini tempora fuisse Deoædificatasecclesias, quod a neotericis, ac » a vera religionealienatis fratribus in dubium revocatur. »

Quant à nous, ce n’est pas, nous le répétons, sur l’ensemble des trois siècles réunis par Ciampini, queporte notre remarque, mais surtout sur les époques antérieures à la sécurité que les Chrétiens purent puiser même dans le règne d’un Commode, tout de tolérance à leur égard, grâce au patronage de sa concubine Marcia, dans les quinze premières années de celui d’Antonin, dans les sympathies d’Aïexandre-Sévère, chez qui l’image du Christ avait trouvé place à côté d’Isis, d’Osiris, etc., parmi celles des patriarches, des philosophes, etc., de l’antiquité payenne (v. Lampride et Tillemont, 1. m, p. 163); principalement dans la participation de Philippe et de son fils aux rites de leur culte, et même aux pénitences expiatoires imposées par l’Église chrétienne, dont le dogme se prêchait alors publiquement et en toute liberté (u. Eusèbe, 1. vi, ch. xxxvi, p. 232).

Quoique malheureusement assez peu versé dans ces matières, nous n’ignorons pas qu'il nous serait facile d’étendre cette discussion en compulsant les écrivains ecclésiastiques dont nous respectons du moins la bonne foi; en citant, par exemple, la légende du successeur immédiat de saint Pierre, saint Hnus, qui ordonna qu’aucune femme n entrât à l'église la, tête découverte ; celle de saint Clément, quatrième évêque de Rome, mort en 1 02, qui aurait bâti en divers lieux soixante-dix églises, dont Trajan ni son coadjuteur dans la poursuite des Chrétiens, ne paraissent avoir eu aucune connaissance, leur correspondance établissant la nécessité d’opérer avec eux par voie d’enquête, d’aveux ou de désaveux, etc,, etc.; mais il ne nous convient à aucun égard de chercher à redresser ces erreurs d’une foi aveuglée par son ardeur, de décider entre Origène et Eusèbe, entre Basnage et Gibbon adversum Baronius et Ciampini, etc. Dans des questions toutes de faits comme celle-ci, scrutées, controversées sans solution depuis tant de siècles, par les sommités de la science, le seul rôle que puisse accepter un obscur chroniqueur, forcé comme nous de les reproduire dans son cadre, est celui de rapporteur.

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tout en fournissant à leurs ennemis les preuves qu’on eût tournées contre eux , de l’exercice d’un culte hostile aux faux dieux- car où trouver plus riche matière que le tableau des influences successives sous lesquelles la religion du dogme révélé, entée sur la loi mosaïque et sur l’autorité des Prophètes , quoique très longtemps inaperçue des souverains eux-mêmes, et quoique professée à peine , à l’époque même de son triomphe, parle vingtième de la population de l’empire (Gibbon, chap. xv, 1. ni, p. 332), est parvenue à jeter sur le globe de profondes racines, que dix-huit siècles n’ont pu que dessécher sur quelques points seulement , et à se ménager, d’obscure et d’humble qu’elle était , les moyens d’effacer par l’éclat de ses pompes le faste du culte mythologique? Mais l’exposé de ces moyens, tirés des pratiques les plus austères , de la morale la plus pure, de F abnégation de tous intérêts privés , de toutes jouissances mondaines ajournées à la vie future, et la peinture surtout du mélange de souplesse et d’énergie employée par les premiers Chrétiens pour maintenir le dogme pur , en présence même des tortures , sans trop heurter les dispositions hostiles d’une population plus chère à des princes toujours prêts, en cas de collision, à prendre les bourreaux pour arbitres , exigent un pinceau plus habile , un talent que nous sommes loin de nous reconnaître.

Nous passerons brusquement, trop brusquement peut-être, à Voccu « pation plus ou moins temporaire des Catacombes , ce berceau présume de l’art chrétien , pour en chercher les traces primitives ou non; mais commençons par nous rendre compte de la condition des Chrétiens de Rome , quand un caprice sanguinaire de Néron les refoula , dit-on, pour la première fois dans ces refuges.

Lorsque saint Pierre, échappé miraculeusement à la prison d’Antioche, vint s’asseoir presque furtivement sur un siège 1 obscur alors,

• Quelques écrivains de la religion dissidente vont jusqu’à contester la présence de saint Pierre à Rome , et par conséquent son martyre. On conçoit qu’avec le témoignage d’Eusèbe deCésarée, de saint Ambroise, etc., nous n’argumenterons pas sur cette négation contre Spanheim et autres champions du protestantisme. Nous partons donc de ce point : que l’épiscopat du prince des apôtres comme chef de l’Église de Rome dura vingt-cinq ans, à partir du premier voyage qu'il fit en cette ville l'an 42 de l’èrc vulgaire (2e du règne de Claude) , jusqu’à l’époque de son martyre vers l’an 66. Pans cet intervalle on le trouve plusieurs fois à Jérusalem , notamment en l’an 44 , époque de sa captivité et de son évasion

l’a. R T CHRETIEN.

mais rehaussé depuis par les pompes hiératiques de ses successeurs * , il eut vainement tenté sans doute de balancer par un art nouveau l’éclat des monumens de tous genres qui, pendant plusieurs siècles encore, firent de sa métropole chrétienne la capitale du monde païen-, car ce ne fut qu’en subissant le joug et le scandale des mœurs , des usages et des solennités religieuses des adorateurs de Jupiter , que les Chrétiens purent, au moins pendant le premier siècle, comme nous le constaterons, cimenter leur puissance à l’ombre d’une tolérance motivée sur l’ignorance ou sur le mépris de leurs efforts.

« Une religion humble et pure, dit, dans la décadence de l’em- » pire romain, Gibbon, dont ici l’orthodoxie n’est pas en suspicion , » jette sans efforts des racines dans l'esprit des hommes, croît au mi- » lieu du silence et de l’obscurité , tire de V opposition une nouvelle vi-

miraculeuse ( Actes des Apôtres, chap. xn, § 1 , 2 15) , et en 51 au concile tenu dans la même ville. Obligé de quitter de nouveau Rome , d’après l’édit de Claude contre les Juifs , qui excitaient du trouble à l’instigation d’un certain Christ : « Judeos impulsore Christo assidue tumultuantes Roma expulit (Suétone, chap. xxv) , » confusion qu’on retrouve encore un siècle plus tard, saint Pierre ne revint à Rome que vers l’an 65. Ce fût alors que les deux princes des apôtres périrent victimes de leur zèle pour atténuer par un miracle l’effet d’un prodige non moins inexplicable. On ne peut qu’applaudir sans doute à leur désir de confondre aux yeux de tous par leurs prières l'orgueil de Simon le Magicien , en faisant lâcher prise aux démons qui conduisaient son char de feu à travers les airs, mais le peuple qui vengea sur les saints apôtres la chute du moderne phaéton ( saint Ambroise, sermon 68 ) , n’était-il pas presqu’excusable de se méprendre sur la valeur réelle de l’un ou de l’autre prodige à la vue de cet assaut de pouvoirs surnaturels?

Le siège proprement dit de saint Pierre a été conservé , dit-on , et se montre. Nous regrettons de manquer de moyens d’en offrir la reproduction dans nos planches du chap. xii.

« Ce rehaussement est surtout sensible dans la progression des honneurs rendus au prince des apôtres sur le sol même arrosé de son sang : « Juxta locum ubi crucifixus et juxta 3» palatium Neronianum in Yaticano, » comme si le ciel eût pourvu à ce que le pompeux mausolée de l’humble martyr vînt éteindre le faste de la maison d’or du superbe empereur et couvrir, comme monument expiatoire, la trace du séjour sur terre du lâche et cruel auteur de la première persécution !

A la crypte obscure qui recéla longtemps le corps de saint Pierre , sauvé des gémonies par la piété de quelques fidèles, « parvulam hic ædem olim christiana pietas extruxit, » dit Ciampini (de Confessione B. Pétri), succéda, lors du triomphe de la croix, la magnifique basilique vaticane célébrée par Prudence ( hym . 12); mais qu’était ce miracle de 1 architecture et de la libéralité’ de Constantin, auprès de la métropole de la chrétienté élevée par la somptuosité des Jules II , des LéonX et des Sixte-Quint , et dont Delille a dit :

« Le ciel semble appuyé sur sa vaste rotonde ,

» T)e sa hauteur sacrée elle commande au monde. »

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