‹ Les arts au Moyen AgeChapitre 31 sur 49 · I. ART CHRETIEN · texte numérisé non relu

I. ART CHRETIEN

Mais après même que ce règne si noblement poursuivi pendant plus de trente ans se fut éteint , en 626 , au milieu des excès et des remords éveillés chez Théodoric, par l’affreux sacrificedes plus fidèles appuis de son trône l, si le flambeau des arts ne jeta plus en Italie que

retour périodique des appels de l’estomac: « belluarum quippe ritus est, ex ventris esurie horas sentire. »

Il paraît que la Burgondie, qui, selon Théodoric, devait trouver dans cet envoi matière à louer les découvertes des anciens, «anliquorum inventa laudare », ne fut rien moins qu’émerveillée de cette machine , où ses peuples ne virent qu’une invention satanique , ne pouvant s'expliquer comment l’eau renfermée dans une boîte d’étain , et entraînée par sa propre pesanteur, arrivait à tourner d’elle-même de manière à décrire le cours des astres ; ce qui donna lieu de la part de Boëce à une correspondance explicative , où les Barbares trouvèrent non-seulement le moyen de diviser le temps , mais encore celui de l’employer chrétiennement , les savantes et lucides démonstrations de ce ministre ayant suffi , dit-on, pour faire pénétrer chez ce peuple les lumières de l’Évangile.

La nature de ce clepsydre , sur lequel nous reviendrons en parlant du nôtre à notre cliap. xvi , se trouve d’ailleurs bien déterminée par ces mots de l’épître xi.v : « facit aquas ex imo surgentes , præcipites cadere. »

T Bien dans la conduite antérieure de Théodoric ne devait faire pressentir son extrême susceptibilité sur la question religieuse, car, lors de son entrée à Romeen 500, il avait porté ses premiers hommages à la basilique de Saint-Pierre, qu’il dota, comme nous l’avons dit, dedivers présens, notamment, selon Anastase, de deux cereostrata d’argent du poids de 140 marcs: et 1 on citait comme un noble témoignage de condescendance pour la religion de son peuple adoptif, sa conduite envers S. Césairc, évêque d’Arles, elles secours qu'il fournit à des évêques d Afrique, exilés par les Vandales ; mais la fierté du monarque tout-puissant fut cruellement blessée, surtout par la nouvelle des sévices exercés par Justin contre ses frères en Arius, que l’empereur avait chassés de leurs églises, exclus de tous les emplois , et présentés comme traîtres à sa personne. L insuccès de la démarche qu’il força le pape Jean Ier de faire à ce sujet à Constantinople, accrut encore son irritation , d'autant plus vive, que ses peuples d Italie, presque tous catholiques , semblaient disposés à prendre parti contre leur prince dans ce conflit religieux. C est dans ces tristes circonstances, qui valurent au pape, accusé de connivence avec l'empereur, la captivité où il mourut, que Boëce, en butte aux attaques des ennemis qu il s’était faits par la rigidité de ses principes, sévit accusé de complot, et subit à Pavie, dans les plus cruelles tortures , sans doute avec le tort d’être resté, fidèle à sa foi, le crime d avoir encouru par son inflexibilité de principes, la haine des nouveaux conseillers du vieux roi, habiles à rejeter sur son ancien ami leurs odieuses manœuvres, pour affamer 1 empire dans un intérêt de cupidité; sentence inique, bientôt suivie de celle de Symmaque, coupable d’avoir proclamé hautement l'innocence de son gendre. On conçoit que, par un retour sur lui-même, le noble Théodoric , qui survécut à peine à I exécution de ces arrêts, se soit repenti de ce double meurtre , sans pourtant qu’on puisse admettre , avec Procope Moth ., 1. 1, c. xni), qu’à moins d'aliénation mentale , il ait pu, dans un paroxisme de remords, prendre la hure d'un poisson cuit pour la tête menaçante du malheureux Symmaque.

On conserve à Monza un monument qui consacre cette tache de la vie de Théodoric : c'est

L ART CHRETIEN

de pâles lueurs 1 , celui des lettres vint bientôt y briller de clartés plus durables, grâce au savant ministre nourri des exemples de ce prince et digne d’hériter de sa mission i égénératrice, et grâce aussi

un dyptique d’ivoire , où Boëce , qui fit en prison son livre de la Consolation de la philosophie, est représenté, et consolé en outre dans sa captivité par une femme tenant une lyre à dix cordes, symbolisant, selon toute apparence, la poésie (d’autres y voient sa première femme, la sicilienne Elpis).

Quoique Boëce , trois fois consul, dignité que son père exerça également, ait eu maintes occasions d’émettre des dyptiques , dont nous parlerons au chap. xr, celui-ci, dont le sujet date de l’époque de sa mort, n’est certainement pas de ce nombre. C’est au roi des Lombards, Luitprand , qu’il appartint de rendre à ce grand homme des honneurs funéraires dignes de lui, par l’érection d’un mausolée. Othon III lui paya également son tribut.

■ A la mort de Théodoric, la perturbation religieuse soulevée par Justin , jointe à l’ irritation excitée par la cupidité des vrais assassins de Boëce , dont l'atroce supplice fit recueillir et honorer plus tard les restes comme dépouilles de martyr, rendaient le sceptre trop lourd pour la main débile d’un enfant de huit ans, même avec le prestige que pouvait ajouter à son règne le concours de sa mère Amaiasonte, fille du grand Théodoric; aussi ne peut-on s’étonner du rapide écroulement de l’édifice de gloire et de sécurité, relevé pour l’Italie par les soins soutenus de son premier roi goth. Qu’on juge , quant aux arts , combien promptement les admirables formules de ce prince perdirent toute leur autorité, même pour la seule préservation des débris de l’antiquité, d’après les imputations de vandalisme dont fut l’objet saint Grégoire-le-Grand , proclamé pape en 590, après avoir été préfet de Borne dès le règne de Justin, contemporain de Théodoric. Et encore est-il à remarquer qu’à cette dernière époque , Borne, déjà rangée depuis longtemps sous l’autorité des exarques , par les victoires successives de Belisaire et de Narsès, avait subi à deux reprises , en 547 et 549, delà part du goth Totila , un pillage aussi brutal que ceux d’Alaricet de Gensérie, ce qui dut suspendre violemment l’action conservatrice des comilivœ patrimonii, privatorum cl même domesticorum, instituées par Théodoric, etfaire précéder de nouvelles détériorations celles reprochées à Grégoire-le-Grand. Quant à ces dernières, premier thème de griefs contre cet illustre prince de l'Eglise pour tous les réformistes , Gibbon à leur tête , pour chercher la vérité dans des faits controversés, consultons l’un des plus énergiques adversaire du papisme , Bayle , qu’on n’accusera pas de prévention pour saint Grégoire, quoiqu’il reconnaisse « que, tout bien compte, il mérita le surnom de Grand. « Après avoir dit dans son texte : « qu’il n’est pas bien certain que ce pape ait fait détruire les « beaux monumens de l’ancienne magnificence des Bomains, afin d’empêcher que ceux » qui venaient à Borne ne fissent plus d’attention aux arcs-de-triomphe, etc., qu aux » choses saintes (t. II , p. 598) , il observe (note 4) que cette accusation fut, en etlet, por- 5i tée contre lui, mais qu’elle fut énergiquement combattue par Platine, qui la rejette 55 comme une calomnie (Platina, in Gregorio I) ; mais il reconnaît en même temps que le » successeur de saint Grégoire, Sabinien, fut poussé à faire brûler les livres de son pré- >5 décesseur par quelques habitans de Borne , qui accusaient Grégoire d'avoir mutilé ou 5» renversé les statues des anciens Romains. » Ce qui , tout en laissant 1 accusation incertaine , ne constate pas moins l’existence du fait et démontrerait l’oubli dès ce temps ,

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