AK'l CH A
sans doute à celle plus religieuse encore que se donna vers le même temps le célèbre fondateur du Montcassin *.
des sages prescriptions de Théodoric. L’historien Platina , bibliothécaire du Vatican au XVe siècle , et qui , à ce titre , put sans doute faire usage de documens originaux , attribue cette profanation des débris de la statuaire antique encore subsistons sous Grégoire 1% aux touristes de l’époque, qui , comme les nôtres, et par une frénésie dont nous avons tanta nous plaintive pour notre compte , procédant à la fois en adorateurs d’images et en iconoclastes, se complaisaient à mutiler les monumens pour en extraire quelques souvenirs de voyage. Comment , remarque d’ailleurs l’un des biographes de saint Grégoire (Biographie universelle, t. XVIII , p. 3S6) , imputer à ce pape ce système de destruction , lorsqu’on le voit au contraire réprimander l’évêque de Marseille, Screnus , d’avoir laissé briser les images dans son église (ce qui ne prouverait rien), et a recommander à ses mis- » sionnaires en Angleterre (Mellitus et autres , 1. ix, ép. i.xxi) de ne point démolir les tem- » pies païens et de se contenter de les purifier » , argument bien autrement victorieux dans l’espèce. Nous parlerons aussi plus loin des cncouragemens personnels que ce pontife donna à la peinture.
■ Jusqu’au Va siècle , les monastères institués , soit en Orient, comme ceux d’Égypte, de Palestine et celui fondé au Mont-Colizim par saint Antoine, sous Constantin ( voy . saint Jérôme, t. I, p. 248, 249), soit en Occident, et notamment dans la Gaule, par saint Martin, près de Poitiers et de Tours , étaient plutôt , comme l’a remarqué M. Guizot , « consacrés » àla contemplation religieuse qu’à l’enseignement » , et ceux fondés dans les premières années de ce même siècle (saint Faustin , à Nîmes , saint Victor, à Marseille, Lérins , îles de ce nom , saint Claude, Grigny , etc.) , ouverts, selon l’expression du même écrivain, comme refuges contre la dissolution de la société civile, commencèrent à allumer un foyer de développement intellectuel , dont nous avons signalé l’ardeur et le rayonnement en parlant des enseignemens religieux puisés au monastère de Lérins par la plupart de nos grands évêques ; mais , malgré le rapide développement de ces fondations qui offraient , par exemple, à Pachôme , le moyen de réunir à la solennité de Pâques 50,0000 religieux ou religieuses soumis à la même règle , ce ne fut qu’au VIe siècle qu’il appartint à ces foyers purement contemplatifs jusqu’alors, de conserver et d’alimenter le feu sacré des sciences, des lettres et des arts , comme en témoigne ce passage du bel ouvrage de M. Michelet (t. 1 , p. 412) : « L’ordre de saint Benoît donna au monde ancien, usé par l’esclavage, le pre- » mier exemple du travail accompli par des mains libres , et cette grande innovation du » travail libre et volontaire est devenue la base de l’existence moderne. »
Si nous considérons d’ailleurs combien , en ce qui lient aux matières qui nous occupent , furent savoureux et abondans pour nous , pendant plus de douze siècles , les fruits de ces premiers germes déposés dans les monastères du Montcassin et de Viviers, et ce que produisit ce premier principe de la règle bénédictine : « l’oisiveté est ennemie de l’âme » ; nous ne pouvons trop nous hâter de payer un premier tribut d’hommage à son illustre créateur.
Né en 480 , près de Spolette , dans un rang élevé que rehaussait encore l’éclat d’une grande forluue , Benoît, qui se trouvait placé de bonne heure au milieu des séductions de Home , n’en recueillit , après de solides études , qu’un dégoût précoce et une vocation d’anachorète. On le vit se retirer , dès l’âge d-1 17 ans , dans les profondeurs du désert de
! Ut T C II h I* T 1 1 n .
Cassiodore , plus habile et plus souple que ses illustres rivaux dans la faveur de Théodoric , avait pressenti la tempête et s’était garanti par une retraite opportune du sort de Boëce et de son beaupère. Après avoir consacré , mais sans fruit , ses talens et son zèle à la cause de la fille et du petit-fils de son maître, et même de Théodat et de Vitigès , successeurs d’Athalaric , jugeant ses efforts inutiles et le sort des rois goths des plus précaires , il chercha dans l’obscurité le repos , dont cinquante années de services publics lui faisaient d’ailleurs un besoin-, mais le repos d’un tel homme est encore le travail , et ce travail fut de longue durée , puisque vingt-deux ans après la retraite de Cassiodore , quJon présume dater de , son existence est encore constatée par ses ouvrages mêmes.
Retiré dans sa patrie (il était né à Squillace) , et mettant à profit une nombreuse et savante bibliothèque que ses goûts et son immense fortune lui avaient fourni les moyens de réunir pendant le long exercice de ses hautes fonctions , il créa dans son monastère de Viviers, dont la règle différait peu , sous certains rapports , de celle alors récente de saint Benoît, le premier atelier littéraire dont l’histoire
Subbiaco , où il mena longtemps la vie la plus rigoureuse et la plus exemplaire ; mais le parfum de son éloquence et de ses vertus, qui peupla bientôt ce désert, lui ayant, par contre, suscité des ennemis , il transporta , en 529 , dit-on , sa colonie religieuse au Monlcassin , où l'attendaient de plus grands succès encore, exempts , du moins cette fois, des tribulations de l’envie. Là , et d'accord avec sa sœnr jumelle , sainte Scolastique , qui fonda en même temps un monastère de femmes a peu de distance de celui de son frère, il se livra tout entier a la mise en pratique de son Code monastique, monument des plus saintes inspirations et des plus hautes prévisions , comme le prouve son application à la plupart des autres ordres et son éternelle durée , puisqu’il est encore aujourd’hui , malgré le discrédit de ces institutions, le guide de tous ceux que rallie, comme à Solesmes, le besoin de la vie cénobitiquc. Le témoignage que rend Voltaire lui-même, en disant sur la fondation de saint Benoît : « Le peu de connaissances qui restaient chez les Barbares fut perpétué dans les » cloîtres ; les Bénédictins transcrivaient quelques livres ; peu à peu il sortit des cloîtres u quelques nouvelles inventions utiles , etc. » , nous dispense de nous appesantir ici sur la portée de celte grande inspiration devant laquelle s’inclinèrent, en présence mqine du fondateur, des personnages hostiles comme Totila , roi des Goths , et quelques années plus tard, de dignes appréciateurs des services que ce grand homme avait rendus à i’humanité, tels que saint Grégoire-le-Grand. Nous aurons de nombreuses occasions de suivre, surtout à notre chapitre vin , le développement successif de cette noble pensée, et de montrer que si, comme on l’a dit , les moines se sont quelquefois montrés dépositaires ignorans des manuscrits qu’ils possédaient , cette possession même démontre le soin qu’apportèrent les fondateurs de ces monastères à les enrichir de ces trésors.
L ART CHRETIEN
îasse mention -, et ce fut du fond de la Calabre que , par un travail soutenu , dont il donnait lui-méme l’exemple , tant de précieux manuscrits échappèrent à la destruction qui les menaçait, par des copies qui , récopiées plus tard , ont empêché le riche legs de l’antiquité savante de se prescrire 1 , et ont conservé pour les exploilateurs de
» Et malgré ces soins , multipliés dès lors dans tous les monastères de la chrétienté , combien de richesses scientifiques et littéraires sont restées perdues à jamais? Les produits si incomplets du déroulement des papyrus incinérés d'Herculanum et de Pompéi en offrent des preuves que corrobore la découverte due, pour ainsi dire au hasard , parmi des résidas sacrifiés, d’un grand nombre de monumens du plus haut intérêt, enfouis, depuis plusieurs siècles, dans la poussière des archives monastiques , comme le sont encore aujourd hui dans nos archives municipales tant de précieux documens de notre histoire , attendant que l’heure ait sonnée d’une expurgation par la vente au poids de ces paperasses illisibles. Que seraient devenues , par exemple , les inappréciables richesses de ce genre rencontrées au commencement du XVe siècle dans une sorte de cachot, a la fois humide et pulvérulent du monastère de Saint-Gall , sans la circonstance toute fortuite qui attacha un savant plein d’ardeur à la mission du pape Jean XXIII au concile de Constance, et sans l’heureuse pensée qu’eut ce bienfaiteur des lettres , le Pogge (Poggio Bracciolini), de retourner en Suisse en 1416, sans doute pour compléter ses premières explorations accidentelles; sans les découvertes analogues de Pétrarque, de Boccace, etc., qui prouvent à quoi tint la mise en lumière ; ou l’anéantissement de vingt ouvrages classiques ( tels que douze des comédies de Plaute ) , Lucrèce , Ammien - Marcellin , Quintillien , etc., etc. ( voir notre ch. vm)? Et pour nous en tenir en ce moment aux causes de destruction produites par les préventions religieuses dans le siècle même où, par une heureuse compensation, s’organisaient des moyens de transmettre à la postérité les chefsd’œuvre de l’esprit humain, que de pertes durent précéder, accompagner ou suivre la destruction des mauuscrits de Tile-Live, ordonnée, dit-on, par le pape saint Grégoire-le- Grand?
Puisque nous reproduisons cette grave inculpation , il est juste de la discuter.
Le concile tenu en 494 (sous saint Gelase) ayant mis à l 'index les « reprobatæ lectiones », on doit penser qu’avant même que saint Grégoire ceignit la tiare (en 590), certaines œuvres profanes , dont il pouvait exister des exemplaires uniques dans la bibliothèque Palatine, brûlée cependant sous Auguste et sous Néron, mais reformée sans doute, même depuis que, reconstituée sous Domitien, elle fut incendiée de nouveau sous Commode, devaient avoir disparu à jamais par l’influence des papes ; mais il semble qu’on ne saurait admettre légèrement qu’un historien grave comme Tite-Live ait été compris dans un aulo-da-fé motivé sur ce prétexte; que la grande autorité de cet écrivain, quant aux prodiges opérés, par les divinités de Rome, le rendait favorable à la cause du paganisme ; car alors le saint- père, qualifié, ajuste titre, de doctor sapientissimus , aurait trop avidemment épousé la cause de Caligula, qui n’aimait pas le verbeux Tite-Live, contre le sage Auguste qui protégea la personne et encouragea le talent de cet historien.
Bayle a également soulevé celte question , mais sans la résoudre autrement que par l’exposé des considérations favorables ou contraires à l’accusation portée, pour la première fois, par un savant écrivain et ecclésiastique anglais du XIIe siècle, Jean de Salisbury,
l’art chrétien.
l’art des Guttemberg et des Manuce des textes qui feront à jamais la gloire et les délices de l’esprit humain. A l’art calligraphique qui s’exerçait pour la première fois en commun, de manière à préparer
ami du pape Adrien IV, et que, sous ce rapport, on ne peut souçonner de partialité ou de mensonge , lorsqu’il dit : ut traditur majoribus , en parlant de la destruction de tout ce qui, dans les bibliothèques confiées à la surveillance de ce pape, traitait de sciences mondaines : « quœcumque tenebat Apollo. »
Loin de nous l’intention de peser sur ce côté de la balance ; mais, après avoir reconnu plus haut, qu encore à la fin du Ve siècle, nos évêques des Gaules cités dans Sidoine , et ce poète, prélat lui-même , cultivaient les lettres profanes en même temps que les lettres sacrées, nous devons convenir qu’il n’en était plus de même, surtout en Italie, à la fin du siècle suivant. Les habitudes sacerdotales avaient changé par la susceptibilité de certains papes, à la tête desquels on ne peut se dispenser de placer Grégoire-le-Grand lui-même, d'après la lettre qu’il écrivit à Didier, notre évêque de Vienne, qui s'abandonnait, comme ses prédécesseurs, à ses doubles inspirations littéraires.
Dans cette lettre, le pape reproche à l'évêque, « comme chose indigne et détestable, de » chanter des vers et de s’amuser à ces bagatelles de lettres humaines et de sciences » mondaines et séculières » ( voir le père Maimbourg, Histoire de Grégoire /, p. 263, 264).
Or, un blâme parti de si haut et la publicité qu’il dut recevoir, puisque la lettre nous a été conservée, ne durent-ils pas suffire pour décider cet évêque, autre correspondant de la reine Brunehauld, qui porta la sévérité envers lui jusqu’à le faire assassiner, et même tous les autres membres du clergé qui conciliaient, comme Didier, la culture de la littérature profane avec les études sacrées, a répudier les reprobalæ lectiones étendues par ce pape à toutes les lettres humaines dans la vue de rejeter sur les livres saints l’intérêt qu’on portait aux livres profanes : « Quo divinæ paginæ gratior esset locus et major auctoritas et diligentia studiosior » ; et devrait-on s’étonner qu’un semblable anathème, opérant sur toute la chrétienté et sur nos princes mêmes, toujours prêts alors à abaisser leur couronne devant la tiare, ait fait livrer aux flammes d’anciens auteurs qui n’avaient pas, comme aujourd’hui, les moyens de renaître de leurs cendres ?
En tous cas, si l’art et la littérature antiques ne trouvèrent pas grâce aux yeux de Grégoire-le-Grand, il n’en fut pas de mcine de la peinture telle qu’elle se pratiquait à son époque, car le diacre Jean parle de science certaine et pour les avoir vus (I. iv , ch. 83, 84), de portraits de ce pape et de ses père et mère, cités d'ailleurs par ce pontife lui-même ( ltegist . epist. , 1. xi ; epist., I3et 54, ibid. ; t. II, col. 1100 et 1140), lesquels étaient réunis dans un tableau de famille, que Grégoire donna au monastère de Saint-André , fondé par lui sur le mont Cœlius , et qu’on y voyait encore trois siècles plus tard (voir la gravure de ce tableau donnée par Baronius, Annales, an 604 ; et ce qu'en dit Angclo Rocca , ,S. Greg. opéra, t- IV, p. 312, 326; S. Greg. ejusdem parentum imaginem).
Le graduel de ce pape, beau manuscrit de pourpre à lettres d’or et-d'argent, qu’il donna à la reine lombarde Théo ielinde , et. que l’on voit encore dans la cathédrale de Monza , offre un autre beau témoignage de la pratique de l'art chrétien sous son pontificat, et l'on voit au même lieu par le célèbre papyrus présentant l'état des reliques offertes par ce pontife à la même reine, qu'il étendit la culture de cet art à plusieurs de ses branches. Point de
<■* fi
les immenses services rendus aux lettres par les ècritoires 1 de nos grands monastères , Cassiodore unit la culture de l’art graphique appliqué à ces manuscrits même : c’est du moins ce qu’observe d’Agincourt, en nous montrant le grand ministre de tant de rois exerçant, comme firent depuis certains rois eux-mêmes, tels que René d’Anjou , l’art du dessin et de /’ enluminure si cultivé plus tard dans les cloîtres , et s’exerçant avec talent , sous le double rapport des ornemens et des figures , selon l’opinion de Bèda qui vit ces curieux manuscrits : « Nihil Jiguris itlis perfectius , nihil accuratius. » On conçoit, en effet , que l’homme du monde ait eu cette supériorité d’art sur le saint ermite du Montcassin , dont les travaux analogues, à supposer que ses moines se soient occupés, dès ces premiers temps, de reproductions calligraphiques, durent ne comprendre que les textes sacrés , sans invasion dans l’art du dessin, étude trop mondaine pour une règle aussi rigide et suivie alors dans toute la ferveur qu’exigeait la présence du saint fondateur.
Nous ne devons pas nous appesantir autrement ici sur ces premiers essais de la calligraphie ornementale , auxquels un cadre spécial est ouvert à notre chap. viii , de même que nous en réservons d’autres à l’examen plus approfondi de chaque branche d’art , dont nous ne traitons qu’incidemment dans ces prolégomènes sur l’art chrétien ; notons seulement combien il fut heureux pour cet art même, comme pour le ravivement ultérieur des lettres humaines , que ces précieux germes, si bien fécondés parles traditions monastiquesde l’Occident surtout, aient été déposés au fond de l’Italie, à l’abri des tempêtes politiques , dans un sanctuaire conservateur , au moment même où la conquête de Justinien , beaucoup plus fatale que celle des Goths, interrompit pour un temps les vieilles traditions qui ne se renouèrent ensuite que lentement et péniblement (M. Rio, Poésies chrétiennes, p. 20).
doute non plus que dans les sept monastères que cet illustre pape fonda de ses deniers, six en Sicile et un à Rome (Saint-André), il n’ait manifesté sa puissance par de grands travaux d’art de diverse nature, comme en comportaient dèn lors ces fondations, ne fût-ce que pour ne pas placer les créations du chef de l'église au-dessous de celles de nos rois, et notamment de notre célèbre monastère de Saint-Médard de Soissons, auquel saint Grégoire donna des chartes.
! On nommait ècritoires dans les monastères la partie des divers atel’ers destinée au travail des moines, où les lettrés s’occupaient d’art calligraphique et d’enluminure.
T, 'ART CHRÉTIEN'
En puisant cette citation dans le savant ouvrage où lYL Rio, traitant spécialement de la poésie et de la forme de l’art , juge par comparaison les saintes et naïves légendes des Catacombes et les allégories tourmentées de l’école grecque (p. 17 et 18), nous n’entendons nullement en faire la même application , ni placer Justinien comme chef d'école, en opposition avec Théodoric : notre tâche de démonstrateur des manifestations diverses de l’art chrétien est déjà trop longue et trop ardue pour que nous y ajoutions , surtout ici , par des argumentations sur la différence et sur le mérite relatif des compositions et des styles. Si nous faisons notre profit de la phrase toute rédigée de M. Rio , c’est qu’elle s’applique également à notre point de vue, en ce sens fort naturel d’ailleurs, que, bien que délégué d’un prince ami des arts et qui leur consacra de somptueux trophées , et malgré la présence à Rome de Procope , historien de ces magnificences et alors secrétaire de Bélisaire , ce général ne put que porter le désordre dans cette ville occupée de haute lutte après la prise de Naples et le massacre de Théodat , fortifiée en toute hâte et sans doute aux dépens des monumens antiques, pour subir le siège de plus d’un an du roi goth Vitigès, puis livrée à deux reprises aux barbares réactions de Totila -, et lorsque surtout la disposition et le bannissement du pape Silvère, par les intrigues d’Antonina , prouve que l’accord si nécessaire des deux influences auxquelles était confiée la conservation des monumens, fut loin de régner alors dans cette ville où le goth Théodoric , au contraire , fit de la restauration de ses édifices une question de gloire personnelle. La dernière expédition de l’eunuque Narsès , en 552 % ne put qu’ajouter encore
1 L’exemple de cet habile général, favori de Justinien, vient confirmer l’opinion de Bayle, déjà citée plus haut, touchant le peu d'influence des privations physiques sur les qualités de l’àme; car ce fut par un parfait accord de tous les mérites qui constituent le grand homme , que Narsès , dépourvu des avantages extérieurs qui suffisent souvent seuls pour frayer le chemin de la fortune , parvint du rang le plus infime au sommet de sa roue. Il est vrai que les méfiances de Justinien envers Bélisaire et la basse jalousie des courtisans, qu’irritaient les hauts faits de ce grand général , servirent beaucoup à l’avancement de Narbès, qui put juger plus tard aussi combien est transitoire la faveur des princes et des peuples, lorsqu’en butte aux plaintes des Italiens quil gouvernait comme exarque , il tomba dans la disgrâce du neveu de Justinien, et fut payé de ses services par les insultes de l’impératrice Sophie. Retiré à Naples pour mieux jouir de la vengeance que lui préparaient les succès des Lombards , il eut la satisfaction du moins de voir la ville
l'art CHRETUiïV.
aux malheurs de cette capitale, qui subissait sa cinquième occupation militaire dans l’espace de seize ans, calamités qu’accroissait encore l’hostilité des partis et les vengeances des vaincus 1 , sans qu’une haute interposition pût venir, comme sous Théodoric , cicatriser toutes ces plaies , la translation du siège de l’empire d’Occident à Constantinople, laissant Rome et l’Italie entière passée définitivement , en 555 , sous l’autorité de Justinien, à la merci d’agens secondaires passionnés ou sans vigueur.
Qu’on ne s’étonne donc pas que Gibbon ait pu dire en traitant de ces époques : <c Rome était redevenue barbare (chap. XL, § 3), » tandis que « Justinien donnait des lois à soixante-quatre provinces et » à neuf cent trente-cinq villes; » car c’en fut fait dès lors pour cette ville du sentiment des arts qui distingue la civilisation de la barbarie; l’Occident vit s’éteindre ce foyer longtemps si lumineux; et si 1 ancienne métropole du monde fut bientôt, sous ce rapport, audessous des moindres villes des rois Lombards 2 , combien ne
des Césars implorer son salut de l’eunuque qui jadis avait forcé ses portes et qu’elle avait repoussé de son sein.
■ Théias , dernier roi des Ostrogoths , et successeur de Totila , avait fait égorger trois jeunes patriciens que ses peuples détenaient comme otages ; et ces Barbares , revenus à leur instinct primitif par le sentiment de ieur faiblesse et du déclin de leur puissance, firent subir le même sort, en Campanie, aux sénateurs qui, sur la foi de la victoire de Narsès, se hâtaient de regagner leurs sièges, brisés depuis lors ( voir Procope, 1. ni, ch. xxvi : 1. iv , ch. xxiv ).
2 Nous ne partirons pas de ce renvoi pour engager sur l’architecture lombarde une polémique qui trouvera mieux sa place plus loin et surtout à notre chap. iv, l’art chez les Lombards n’étant encore évidemment, à l’époque dont nous traitons en ce moment (fin du VP siècle), qu’une grossière dérivation des traditions antérieures peu propre à justifier l’importance qu’attachent au style mixte de cette école certains historiens de l’architecture , même le dernier de tous, sans doute, M. Ilope, artiste anglais et fort instruit, qui voit ( Ijistoire de V Architecture , 1839) dans les constructions fort peu authentiques de la reine Théodelinde et de ses successeurs , la base de tout notre système arch tectural du moyen âge, déjà cependant si bien fondé vers cette époque, comme nous croyons l’avoir démontré. Toute dissertation à cet égard serait prématurée : seulement, puisqu’à propos de l’art chrétien nous jetons un coup d’œil d’ensemble sur tout ce qui concourut à son illustration , nous ne pouvons nous dispenser d’appeler un moment l’attention sur la naissance d’une de ses périodes, sinon les plus brillantes, du moins les plus fécondes, si, comme on le prétend, c’est de cette souche que partirent les ramifications homogènes qui ombragèrent, jusqu'au milieu du XIIe siècle, tous lts lidèles de ï église latine.
4insi réduite, la question à poser ici serait des plus simples ; admettons-nous que les
c’ art chrétien.
le céda-t-elle pas à la capitale de Y empire d' Orient, ou s' élaboraient,
rois lombards, dont le règne de deux siècles serait à peine connu dans l'histoire, sans le soin que prit leur compatriote , Paul Diacre , de tenir registre de quelques-uns de leurs faits et gestes, et surtout de leurs lois, puissent être placés, comme protecteurs des arts, au niveau, au-dessus même de Théodoric, qu’ils remplacèrent quarante-quatre ans plus tard; et que leur influence sur les arts d’Occident puisse être mise en parallèle avec le patronage qu'exercèrent sur l'Orient les grands cncouragemens de Justinien , presque contemporains de l’invasion des Lombards? Non, mille fois non ; car d’abord dans les débris à peu près authentiques de monumens qui leur sont attribués, tels que la rotonde du vieux dôme de Brescia, la crypte de San-Fermo à Vérone, les fonts baptismaux de l’église de Saint-Étienne à Bologne, etc., il n’est rien qui dénote un caractère spécial d'art, et surtout une habileté qui ait pu prévaloir sur les pratiques depuis longtemps en honneur dans leur pays même , qui, bien qu’on en dise , n’était rien moins qu’un sol vierge sous ce rapport, puisque Milan, séjour de la cour de Constance, de Valentinien II, etc., et métropole de Saint-Ambroise, de meme que Vérone et Pavie où, à part même les somptuosités intermédiaires, Théodoric venait de construire des palais , des portiques , des thermes , des amphithéâtres, devaient offrir encore de grands modèles que n'ont surpassé, si l’on en juge par ce qui reste à Ravenne des travaux de ce dernier prince , aucun des édifices d’Italie bien postérieurs, même aux règnes de Luitprand et de Didier.
On suppose, il est vrai, que’ ce peuple, dont l’esprit spéculateur domine notre moyen âge , et dont l'habileté industrielle demeure encore proverbiale, favorisé par le repos dont il jouit sous quelques-uns de scs princes, et par des lois déjà municipes, put exploiter paisiblement les arts utiles au prolit ou aux dépens des nations circonvoisines , alors que le reste de l’Italie gémissait sous le joug des exarques , et que la France, déchirée d'abord parles rivalités de Frédégonde et de Brunehauld, en proie d’ailleurs aux Sarrasins, tombait plus tard accablée sous le sceptre ignominieux de ses rois fainéans ; et l’on cite comme moyen de succès dans cette exploitation des besoins religieux de ces époques l’appui que les papes, intéressés à ménager de dangereux voisins, prêtaient à leurs associations maçonniques, formées dans le but de ne rendre la science de l’architecture accessible qu’à certains adeptes : comme si dans un pays déjà couvert, comme l'Italie et la France, d’admirables édifices élevés par la libre pratique de cet art, il eût été loisible d'e i interdire l’exercice et d’en faire un secret, quand les exemples et les leçons de Théodoric, de Childebert, etc., étaient encore vivans, et que les cinq cents architectes qui répondirent au premier appel de Justinien formaient de nombreux disciples, que le schisme d’Orient rejeta sur nos contrées, à l'époque même de la splendeur première de l’architecture lombarde, sous Luitprand , contemporain de Léon IVsaurien. Conservons donc ces traditions incontestables d’initiation des secrets de l’art, par la franc-maçonnerie , pour une époque plus rapprochée, et surtout pour l’ère dite gothique, où l'art d’équilibrer des masses aériennes devint une véritable science occulte même pour nos habiles successeurs des maîtres-ès-œuvres de ces temps moins versés peut-être da sla stéréotomie queles derniers compagnons des Montreauet des Libergier: et, sauf à nous occuper plus loin des grandis et beaux travaux des architectes lombards des IVe, Xe et XIIe siècles, et de la qualification convenable à ce style cosmopolite, contentons-nous d'indiquer ici en quelques mots comment ces nouveaux Barbares prirent possession d’une forte partie de la succession de Théodoric,
Lorsqu’on 568, Alhoin , à la tête d’une fouie de Barbares, Répides , Bulgares, etc.,
t.\rt chrétien.
des merveilles monumentales jusqu’alors inconnues, auxquelles ne purent suffire les immenses trésors accumulés par la parcimonie
pénétra dans la partie de l’Italie où il fonda le royaume dit des Lombards, de l’aspect qu’ offrait la longue barbe de conquérans Scandinaves : « Cœpisse tune ab ea veluti longi- » tudine barbæ, Longobarbos appellari » (Tristan Calchi, historiographe de Milan), Pavie seule lui opposa une résistance dont la durée, trois ans , le détermina sans doute à choisir une place aussi préservairicc pour sa capitale. Cette ville, déjà célèbre, conserva ce titre sous les vingt successeurs d’Alboin, jusqu’à l'époque (774) où Charlemagne, répondant à l’appel du pape Adrien Ie , le délivra de ces fâcheux voisins, en envoyant leur dernier roi, Didier , faire pénitence dans noire monastère de Corbie , près d’Amiens. Cette fois, le siège de Pavie ne dura que six mois , et peut-être est-ce aux désordres qui le suivirent comme aux nouvelles épreuves de ce genre que subit celte ville fortifiée, qu’on peut imputer l’absence dans la capitale des Lombards des traces de leur art, car si nous rappelons nos souvenirs, déjà anciens, ce n’est qu’à la faveur d un badigeon historique qu'on peut faire passer pour Lombards primitifs des monumens comme l’église Saint-Michel de Pavie (donné par d’Agincourt , pl. xxxiv , nos 6 à 1 5 ), et qu'un écrivain moderne, M. San-Quintino, ne fa.l remont r qu’au IXe siècle ( délia anliqua durante la dominazione Longobardo) ; de même qu’il est évident que le majestueux débris de la ville aux cent tours , connu sous le nom de tour de Boëce , est de construction assez récente ; mais d'autres témoignages épars, surtout dans le Bergamasque, attestent, comme nous venons de le d.re, que quelques-uns des princes et princesses de celte monarchie ne dédaignèrent pas de marcher sur les traces de Théodoric, en mettant à profit les ateliers d’art formés par ce prince, et que l’abandon de ces pratiques par ses successeurs mirent à la disposition de leur voisins mieux assis sur leur sol. La reine Théodelinde, di nazione francese (Muratori, Annali d'Italia, t. III, p. 588), et nommée la Clotilde d’Italie , comme ayant converti son premier époux à la foi, et ayant inspiré assez d’amour et de respect à ses peuples pour qu’à la mort d’Autharis ils lui décernassent le choix d’un successeur, est particulièrement citée Cumme l'un des grands appuis de l’art chrétien. Sa cathédrale de Monza, reconstruite en 4350 par Matleodi Campione, en conserve encore de magnifiques specimens dans le graduel à lettres d’or et d’argent du pape Grégoire-le-Grand, correspondant de celte reine, comme le prouvent les quatre lettres venues jusqu’à nous, et aussi dans le célèbre papyrus présentant l’état des reliques dont le saint pontife lui fil hommage, souvenirs auxquels se joint la coupe de saphir de cette reine couronnée, son flabellum (ou éventail), son peigne, etc., et diverses peintures représentant des traits puisés dans l’histoire de son peuple y. Paul Diacre, De gesla Longob.,\. vi.ch. xxm; Tiraboschi, Storia délia, litt.italiana, t. III, 1. n,cap. vi, § 3 ; Frisi, Mem. di Monza., Var. loc. ; voir aussi ce que dit Muratori, Annali d’Italia, t. IV, p. 8, de cette basilique et de son trésor); mais un monument plus curieux encore, dont cette cathédrale a conservé le dépôt, consiste en celle couronne de fer, que tant de grands souverains, jusqu’à Charles-Quint, se sont fait gloire d'aller ceindre, et qui, restée sans emploi depuis trois sièJes, fut de nouveau essayée de nos jours; monument plus précieux, quoique moins riche que la couronne d’or offerte par Théodelinde a Agilulphe, et qui avait également survécu jusqu’à ces derniers temps ; mais transportée comme trophée de guerre sur notre sol moins conservateur , son éclat fit sa perte : avisée sur les rayons de notre cabinet des médailles, etc., par les fins connaisseurs, qui y firent une si désastreuse visite en 1804 , elle passa bientôt dans le creuset d’un recéleur ; et là , où sa compagne
L ART CHRETIEN'
cTAnastase? 1 Ce déplacement d’une splendeur qui semble, comme celle du soleil, dont l’art devint surtout ici l’image, ne pouvoir luire à la fois sur deux points opposés, mérite bien une digression spéciale.
Justinien, qu’un heureux hasard vint arracher aux champs que cultivait son père pour le constituer héritier du pouvoir dont un
plus grossière eût assurément bravé toute atteinte de la part de ces archéologues matérialistes , la couronne d'or y périt.
Le goût des arts et le zèle religieux de Théodelinde s’exercèrent d’ailleurs à l’exemple de ce qu’avaient fait les filles de Théodose , non-seulement en reconstruisant et en dotant les églises détruites pour la plupart lors de son avènement, en fondant, en 012, le monastère de Bobbio , de concert avec saint Colornban , grand propagateur de ces sortes de fondations dans notre France, qui lui dut principalement le monastère de Luxeul, mais encore en élevant, avec la célèbre cathédrale de Mouza , son palais de la même ville, sur les débris duquel vint se enter celui de Frédéric Barberousse, devenu débris à son tour; ce qui détruit tous moyens de juger de son importance et de son aspect primitif.
On conçoit toutefois, malgré l’absence de preuves positives, que, dès cette première époque, l'intervention de l’orient dans les affaires d’Italie ayant déjà modifié le style antique proprement dit, dont les architectes de Théodoric avaient, comme on l’a vu, mission de s’inspirer l'art, privé de direction et perdant son unité, ait subi les altérations de plus en plus sensibles, surtout au VIIIe siècle, dans les constructions de Luitprand, citées par Maffeï, et que l’architecture ait, par un monstrueux accouplement, enfanté ce style lourd épuré plus tard, qu’on qualifie de troisième degré de décadence, et dont on trouve des traces dans toute la chrétienté, mais avec des caractères bien tranchés, puisqu’il brille dans telles localités par une nudité complète, lorsque dans d'autres, à voir la surcharge de ses ornemens, têtes chimériques , etc. , on pourrait croire en effet que les sculpteurs de ces époques se seraient complu à braver de loin les édits de Léon l’Isaurien et de ses successeurs, en accumulant, sous la protection divine et sous celle des princes d’Occident, les images alors proscrites par la cour d’Orient; mais on ne reste pas moins dans le vague le plus absolu sur le vrai caractère des travaux qui succédèrent immédiatement à ceux de Théodoric, à moins qu’on ne classe comme certains ventilateurs, dans ces créations lombardes, l’église de Saint-Nazaire et Saint-Celse de Véronne, et surtout ses grottes, sortes de catacombes où des peintures de ce temps viendraient assigner le point de départ de la grande école vénitienne.
* Tout en soulageant ses peuples des plus durs impôts , en supprimant le chrysargire , impôt quinquennal levé sur la misère, et tellement lourd pour le peuple , qu’on vit , dit Zosime (I. xi , ch. xxxvm), des pères prostituer leurs filles pour l’acquitter, ce qui le fit nommer or de douleur, Anastase, prédécesseur de Justin, parvint, selon Procope ( Anecdotes , ch. 19), à amasser, pendant son règne de vingt-sept ans , quarante mille marcs d’or (environ 325 millions) restés intacts sous son successeur. Quelle mine à exploiter pour un héritier prodigue ! et cependant, bien qu’accrue de tous les fruits de la conquête de l’Afrique et de l’Italie, nesufflt-elle pas a défrayer les magnificences de Justinien, qui laissa d’énormes dettes.
l’art chrétien»
autre caprice de la fortune avait investi son oncle Justin, s’était, par de fortes études, alliées à certaines habitudes mondaines et à des mœurs d’anachorète , ménagé les moyens d’occuper dignement ce rang élevé, qu’il obtint même par anticipation, l’influence du sénat et du peuple , captés par ses immenses largesses 1 , ayant décidé Justin à lui céder le trône et même à y asseoir près de lui Théodora , comédienne de bas étage et perdue de débauche. On peut croire que Justinien dut beaucoup à l’exemple récent et aux nobles inspirations de Théodoric, lorsqu’on le voit, comme le prince goth, abandonner les erremens de ses prédécesseurs pour s’occuper de fonder son renom , dès son avènement au trône , sur les solides bases de la législation et des arts-, et dès la seconde année de son règne , au milieu des graves dissensions intestines et extérieures produites par les factions du cirque2 et par la guerre de Perse, publier son Code im-
• En même temps que Justinien, créé d’abord nobüissime par Justin, puis fait consul en 521 , s’attachait à faire ressortir par son instruction, et surtout, comme Anastase, par des discussions théologiques fort goûtées alors par le peuple, le grand contraste existant entre sa science et l’ignorance de l’empereur, il puisait largement dans les trésors du cher oncle des moyens plus efficaces encore de faire désirer son règne. On cite comme digne des fcles de l’ancienne Rome, celle qu'il donna pendant son consulat, et où 288,000 pièces d’or furent distribuées au peuple. Ces combinaisons réussirent, puisque le sénat décida Justin à céder le trône à son neveu, en 527, et que l’oncle débonnaire n’étant plus retenu par les justes obstacles que l’impératrice Euphémie apportait à l’union de Justinien avec une vile prostituée, consentit même a reconnaître Théodora pour sa nièce et pour souveraine de l’empire d’Orient.
a Depuis longtemps les jeux de l’hippodrôme étaient, à Constantinople, la cause de graves désordres ; les diverses fractions de la population, qui vouaient leur intérêt à tels ou tels conducteurs de chars , selon la livrée qu’ils revêtaient, portant l’enthousiasme pour leurs succès ou le dépit de leurs défaites jusqu'à l’exaspération. Déjà en 498, l’empereur Anastase, quoique âgé de soixante-huit ans , pour avoir pris parti pour les rouges , avait vu son trône ébranlé , et l’eût perdu peut-être s’il n’eût consenti à donner satisfaction publique aux verts. Sous Justin et Justinien, les couleurs changèrent, en partie du moins, puisque l’histoire nous apprend que ce dernier, avant de monter au trône , avait ouvertement pris couleur pour les bleus j mais l’irritation des factions ne lit que croître, quelque soin qu’ait pris Justinien, empereur, de sévir par une loi contre tous les excès, sans acception de couleur. Les verts , certains de ses dispositions secrètes , dont les bleus ne s’autorisaient que trop, s’en vengèrent en insultant Théodora, et cet affront public, d’autant mieux senti qu’il était mérité, fut le germe de la terrible conflagration de 532, dont nous allons parler. Les mêmes jeux, les mêmes prédilections pour telle ou telle couleur, avaient failli également occasionner à Rome, sous Théodoric (en 509), de graves désordres, que la fermeté et l'impartialité de ce prince surent réprimer a temps . principiisobsta. Écoutons
L AK T CHREÏIJiV.
mortel 1 , complété pendant les fureurs dévastatrices du N!ka a et surgissant dans toute sa hauteur alors que s’élevait par les soins du même prince la basilique non moins durable qui sert aussi de pié-
Muratori : « Accade che facendosi i Giuochi circensi, importuno console e Teoderico o sia » Teodoro patrizio, favorendolafazioneceneta, aveano con gente armata fatto degl’insulti » alla fazione prasina, che loroavea dette publicament dette ingiurie... assaliti con insi- » die, ed uno d’ essi rimasto ucciso. Dispiacque forte a Teodorico il fatto ; ed affmche im~ » parassero i potenti a rispetlar gl’ inferiori diede ordine che i delinquenti comparissero » in Giudizio» ( Annali d' Italia, t. III, p. 308).
* Dès la deuxième année du règne de Justinien, 529, fut publié le Code qui porte chez nous-mêmes, et qui transmettra le nom de ce prince à nos arrière-neveux; mais ce ne fut qu’en 534 qu’il reçut tous -ses développemens.
* Ce mot d’ordre ou de ralliement , dont le sens littéral est triomphe ou victoire , est resté consacré dans l’histoire comme la personnification de la grande catastrophe des trois journées qui , en 532 , couvrit Constantinople de sang et de cendres. Quoique les acteurs de ces terribles scènes fussent rangés sous les étendards verts et bleus , dont nous avons parlé , divisions toutes formées pour le combat, il est à croire qu’ainsi que l’indi- -quent plusieurs historiens (voy. Baronius, an 50!, n°* 4, 5 et 6) , d’autres passions que la prédilection pour certains cochers , excitèrent ces luttes acharnées dont l'explosion se produisit tout à coup par le massacre et l’incendie.
Le tableau que Gibbon a tracé (ch. xl , t. IX , p. 333 et suiv.) de ces journées de deuil, qu’il porte à cinq , en y comprenant sans doute l’intervalle écoulé avant le rétablissement complet de l'ordre, est plus poétique et plus animé que celui peint sur nature par les écrivains contemporains ; aussi, pour l’exactitude historique, préférons-nous emprunter nos citations à notre narrateur Lebeau, qui nous renvoie à des sources telles que Procope ( P ers., t. I, ch. xxiv, xxv ; et Anecdot., ch. xn, xvm, xx, xxi, xxix), la Chronique d’Alexandrie, Théo* phanes , Evagre, Zonare, etc., etc.
Après avoir décrit (1. xli, t. IX, p. 137) les préventions existant contre trois ministres qui se partageaient la faveur du prince , Jean de Cappadoce, préfet du prétoire , Tribonien, questeur (l'auteur du Code et du Digeste), et Calipodius, chambellan et capitaine des gardes , les premiers symptômes de révolte qui éclatèrent au cirque , el aussi les premiers essais de répression sur sept des principaux chefs que la populace voulut venger en brillant le palais du préfet (le 13 janvier 532), il ajoute : « les trois jours suivons se passèrent » dans les mêmes horreurs. Tout retentissait de cris, de blasphèmes, d’injures outra- » géantes contre l’empereur et ses ministres. On brûlait, on pillait, on massacrait, ceux » qu’on croyait attachés a la cour, et on traînait leurs cadavres à travers la ville pour
» les aller jeter dans la . etc. L’empereur crut apaiser la sédition en éloignant les ob-
» jets de la haine publique . ; mais cette condescendance, loin de calmer les séditieux, ne » lit que les rendre plus fiers et plus insolens. » Et plus loin : a Bélisaire, à la tête des » troupes, se fit jour au travers de la m dtitude mutinée et en tua un grand nombre, sans » épargner les femmes qui , du haut des toits , lançaient sur les soldats des pierres , des » tuiles et tout ce qui leur tombait sous la main. »
L’histoire des peuples ri’est, on le sait, ainsi que la vie de l’homme, qu’une relation continue de faits souvent analogues se produisant sous des faces diverses, avec des consé~