I. ART CHfU'.'in.A
teur, revivrait plus spacieuse et plus pompeuse que jamais, et viendrait désormais défier les siècles de l’atteindre1.
i Si les siècles ont respecté l’édifice , les Musulmans se sont , dit-on, montrés moins scrupuleux sur son ornementation , ainsi qu’en témoigne ce passage de la notice de Thomas Smith, citée par Ciampini ( de Sacris Ædipciis, ch. xxvn ) : « Laquearium concamera- >. tiones olim ornarunt curiosæ figuræ, opéré musivo , quod è concinno tessellarum , cal- » culorumque ordine componitur, factæ hodie deformalæ , Turcis ex innato imaginum » odio, quo in ipsas debacchari soient, illarum oculos eruentibus , vultumque deturpan- » tibus... »
Jusqu’à nos jours et à défaut d’une constatation bien positive de l’état actuel de ces décorations intérieures, dont la rigidité musulmane interdit l’accès , on pouvait du moins se créer une idée de leur richesse et de leur aspect en visitant l’église de Saint-Marc de Venise presque modelée, mais dans un système progressif, sur la basilique de Justinien, et d’ailleurs enrichie par des importations dues aux croisades , de nombreux monumens provenant des premières églises de Byzance , et ainsi échappés à la hache d’armes de Mahomet II, qui, nouveau Philippe-le-Bel, quoique animé d’un sentiment contraire, aurait pris possession de la basilique de Justinien, en s’y précipitant à cheval et tout armé ; mais il appartenait à notre époque de lever cet interdit. C’est du moins ce qu’on doit induire des détails si précis que nous a donnés M. Ch. Texier ( Revue Française, mars 1839) sur cet édifice dans son état actuel. A la fois artiste et lettré, cet ardent explorateur des trésors d’art que possède encore l’Orient, n’aura pas du moins vainement pénétré ce sanctuaire impénétrable ; car le curieux tableau qu’il nous fait de Sainte-Sophie convertie en mosquée vient enfin fixer l’opinion sur l’aspect qu’offre encore le grand édifice de Justinien , après douze siècles de splendeur continue sous diverses invocations.
Les mosaïques ont en effet disparu , mais peut-être seulement sous la croûte formée par les lait de chaux superposés dont les Turcs couvrent leurs murailles, à tout le moins une fois tous les deux ans, sorte de purification malheureusement admise aussi dans notre culte , mais qui du moins, appliquée aux mosaïques, et dans l’avenir que prépare le liatii-schérip civilisateur, réserve peut-être certaines jouissances archéologiques à nos arrière-neveux.
Les seules parties de mosaïque restées en évidence sont les cubes de verre doré dont l’éclat n’est point terni après tant de siècles , qui forment le revêtement intérieur de la grande coupole, et dont par conséquent Paul-le-Silentiaire pourrait encore dire aujourd’hui : « Les mosaïques mêlées d’or jettent un si vif éclat, les rayons dorés quelles ré- » fléchissent sont si brillans, qu’on a de la peine a y attacher les regards : la vue en est ;> fatiguée » ; mais ce qui offusqua davantage celle des musulmans , ce fut sans doute la figure colossale de Dieu le Père qui s’enlevait sur cette vaste auréole , et que remplace aujourd’hui un verset du Coran écrit en lettres monstres pour le coup , leur longueur étant de trente-sept pieds , suivant Eswlia, dont les supputations éveillent en nous quelque méfiance, surtout lorsqu’il donne cent quatre-vingt-cinq pieds de diamètre au croissant qui couronne extérieurement celte même coupole, espèce de girouette (aujourd’hui principalement) pour la dorure de laquelle Âmurat II aurait dépensé 50 mille ducats.
D’après ce que nous révélé le violateur des arcanes de Mahomet , il faut croire que ce prophète et ses imans ne se montrèrent pas plus sévères que Salomon pour l’exclusion
L'ART CHRÉT1RN
Dix mille ouvriers, sous les ordres d’Anthemius, mort à la tâche mais bientôt remplacé par Isidore de Milet, et sous la surveillance personnelle et incessante de l’empereur, consacrèrent en six années ce grand monument de l'art chrétien , qui proclame encore aujourd’hui sa gloire au milieu de ses plusardens profanateurs 1 -, et tel fut le juste sentiment d’orgueil qu’éprouva le prince du succès de son œuvre, que lors de la somptueuse dédicace (27 décembre 53^) il couronna son ho s arm a par ces mots : « O ! Salomon, je t'ai vaincu! 3 » Le
des chérubins, puisque les archanges Gabriel, Michel, Raphaël et Israël sont restés à leur poste , en dépit aussi des iconoclastes des VI 1I« et IXe siècles.
Ce voyageur constate aussi qu'il en est de même des deux colonnades de marbre vert provenant du temple d’Éphèse, ainsi que des colonnes de porphyre rouge que la matrone Marina donna à Justinien , lesquelles supportent toujours les petits hémisphères dont la forme et la multiplicité ont sans doute beaucoup influé sur la propagation de ce type dans l'architecture mauresque.
■ Longue serait la nomenclature des historiens et écrivains à divers titres qui se sont occupés des miracles d’art de cette basilique ; mais Procope est celui de tous dont les aperçus offrent le plus de garantie comme exactitude. Agathias a bien continué Procope, mais son seul litre de poète doit tenir en méfiance sur la vérité des tons , et il en serait de meme du poème de PauI-le-Silcntiaire , sans les excellens commentaires qu’y a joints notre savant Du Cange, si versé dans l'histoire bizantine. On peut en outre consulter Codin ( de Strul. temp., etc.); Evagre (1. iv, ch. xxx); Anast. ( Inst p. 62); Cedrenus (p. 371- 374); Pelr. Gyl. ( le Pierre Gilles dont nous parlons dans une note suivante, Topog., Const., 1. 11, ch. ni, iv, xvn ), etc., etc.
Rien ne dut jamais égaler la profusion que, selon les historiens les plus véridiques , Justinien déploya lors de cette dédicace, signalée comme celle des temples du paganisme par un immense hécatombe où vinrent s'engloutir, au profil du peuple, déjà pourvu de trente mille quintaux de grains , mille bœufs , mille porcs, six mille moutons, six cents cerfs, vingt mille poules et poulets; mais ce qui distingue principalement ces largesses publiques des joies auxquelles la population de notre capitale fut aussi longtemps conviée en certains jours de liesse, c’est, indépendamment de la poursuite de ces fêtes et festins pendant quatorze jours , le spectacle que dut offrir , comme inauguration d’un temple, une populace se ruant, s’égorgeant sur son pavé pour s'arracher les trois quintaux d'or que Justinien y fit répandre.
2 Quant à supposer avec certains chroniqueurs que Justinien aurait donné un corps à cette pensée, en faisant représenter Salomon dans une contenance triste et humiliée, regardant avec jalousie le nouvel édifice, on ne le pourrait, à moins de violation des lo s de l'optique et de la perspective, qu’en admettant qu’une statue ait en même temps été consacrée au fils de David sur la place même où le nouveau temple du Seigneur brillait d’un vif éclat; ce sur quoi l'histoire se tait, heureusement pour Justinien, car celle fanfaronnade mesquine l’eût accusé plus encore de petitesse, d’esprit du moins, que le soin qu’il prit de consacrer lui-même sa puissance et sa gloire par sa statue colossale , tenant
t. ARÏ CHKtTIKN.
comble de ce succès fut surtout d’avoir lancé dans l’espace, à trente toises du sol, une coupole de 1 1 5 pieds de diamètre 1 , type des toitures dès lors généralement admises dans les constructions orientales et encore en grand usage, surtout dans l'architecture mauresque, musulmane, etc. L’édifice, précédé d’un atrium ou portique au milieu duquel était une fontaine pour les ablutions préalables, accusait la forme d’une croix grecque avec prolongement de ri5 à 3o pieds vers le narthex, pour laisser cette division en dehors de celle du temple proprement dit. Ses dimensions comportaient environ a5o pieds de longueur sur 3\t8 de largeur , et i/J? pieds de hauteur. Du reste, ses dispositions architectoniques intérieures différaient peu, d’après les divers récits, quelquefois contradictoires sur certains points, de celles des basiliques de Constantin : on y voyait aussi le long des trois côtés de la nef une galerie supérieure, le gynœconitcs ou triforium latin, destinée aux femmes exclusivement. Tous s’accordent aussi sur le luxe des marbres, porphyres, etc., employés au revêtement et au pavage 3, sur la richesse des colonnes dont les chapitaux
de la main gauche le globe surmonté d'une croix (premier exemple de ce symbole si commun depuis lors), et dirigeant de l'autre main un geste menaçant vers l empirp des Perses. Cette statue de bronze surmontait une colonne dans la place de l'Augustéon, et sa durée fut longue, comme celle de tous les grands travaux de ce prince, puisque Pierre Gilles, mort en 1555, ce naturaliste, contemporain de Rabelais {voir dans Pantagruel , ses profondes recherches sur l’urine des poissons), raconte qu'étant à Constantinople, il vit transporter cette statue des jardins du sérail à l'arsenal pour y être fondue ; ainsi se réalisa sans doute le geste menaçant de Justinien; sa statue, devenue foudre de guerre, ayant pu servir dans la campagne contre la Perse, que Soliman II entreprit, en 1548, campagne où le même Pierre Gilles, réduit aux derniers expédions par son ardeur aventureuse pour la science , servit en qualité de soldat .
i Dès 558 , l'écroulement d’une partie de dôme ébranlé par des tremblemens de terre produisit de grands sinistres, qui se renouvelèrent encore plus tard , d'autant plus facilement sans doute que Justinien avait surhaussé la nouvelle coupole de vingt pieds, en réduisant le rayon de sa courbe. Dans cette dernière circonstance, l’échafaudage, construit sous Basile Durgaroclène , coûta seul, dit-on, mille livres d’or.
a Telle était la recherche qu'on apportait, dès ce temps et même antérieurement, comme nous l’avons prouvé pour la basilique de Childebert, dans cette partie secondaire de l'ornementation des églises, qu’au moyen de zones alternées de marbre de Proconnèse et de marbre vert, on figura , dans le pavage même de Sainte-Sophie, le cours des quatre fleuves sortant du paradis terrestre et se dirigeant vers la mer, image symbolique souvent étendue aux sources jaillissant du rocher de l'Église pour désaltérer les fidèles , et qu'on retrouve encore dans un de nos curieux monumens du XIIe siècle ( voir pl. xxv de la 9* série de Y Album ).
x.’art CHRÉTIEN.
étaient de bronze doré ou argenté, sur l’éclat des mosaïques, détruites ou du moins masquées, sinon par les iconoclastes du VIIIe siècle, du moins par leurs dignes continuateurs, les Musulmans-, sur la somptuosité du sanctuaire où Justinien aurait employé 4° mille livres pesant d'argent, et surtout de l’autel, étincelant d’or et de pierreries, que soutenaient six piliers d’or massif, et dont la table, produit de la fusion des plus précieux métaux avec amalgame de pierres précieuses, aurait été détruite par l’écroulement d’une partie du dôme, en 538, circonstance qui prouverait qu’ici l’autel aurait été, comme le tombeau de saint Martin dans la basilique de Tours, et comme celui du Christ dans l’église du Saint-Sépulcre, placé au centre de l’édifice, sous la grande coupole ( voir la Dissertation de M. Charles Lenormant, à la fin du i er volume de Grégoire de Tours, édition de la Société de l’Histoire de F rance).
La dimension du baptistère, placé, selon l’usage, à l’occident, était telle qu’on y tint plusieurs conciles. Quant aux matériaux employés à celte grande construction , en laissant à la chimie moderne à s’assurer si, comme le dit Codin, c’est à l’emploi de l’orge bouilli dans l’eau, pour la liaison du ciment et au mélange d’écorces d’ormes hachées avec la chaux et la brique pilée, qu’on doit l’indestructibilité de ces murailles , bornons-nous à faire remarquer que la sage prévoyance de Justinien lui fit exclure l’usage dubois ailleurs que dans les neuf portes qui furent brûlées au IXe siècle , sous Michel Rangabè (ouCuropalale), dans un incendie, dont le dommage ainsi borné justifia bien la sage précaution du fondateur. Michel les remplaça par des portes de bronze , dont l une consacre encore cette restauration du commencement du IXe siècle par ces mots, Michaël vainqueur *.
> La seule porte de bronze qui subsiste, celle du sud, est couverte, dit M. Texier, de magnifiques ciselures. Les panneaux portent des inscriptions en lettres d’argent incrustées dans le bronze. Les ornemens n’ont été sans doute respectés par les Turcs que parce qu’ils ne consistent qu’en méandres et feuilles de vignes. Quelques figures d’hommes ou d’animaux auront seules décidé du sort des huit autres portes remplacées par des huis d’un travail assez grossier. On doit d’autant plus s’étonner que Justinien n’ait pas imprimé ce grand cachet de luxe et de durée à sa basilique, que l’usage des portes de bronze ou au moins recouvertes de métal, encore en honneur de nos jours, comme Yonl bientôt le prouver celles du temple de la Madeleine., dues à notre florentin Triquet, était consacré depuis longtemps et toujours suivi au commencement du VIIe siècle; ce que prouvent , d’une part , les « ex cere. valvœ è templ» Salomonis transvectce » de la basilique vaticane
L ART CHRETI V. S ..
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On peut déjà juger par la somptuosité de cette œuvre qui vint assigner à l’école byzantine, grâce au concours des Grecs, un caractère organique tout spécial, que Justinien, dont le goût architectural
(Ciampini, de Sacris Ædif., c. iv, § 130), et, comme témoignage presque contemporain de la fondation de Sainte-Sophie, les porte* d’argent pesant 975 livres, dont le pape Honoré I«r, morten638, orna la basilique de Saint-Pierre : « Investivit regiasjanuas in ingressu ecclev siæ , majores , quæ appellantur medianæ ex argento , etc. , » recherche de luxe toujours fatale. En effet, le haut emploi de cette matière tenta bientôt les Sarrasins , comme les lames d’or du Capitole avaient séduit, dit-on, Stilicon et Serena. C’est ce que nous apprend Anastase dans la Vie de Léon IV : « Portas quas destruxerat Saracena progenies , argen- » toque nudaverat erexit, multisque argenteis tabulis lucifluis , salutiferisque histoiriis » sculptis decoravit et in meliorem soeciem, quam pridem fuerant, reparavit »; et il en fut de même des pretiosœ valvœ, restituées par Léon IV, et qui, dit Ciampini ( Vetera Monim., c. v), périrent également sans qu’on puisse dire quand et comment, et que remplacent encore aujourd’hui les belles portes de bronze exécutées sous le pape Eugène IV, mort en 1447, et que le même écrivain décrit et publie (ibid. , pl. xix). Ce sort, malheureusement inhérent à tout emploi de matières précieuses, atteignit aussi les portes d'argent dont le pape Hilaire avait, au IVe siècle, orné les oratoires des deux saint Jean du baptistère de Latran, remplacées par celles que fit fondre le pape Honoré III, mort en 1227 (Vet. Monimenta , c. xxvi) , et qui subsistent encore.
Encore est-il remarquable que ces bronzes mêmes aient surmonté depuis plusieurs siècles les chances de retour à la valeur intrinsèque, lorsqu’on voit dans cette même capitale de la chrétienté et aux époques d’exaltation pour les arts , déplomber les verrières du Vatican, détruire par conséquent les chefs-d’œuvre de nos Claude et Guillaume de Marseille, pour alimenter de projectiles les frères d’armes du fanfaron Cellini.
Il faut qu’au XIe siècle les procédés de grande fusion fussent moins pratiqués à Rome qu’à Constantinople, puisque c’est dans celte dernière ville, où Michel Rangabé avait fait exécuter les portes de Sainte-Sophie, que furent fondues celles de la basilique de Saint- Paul hors les murs, « filamentis argentis repletæ », qui appartiennent à l’année 1070, et non au IVe siècle, commel’établit l’architecte anglais, M. Hope (Ilist. de VArch., p. 269). Ici cependant il ne peut y avoir matière à doute, puisqu’au chiffre de millesimo septuagesimo ab incarnatione se joignent , dans l’inscription , . les noms d’Ildebrandj, ancien moine de Cluny, d’un pape Alexandre et du consul Pantaléon, et surtout le caractère des cinquante-quatre médaillons où nous signalerons de grandes analogies avec les compositions des trente-deux vignettes du curieux manuscrit byzantin de M. le docteur Commarmont que nous publions (pl. xii à xvn de la huitième série del’lAbum); et c’est cette analogie qui nous a décidé à composer une de nos planches (pl. xvii de la deuxième série de l’Album) de fragmens extraits de ces portes et de celles du baptistère de Pise, appartenant au XIIe siècle, et dont Cicognara, contrairement à l’opinion de Ciampini, attribue l’exécution au même artiste pisan Bonanno , dont le nom se trouvait avec la date de 1180 sur une autre porte du même monument, détruite dans l’incendie de 1596.
Nous regMton, que notre cadre, déjà si vaste cependant, ne puisse admettre un grand nombre de planches de ces monumens toujours curieux par leur aspect synoptique ; car les types ne nous manqueraient pas. même en Allemagne, où la basilique d’Aix-la-Chapelle
t. ir.
1,'aRT chrétien.
n’avait pas attendu celte occasion pour se produire voulut l'aire participer cet art au faste de l’Orient, en même temps qu’il s’en
avait des portes d’airain , ex œre solido cancellis et januis adornavit (Eginhard), où la cathédrale de Mayence, bâtie vers l’an mil , conserve ses portes battantes de bronze , et en Russie où ce luxe s’est infiltré, comme toutes les parties de l’art byzantin, et brille notamment à la basilique du XIIe siècle de Nowogorod, l’une de ces Sainte-Sophie aux cinq coupoles si communes dans cet empire comme en Grèce; mais c’est surtout en Italie qu’ils abondent; car, indépendamment des diverses portes de Rome, et notamment de celles de Sainl-Jean-de-Latran , exécutées en H93, par les frères Vberti, de Plaisance, Venise y montre avec orgueil, à l’extérieur de sa basilique, l’œuvre de 1300 de son « Âurifex Vendus Magister Berluccius » ; Florence, la porte intérieure de Santa-Maria del Fiore , couverte des bas-reliefs de ce Lucca dalla Robbia, dont d’autres œuvres, à la fois plus fragiles et plus transportables, ont popularisé la gloire , rayonnante aujourd’hui dans toutes nos grandes collections; Lorette, ses trois portes de bronze qui suffiraient pour illustrer l’école del Lombardo; Vérone, ses curieuses portes de San-Zeno en plaques de tôle repoussées ; et Pise, avec les anciennes valves, citées plus haut, l’assortiment complet que possède sa basilique d’œuvres analogues de plusieurs grands artistes, à la tête desquels se placent notre illustre Jean de Douai, rebaptisé de Bologne, et son habile élève Francheville (Francavilla), de Cambray, l’auteur des statues accessoires et bas-reliefs de l’ancien monument d’Henri IV, au Pont-Neuf.
Nous trouverions même au besoin des types analogues dans les huit bas-reliefs en bronza d ’ André Riccio, enlevés au mausolée des Torriani, à Vérone, pour venir s’ajuster comme porte de la salle des Cariatides de notre musée de sculpture, au-dessous de la célèbre tribune de Jean Goujon; mais le soin qu’a mis M. de Clarac à les décrire (t. Pr, p. 407 et sulv.) et à les publier ( pl. 47 à 50 de son savant ouvrage sur le Louvre), rendrait ici surtout notre entreprise trop téméraire.
Attachant cependant quelque prix à donner une idée de la richesse et de la variété de ces grandes compositions dans leurs divers styles , et pensant que notre but ne serait pas atteint si nous n’offrions au moins un specimen de l’application à cet usage des plus marquantes sublimités de l’art, nous avons mis en présence, dans la planche xvme delà deuxième série de l’Album, le ciseau d’André de Pise et celui de Ghiberli, ne doutant pas que ceux qui, votant avec Michel-Ange, adjugeront le prix à l’œuvre degno del paradiso, fruit d un concours où les vaincus se nommaient Donatello , Brunelleschi , Jacopo délia Quercia, etc., ne réservent aussi des palmes au grand sculpteur pisanduXIV^ siècle, postérieur cependant, de près d’un siècle, à l’habile imaigier auquel nous devons les huit médaillons en pierre de la porte méridionale de notre Notre-Dame, donnés aussi (pl. xxix et xxx de la cinquième série).
Une conséquence de ces démonstrations chronologiques était la reproduction d’une de ce* portes exécutées sous l’influence de l’art encore pur, mais touchant à son déclin ; c’est ce qu’offrira l’ensemble de la porte de bronze de la sacristie de Saint-Marc de Venise (pl. xix de la même série), due à Jacopo Sansovino, contemporain de notre Jean Goujon, dont le* portes de Sainl-Maclou, publiées également (pl. xvm et xixde la série de l’Album), nous offriront l’occasion d’établir quelques parallèles entre les deux écoles rivales d’Italie et de France, au xvie siècle.
f Avant de parvenir au trône dont il se ménageait l’accès par des pratiques habiles et
L AP.T CHRETIEN
.".sa
constituait personnellement le régénérateur en y attachant sous d’autres formes les grandes conditions d unité et d’harmonie qui distinguaient les temples de la Grèce , conditions perpétuées dans ce style , avec des modifications plus ou moins heureuses , au moins jusqu’à l’avènement des merveilles bien plus éclatantes encore du XIIIe siècle. A défaut du concours qu’il eût trouvé quelque siècles plus tôt dans le ciseau depuis longtemps émoussé des compatriotes d’Anthémius, de Tralles en Lydie, et d Isidore (de Milet), il voulut du moins couvrir d’un manteau d’or l’indigence des autres arts du dessin. C’est ainsi qu’en agit également notre Louis XIV, lorsqu’après l’épuisement des simples , mais d’autant plus réelles qualités de nos arts dits de renaissance , sculptures en bois, émaux sur tôle, fers ouvrés, peintures sur verre, etc., ce grand-prêtre du soleil étouffa les derniers germes de cette culture de l’art pour l’art, sous un riche enduit suffisant pour dicter l’admiration de l’époque et qui n’eût d’ailleurs admis un éclat parallèle que pour en amortir l’effet.
Il faut croire que Justinien aussi , contraint par l’oubli des grands enseignemens de la Grèce à briller plutôt qu’à plaire , rencontra les sympathies de son peuple dans cette substitution de la valeur pondé rableau mérite d’art, si l’on en juge du moins par les supputations de Procope, basées sur ce premier tarif, et par l’extase dePaul-le-Silentaire, qui célèbre avant tout , comme on vient de le voir, V effet salaire de la coupole de Sainte-Sophie, et qui, plaçant même la fatigue des yeux au-dessus de leur satisfaction , semblerait borner les titres du créateur de ces merveilles à l’art d’éblouir, but en effet de tant de vulgaires efforts mieux goûtés bien souvent que les fruits des plus savantes études -, mais la postérité s’est montrée plus juste envers ce prince que ses imprudens amis , en reconnaissant qu'il ne put dé-
par la manifestation de goûts contrastans avec les habitudes rien moins que séduisantes de son oncle, Justinien suivant, par anticipation, l’exemple de tous les grands monarques soutiens du christianisme, avait élevé à Constantinople une basilique de Saint-Pierre et de Saint- Paul, qui faisait partie du palais d’Hormisdas. Or, la conformité constatée par Procope de cette basilique, depuis longtemps détruite, avec l’église de Saint-Serge et Saint-Bacchus encore existante, mais sous ['invocation de Mahomet, vient prouver que dès lors ce prince opérait selon ses vues personnelles , et sans s’asservir aux traditions antérieures , puisque l’analogie complète de ce dernier édifice avec l’église grecque de Saint-Vilal-de-P.avenne, dédiée au milieu du VP siècle par l’archevêque Maximien, est bien notoire.