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blés périodes de 1 histoire de cet art, moins peut-être encore par son éclat trop tôt terni dans les calamités sorties des sources mêmes qui je produisirent, la détresse publique, conséquence de ces prodigalités, que par l'influence qu’exerça cette grande et savante impulsion sur l’avenir monumental du monde entier % qu’on en juge par le reflet que jeta cette splendeur, peu de temps même après sa plus vive intensité , jusque sur des peuples étrangers au sentiment religieux dans lequel Justinien en concentra surtout le foyer.
L’autorité de ces grands exemples ne tarda pas en effet à se ma-
i Nous ne pouvons trop répéter que, sous le point de vue où nous devons nous placer comme chroniqueur del’art chrétien, Justinien, quelque faiblesse d’esprit que puissent luifaire supposer sa passion pour Théodora, et les tristes subtilités théologiques auxquelles il voua ses vieux jours, domina son époque comme fondateur des monumens les plus durables peutêtre de tous ceux élevés par le génie de l’homme, son Code et sa basilique ; d’autres, il est vrai, l’avaient précédé dans cette double carrière; mais que sont les essais de législation des Romains et des Goths près des grands monumens, fruits, il est vrai, de compilations souvent trop exclusives , mais enfin érigés en code législatif sous les titres d 'Institutet, de Digeste, de IS'ovelles, et qui, résumés sous le nom de Pandectes et retrouvés, dit-on, après cinq cents ans (au pillage d’Amaffi), vinrent former la base de nos codes occidentaux ? Quels rapports existent aussi entre les emprunts faits à l’art païen par les constructeurs latins pour abriter sous des hangards le nouveau culte sorti de terre et pressé de se produire au grand jour, et même entre les tentatives incomplètes des premiers architectes byzantins qui désertèrent sur les rives du Bosphore les traditions classiques de Rome pour les erremens orientaux, comme avait fait Dioclétien à Nicomédie et à Spalalro, et les créations architecturales de Justinien, qui vinrent rehausser encore la sublimité du christianisme par la pompe de sanctuaires vraiment appropriés à ses rites, contraste que la seule comparaison des anciennes basiliques de Rome avec l’église Saint-Marc de Venise suffit pour rendre sensible? Et que sera-ce donc si l’on tient compte, ainsi que nous l’avons déjà fait pressentir, de tout ce que l’art chrétien dut à cette idée-mère, au génie oseur de Justinien, lorsque ses pensées d’art, mêlées aux inspirations qu’y puisèrent les Arabes, et qu’ils nous rendirent élaborées par leur goût fantastique, vinrent créer notre grand art national du XIII® siècle, de manière a justifier de la part du dernier de nos maîtres ès-œuvres cette nouvelle exclamation : 0 Justinien, je fai vaincu!
A part même cette origine contestée, mais selon nous incontestable, d’après les témoignages que nous en produirons au chap. iv, ne serait-ce pas déjà beaucoup pour nous de devoir à cette première impulsion greco-byzantine et réellement artistique du Vie siècle, ramenée plus tard à notre portée par d’élégantes variations , des églises comme celles d’Arles, de Saint-Gilles.de Poitiers, etc.; des cloîtres comme ceux d’Aix, d’Arles, deMoissac, etc.; et la haute portée de l’inspiration de Justinien ne se trouve-t-elle pas proclamée même dans le nouvel orient par le soin qu’ont pris les Osmanlis, depuis la conquête de Byzance et malgré leur horreur pour les provenances chrétiennes, d’adopter Sainte-Sophie pour type de toutes leurs mosquées? Puissant effet de la magie de l’art, qui conserve à Jésus les temples de Jupiter, à Mahomet ceux de Jésus!
l'art chrétien.
nifester sous un aspect peut-être plus somptueux encore dans un royaume limitrophe , la Perse , depuis longtemps rivale de l’empire d’Orient , alors même que les désastres produits dans ce dernier empire par l’épuisement de ses ressources n’accusaient que trop les graves conséquences d’une telle dérivation de la fortune publique hors de proportion avec ses affluens-, mais les leçons toujours perdues pour les hommes et pour les peuples sont bien plus vaines encore pour les princes qu’aveugle constamment leur auréole de gloire et de puissance. Une vive passion, moins noble sans doute, mais plus impérieuse encore peut-être que celle où Justinien puisa ses inspirations architectoniques, dominait son imitateur -, et ce que la religion fit à Byzance et dans l’empire chrétien , l’amour, dit-on , le reproduisit sous des formes diverses , plus variées sans doute comme plus suaves à certains égards, à Dastaberg, à Ctésiphon et dans tous les vastes domaines du potentat dont le soleil était l’idole et est resté l’emblème.
Khosrou II (le Ghosr oës desGrecs) , petit-fils et deuxième successeur du grand prince qui balança la gloire de Bélisaire, et qui, doté d’ailleurs par ses peuples du beau surnom de Juste % put laisser à ses enfans d’autres titres de vaine gloire , fut l’enchanteur qui parvint, à l’aide de son général Ferhad , à couvrir ce pays de féeries de monumens somptueux toujours cités dans les traditions poétiques des habitans des montagnes de la Médie, du Kirman-Schab et du mont Bisoutoun , quoique la complète destruction de ces merveilles date de douze siècles -, Héraclius , dans sa campagne d’extermination de 627 , ayant anéanti surtout les rians palais de l’Amour que le Tigre baignait de ses ondes , et détruit jusqu’à la source qui pouvait reproduire ces enchantemens , en s’emparant des immenses trésors que contenait la résidence royale de Dastaberg -, mais les ravages du
1 Khosrou ( Chosroës Ier) est nommé dans l’histoire de Perse Nouschirvan al Adei (Nouschirvan le Juste ). C’est sous son règne que naquit Mahomet et qu’apparaissent pour la première fois dans l’histoire les Turks, qui, pour se créer un art, ce que comporte, nous l’avons dit, toute nouvelle constitution religieuse, durent naturellement s’inspirer, dans un contact immédiat, des inspirations contemporaines, de Justinien et de Chosroës, en les variant, nomades qu’ils étaient, sous des influences puisées à d'autres sources, de manière à créer un nouveau type qui pût fournir à son tour de brillantes inspirations à nos écoles du moyen âge.
h \ RT CHRI'.TIJiV.
fer et de la llanmie ont leurs bornes , dans les contrées surtout où la poésie des souvenirs est un culte -, aussi d'éloquentes ruines viennent-elles encore, dans cette dernière ville même, consacrer par ce nom de Kers-Schirin (Khosrou-Scliirin 1 ) la magie de ces palais ,
« Dont l’amour ordonna la superbe structure, »
' Schirin, selon quelques écrivains persans dont l'opinion est admise dans la Biographie universelle, n’aurait été dans le commencement du règne de Khosrou II qu’unede ces beautés presque fantastiques, comme on en trouve beaucoup dans les légendes de notre moyen âge, dont l’empire sur Khosrou II et même aussi, dit-on, sur son lieutenant Ferhad, fut d’aurant plus absolu et prolongé qu'aucune possession ne put de longtemps y mettre terme. Tel n’est pas l’avis de d’IIerbelot qui, dans sa Bibliothèque orientale , établit que le nom de Schirin, qui signifie doux, n'est que la transformation en langue persane du nom grec d’Irène que portait la fille de l’empereur Maurice, qu 'épousa Khosrou, femme aussi spirituelle que jolie, si l’on en juge par cette répartie, pour calmer les regrets qu'exprimait son époux de ce que sa royauté ne fût pas éternelle : « Si elle durait toujours , elle ne serait pas venue jusqu’à nous. »
L’hypothèse de d’IIerbelot, justifiée sous quelques rapports par la désignation même de ce palais où le roi de Perse n'aurait pas accolé un nom adultérin au sien, laissant à notre Henri II l’impudeur de faire élever par sa femme des palais aux devises de sa maîtresse, concorderait mieux sans doute que celle uniquement fondée sur une surexcitation amoureuse, sur un besoin de distraction, avec les données historiques qui nous montrent Khosrou en parfaite harmonie avec l’empereur, recevant de lui les moyens de reconquérir son trône sur Béhéram, retiré à Constantinople, après la bataille de Nehervan , séjournant dix-huit mois parmi les Grecs et puisant sans doute dans l’espect encore si neuf des magnificences de Justinien l'émulation de gloire monumentale dont le prestige environne encore la mémoire du dernier chef illustre de la dynastie des Sassanides, comme il trouva, ainsi que nous le dirons plus loin, dans son amour sans espoir alors pour la belle Schirin, le véhicule qui vint enfanter ces prestiges.
Leur prestige monumental serait grand, en etfet, s'il fallait admettre, par exemple, avec les historiens persans, « que le trône de ce prince était un grand palais d’une hauteur pro- « digieuse et d'une étendue si vaste qu’il était soutenu par quarante mille colonnes d’ari> gent toutes rangées en divers ordres d’ architecture ; que sa voûte, bien supérieure » par conséquent a la célèbre coupole de Justinien, était enrichie de mille globes d’or, les- » quels avaient tous leurs mouvemens dijférens et représentaient les planètes etlesdiver- » scs constellations du zodiaque ( voir la Bibliothèque orientale de d’Herbelol, page 997); » que les murailles étaient parées de trente mille housses en broderie tendues en divers » compartimens » (ibid) ; car s’il était constant qu’une telle profusion de richesses, qu’une telle manifestation de luxe dans diverses branches d’art, aient pu se produire au commencement du Vil® siècle, même dans une contrée privilégiée de l’Orient, il n’y aurait plus qu’à s’étonner de la nouvelle éclipse qui suivit cette splendeur miraculeuse, la voûte céleste ou zodiaque aux mille globes d’or mobiles qui laisse si loin les plafonds d'ivoire mouvans du palais de Néron, «quæ perpetuusdiebusac noctibus vice mundicircumageretur» (Sueton., c. xxxi), et qui rend si mesquine les combinaisons mécaniques et hydrauliques de lîoêce,
t.’art chrétien.
et prouver qu’avant de subir le sort que lui prédit Mahomet % Khosrou sut, à l’exemple de Justinien, dont les lauriers artistiques trou-
réduisant de beaucoup aussi l’importance attachée au présent d’horlogerie fait à Charlemagne, en 807, près de deux siècles après le règne de Khosrou par le kalife Haroun-Al- Rechid ; et les quarante mille colonnes d’argent, les trente mille housses brodées dans un seul des nombreux palais élevés par ce roi de Perse, ne pouvant même que faire prendre en pitié ce que nous avons dit du luxeanalogue en orfèvrerie, broderie, etc., que déployait en même temps à Saint-Denis notre Dagobert, contemporain de Khosrou II.
En remettant à parler plus loin des trésors inépuisables qui alimentaient cette pompe fabuleuse, montrons, d'après les mêmes historiens et surtout d'après la chronographie de Théophanes (page 268) , qu'une grande harmonie régnait entre le luxe monumental et ornemental de ce prince et la recherche de ses moyens de pourvoir à ses besoins personnels et de se créer des plaisirs propres aie distraire des rigueurs de Schirin. Son sérail contenait « trois mille filles de condition libre et douze mille esclaves du même sexe , choisies » parmi les plus belles de son empire ; heureuses femmes ! et ses écuries renfermaient six » mille chevaux ou mules, destinés pour sa personne » : heureux chevaux pour le coup! sauf toutefois les deux seuls dont l’histoire ait conservé les noms : Schebdin et Barid, qui , tous deux incomparables, l'un pour sa vitesse, l’autre pour sa beauté, devaient avoir à ces titres un service plus laborieux qui soulageait encore d’autant celui de leurs otieux camarades : quant au service accessoire de ses bagages , « douze mille chevaux de grande « taille, six mille de taiile moyenne, neuf cent soixante éléphans, etc., y suffisaient, » dit-on.
A qui fait consister le bonheur dans l'abondance, môme dans la superfétation, viendra sans doute aussi cette pensée de Khosrou : qu'il est fâcheux qu’une telle royauté ne dure pas toujours ; mais pourquoi, dans ces dispositions, provoquer pour ainsi dire la foudre, comme le fit ce prince, en repoussant l’alliance de Mahomet et en se montrant sourd aux supplications d’Héraclius?
> Lorsque Mahomet , dont l'armée, dès lors si redoutable, ne s’élevait cependant guère, qu’à 1,400 hommes, envoya notifier sa mission divine à Khosrou pour l'engager a embrasser l’islamisme, ce prince, déjà vaincu par Héraclius, mais resté grand dans le malheur, déchira la lettre du nouveau prophète, comme il avait fait de celle que lui écrivit Phocas a son avènement a l'empire, comme il refusa la paix que lui offrit Héraclius après la prise de Dastabcrg. Ce fut à ce propos que Mahomet s'écria, dit-on : Malheureux roi! ainsi Dieu déchirera ton royaume ; prophétie dont la fortune adverse rendait alors l’accomplissement immanquable, à moins que ce prince n’cùt invoqué l’appui des Arabes au lieu de le repousser.
De même, lorsqu’Héraclius, qui avait vainement imploré sa merci, le tintpresqu’à la sienne, par des pratiques qui privèrent Khosrou du secours de son général Schaharbarz, retenu, sur de faux avis, au siège de Chalcédoine, puis transformé en ennemi par de perfides communications, si le roi de Perse eût accepté la paix que lui offrit l’empereur, son règne et celui de la divine Schirin se serait du moins prolongé au-delà du terme qu’y mît son fils aîné, le féroce Kobad Schirounieb (Siroès), en faisant massacrer son père ainsi que tous les enfans qu’il avait de Schirin , princesse que l'amour conjugal, dans sa sublimité, porta à se donner la mort sur le tombeau de son époux, plutôt que d’accepter le trône que lui offrait l’usurpateur parricide.
l’art chrétien.
blaient sans doute son sommeil , faire un grand et généreux emploi de l’épargne de ses prédécesseurs 1 : toutefois , comme il ne peut s’agir ici de l’art chrétien auquel cependant ne resta pas entièrement étranger 2 le violateur du Saint-Sépulcre, si promptement châtié par Héraclius du refus des humbles explorations auxquelles le dénuement de l’empire avait contraint ce dernier prince à s’abaisser 3 , lais-
> Les trésors accumulés par les rois de Perse étaient au nombre de cent. Dans la description que nous avons reproduite, par extrait, du palais au 40,000 colonnes d’argent, il est dit que sous ce palais même, il y avait des voûtes séparées où l’on gardait « d’immenses » richesses en or, argent, pierreries et drogues précieuses. On parle aussi d’or ployable et » maniable, sans le secours du feu, auquel on donnait telle forme et telle figure qu’on vou- » lait » , sans doute avec le secours du marteau , car autrement l'orfèvrerie cl la bijouterie de ce temps n’eussent sans doute pas compté parmi les arts difficiles. L’un de ces trésors portait le nom de Badaverd (apporté parle vent), comme ayant été détourné de sa destination pour un port de l’empire d’Orient, par une tempête qui força le navire qui le portait à se réfugier en Perse.
■2 Quoique Khosrou se soit montré l’ennemi du culte chrétien, lors surtout delà conquête de la Syrie et des ravages exercés en Palestine et dans les saints lieux en 614, et que son mépris des offres de Mahomet prouve qu’il resta fidèle à la religion du feu éternel, même après qu’Héraclius en eût éteint les dernières flammes en Tauride, il y a traces de deux églises chrétiennes, l’une dédiée à la Vierge, l'autre à saint Sergius, que ce prince idolâtre aurait fait bâtir dans la ville de Mioferckin, sans doute par égard pour la population grecque de cette ville, rendue plus tard par lui avec celle de Dara à l’empereur Maurice, qu’il appelait son père, à raison, disent les historiens, des services qu’il en avait reçus, et peut-être aussi , selon l’opinion de d’Herbelot , comme ayant épousé sa fille. Observons cependant que cette alliance monstrueuse, religieusement parlant, n’est guère présumable, d’après les bons rapports exislans entre saint Grégoire-le-Grand et Maurice, qu’on nous montre encore couvrant les autels d’encens et d’offrandes à l’approche de Phocas, à moins que les incertitudes, les contradictions mêmes des historiens sur l’individualité de la belle Schirin ne s’expliquent en ce sens : que Khosrou se serait épris de cette beauté lors de son séjour à Byzance , que les obstacles qu’opposait sa religion auraient longtemps irrité son amour et engendré les merveilles que cette disposition seule semble pouvoir produire; et qu’à la mort de Maurice, en 602, vingt-six ans avant celle de Khosrou, Schirin, touchée de tant de marques d'amour et voyant ses frères et sœurs massacrés par Phocas, aurait sacrifié ses scrupules religieux au bonheur de régner, et serait venue se ranger sous l'aile protectrice du proclamateur de ses charmes. Cette supposition s’appuierait d’ailleurs de la remarque déjà faite : que Khosrou, qui s’était réfugié fort jeune à Constantinople, avait des enfans d’un mariage antérieur à celui qu’il contracta avec Schirin , notamment le monstre qui lui ravit le sceptre et la vie.
s L’acharnement qu Héraclius montra pour détruire tous les lieux de plaisance où résidait Khosrou, s’explique par le droit de la guerre, par les traces d’idolâtrie dont chacun de ces séjours devait être empreint, et surtout par la réaction exercée contre les désordres des Perses qui , maîtres des lieux consacrés par les premiers mystères de la religion dont ce
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sons à nos voyageurs, trop souvent soumis, commeles historiens, poètes et conteurs de ces régions excentriques, aux influences du culte du soleil, le soin de rechercher et de nous démontrer, d’après l’examen de ces vestiges , dans quel style architectonique Khosrou immortalisa son nom et celui de la belle Schirin ; et quittant l’Orient que nous avons montré pour longtemps stationnaire , revenons aux arts d’Occident et voyons ce que produisit sur eux d’abord l’abandon de l’Italie , la circonscription de l’influence byzantine dans l’exarchat de Ravenne, et surtout la conflagration produite par l’invasion Lombarde , trois ans après la mort de Justinien , et alors que la France , partagée entre les quatre fils de Clotaire et en butte par leurs rivalités, comme par les passions désordonnées de Bunehauld et deFrédegonde , aux déchiremens dont Grégoire de Tours nous a laissé le sombre tableau , ne pouvait exercer sur cette noble culture qu’un patronage isolé, circonscrit dans quelques localités et dépendant surtout du zèle et des ressources de ses évêques moyens dont l’intensité toujours croissante de nos troubles 2 , ne tarda même pas à tarir presque complètement la source , sauf en ce qui touchait à quelques besoins religieux croissans à raison même des calamités de ces époques.
prince se constituait l’apôtre et le défenseur , avaient massacré les moines et les vierges, détruit les églises et incendié jusqu’au saint sépulcre, que Charlemagne put faire reconstruire, grâce à ses relations cordiales avec le kalife alors tout puissant en Orient.
i Les évêques de France des Vie et VIIe siècles se montrèrent par leurs éminentes vertus, comme par leur dévouement aux intérêts spirituels et matériels de l’Fglise, les émules de leurs illustres prédécesseurs. C’est ce que constate en peu de mots Orderic Vital dans son Histoire ecclésiastique : « Temporibus horum regum, » dit-il (lib. I), en parlant du règne de Dagobert et de ses fds et petit- fils , « i Francia viri sancti vlrtutibus et signis cla- » ruerunt, Romanus et Audocnus , Ambertus et Eligius , Ebrulfus et Launomarur 0 » Maurus et Colombanus , Philibertus et Guandregisilus et alii plures fide et prædico tione pollentes, sanctitate et prodigiis coruscantes. » En remarquant avec M. Auguste Leprevost. le savant éditeur de cet historien, que six de ces illustres personnages appartiennent à la Normandie , on ne s’étonnera pas du rang élevé que cette province occupa de bonne heure et conserva jusqu’à nos jours dans nos fastes religieux et dans nos annales monumentales.
e Triste époque en effet pour tous les arts comme pour tous les rapports sociaux , que celle surtout où Théodoric, roi de Bourgogne, et Tkéodebert, roi de Metz ou d’Austrasie, « ben che fratelli, si mangiavano il cuore Vunl' allro », selon l’expression de Muratori, dont le pinceau, quoiqu’étranger, peint si bien le misérable état de la France de ce temps, « piéna » di violense. d’ingiuslizie e di guerre civili » ( Annali , t. IV, p. 27).
ÔGG
l’art chrétien.
Ici viendrait naturellement s’engager, dans des aperçus sur Cari chrétien , la grande question depuis longtemps pendante et que nous avons pressentie plus haut, de l’influence que l’occupation Lombarde put exercer sur ces arts , après toutefois qu’à la terreur imprimée jusque dans Rome meme, par les ravages de ces nouveaux Barbares , eût succédé une occupation plus paisible 1 , sous le sceptre de leur reine bien-aimée Théodelinde, ramenée par saint Grégoire-le- Grand dans le giron de l’Eglise, question depuis longtemps dédaignée par l’archéologie monumentale et que nous nous abstiendrions peut-être d’agiter de nouveau, si la publication toute récente de l’ouvrage anglais, d’ailleurs fort remarquable , que nous avons cité, n’cn ravivait la vitalité et ne nous imposait pour ainsi dire la mission de combattre , comme champion attitré des arts du moyen âge , une proposition hérésiarque qui tendrait à doter du monopole de ces arts dans toute la chrétienté d’Occident, un petit peuple passé, longtemps après nos premières splendeurs, de l’état de pure barbarie à une sorte de nationalité éteinte presqu’à l’expiration du IIe siècle de son ère.
Ici et malgré nos efforts pour restreindre l’emploi du langage technique dans les cadres spéciaux que nous lui ouvrons aux chapitres suivans, nous ne saurions nous dispenser de quelques excursions dans le domaine de la science, tout indigne que nous sommes d’aborder ce sanctuaire-, mais où puiser les argumentations que ce débat réclame? qu’importe d’ailleurs le langage lorsque l’on s’adresse à des sourds? et tel est , on le sait , la constante disposition des aveugles soutiens de tout système d’école.
Ainsi, c’est vainement que nos derniers et savans anatomistes de l’art architectural, MM. Auguste Leprevost, de Gerville, de Gaumont, etc. a , remontant à ses sources, exploitant ses traditions his-
i Car nous ne pensons pas qu’on cherche à faire remonter les encouragemens donnés à l’art par ces Barbares aux époques où ils parcoururent l'Italie pendant sept années, dévastant les églises, massacrant les prêtres : « Spoliatis ecclesiis, sacerdotibus interfecüs (Grég. Tur., I. iv, c. xu), ni leur influence sur nos arts aux temps où ils purent puiser l’avant-goût des leurs, en envahissant nos provinces, Arles, Marseille, Avignon, Valence, Grenoble, où ils trouvèrent le terme de leurs exploits (ibid., c. xxv). Le régne de Théodelinde fut d’ailleurs précédé de dix années d’anarchie.
^ Le dernier théâtre de la conversion des Barbares qui désolèrent nos provinces au IX* siècle, en un peuple civilisé qui dota cette France, ravagée par ses fureurs, d’admirable*
i.’àrt chrétien".
toriques, analysant son organisme, étudiant ses caractères esthétiques, éclectiques, etc., auront si bien démontré l’absurdité de certaines qualifications données à certaines écoles, comme l'injustice des anathèmes lancés sur notre grand art, des sommités rivales où se placèrent les savans rèsurrectionistes de l’art antique, les Brnnellesclii, les Alberti , etc , et leurs continuateurs, mais seulement en fait de préventions anti- gothiques, anathèmes répétés en écho par nos pères qui, déserteurs de nos intérêts nationaux, se soumirent humblement à la sentence dont est appel , sans même se bien rendre compte de la nature des griefs sur lesquels elle porte *•, ainsi, c’est
rnonumens encore debout, qui plaça l'Angleterre au beau rang qu’elle occupe dans l’échelle des nations, et qui, maître du royaume de Naples presqu’entier et de toute la Sicile, implanta surtout dans ce dernier pays un art nouveau toujours brillant du plus vif éclat, malgré le voisinage des grands débris de l’art antique , la Normandie , étant demeurée depuis le XIe siècle, et sans acception même de la nationalité de ses occupans, le plus important foyer monumental de la France, si l’on tient compte surtout du rayonnement de l’art gothique, parti, comme nous le pensons, de son centre, il n’est pas étonnant que le culte éclairé de l’art architectural y soit resté plus en honneur que dans toute autre province ; aussi non-seulement les ravages de notre fièvre de vandalisme y sont-ils moins sensibles que partout ailleurs ; mais il est à remarquer que c’est du sein même de son paroxisme que surgirent les modestes et savans émules des Horace Walpole, des Bentham, des Ring, des Milner, des Brillon, etc., noms auxquels notre patriotisme regrette de ne pouvoir guère opposer que celui de notre abbé Le Bœuf, et pour une époque plus récente celui d’Alexandre Le Noir. Aux temps de recrudescence, où les sujeis échappés à la première atteinte , tels que Saint-Nicaise de Reims , Y abbaye de Cluny , celle de Saint- Berlin, et tant d’autres , s’écroulaient honteusement sous la froide atteinte de la cupidité , la Normandie n’offrit que peu de ces exemples , le zèle éclairé de ses archéologues ayant calmé l’accès au lieu de l’irriter, comme ne fit que trop Millin dans ses antiquités nationales , et la démonstration de la valeur comme art des édifices menacés , atteints même, ayant éveillé, mais quelquefois un peu tard, comme à Jumiéges, l’intérêt même de leurs possesseurs. Ce n’est pas ici le lieu de rendre compte de tous les services rendus sous ce rapport par les Auguste Leprevost, les deGerville, les Hyacinthe Langlois, les Deville, les Pothier, et tant d'autres ardens et savans exploitateurs de la mine normande ; mais un nom, parmi ceux des chefs de cette sainte œuvre , qui vient se placer de lui même dans cette discussion, est celui de M. de Caumont qui jeune encore et plein d'ardeur, s’est voué tout entier à l’étude de l’archéologie monumentale et qui, depuis dix années , procédant, soit par des cours publics à grand retentissement, soit par des publications consciencieuses, fruits d'études directes alimentées par les voyages, est parvenu à organiser cette science, par une classification méthodique de nos rnonumens nationaux.
i Prouvons qu’encore à la fin du siècle dernier, nos sommités de la science ne s’accordaient même pas entre elles sur ce qu’on devait entendre par architecture gothique, désignation impropre sans doute dans son application au caractère ogival , mais sur laquelle
vainement que nos professeurs neustriens, loin de revendiquer pour une époque intermédiaire le titre d’architecture normande , si bien consacré cependant par les monumens de Caen et par leurs rejetons anglais, ont préféré confondre dans la dénomination commune et toute rationnelle de roman (ou romain dégénéré), par analogie avec nos diverses provenances civilisatrices en fait de lois, de mœurs, de langage1, tout ce qui constitue l’art occidental , de l’œuvre romaine pure
il importait cependant de bien se fixer dans des ouvrage ex-professo. L’Encyclopédie des sciences, arts, etc., contient, dans son édition de 1778, un article du célèbre Sulzer, auteur de la Théorie générale des beaux-arts, dans lequel on lit : «La nouvelle manière de bâtir, » que l’on nomme gothique, subsista jusqu’à ce que Charlemagne entreprit de rétablir » l’ancienne. Alors la France s’y appliqua avec quelques succès, encouragée par Hugues- » Capelqui avait beaucoup de goût pour cette science. Robert , son fils , qui lui succéda, » eut les mêmes inclinations, de sorte que, par degrés, l’achitecture, en changeant de face, m donna dans un excès opposé en devenant trop légère. Les architectes de ce temps-là » faisaient consister les beautés de leur achitecture dans une délicatesse et une profusion » d’ornemens, jusqu’alors inconnus, excès dans lequel ils tombèrent sans doute par oppo- » silionàla gothique qui les avait précédés, ou par le goût qu’ils reçurent des Arabes et » des Maures qui apportèrent ce genre en France des pays méridionaux, comme les Van- » dales et les Goths avaient apporté des pays du nord le goût pesant et gothique.
Il est évident que Sulzer qui assigna l'un des premiers sans doute la provenance arabe au système ogival , opinion à laquelle nous tendons à nous ranger, malgré toutes les con. troverses, est encore ici dans le rationnel, en qualifiant de gothiques les constructions quadris lapidibus que le biographe de Saint-Ouen désigne comme étant de manu gothiea; mais comment Millin, qui présente son Dictionnaire des beaux-arts comme inspiré de l’ouvrage également alphabétique de Sulzer, est-il venu , sans préparation aucune, bouleverser tout ce système, en classant, parmi les édifices gothiques, les cathédrales de l'Europe des XlIIe, XIV' et XV» siècles, lesquelles, dit-il, « ne présentent que de )> lourdes façadeschargées d’une multitude innombrable de figures indécentes et ridicules» (comme si les besoins religieux de ces temps , auxquels on pourvoyait en offrant aux regards d’un peuple, et même des grands, alors illélrés des sujets puisés dans les légendes consacrées, n’expliquaient pas ces compositions quelquefois sublimes quoique souvent burlesques» ; et en parlant surtout, de peur qu’on s’y méprenne, « des trois portes hautes » et étroites qui servent souvent de base à des tours d'une élévation et d’une grosseur » effrayantes, du nombre prodigieux d’arcs-boutans découpés en mille façons différentes, » de voûtes légèrement appuyées sur le fronton des colonnes , d’intérieurs où le jour ne » pénètre plus qu’à travers des découpures sans nombre (les méneaux des XIV» et XV» » siècles), etc., etc. » Qu’on s’étonne, d’après ce désaccord entre nos maîtres , de voir la génération artistique actuelle divisée par les mots lombard ou roman !
i Pour l’Italie , la corruption de la langue latine s’opéra sous les rois lombards , selon cette remarque de Muratori : « Qualche ragione c’è di stimare principalmente sotlo i re » longobardi il languagio latino , gia molto prima decaduto in hocca de’ populi, pin sen-
t'art chrétien.
à l’invasion du byzantin et à l’avènement du gothique , et ce d’accord avec les défenseurs naturels du système-lombard. , les académies mêmes, conservatrices nées des gloires de cet ancien royaume 1 ; voici qu’un homme d’art , étranger, comme Anglais, aux susceptibilités nationales que cette question soulève , vient la trancher de nouveau dans le système qui rendrait l’Europe tributaire des Lombards, sous le rapport architectural , comme elle ne le fut que trop et trop longtemps de leur industrie de comptoir et d’usure 2 -, d’où suivrait qu’en ren-
» sibilmente si corompesse e mutasse, talraente che comminciasse un' apparenza di nuova w lingua. »
Sans argumenter ici avec nos savans sur l’origne de notre langue romane, composée, disent-ils , du celtique et du latin, et parlée par le peuple dès l'époque de l’invasion des Franks (Mém. de V Académie des Inscrip., t. XVII et XXVI), on pourrait supposer , en l’absence de tous monumens antérieurs au traité passé en 842 entre Louis de Germanie et son frère Charles-le-Chauve, que ce fut surtout vers la fin du Ville siècle que la corruption dulatin, déjà complète en Italie, gagna nos provinces, lors des fréquentes communications établies entre les deux peuples réunis sous un même sceptre, celui de Charlemagne passé aux mains de ses fils. Si la distinction faite dans la vie de saint Adélard ( Bollandistes, 2 janvier), entre les langues romane , teutonique et latine , en usage au IXe siècle, ne suffisait pas pour fonder cette conjecture, il semble que le texte même du serment prêté par les seigneurs français sujets de Charles-le-Chauve, l’appuierait, par le rapport des mots romans avec l’expression latine, sans mélange de celtique, comme on en peut juger pat cette première phrase : « Pro Deu amur et pro Christian poblo et nostro commun sal vament... » qui n’est que la reproduction corrompue de la phrase latine : pro Dei amore et pro christ iano populo et nostro communi salvamento... »
Et puisque le mot roman (romanus) précise si bien cette origine, pourquoi ne pas l’ap pliquer par extension à toutes les provenances analogues et surtout au style architectural dont Charlemagne emprunta, non-seulement les formes, mais les matériaux mêmes aux édifices antiques de la Basse-Italie?
i Ce n’est pas que la Lombardie , et surtout le pays de Venise , quelle comprenait, et dont l’école est restée renommée entre toutes , n’ait payé un large tribut aux arts ; mai» c’est surtout à partir du XVe siècle, ainsi que le démontre Cicognara (liv. iv, chap. vi t. IV, p. 325 et suiv.), vers celte époque où, dit-il, « quei tanti Lombardi di cognome » realmenle diedero un carattere loro proprio aile opéré che produssero in Jtalia, etc. ». Pour les temps antérieurs, ce grand revendicateur de la suprématie italienne se tait; et ce silence éloquent dans l’espèce s’appuie de la réponse négative à cette demande -.existe-t-il un style lombard P faite par l’académie de Brescia, la seule ville peut-être où l’on trouve dans une lourde rotonde en pierre , dite le dôme , un édifice présentant les caractères d’antiquité et de style qui puissent le faire raisonnablement attribuer aux rois lombards (voir liibliolheca iialiana, 1829. — Gennaio).
a Ce qui peut avoir contribué à faire remonter jusqu’aux premiers Lombards l’idée d 'associations maçonniques bien constatées pour toute l’Europe, mais seulement à partie du X IIP siècle, c’est, la constatation non moins positive d’autres liens d’intérêt existons pour
R ART CHRETIEN
dant également aux Goths leurs fondations monumentales, des quatre styles sous lesquels l’art chrétien naquit , grandit, grandit encore,
parer à toute autre concurrence, entre les divers traficans de cette nation qui, pendant toute la seconde période du moyen âge, importaient particulièrement en France les produits du Levant comme courtiers des Vénitiens, des Pisans, des Amalfitains et des Génois, pour lesquels seuls s’ouvraient alors ces grands débouchés commerciaux.
De ces trafics lucratifs, en valeurs fixes ou par échange , naquit pour les Lombards un commerce moins chanceux encore , l'usure ou prêt sur garantie, aux époques si fréquentes de nos perplexités financières , surtout lorsque les juifs , à la fois les sangsues et les nourriciers de la France par les rançons qu’on en tirait , bannis et rappelés par les mêmes rois Philippe-Auguste, saint Louis, etc., cherchaient, par une grande réserve, à se soustraire à la seule avanie qui leur fût sensible, celle résultant des édits de 1220-1234 (voir ordonnance du Louvre, 1. 1, p. 53, 54), qui affranchissaient presque leurs débiteurs. Moins en butte aux antipathies populaires de ces temps de préoccupations religieuses , les Lombards, sortes de juifs chrétiens , purent fonder sur nos embarras, comme sur nos ressources, un immense crédit qui résista même à des mesures comme celles que prit, en 1322, Charles-le-Bel, ce sévère justicier, en s’emparant de leurs biens, ce qu’Hénault qualifie substantiellement : « Recherche des financiers presque tous Lombards et Italiens.»
L’active intervention de ce peuple dans nos affaires commerciales reste d'ailleurs démontrée par le nom que conserve une des rues de notre vieux Paris , vouée plus spécialement encore que toute autre au trafic de détail ; de même que sa haute intelligence pour les combinaisons à la fois d'usure et de bienfaisance ont survécu dans l’institution de nos monts-de-piété, originaires de Lombardie. D autres pays , bien plus avides encore de ces hauts enseignemens, en recueillirent plus de fruits que la France. C’est ainsi qu’en Hollande, le nom de place Lombarde, que porte la place du change d’Amsterdam, vient corr limier ces traditions d’union par le lien commercial des peuples les plus distans par leur position géographique comme par leurs mœurs et usages.
Ce que nous dirons, au chap. iv, des corporations d’ouvriers en général, et spécialement de la franc-maçonnerie architecturale, nous dispense de suivre ici M. Hope sur le terrain où il se place en parlant, mais sans citation aucune (p. 202 et suiv.),de la vente par les rois lombards, par les seigneurs, parles municipalités, du droit de former des corporation* jouissant du privilège exclusif d’exercer et d’exploiter une industrie spéciale; du mystère que firent ces corporations de leur métier ou cabale , moyen de succès bien puissant en effet pour des travaux livrés depuis si longtemps à la libre pratique des artistes d’Occident, et lorsque dans la seule époque qui ne soit pas, comme nous le démontrerons, entièrement destructive de cette hypothèse, le règne de Luitprand, contemporain de Léon l’Isaurien, les artistes d’Orient, disciples des disciples des cinq cents architectes qu’on avait vu surgir au premier appel de Justinien, fuyant leur patrie désolée par les fureurs iconoclastes , accouraient de toute part et trouvaient, avec l’appui des papes dont leur fuite seule prouvait qu’ils embrassaient la cause, à exercer leur art, sans avoir à se soumettre, par l’affiliation aux prétendues loges lombardes, à une sorte de dépendance qu’eût repoussée le juste sentiment de leur supériorité relative. Pour ce qui est de la grande confrérie, lombarde ou non, que M. Hope nous montre (p. 208) s’organisant, lorsque le marché se déplaça et passa au nord de V Europe, pour y exercer son monopole sur la chrétienté toute entière v. avec des pouvoirs accordés par les papes, dont les Lombards étaient les vassaux spi-
l/àRT CHRÉTIEN.
puis manifesta toutes ses pompes, le romain , le lombard , le byzantin et le gothique , deux seraient des tributs payés à la civilisation par des nations Scandinaves, système que repousse à la fois l’analyse historique , l’étude de la marche progressive de l’art dans ses diverses zones et le sentiment instinctif exprimé par ces mots de M. de Chateaubriand : « Rien n’est venu du Nord hors le fer et la dévastai) tiou (Itinéraire, t. II, p. 38 1)-, « prouvons-le du moins quant à la question lombarde, le débat du gothique étant depuis longtemps vidé , et au risque de revenir en quelques points sur des détails de la longue note des pages 338 et suivantes.
Sans contester qu’une louable activité, qu’un zèle éclairé même, se soient assez promptement manifestés chez ces nouveaux Barbares implantés de haute lutte et de plein jet au centre de l’Italie , essayons du moins de démontrer que leurs enseignemens d’art qu’on place au niveau , au-dessus même de ceux de Théodoric 1 , ne purent être que les fruits dégénérés des leçons de ce prince-, et que leur art propre , s’il exista pour eux un art spécial, ne put consister qu’en une architecture mixte parodiée sur des types existans dans la Lombardie même , récemment illustrée par les inonumens du roi goth et séjour antérieur de la cour de Constance, de Valentinien II, trône de l’épiscopat du grand et magnifique saint Ambroise, ou dans la Basse-* Italie, que les Lombards occupèrent, ou même encore dans la France, grâce aux étroites relations qui subsistèrent longtemps entre ce peuple et le nôtre-, montrons que cet art incomplet, produit à la fois du besoin religieux et de l’impuissance de mieux faire , et propagé en même temps de proche en proche sur tous les points de l’Europe, sous les mêmes conditions, dont une, l'absence des grands calculs et du concours du génie, expliquerait seule cette propagation, ne put, dans tous les cas, prendre un essor remarquable qu’après l'extinction de la race des rois lombards \ et démontrons, si
» rituels », c’est encore une illusion que la critique historique vient dtéruire, surtout pour des époques bien antérieures à 1290, date citée par cet écrivain comme étant celle de la formation d’une corporation de peintres vénitiens vers cette même époque; plus tard la question change d’aspect, l’art architectural étant redevenu une science hérissée de difficultés restées mystérieuses même pour nos plus grands praticiens des époques ultérieures.
i Ce qui ne serait pas les relever bien haut , si l’on s'en tenait à ce que dit d’Agincourt des travaux du prince goth : qu'ils attestent l'oubli ries règles.
L'ART CHRETIEN
possible , que le mouvement trop tôt borné par les irruptions de 900 et par l’approche de Van mil, imprimé aux arts d’Occident vers la fin du VIIIe siècle, loin d’être le fruit de la culture éclairée des rois lombards, appartient tout entier à notre grand prince de cette époque -, que l'effet général produit à la fois par les monumens d’Aixla-Chapelle et autres villes, comme par la reconstruction du Saint- Sépulcre brûlé par Chosroës, ne put dépendre que d’une haute pensée suivie d’action telle que l’eut Charlemagne lorsque , butinant sur toute l’Italie soumise à son pouvoir ou à son influence , pour s’illustrer aussi par les arts, il transportait de Ravenne en Germanie les matériaux tout élaborés de ses temples, à l’aide peut-être des sujets des princes lombards qu’il avait précipités du trône , mais sans que le concours de talens des maîtres de Corne, etc. 1 , pût prévaloir alors surjes abondantes et riches ressources que lui offraient les migrations artistiques de l’Orient.
Tel n’est pas le point de vue où se place M. Hope, qui , dans sa publication récente ( Histoire de l'architecture , 1839), consacrant plus de la cinquième partie de cet ouvrage à glorifier l’architecture lombarde, dit notamment (p. aozj) : « Quand les embellissemens que » les villes de Lombardie devaient déjà à Théodoric furent encore » surpassés par les travaux des rois et des reines de ce royaume , em- » pressés de signaler leur zèle pour leur nouvelle foi en couvrant » leur empire d’églises et de monastères, on peut supposer que parmi » les arts cultivés et perfectionnés par les Lombards , l’art de bâtir
> S’il n’est pas même bien prouvé que la désignation de Magistri Comacini, dont parle Muratori, s’applique aux constructeurs de la ville de Côme, on conviendra en outre que la réputation même bien constatée de ces briquetiers ne toucherait en rien la question d’art. L’éclaircissement de ce point ne nous semble au surplus d’aucun intérêt, puisqu’il ne peut s’agir ici de nier la pratique continue de l’art architectural chez les Lombards, mais seulement la haute influence de leur style et de leurs travaux dans les splendeurs de l’art chrétien du VIL au XIIe siècle, époque où l'on doit reconnaître qu’affranchi des luttes sanglantes produites entre le pape Grégoire et l’empereur Henri IV, par la querelle de X investiture des bénéfices , ce peuple fit un pas dans l’art architectural, mais en allant puiser ses inspirations dans le Nord, par suite sans doute des communications fréquentes établies entre l’Italie et l’Allemagne depuis que Conrad II s’était fait couronner roi d’Italie. Qu’on remarque cependant que de plus beaux et de récens exemples s’offraient dès lors à leur imitation, notamment dans les basiliques de Caen, surtout celle de Saint- Étienne, où son fondateur Guillaume venait de trouver sa sépulture.
l’art chrétien.
« tint un rang éminent. Son importance fut d’autant plus grande » que les architectes de ce pays n avaient plus sous la main les an- » ciens édifices que Rome présentait en si grande abondance et dans » lesquels ils auraient pu trouver des matériaux tout travaillés. Ils » ne devaient donc compter que sur leur talent, et en même temps )> ils étaient libres de suivre leurs propres idées; » et plus loin (pag. 223 et suiv.) : « La Lombardie est la patrie des associations » franc-maçonicjues. Elle fut la première qui, après la chute de » l’empire romain , enrichit l’architecture d’un système complet et » bien coordonné. Bientôt ce système domina partout où l’Église » latine étendit son influence, des bords de la Baltique à ceux de la )> Méditerranée, etc.; » de telle sorte que les rois lombards, déjà si supérieurs à Théodoric, selon l’écrivain anglais, auraient en outre surpassé dans leurs édifices, sans qu’il y paraisse , les plus beaux monumens de Justinien et nommément Sainte-Sophie, dont l’érection, postérieure à la chute de l empire romain , est antérieure ci l’invasion lombarde , déterminée, dit-on, par la vengeance de Narsès, disgracié par Justin!...
Ce démenti formel , donné à tous nos aperçus artistiques, nous force de recourir à l’histoire pour contrôler la valeur de ce système , par la position relative des princes de la dynastie lombarde et pour opposer, s’il se peut , des témoignages à des théories.
Lorsque Théodelinde , convertie par saint Grégoire-le-. Grand , éleva les premiers monumens chrétiens de l’époque lombarde , telle que la cathédrale de Monza, bâtie en 5g5 , dans la forme d’une croix grecque , dit M. Hope lui-même] 1 , par conséquent dans un style
* Pacciaudi, dans ses recherches sur le culte de saint Jean-Baptiste, élu protecteur de la nation lombarde, selon l’expression de Muratori, donne sur les églises vouées à ce patron sous les rois lombards , les seuls détails qu’il ait pu extraire de Paul Diacre ; nous y renvoyons ( Dissert . prima, cap. 2 et 3, p. 15 et seq.). Disons seulement qu’il résulterait de ses recherches , qu’indépendamment de la basilique de Monza (Modoetiæ basilica), élevée en 602 par Agilulphe et Théodelinde, ce savant investigateur des antiquités chrétiennes a trouvé la trace d’autres édifices voués au même saint précurseur par divers princes et princesses de la même nation, à Turin par Agilulphe, à Oulx en Piémont (Ulciencis ecclesiæ), à Terracine , par Gundiberte , fdle de Théodelinde, et en divers lieux , par Rhotaris , par Grimoalde, etc.
Muratori , parlant (Armait d’Italia, t. IV, p. S) des fondations de Théodelinde à Monza, remarque avec Paul Diacre (I. iv, c. xxn) que c’était également un lieu de prédilection
l’art chrétie s.
d'imitation , et entre autres édifices, le célèbre baptistère de Florence, qu’on lui attribue, et où le fragment d’inscription en l’honneur
pour Théodoric , d’ou il suivrait que le palais de celte ville , qu'on attribue à cette reine , pouvait exister déjà, et d’assez bon goût pour que l’art lombard, de ce temps surtout,^ n’eût rien à y reprendre. Le même écrivain s’étend d’ailleurs sur les dons de saint Grégoire-le-Grand , encore conservés à Monza (cosa troppo rara e quasi miracolosa) ; il cite Morigia (t. Xlt, 1 ter. Italie.) et Fidelis (de Prœrogaliv. ModoetiœJ, et parle du catalogue original écrit en papyrus égyptien , in papyro Egiziaco , vulgairement nommé écorce d’arbre, qu’il a lui-même publié (Muratorius, part, n , Ànecdot. latin.). Il traite aussi des trois coueonnes qui se conservaient encore de son temps dans le trésor de Monza, et dont la figure existe dans un ouvrage qu’il rappelle (Blancus, t. I, Rerum Italicar., p. 4G0); la première de fer, avec laquelle on était dans l’usage de couronner les empereurs comme rois d'Italie, et dont on croyait le cercle fabriqué avec un clou de la vraie croix, opinion que Muratori a combattue dans son traité délia corona ferrea, en prouvant qu’à l’époque à laquelle cette couronne remonte, on n’appréciait pas encore cette espèce de rareté «rarita»; la seconde cl’or, appelée couronne de Théodelinde, ornée d’émeraudes et pesant : « oncia 14 e denari 19 » ( denier , poids d’environ 6 grains ), de laquelle pendait une croix d’or enrichie de pierreries pesant « oncia 15 et denari 7 ><; et la troisième, nommée couronne d’Agilulphe, du poids de 21 onces et 12 deniers, avec croix d’or également gemmata , de 24 onces 14 deniers , et de plus enrichie de l’inscription suivante :
AG1LUF. GRAT. DI. VIR. GLOR. REX. TOTIUS. ITAL. OFFEP.ET. SCO. TOIIANRI. BAFTISTÆ. IX ECLA. MODICIA.
Selon Pacciaudi, qui donne également la description de cette dernière couronne , elle aurait été en outre « figuris Apostolorum ornata », ce qui ajouterait a sa valeur d’art comme à nos regrets , si c’est précisément ce bijou rien moins que barbare que les larrons de 1804 soumirent à l’opération de la coupelle. Le même Muratori, qui, en sa double qualité de savant historien des faits et de l’art, sur tout ce qui concerne sa patrie, authentifie toutes les traditions qu’il admet , traite en même temps d’autres détails que nous mentionnons également ici pour y recourir à nos chapitres de Y orfèvrerie, de la peinture, des inonumens, des costumes , etc., tels que la peinture dans cette cathédrale des hauts-faits des Lombards , et de la forme et de l’aspect de leurs vêtemens ( voir p. 10, et Paul Diacre,, 1. IV. c. xxm).
Pacciaudi donne en outre ( p. 52 et 53) deux inscriptions de baptistère, l’une desquelles portant la date de 617, prouverait bien qu’il s’agit de constructions exécutées depuis l’arrivée de saint Colomban, expert en cette matière. Il parle aussi (p. 26G et 2G7) d’un livre existant dans celle même basilique, et qui, malgré sa désignation contraire à celle donnée plus haut (p. 340), et que nous avons puisée ailleurs, n’est peut-être qu’un seul et même ouvrage, ce qui nous décide à ajouter ce détail pour compléter l’analyse des objets miraculeusement conservés à Monza. « Evangelium librum integumentis auro , gemmis- » que perornatum, majoribus, neque inelegantibus litteris, sed plcbeia latinitalc insculpta » liæc épigraphe :
]N JIODICIA QUA» IPSA fVSD.
DE DONIS DI. OFFERIT THEODELE1NDA REG. TROPE PAL. SVVM Itf RASEMCA GLORIOSISSEMA SCO. (OÙAÎfKl BAl’I .
•ï.’mit chrétien.
de Lucius L érus, et des débris hétérogènes de colonnes et de ehapi • teaux antiques, prouveraient , contre l’opinion de l’écrivain anglais, que cette reine avait également sous la main des matériaux tout travaillés; elle ne fit que suivre de bien loin les exemples de notre reine Brunehauld sa contemporaine, qui, en couvrant la Bourgogne et l’Austrasie d’édifices religieux, ne faisait elle-même que continuer l’œuvre de Clovis et de Clotilde, de Childebert, de Clotaire, deRadegonde, et de tous nos premiers évêques-, de même qu’en construisant des monastères dans ses états, Théodelinde imitait encore nos royaux exemples 1 , comme celui du pape saint Grégoire, qui en fonda sept 5
• Il existait en France des monastères avant même que saint Martin y manifestât sa mission dévastatrice des temples païens et constitutive d’édifices chrétiens , comme en font foi ses églises de Candes , de Langeois , d’Amboise , de Sonnai , de Tournon , de Chisseau , et sa grande fondation monacale de Marmoutiers, « majus monasterium » (Gr.T., 1. x,c. iv), puisque ce saint évêque , lorsqu'il fut appelé au siège de Tours , était moine du couvent de Locociacum (Ligugé), près de Poitiers, lieu devenu par cela même célèbre, et que Grégoire de Tours alla visiter à ce litre (de Gl. martyr., cap. xxx); survint ensuite saint Honorât, dont le monastère de Lérins, source des enseignemens religieux de la Gaule, date à peu près de l’époque de la mort de saint Martin, au commencement du Ve siècle, puis un très grand nombre d’autres fondateurs royaux, épiscopaux et même séculiers, depuis le roi Clovis, dont la charte, donnée au monastère de Mici (Miciaeum), près d’Orléans, est citée par l’abbé Dubos (Mon., f. t. II, p. 2-40), jusqu’au citoyen Licinius, qui fonda le monastère d’Angers (Àndegavense) sous le même prince (G. T., I. x, c. xxvi). Citons comme preuves à l’appui de nos démonstrations sur les basiliques du même temps , quelques unes des mentions de monastères , incidemment faites par Grégoire de Tours, mort en 593, vers le temps où son homonyme, saint Grégoire-le-Grand , élu pape en 590, créateur de sept fondations de cette nature , s’occupait de donner des chartes pour la constitution de notre monastère de Saint-Médard de Soissons , et des privilèges pour la fondation de celui de Saint-Martin d'Autuu (lettre 35 de Saint-Grégoire à Brunehauld), et avant même que saint Colomban n'eût mis la dernière main à ses grandes fondations claustrales de Luxeul et autres.
Sans chercher à expliquer le silence de l'historien des Francs sur les fondations monacales dès lors attachées sans doute au service religieux des grandes basiliques royales de Saint-Remi, de Reims, des Saints-Apôtres et de Saint-Vincent , de Paris , nous en trouverons assez d’autres pour prouver que la France l’emportait dès lors de beaucoup par le nombre et l'importance de ces établissemens affectés aux études ecclésiastiques : « ut ib i » sacerdolali erudiretur régula », sur les autres royaumes d’Occident.
Lyon seul comptait dès ce temps deux monastères, l’un d’hommes, « apud insulam Barbaram » (l’île Barbe), où Grégoire de Tours nous montre Maxime, disciple de saint Martin, (Glor., conf., c. xxn), et l’autre de vierges , d'où le comte Fulalius enleva une jeune filb qu’il épousa pour remplacer sa femme, séduite par sou neveu (Tlist., f, h x , vm),
Î. A K T CHRETIEN'
et cédait à l1 impulsion de saint Colomban , qui , fuyant la haine de Brunehauld , vint en 6 1 2 se réfugier près de l’épouse d’Agilulphe , et
Autun possédait au moins , dès lors et avant les fondations de Brunehauld , celui où Chrodielde laissa Constantine, fille de Burgolin (rx, 40).
Poitiers, la fondation encore célèbre de la femme de Clotaire, sainte Radegonde, et Tours, indépendamment de son Marmoutiers, le Monasterium basilicœ Sancti-Martini propinquum, mentionné dans la Yie des Pères (c. xvi, 1), et ceux de Mailiacum (Mailli- Laillier), Gl., conf., c. xxi, de Senoch (Vit. Pat., xv, 1).
Clermont (ou du moins son diocèse), celui où l’évêque Urbicus fit pénitence d’une infraction à la règle de ce temps, qui, en admettant le mariage dans l’épiscopat , en interdisait les douceurs (1, xxxix et xixxi); et celui de Menât, où vécurent saint Calais, Avitus, etc. (v. 12, et Vit. Pat., xu, 3).
Angoulême , celui où Eparchius fit venir le corps d’un criminel qu’il arracha aux bourreaux par esprit de charité et qu’il rendit à la vie (vi, 18).
Arles, un monastère de femmes , sorte de pénitencier où Gontran plaça Theudechilde , femme de Charibert (iv, 25).
Nogent , celui qu’avait fondé Clodoald, fils de Clodomir, pour vouer à Dieu une vie soustraite à la férocité de ses oncles (111, 18).
Chinon, celui construit vers 463, transformé depuis en collégiale (Gl., conf., c. xxn).
Bourges ou ses environs, ceux de Tausiriaci, de Pontiniacum, d’Onia (V. Pat. xvm, 1).
Bazas, celui où l’évêque Félix confina une jeune fille (H., f. vi, 16).
Enfin, pour abréger, ceux de Loches (Vit. Pat.,\\\u), d ’Agaunense (Saint-Maurice en Valais), construit par Sigismond , fils de Gondebaud (in, 5); de Cournon, où Palladius fut enseveli sous Sigebert; d ’Aninsule, dans le Maine (v, 14), de Colombiers, près Montluçon, bâti par saint Patrocle (Vit. Pat., ix, 3), de Melite, en Auvergne, où se retira le reclus Caluppe (v, 9, et Vit. Pat., xi, 1); de Vindiacense (Vit. Pat., xii , 3) et de Randan (iv, 32, 33), dans la même contrée ; d ’Oycin, Franche-Comté (Vit. Pat., 1 , 2), de Sene- Vièrc (Vit. Pat., xvm, 1), de Pauliacense, près de Toulouse (Gl., Martyr., xlvjii), de IHoulier Saint-Jean (Gl., conf., 87), etc., etc.
Comparons maintenant , avec les témoignages que nous pourrons recueillir de l’état de la Lombardie vers les mêmes époques, cette situation de l’art et de l’exercice chrétien en France avant la fin du VIe siècle, et au moment même où ce luxe religieux allait prendre le plus grand essor par la continuation de l’œuvre de Sigebert, par les pieuses inspirations dues à saint Colomban, et par les savantes constructions de saint Éloi, comme on en peut juger par cet extrait de la vie de saint Eustase, abbé de Luxeul : « Porro Abelenis et cæteri ■» Galliarum episcopi post ad roboranda Columbani instituta adspirant : et multi jam » amore beati Columbani et ejus regulæ, monasteria construunt , fratres adunant, greges » Christi congregant. Inter quos fuit illustris vir Eligius.... Is vero apud Lemovinensem » urbem monasterium nobile.... Solemniacum nomine, exstruxil etalia multa iisdemlocis » cœnobia. Sed etParisiuspuellarum monasterium, quod regio munere acceperat, ædificat. » Cui Christi virginem auream præfecit. In Bituricensi vero urbe puellarum monasterium » beati Columbani regulam Bertuara nobilis geuere etreligione femina construxit. In suburbio Bituricensi.... Babolenus monasteria.... exlruxit : primùm in insula.... aliud » Gandia cum nomine... tertium Christi virginum... item aliud Christi virginum juxta » Nivemense oppidum sub eadem régula (sancti Columbani) construxit. » (apud Duchesne,
L ART CHRETIEN
fonda à peu de distance de sa capitale sa célèbre retraite de Bobio , si tôt convertie en ville, par l’affluence des disciples de ce saint
t. I, p. 567). Saint Oaen, qui fonda aussi plusieurs asiles pieux, notamment celui de Res bais, en Brie, où se retira saint Filibert avant de fonder Jumièges, complète cette description, en ce qui tient aux travaux de saint Éloi, en disant que le monastère de femmes qu’il construisit à Paris, en contenait trois cents, ce qui nécessitait un édifice spacieux , et en ajoutant aux titres artistiques dont nous avons parlé, la construction d’une basilique vouée à saint Paul, et de celle de saint Martial, à Limoges : « quo utique urbani stabilila , plombo ejus coopérant tecta.... »
Ajoutons de notre côté, pour preuve de cet essor de l’art bien antérieur à l’influence lombarde, ce que dit le même écrivain du monastère de Sollempniacum (Solognac) : « Est 3) autem congregatio etîam nunc magna , diversis gratiarum floribus ornala. Habentur ibi » et artifices plurimi diversis artibus perili...., » en observant que ce personnel artiste, joint à ce que le saint biographe dit plus haut des « volumina sacrarum scriplu- » rarum quam plurima », constate bien que, dès cette époque reculée, la culture des arts et des lettres sacrées s’unissait , dans nos monastères de France , aux pieux recueillemens de la vie cénobitique.
Peut-on en dire autant des monastères d’Italie, de Lombardie surtout, même à des époques postérieures ?‘C’est ce que nous allons nous efforcer de rechercher.
Il n’est pas hors de propos de bien établir d’abord à l’appui de nos remarques contre la prétention que M. Hope suppose aux Lombards et que ceux-ci même repoussent , de nous avoir doté de notre style religieux , à partir du VIIe siècle , que le premier monastère que l’Italie ait peut-être possédé y fût fondé , et au centre même de la Lombardie, par notre grand saint Martin , comme le prouve ce passage de Grégoire de Tours (1.1, c. 43), dans lequel, racontant le débat qui s’établit à Candes au lit de mort de ce saint, entre les habitans de Poitiers et ceux de Tours, pour la possession de ses reliques, il fait dire à ceux de Tours : « Si vous revendiquez le corps de ce saint en vertu des privilèges monasti- 3> ques , sachez que son premier monastère fut dans la ville de Milan » ; ce que confirme 3> Sulpice Sevère , c. 4 , et cet autre passage du livre x ( c. 21 ) , de Grégoire de Tours : « Ob amorem Dei, apud urbem Mediolanensem Italiæ primo monaslerium instituit. »
Or, ce monastère français de Milan qui doit dater du milieu du IVe siècle, puisque saint Martin vint rejoindre saint Hilaire à Poitiers vers 360 , paraît être resté longtemps seul en Italie, où le monachisme dut naître vers ce temps, selon l’expression de Muratori dans ses Annales (t. III, p. 9), sous l’année 403. « Monachi , appena nati nel secolo prece- 33 dente » ; mais il paraît que, tandis que nos solitaires de Lerins fuyaient le monde pour se livrer à des études sérieuses et pour se préparer à des enseignemens pieux , les moines d’Italie, comme un grand nombre de ceux d’Orient, n’avaient de cette austérité que les dehors, furva tunica pullati ; et, plus occupés de leurs propres besoins que duservice de Dieu, ce qu’indiquait le nom de Sarabaili qu’on leur donnait, ils erraient par les villes et les campagnes, a guisadi mosche , selon l'expression pittoresque de Muratori qui, dans sa 65e dissertation ( Aniichila , etc.), suppose cependant que dès le IVe, et surtout au Ve siècle, il existait quelques monastères indépendamment de celui de Milan, notamment à Rome, à Ravenne , à Nola, mais sans en rapporter d’autres preuves que quelques citations de saint Augustin, de saint Jérôme et de Baronius. A cet égard , le silence que cet
//art chrétien.
homme. Ce fut donc la France qui fournit à la Lombardie les traditions monumentales appropriées à ces refuges de la piété , devenus
historien garde sur ces premiers monastères dans ses Annales , et qu’il explique par ces mots : « Dico condispiacere che non abbiamo un filo securo perben distinguere i tempi « dell’imperio d e i Longobardi in Italia, » prouve évidemment pour nous qu’à l’avènement de la dynastie lombarde, il ne devait y avoir en Italie que le monastère de Milan, s’il existait encore , et ceux assez récens de Viviers , de Subiaco et du Montcassin , tandis que la France était, comme nous venons de le voir, couverte d’édifices de ce genre.
Cette pénurie relative explique la création presque simultanée de sept monastères par saint Grégoire-le-Grand et l’empressement de Théodelinde à mettre à profit l’expérience en cette matière de saint Colomban, dont les cloîtres lombards durent nécessairement participer du style à peu près typique de ceux par lui construits en France et notamment à Luxeul ; nouvelle preuve que l'art lombard de ce temps se enta plus tôt sur le nôtre que ce dernier sur des combinaisons auxquelles on ne peut supposer aucun caractère spécial, aucune inspiration artistique de la part de Barbares exploitant dans des intérêts tout matériels leurs progrès dans la civilisation.
Le premier monastère italien postérieur à ceux de saint Benoit et de Bobbio , dont Muratori cite la date comme certaine ( Anttchita , t. III, p. 312) , est celui de San Fridiano, construit par un majordome de ce roi lombard, Cunibert, mort en 700 , qui fonda pour son compte à Pavie celui de Sanla-Maria-Teodata, dont nous parlons ailleurs, en expiation de sa faiblesse pour une belle Romaine aux longs cheveux , dont la reine lui avait imprudemment vanté les charmes secrets, exemple de tant de fondations de ce genre: pro peccatorum suorum remissione ; mais il est plus que douteux que même ce monastère royal du roi lombard , non plus que tous ceux que nous pourrions citer comme appartenant à ces temps , aient approché de la somptuosité déployée soixante ans plus tôt dans les fondations de l’orfèvre ministre du roi de France , alors même que plusieurs rois ou princes lombards en firent leur séjour de prédilection, comme par exemple Anselme, duc de Frioul , fondateur des monastères de Fanano et de Nanantola, près de Modène, qui, retiré dans ce dernier asile, le gouverna saintement pendant cinquante années , jusqu’en 803, et comme fitavec moins d’abnégation des idées mondaines, le successeur de Luitprand, Ratchis, en cherchant le repos et trouvant les regrets dans les cloîtres du Montcassin, où l'avait précédé de trois ans notre Carloman, fils de Pépin, qui, quelques années plus tard aussi, quitta cette retraite pour revenir en France comme envoyé d’Astolphe : tant il est rare de trouver de franches renonciations au fardeau des grandeurs, quelque dégoût qu’on en témoigne, et de rencontrer des princes que d'amères déceptions ne poursuivent pas dans l’obscurité qu’ils invoquent, comme il advint à Charles-Quint, après sa fastueuse abdication de Louvain! Encore ne devrions-nous pas faire entrer dans notre controverse les dernières fondations monastiques des rois lombards ; celle du monastère de Nonantola, par exemple, à laquelle Anselme « diede l' essore circa l'anno 752, » ne précédant que de vingt ans la chute de la dynastie lombarde et l’époque où nos rois Charlemagne et Louisle-Pieux se trouvèrent, par l’autôrité de la victoire, constitués les régulateurs de toutes les combinaisons prétendues personnelles à cette nation.
En effet, le savant annaliste de l’Italie, qui prouve la portée de ses vues d’ensemble, parce qu’il dit, sous des époques plus rapprochées, des innombrables monastères de cette
l’art CHRÉTIL.V.
bientôt chez nous en outre des prisons d’état ou pénitenciers royaux, comme ne le prouvent que trop la claustration de Thierry, dans l’abbaye de Saint-Denis, celle d’Ebroin et de Saint-Léger dans le monastère de Luxeuil , « où ces deux grands débris sc désolaient entre eux » la réclusion du dernier roi lombard, Didier, sous les cloîires
contrée, hésite sur toutes les dates antérieures à ce dernier temps. Parlant ( Ântichita , t. III, p. 418) des monastères impériaux ou royaux qui ns manquèrent pas en Italie, mais dont la France abonde, comme le prouvent, dit-il, Mabillon, Baluze , Du Gange, il n'en voit de traces que dans une loi d’Astolphe, et plus clairement même dans la 36e ]0i de Pépin, comme roi d’Italie; de même que cherchant ( Ânnali, t. IV, p. 167, 205 et 335) l’origine des monastères di Farfa, di San-Vincenzo di Volturno, di Santa-Giulia di Brescia, etc., il procède toujours par doute pour n’arriver qu’à la fin du Vile ou au commencement du VIIIe siècle, en tranchant d’ailleurs notre question par ces mots: « Fioriva in questi » tempi la disciplina monastica nella Francia, nell’Inghilterra , e neU’Irlanda. Servirono » quegli esempii a rinovarla in Italia. »
Après de telles démonstrations, pourrait-il rester quelques doutes non-seulement sur l'antériorité de nos grandes fondations monastiques, mais sur leur suprématie relative, surtout au temps où l’on va nous montrer , si nous laissons faire, nos abbés de Clugni , de Saint-Benigne, de Vezelay , de Saint-Denys , de Tournus et de tant d’autres monastères dont les admirables édifices du Xe au XIIe siècle, sont reproduits dans nos planches, subissant l’influence des francs-maçons lombards ? et cette majeure une fois admise, n’estil pas bien plus naturel de voiries créateurs de notre grand style roman progressif dans ces illustres émules du grand évêque de Noyon, chefs d’ateliers en activité constante, comme nous l’avons vu par ce que dit saint Ouen des artistes habiles dont regorgeait au VIIIe siècle le monastère de Solognac, que dans les obscurs briquetiers de Corne? C’est ce que nous essaierons de prouver au chap. iv, en montrant les évêques, les abbés et les clercs formant les plans , dirigeant l’œuvre et construisant à l’cnvi , dans leur intérêt commun, églises et monastères, des fondations aux voûtes, dans des combinaisons plus hiératiques qu’artistiques, jusqu'au moment où l'essor de l'art architectural et ses emprunts à des styles exotiques en firent le patrimoine d’artistes formés par des inspirations moins mystiques et par des études plus spéciales.
i Saint Colomban, venu d’Irlande en France avec douze religieux , à l’époque des sanglans conflits qui divisaient les cours d'Austrasie et de Bourgogne, après y avoir exercé avec un grand succès sa mission d’enseiguemens pieux , bien nécessaires dans ces temps de désordre , et avoir reçu le plus honorable accueil à la cour de Sigebert, s’était retiré dans les Vosges, où l’affluence de ses disciples fut bientôt telle, qu’en 590, il quitta son ermitage situé dans une ruine : « in qua castrum erat olim dirutum , » pour fonder à quelque distance (huit milles) un monastère au lieu où se trouvait un autre château : « quod » olim munitissimum fuisset, » témoignage incident de l’ancienne splendeur de la France avant l’occupation des Franck s , et qu’accroît encore ce qu'ajoute le moine Jonas (apud Surium , t. IV), qu'il y avait déjà dans ce lieu des thermes d’une construction remarquable: « ubi etiam thermæ, sive aquæ calidæ eximio opéré extructæ » et de nombreuses statues païennes ; « multæ illic slatuæ lapideæ erant, quas cultu miserabili rituque pro-
l’art chrétien.
de Corbie * -, l’humide cachot qu’on montre comme ayant servi de prison
« phano pagani quondam coluerant. » La preuve de l’entier délaissement dès lors de ces lieux jadis célèbres , résulte du dénombrement suivant de leurs habitans à cette époque : « Ut nunc solæ illic feræ belluæ , ursi , bubali , lupi , fréquenter videbantur. »
Tel était alors Luxeul, encore célèbre aujourd'hui par ses bains renouvelés des Romains, mais plus fameux dans le moyen âge par la grande fondation monastique de saint Colomban , qui ne put jouir toute sa vie de son œuvre et des succès de sa nouvelle règle , sur laquelle prévalut plus tard celle de saint Benoît , l'audace qu’il avait eue de reprocher à Thierry ses déréglemens ayant allumé la fureur de son aïeule Brunehauld, au point qu’après avoir subi de longues persécutions , craignant que son séjour près de Genève ne le garantît pas de la vengeance encourue, saint Colomban se vit forcé de chercher un refuge auprès de la pieuse reine des Lombards , Théodclinde.
Privé de son fondateur, le monastère de Luxeul n’en prospéra pas moins sous la direction de saint Eustase et de ses continuateurs , et son illustration devint teile, que ses abbés ne reconnaissaient autrefois au-dessus d'eux, et comme souverains, que les empereurs , ce qui n’empêcha pas les ducs de Bourgogne de disposer à leur gré de ce monastère privilégié.
Peu de temps après sa fondation, cette abbaye, déjà célèbre comme école de la noblesse de France , devint la retraite imposée au trop fameux maire du palais, Ebroin , lorsqu’après avoir contraint l’illustre Balhilde à quitter le rang où elle brillait d’un si pur éclat pour s’ensevelir dans son monastère de Chelles , et avoir imposé à la France à la mort de Clothaire III (6G8) Thierry, son second frère, en butte à la malédiction publique, il fut rasé et confiné dans le monastère de Luxeul, tandis que le souverain de son choix était relégué dans l’abbaye de Saint-Denis. Ce fut là qu'Ebroin goûta le plaisir, sans doute bien doux pour une âme comme la sienne, d’avoir pour compagnon de captivité le ministre chéri de sainte Balhilde, cet évêque d'Autun, Leodogarius (saint Léger) , auteur de sa disgrâce, et qui, victime à son tour d’un excès de franchise envers son souverain Cliildéric, fut précipité en 673 des sommités du pouvoir dans le cloître de Luxeul.
Ecoutons sur cette rencontre imprévue le biographe de saint Léger : « ln illis igiturdiebus adhucexul in Luxovio residebet Ebroinus, monachalihabitu tonsoratus , simulatam gerens concordiam, quasi dum uterque unam, sed disparem exilii accepissent senlentiam, ducerent vitam, etc. »; mais bientôt cette fausse concorde parut sous son véritable jour. Rendus l’un et l’autre a la liberté par la mort deChilderic et par la proclamation de Thierry, Ebroin ne trouvant de chances de fortune que dans la supposition d’un faux roi , prit à tâche d’exercer ses vengeances sur son compagnon d’infortune : « Caput rcvelavit venenosum , quasi » vipera restaurans venena sua, » dit le même historien. Saint Léger, assiégé dans Autun par Ebroin , eut les yeux crevés par ordre de ce tigre, en attendant le martyre qu’il subit plus tard.
1 La fondation successive en G57 et en 66*2 des célèbres abbayes de Corbie et de Chelles par notre reine sainte Balhilde, suffirait pour placer l’impulsion religieuse et monumentale de la France de ces époques bien au-dessus de tout ce qui se pratiquait alors dans tout l’Occident : et cependant ces deux fondations royales, qui ne forment même qu’une partie de ce que l’art chrétien dut à sainte Balhilde, ne faisaient qu’ajouter un tribut pieux parti du trône, à tous ceux que prodiguaient à l’envi princes, seigneurs, évêques, etc. , depuis
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an fils de Charlemagne, dans le monastère somptueux et tout ro^al
même qu’au temps de saint Colomban on avait vu fonder sur un seul point de la France de nombreux monastères comme ceux de Luxeul, deSaint-Dié, deSenone, d’Estival, de Bon-Moutier, de Moyen-Moutier , etc., etc.
Sainte Bathilde, cette pieuse et grande reine, mit ses soins personnels à la fondation du monastère de Corbie : « suo opéré fundo tenus struxit, » dit l’auteur de sa vie, « ac devotum gregem monachorurn inibi esse constituit. »
Theodefroy , moine de Luxeul , en fut le premier abbé. Ainsi , dès ce temps, les principaux monastères servaient de pépinières pour les autres , comme il advint aussi de celui de Corbie qui fournit, vers 815, la colonie religieuse qui alla fonder le monastère de laNouvelle-Corbie : «Nova Corbaiâ in Saxonia. » Il faut lire dans Duchesne (t. II, p. 844 et suiv.) ; Le curieux récit des difficultés qu’eurent à surmonter les moines colonisateurs, tant pour trouver enfin un terrain convenable que pour des travaux qui semblent impliquer leur collaboration personnelle, comme nous la retrouverons, quoique moins fréquemment, même dans la période gothique où Joinville nous montre « les moines de Cisliaux por- » tant les pierres et le mortier , et le benoit roi ( saint Louis ) prenant la civière et la por- » tant charchée de pierres et alait devant. »
Corbie fut placé en premier ordre dans la constitution de 817, par laquelle Louis-le- Pieux classa dans trois catégories les grands monastères de France, savoir : ceux, au nombre de quatorze, qui devaient à l’empire des dons et de la milice : « quæ dona et militiam » facere debout, » classe dans laquelle on trouve aussi le monastère de Sainte-Marie de Soissons; mais non pas Saint-Médard, Saint-Marcel, Saint-Denys, etc., exclus sans doute comme monastères royaux, du rang des tributaires; ceux, au nombre de seize, qui n’étaient tenus qu’à des dons , sans milice , et ceux au nombre de cinquante-quatre , qui n’étaient tenus nia dons, ni à milice, mais à prières « oraliones » pour la santé « salutem» de l’empereur et de ses enfans et pour le salut « stàbilitate » de l’empire (apud Duchesne, t. II, p. 323 , 324). Qu’on nous cite pour l’Italie, soumise également vers ce même temps à notre roi Louis-le-Pieux, quelque chose qui approche de cette superfétation monastique et de ce luxe de notre art chrétien, qui, loin d’avoir à implorer le concours des artistes Cisalpins alors dépouillés du prestige de leur nationalité, s’était mis en mesure , par une suite de succès continus , de pourvoir aux besoins analogues des nations du Nord, comme le prouvent l’expédition de la Nouvelle-Corbie , partie de notre centre , source peut-être des emprunts faits plus tard à l’architecture du Nord par les Lombards pour leurs premiers édifices marquans (au XIe siècle). Cette magnificence se constate d’ailleurs par ces mots du récit de la colonisation saxonne , par un auteur ancien : « qualcm cætera quoque sublimia monasteria per Francium habebant. » Il fallait en effet que ces monastères principaux, tels que celui de Corbie , dont l’ancienne importance, peut se déduire de l’aspect presque semblable à celui des tours Notre-Dame de Paris, qu’offre encore aujourd’hui cette partie de son église, continssent dès lors de vastes aménagcmens , puisque la reine lombarde, Ansa, y résida avec Didier , depuis 773 , et que ces royaux époux , bien que détrônés par leur gendre Charlemagne, qui avait, il est vrai, répudié leur fille épousée en 770, durent, comme souverains et comme alliés de l’empereur, avoir dans ce monastère un établissement convenable dont ne profita guère le malheureux Didier qui y consuma ses jours « in vigiliis et orationibus etjejuniis, et multis bonis operibus. »
l’art chrétien.
de Saint-Mcdard de Soissons 1 , et la sépulture vivante sous un capuchon de moine des derniers rejetons de la race de Clovis, dans les monastèresdeSithiu(Saint-Bertin)etdeFontenelle(Saint-Vandrille)j d’où l’on devra conclure que , même pour l’Occident et depuis la chute
' Comme œuvres de Clolaire Ier, mort en 544 , et de Sigebert, son fils , la basilique et le royal monastère de Soissons forment l’un de principaux témoignages de l’antériorité de nos magnificences monacales sur les premiers essais des rois lombards, et viennent, d'accord avec d’autres exemples déjà cités , prouver en même temps la marche parallèle de l’art architectural français et des travaux presque contemporains de Théodoric et de Justinien. La constatation de l’importance de ces constructions devant ajouter du poids à cette remarque , nous emprunterons à cette occasion quelques citations à la grande collection de Duchesne , ce que Grégoire de Tours dit en plusieurs lieux de cette basilique (1. iv , ch. xix-xxi , v, ch. m ; xi, ix , etc. ), ne pouvant équivaloir ici à l’appréciation de l’édifice sous le rapport de l’art.
Dans un abrégé de la vie de saint Médard attribué au prêtre Fortunat (non pas l’évêque de Poitiers), on lit sur Sigebert les détails suivans : Quatinus qui templi ejus (nempe j> sancti Medardi) spalia devotus extendens , ad excelsa fastigii tegmina somptuoso de-
core perduxit , eodem intercedente servato culmine regis diadematis , prætendentur )> sceptra regia potestatis ; etc. , 3> et dans une autre vie du même saint donnée par Surius ( apud Duchesne , t. I , p. 547 ), à l’occasion de la mort de Clotaire : « Morte 33 præventus, postmodum vero in ecclesia eadem; quam jam ædificare cœperat, ante sci- 3> licet sancti Medardi altare , honorifice est sepultus. Expensas vero, quas huic præpara- 3> verat operi, sccundum quod David, rex filiosuo Salomoni (toujours Salomon enjeu!)... 3> a Sigebertus vero, pâtre sepulto... quod a pâtre in hoc susceperat negotii largtflue 3) proseculus est. Admirabili enim diversi generis lapidum constructione , secundum 3> quod a pâtre suo susceperat, ecclesiam illam decoravit auro et argento, ac necessariis
33 in officio ecclesiaslico ornamentorum varietatibus abundanter exornavit . Eleganter
3) vero ecclesia composita undecumque potuit elegantiores ibi sacriordinis ordinavit per- 3) sonas . 3).
De ces splendeurs bien accrues dans les périodes suivantes du moyen âge , de cet immense monastère aux sept églises, le premier, le plus important sans doute de nos monastères royaux , bien consacré à ce titre par les chartes de saint Grégoire-le-Grand , il ne reste rien , rien qu’une sorte de crypte allongée dont la voûte, formée d’arcs tierspoint , dément la tradition qui nous y montre la prison du fils de Charlemagne ; mais en l’absence de tous vestiges , nous avons saisi avec empressement l’occasion d’en reproduire l’aspect d 'ensemble , d'après un plan authentique existant dans la bibliothèque de Soissons ( voir pl. 3 de la 9e série de l 'Album).
En rapprochant cette planche de celles 2e et 9e de la même série, où nous donnons l’aspect actuel des ruines d’une autre abbaye de la même ville (Saint-Jean-des-Yignes, façade à jour et cloître avec plan ) , débris majestueux dont l’équilibre toujours menaçant présage la chute prochaine, si l'on n’y avise, et en tenant compte des églises encore subsistantes et de celles détruites, parmi lesquelles plusieurs également abbatiales, telles que la célèbre Sainte-Marie mentionnée dans la constitution de Louis-le-Pieux ( apud Duch. , t. M , p. 323), on concevra peut-être ce qu’étaient nos villes du moyen âge et par suite
l’\RT chrétien.
de l empire romain , fart chrétien n’avait pas attendu, pour formuler des édifices remarquables, qu’il plût à des maçons lombards d’en poser les nouvelles bases et de l’exploiter sous le sceau du secret.
A la mort de Théodelinde , qui conserva le pouvoir jusqu’en f>25, soit avec Agilulphe quelle avait choisi pour époux, soit au nom de sou fds Adoalde, bientôt réduit à partager son royaume avec Arioalde, prince arien , l’art chrétien ne put jeter aucun éclat, non plus que les soi-disant confédérations maçonniques , auxquelles eût manqué l’appui du pape ; et il en fut nécessairement de même des règnes suivans,même de celui deRotharis, prince législateur et libéral, qui soumit son code à l’assemblée de la nation, mais dont l’arianisme excluait également toute participation aux splendeurs de l’art chrétien. Le règne de ce dernier prince, 63o-646, correspond d’ailleurs à celui de notre Dagobert , et nous ne voyons pas qu’aucun écrivain du temps, ni saint Ouen , le biographe de saint Eloi, ni Fridégode , biographe de saint Ouen , qui nous parle des travaux gothica manu y fassent mention aucune du concours des Lombards dans les travaux de Saint-Denis, etc., ni de l’enrôlement dans leur confrérie maçonnique de saint Eloi, qui se montra cependant habile architecte par le monument de marbre dont nous avons parlé, comme par la construction de divers monastères , surtout de son abbaye de Solognac, peuplée, comme l’a remarqué saint Ouen, d’artistes que l’ évêque-ministre avait pourvus d’une éducation libé-
notre France monumentale de ce temps, qu’on pourra aussi juger par échantillon dans notre vue d'ensemble de Rouen au XV'e siècle (pl. 7 de la 4« série de Y Album).
Quoique nous n’ayons trouvé aucune trace graphique ou écrite de la disposition primitive du monastère de Saint-Médard, il n'est pas douteux pour nous qu’il n’eût dès lors son cloître , promenoir couvert désigné comme terme générique dans les écrits du Ville siècle du vénérable Bede ( hist. , 1. m, ch. in), et sous le nom de claustra monasterii dans les Capitulaires de Charlemagne (1. v, ch. cxlviu) ; car ces portiques dégénérés, selon l’expression de M. de Chateaubriand, énonciative de leur haute origine et qui accusaient toujours la forme carrée :«Quadratam speciem structura domestica præfert, etc.,» étaient inhérens, comme nous le prouverons ailleurs, à toute fondation monastique dont les dispositions générales ne varièrent, du IV* siècle à nos jours , que dans leur style principal et dans la partie d'ornementation. C’est ce que prouve la comparaison des cloîtres du IV« siècle de Saint-Laurent et de Sainte-Sabine, de Rome, avec ceux de Saint-Jean-de- Latran et avec tous les cloîtres de divers styles , roman, bizantin, gothique, renaissance, dont nous donnerons quelques spécimen dans nos planches.
1,’a.RT chrétien.
raie, propre à confondre la spéculation lombarde fondée sur l’initiation et le mystère.
Rodoalde, fils de Rotharis, fut également arien, et ce n’est guère que dans le règne de huit ans d’Aribert (65 1 -65g) qu’on retrouve un prince catholique sur le trône des Lombards, ramenés eux-mêmes alors en général dans les voies de l’orthodoxie, selon cette remarque de Muratori : « Era Ariberto buon cattolico , e perô da che i Lon- » gobardi non ebbero difficulté ad eleggerlo per loro régnante, par » ben credibile che la major parte d’essi avesse oramai abbraciata la » religione cattolica [Annali, t. 1Y, p. 109). » Muratori constate ailleurs, par une inscription, que ce prince construisit l’église du Saint-Sauveur hors la porte occidentale de Pavie.
Par conséquent, pas d’associations artistiques lombardes présumables, en l’honneur surtout de l’art chrétien, jusqu’au milieu du VIIe siècle.
Viennent ensuite les règnes orageux de Godebert et’Bertarit, et l’usurpation de Grimoalde, dont la durée, signalée par l’expédition de Clotaire III , par la défaite de nos troupes près d’Asti , et par un nouveau sac de Rome, exercé sous le masque hypocrite d’une visite gracieuse, par l’empereur Constant II % ne se prête guère non plus à ces élans et communications artistiques.
1 Cette lâche violation des lois de l’hospitalité porte un caractère plus atroce ou du moins plus ignoble que les ravages exercés à main armée par la sauvage cupidité des Goths et des Vandales.
Le fds d’ITéraclius II, le père de Constantin Pogonat, l’empereur grec Constant II, qui, placé sur le trône à l’âge de douze ans, se crut tout permis, s’était déjà signalé par ses inconséquences , lorsque, persécuteur acharné du pape Martin et de son clergé , il exerça sa munificence envers son successeur Vitalien, en lui envoyant, dit Orderic Vital « evange- » lia aurca , gemmis albis miræ magnitudinis in circuitu ornata. »
Réduit plus tard, après la perle d’une bataille navale contre les Sarrasins, et par l’horreur dont l’avait couvert aux yeux de son peuple l’assassinat de son frère Théodose (en 659), à chercher où placer le siège de son empire, i! débarqua en Italie et lutta sans succès contre Grimoalde, roi des Lombards, commettant ainsi tout à la fois l’honneur des armes impériales vis-à-vis des Barbares du Nord et contre ceux de l'Orient. Ce fut dans cette expédition qu’ayant , sans doute pour prix de ses largesses , réclamé l’hospitalité du pape Vitalien, ce larron couronné, accueilli dans Rome (en juillet 663) avec tous les honneurs que lui valut son rang, en sortit le douzième jour, emportant avec lui tout ce que sa rapacité put saisir. Winckelman exprime l’opinion ( 1. vi, c. vin, § 23) que les quatre grandes urnes de porphyre placées dans la cathédrale de Palerme, ainsi que celles de l’abbave de