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Mais le fils d’Aribert, Bertliarit, que l’usurpation de Grimoalde avait forcé de se retirer en France, ayant reconquis son royaume en 671, consacra, comme action de grâce, sa gratitudeenvers le Ciel en fondant à Pavie un 'monastère de vierges. La tradition n’établit pas que, malgré sa piété célébrée par Paul-Diacre, la contagion d'exemples alors si multipliés au lieu où il subit son exil, ait plus amplement opéré sur ce prince qui avait pu voir cependant notre reine sainte Bathilde ajouter encore à nos nombreux monastères royaux, notamment la reconstitution de celui de Chelles déjà fondé par Clotilde, etc., la construction de celui de Corbie où vint, un siècle plus tard , se dessécher sous la bure le dernier rejeton royal de la souche Lombarde.
Le bon roi Cunibert, qui régna dix ans en partage avec son père Bertliarit, et onze années pour son compte, et dont la mort vint clore le VII siècle, paraît avoir enchéri quelque peu sur ces essais monumentaux, sans pourtant que dans cet élan il ait dépassé le but que posait alors la piété votive ou d’expiation, plutôt que l’amour de l’art. Paul-Diacre etMuratori (t.IV, p. 197) ne citent du moins que deux monastères relevant de ses œuvres -, l’un voué à St-Georges à l’occasion d’une victoire, l’autre érigé à Pavie sous le nom de Santa Maria Téodata, comme pour expier par une honte publique un doux péché de concupiscence. Mais à quoi songeait aussi la reine Ermelinde, dépositaire des secrets’du bain (public sans doute encore alors), d aller les révéler à son époux et d’exalter les charmes de cette
Montréale sont le fruit de cette dévastation; et Muratori ( Ânnali , t. IV, p. 128) constate que la spoliation comprit tous les bronzes qui orn.ricnl Rome , même « le tegole di bronzo » onde cra coperta la chiesa di Santa-Maria a i rnartiri» , le Panthéon, consacré comme église en 610 par Boniface , ce qui donna en outre à ce vol le caractère d’une odieuse profanation, inexplicable de la part d’un prince qui avait assisté à tous les offices, et même offert au pape un pallium tissu d’or et de soie.
La Sicile, où Constant II transporta ce honteux butin, dont une mort assez prompte (l’assassinat dans un bain en 668) l’empêcha de profiter, ayant été envahie par les Sarrasins dès 669, il est à croire que les bronzes antiques enlevés à Borne subirent immédiatement le sort du colosse de Rhodes, ce chef-d’euvre du sculpteur grec Charès, vendu deux ans avant cette époque par les Sarrasins à un marchand juif, qui chargea neuf cents chameaux du métal de cette figure de soixante-dix coudées , brisée depuis longtemps , un tremblement de terre ayant fait prompte justice de cette manifestation de l’orgueuil humain.
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Téodata jeune Romaine intons a, et dont les blonds cheveux « che si )> arrivavano fin quasi a i piedi, » formaient, dit la Légende, la plus enivrante parure ? Que le nouveau David ait succombé, on le conçoit bien mieux que le choix de la nouvelle Betsabée sa complice comme abbesse 1 d’un monastère de vierges 5 et c’est cependant ce que nous retrouverons dans tout le moyen âge et meme au delà. En tous cas, le soin que prend Paul-Diacre (1. y, c. xxvn) de s’occuper de pareillesfondations monumentales, prouverait seul la rareté des autres.
La disparition rapide, dans la meme année, des rois Luithpert et Ragunbert nous dispense de toute analyse de leurs règnes, de même qu’il serait sans doute superflu de chercher des manifestations d’art dans celui, de douze années cependant, mais semé de troubles, d’Aribert IL prince qui prenait à tâche de revêlir aux yeux des ambassadeurs et des étrangers les livrées de la misère, « afiinchè non conce- » pissero grande-idea del paese, e non venisse lor voglia d’insinuar )> la conquista d’Italia a i loro padroni : » mais après qu ' Ansprand, tuteur de Luithpert, fut venu de Bavière mettre un terme à l’usurpation de cet Aribert si sobre de démonstrations de luxe, mais qui pourtant, vaincu sur les rives du Tésin, fut noyé dans ce fleuve par le poids de l or qu’il emportait en France, une aurore nouvelle brilla sur ce pays déchiré jusque-là par des factions intestines, lors surtout qu’au règne de trois mois 2 du vengeur de la dynastie de Cunibert, opérant en même temps pour fonder la sienne, vint succéder celui de son fils Liutprand dont Aribert avait épargné les jours.
L’éclat de cette aurore si près de son couchant fut d’autant plus vif pour la nation Lombarde, que le règne de 3i ans de Liutprand fut une ère de douleur pour le reste du monde, et pour les arts surtout une époque de subversion totale -, car tandis que les ardens
• Voir dans Muratori ( Annali , t. IV, p. 198 et 199 ) les inscriptions commémoratives de la fondation de ce monastère, et les remarques de cet écrivain sur le sens du mot qiiœ Turoni , qui signifierait que l’église était semblable à la basilique de Saint- Martin de Tours; ce qui prouverait que , loin de nous enrichir de leurs formes architectoniques , les Lombards empruntaient les nôtres.
2 Un pouvoir de si courte durée à la suite d’un exil de neuf ans rendrait inexplicable la construction attribuée à Ansprand , par l’inscription citée par Muratori (p. 223) de l’église de Saint-Adrien, où ce prince fut placé dans un sépulcre (in un avello), à moins qu’il n’ait fondé cet édifice sous le règne de Cunibert, dont il fut le ministre et l’ami.
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disciples de ce Mahomet que nous avons vu poindre sur un sol si distant du nôtre, pénétrant dans le cœur de nos plus riches provinces y renouvelaient les excès de Chrocus les princes chrétiens d’Orient
i La subversion de l’Occident par Attila , par suite de l’horrible traitement exercé par Genséric sur la fille de Tlieodoric , le sac de Rome, terrible conséquence de l’injure faite à Eudoxic, et la longue captivité de cette princesse et de ses filles sous les dures lois de leur vengeur, et sur le sol même qu’occupait le comte Julien , gouverneur de Ceuta, furent des leçons perdues pour cet officier, comme le sont toujours pour nous les enseignemens du passé, lorsque la passion nous aveugle. Au lieu de tirer une vengeance directe et personnelle de l’injure faite à sa fdle Florinde par le roi goth Rodéric, ce fut en trahissant sa patrie, en livrant à l’ennemi la place que sa vaillante épée protégeait depuis deux ans et pouvait encore défendre, en précipitant les Sarrasins sur l’Espagne (en 711) , de concert avec les fds de Vitiza; et en combattant à Xérès, sous le croissant de Mahomet, pour mieux assurer le succès de son horrible trame, que Julien voulut réparer l’insulte faite à l’honneur de sa fille, comme s'il eût été besoin pour laver un pareil affront, du sang de tant de peuples innocens de l’attentat de Rodéric! Ces nouvelles hordes, plus aventureuses encore que ne l’avaient été les Barbares (les Goths), victimes à leur tour de cette invasion, trouvant trop circonscrite pour leur plan de conquête universelle, une presqu’île dont des héros comme Pelage leur disputaient pied à pied le sol , rompirent la digue des Pyrénées, grâce, dit Jean Bouchet dans ses Annales d’Aquitaine, à des intelligences avec Eudo ( Eude ) « roy de Gascogne , envieux de la prospérité de Charles-Martel » , et inondèrent la France, en 715. Débouchant par l’Aquitaine, les Sarrasins pénétrèrent jus- « qu’au centre du royaume : « passant, dit le même annaliste, par Bourdeaulx, Xainctes, » Poictiers jusqu’à Tours, en quoy faisant, feirent plusieurs insolences , et mesmement » bruslèrent partie de l’église Saint-Ililaire. » Plusieurs années se passèrent nécessairement avant la répression de ces insolences , puisque ce ne fut qu’en 732, dix-sept ans après l’irruption, que le valeureux Charles-Martel , libre enfin à quelques égards des autres embarras suscités à la France par la révolte des seigneurs de Neustrie et de Bourgogne et par les armemens faits par les Saxons , les Bavarois et les Frisons pour secouer leur joug de tributaires, put enfin opposer un premier obstacle à leurs progrès. A l’exemple d’Héraclius , il dépouilla les églises pour subvenir aux besoins delà guerre; et quoique le même succès ait couronné ses efforts, loin de lui tenir compte de ce. moyen de salut, le clergé, qui traita Clovis II d’insensé pour avoir affecté les lames d’argent du tombeau de saint Denis à calmer les angoisses d’une famine, infligea pour l’exemple la damnation éternelle à Charles-Martel : mais , grâce à ces ressources, les champs situés entre Poitiers et Tours, déjà célèbres par la bataille deVodade, et tristement fameux plus tard par la captivité du roi Jean, virent tomber Abdérame , invincible jusque-là, et avec lui 365,000 Sarrasins, selon Paul-Diacre, qui réduit la perte des chrétiens à 1,500 hommes (E vi, ch. xxvi ). Bouchet en tue 380,000 sur 400,000, et fait massacrer le reste par Eudo comme moyen de rentrer en grâce près de Charles-Martel. Liutprand ne coopéra en rien à ce premier succès. Ce ne fut qu’en 739, et après que, recrutés de nombreux auxiliaires , les Arabes, sous le commandement de leur roi Mauronte, eurent envahi la Provence, qu’ils constituèrent en royaume, que Charles-Martel invoqua l’aide du roi lombard : « Stimô bene in questa congiuntura di chiamare in aiuto il re Liutprando . Tra per la
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bouleversaient leur empire pour une question d’images, répudiant ainsi, par de honteuses mutilations d’objets d’art et par la proscrip-
» stretta amicizia, ch’égli saggiamente manlenne sempre colla nazionc Franca, e perche » non gli piacea d’avere per confinant! al suo regno quegl'infideli , sempre ansanti die- » tro a nuove conquiste, monté senza dimora a cavallo, et con tutta la sua armata mar- » ciù in soccorso dell’ amico principe. » Malgré les succès de cette campagne, les Sarrasins, rejetés de la Provence en Languedoc, et restés maîtres de Narbonne , n’évacuèrent notre territoire qu’en 752 , en cédant aux armes de Pépin : « Expulsisque de tota Gothia ho- » minibus illis christianos de servitio Sarracenorum liberavit » (Annales Metenses, apud Duch. , t. III, p. 275).
On conçoit à quels désordres ces peuplades fanatiques, étrangères à nos mœurs, à nos croyances , durent se porter pendant un séjour de trente-sept ans dans des provinces riches encore de monumens antiques, dont les solides constructions furent converties par elles en bastionages pour la défense, comme on le remarque encore dans les arènes de Nîmes, et le sort d’édifices religieux d’un culte ennemi du leur , et partant en butte à tous les assauts que subirent les églises et les monastères : « Ibique ecclesiis Dei igné concremalis, « plurimisque christianis interfectis, usque ad Pictavam urbem profecti sunt. Basilicaque » Sancti Ililarii concremata , ad Beatissimi Martini ecclesiam subvertendam summo co- » namine proficisci contendunt, etc., etc. ( Annales Metenses , apud Ducliesne , t. III, p. 270).
On peutà bon droit s’étonner qu’après une semblable occupation d’hôtes plus iconoclastes encore que les schismatiques de Byzance , il subsiste aujourd’hui dans nos provinces du Midi, soumises depuis lors à tant d’autres épreuves, d’aussi nombreux vestiges de la splendeur antique, et l’on doit convenir aussi que cette longue résidence des Sarrasins sur nos terres explique les traditions erronées telles que celles du nom de Mahom (Mahomet) donné encore aujourd’hui aux médailles romaines par nos paysans d’ Alise, comme par ceux du vieil Evreux, pays si distans l’un de l’autre ( voir t. I, p. 194), et même la consécration, par des actes, de l’origine sarrasine donnée à des monumens évidemment romains , tels que les murs de Grenoble nommés dans les anciens titres mûri Saracenorum, les restes de l’abbaye de Saint-Mart, près de Clermont (Auvergne) , désignés par un titre de 1201 sous le nom de chasals (ou bâtimens , sarrazines , etc., etc.
Il est toutefois consolant de penser qu’il en fut, dans les siècles suivans surtout, des Sarrasins comme des Gotlis , comme des Bnrgondes , comme des Franks , et même comme des Lombards , et qu'après ce premier jet de violences dévastatrices , ce peuple arabe que son respect constant pour la mémoire de Salomon , son accord avec le peuple juif- et les missions de Néron en Arabie, à la recherche de philosophes magiciens, présentent comme n’étant jamais resté étranger aux notions civilisatrices , fut le premier, le seul même, qui dans l’éclipse presque générale que subit la culture des sciences et des arts, en conserva le feu sacré, en ralluma le foyer, même assez promptement, si l’on en juge parles relations d’IIaroun-al-Raschid avec Charlemagne, de manière à nous rendre plus tard avec usure les enseignemens puisés aux écoles alors éteintes de la Grèce, en ce qui tient surtout à la philosophie , à la médecine, et même à notre avis , à l’art architectural , comme encore aux procédés calligraphiques, ainsi que le démontrent les manuscrits d’Aquitaine, que nous citerons au chapitre vin.
Nous trouverons aussi l’occasion de parler des academies de philosophie du Caire et
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tion souvent sanglante des artistes, les plus beaux titres de gloire de leurs peuples, de Périclès à Justinien 1 : raison de plus pour rendre
d’ Alexandrie , qui tendraient presque à se reproduire aujourd’hui, plutôt sans douta que celles de Tunis , de Tripoli, et de Maroc, qui furent cependant aussi très florissantes, de même que celles de Bassora, de Consab , de Bagdad , de Sigilsmèse , etc* Profitant en outre de la matière de notre chap. xxvir pour offrir une esquisse rapide des progrès que l’astronomie , tant soit peu mêlée toutefois d’astrologie judiciaire, dut aux descendans de ces nomades, qui si longtemps purent, comme nos bergers, pratiquer cette science par routine et par instinct, avant d’en approfondir les arcanes, nous chercherons l’occasion de parler des grands services rendus par ce peuple à l’humanité, en expiation sans doute de tant de désastres, par ses savantes recherches dans l’art de guérir ou du moins de traiter les infirmités inhérentes à notre constitution humaine ; mais , par contre aussi nous aurons encore à retracer les dévastations exercées par le même peuple sur d'autres points du globe, notamment en Italie, et surtout dans le royaume de Naples.
1 Si l’on en croyait les écrivains ecclésiastiques presque contemporains, tels que Theophanes, Nicéphore-Calliste et autres, la célèbre scission qui s’opéra à partir de l’année 726 entre les églises grecque et latine, à l’occasion du culte des images, division si funeste à l’art et dont nous suivrons les phases à nos chapitres vi et vin, aurait été présagée, mais pour l’Orient seulement, dont elle ébranla l’empire en le privant d’ailleurs d’un reste d’influence sur l’Italie, par des phénomènes précurseurs tels que l’ébullition bruyante de la mer, l’explosion d’un volcan sous-marin qui couvrit de lave enflammée les côtes de l’Asie Mineure et de la Macédoine, etc. ; car les préventions auguralesdes païens survécurent longtemps à ce culte, et l’Orient, si fertile alors surtout en accidens surnaturels, voyait dans chaque catastrophe un avis ou un châtiment de la colère céleste, disposition à laquelle l’Occident participait aussi, d’après ce que nous disent les historiens de Charlemagne, des signes célestes qui présagèrent sa mort , des terreurs de l 'astronome Louis-le-Débonnaire , etc.
On attribue généralement celle dissidence si funeste pour l’art chrétien à l’influence qu’exerça sur l’esprit d’ailleurs sauvage et borné de l’empereur Léon-l’Isaurien , un misérable renégat nommé Beser qui, après avoir pratiqué le culte de Mahomet, prohibitif des signes extérieurs , s’introduisit à la cour de Constantinople et procéda dans le but de modifier ainsi le dogme religieux, de concert avec un évêque phrygien ignorant et débauché, comme le sont tous les novateurs aux yeux des historiens de la cause opposée. Léon, que sa basse naissance, les préjugés dont il était imbu et sa confiance dans les Sarrasins qui l’avaient aidé à parvenir au trône, rendaient peu propre à dominer cette question théologique, se prêta facilement, on le conçoit, à l'interprétation qui voyait dans ces terribles signes du courroux du ciel, l’irritation produite par le culte des images interdit par la loi de Moïse, comme par celle de Mahomet, et condamné d’ailleurs parles premiers pères de l’église chrétienne, Tertullien et autres, dont les textes faisaient nécessairement partie des enseignemens religieux de ce temps. De là l’édit qui prohiba comme idolâtrie, la vénération et même la possessionde configurations humaines qui détournaient sur la créature l’expan. sion de sentimens religieux dus au seul Créateur. Les peuples, le clergé et les moines d’Orient même, voyant dans cet édit la négation de la doctrine du pouvoir d’intercession des saints près de Dieu, s’en émurent et protestèrent de telle sorte que les violences
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hommage au noble contraste cja offrit alors la sagesse de Liutprand, formé, comme Constantin, comme Théodose, à cette école du malheur qui fait les grands princes et dont la politique élevée, les sym^
dont usa Léon pour que force demeurât à son édit impérial, seraient presque justifiées, si cette mesure eût été dictée par une conviction profonde et non, comme tout le démontrait, par une influence subversive ; mais ce fut en Occident surtout que cet édit souleva les plus violentes tempêtes heureusement sans naufrages, les populations irritées de l’attentat de l’empereur étant à l’abri de ses atteintes. L’église de Rome, surtout dont nous avons vu les pratiques reposer essentiellement depuis trois siècles sur cette doctrine d’intercession, sur l’hommage pompeux rendu aux saints, aux martyrs dont les moindres restes, dont les émanations mêmes étaient devenus l’objet de la convoitise des princes de la terre, la monnaie que les papes échangeaient contre les plus riches tributs, la base de toutes les grandes fondations monumentales, se souleva, mais dignement, à l’idée seule de ce que l’empereur attendait de son concours. Les sages argumens de Grégoire II, dans ses deux lettres si remarquables publiées par Baronius, n’eurent pas plus de succès près de Léon que les représentations de Germain, patriarche de Constantinople, et les écrits de l’illustre saint Jean-Damascène : loin de là; les résistances et les révoltes qu’excitèrent sur tous les points de l’empire, les moyens employés pour les vaincre, accrurent la fureur de Léon, qui chercha, mais vainement, à les atteindre dans leurs racines en provoquant l’assassinat de Grégoire II, puis en soulevant contre le saint siège cinq villes de la Pentapole, tentatives qui, partant de l’exarchat de Ravenne, causèrent dans la basse Italie une irritation que le roi Liutprand sut mettre à profit, comme on le verra plus loin.
Ce ne sera qu’aux chapitres suivans que nous aurons à tracer le tableau déchirant, pour l'ami des arts surtout, des excès iconoclastes dont Léon donna le signal en livrant aux flammes la bibliothèque publique de Constantinople, et celui des actes de violence et de férocité qui portèrent la désolation dans tous les sanctuaires des arts au point d’anéantir l’art lui-même, comme en témoigne l’imperfection des médailles de ce briseur d'images qui vit un an avant sa mort (en 740) le ciel se prononcer bien plus énergiquement contre ses fureurs qu’il ne l’avait fait par l’avis préalable àa volcan sous-marin ; des convulsions terrestres à effets dévastateurs, ayant semé l’épouvante et propagé la terreur, des murs de Byzance aux extrémités de l’Egypte. Ce qu’il nous importe de constater ici, à raison de la participation de l’art chrétien aux dissidences des églises Grecque et Latine, c'est la gravité de ces désaccords et même leur scandale si contraire à la dignité du culte. Le pape Grégoire III ne recevant aucune satisfaction sur de nouvelles remontrances, convoqua, en 732, dans la basilique du Vatican, un concile de 93 évêques italiens, qui fulmina l’excommunication contre quiconque déplacerait, profanerait ou détruirait les images. Cette mesure, si contraire aux prescriptions impériales, vint renouveler l’étrange spectacle de ces conciles du IVe siècle, qui tour à tour anathématisaient ou préconisaient le grand évêque d’Alexandrie, Athanase; car le fils de Léon, ce Constantin Copronyme, dont nous aurons aussi à peindre la rage héréditaire, fit décréter vingt-deux ans plus tard, dans un concile de trois cent trente-huit évêques grecs , la destruction de toutes les images du Christ, de la Vierge et des saints ; nouvelle source de persécutions acharnées qui dépeuplèrent les monastères et les ateliers d’Oricnt au profitdes contrées restées fidèles à la doctrine d’intercession, jusqu’au moment du moins où le concile de 350 évêques convoqués en 787, à
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pathies constantes pour notre belleFrance et les goûts artistiques mêmes, prouvés du moins par le refuge qu’il offrit à Pavie à la statue d' Antonin-le- Pieux, 2 tinrent peut-être aux épreuves du long exil qu’il subit en Bavière, pays limitrophe alors et en constante affinité avec le royaume des Franks.
Ce serait donc à notre avis sur ce long règne , que la mort ne put interrompre 1 etsurce règne seulement, que viendrait se concentrer et que se présenterait sous le point de vue le plus favorable, la question de l’influence des rois Lombards sur nos arts d’Occident , Liutprand seul ayant étendu leur puissance, jusque-là circonscrite, au point
Nicée en Bithynie, par l’impératrice Irène, d'accord avec le pape Adrien Ier, vint démentir en tous points l’œuvre du conciliabule et rendre en faveur des images une sentence dont Charlemagne appela, mais sous certains rapports seulement, au concile de Francfort de 793; ce qui n’empêche pas ces hautes solutions de rester toujours infaillibles.
■ Nous avons déjà vu ce que dit Muratori de l'étroite amitié que Liutprand maintint toujours et sagement avec la France. Il semblerait même qu’à l’attachement politique dont le masque n’est pas toujours sincère, se seraient jointes des affections vraies, d’après ce que disent les historiens, même les nôtres, tels que Dutillet(/îeciteit des rois, etc., 1. 1, pag. 40), « que Pépin jeune fut envoyé par son père à Liutprand, lequel lui coupa un peu » de ses cheveux en signe qu’il le tenait pour son fils, selon la coutume des Lombards, » qui était en même temps celle d’autres peuples et même des princes de la maison impériale, puisqu’on lit dans l’Art de' vérifier les dates (p. 423) ,que Constantin Pogonat, mort en 685, « envoya à Rome, du temps du pape Benoit II, pour lui faire honneur ouà St-Pierre, » les cheveux de ses deux fils Justinien etlléraclius, et que c’était une espèce d’adoption » usitée dans ce temps, celui qui recevait les cheveux d'un jeune homme étant regardé « comme son père. »
’• Profitant de son séjour à Piavenne où l’entraîna, comme nous le dirons plus bas, le désir de profiter de la désunion du pape et de l’exarque, Liutprand comprit parmi les richesses dont il se nantit pour couvrir les frais de son déplacement volontaire « la bella » statua di bronzo di un imperadorc a cavallo, slimato Antonino Pio, la quai tuttavia serve » d'ornamenlo alla lor Piazza (dei Pavesi), etc., e da lor chiamata il Regisolc (Mura- » tori, t. IV, p. 253). »
3 En 735, les Lombards croyant que Liutprand avait succombé à une grave maladie, se hâtèrent de proclamer son neveu ïldebrand, que ce roi, de retour à la vie, se décida, par prudence, à prendre pour collègue, non sans trouver que ses sujets s’étaient bien promptement résignés à sa perte, « sel’ebbe a male, » dit Muratori. ïldebrand, qui ne survécut que six mois à son oncle, justifia sur le trône le triste présage tiré de ce qu’un coucou était venu s’abattre sur la haste qu’on avait présentée à ce prince, selon l’usage, et qu’il tenait, lors de sa proclamation ; nouvelle preuve de l’emprunt par les rois barbares des combinaisons augurales, comme des mœurs et usages en général des Romains, dont ils avaient la prétention de continuer l’empire.
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de promener impunément sa bannière sur le sol réservé et jusquelà respecté, qui rattacha près de deux siècles l’Italie à l empire Grec, enclave dont l’occupation par Astolphe précipita bientôt après la chute du royaume Lombard -, et ce prince ayant d’ailleurs fait jouir son peuple d’une enviable paix sous l’autorité des lois les plus sages1, malgré les chances de perturbation résultant de son gisement géographique entre la France et Rome, malgré l’invasion sarrasine dont il préserva ses états en allant combattre sur le foyer d’autrui, et le schisme iconoclaste dont il laissa les soins aux papes, tout chrétien zélé qu’il était 2 -, mais cette prospérité relative, suffisante sans doute à la gloire personnelle et locale de ce prince , put-elle défrayer d'autres états? et le modérateur des conflits étrangers, l’arbitre des nations circonvoisines, se vit-il en mesure d’exercer la même action sur leurs arts, à des époques où les ressources manquaient partout, en France, comme à Rome 3 ; en un mot, Liutprand put- il, nou-
, « Godeva in fatti sotto quei re un invidiabit pace il loro popolo ed era con vigore » amministrata la giustiziaal contrario del imperio Romano in Oriente... (Annali , t. IV, p. 234). Muratori, qui paraît avoir fait une étude spéciale des lois lombardes , nous montre Liutprand complétant à diverses reprises le Code de ses prédécesseurs et donnant, dans une seule année (724), 102 lois nouvelles, « cbe esigeva il besogno de'popoli. » Parmi ces dernières lois, il y en avait contre les devins et les enchanteurs et contre les pratiques païennes, bien que la nation lombarde fût dès lors ralliée presque généralement sous l’étendart de l’orthodoxie.
2 « Era fin ora (728) stato solamente speltatore di quelle brutte scene d’Italia... Il re » Liutprando ; ma vedendo crescere il fuoco, e co tanto irritati e si mal dispositi glianimi » de’sudditi imperiali contra dcl loro sovrano, voile cavar profeto da questa disunione... » pero uscito in compagna con suo esercito si spinse contra le terre dell’esarcato...» Il prit Ravenne, d'où il emporta, selon Anastase, d’immenses richesses et sans nul doute la statue équestre d’Antonin-le-Pieux , citée plus haut. Ce fut une belle occasion, sans doute , pour les artistes Lombards qui purent suivre cette expédition , d’étudier les constructions byzantines encore debout aujourd’hui dans Ravenne, et qui certes devaient y être alors en plus grand nombre et dans un meilleur état de conservation, pour composer l'amalgame latin et grec qui constitue , selon M. Ilope, l’architecture des Lombards; car ils avaient en même temps le choix en fait d'édifices romains , maîtres qu’ils étaient de Spolète, de Eénévent et de toute la circonscription de l’ancienne capitale du monde , réduite à la possession d’une étroite banlieue, si l’on en juge par les déductions historiques sur les séjours, marches et contremarches des Lombards à ces époques.
3 De longtemps on ne put réparer les ravages que les Sarrasins exercèrent en France , surtout sur les fondations religieuses , le grand luxe de l’époque. Il fallut toute la puissance de Charlemagne et la sécurité dont jouit la France sous son règne, pour que la plupart de?
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veau Théodoric, tracer un sillon fertile dans le champ de la culture des arts presque toujours ouvert aux grands princes? nous ne le pensons pas.
grands monastères compris dans la constitution de 817 de Louis-le-Pieux , citée plus haut, pussent se reconstituer. A ce sujet, il est à remarquer que ceux des provinces plus spéciament dévastées par les Sarrasins : en Aquitaine , 15; en Septimanie (gaule narbonnaise), 14; dans le Tolosan, 4; et dans la Gascogne (Wasconia) , 5; n’y sont portés que pour des redevances en prières , tandis que tant d’autres , quoique moins importans , mais sortis saufs de cette cruelle épreuve, étaient tenus de fournir en outre à l’empereur des dons ou des milices, et souvent l’un et l’autre.
La situation des papes était devenue bien plus critique encore. Citons-en une preuve qui démontrera la pénurie du trésor pontifical et l’absence de tout concours, de la part même des maçons lombards, dans les travaux les plus urgens de cette capitale du monde chrétien dont on nous montre les souverains si favorables aux artistes de celte nation. A l’avènement de Grégoire II , ce pape , qui soutint si vaillamment le premier assaut de Léonl’Isaurien contre les saintes images, voulant préserver Rome d’un coup de main, de la part même peut-être de ses amis les Lombards qui s’étaient impatronisés dans la Toscane et dans tous les pays environnant la ville sainte , ordonna , dit Muratori ( Annali , t. IV, p. 229) : « che si ristaurassero le mura di quell’augusta città , e se ne commincio in fatti » la fabricca délia porta di san Lorenzo, ma non si prosegui poi per cagione di vari im- 5> pedimenti che sopravennero. » Or, à quels travaux d’art auraient pu se livrer des pontifes empêchés par des causes qu’on devine, même de garantir la sûreté de leur capitale par la restauration de ses murs d’enceinte? Aussi, dans les nomenclatures des fondations et dons des papes, dressées par Anastase, ne trouve-t-on rien entre le pontificat d’ Honoré Ier (625), contemporain du roi lombard Adoalde, fils d’Agilulphe et de Théodelinde, et celui d’Adrien Ier, qui, affranchi du contact de ces chers voisins et doté de l’exarchat par l’épée de Charlemagne, reprit avec plus de somptuosité que jamais, comme nous le dirons plus loin, le cours des nouvelles largesses sacrées. Quant à celles d’Honoré Ier, rassuré sur son voisinage par les pieux sentimens de Théodelinde, reine de fait sous le nom de son fils, elles ne consistent, en fait de monumens, qu’en un moulin, un aqueduc et un cimetière; mais en fait de dons mobiliers aux églises de Saint-Pierre, de Sainte-Agnès, de Saint-Apollinaire, des Quatre-Saints-Couronnés , de Saint-Séverin , de Saint-Pancrace, de Sainte-Lucie, de Saint-Adrien et de Saint-Ciriaque, elles comprennent trois candélabres et trois gabotheæ (sortes de lampes suspendues sur l'autel) , pesant ensemble neuf livres d’or, et divers arcus, cerostrata, confessiones , ciboria, regiæ (lampes en couronnes), sepulchra (espèces de châsses) et tabulai (tableaux en broderie exécutés à l’aiguille), le tout pesant environ deux mille livres d’argent, à quoi il convient d’ajouter les portes d’argent de la basilique de Saint-Pierre, citées plus haut ( voy . p. 353, note.)
Les ressources intellectuelles dont pouvaient disposer les souverains pontifes de ce temps ne répondent que trop à leur pénurie financière, si l'on en juge par une lettre citée par Muratori, sous l’année 679, par laquelle le pape Agaton s’excuse près de l’empereur Constantin Pagonat de lui envoyer certains légats pour un prochain concile. Ce sont , ditil, les seuls qu’il ait pu trouver eu égard à « il diffetto di questi tempi e la qualita di una » provincia servile, « La Rome de Cicéron , d ilorace, de Virgile, de Tacite, etc, , man-
l’art chrétien.
Sans doute, la prospérité exceptionnelle du royaume de Liutprand au milieu des calamités , générales partout ailleurs , la haute piété de ce prince , manifestée des le premier tiers de son règne par la recherche et la translation des restes de saint Augustin l, ses goûts de construction , prouvés par la création d’une ville 2 ( Citta-Nuova, à 4 milles de Modène ) et par un assez grand nombre d’autres fondations3, le sentiment d’art et de supériorité intellectuelle dont il fit preuve en dotant , à ces époques , sa capitale de la statue équestre d’un prince païen , et ses bonnes relations avec les papes qui vinrent l’implorer jusque dans son palais de Pavie4 , offriraient sous ce règne,
quait alors d’écoles et de maîtres pour les premières études littéraires : « perche mancante » di scuole e di macstri (ibid) » , pouvait-on donc espérer d’y trouver des Vitruve?
i Muratori, après avoir établi que la date de la translation du sacré corps de saint Augustin de Sardaigne à Pavie est douteuse , mais que le fait est certain , dit ( Annali , t. IV, p. 242) que vers 522, Liutprand, informé que les Sarrasins, maîtres de la Sardaigne, mettaient à sac tout le pays et souillaient toutes les églises , dont l’une conservait le dépôt de ces saints ossemens , envoya des délégués chargés d’arracher à force de présens ce précieux dépôt aux infidèles. « Cosi fu fatto, dit-il, eportate le sacre ossa à Pavia, furono » coU’ onore dovuto asigransanto collocate nella basilica diSan- Pietro incœlo aureo, dove » tuttavia riposano. » Voici donc encore une église, la même sans doute, qui, selon Paul- Diacre (lib. vu, c. jlviii), fut fondée par Liutprand sous le nom de Cœlum aureum, qui devait constituer une imitation de nos églises bien antérieures de Sancla-Maria deanrata de Toulouse, de Saint- Germain le Doré de Paris, de Saint -Martin au ciel d’or, etc.
C’est encore Muratori qui nous apprend, d’après une inscription qu’il cite (ibid., p. 269), que, pour remédier aux dangers qui menaçaient les voyageurs sur une partie inhabitée du territoire de Modène, où passait la route royale de Lombardie (l’ancienne voie Emilienne ou Claudienne), Liutprand transforma ce repaire de brigands en une ville neuve qui prit ce nom : « Citta-Nuova », fondation citée dans le testament de Charlemagne , mais que la rivalité des Modenois ne tarda pas à détruire.
3 Indépendamment de l’église de Saint-Pierre au ciel d’or, si remarquable, que les Florentins , dit-on , en firent construire une presque semblable , on cite une église de Saint-Anastase que Liutprand éleva près de sa maison de plaisance d’Olonna , et qu’il décora de mosaïques (voir, indépendamment de Paul-Diacre , Grutter, p. mclxviii, ii°s 8, 9 et 10), et l’on rapporte également aux dernières années de son règne (739) la fondation par Abbonedu célèbre monastère de la Novalesc , au pied du Mont-Cenis; mais il y a loin de ces travaux partiels à l’impulsion générale étendue à tout l’Occident, que suppose le système que nous combattons.
4 Les rapports de soumission pieuse et d’arbitrage politique de Liutprand avec les papes se trouvent bien constatés par les deux récits suivons :
Anastase raconte qu’en 729, au moment où ce prince se rendait à Rome pour faire valoir
l’art chrétien.
pour le système de M. Hope, des conditions qu’on chercherait vainement dans tous les autres, même dans ceux assez courts du moine Ratchis 1 et d ' Astolphe, qu’on voit en butte à la fois à l’empereur, au
ses droits sur les duchés de Spolète et de Bénévent , et pour châtier l’exarque Eutichius , Grégoire Iï, ne doutant pas qu’un appel à la piété de Liutprand ne fît taire son ambition, sortit intrépidement de la ville pour aller à sa rencontre au champ de Néron , et que, dans une courte entrevue, l’évêque de Rome parvint à changer les dispositions du roi lombard , qui embrassa ses genoux , renonça à toute hostilité , et suivant le saint père dans la basilique du Vatican , y déposa comme don aux tombeaux des apôtres , son manteau royal , ses bracelets, sa cuirasse, son poignard , son épée dorée, sa couronne d’or, et sa croix d’argent.
Plus tard, en 742, le pape Zacharie, animé de la même confiance dans son autorité spirituelle et dans les dispositions du roi des Lombards , et désireux , comme ses prédécesseurs , de maintenir le repos des états circonvoisins , et de conserver le contrepoids impérial dans l’exarchat, dont les évêques de Rome n’osaient pas encore ambitionner la possession , alla trouver Liutprand à Narni (à seize lieues de Rome), et en obtint la restitution de quatre villes , que les Lombards occupaient depuis deux ans , et la garantie de la possession par l’Église du patrimoine de saint Pierre , bien circonscrit alors. L’année suivante, à l'occasion des préparatifs de guerre que faisait Liutprand contre l’exarchat , le même pape se rendit à Pavie, y célébra la messe dans la basilique de Saint-Pierre au ciel d’or, dîna avec le roi , et en reçut un très bon accueil , sans toutefois avoir été , dit l’historien, complètement heureux dans sa mission politique, qui ne précéda que d’un an la mort du roi lombard.
• Après avoir donné de grandes preuves d’intrépidité et de vaillance personnelle comme duc de Frioul , en abattant, de sa masse d’armes , faute de temps pour saisir sa lance , un chefd'Esclavons rebelles, Ratchis, élu roi par les Lombards à la mort de Liutprand, quitta volontairement son trône au moment même où il s’efforçait d’en consolider et d’en agrandir la base. Ayant des sujets de plainte contre les villes italiennes dépendantes encore de l’empire, il courut, à la tête de son armée, mettre le siège devant Pérouse; mais le pape Zacharie, inspiré de l’exemple de saint Léon , vint l’y trouver, escorté de saints et notables personnages, et parvint, non seulement à désarmer sa vengeance, mais à le décider à suivre l’exemple récent de Carloman, qui avait abandonné les grandeurs pour s’enfermer dans un cloître. Le triomphe de l’éloquence de Zacharie fut complet , car, tandis que Ratchis allait rejoindre Carloman dans le monastère du Mont-Cassin, ravagé en 583 par les Lombards , et restauré en 718 par Grégoire II , sa femme Tasia et sa fille Rotrude, imitant sainte Scholastique , fondaient dans le voisinage , à Piombaruola , un monastère de vierges où elles consacrèrent leur vie à Dieu ; mais il faut que Ratchis ait moins écouté sa vocation réelle que l’exaltation du moment, puisqu’en 756, à la mort de son frère Astolplre, il sortit de son convcnt , et vint, en habit monastique, revendiquer à la tête d’une armée ses droits au trône, exemple que suivit plus tard notre duc d’Aquitaine Ilunald , qui, retiré alors depuis 745 dans un monastère de l’île de Ré, sortit de son cloître au bout de vingt-trois ans, et reprit son épouse et ses états , que Charlemagne le força de quitter pour toujours. L’intervention du pape Étienne III en faveur de Didier, dont la soumission semblait offrir plus de garantie au saint-siège que l’effervescence guerrière de Ratchis, mit