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» gueur et arbore enfin sur les ruines du Capitole la bannière de la » croix. » Telle fut en effet la marche ascendante du christianisme dont la position, l’intérêt même , aux époques de silence et & obscurité dont nous nous occupons maintenant , excluaient toutes manifestations d’art qui ne purent tout au plus se produire que plus tard, mais dans le silence de la mort, dans Y obscurité des Catacombes.
Remarquons d’ailleurs, avec le même Gibbon (t. III, p. 162), Sulpice-Sévère(i 1 . 3i) et Eusèbe (. Hist . Eccl. , 1. iv, c. y), « que les » quinze premiers évêques de Jérusalem, furent tous des juifs cir- » concis et que la congrégation à laquelle ils présidaient unissait la » loi de Moïse avec la doctrine de Jésus-Christ-, » circonstance qui, en même temps qu'elle justifie l’origine naturelle que nous avons assignée à l’art chrétien , en tant qu’il se serait exercé dès cette époque, expliquerait aussi le retard de sa culture chez les Nazaréens, restés soumis aux préventions résultant de l’interprétation de la loi de Moïse.
Notre opinion sur la durée de ce retard, différant essentiellement de celle exprimée par l’imposante autorité des premiers historiens des Catacombes, on nous permettra de la motiver par d'autres justifications historiques puisées tant chez les grands écrivains contemporains, que dans l’histoire des persécutions religieuses. Nous partirons de ce point à peu près incontesté que, même en Orient, patrie de l’art en général, berceau du christianisme et principal théâtre sur lequel l'apôtre des gentils déploya son zèle et sa piété, l’art ne fut pour rien dans les moyens de séduction du nouveau culte, émancipé pourtant sous ce rapport par le silence de son législateur -, et que les pratiques occultes ou publiques du christianisme , dans les autres parties de l’empire et surtout à Rome, ne purent alors tendre à lutter d’éclat ni même de formes avec celles si pompeuses alors du polythéisme • l’état de misère , de privations, d’ascétisme et d’abnégation de soi-même 1 où vivait le troupeau de ce
1 Voir Lactance ( Instit . div., 1. vi, cap. xx, xxi et xxii); Tertullien, de SpectacuUs (chap. xxm), saint Clément d’Alexandrie, Pédad. (1, ni, chap. vin). Tertullien surtout, qui parlait aux Chrétiens avec l'autorité que Moïse exerçait sur les Hébreux , condamne indistinctement tout ce qui tient à la sensualité et même aux soins de toilette , depuis l’usage des spectacles, des instrumens de musique, des vases d’or et d’argent, jusqu’à
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premier pasteur , pontife sans siège évident , ne comportant pas de telles démonstrations.
Ainsi conduits au temps de la première persécution ( de Néron ), yoyons d’abord si le sol de la ville éternelle peut, comme l'afïirment les grands explorateurs des Catacombes, recéler des témoignages de l'exercice de l'art, par les Chrétiens, à cette époque meme ; et pour n'avoir pas à argumenter sur des dates qu’on ne précise pas autrement, et que quelques écrivains rejetent à la fin du beau siècle , ce qui doit s’entendre de celui d’Auguste , allons plus loin, en poursuivant nos premières recherches jusque et compris le premier siècle de Jésus-Christ.
Sans doute les tortures et les supplices auxquels Néron, incendiaire de Rome, voua la secte presqu'inconnue des Chrétiens, dans son besoin cl’assouvir sa cruauté sur des êtres sans défense , et pour donner le change sur les causes de cet incendie même 1 , auraient
celui de se faire la barbe. C’était, selon lui , autant de tentations impies pour perfectionner les ouvrages du créateur. Les travaux d’art se trouvaient donc, à ce dernier titre, nécessairement compris dans l’anathème du missionnaire africain.
i Pour détruire les bruits infamans qui lui attribuaient un événement dont souffrait toute la population de Rome , dit Tacite, à l’occasion de l’incendie de cette ville que Néron brûla publiquement dans un but d’art , si l’on en croit Suétone ; « quasi offensus deformii) tateveterum ædificiorum et angustiis flexurisque vicorum, incenditurbem tam palam...» Ce tyran chercha des coupables et fit souffrir les plus cruelles tortures à de malheureux abhorrés par leurs infamies, « quos per flagitia invisos, » qu’on appelait vulgairement Chrétiens (Tacite était très jeune alors, il aura recueilli la tradition des bourreaux sans examen ; la preuve s’en tire du langage tout opposé que tint à leur égard , tout en les persécutant, son ami Pline le jeune). « Le Christ, qui leur donna son nom, ajoute l'historien, » avait été condamné au supplice sous Tibère, par le procurateur Ponce-Pilate, ce qui ré- » prima pour le moment cette exécrable superstition ; mais bientôt le torrent se déborda de » nouveau , non seulement dans la J udée, où il avait pris sa source , mais jusque dans Rome, » même où viennent enfin se rendre et se grossir tous les égouts de l’univers. On commença » par se saisir de ceux qui s 'avouaient chrétiens; et ensuite, sur leurs dépositions, d’une » multitude qui fut moins convaincue d'avoir incendié Rome que d&hair le genre humain; « et à leur supplice on ajoutait la dérision; on les enveloppait de peaux de bêtes pour les » faire dévorer par des chiens; on les attachait en croix , ou l'on enduisait leur corps de ré- 3> sine , et l’on s’en servait la nuit comme de llambcaux pour s’éclairer. Néron avait cédé, v pour ce spectacle, ses propres jardins (situés, comme l’indiquent Anastase, Nardini et 3) Donatus, sur l’emplacement qu’occupe aujourd’hui Saint-Pierre); et dans le même temps 3) il donnait des jeux au cirque, se mêlant parmi le peuple , en habit de cocher , et conduisant 3> des chars. Aussi, quoique coupables et dignes des derniers supplices, ces Chrétiens exci-
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pu suffire pour précipiter leurs frères, privés d’ailleurs de leurs abris, dévorés par F incendie, dans les excavations produites par l'exploitation monumentale de Rome païenne -, mais un passage de Suétone, que nous n’avons pas encore vu citer dans cette question, nous semble la résoudre contre l’opinion italienne sur l’occupation exclusive , du moins à cette époque, des mêmes Catacombes par les Chrétiens persécutés. Cet historien, contemporain de Tacite et de Pline, et renommé surtout par cette précision dans ses récits qui lui a valu le titre cC anecdotier, dit positivement , au sujet de la catastrophe qui motiva cette première persécution : L'incendie dura six jours et sept nuits , le peuple était retiré dans les tombeaux : « per sex dies septemque » noctes ea clade sævitum est, ad monumentorum bustorumque diver- » siora plebe compulsa (chap. xxxvm). » Or ces sépulcres, assez spacieux pour contenir une grande partie de la population de Rome, ne pouvant être autres que la Rome souterraine connue depuis sous le nom de Catacombes, est- il supposable que pendant le séjour nécessairement prolongé qu’y firent les incendiés jusqu’à la reconstruction de leurs foyers domestiques, les Chrétiens, persécutés à raison de ce fait même, soient venus prendre gîte près des victimes de ce désastre, et dans des lieux qui , à raison même de cette occupation publique , n’auraient pu les soustraire à la rage des bourreaux 1 ?
A cette considération applicable aux quatre années que dura encore le règne de ce tigre , dont la férocité capricieuse borna cependant cette mesure à l’enceinte de sa capitale, se joint, selon nous,
» taient de la compassion comme victimes immolées moins au bien public qu’au passe- » temps d’un barbare (Annales, 1. xv , chap. xliv). » Suétone se borne à dire (chap. xvi) : » Néron sévit contre les Chrétiens, espèce d’hommes livrés aux superstitions et aux » sacrilèges : afflicti suppliciis Ghristiani, genus hominum super stitionis novœ acmale/icœ.» Les détails donnés par Tacite et confirmés par la chronique d’Eusèbe, par Viguier, par Baronius, etc., prouvent l’intensité de la première persécution, mais seulement comme punition d’un crime présumé dont la population païenne avait fini par absoudre les Chrétiens, ce qui dut rendre cette persécution temporaire.
i Lemêrne Suétone nous apprend que Néron , si bien servi, ainsi que tous les tyrans, par le zèle sanguinaire de ses limiers, avait une connaissance personnelle de ces sortes de refuges comme n’offrant qu'une alternative de supplice : lorsque Phaon, son affranchi, lui proposa, dans sa fuite, de se cacher dans un arénaire: « ut intérim in specum egestæ arenæ con- « cederet. » Le lâche lui répondit qu’il ne voulait pas s’enterrer vivant : « negavit se vivum » sub terram iturum (chap. xlviii). »
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cette réflexion non moins naturelle : que les Chrétiens pouvant alors opter entre un exil à l’air libre et une sépulture vivante sous le glaive de leurs bourreaux , ne durent habiter que temporairement des cavernes alors impraticables , privées d’air , de jour et de moyens secrets de contact avec le dehors pour les besoins alimentaires , et que ce ne put être que lorsque des édits étendus à tout l’empire les privèrentde tout autre refuge, qu’ils s’y ménagèrent des réduits cachés, mais du moins praticables, en chargeant de ce soin des néophytes , pour lesquels le titre de fossor formait le premier degré du sacerdoce. Ces quatre années de tempêtes passagères auraient-elles suffi d’ailleurs, en partant de ce point, pour les travaux de toute nature de la seule catacombe de Sainte-Priscille, que X inventeur Bosios, on publicateur Aringhi , Bottari , Boldetti et d’Agingourt lui-même, font remonter à cette époqne? nous ne pouvons le croire. Nous trouvons d’ailleurs d’autres motifs de nous ranger au moins à l’opinion de M. Raoul Rochette , qui rejette bien au-delà de ce temps les premiers exercices d’art des Catacombes, dans les appréciations historiques qui vont suivre et dans nos aperçus spéciaux réservés pour la note B.
L’iniquité , trop évidente d’après Tacite lui-même , du massacre ordonné et exécuté sous les yeux de Néron, et le courage héroïque de ceux qui s’avouèrent Chrétiens, c/ui fatebantur ( preuve manifeste qu’alors, en 66 , leur culte n’était pas public ), concoururent puissamment, comme le prouvent les lettres de Pline etdeTrajan , à dissiper des préventions comme celles qu’expriment Tacite et Suétone: des doctrines professées en présence de la mort même, trouvant toujours au moins des admirateurs. Aussi plus les Chrétiens animés de cette ténacité religieuse que le peuple juif montra de tout temps et conserve encore aujourd’hui, se montraient avides des palmes du martyre, plus leurs rangs se gonflaient d’émules de leur gloire; et bientôt cette secte obscure et méprisée, grandie par ses persécutions même, conquit dans l’état une puissance morale, fondée sur des vertus depuis longtemps bannies de Rome ; car il est grand le contraste qu’offre la peinture des mœurs païennes de ce siècle, due à ses plus habiles écrivains, et le tableau des austères pratiques de ce troupeau du bon pasteur, uni dans ses angoisses comme dans ses béatitudes, épars pour offrir moins de prise à l’orage, mais si facilement
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rallié à la voix de ses guides, et qui, loin de trembler comme la population païenne , aux signes précurseurs de dissolution de l’empire, jouissait de l’attente du grand cataclysme prédit par saint Mathieu 1 , et confiant dans une vie future où chacun serait traite selon ses œuvres , semblait ne voir dans les épreuves, de celle-ci, dans ce royaume qui, pour lui aussi, n était pas de ce inonde , qu’un passage pour gagner la Jérusalem céleste 2 , véhicule inconnu du paganisme, et d’un très puissant effet pour le prosélytisme, dont le progrès, de plus en plus menaçant pour la religion de l’empire, engendra les autres persécutions.
> Le xxivc chapitre de saint Mathieu sur la ruine de Jérusalem et sur la consommation du siècle qui finit lors de la persécution de Trajan , fut alors interprété dans le sens littéral de celte dernière prédiction , d’autant que le verset 9 : « Alors on vous livrera aux ma- « gistrats pour être tourmentés, et on vous fera mourir; » semblait, par sa réalisation, amener la conséquence prédite au chapitre xxix : « Aussitôt après ces jours d’afflictions, le }> soleil s’obscurcira , et la lune ne donnera plus sa lumière ; les étoiles tomberont du ciel , » et les puissances des cieux seront ébranlées. »
Rassurés par la poursuite de la marche des astres , les interprétateurs de prédictions ajournèrent celte catastrophe à la consommation du Xe siècle en s’appuyant d’un passage nécessairement obscur de l’Apocalypse et de ce texte de l épîtrede saint Paul aux Thessaliens,qui tend à nous mettre en garde contre toute surprise : « Le jour du Seigneur doit venir comme un « voleur de nuit; lorsqu’ils diront : Nous voici en paix et en sûreté, ils se trouveront surpris » tout d’un coup, par une ruine imprévue, comme l’est une femme grosse, etc. » De là les pieuses terreurs de 1 ’an mil , et la longue suspension de stipulations pour l'avenir et de travaux durables qui amena, comme nous chercherons à l’établir au chap. iv, le renouvellement presque complet de l’architecture chrétienne, tombée de vétusté sous l’influence de cette panique.
2 11 suffira sans doute que nous reproduisions ici deux des nombreuses descriptions de cette cité idéale, qui , par ce dernier motif même, aurait pu fournir matière à tant d’autres. Les versets 20 et 21 du chap. xxm d’Isaïe, portaient: « Considérez Sion, cette ville consacrée » à vos fêtes solennelles, vos yeux verront Jérusalem comme une demeure comblée de » richesses, comme une tente qui ne sera point transportée ailleurs; les pieux qui l'atfer- » missent en terre ne s’arracheront jamais, et tous les cordages qui la tiennent ne se rompront )> point. Le Seigneur ne fera voir sa magnificence qu’en ce lieu-là ; les eaux qui y couleront » auront un canal très long et très spacieux, etc.; » mais l’Apocalypse de saint Jean ('chap. xxi et chap. xxu) enchérit de beaucoup sur cette description, en nous montrant celte ville « d’un v or pur, semblable à du verre très clair, bâtie en carré, de 12 mille stades sur chaque )> face avec une muraille de 140 coudées, bâtie de jaspe , et dont les fondemens seront ornés » de toutes les pierres précieuses qu’admettent la nomenclature minéralogique et le manuel » du lapidaire; les douze portes composées chacune d’une seule perle, etc. » L’apôtre, au surplus, ne place pas de temple dans cette Jérusalem spirituelle, « le Seigneur Dieu, et j) l’agneau tout puissant étant le temple. » Le soleil y est également remplacé par » la gloire 3) de Dieu qui l’éclaire seule , » et la lune, « par l’agneau, qui en est la lampe. »