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neveu 1 , le châtiment infligé à d'anciens amis de son père, tels que Thêodulfe % accusaient plutôt sa faiblesse que la conscience d'un
» quasi très clypei in unum conjuncti » (ce qui confirme l’opinion que ces trois boucliers réunis formaient une sorte de mappemonde) : « Ipsam sibi retinuit ob amorem patris et » tamen eam alio pretio redemitquod pro paire tradidit (apud Duch. , t. II. p. 277).»
Les traditions historiques sur les filles de Charlemagne sont assez confuses; et il n’est pas jusqu’à Mabillon qui ne mette en doute, par exemple, si Giselle, abbesse de Chelles, était soeur ou fille de ce prince, ou si deux princesses du même nom, parentes à ces divers degrés, n’eurent pas successivement la direction de cette abbaye , très voisine de Paris, ainsi que celles d’ Argent euil et de Farmoutiers en Brie , confiées également à Théodrade et à Hiltrude , filles de Charlemagne, à qui la concentration d’une partie de sa famille vers ce point dut fournir l’occasion de fréquens séjours dans notre capitale, que paraissent d’ailleurs, comme nous l’avons dit, avoir habité deux autres de ses filles, correspondantes d’Alchuin, et qui le priaient de leur envoyer de Tours , « ubi tune degebat Albinus, » certains commentaires attendus avec impatience « ad Parisiacum civitatem. »
Il faut donc exclure des princesses contre lesquelles sévit la rigueur fraternelle de Louisle-Pieux, d’abord Rotrude, la fiancée de Constantin Porphyrogenete, morte en 810; sans doute aussi les trois saintes abbesses, puis Y herculéenne Emma, femme , dit-on , du secrétaire-chancelier de Charlemagne; puis encore Berthe, la douce compagne, légitime ou non, de Y abbé de Saint-Riquier , qui , selon Mabillon (Ann. Benecl., t. II, p. 280) , se serait retirée, dès 791, avec Angilbert, dans le monastère de Centule, « cum marilo » Cenlulamse recepit ;» ce qui réduirait nécessairement à un assez petit nombre celles de ces princesses entachées d’infamie, « ob sinistram formata palalio exire compulsœ , » poursuivies par la violence peu charitable du saint empereur, leur frère.
i L’italie, si longtemps reine du monde, entrevit sans doute dans l’avènement à l’empire d’un prince faible comme Louis, l’occasion de secouer enfin sa dépendance : c’est du moins le motif qu’on assigne par exemple à la complicité dans la révolte de Bernard, de l’évêque d’Orléans, Thêodulfe, goth d’origine, mais Italien (d’autres disent Espagnol) de naissance, et aux menées d’Adalhard et de Wala, conseillers du jeune prince. Il dut être facile d’ailleurs de démontrer à Bernard qu’en qualité de fils d’un frère aîné de Louis, il pouvait s'affranchir de la domination de son oncle ; mais son soulèvement qu’avait précédé une première soumission «et fidelitatem ei cum juramento promisit » (Thegan. c. 12) fut intempestif. Le prestige de la volonté de Charlemagne et de la force de ses armes durait encore, et la crainte d’un châtiment qu’il n’évita pas, détermina Bernard à déposer les armes. Condamné à mort, d’après ses aveux mêmes, il eût été gracié par Louis , mais Ilermangarde, femme de Lothaire, qui convoitait, dit-on, pour son fils, le royaume d’Italie, obtint du moins qu’on lui crevât les yeux, « luminibus tantum jussit orbari, » supplice auquel il succomba, tandis que les trois évêques français, promoteurs de la révolte, méditaient dans l’exil les moyens de faire expier à l’empereur par une confession honteuse, et par une pénitence publique, ses actes de rigueur : tutti contra signi délia sua debolezza, comme le remarque Muratori.
2 Thêodulfe, déjà cité comme académicien, comme poète, comme constructeur de Germini et restaurateur du monastère de Mici, fondé par Clovis, et à qui Muratori donne pour mobile dans ce complot l’amour de la patrie , « sedutto forse d’ail amore verso l’Italia,
l’art chrétien.
droit qu’il n’eût sans doute pas osé exercer envers des ennemis plus redoutables.
Telle était cependant la forte contexture de cette unité rêvée par Charlemagne, que, bien que d’autres complots, très indépendans de la trame italienne, menaçassent en même temps de troubler le repos du monde 1 , l’ombre seule de ce prince en planant sur son œuvre
» sua patria, » fut retenu prisonnier à Angers, tandis que les autres évêques expiaient l’insuccès de leur projet dans les monastères de Noirmoutier et de Corbie. Théodulfe, qui avaitperduparlefaitdesa condamnation l'abbayede Saint-Florent, etc., obtint, vers 821, sa liberté et sa réintégration dans tous ses biens et honneurs. Le Mirouer historial raconte ainsi (feuillet 76) la circonstance à laquelle il aurait dû sa grâce: « Advint que le jour » du dimanche des palmes , qui vulgairement est appelé Pasques flories, vint audit lieu « d’Angiers ledit Loys empereur; et comme environ la maison en laquelle estait détenu » icelluy évesque, la procession passât ce jour silence faicte, présent ledict empereur, icelluy » Théodulphe par la fenestre de la dicte maison chanta ses très beaulx vers par luy faits, » que depuis à ce jour ont esté toujours chantés en France, desquels le commencement » est tel : Gloria , laus et honor ; c’est à entendre : Gloire, louange, et honneur soit à » toy, roy Jésus-Christ rédempteur, auquel les enfants en son a dvènement en Jérusalem, » avant sa passion, feirent cest honneur qui lui dirent ce mot ébraïque osanna, qui, selon » l’interprétation de sainct Ifiérosme, vault autant à dire comme ; obsecro salus, et est à » entendre par le piteux osanna, nous te prions, saulve-nous ; par lesquels vers le débon- » naire empereur Loys fut amolly, et incontinent commanda que ledit évesque fût mis hors » des liens en quoy il estait lors détenu, le reprint en sa première grâce ; mais en retouri) nant à Orléans il fut fait mourir par venin. » Cette mort immédiate contredirait la tradition, qui nous montre un don fait en action de grâce de la délivrance de Théodulfe, dans le manuscrit à miniatures envoyé par ce prélat à Notre- Dame-du-Puy en Yelay.
Ce manuscrit, conservé dans cet évêché, et que possède, dit-on, monseigneur l’archevêque de Lyon, contient l’Ancien Testament, la chronographie de saint Isidore et autres pièces. Une partie est écrite sur vélin blanc, en lettres noires, rouges, ou d’or, l’autre sur vélin pourpre, en lettres d'or et d’argent, avec ornemens de style byzantin.
j L’Orient, les Sarrasins mêmes semblaient n’attendre que le signal de la mort de ce grand modérateur politique et religieux pour se livrer à de nouveaux excès, selon cette remarque de Muratori ( Annali , t. IV, p. 492), sur la dévastation de Jérusalem en 814 : « pel rispetto che portavano a si potente e temuto monarcha, tacquero fin chè egli visse; » maudita la sua morta infuriano contra de, christiani ivi abitanti. » Rien ne servit donc à son successeur de posséder les clés du Saint-Sépulcre. De son côté, l’empereur grec Léon l’Arménien, en faisant abattre dès la même année 814, les images reproduites sous Irène, et sous Michel Rangabé, à qui l’on doit, comme nous l’avons dit, les portes de bronze de Sainte-Sophie, assurait à son usurpation récente l’appui des iconoclastes et préludait aux nouveaux désordres qu’amena ce schisme orageux et fatal aux artistes que l’empereur Théophile chassa en masse de ses états en 832 ; et ces nouvelles atteintes réagissant sur l’Occident, y suscitèrent aussi quelques troubles, Claxide Clément, évêque de Turin, ayant attaqué de front le culte et même l’usage des images.
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pouvait pourvoir à tout , aux tentatives des Danois, comme à celles des Sarrasins, aux mouvemens des Basques comme à la révolte des Bretons , si la discorde n’était venue chez nous comme en Grèce, sous le masque de beauté , miner et détruire cet édifice de gloire.
Immédiatement après la mort (8 1 8) de l’impératrice Ermangarde, qui dumoins n’eut pas le spectacle des horribles excès de ses fils, le saint empereur résolut de serrer de nouveaux liens, soitque selon son historien (l’Astronome) « timebatura multis, ne regni gubemaculavellet » relinqucrc ,» ou que plutôt il ait cédé, nouveau David, à l’aiguillon charnel, ce qu’indiquerait mieux le soin qu’il prit d’assembler pour son choix toutes les beautés de son empire: « undecumque adductas procerum filias mspiciens {Kslvow., c. 8o)-, mais ce choix, où le prince prouva plutôt son goût « pulchra nimis » {Annal. Metens. ) que sa raison , en le faisant tomber sur un eSajjpho loquax (Yalfridi versus), lui, prince si modeste, ne tarda pas à soulever de violentes tempêtes , signes précurseurs de celles qui bouleversèrent plus tard l’Italie sous le nom mis en relief par cet hymen 1 .
Nous n’avons pas à rechercher si la belle Judith encourut ou non par son inconduite ou par la légèreté de ses rapports avec Bernard, duc de Septimanie, les imputations alléguées comme prétextes des indignes traitemens dont elle fut l’objet et que ne partagea que trop son royal époux, bien plus digne en ce casde pitié quede haine, les historiens sérieux ne s’étant pas prononcés sur ces faits relevés seulement dans la chronique scandaleuse de quelques moines 2-, mais ce qu’on peut du moins juger, comme impliquant à la fois l’am-
i Accepit tiliam Velfi dueis, qui erat de nobilissimastirpeBavarorum (Thegan., c. 26) ; etMuratori observe à sujet (Annali, t. IV, p. 511) que ce Welf, qui n'était pas duc, mais noble comte et dont le nom équivalait à Guel.f dans le langage des vieux Italiens « i quali » voltavano l’w tedesco in Gv, corne costa in assaissimi altri nomi, « lut celui qui propagea » en Germanie l’insigne famille des princes Guelfes dont l’alliance avec la maison » d’Esle engendra la funeste faction des Guelfes, fameux compét iteurs des Gibelins. »
a Le moine Paschase ttatbcrt, dans la vie de Waia, l’un des chefs du complot Italien, formule contre Judith (lib. ii, c. 7) l’accusation directe d’un commerce criminel avec le comte de Barcelonnc, plus maître à la cour que le roi lui-même, et ne craint pas de donner c e sujet pour père à l’héritier du trône (à Charles-le-Chauve), ce qui fait dire à Muratoriquecet écrivain aurait eu quelque peine à prouver son imputation assez mal placée d’ailleurs sous une plume monastique. Le jugement de Dieu et l’épreuve du feu qui purifie tout auraient dû d’ailleurs effacer jusqu’aux traces de cette médisance.
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bition de cette princesse et la faiblesse de son époux, dispositions si fatales à la^" rance, c’est le soin funeste qu’elle prit, malgré la leçon de 83o, d irriter encore la jalouse cupidité de ses beaux-fils, en attribuant en 838 à Charles, déjà pourvu par un premier partage, le trône d Aquitaine, vacant par la mort de Pépin.
Déj à ce premier partage, juste concession aux droits héréditaires et à la sollicitude maternelle1 , avait allumé les premiers brandons de discordes dont les sombres lueurs, précédées d’unsinistre crépuscule % comme toutes les catastrophes de ces temps, éclairèrent
: La survenance d'un fils du secondât (Charles-le-Chauve, né en 823) ouvrait naturellement un nouveau droit dans le partage anticipé de l’empire entre ses trois frères : mais le moyen d’amener des princes déjà jaloux du partage de Lothaire et Lothaire lui-même, le plus ambitieux de tous, à se dénantir, pour constituer une dot au nouveau venu, que d’autres pouvaient suivre encore ? Aussi la proposition qui en fut faite, lorsque Charles eut atteint sa septième année, souleva-t-elle immédiatement l’opposition qui coûta plus aux copartageans que les justes concessions qu’ils eussent dû faire. — Belleforest, dans son style naïf, nous peint ainsi les quatre compétiteurs : Nos Atrides du IXe siècle, de meme que Clotaire et Childebert furent ceux du Vie, en traitant leurs neveux comme le fils de Thyeste; mais sans qu’ici le soleil ait reculé d’horreur pour n’être pas témoin de ces horribles faits. « De » quatre enfans que ce bon prince (Louis) avoit, les deux lui furent ingrats et rebelles : le » tiers comme neutre : mais le quatrième, nommé Charles , demeura en l’office de bon » enfant , tant pour être nourri en France et cour de son père, en son bas âge, que aussi » ressentant l’heur et félicité du nom, lequel il avoit commun avec son ayeul Charles- » le-Grand. » {Histoire des neuf rois Charles, pag. 84.)
2 Ce que nous avons dit de l’effet tout païen produit sur les populations chrétiennes par les phénomènes physiques qui semblèrent présager à l’Orient les fureurs iconoclastes, et à l’Occident la mort de Charlemagne , devient trop remarquable sous son fils, et d’un effet trop réel pour ce prince lui-même, malgré sa piété et sa science astronomique, pour que nous négligions d’en tenir note, et de montrer qu’en effet sous ce règne, et à chacune de ses phases marquantes, les élémenset tous les fléaux destructeurs semblèrent se conjurer pour porter de sanglans pronostics, tels que nous en verrons encore se reproduire plus de trois siècles plus tard, lorsqu’une éclipse de soleil de trois heures présagea, selon les chroniqueurs, la mort, en 1085, de Robert Guiscard et du pape Grégoire vii , voire même, disent-ils , celle de Guillaume-le-Conquérant, qui leur survécut deux ans.
Dès 815 : «Qui inter cætera, dit Eginhard {de Gestis Jod. /.), terræmotumgravissimum « per continuos v dies ibi contigisse retulerunt; quo et ipsius ædificia urbis complura » cecidisse, et aliarum civitatum populos ruinis oppressos esse testati sunt. SedetinGallia » Santonis civitas Aquitaniæ dicitur tremuisse. Rhenus fluvius, Alpinis imbribus auctus » ultra solitum exundavit. » ( Apud Duch., t. II, p, 2G0.)
En 817 : « Luna defecit et cometes in signo Sagittarii apparuit » (p. 261). On lit aussi dans le biographe Astronome : « que cette même année, au moment où l’empereur quittait » la basilique d’Aix-la-Chapelle pour se rendre dans son palais, le portique de bois par
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le complot parricide du Champ du Mensonge ; et ne s’éteignirent même pas dans les flots de sang français versé dans celui de Fohtenai.
» lequel il devait passer s’écroula sous les pieds de sa suite. » (Apud Duch., t. XI, p. 298.)
En 818, après l’exécution de la sentence contre Bernard : « eclypsis solis contigit »
En 820 , époque des premières attaques des Normands, après le mariage de Louis avec Judith (819) : « Propter juges pluvias et aerem liumore nimio resolutum magna incom- » moda contigerunt. Nam et hominum et boum pestilentia tam immaniter longe lateque » grassata est, ut vix ulla pars totius regni Francorum ab hac peste immunis et intacta » posset inveniri. Frumenla quoque et legumina imbriurri assiduitate corrupta, vel colligi » non poterant, vel collecta computrescebant, etc. » (p. 264).
En 821 : « Hyems in tantum prolixa successif et aspera, ut non solum minores rivi ac » médiocres fluvii, verum ipsi maximi amnes, Rhenus videlicet, ac famosissimi Danubius, » Albisque ac Sequana, cæteraque per Galliam atque Germaniam Oceanum potentia flumina » adeo solida glacie stringerentur, ut xxx vel eo amplius diebus plaustra hue atque illuc » comeantia velut pontibus vincta sustinerent, etc. » (p. 265).
En 823, à l’époque même de la naissance, si fatale à la France, de Charles-le-Chauve : « In Àquensi palatio terræ motus..., xxiit villæcœlesti igné concrematæ : et fulgura sereno » atque interdiu de cœlo cadentia : et in multis regionibus fruges grandinis vastatione » delatæ : atque in quibusdam locis simul cum ipsa grandinc veri lapides, iique ingenli » ponderis decidere visi. Domus quoque de cœlo tactæ, hominesque ac cætera animalia » passim fulminum ictu... secuta est ingens pestilentia atque hominum mortalitas, etc. » (p. 267). Et l’historien Astronome ajoute aux détails d’Éginhard, que ces prodiges ou signes apparens affectaient l’esprit de l’empereur : Qiuedam prodigiosa signa apparentia animum imperatoris sollicitabant , et que ce prince ordonna des jeûnes, des prières, des aumônes pour apaiser la divinité, convaincu qu’il était que ces calamités présageaient de grands malheurs (ibid. , p. 303).
En 829, peu de temps avant la révolte des trois frères : « Aquis-Grani terræ motus noctu » factus, ventusque tam vehemens coortus est, ut non solum lmmiliores domus, verum » etiarn ipsam sanctæ Dei genitricis basilicam, quem capellam vocant, tegulis plombeis » tectam, ex parte non modica denudarel » (p. 272). Ce qui constate bien que dès lors le plomb servait de toiture aux grands édifices religieux.
En 837, une comète qui parut dans le signe de la Vierge émut de nouveau la sollicitude de l'empereur, dont les remarques scientifiques et les craintes sont exposées dans le récit du biographe Astronome, qui traite ce sujet ex professa (ibid., p. 315), et dit expressément que Louis vit dans ce signe mutationem regni mortemque principis ; à quoi l’astronome en litre répond par ces paroles du prophète : « A signis cœli ne timuerilis quœ pavent » g ont es. »
En 838 : Sævus cometæ ignis in signoScorpionis apparuit... cujus minacem vultum non multo post excessus Pipini est subsecutus, dit (ibid., p. 316) l’historien Astronome, qui prouve ainsi sa foi personnelle dans ces sortes de présages.
Enfin , en 840, peu de jours avant la mort de Louis : « Deliquium solis contigit, tertia » die letaniæ majoris, insolite modo in tantum cnim lucis recessu tenebrie prævaluerunt,
» ut nihil à noctis veritate differre videretur, » au point que les étoiles brillaient, etc., phé-
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Ici s’offre à nos yeux le tableau le plus déshonorant peut-être, pour nos annales, de tous ceux, en grand nombre, dont l’ambition et la cupidité ont fourni le sujet - tableau qui, réduit aux proportions du genre, aux conditions de la vie privée, et meme dégagé de ses plus affreux épisodes, la révolte armée contre l'autorité d’un bon père et sa claustration forcée, a soulevé maintes lois sur la scène 1 horreur publique contre des enfans ingrats.
Pourvus à l’avance, par la générosité paternelle, de leur part héréditaire, Lothairc, Louis et Pcpin souffraient impatiemment Vidée du moindre partage, malgré l’incontestable droit du nouvel héritier j et formaient, dans ce but. de résistance, une faction dans 1 empire, factioiu///7//ie, diL l'historien Astronome, o h les grands entraînèrent les petits et qui se recruta, comme il arrive toujours, de tous les gens avides de changenicns et de proie , comme les chiens et les oiseaux carnassiers, gens dont le mal d' autrui constitue le bonheur ' .
Vainement ccs fils dénaturés n’avaient recueilli que la honte du premier soulèvement de 83o, opéré par les suggestions, mais pendant i’abseuce de ccs chefs 2 accourus au premier appel delà révolte dont
nomène que n'avait sans doute pas prévu le savant Astronome, puisqu’il en tire cette déduction qu’ autrement il eût dû pressentir : « Portendebatur enim per hoc maximum illud lumen » mortalium, quod in domo Dei supra candelabrum positum omnibus lucebat, piissimæ » recordalionis imperatorem dico, maturrimè rebus humanis subtrahendum, mundumque » ejus decessu in tenebris tribulationum relinquendum » (ibid. , p. 318).
Et cependant ce fut au milieu de ces sombres présages, communs du moins à une grande partie de l'Occident, que s’y fondèrent deux florissans royaumes : l’un, celui de Navarre (reste nominal, du moins jusqu’à nos jours), par le choix d'/nigo, premier occupant d’un trône où monta Charles-Quinte l’autre, bien autrement prospère et durable, par la réunion que lit (en 827) Egbert, roi de Wessex, de ce débris de YEptarchie avec les autres provinces de la Grande-Bretagne pour constituer le royaume d’Angleterre.
■ « Nam primum inter se primores fœdere quodain conjurant, deinde minores sibi » aggregant, quorum pars mutationis semper cupida, more canum aviumque rapacium, » qua alienum detrimentum suum quærunt fieri supletionis augmentum. » ( Ap. Duch.., t. II, p. 307.)
Saisissant l’occasion d’un mouvement de troupes vers la Bretagne et l'occurrence d’une sorte de mécontentement produit par les fatigues de leur marche, dans une saison rigoureuse, les chefs militaires du complot, au lieu de tendre au but, firent retluer une forte partie de l’armée vers Paris , ville importante dès lors , comme nous l’avons dit , centre d’action dans toutes les convulsions de cette partie de l’empire, et résidence au moins accidentelle des princes de cette époque , comme on peut le conclure de ce que dit l’historien Astronome, dans l'année >834 (ibid., p. 312), qu’après que Lothairc fut venu, suppléa ad
/art chrétien.
Paris était le foyer principal • vainement la diète de Nimègue, en rétablissant Louis et en rompant les vœux imposés dans le monastère de Poitiers 1 à Judith, purifiée d’ailleurs par sa double épreuve du gage de bataille et du feu % avait prouvé que le concours des états
patrem , Louis, quittant Blois , « Aurelianis usque pervenit, cura filio Ludovico, ibique }> tam filio quamaliisreditu ad propria indulto Parisius ipse venit ; » ce qui n’indique pas un simple passage et placerait un nouvel et sans doute avant-dernier hôte royal dans notre palais , bientôt après dévasté par les Normands. Ces mots d’Abbon , contemporain de Charles-le-Chauve , dans son poème sur le siège de Paris : « Ut regina micans omnes » super urbes , » suffiraient d’ailleurs pour assigner à Paris le rang qu’il occupait dès lors et que quelques modernes lui dénient , malgré les inductions à tirer de ce que disent les auteurs contemporains (Thégan et Ermold Nigell) des visites faites à diverses reprises par Louis-Ie-Débonnaire en 814, 818, à l’église de Saint-Etienne (alors cathédrale), et à celles de Saint-Germain-des-Prés et de Sainte- Geneviève de cette ville, et malgré les diplômes de ce prince pour le monastère de Saint-Germain-l’Auxerrois (voir Nouvelles Annales de Paris, par Toussaint-Duplessis, p. 132, 133, 134).
Pépin accourut le premier à l’appel de ses complices et fit conduire Judith, à qui Louis, retiré à Compïègne, avait assigné pour refuge le monastère de Laon, dans celui de sainte Radegonde de Poitiers, où elle fut contrainte de prendre l’habit religieux.
Louis ayant été assez heureux pour gagner du temps : « de attonsio porro sua irape- « rator tempus deliberandi poposcit , » ses partisans , près desquels il fit agir, déjouèrent le complot en provoquant et obtenant la réintégration de leur malheureux prince.
i 11 nous paraît assez remarquable que , par des circonstances sans doute fortuites , les deux grandes fondations de Clotaire et de sa femme Badegonde aient servi de lieu de séquestration à Louis-le- Pieux et à Judith , et que Lothaire soit allé mourir au monastère de Prüm , qu’il avait assigné pour prison, en 833, à son frère Charles-le-Chauve.
a Ce dut être plutôt dans l’intérêt de la dignité royale que par une jalouse méfiance , qu’un prince du caractère de Louis soumit l’épouse de son choix , qui exerçait sur lui un souverain empire , aux épreuves toujours chanceuses du jugement de Dieu et du feu. Heureusement , pour tous deux peut-être , qu’aucun adversaire ne releva le gage de bataille lancé par le champion de la princesse, pour laquelle l’épreuve du feu , plus redoutable peut-être qu’elle ne le parut à Cunégonde , femme de saint Henri , ne fut peut-être pas non plus des plus rigoureuses , le fer chaud béni employé pour cet usage étant confié à certaines congrégations religieuses plus en sympathie sans doute avec l’impératrice qu’avec ses accusateurs.
Ces modes, très hasardeux, de distinguer la vérité de l’erreur et d'administrer la justice, inspiration de la foi et de Vignorance chrétienne, comme l’observe Muratori dans sa dissertation ( de antich. Diss. , 38 ) , naquirent avec le moyen âge et vécurent toute sa durée , puisqu’on les retrouve encore au XVe siècle , comme nous allons en administrer la preuve. C’est donc ici l’occasion de présenter un aperçu d’ensemble sur leurs genres , espèces et variétés. Le jurement , auquel Judith fut soumise, paraît avoir été la première épreuve en usage : celle-ci du moins ne pouvait blesser que la conscience. Muratori cite à cet égard un fait mentionné par saint Augustin, sous l’année 404 : le jurement, « sacramentum » , se
l’art chrétien.
n'était pas acquis à l usurpation subreptice de fils trop tôt comblés
prononçait devant les tombeaux ou reliques des saints ; et il y avait même des localités spéciales, telles que le sépulcre de saint Félix à Nola, qu’on considérait comme particulièrement redoutables au parjure. On laissait à Dieu , juge de nos actions , effroi du pécheur, vengeur de l’innocence, le soin de le révéler par quelque prodige , et dans ce cas la punition suivait. Pour surcroît de garantie, les lois lombardes exigèrent, en cas de prévention, une sorte de conjuration entre l’accusé et des témoins nommés sacramentaires, qui se rendaient solidaires de son innocence , d’où vint la locution de cette époque : « Jurer par quatre » mains , par cinq mains , etc. » On jura ensuite sur les Saints Évangiles , purgation canonique restée en vigueur presque jusqu’à nos jours, et qui, comme les autres juremens, était précédée de l’administration du saint-viatique.
Mais, dans le doute que laissait à certains esprits l’effet de ces purgations si douces , la justice civile , considérée alors comme autorité Vulgaire , en créa d’autres moins faciles à braver, auxquelles s’applique surtout le nom générique de jugement de Dieu. Telles étaient les épreuves de Veau froide, du pain et du fromage bénis, de Veau chaude, du fer rouge, de la croix , du passage par le feu et du duel.
L’épreuve de Veau froide, non celle transformée plus tard en torture par le même moyen , mais l’immersion en plein fleuve , judicium aquce frigidæ , était pratiquée au VIe siècle, comme le prouve ce que dit Grégoire de Tours (de Gl. Martyr.) de deux femmes accusées d'adultère, et dont l’une fut déclarée innocente comme ayant surnagé , on ne dit pas dans quel sens. Dans la loi lombarde de Lothaire Ier, c’était au contraire l’accusé que l’eau refusait d’engloutir qui était considéré comme coupable, contradiction qui supposait au souverain juge deux poids et deux mesures , dont la dernière eût compromis la vie de l’innocent , si , comme on en juge par une citation de D. Martenne, l’immersion ne se fût faite à la corde et de manière à ne pas lancer le plongeur, coupable ou non, dans une impénitence finale. « Conligatos fune in aquam fuisse demissos, ne si innoxios aqua reciperet, ii periclitarentur. » ( Hincmar, in opusculo XXXIX , de judicio aquæ frigidæ. ) Il resterait alors à concevoir comment on pouvait trouver des coupables, puisqu’il suffisait pour s’absoudre de s’abandonner au courant. Une conclusion différente pourrait cependant se tirer notamment de cette citation de Mabillon, sous l’année 1030 (Ann. Bened., t. IY, p. 335 ) : « Tulerunt sibi de plateis unum parvulum ; quem resticulâ vincientes , pro- » jecerunt in stagnulum , probaturi an mergeretur ; quod suæ causœ prœjudicium e sset : » at ubi eum viderunt in aquam non preceptum , mox etiam manus dederunt. »
Le judicium panis est encore plus inexplicable pour nous , qui ne pouvons concevoir, d’après la consommation quotidienne de pain béni chez des gens rien moins que dignes souvent de ce saint aliment, qu’il existât des estomacs assez rebelles à cette nourriture pour risquer un châtiment public plutôt qu’une indigestion.
L’épreuve de l’eau bouillante , « judicium aquæ ferventis , » qui consistait à laisser sa main pendant un temps donné dans ce liquide en ébullition , et qu’on voit appliquer dès le VIe siècle (Grégoire de Tours, de Gl. Martyr., 1. 1, ch. lxxxi), était bien autrement cruelle et devait peu différer de celle du fer rouge béni , « judicium ferri candentis , » dont triompha Judith. Ce dernier supplice, auquel une main de fer semblerait seule pouvoir résister, à moins d’intervention céleste, avait lui-même une grande analogie avec celui des vomeres candentes ( socs de charrue rouges ) , sur lesquels l’accusé devait marcher pieds