‹ Les arts au Moyen AgeChapitre 43 sur 49 · I. ART CHRETIEN · texte numérisé non relu

I. ART CHRETIEN

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et pervers tentassent de nouvelles chances dans un complot mieux

certains exaltés; témoin l’assaut de ce genre donné à Florence en 1498, entre frère François de Pouille, défenseur de l’infaillibilité papale, et les ardens soutiens de la doctrine de Savonarolla , frères Dominique et Silvestre, bientôt réduits par un fanatisme trop vivace longtemps encore, en France même , à subir ce supplice avec leur illustre maître, sans autre échappatoire que le jet de leurs cendres dans l’Arno.

Pour prouver enfin que ces épreuves diverses s’appliquaient indistinctement à tous les cas litigieux, nous citerons ce que dit Montfaucon ( Monarch . Fr., t. 1 , p. 278) des trente hommes envoyés, en 876, à Charles-le-Chauve par son neveu Louis, et dont dix subirent le témoignage de Veau froide , dix celui de l’eau bouillante, et dix celui du fer chaud, pour prouver que leur prince n’avait pas manqué à la foi des traités. Malgré le succès des épreuves, Charles se borna à accorder une surséance d’armes, à l’échéance de laquelle sa mauvaise foi fut punie par la défaite d ’Andernac.

Le duel judiciaire (duellum seu monomachiam) fut la plus solennelle, la plus fréquente et la plus durable de toutes ces épredves. Muratori, qui fait une juste distinction entre les combats corps à corps, si communs dans l’antiquité même, et ces sortes dejugemens de Dieu , où la pureté de conscience et l’intervention céleste devaient assurer le triomphe de la faiblesse sur la force , de l’inhabileté sur l’adresse , fait remonter la consécration en France de cet usage , déjà introduit chez les Barbares, à une loi de Gondebaut , roi de Bourgogne , prince arien et mort tel , qui occupa une partie de la Gaule en 509 ; loi portant (titre 35) que si quelqu’un refusait le serment exigé, « adversarium suum veritatis » fiducia armis dixerit posse convinci, pugnandi licentia non negetur ; » mais, pour être entachée d’arianisme et de barbarie , cette loi n’entra pas moins pendant près de dix siècles dans les Codes de nos princes les plus chrétiens, à dater même du règne du pieux Contran, à qui Gontran-Boson , accusé d’un crime , répond : « Si quelqu'un, mon égal, m’en accuse » en secret, qu’il se présente.... ô très pieux roi , remets l’affaire au jugement de Dieu , » afin qu’il décide, en nous/voyant combattre en champ clos (tu, orex piissimè, ponens hoc » in Dei judicio , ut ille discernai cum nos in unius campi planitie viderit dimicare). » (Grég. Tur., 1. vu, ch. xiv.)

On voit en effet tous nos rois, jusqu’au XVe siècle, même dans l’établissement des franchises communales qu’il dépendait d’eux de maintenir ou de restreindre, imposer le combat comme moyen judiciaire en matière criminelle ou civile. Louis-le-Jeune fut le seul qui prit sur lui de l’interdire pour les procès au-dessous de cinq sols ; et ce qui prouve que cet usage tenait à des habitudes de localité difficiles a extirper, et que nos plus grands rois craignaient de heurter, c’est qu’on voit Charles V ( le Sage ) confirmer en 1370 les dispositions des privilèges de Tournai, qui, par exception, interdisaient le duel , et approuver deux ans plus tard les coutumes de la ville de Clermont d’Ârbonne, qui prescrivaient sous certaines peines le duel judiciaire en cas de litige.

Dans l’époque dont nous nous occupons ici, on trouve un grand exemple de ces sanglantes solennités, qui se reproduiront dans tout le cours de notre exploration du moyen âge. C’est Ermold Nigell, l’un des historiens de Louis-îe-Pieux, qui en a tracé le tableau reproduit par Muratori ( Rer. liai., t. II, part, ii ) , en nous montrant Sera, comte de Barcelonne, aux prises avec Sanilone , qui l'avait accusé de félonie et de perfidie envers le roi. Le combat livré en 820, à Aix-la-Chapelle, eut lieu à cheval, selon l’usage des Goths, nation à laquelle

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ourdi et dont le nom seul du C kamp du Mensonge 5 consacre à jamais les honteux accords -, et que de nouvelles violences vinssent (en 833)

appartenaient les deux combattans , et en présence de toute la cour et de l’empereur luimême, qui s’était d’abord refusé à l'autoriser autrement qu’à pied, more Francorum. Le cercueil destiné à la victime faisait partie, suivant un usage consacré, des ornemens de la fête ; mais il resta sans emploi , l’empereur ayant sauvé la vie au comte, qui fut blessé et ne perdit que son honneur. Malheur aux vaincus !

Ce combat eut lieu à la lance et à l’épée; mais Ses rois franks de la seconde race, avares du sang de leurs sujets, substituèrent à ces armes meurtrières, comme le prouve Muratori en citant des lois de Louis-le-Pieux et de Lothaire Iei , le bâton et le bouclier, moyens ignobles encore en usage en 1036, comme on le voit pour ce démélé entre le vicomte Haimeric et l'abbé Théodoric sur le prix d’un cheval de cent sous : « Paratus aut calidi ferri judicio, » secundum legem monachorum , per suum hominem probare , aut scuto et baculo secun. » dum legem sæcularium, defendere » [Ann. Bened., t. IV, p. 379). Bientôt après celte époque il fut fait justice de ces ignominieux combats par la chevalerie, qui ne fut pour rien, quoi qu’on ait dit, dans l’établissement de ces usages, bien antérieurs à son existence, mais qui les annoblit en les rendant plus périlleux. C’est ce que nous démontrerons dans la suite de nos aperçus sur les duels judiciaires, auxquels les passions des hommes et leurs fureurs homicides substituèrent, aux XVIe et XVIIe siècles, les duels d’apparat, par jactance ou point d’honneur, sortes d’escrimes par quadrilles, auxquelles participaient activement , comme dans le serment par quatre mains , de nobles fanfarons encore plus désintéressés dans les querelles que les champions gagés du moyen âge.

1 « Post Pascha (830) audivit (Ludovicus Pius) quod iterum filii sui ad eum venire » voluissent non pacifice, qui congregavit exercitum, et perrexit obviam eis usque in >< campum magnum qui est inter Àrgentarium (Strasbourg) et Basileam (Basle), qui usque » hodie nominatur Campus Mendacii , eo quod ibi piurimorum fideiitas extincta est. » Filii autem ejus perrexerunt ei obviam cum Gregorio romano pontifice ( qui n’avait pu » résister aux instances de Lothaire , mais qui , éclairé sur le rôle qu’on lui faisait jouer, » s’en retourna honteux à Piome) et quicquid postulabant nihil erat eis pater consen- » tiens. » (Thegan., ibid., p. 282.)

Après ce concert de violences mêlées à des démonstrations hypocrites et mensongères peut-être même de la part de l’empereur , lorsqu'il s’écria qu’il ne souffrirait pas que personne mourût pour lui : « Nolo ut ullus propter me vilam aut membra dimittat » , et suivies d’un nouveau partage de l’empire, Pépin se retira en Aquitaine et Louis en Bavière. Lothaire, chargé cette fois du rôle de geôlier, confina Judith à Torlone (Lombardie), son fils Charles au monastère de Prüm, et conduisit lui-même l’empereur Louis à Soissons, dans le monastère de Saint-Médard, où deux ans auparavant ce prince était venu avec Judith « nudis cum conjuge pedibus » visiter et couvrir de dons les reliques de saint Sébastien , dont les nombreux miracles ne s’étendirent malheusement pas jusqu'à l'affranchissement de ce pieux pèlerin. Loin de là, bientôt Ebbon, évêque de Reims, âme damnée de Lothaire, quoique frère de lait et comblé des bienfaits de son père , vint brutalement arracher l’épée royale des flancs du malheureux captif « abstulerunt de femore suo, » et le revêtir d’un cilice. Une nouvelle confession publique lui fut imposée et c’en était fait de sa couronne, si quelques seigneurs influons, prenant en pitié cette grandeur déchue ,

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signaler l’inutile effet de la clémence royale et do pardon paternel de Louis1. Heureusement, le remords et la discorde, toujours prêts à

n’eussent déserté la cause de Lothaire , pour celle des rois d’Aquitaine et de Bavière, revenus à de meilleurs sentimens , et pratiqué un mouvement populaire, grâce auquel Louis fut solennellement rétabli dans la basilique de Saint-Denis.

La détention que ce prince subit au monastère de Saint-Médard, soit dans le cachot ogival qu’on nous montre aujourd’hui , soit partout ailleurs « sanctæ Trinitatis vicinum carceris oratorium, etc. (ex codice miracularum S. Sebast., apud. Duch., t. Il, p. 337), nous offre l’occasion d’une remarque sur l’existence, dès cette époque, dans la fondation de Clotaire, d’une chapelle dédiée à sainte Sophie qui, selon toute apparence , devait être, ainsi que d’autres placées sous ce vocable tout spécial, construite en imitation de la basilique de Justinien, ce qui dénoterait l’introduction en France, au moins par exception et en germe , dès le IXe siècle , du style byzantin , qui y poussa plus tard de si beaux rejetons , infusion dont on ne peut s’étonner en se reportant aux communications incessantes avec l’Orient, telles que l’envoi à Louis par l’empereur Michel des œuvres de saint Denis l’Àréopagiste, apportées par Constantin, économe de l’église de Constantinople. Ne lit-on pas d’ailleurs dans le Miroir historial ( fo 77 v°), que Charles-lc-Chauve, trouvant sans doute quelque similitude entre l’Oise et le Bosphore, «avait pensé de faire la ville de » Compïègne à la semblance de la cité de Constantinople, et de son nom S’appela la cité » de Charles. » Yoici ce que dit de cette chapelle le moine de Saint-Médard (contemporain), auteur du livre de la translation des reliques de saint Sébastien, rapportées de Rome en 826 par Hiiduin, abbé de Saint-Denis, et placées dans le monastère de Soissons, en célébrant la grande piété de Louis , lors du pèlerinage qu’il lit à cette église en 828 : « Quod cum sæpius monasterium inviseret (Ludovicus) tanta devotioni pristinæ postmo- » dura incremenia adjecit ut quadam die ad Sanctœ-Sophiœ Capeîlanæ quæ palatio inhce- » rebat oraturus procederet, ad limen substiterit, eamque a foris intuitus , optativum » illud Davidis, quo in construendo domini tabernaculo anhelabat baculo florentis auri » innixus decantaverit dicens : hæc requies mea in seculum seculi , hic habitabo quia » ELEGI eam, » choix que Lothaire ne respecta que trop.

La générosité de ce prince constatée par ce que dit Thegan , à propos de son couronnement par le pape Etienne , qu’ayant reçu du saint pontife, lors de son onction , une couronne cl’or d’une grande beauté et ornée de pierres précieuses que le pape avait apportée, l’empereur reconnut ce don , renouvelé de celui fait à Clovis, par des présens d’une valeur triple-. « sicut semper solebat agere, magis dare quam accipere » ( ibid ., p. 278), s’exerça surtout à l’occasion d’une messe qu’il fit chanter alors (en 828) sur l’autel de Saint-Sébastien : « Cum ad evangelium ventura est, calicem aureum cum patena patris sui » magni Karoli monogramate insignita manibus propriis inter legendum ponderis ingentis

tenuit, et cum oblationc sacranda eidern dicavit ». L’historien place aussi parmi ces dons : « textum sacrorum evangeliorum aureis caracteribus exaratum , laminisque metalli »> ejusdem absque admixtione cujusque materiei inclusum , thymiamateriumque XL et » Vil! syclorum ejusdem speciei, et vastam olei amphoram ad luminaria concinnanda » mente promptissima obtulit » (ibid., p. 334, 335).

i La sentence capitale portée dans la diète d’Aix-la-Chapelle contre les conjurés de 830, parmi lesquels figuraient Hiiduin, abbé de Saint-Denis , Hélisachar, abbé de Centule,

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surgir dans le conseil des médians, sauvèrent encore celte fois l’empire 1 -, et les royaux époux, quittant de nouveau le monastère pour le trône, purent, quoiqu’abreuvés de nouvelles amertumes, y trouver du moins un glorieux sépulcre.

Le règne de Louis comme empereur ne fut, sous le rapport des soins donnés à la fondation de nouveaux monastères3, à la reconsti-

Wala, abbé de Vieille-Corbie, Jesse, évêque d’Amiens, etc., fut commuée par Louis en un exil qui permit à ces prélats de se retirer en Italie , près de Lothaire, pour mieux concerter leur revanche.

* Louis, roi de Bavière, fut le premier qu’atteignit le remords. Irrité delà persistance de Lothaire qui siégait impudemment sur le trône d'Aix-la-Chapelle, il se ligua avec Pépin. Lothaire arma pour faire tête à l’orage; mais, arrivé à Paris « Parisiorum » urbem petiit, ubi obviam sibi fore cunctos fidèles præcepit, etc., » il laissa à son père la liberté de se rendre à Saint-Denis et se relira de sa personne à Vienne, puis en Italie , accompagné des évêques , ses adhérens , que l'état de récidive devait rendre circonspects et qui moururent obscurément dans l’exil.

Mais l’histoire nous montre en même temps une contre-ligue d’autres évêques opérant dans l’intérêt de Louis et tant soit peu aussi dans le leur: « At vero ii quicum imperatore » remanserant, eum ad recipiendas imperatorias infulas» ( ibid p. 311), ce qui, pour le dire en passant , ferait remonter au moins au IXe siècle , quoi qu’en disent plusieurs savans, l’usage de la nuire épiscopale, comme l’indiquerait aussi la supposition de Muralori ( Annali , t. IV, p. 509) sur la mitre d’Anselme , archevêque de Milan , vers la même époque, trouvée en 1638 dans la basilique Ambroisienne.

Louis voulut être purifié par les mains de ces évêques fidèles, des souillures imprimées à l’oint du Seigneur par la brutalité d'Ebbon, « per manus episeoporum armis accin- » gi consensit , « et la restauration se fit dans la basilique de Saint-Denis aux grandes acclamations de ce même peuple qui avait sans doute applaudi à la déchéance : « in qua re

tanta exultatio populi excrevit, ut etiamipsa elementa vider enlur injuriant patienti » compati et relevato congratulari. » En effet, les historiens ajoutent qu’à partir de cette absolution, les élémens déchaînés, comme nous f avons dit plus haut, reprirent leur allure normale et qu’un ciel longtemps serein fit oublier les longues angoisses de la tempête, « ut » mox et venti sævientes mitescerent, et cœli faciès in antiquam, et multo tempore » invisam serenitatem rediret. » (Astronome, ibid., p. 311.)

2 A ce que nous avons dit des innombrables monastères fondés sous le patronage de Louis-le-Pieux, comme roi d’Aquitaine, ou à titre de successeur de Charlemagne et de continuateur de ses œuvres monumentales, nous ajouterons, puisqu’il s’agit d’une époque toute spéciale pour ces fondations et d’une splendeur monastique, prête à s’éteindre, quelques recherches prises çà et là dans les Annales bénédictines.

Sous l’année 814, époque de l’avènement de Louis comme empereur, diverses fondations et donations, notamment celle faite au monastère de Saint-Antyme (t. II, p. 383) et les dispositions prises par ce prince pour s’assurer le concours de saint Benoit d’Aniane , qu’il enleva d’abord à son abbaye d’Aquitaine , pour lui donner en Alsace Maurum Monastei u m, lieu encore trop distant du palais d’Aix-la-Chapelle , ubi residere solebat imperator.

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lulion des anciens, et surtout à la réforme ou à la coordination des règles, que la continuation de son gouvernement comme roi d'Aqui-

Aussi fonda-t-il pour lui , à plus grande proximité , perfectis ex regia munificentia œdificiis, le monastère de Saint-Corneil (p. 385).

En 815, monasterium in Cellis, dédié par Heistulfe , évêque de Mayence, deux monastères en Germanie (p. 389), et diverses constructions au monastère de Vienne (p. 392 et 393).

En 816, les restaurations et constructions qu’il ordonna à l’occasion de son couronnement , surtout la reconstruction de la basilique de Saint-Remi de Reims par les soins de l’évêque Ebbon , son ingrat et cruel frère de lait , qui y employa dix années (p. 393, 394); la restauration du monasterium Fossatense (Saint-Maur-les-Fossés), près de Paris et sur la Marne , et celui d ’Anisola (Carilefi), a fundamentis renovaverat, auxeratque et nobiliter ornaverat (p. 394); la basilique de Saint-Vincent de Volturne, voisine du Mont- Cassin , a Ludovico Augusto fertur obtinuisse (p. 396) ; le renouvellement de l’abbaye de Figeac (p. 399).

En 817, monasterium Soricinium, près de Toulouse, et monasterium Sancti-Slephani, de Manso-Asili , dont la constitution lui est attribuée (p. 410); transformation en monastère de la Cellam Andaginensem vetuslate pœne collapsam (p. 411); construction par l'évêque de Vienne du monasterium Romanense, reconstruction et reformation par Louis du célèbre monastère de Luxeul, à la tête duquel il plaça Ansegise, « virum dignissimum », abbé de Fontenelle , qui « ecclesiam amplificat, ejusque parietes pictura » exornat : cætera instaurât ædificia, toti denique monasterio novam formam reddit »; mêmes soins pour le monastère de Saint-Bénigne de Dijon , « non meliori in statu res » crat (p. 412). » A ce témoignage de l’emploi de la peinture dans la décoration des églises dans les premières années du IXe siècle, nous joindrons ce que dit Mabillon (p. 413 et 414) de la restauration du monastère de Sainte-Agnès de Rome : « Gum pictura seu imagine » Sancti Benedicti et aliorum », et surtout cette description : « Ciborium altaris sustinent » quatuor ex jaspide columnæ quantivis pretii... . Super altare majus absidi et ciborio sub- » jectum, stat præclara statua martyris, cujus caput et brachia ex ære deaurato, cætera » ex alabastro, franciosini sculptoris opus. » Voilà nos sculpteurs français déjà en honneur à Rome même.

En 818, la restauration de la basilique de Saint-Martin de Tours (p. 420 et 421).

En 819, la fondation de Deas monasterium ex fluvio Bedonia (la Bologne); de Bellacella, in pago Albiensi, et celle du monastère Marsupi, in agro Virdunensi , transporté de Chàtillon sur les rives de la Meuse par l’abbé Smaragdus, « quod in eum montem ope- » rosa et difficilis esset aquarum ; aliarumque rerum necessarium devectio » (p. 421 et 422), ce qui vient à l’appui de nos remarques sur la recherche des moines dans le choix des localités ; la reconstruction du monastère Sancti- B avonis in Gaudensi, détruit par un incendie; celui de Michlenstat , donné en toute propriété par Louis à Eginhard, « assentiente Imma conjuge », sorte d’authentification du mariage contesté de ce secrétaire de Charlemagne avec une fille de ce prince ; la construction et la dédicace de la basilique en forme de croix de Fuide (diocèse de Mayence), avec ses dix autels, son apside centrale éclairée par le haut, « recipiendo lumini a sommo », et des vers explicatifs par Raban; plus la construction , au même lieu , d’une petite église souterraine ou chapelle funéraire, « rotundo

l’art chrétien.

taine; et peut-être, si l’on classe comme on peut le faire ces deux règnes sous une même époque, arriverait-on par des recherches à

opéré, » ayant une colonne de pierre au milieu pour soutenir les arcs, et dans le haut huit colonnes soutenant la voûte , fermée par une seule pierre, sans doute comme dans le mausolée de Théodoric (p. 424). Dans la même année 819, furent construits le monastère bénédictin de Saint- Zacharie , à Venise, « magnifiée exstructum opibus ac privilegiis » afl'atim locupletatum »; celui de Saint- Servuli , dans la même contrée, et celui de Saint-Étienne de Ravenne (p. 425 et 426).

En 820, la construction du monastère de Saint-Emmeram, près de Ratisbonne (p. 428).

En 821, c’est ici surtout qu’à propos de la mort de saint Benoît d’Aniane , devenu abbé d’Inde, pour faciliter encore ses rapports avec l’empereur, Mabillon cite des textes qui appuient ce que nous avons dit des nombreuses constructions de cet abbé , ex novo opéré, depuis que, retiré du monastère de Saint-Seine, il construisit celui d’Aniane : « Manu » propria primitus; postmodum vero cum ipsis fralribus , monasterium ex novo opéré » construxit, in quo non longo post tempore trecentos sub suo regimine monachos ha- » buit »; ce qui dénote une grande fondation. Vient ensuite la nomenclature des douze monastères confiés par Louis à ce restaurateur de la règle bénédictine : « Anianum, Gal- » lonem, Casam-Novam, Insulam-Barbaram, Menatem, Sanctum-Savinum, Sanctum- » Maximinum, Masciacum, Cormariacum, Cellam-Novam, in Tolosano, Monasterium- » Maurum , in Alsalz, et Indam ex jussu imperatoris ob illius ac discipulorum ejus usum » ædificatam, et de fiscis regalibus ditatam » (p. 431). Puis arrive la construction des monastères de Saint-Tibère et de Caunas (p. 433), puis (p. 435) la mention des présens faits par l’empereur Michel à Pierre, abbé de Nonantola, qui avait été envoyé en mission à Constantinople : « Capsam Evangelii totam auream et pretiosis ornatarn lapidibus nec » et calicem prœgrandem cum patena , utrumque auro et lapillis décor atum » (p. 435), objets que nous notons pour expliquer la fusion , dès ce temps, du style byzantin avec celui d’Occident, dans l’orfèvrerie religieuse dont nous donnons de nombreux specimen dans nos planches.

En 822, l’achèvement du monastère de la Nouvelle-Corbie (p. 437), commencé depuis sept ans , et dont nous parlons longuement ailleurs ; la fondation d’un monastère de vierges à lier for d, de l’abbaye de Visbech, de deux autres monastères de vierges et d’un d’hommes fondé par Wigbert, fils de Witichind (p. 440); celle de la Cella Mauriaci, en Auvergne (p. 446 , et celle du monasterium Beatæ Mariæ de Aquilari (p. 446 et 447).

En 823, la construction par Hilduin , abbé de Saint-Denis , et qui administrait alors l’abbaye de Saint-Médard de Soissons ; de la nouvelle basilique de ce monastère , sous la protection de Berthe, fille de Charlemagne et femme d’Angilbert, abbé de Centule, avec cette mention : « In choro basiliœ Sancti-Medardi suspensa fuit.... argentea corona » ingentis ponderis ac magnitudinis, candelabris ac sanctorum imaginibus circum- » cincta, quam idem Hilduinus abbas conflari curaverat » (p. 449); d’où l'on doit conclure que l’art de la fonte , et comme on le verra plus loin la culture de l'art chrétien en général, étaient en honneur en France à cette époque. Mabillon dit que cette couronne demeura dans cette basilique jusqu’au XVIe siècle, et qu’elle fut enlevée en 1644 par les soldats de Charles-Quint , malgré l’état de paix dont jouissait la France; la mention des dons faits par Ansegise, tant au monastère de Fontenelle (Saint-Vandrille), qu’il recons-

l’art chrétien.

établir que, sous le premier rapport, Louis fut réellement le principal rénovateur de l’art en France, car c’est dans ce royaume , que

titua, qu’à celui de Luxeul : « Calicem aureum, duas hinc inde ansulas habentem,

» Fontanellæ dédit cum lectionario in membranis purpureis scripto, et quatuor evangeliis » ejusdem generis formæ quæ liltcris aureis scribi jussit.... raàgnam itidem librorum » eidem monasterio dédit.... præclarum dorraitorium construi jussit (208 pieds sur 27 et » 64 de hauteur), refectorium etiam fabricavit cum adjuncto cellario, variisque picturis » decorari fecit a Madalulfo, egregio pictore Cameracensi » (la consécration du nom de cet habile artiste de Cambrai semble donner de l’importance à ces diverses peintures et à l’école de ce temps). « Præterea majorem, quam vocant domum ædificari præcepit » cum caméra et caminata (nous verrons ailleurs que Ilallam, dans son Histoire du moyen âge, t. IV, p. 226, nie qu’on ait connu l’usage des cheminées avant le règne d’Élisabeth d’Angleterre). « Deniquein medio porticus domum chartarum constituit ; domum » vero librorum (p. 453) » (voici la constatation de l’existence des chartriers et librairies placées, comme à Cluny, dans le portique du monastère); puis la construction du monastère dit Frawenmunster et de plusieurs œdicules (p. 454).

En 824, fondations et construction de Glanafoliense apud Andecavos mondsterium (p. 457); constatation del’existence du monastère d ’ Argenteuil , dont était abbesse Théodrade , fille de Charlemagne.

En825.aceroissementetdécoration de la basilique de Carilefi, par Albin, abbéd’Aninsule; premier germe del’ abbaye de Cluny, dans un permutation confirmée par l’empereur (p. G41), et construction en ce lieu de deux églises, l’une dédiée à saint Pierre, l’autre à la Vierge Marie; description du monastère de Montserrat . . .• Elegans basilica nova veteri adjecta (p. 464). Cette description , où l’on compare les tourelles de l’abbaye à des tuyaux d’orgue , « organorum musicorum tubi , » donne une haute idée de l’aspect pittoresque surtout, de ce monastère des Pyrénées.

En 826, construction du monastère de Saint- Aniane en Septimanie (p. 4G5) ; translation du monastère de Swarzachium en un nouveau monastère (p. 469) ; description de la nouvelle basilique de Saint-Médard de Soissons, élevée par Hilduin.

. Ingens templum cui surgit et ara

Antiquosque nitent æquantia culmina fastes (p. 4/°)”

(Voir, chap. iv, notre texte sur Saint-Médard à l’appui de la pl. 3 de la ixesérie de l’Album) ; Reconstruction du monastère de Jieze (Bcsuense), en Bourgogne, démoli depuis 80 ans (p. 471), etc.

En 827, description du Codex evangeliorum , exécuté sous l’épiscopat d’Ebbon, évêque de Reims, pour le monastère de Haulvillers, près d’Épcrnay : « Per Placidum magistrum litteris aureis exarari curavit :

Hune auro intérims Christi déco ravit amicus,

Atque ebore exterius pulclirô decompsit opimus.

Un manuscrit de même provenance est resté la propriété de la ville d'Épernay, faute d’enchérisseurs sur une première mise à prix, cependant bien modique; mais il manque à celui-ci la robe d’iyoire dont la mention confirme ce que nous dirons à la note suivante, des travaux en cette matière du règne deLouis-le-Débonnaire ; fondation du monastère de Salin-

l’art chrétien.

Louis occupa dès l’an 778 , et par l’appui de ce prince, que saint

gestat , où l’on plaça les châsses contenant les reliques des saints Marcellin et Pierre dans l'apside de la basilique et comme c’était alors l’usage en France: « Superposito ligneo » culmine (ciborium seu fredam appellabant) lenteisacsericis palliis contexerunt. » Judith, à l’ exemple de ce que lit Charlemagne au tombeau des Apôtres, offrit en hommage à ces tombes sa ceinture d’or et de pierreries (p. 476, 477) ; et détails relatifs aux quatre palais du roi d’Aquitaine, Doe, Ebreuil , Casseneuil et Jogousac, dans lesquels s’exerça sans doutel’art de construire de ces époques (p. 478).

En 828, construction du monasterium Slradense sur l’Indre, in locojucundo et amœno , comme la plupart des localités choisies avec tant de soins pour l’assiette des monastères; de celui de Saint- Cyprien, près de Poitiers, renversé bientôt après par les Normands; restitution de celui de Saint- Epar ch , près d’Angoulême ; conversion en monastère, par Pépin, sxirles instances de son père, de la maison royale d’ Angeriacum (ou Angeliacum ) , « locus solo et cœlo jucundissimus » (p. 479) ; détails sur le pèlerinage de Louis et de Judith à Saint- Médard de Soissons, sur les présens faits à cette occasion et cités plus haut, et citation de deux manuscrits existant encore à l’époque où Mabillon écrivait ; l’un Textum Evangeliorum, aureis characleribus in membranis purpureis exqralum laminisque ejusdem metalli coopertum, faisant partie de ces dons ; et l’autre, oeuvres de saint Eulgent , existant dans la bibliothèque de Saint-Corneil de Compïègne, et provenant du même monastère de Saint-Médard (p. 480) ; reconstruction et réformation de l’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon , d’après l’ordre donné par l’empereur à cinq de ses vassaux qui tiraient des bénéfices de cette église, que le prince leur enjoint de restaurer et de recouvrir s’ils veulent avoir ses bonnes grâces ; constatation du privilège donné par le même prince . à l’abbé de Malasti ou de Montolive , « qui hoc monasterium novo opéré exslruxissc memoratur » (p.482), ce qui doit bien s’entendre d'un travail différent de ceux exécutés antérieurement et non d’une nouvelle construction ; autre reconstruction du Mauri-Monasterium , en Alsace , par suite d’un incendie.

829: à partir de cette année, date de l’édit de Worms, qui vint, avec l’assentiment de Lothaire, bientôt repentant, assigner une portion dotale dans l’empire à Charlcs-le-Chauve, âgé de six ans ; époque aussi de la suprême autorité, dans le palais , de ce duc de Septimanie que l'empereur ,c camcrarium constitua, tanquam in supplementüji ac præsidium » sumens», sans doute ici avec l’assentiment de l’impératrice, les vœux de fondation, travaux de construction et autres élémens de prospérité de l’art chrétien décroissent tellement, que Mabillon, si abondant dans sa spécialité pour les autres périodes, ne cite rien de ce genre qui soit applicable à cette année même.

En 830 , malgré l’effet temporaire, il est vrai , de la première tempête qui détruisit la sécurité de l’empire et menaça le trône de Louis ébranlé par ses propres fils, on trouve la construction du célèbre monastère d’ Hirsaugiense par Erlafrid (p. 494), celle d’une nouvelle basilique dans le monastère de Saint-Gall : quare templum veterem demolilus, construction calculée de telle sorte, qu’en supposant l’écroulement de l'édifice, les parties qui supportaient les corps saints devaient rester intactes (p. 495) ; la translation des reliques de saint Junien dans la nouvelle basilique de Nobiliacum , construite par l'abbé Godolen dans le diocèse de Poitiers (p. 490) ; une autre translation dans une basilique nouvelle du corps de sainte Glodesinde, de race Mérovingienne, trouvé integrum et incorruptutn après un long séjour dans la tombe (p. 497).

Benoît tTA nia rte, retiré en 780 dans son domaine de famille (en Lan-

En 831, l’ébranlement causé par la première révolte des fils de Louis et l’exil des évêques et abbés illustres, tels que Hilduin, Helisachar, Wala, etc., qui y participèrent, durent nécessairement influer sur l’impulsion donnée à l’art chrétien, et déjà ralenti parle pressentiment de ces troubles ; cependant on signale quelques fondations bénédictines appartenant à ce temps, telles que le monastère de Redon, (Bretagne, p. 506), la basilique construite par l’abbé d’Hersfelden, à l’occasion de la translation du corps de saint Wigbert, « more per Gallias ac Germaniam usilato, auro, argenlo cœterisque melallis exornatum (p. 508), ce qui devait entraîner, à raison de la multiplicité de ces reliques, sans cesse importées de Rome, etc, , une immense consommation de ces métaux précieux; divers édifices religieux à Lodi, etc. Le texte de Mabillon nous fournit d’ailleurs sur cette année deux remarques importantes : l’une , qui confirmerait notre opinion et celle de M. Thomassy, sur une sorte de renovation de l’art, chrétien surtout, à ces époques, est le diplôme de Pépin et de Louis-le-Pieux pour l’abbaye de Cormarico (ou Cormery , Touraine), où l’on lit: « Frigidus abbas Ludovico Augusto exposuit, se habitacula » fratrum Cormarinensi monasterii, melius et honestius reformasse, cum antea non

secundum id, quod régula sancti Benedicti prœcipit , constructæ essent; et ad « decorem et ornamentum ejusdem monasterii ecclesiam novo opéré inibi extrui curasse » (p. 508), ce qui indique bien expressément de nouvelles dispositions architectoniques plus scrupuleusement soumises au symbolisme religieux. L’autre concerne l’autel existant encore aujourd'hui dans la basilique Ambroisienne de Milan , et que fit exécuter Gaudentius, alors préfet de cette basilique, curieux monument dont nous donnerons la description de visu , et, si possible, la configuration graphique, tant comme jalon de fart d’orfèvrerie, que comme pièce de comparaison avec l’hôtel d’or de Basle, reproduit pl. xii de la 10e série de l’Album, et dont Mabillon aurait pu dire aussi : Pars ejus anterior Iota est aurea. Omnia gemmis lapillisque pretiosis intermicant (p. 510) ; aussi l’académie de Milan, qui put récemment apprécier synoptiquement ces deux beaux types analogues de l’art chrétien des IXe et Xle siècle, a-t-é'lè, dans un acte que nous avons sous les yeux, évalué à 120,000 fr. le prix de cet autel offert par saint Henri à la ville de Basle, et qui maintenant cherche un maître, M. le colonel Theubet qui le possède étant disposé à s’en défaire.

En 832, malgré la grande fermentation, présage plus certain que les éclipses , de la nouvelle explosion qui menaça le trône de la part de ses appuis naturels , on trouve un diplôme de Louis pour l’abbé de Bers « qui ipsum monasterium novo opéré excitaverat » et a canonico ordine ad monasticum refofmaverat (p. 510); » un autre diplôme sur le monastère de Saint-Denis, où se lisent ces mots : «Cella est illis de novo fondata » ,(p. 514), et la mention de la dédicace par l’abbé de Saint-Maur-lcs-Fossés de la nouvelle basilique « quœ ipse construxerat» (p. 515).

Sous l’année 833 , que selon l’expression de Mabillon on peut marquer d’une pierre noire « nigro notandum lapillo », les annales ne signalent, relativement, qu’un petit nombre de fondations autres que la construction , antérieure , par Gisele , abbesse de Chelles , d’une nouvelle basilique où furent transportés , en cette année 833 , le corps de sainte Bathilde (p. 518); elles citent la translation par Aldric, dans un nouveau monastère construit dans- un lieu nommé Vareilles , du couvent de Saint-Remi de Sens, « ubi mo- » nachi, propter inopiani et importunitatem loci , regulam sancti Benedicti observare

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guedoc, sur les bords du ruisseau d’Aniane), commença les travaux

» non poterant » (p. 523); puis la reconstruction du couvent de Saint-Maixent, dont les bâtimens écroulés « collapsa ædificia » ne pouvaient être remis en état, à défaut de bois pour refaire les toitures « ob defectum lignorum ad sarta tecta restauranda », ce à quoi Pépin pourvut par l’autorisation de percevoir norias et décimas ; et de prendre du bois dans les forêts royales •< ex silvis regiis », et la construction du monastère de Saint- Jean de Pinna « apud Aragones », par conséquent , hors de France (p. 525). La captivité de Louis fut donc un sujet de deuil, même pour l’art chrétien.

L’année 834 participa aussi , malgré la restauration à Saint-Denis du prisonnier de Saint-Médard , de la violente commotion imprimée par le complot parricide auquel concourut , comme exécuteur, jusqu’au prélat comblé des dons et nourri du même lait que le malheureux prince : ici commence d’ailleurs la dévastation des monastères , par la subversion de celui dit Herense (île de Noirmoutiers), ravagé par les Normands (p. 527).

L’année 835 vit se terminer monasterium Alaonense in Vasconia et sa basilique (p. 530), et dédier la nouvelle basilique du monastère de Saint-Gall, bâtie par les moines sous la direction de leur abbé « construendæ basilicæ Sancti-Gallensis monachi et ipsi » opèram suam strenuè impenderant , Gozberto abbate instigante , Winihardo monacho architecto», comme le prouve l’inscription suivante, qui suffirait seule pour confondre tout le système d’influence Lombarde et d’associations maçonniques de ce temps, que nous avons combattu plus haut, et dont on peut remarquer qu’il n’existe aucune trace dans les innombrables détails que nous puisons, sans rien exclure, aux sources historiques de toute nature.

« Justitiæ Gozbertus hères fratris Winihardi,

» Artibus eximiis, fasces portantibus omnes » Pauperibus monacliis lapidum, calcisque et arenæ,

» Ut quondam Largus feeitque Sicinnius almus,

» Hanc struxit ecclesiam (p. 532). »

Nous nous réservons de rappeler dans la description de celle de nos planches ( pl. m de la 9e série de Y Album) où figurera la disposition générale de l’abbaye de Saint- Médard, d’après le curieux dessin conservé à la bibliothèque de Soissons, les détails que donne Mabillon sur ce célèbre monastère de Saint-Gall que Gozbert reconstruisit entièrement , « stupenda amplitudine et magnificentia a fundamentis », détails authentifiés par l’ichnographica. delineatio existant encore au XVIIIe siècle dans ce monastère même. On pourra juger ainsi, par l’ensemble de ces détails, de ce qu’étaient nos grands monastères, à partir du IXe siècle. Dans la même année 835, l’abbesse du monastère de Sainte- Julie de Brescia , Amalberge, suivit l’exemple de Gozbert et reconstruisit la fondation de Didier, ce qui explique le nom de novum donné depuis lors à ce cœnobium (p. 534).

En 836, on voit l’évêque de Trêves opérer la translation d’un corps saint dans un monastère situé au confluent de la Moselle, « quod ipse ibidem a futidamento struxerat » (p. 538), l’évêque de Tulle rétablir le monastère de' Saint-Aper ( p. 539), Aldric, évêque de Sens, dédier, peu avant sa mort, le monastère Sancti-Florenti ad Armentionem fluvium ( p. 540 ). On y voit aussi la translation dans le monastère de Saint-Alban des reliques de saint Sévère, de sainte Vincent, sa femme, et de saint Innocent, leur fils, reliques qu’un clerc, nommé Félix, reçu comme pèlerin dans le monastère de Saint-Sever, près de Ravenne, avait dérobées .* « ossa clam sustulit et cura sociis iniit fugam », et que

l’art chrétien.

d’art qui semblent constituer cette réformation dont le caractère,

l'évêque de Mayence , Otgar, qui s'en empara en chemin , comme si la sainteté de l’objet purifiait le vol , plaça sur des espèces de petits lits construits en forme de parasols « constructis superne lectulis umbellarum instar, quos auro etargento decoravit». Dans cette même année où les plaies de l’empire tendaient à se cicatriser, grâce à l’inépuisable clémence de Louis , où l’on s’éloignait « turbatissimis illis tcmporibus quibus adversus » Ludovicum parentem impia arma filii movebant », s’élevèrent avec l’aurore d’un temps meilleur, le monastère d ’Eif/liœ (Munster Eiffel), dans le diocèse de Cologne (p. 545); deux monastères sous le nom d eSalvatoris : l’un d’hommes, l’autre de vierges, construits par Aldric, sur la Sarthe, à l’un desquels, celui d’hommes, était jointe une grande basilique où se trouvaient quatorze autels : « tanta vero fuit in exstruendis monasterii ædificiis » diligentia, ut totum opus quod duos auttres annos exigebat, intra quinque nonintegros » menses perfectum sit » (indication précieuse pour nous, comme témoignage de l’habileté des directeurs de ces travaux et de l’activité résultant du concours monastique dans ces grandes constructions). Mabillon , d’après Baluze , entre d’ailleurs dans beaucoup ae détails sur les dons affectés par un nommé Salahardus, au bien-être des moines et à la magnificence du monastère, tels que : « calicem aureurn cum patena , simul et codicem » cvangeliorum mirifice conscriptum in signum investitdræ » ( p. 547). Le même Aldric construisit, en outre, le monastère de Talipiaci (Telochè), sur le Rhône, et rétablit celui de Saint-Vincent , couvrit sa basilique, l’orna et éleva le cloître avec les autres édifices dans la partie du nord. Ce fut alors que le corps de saint Filibert , resté au monastère de Ilere , et soustrait à la profanation des Normands , fut , avant de venir fonder notre célèbre abbaye de Tournus , transféré à la basilique de Béas (Deense), qui, devenue trop étroite à raison de la foule des fidèles qui s’y précipitaient , fut augmentée par l’abbé Hilbold , et accrue de trois apsides par la suppression du transepts « cum » transversa cruce disjecta », surcroît d’espace, œuvre insuffisante, si l’on en juge par le soin que prit l’abbé d’interdire aux femmes l’entrée dans cette église à d’autres jours qu’à la fête de saint Filibert (p. 348). Ce qu’on remarque surtout dans cette année, et, en général , dans cette période , c’est le nombre infini de translations de corps saints ou reliques provenant, en général, des catacombes de Rome, sorte d’exploitation très favorable à l’art chrétien en ce que ces saints ossemens quittaient l’obscurité des cryptes pour venir briller sur des autels spéciaux, d’un éclat, rehaussé , ainsi qu’on l'a vu pour ceux de saint Sébastien, etc., par i’emploi des plus riches matières et par l’hommage des dons précieux dont ils étaient l’objet. En même temps aussi, la solennité de ces translations , la pompe de leurs cortèges, alimentaient la source de ces dons, et la ferveur religieuse, comme on en peut juger par le récit de la marche triomphale des reliques de saint Vit , transportées de l’abbaye de Saint -Denys à celle de Corbie-Neuve (en Saxe), au milieu de populations ivres de joie « incredibili plausu et honore », selon l’itinéraire tracé par Mabillon (p. 545 et 546).

Avec l’année 837 commencèrent les tristes présages qui portèrent l’effroi jusque dans l’âme du pieux empereur, tout astronome qu’il était. La « Stella crinita in signo Virginis » produisit plus d’expiations et de restitutions, comme celles que Pépin, ro d’Aquitaine, fit à l’abbaye de Jumièges (p. 549), que de nouvelles fondations monumentales dont l’éclipse semblait peut-être menacer la durée. Les seules mentionnées pour cette époque sont : le monastère de Saint-Romain (ou Romans), que Bernard , prélat de

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selon l opinion encore inédite d'un jeune savant., M. Raymond Tlio-

Vicnne, rentré en grâce, reconstruisit près de l’Isère , dont l’ancienne abbaye du même nom était trop éloignée, « quod locum condendo monasterio visum ei est opportunum (p. 522): celui dit Dervense , construit par le prêtre Adrernar (p. 556), et 1 eparvum tugurium seu monasleriolum de Lucerne (p. 559); car on ne peut considérer que comme complémentaires les travaux qui terminèrent le monastère Hirsaugiense dans le diocèse de Spire : « Ecclesia pro tempore elegans , absque columnarum substitutione fabricata, » ligneo superius tabulatu cooperta et quatuor dumtaxat instructa altaribus. Claustri » structura veterum exemplo simplex et ampla, ligneo pariter tabulatu contecta, etc. (p. 556 et 557).

En 838, lorsque la mort de Pépin, roi d’Aquitaine, presqu’immédiate à l’apparition de la comète, devint, par un nouveau partage entre Charles et Lothaire, un gage ou plutôt une prime de réconciliation de ce dernier prince avec son père , de nouveaux germes de discorde surgirent de l’exclusion de Louis, roi de Bavière , resté en dehors de ces stipulations. Triste exemple donné de haut, de ces luttes entre complices unis pour le pillage, divisés pour le partage du butin! Cependant le pieux empereur poursuivaitses saints travaux comme en témoigne la fondation de deux nouveaux monastères à Worms (p. 562) et de celui de Lindaw (Lindaviense), dont Mabillon cite les pictural veteres atque diploma Ludovicianum (p. 564) ; mais en temps que s’élevaient ces nouveaux sanctuaires, d’autres tombaient victimes de la rage de leurs abbés mêmes ; car c’est en 838 qu ’Èlias, qui avait acheté chèrement de l’autorité royale le droit de régir l’église de Chartres, après avoir occupé militairement l’abbaye de Saint-Pierre ( Saint-Père d’aujourd’hui) , malgré l’opposition des moines qui redoutaient sa tyrannie, en pilla le trésor, en emporta les ornemens, les vases sacrés, d’or et d’argent , et s’appropria les terres de ce couvent qu’il rendit désert, en même temps qu’il en détruisait un autre eleganter construclum , dans un lieu voisin de cette ville, « in monte Leugarum (p. 568) ». On trouve déjà, sous l’année 837 , l’exemple d’une semblable spoliation par les moines mêmes du monastère d’Aninsule (Carilofi), qui s’enfuirent en emporlant tout le riche mobilier « quod monachi... expo- » liassent ornamentis ecclesiasticis, tam in thesauro, quamque in vasis seu vestimentis, » neenon et libris (p. 552). »

Sur 839, un diplôme donné par Louis-îe-Pieux , en son palais de Chàions-sur-Saône, en septembre de cette année, constate la fondation en l’honneur de sa mère, Ilildegarde, du monastère de Campidona , « divina ordinante Providentia » ; et cette fondation , unie à la restitution du monastère de Sithiu, dont la basilique fut confiée à la garde des moines de Saint-Berlin , qui lui donnèrent ce nouveau nom, clôt pour ainsi dire la période monumentale du règne du Débonnaire, atteint bientôt après (840) par l’arrêt qu’il avait lu dans les astres.

Ici se clôt aussi notre analyse, hors de proportion sans doute avec celles que nous donnerons sur les règnes suivans; mais il s’agissait pour nous de bien constater, par des citations authentiques., l'influence qu'exerça cette grande impulsion imprimée par Louis, dans une direction nouvelle, sur les grandes fondations et constructions religieuses des siècles suivans dont nous rejeterons la description sur notre chapitre iv , comme moyen de mieux préciser l’accord de l’analyse écrite avec la configuration graphique que nous donnons d'un grand nombre de grands édifices demeurés au moins dans les souvenirs de la génération actuelle.

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inassy, serait « une forte emprunte sacerdotale et hiératique qui soumit » toutes les œuvres d’art 1 à certains types invariables et dès lors cons-

i Aux témoignages qui viennent incidemment , dans la note précédente, prouver la marohe parallèle à cette époque de tous les arts, autres même que l’architecture, ajoutonsen de plus explicites encore,, en commençant par les ouvrages en métaux précieux , l'orfèvrerie, que nous avons montrée toujours florissante en France et dont les travaux s’y poursuivaient avec succès, comme l'indique le grand nombre de calices, croix, patènes, etc. , d’or et d’argent , dont les princes et les seigneurs de ce temps, dignes continuateurs des traditions papales, meublaient les trésors des églises et des monastères, tels que celui de Centule (Saint-Riquier) , si riche, à en juger par les détails suivans de son inventaire fait en 831 , lors de l’exil de l’abbé Hélisachar, inventaire qui s’étendait il est vrai aux trois principales églises existant dès lors dans ce monastère : « In quibus enumerantur » FLABELLi M argenîeum , ad muscas a sacrificio abigendas » , précieuse tradition que nous aurons soin de rappeler dans la description de nos deux planches (t. IV du chap. xiv de l 'Atlas et x-xvii de la 9<= série de X Album) , qui reproduisent en entier le ftabellum de Tournus; « circuli ad cygna pendentes (lampes soutenues par des cygnes), ex ære, ar- » gento, aurichalco; canna argentea ( fistula qua sanguis Chrisli ab communicantibus » hauriebatur ( ad communionem scilicet) ; baculus auro, argento et crystallo ornatus » haud dubie pastoralis » sortes de crosses de ce temps, sans doute de la nature du lhau que nous donnons pl. xvm de la 10e série de X Album; (les crosses à volutes succédèrent, comme nous le dirons , au bâton pastoral recourbé) ; « hrocci serici et lanei (nom ger- » manique du vêtement suprême, dit Du Cange) ; roccus pecloralis, wanli castanei (au- » très vetemens et gants) auro parati quæ omnia abbatis ornamentum erant ; capcflum » auro paratum, etc. (Spicileg. d’Acherii, t. IV, p. 480 et 519). »

On sait que l’orfé.vrerie était en même temps cultivée avec succès chez les autres peuples d’Occident, comme en fait foi, pour l’Italie, le magnifique Pallio d’oro déjà cité et qui nous fournira plus loin la matière d’une. note expresse, en attendant sa description à l’appui de n.os planches, monument conservé dans la basilique Ambroisienne de Milan et publié par Puricello (Ambros. , Basil. , p. 10*2) et par Ferrario ( monumenti sacri e profani di Milano) , chef-d'œuvre de l’art de cette époque, dont les bas-reliefs d’argent, au nombre de douze sur une seule face, avec les sujets de côté, représentant un hommage du préfet Gaudentius à saint Ambroise, constituent un travail d’orfèvrerie des plus précieux, et comme en témoigne aussi ce qu'on lit dans Maffei ( Verona illustrata, part, ii, p. 32, 33) sur ce Pacifique archidiacre de Véronne , né en 778 et mort 846, qui « fonda et re- » nouvela sept églises principales. E supero ogn'altro nelie perizia di tulle quell’ar.li, » che in metalli o marrai, o legni s’adoprano », ce qui prouve celte épitaphe donnée par le même écrivain ( inprœfat . ad complex. , Cassiodor.) :

« Quidquid aur© vel argento et melallis cætcris,

« Quidquid lignis ox diversis et marmore candido,

» Nullus uiiquam sit perdus in tantis operibus » Horologium noçturum nullus ante viderel.

» Et invenit argumentum et piimuni fuudaverat. »

Quant à l'Angleterre, nous citerons les dons faits eu 833, à Fabbaye-de Croyland (Cruland) , par le roi Witlasius: « Calicem aureum , ■cruccm aurearu , tabulam capellœ

l’art chrétien.

)) titutifs du symbolisme chrétien disparu des Gaules au milieu de » h anarchie Mérovingienne. » En attendant que M.Thomassy, quia publié d’excellentes dissertations sur ces matières, entre autres une

j) propriæ, laminis aureis deauratam, scyphum deauratum, quem crucibolum suum ■> > solitus erat vocare, ad usum præsidentis in refectorio ( Ànn. Bened t. II, p. 524, 525) , » dons qui s’accrurent beaucoup sans doute même jusqu’à l’époque (tin du XI* siècle) où l’abbé Ingulfe, familier de Guillaume-le-Conquérant , fit la pompeuse description des trésors de cette abbaye , dont la reconstruction au XIIe siècle nous fournira de très curieux détails sur la participation pécuniaire , manuelle même , de la féodalité alors constituée, aux grandes fondations religieuses de cette époque.

Pour le tissage des étoffes à figures, dont nous avons également constaté l’antique usage, même dans l’art chrétien , on en trouve de nouveaux témoignages pour cette époque du IXe siècle, dans le don que fit ce même rex Jflerciorum des objets suivans : « Chlamyv dem coccineam , quà in sua coronatione indutus fuerat , ad capam sive casulam fa - » ciendam » (voici la chlamyde romaine , en usage encore à cette époque, métamorphosée en chasuble) ; « tum in ecclesiæ ornarnentum vélum suum aureum , quo insuitur excij) dium Trojœ , in suo anniversario parietibùs suspendendum ; » bizarre trophée sans doute pour une église chrétienne , mais en même temps témoignage précieux de l’art de ces époques, comme de la tradition consacrée d’ailleurs, comme nous l’avons dit , par Flodoard, qui assignait une origine troyenne à la plupart des premières familles qui régnèrent en Occident.

La peinture, même murale , de ce temps est également constatée par quelques traditions que nous avons reproduites plus haut , pour les travaux de ce genre exécutés dans les monastères de Fontenelle et de Luxeul, souvent avec mention du nom d'artistes français, indications auxquelles nous en pourrions ajouter beaucoup d’autres que nous réservons pour les descriptions de nos planches.

Mais c’est surtout par ce qu’on peut induire de notre note sur les manuscrits carolingiens (p. 416 et suiv.) et de notre analyse générale des travaux exécutés sous Louis-le-Débonnaire, qu’on reconnaît l’union intime de la peinture avec la calligraphie , principal exercice des moines de ce temps, que leurs abbés chargèrent de la confection de tous les livres religieux en général, comme on en peut juger parcet extrait de l’inventaire cité plus haut de l’abbaye de Saint-Riquier : « In bis Fulgentii Mbri quatuor dccim , qui per singulos libros unam 33 litleram dclrahit, recens ab Hommæo vulgati , quos magno Fulgentio prorsus indignos 33 existimo; expositio Pelagii super tredecim epistolas Pauli, Ambrosio pridem, sed 3> perperam adscripta ; Dictys et Rares Phrygius; ex libris sacrarii, missales Gelasiani , 3) aliique, in summa codices omnes numéro ducehti quinquaginta sex : ex quibus omnes 33 codices librorum claustralium de divinitate, hoc est de rebus divinis ac spiritualibus, 33 sunt centum nonaginta quinquc ; cæteris de libris grammaticorum . historicorum alio- 33 rumque antiquorum. »

Ce qu’il nous importe surtout de constater ici pour éclairer les nombreux témoignages graphiques qu’on trouvera dans nos planches , comme pour préparer nos aperçus sur les diptyques , etc., c’est l’état prospère, à cette époque, d’un art difficile et qui exigeait l’union du dessin à la pratique manuelle, aujourd’hui même encore assez rare, la sculpture en ivoire , dont nous avons déjà cité de beaux travaux occidentaux , exécutés même sous

l’art chrétien.

courte et intéressante notice sur une abbaye de St-Guillem du désert (en Languedoc), fondée par Guillaume , duc de Toulouse, parent de Charlemagne ( Mémoires de la société des antiquaires de France , 1. xiv, p. 222), complète, par les textes inédits quil annonce, cet aperçu basé comme les nôtres sur les mots constructum novo opéré , employés pour la plupart de ces travaux, ce qui nous prête assistance contre les prétentions Lombardes, montrons par quelques exemples, que la participation personnelle des princes et du haut clergé aux grandes constructions religieuses et même au choix de leur emplacement, est un fait archéologique acquis à la science, et que ce haut et puissant concours qui place l'art chrétien au-dessus du métier des maçons Lombards ou autres, n’attendit pas, pour se produire, les XIe et XIIe siècles, où ses preuves surabondent.

M. Louis de Maslatrie, jeune et infatigable érudit, dont la collaboration par recherches nous est heureusement acquise, nous a communiqué sur la fondation du monastère de La Grasse , en Languedoc (Crassensis-Carcassonensis), construit par Charlemagne,

Charlemagne et sous son fils, dans le revêtement du manuscrit de Haut-Villiers. Ici, Pacciaudi va nous venir en aide.

Ce savant, dans sa dissertation vi (cliap. v, p. 232), traitant, à l'occasion d’un triptyque grec d’ivoire du trésor du pape Benoît XIV, de l’usage de cette matière dans les objets affectés au saint ministère des autels, croix, calices, patènes , candélabres , images suspendues sur l’autel, etc., cite plusieurs particularités dont nous extrayons ce qui suit :

Saint Everard, comte, fondateur, en 837, de l’abbaye Cisoniense (diocèse de Tournai) , légua à ses fils, savoir, à l’aîné, Unock : « tabulas eburneas , auro paratas; » et au plus jeune , Béranger : « de paramento capellæ suæ, calicem eburneum. »

L’inventaire de Saint-Riquier, dont nous avons extrait plus haut ce qui concernait les objets d’orfèvrerie , mentionne aussi : « capsam reliquiarum eburneam , offertorium (pate- » nam) eburneam, tabulas eburneas in argento paratas, etc., » objets également mentionnés dans le testament de saint Riculfe ( testamentum Riculfi ,Ep. Helensis).

Pacciaudi , qui divise ces tables ou diptyques en litteratas et en figuratas, explique ainsi (p. 228) l’usage de ces dernières : «Diptyca figurata cas dico tabulas vel argenteas, » vel eburneas, vel ligneas, quibus vericulo, scalpro aut penicillo sanctorum imagines » inducebantur. Quadruplex fuit istorum usus; alia enim erant diptyca, quæ ad altaris » ornamentum mensædivinæ imponebantur; alia quæ Evangeliorum codices contegebant ; » alia quæ inter mysteria populo præbebantur osculanda ; alia denique , quæ Christiani » homines sibi effingi curabant, privatisque in ædibus caussa pietatis habebant, etc. » Ayant à revenir pour les siècles suivans sur le constant emploi de cette belle matière , nous devions chercher, pour son travail français, un autre point de départ que les portes venues d' Italie et qui furent offertes en hommage à Charlemagne.

l’art CHKÉTIliN.

probablement vers le meme temps que celui de Brantôme, « ineunle » Ludovici Augusti principatu (Mabiilon, Annal . Bened., t. il, p. aoa) )> , un curieux document extrait du Philomena et dont nous rejetons le texte original dans une note 1 , pour en reproduire ici

i Le Philomena , l’un des trois ouvrages apocryphes concernant Charlemagne, sur lesquels porte la dissertation de Y abbé Le Bœuf, mentionnée dans les Mémoires deV Académie des Inscriptions (t. XXI, p. 136 et suiv.) , traite spécialement des sièges de Narbonne et de Carcassonne. Dans l'opinion de ce savant , le Philomena n’aurait été composé que « vers le milieu du XIIIe siècle, par un religieux de Y abbaye de la Grasse » (Crassensis ou Sanctæ-Gratæ) , dans l’intention d’augmenter le lustre et d’autoriser les » prétentions de son monastère en lui donnant Charlemagne pour fondateur. » Cependant d’autres opinions reportent au XIIe siècle cette composition, dont l’original (la version qu’on nous communique) aurait été d’abord gascon (ibid. , p. 148), et dontla-traduction latine seulement daterait du règne de saint Louis. Sans entrer ici dans aucune, discussion sur ce point , observons d’abord que ce monastère de la Grasse doit dater au moins de ce temps, puisqu’on voit son abbé (Geila) obtenir la confirmation de ses statuts de Cbarles-le-Chauve , occupée son tour du siège de Toulouse, en 844 (Annal. Bened., t. II, p. 605); remarquons ensuite que rien ne serait moins étrange que la participation, même directe, à la fondation d'un monastère dans les loisirs que lui laissait un siège, d’un prince que les écrivains contemporains nous montrent créant d’ inspiration un oratoire de pierre et garni de peintures dans son camp devant Pavie ( apud Duch., t. II, p. 132), et dirigeant lui-même la construction de sa basilique d’Aix-la-Chapelle, et tant d’autres; ajoutons que le religieux du XIIe ou du XIIIe siècle auquel on attribue cette légende, tout en la revêtant d’une- forme romanesque et d’accessoires où l’invention se révèle par des anachronismes, dût nécessairement en puiser les détails purement techniques qu’on n'a pas intérêt de créer, dans les chroniques de son couvent, à peine d’être contredit par ses coreligieux sur ces données positives constatées par l’édifice même dont le degré d'ancienneté devait être assez sensible aux Aile et XIIIe siècles, pour qu’on ne pût substituer impunément une tradition à une autre. En tout cas, ce roman, quelle qu’en soit la date, évidemment très éloignée de nous, n’otlre, dans cette partie du moins, rien qui vienne contredire les documens contemporains de Charlemagne et de ses fils, tels, par exemple, que ceux mentionnés dans le tome II des Annales Bénédictines, notamment sur la construction, en 785, de la basilique du monastère de Salzbourg par l’évêque Virgilius . « ab ipsomet extrada » (p. 256), sur les travaux de tous genres exécutés en 794 par l’évêque de Francfort, Riculfe, à l’église de Saint-Alban (p. 292) , sur la fondation et la construction, en 796, du monastère de Saint-Étienne, au diocèse de Gironne, « quod Bonitus abbas cum monachis suis contruxit ( p. 302) , etc. ; rien enfin qui ne s’accorde avec ce que nous avons dit de la collaboration personnelle de grand saint Benoît d'Aniane et de tous les travaux monastiques de la nouvelle Corbic , des nouvelles constructions de Saint-Gall, le solemniacum du IXe siècle, etc., etc.

Voici le texte primitif de celte légende : MS. fonds Baluze, n° 40,307, 9, 10.

«L'arssevesqueTurpidixaKarles : Seynher, ara convenraquehedeüquetz lomonestier, .’> que quatre forns avens decaus e pro peyra ajustado, snays que nos cove que anem olhs

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le sens principal. L'archevêque Turpin dit à Charlemagne : « Seigneur, » maintenant conviendra que édifiez le monastère, que quatre fours » avons de chaux et assez de pierre préparée, de plus qu’il nous » convient que nous allions aux marbres 1 pour les colonnes faire -, » et le seigneur N’ Avinés de Bavière mesura trente brasses pour le i) front de la chapelle ... Or, Charles appela Robert qui était » maître de V œuvre (voici un nom d'architecte bien français et rien » moins que lombard, un témoignage contre le système des associa-

» marmes ad obs de las corondas à fayr . Elh seynor N’Aymes de Bavieyria mesurée xxx

» brassas ad obs delh front de la capela .

« E Ivarles apelec Robert maestre que era delà obra edix li : vetquetey donatz M. ho- » mes e ccc bestias ad acabar la obra et aportar so que y sera mestiers e piquas, e palas, » ed autres feramens trops, et vu. M. parelhs de gans e pro vianda a iij meses.

» E l’arssevesque Turpi dix a Robert : maestre, vos avetz a far xx pilars de marmes, et » as a far lo fondament delh cor e fayr xiii fenestras et i trauc redon alh cor delhs sey- » nhors e x arx alh cor, v de quada part, E pueys fay ne xiii per tota l’autra glieysa e y » gardat que totz los capitols sian caus, quar metrem hi relequias per talh que a quest « loc sia gardatz de tota tempestat e de tôt lam per la voluntat de Dieu.

» E Robert dix a l’arssevesque : Seynher, quans quapitols farem ad obs d’autars? E l’apos- » toli : Robert iij ni faytz tan solamcnt per l’astrechyessa del loc; mays las fenestras bon » serana l’autar de Nostra Dona , sian grandas e sobs casquna vos laysxalz i trauc per >» on pusqua intrar una copa plena de relequias; e a quell trauc pusquatz clauser ab una » peyra que jesqua defora en maniera de clau ; et aqusquna de las aulras fenestras lu » layssxa un trauc e délivra la obra et metetz hi covinenmment xx pilars. »

’ L’emploi des marbres qu’on retrouve en France dans des édilices postérieurs, mais qui sont rarement cités depuis les travaux de Prudens et de saint Éloi , suffirait presque pour authentifier cette partie de la légende , en ce que Charlemagne, qui fit son cours d’instruction monumentale à Rome et dans les belles contrées de l’Italie, se montra plus curieux encore que ses prédécesseurs de ces riches matières qu’il fit , comme on l’a vu , transporter à grands frais dans les lieux où elles manquaient , et en y joignant meme des matériaux tout élaborés, tels que chapiteaux, etc., comme on en trouve encore dans ce qui reste aujourd’hui de ses travaux à Aix-la-Chapelle, et meme dans le portique de l’abbaye de Lorsch ( Laureshemium ), près de Worms, publié par M. de Caumont ( Cours d' Antiquités monumentales , ve partie) ; et pl. u de l’ouvrage de Wilmin.

L’exploitation, dès celte époque, des marbres pyrénéens, présentée, il y a quelques années , comme une découverte , offre d’ailleurs une particularité curieuse pour l’appréciation de nos ressources trop inconnues en fait de richesses de notre sol en ce genre , comme le prouvent les carrières de marbre penthélique que M. Héricart de Thury a retrouvées dans le voisinage de Decise (Nivernois) , carrières longtemps exploitées sans doute par les Romains eux-mêmes, et d’où sont nécessairement sortis nos sarcophages en marbre saccharoide, tels que celui de Déois, dont M. Pierquin de Gembloux place l’exécution en fabrique dans la Grèce ( voir plus haut , p. 201 ).

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» tions maçonniques, à cette époque du moins, et une constatation » très ancienne du titre de maître de l’œuvre que nous retrouverons » dans tout le moyen âge), et lui dit: voilà que je t’ai donné mille » hommes et trois cents bêtes pour achever l’œuvre et y apporter ce » qui y sera besoin, et piques, et pelles, et autres ferremens, et sept » mille paires de (nous ignorons la signification que peut avoir ici y le mot gant) j et assez de nourriture pour trois mois.

)) Et l’archevêque Turpin dit à Robert : Maître , vous avez à faire y> vingt pilliers de marbre, et tu as à faire le fondement du chœur » et faire treize fenêtres et un trou rond au chœur des seigneurs et dix w arceaux au chœur, cinq de chaque côté, et puis fais-en treize pour » toute l’autre église-, et aies soin que tous les chapiteaux soient » creux, car nous y mettrons reliques, pour que ce lieu soit préservé )> de tout malheur et de toute affliction, par la volonté de Dieu.

» Et Robert dit à l’archevêque : Seigneur, combien de chapiteaux )) ou couronnements ferons - nous pour autels ? (ce qui prouve que les » évêques étaient les principaux régulateurs des dispositions, les » architectes en chef) et l’archevêque : Robert , trois fais-y en tant » seulement, parce que le lieu est étroit-, de plus, que les fenêtres qui )> seront à l’hôtel de Notre-Dame soient grandes ■, et sous chacune » vous laisserez un trou pour qu’on puisse y entrer un vase plein de » reliques ; et ce trou puissiez fermer avec une pierre qui sorte » en dehors en manière de clé (de voûte) -, et à chacune des autres )> fenêtres tu laisseras un trou -, et achève l’œuvre et mets-y con- » venablement vingt pilliers. »

Veut-on d’ailleurs se rendre compte des soins préalables d’investigations de toute nature qui expliquent le gisement presque toujours admirable des anciens monastères, que leurs titres constitutifs désignent même souvent, ainsi qu’on l’a vu, comme situés in loco jucundo, jucundissimo , et se démontrer que les seules associations maçonniques de cette époque étaient les congrégations monastiques elles-mêmes dirigées par l’évêque ou par l’abbé et procédant avant les travaux, pendant leur durée et après leur exécution, à des solennités mystiques de leur ressort exclusif, et qui expliquent le rang secondaire du maître de V œuvre , sorte de piqueur des laïcs auxiliaires? qu’on lise les détails donnés par Duchesne(û,c constructione monasterii novee Corbeiœj in Saxonia , qua cum irnperio ac voluntate Ludov. Pii, imp.,

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jacta est(t. II, p. 344 et 5 09). On y verra que le choix bien soigneusement étudié du lieu, était encore subordonné aux épreuves de l’expérience1, et bon s’expliquera ainsi la prise de possession des plus beaux sites, des domaines les plus productifs par les fondations monastiques qui, surtout pendant dix siècles, constituèrent presque seules la population intellectuelle et laborieuse , quoi qu’on dise, de l’Occident, sous le rapport du moins de la culture des lettres et des arts.

Loin donc d’imputer à l’excessive piété du Débonnaire les ténèbres qui, bientôt après son règne, enveloppèrent l’Occident, on doit, selon nous, rendre à ce prince celte justice, qu’après une ère de prodiges et de création comme celle de Charlemagne , et dans la situation du monde, l’entier et sincère dévouement de Louis aux intérêts religieux semblait le meilleur moyen de compléter l’affranchissement intellectuel et la rénovation de l’art. L’extension et la belle direction qu’il donna de lui- même, dès son jeune âge , et plus tard avec l’aide de saint Benoît d’Aniane, à la vie cénobitique et aux travaux de tous genres qu’elle comportait, soit ceux littéraires, prou-

1 Dès le commencement du règne de Louis-le-Pieux, Adalhard, abbé deCorbie, parent du roi , voulant , comme nous l’avons dit , faire fleurir la religion chez les Saxons devenus très dociles à la parole de Dieu, convoqua les moines de cette nation qu’il avait dans son monastère , et leur demanda : « Si possit ilia in patria inveniri locus ubi » monaehorum monasterium construi ration abiliter posset. » A quoi Théodrad , l’un d’eux , répondit : « Esse locum , ubi et utraque parle fons vivus emanat et multum » aptus ad hoc opus ; » les premières tentatives n’eurent pas de suite. En 815, on commença dans un lieu nommé Hecho les travaux de construction qui se poursuivirent pendant plus de six ans, mais sans résultât utile , « nam locus ita aridus crat , ut nec victum » nec vestimenlum ibidem invenire possent » ; aussi l’abbé Adalbert s'occupa-t-il de transporter son monastère dans un lieu plus favorable : « sed ubi vel qualiter invenire nequibat ». Dans cette incertitude, il divisa, pour les recherches, ses moines en trois détacheinens ,. à la tête de chacun desquels il plaça un prieur. Adalhard, qui avait repris la direction de l’abbaye , se rendit avec son frère Wala sur le lieu propice, situé sur le bord du lleuve Visera (le Véser), que ses moines avaient trouvé... : « invenerunt locum quia » crat optimus et habitationi monaehorum congruus. Alors (en 822) , « circumspecto ex » omni parte et undique circuientes , prostrati in orationem decantaverunt psalmos ad » hoc ofjicium pertinentes, et postquam compleverunt letaniam et orationem , jactaverunt » lineamel infixerunt (les moines et les moines seulement) paxillos, et cœperunt men-

» surare , prius quidem templum , inde habitationes fratrum . Sed primum petierunt

» episcopum, ut veniret , et sanctificaret locum, vexillumque Sanctæ Crucisin loço altaris » poneret . et eadem die cœperunt qui aderant ædificia erigere. »

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vés par l’accroissement des bibliothèques conventuelles, et ceux d’art constatés par d’innombrables traditions, devaient, ainsi qüe les réformes, peut-être trop osées pour sa force, qu’il tenta d’introduire dans les usages et les mœurs du haut clergé, tendre à ce noble but , reculé de plusieurs siècles par la lutte fratricide qui vint, digne complément des attentats parricides, jeter partout l’épouvante et le deuil et priver de ses plus valeureux soutiens un empire dès lors en proie à tous les déchiremens. Reconnaissons en même temps que si la faiblesse de ce prince, plus que débonnaire , ne lui permit pas de conserver, pure de toute atteinte, la couronne que lui avait léguée son père, et que vint trop tôt remplacer celle du martyre, ses fautes du moins ne tinrent qu’à son extrême bonté et au désir d’assurer le repos de ses peuples, qui jouirent en effet sous son règne de tous les cléveloppemens de la grande pensée de Charlemagne sur la culture des lettres et des arts.

Quelques aperçus positifs appuyés sur des textes contemporains en diront plus à cet égard qu’une longue phraséologie.

On a pu juger par les détails prodigués dans nos notes sur les innombrables fondations religieuses des quarante premières années du IXe siècle, quel fut alors en France le concours général du prince, des évêques, des seigneurs , des abbés et des moines pour ouvrir à la piété des asiles consacrés en même temps aux lettres et aux arts , que la plupart des saints fondateurs ou directeurs de ces monastères confondaient dans un même amour-, et l’on a déjà sans doute déploré avec nous que des distractions politiques, telles que l’imprudent essai d’affranchissement de l'Italie par un petit-fds de Charlemagne, aient impliqué la participation au complot de plusieurs de ces abbés les plus illustres, tels que Théodulfe, Wala 1 , Helisa-

1 Nous avons assez fait connaître Théodulfe, sous le rapport surtout de la science , des lettres et des arts qu’il cultivait lui-même et qu’il lit fleurir dans son abbaye de Saint- Benoît-sur-Loire , restée veuve de lui pendant la captivité qu’il subit à Angers, et qu il ne revit que pour y mourir. Wala, petit-fils de Charles-Martel , quoique tout puissant auprès de Charlemagne, avait choisi la vie claustrale, et se trouvait a Corbie avec son frère Adalhard, abbé de ce monastère en 809, lors de la première expédition monastique en Saxe, pour la construction d’une nouvelle Corbie. Cette mission, qu'il mit à bonne fin plus tard, en 822, de concert avec son frère Adalhard, revenu de son exil, prouverait seule la confiance qu'il inspirait déjà aux moines d’un monastère où, dès ce temps, dit Mabillon , « florebanl studia litterarum , Paschasio Badberlo præceptore ». On doit croire

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char l'héritier et le continuateur des magnificences du gendre de Charlemagne , Hildüin2, le célèbre abbé de trois de nos principaux

que cê monastère fut régi par Wala pendant le séjour de cinq années qu’Adalhard fit en Italie, car il signa comme abbé le testament de Charlemagne , et alla au même titre audevant de Louis-le-Pieux, auquel il était suspect, à raison de sa grande autorité près de l’empereur défunt « ob idque Ludovico suspectus ». Mais le Débonnaire passa bientôt de la méfiance à un abandon sans réserve , lorsqu’ayant relégué , sur de simples soupçons, en 814, Àdalhard dans le monastère de l’île d’Hère (Noirmoutiers), il confia à Wala non-seulement la direction du monastère de Corbie, mais, vers 822, le soin d’accompagner en Italie son fils Lothaire, et de lui servir de guide dans l’administration de ce royaume « ob institulionem et dispositionem regni ». Wala répondit mal à cette haute confiance, si l’on en juge du moins par la conduite de son élève et par la participation active du maître aux funestes complots de 830 et de 833, dont l’issue relégua ce moine ambitieux dans le monastère de Bobbio, où l’on doit croire qu’il fit pénitence publique des malheurs qu’il attira sur cette France sauvée par son aïeul, puisqu’on lit dans les Actes des bénédictins (sect. iv, p. 458) , qu’il se proclamait hautement un homme de troubles et de discorde : « virum rixœ, virum discordiœ se progenitum ingemuerit ».

1 Helisachar , après avoir dirigé avec distinction un grand nombre de monastères, avait, en 822, obtenu celui de Centule (Saint-Riquier) , si célèbre par les grands travaux d’art d’Angilbert, par les trésors de tous genres que son inventaire nous révèle, et par ce qu’on lit dans les Acta Sanctorum Bened. (sect. iv, p. 104), que cette abbaye possédait , outre la ville de ce nom , treize autres villes, trente villages, un très grand nombre de métairies , et que les seules offrandes annuelles au tombeau de Saint-Riquier lui constituaient un revenu d’environ deux millions , ce qui formait à Y abbé, que M. de Chateaubriand compare à un patriie romain ( Ètud . hist., t. III, p. 271 et suiv.), une admirable principauté. Ayant, quoique chancelier, abandonné dans le moment critique la cause de l’empereur, Helisachar fut envoyé en exil et excepté, avec Wala , des mesures de clémence dont l’âme du Débonnaire se montra si prodigue. Ce fut même pendant cet exil , qui dût porter atteinte à la marche des travaux de ce grand monastère, qu’on s’occupa de l’inventaire général , ce tam in thesauro ecclesiæ quem in bonis forensibus, » dont rious avons cité quelques cotes. Voir d’ailleurs, pour les richesses en tous genres dont regorgeait ce couvent, en sculptures , mosaïques , autels , en bas-reliefs , argent, tentures , la Vie de saint Angilbert ( apud Duch. et Mab. , Act. SS. ord. Bened., t. Y, p. 109 ad 127).

2 Peu de prélats de ce temps sont plus célèbres, à tous égards, que Hilduin, archichapelain et abbé de Saint-Denis, où il établit la réforme religieuse, et de plus, abbé du monastère de Saint-Germain-des-Prés , qu’il combla de ses biens personnels ( voy . sa donation. Annales Bened., t. II, p. 486 et 487), et de Saint-Médard de Soissons, qu’il dota notamment des reliques de saint Sébastien, qu’il avait été chercher à Rome, et dont il construisit, en 823, la nouvelle basilique : et ce qui prouve en faveur de ce prélat, c’est la remarque de Mabillon, que ce cumul d’abbayes, contraire aux règles canoniques, mais qui n’en est pas moins très commun dès cette époque même, ne tenait aucunement à la cupidité, mais bien à la sympathie des moines qui réclamaient tous la direction de cet illustre abbé. L’exil , que lui valut sa présence « cum eo comitatu et apparatu » à l’assemblée de pioyon d’octobre 830, eut donc un triple retentissement dans les monas-

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monastères , Ebbon, archevêque de Reims ', dont l’ingratitude et l’ambition causèrent la perte , Abon, Jesse et beaucoup d’autres , arrachés à la direction de ces pieuses et savantes études dont la poursuite, sous l’impulsion donnée par eux-mêmes , eût nécessairement produit des fruits plus savoureux et plus hâtifs. On concevra bien mieux encore ici l’effet de ces fâcheuses mutations qui rompaient l’unité dans l’enseignement , en voyant à quel point elles furent multipliées par l’ombrageuse défiance des frères ennemis. Le rang qu’occupaient alors la plupart des hauts prélats dans la hiérarchie sociale leur interdisant, pour ainsi dire, de rester étrangers à ces luttes, ils durent en subir les chances plutôt contraires que favorables, si l’on en juge par le petit nombre relatif des grandes influences religieuses de cette époque qui , suivant l’exemple de Raban,

tères confiés aux soins éclairés de ce savant écrivain et artiste, ainsi qu’en témoignent son Areopagitica , plaidoyer pour la naturalisation française de l’évêque d’Athènes, mais surtout sa célèbre basilique. Heureusement son exil fut de courte durée, l’empereur, au souvenir des grands services rendus par Hilduin, l’ayant rappelé, dès 831, à la tête des abbayes de Saint-Denis et de Saint-Germain, en exceptant seulement celle de Saint- Médard, remise en d’autres mains, et la dignité d’archichapelain dont Fulcon avait été investi ; ce qui n’empècba pas Ililduin de retomber, à la mort de Louis, dans le parti de Lothaire.

D’autres prélats encore, non moins utiles sans doute à la direction des études monastiques, et plusieurs évêques de France, notamment ceux d’Amiens et de Troyes, après avoir été compris dans la sentence de mort de la diète de Nimègue , puis graciés par le Débonnaire « cunctis dejudicatis ad mortem, vitam concedit » ( Hist . Astron. , c. xlvi), se trouvèrent, surtout après la récidive de 833, obligés d’abandonner la direction des travaux monastiques pour aller mourir sur le sol étranger, causes de pertubation bien contraires sans doute à la marche des études de tous genres, mais qu’auraient surmontées les tendances générales de l’époque, si cette noble impulsion même n’eût été bientôt confondue dans des soins plus urgens et plus graves résultant du misérable état des affaires de la France.

i Fils de la nourrice et compagnon d’études de Louis-le-Pieux, Ebbon, redevable aux bontés de ce prince de l’évêché de Reims et de hautes missions , méconnut, comme on l’a vu plus haut, ces signalés services jusqu’à se livrer tout entier à Lothaire, dans la seule expectative de la riche abbaye de Saint- Waast ; ce qui lit dire à Tégan, irrité de cette ingratitude envers son bienfaiteur : « Vestivit te purpura et pallio, et tu eum induisit » cilicio! » Sa déposition méritée entraîna la suspension des beaux travaux qu’il avait entrepris à Reims , et qu’Hincmar termina comme nous l’avons dit ailleurs (Flodoard, Hist. Eccl. , Rem. t. III, c. v.). De cuisans remords exprimés par une pénitence publique témoignèrent d’abord du repentir de cet ambitieux, qui mourut toutefois dans l’impénitence linale.

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abbé de Fulde1, et de Loup, abbé de Ferrières2, demeurèrent fidèles à leur prince.

1 Dans tous les compendium de cette époque , se trouve cité à chaque page le nom de Rabanus, abbé du monastère de Fulde, évêque de Mayence, l’un des élèves de cette école de Tours fondée par Alchuin , pour charmer ses loisirs pendant l’absence du grand monarque , et l’un des disciples les plus distingués de ce savant Anglais, qui lui donna le surnom de Maurum et l'adopta pour élève , ainsi que le reconnaît Rabanus dans ses ouvrages, et notamment, observe Mabillon , dans ses vers , « de sancta cruce prœfixo ,

» ubi eum pro se beato Martino ita supplicantem inducit :

« Sancte Dei præsul, merilis in secula vivens , etc. ».

( Annal . Bened. , t. Il , p. 335.)

Devenu maître à son tour, Raban ouvrit, notamment à Fulde, des écoles « causa dis cendi artes liberales , » d'où sortirent de saints et savans littérateurs tels que Loup , l'un des successeurs d’ Alchuin , comme abbé de Ferrières , l’écrivain le plus poli du IXe siècle, qui lui écrit ad Rabanum prceceptorem ( apud Ducli. , t. II, p. 753), Dans ses leçons, Raban put, en mettant à profit les enseignemens d’AIchuin, étendre en effet ses préceptes à plusieurs arts, car il était à la fois poète et peintre , ou du moins ami de ce dernier art , comme son prédécesseur OEgil, abbé de Fulde, qui fit orner de peintures l’apside de son église par un de ses moines , Bruun , surnommé Candidus, dont le portrait, œuvre d’un de ses coreligieux, se trouve gravé dans les antiquités de Fulde (p. 170). Raban ne voulut pas demeurer en reste et fit peindre l’église de Rathesthoph , « quam picturis decenter » ornavit ( apud Duch. et Mabill., t. VI, p. 16) . De toutes parts d’ailleurs, selon un usage qu’on trouve également sous Charlemagne, dont le palais et le temple d’Inghelheim étaient couverts de belles peintures « pictura insigni » (. Ermold Migell., poème de Gest. Lud. Pii, lib. iv) , on voyait sur les murs peints des églises, des inscriptions en vers dont un grand nombre furent l’œuvre de cet abbé, le plus laborieux et le plus savant écrivain de son siècle, comme le prouvent les quarante-quatre ouvrages publiés sous son nom dans l’édition incomplète de ses œuvres, donnée à Cologne en 1627, ouvrages dont un Traité des louanges de la croix présente cette particularité, presque niaise à nos yeux , d’offrir en 35 vers de 35 lettres et formant des acrostiches tétragones, les configurations mystiques de la croix. Des contrariétés suscitées par Ratgard, qui lui reprochait de détourner sur les études le temps consacré à la prière, ajoutèrent à son instruction, en lui offrant des loisirs dont il profita pour visiter les lieux saints.

2 Les œuvres de son élève Loup, abbé de Ferrières, réunies par Daluze et bien analysées dans Ynistoiré littéraire de la France (t. V, p. 255-272), principalement ses lettres, au nombre de 130, adressées à d’éminens personnages, suffiraient pour prouver que la littérature de cette époque tendait dès lors, comme les arts, à un perfectionnement pratique dont la marche fut longtemps suspendue, à partir surtout du siècle, par les crises, d’autant plus déplorables alors, que produisirent l’ambition et la cupidité des fils du Débonnaire , excitées par les passions des évêques ; car on trouve les germes de ces discordes dans les réglemens de ce prince sur la restitution aux églises des biens usurpés, sur les éperons d’or, sur le luxe personnel du clergé et sur la discipline ecclésiastique. Il est vrai qu'une autorité aussi imposante que celle de Charlemagne eût pu seule toucher impunément peut-être à l’encensoir qui brisait alors les trônes faibles , surtout entre des mains comme celles de

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Telle était cependant la force d’organisation de ces associations studieuses, la puissance de l’ordre dans renseignement de ces ateliers monastiques, que, malgré les fréquentes perturbations, nécessairement nuisibles à la perfection des études , on y trouva , longtemps encore après les grands désastres , des traditions d’études littéraires et d’art qui peuvent faire augurer ce qu’ont eût dû attendre des travaux des moines du IXe siècle continués sous une direction paisible et soutenue.

Citons seulement ici l’un des monastères types , celui de Saint- Gall, comme placé au centre des fluctuations politiques de cette époque, et comme reproduisant pour 1ère carolingienne l’idée que Saint-Ouen nous donne du monastère de Solognac , véritable pépinière d’artistes , sous saint Eloy.

L’un des principaux historiens de Charlemagne, le moine de Saint- Gall , qui illustre ce titre même, par le piquant de ses récits, nous a déjà montré quelles ressources d’art on trouvait dans son couvent sous ce prince, en nous citant la spéculation dont fut victime le moine Tancho : « Opifex in onini opéré ceris et vitri cunctis cxccllen- » tior ; » et nous avons vu plus haut (p. 484)5 sous l’année 835, l’abbé Gozbert inaugurer dans ce monastère la nouvelle basilique de 200 pieds de long sur 80 de large, commencée en 828, et qu’il construisit en sept ans, à l’aide du moine Winihard , architecte, et avec la collaboration de tous les autres frères; ce qui fit dire à un écrivain contemporain, Ermenric , moine d’un monastère voisin {Augiense) : « Ou trouver ailleurs que dans le monastère de Saint- Gall des serviteurs » de Dieu excellant dans tous les arts....?

(c II serait difficile cle rencontrer autant d'hommes industrieux et » savetns dans l’art de construire les édifices en toutes matières . Voyez , » si vous en doutez , la basilique et le cloître. » Winihard est, scion lui, un nouveau Dédale , et Isenric (sans doute celui qui travailla les métaux, le bois, etc.) un second Béséléel. Il parle ensuite d’un autel d'or 1 que donna Amalgérus, in divino cultu rcligiosus, etc., etc.

l'acticux de sang royal , tels qu’Adalhard , Wala, appuyés de fougueux émules que créèrent bientôt de pareils points d’appui, dans l’ordre , alors si puissant , des évêques et des hauts prélats.

' Encore un autel d’or : on ignore en quoi consistait et ce qu’est devenu celui-ci; mais tout doit porter à penser qu’exécuté pour un tel monastère , peuplé d’ailleurs d’artistes

t,’a.p,t chrétien.

Or, quelques années plus tard, en 83y , Gozbert , atteint d’une maladie grave, désigna pour son successeur Bernwic, appelé également par les vœux des moines. Ce doyen qui « non minori laude

habiles dont un mérita qu’on l’assimilât à Béséléel , l'envoyé de Dieu , ce monument d’art en riche matière ne pouvait être inférieur à celui de la basilique Ambroisienne de Milan , travaillé précisément vers le même temps : « Noviter mirifice ædificavit , » dit dans son diplôme du 1er mars 835 l’archevêque Angilbert II, en le confiant aux soins de l’abbé Gaudentius et de ses successeurs : « In tutela et omni custodia Gaudentii abbatis et in ejus ditione » perenniter suisque successoribus permaneat sine fine ( diplôme donné par Puricelli,

« Mon. Amb. , n° 44). » Ces successeurs se montrèrent bien dignes d’un tel dépôt, puisqu’après plus de dix siècles, et malgré les innombrables causes de destruction plus fréquentes, comme fluctuations guerrières, pour la Lombardie que pour les autres contrées, il existe encore dans le même lieu et brillant de tout l’éclat tiré de son riche amalgame, lames d’or et d’argent, et nombreuses pierreries, évalué vers 1580, à 280,000 florins d’or, à un florin par livre (il Corio, dell' Historié Milanese , parle I).

Cette considération et la rareté des types incontestables de l’art de cette époque nous ayant décidé à publier (pl. xvm de la 9e série de Y Album) , après l’avoir étudié surplace, comme l’un des types les plus ramarquables de l'art chrétien , dans une époque peu connue , ce magnifique monument d’orfèvrerie et d'incrustation , bien qu’il figure déjà dans les ouvrages spéciau* de Puricelli et du docteur Julio Ferrario , nous ne voulons pas terminer nos aperçus généraux sur Vart chrétien sans citer cet autel comme témoignage de ce que nous disons plus haut sur la prospérité de l’art au IXe siècle , non seulement en Lombardie, mais dans toute la France, bien plus prospère alors, comme chef-lieu de l’empire et foyer des grandes réunions de Noyon , de Compiègne, de Saint-Denis, etc., que ses dépendances cisalpines et autres. Ce qu’on remarquera sans doute avec nous, par la mise en parallèle dans nos planches de cet autel votif du IXe siècle , authentifié par les Diplômes, par le nom d’ Angilbert, relaté dans les vers incrustés et dans le médaillon de donation, comme par le nom de l’artiste Wolvinius, magister phaber, avec le magnifique autel d’or de Basle , du XI0 siècle (pl. xxie de la même série) , consacré aussi à l’occasion d’un fait miraculeux , et que nous avons pu , grâce à l’obligeance du colonel Theubct, faire dessiner de manière à reproduire scs moindres caractères, c’est l’opposition bien tranchée du style de ces deux époques et la marche pour ainsi dire rétrograde qu’a suivie l'art en abandonnant les inspirations latines pour les types byzantins, et la désinvolture pour la raideur. Aussi s'est-on bien gardé, dans l'exécution de l'autel de Saint-Henri, de multiplier les basreliefs comme sur les diverses faces de c lui de l’Ambroisienne , et s’est-on borné, comme nous le démontrerons plus complètement à nos cliap. xi v et xvn, a formuler dans quelques grandes figures le caractère grec des imagés acheïropoïèles infusé dans l’art en France, à la suite du bouleversement opéré au Xe siècle , dans tous nos erreinens traditionnels.

En recueillant nos souvenirs, déjà de vieille date, sur l'effet de l’ensemble et des détails de ce grand et magnifique monument de la splendeur de l'art chrétien en pleine floraison , chef-d'œuvre de goût comme ajustement, d'érudition par le choix des sujets, et d’un grand intérêt archéologique par la consécration authentique de beaucoup d'anciens usages, nous nous sommes toujours étonné de l'obscurité relative à laquelle il semblait voué quoique constituant presque seul un spécimen complet et presqu'inlact (sauf une restauration que

l’art chrétien.

)> abbatiam administraturus esset , » fut nommé ; mais le roi (Louis de Germanie), indigné de ce qu’il avait pris parti pour son frère « cum Lothario adhœsisset , » le révoqua sans pitié, et le remplaça

nous indiquerons) de cette magnificence célébrée par Anastase , qu’on est malheureusement réduit à croire sur parole en l’absence des riches tributs de la piété des papes de ces époques, tributs si minutieusement décrits et pesés par l’historien, tels que l’image de saint Pierre , en or très pur, avec grandes et belles pierres précieuses, pesant dix -neuf livres trois onces, exécutée pour Léon III, en même temps que le ciborium de la basilique Constantinienne, en argent très pur, pesant 1227 liv. ; les quatre tables de Charlemagne, etc. Aussi , ne nous sommes nous jamais expliqué comment, ayant ouvert dans ses écrits un cadre où les travaux de ce genre avaient une place assignée (Anlichita ltaliana, dissert, xxiv, delle arti de l’italia dopo la declinazione dell’emperio romano, t. I , p. 281 et suiv. ) , le docte Muratori a négligé de parler de cet autel alors même qu’il décrivait la curieuse mosaïque (de 836) du chœur de la basilique Ambroisienne , création du même Angilbert , et que nous donnerons aussi dans nos planches. C’eût été cependant pour le savant italien la démonstration qu’il exprimait le regret de ne pas rencontrer, en disant (p. 296 de la même dissertation): » La preziosita del métallo fece-guerra a questi lavori , ne si lascio pervenire aposteri. » Quel objet eût pu mieux que les quatre revêtemens verticaux de cet autel en relief de métal, avec pierreries, perles, etc. , d’un travail exquis, fournir à ce savant une solution sur la nature de ces beaux travaux, tels que les tables de Charlemagne , dont l’exécution devait avoir quelqu’analogie avec ces plaques, et lui prouver, qu’ ainsi qu’il le pressentait, les produits d’art de ce temps pouvaient, quoi qu’on en ait dit, ne pas participer d’un gusto barbarico , et qu’on pouvait y trouver * di che ammirare l’industria di quegli » artefici ? » A cet égard , nos planches en diront plus même que les descriptions détaillées que nous y joindrons.

Caslellione ( Antiquitates Mediolanenses ) , Mabillon ( Diarium italicum, c. n), Lansi et le comte de Cicognara , n’ont pas commis le même oubli que Muratori ; et leur témoignage, qui est d’un grand poids quant à l’appréciation du beau style de cet ouvrage, ne peut que confirmer l’opinion que nous émettons sur l’état florissant des arts, de Y orfèvrerie surtout, au IXe siècle, par suite de l’appui prêté aux papes par Charlemagne et des encouragemens directs de ce dernier prince et de sou fils. Aussi, loin d'envier la gloire que peut ajuste titre tirer la Lombardie de son Wolvinius, qu’il fût Italien ou non , non plus que celle qu’ont pu faire rejaillir sur Vérone les travaux de son archidiacre Pacifique, nous ne tendons qu’à démontrer par une sorte de statistique conventuelle que cette prospérité de l’art, malheureusement trop transitoire, était générale alors dans la France comme dans l’Italie , soumise depuis plus de soixante ans à la domination des Franks ; et que s’il ne nous est pas donné d’en administrer d’aussi belles preuves, au chef-lieu de l’empire , que celle qu’offre encore la basilique Ambroisienne , la faute en est sans doute moins aux causes générales de destruction, communes à l’Italie comme à la France, qu’aux désastres des guerres religieuses plus spéciales à notre pays et plus fatales que toutes autres aux monumens sacrés en riches matières, et peut-être aussi , à d’autres égards, à ce que les préposés à la conservation de ce qui nous restait de ces riches débris de l’art chrétien, se sont montrés plus dociles aux sommations de nos brise-scellés que le digne gardien de F Ambroisienne , M. Gabrio Nava, dont la résistance légale aux menaces et aux violences des délégués de

lé ART CHRÉTIEN.

par le moine Engclbert , auquel un nouveau caprice de même genre, « forte quod Lotharii studiosior videretur » , fit bientôt après substituer Grimald, archichapelain.

Tous ces changemens devaient d’autant plus altérer l'accord monastique, et nuire surtout à la marche des travaux d’art , que, privés de leur droit d'élection, les moines le revendiquèrent hautement, ce qui suppose une sorte de sédition , et qu’après l’avoir obtenu du roi par l'intervention généreuse de Grimald , ils élurent pour abbé le moine Harmot, « vir cum genere tum scientia et moribus insignis »; mais au lieu de s’offenser de cette éviction , et d’exciter une collision fatale aux intérêts du monastère , Grimald présenta au roi l’abbé nouvellement élu , se bornant à demander pour lui-même un local particulier, où il s’efforça de compléter l’œuvre de Gozbert , tant pour la discipline que pour la régularité des édifices. Bientôt l’accord se rétablit , et Grimald , assuré de la bienveillance et du concours des moines , construisit de nouvelles et amples maisons abbatiales, que les moines de l’abbaye voisine (Augiense) ornèrent de peintures : « ad hœc amplissimas Grimaido exstruxit abbatiales œdes, » quas Augienses monachi picturis exornarunt. » ( Annales Bened . ,

t. II , p. 584) •

Pour qu’on recueillit tous les fruits qu’on avait droit d’attendre de semblables dispositions, non seulement communes à la plupart de nos grands monastères, comme nous l’avons prouvé en parlant surtout des travaux de saint Benoît d’Aniane , de ceux d’Ansegise , abbé des trois monastères, de Fontenelle, de Luxeul et de Saint-

nôtre Directoire Exécutif, assistés même de la garde polaque , ont assuré la conservation de ce chef-d’œuvre ( voir Ferrario , p. 127 et 128, pro memoria al présidente del directorio esecutivo; e narratio di unnuovo attentato all’pallio d’oro).

Les artistes de Saint-Gall cultivaient également avec grand succès la calligraphie et la peinture des manuscrits. On cite surtout deux moines de ce temps même, Sintramne et Modestus, non moins célèbres dans cet art qu’Éribert, calligraphe renommé , sous le même règne de Louis-le-Débonnaire , auquel se rattachent d’innombrables travaux d’art qui tendaient à se reproduire dans sa descendance ; car sa fille , la duchesse Giselle , moins distraite sans doute que ses frères du soin de cultiver l’art chrétien , lit exécuter de belles peintures qu’on voit encore dans une petite église d’Aquilée (p. 46, de VAntichita d’Aquileia) , par Bertoli, qui donne la gravure de ces compositions représentant Jésus sur la croix j la Vierge, saint Georges, la donatrice cl diverses allégories.

l’art chrétien.

Geruiain-de-Flaix 1 , etc. , etc. , mais en outre étendues avec tous leurs développemens à l’Italie2, qui recevait alors l’impulsion de

I Nous avons parlé du peintre français Madalulfe, chanoine de Cambray, qui fut chargé par Ansegise d’orner de peintures les édifices de ses monastères , les plafonds de leurs églises « dormitorium nobilissimis picturis , in maceria et in lequeari... universamque » hasilicam variis picturis decorari jussit ». (Voir pour l’ensemble de ces travaux , la vie de ce saint, Dachery et Mabill., t- V, p. 634 et 636, et la Chronique de Fontenelle , chap. xxvn , Spicilége de Dachery, t. II, p. 280, 281.) Les habitudes de modestie et de simplicité firent souvent exclure les peintures des dortoirs et même des réfectoires, comme on le voit dans la Vie de saint Benoît d'Aniane ( apud . Dachery et Mabill. , t. IV, p. 193), et pour les dortoirs, dans ce que dit Mabillon ( Annales Bened., t. II, p. 145) de la rigoureuse observation de cette règle d’austérité dans le monastère du Mont-Cassin : « in dor- » mitono nihil pictum aut variatum »; cependant , vers la même époque, Pascal Jer, mort en mai 824 , faisait peindre des portraits de saints dans le dortoir du couvent de Sainte-Agnès ( Annales Bened., t. II, p. 443).

II est vrai que le choix du sujet des peintures, d’où pouvait dépendre tel ou tel inconvénient, n’était pas encore laissé au libre arbitre des artistes , entièrement dirigés par les pères et par les antiques traditions, comme l’avait consacré, selon la remarque d ’ Eméric-David , le deuxième concile de Nicée, en disant (act. vi , t. IV, col. 360, act. concil., éd. 1714): « L'artiste n invente rien, sa main ne fait qu'exécuter : il est notoire » que l'invention et la composition des tableaux appartiennent aux pères qui les con- » sacrent y à proprement parler ce sont çux qui les font. »

Voici le texte applicable aussi à la sculpture: « Non est imaginum structura pictorum

» inventio, sed ecclesiæ catholicæ legislatio et traditio . Atqui consilium et traditio ista

» non est pictoris; ejus enim sola ars est, verùm ordinatio et dispositio palrum sancto- » rurn , etc, »

Qu’on remarque bien cette sentence canonique en vigueur depuis le IV<- siècle, et qui a régi l'art chrétien jusqu’à son émancipation.

3 La Lombardie meme, ce grand foyer de l’exploitation architecturale d'Occident, selon le système Ilope , nous offrira dans une de nos planches (pl. xix delà ix<= série de V Album)* une preuve irrécusable du concours des moines à ces belles constructions ; car nous ne pensons pas que l’architecte anglais voie des maçons de Corne dans ces hommes vêtus de noir, à grandes robes et manches pendantes , placés dans un des tympans de la tribune de la basilique Ambroisienne , en action d’offrir au saint patron de cette église le modèle de cet élégant ciborium, contemporain aussi de l’autel d’or cité ci-dessus, que cette volta recouvre au moins par sa reconstruction , car on peut croire que les quatre colonnes de porphyre dont la base est restée enfouie, soutenaient une autre voûte peut-être aussi ancienne que la basilique même, dont le sol aurait été exhaussé du V* au IXe siècle.

Castcllione, écrivain du commencement du XVIIe siècle, a donné dans ses Antiquités Milanaises ( Thésaurus antiquitatum, etc., Italiœ Alpibus vicinœ, t. III, p. 487, 488 et 489), des détails qui nous semblent, d’accord avec le caractère d’art , démontrer en effet la contemporanéité de l'autel et de la tribune. Nous les discuterons dans l’explication de nos planches, ainsi que les opinions de Puriceîli et du docteur Ferrario, tant sur ces deux monumens que sur la mosaïque du chœur que Puriceîli (Ambr. basil ., fo 133) attribue

l’art chrétien.

France, plutôt que de 1 imprimer à l’Angleterre1, où le pouvoir concentré n’abandonnait pas les traditions des princes de FHeptarchic et

au moine Gaudentius , sans nous prononcer toutefois sur la tradition qui assigne pour origine à toutes ces magnificences la profanation que commit Angilbcrt en extirpant de la mâchoire de saint Ambroise une dent qui , bien que montée en bague , alla se replacer d’elle-même dans sa sainte alvéole.

Anastase-le-Bibliothécaire, qui écrivait ses Vies des papes vers ces époques mêmes, donne sur leurs travaux d’art des détails analogues à ceux tirés de nos annales , et l’on lit également dans Léon d’Ostie que l’abbé du Mont-Cassin (Potto), construisant un temple en l’honneur de saint Michel, le fit orner dans tout son contour de belles peintures et de vers comme ceux que Rabanus composait pour nos basiliques « camque ( ecclcsiam ) » etpicturis insignibus et carminibus in gyro decoravit » ( Chron . Cas., 1. i, c. x, apud Muratori, Script, rer. ital., t. IY, p. 275).

» Nous avons parlé incidemment (p. 435), des magnificences anglaises qui vinrent aux Vile et Ville siècles offrir, de concert avec la piété de nos rois , un asile à l’art chrétien exilé de Rome par l’oppression lombarde. Donnons-en une idée puisée dans les historiens anglais, en nous bornant à la chapelle de Glastenbury, que fit élever le pieux roi Ina , roi des Saxons occidentaux et reconnu plus tard monarque général de ce peuple. Cette chapelle, dit Guillaume de Malmesbury ( Antiq . Glast.), était en or et en argent, avec des ornemens et vases en même matière. On employa à sa construction 2680 livres d’argent; à la fabrication de l’autel, 264 livres d’or ; au calice et à la patène, 10 livres d’or; à l’encensoir, 10 livres 2 mancis (petits poids de 14 grains) de même métal ; aux chandeliers, 12 livres et demie d’argent ; à la couverture d’évangiles, 20 livres 40 mancis d’or; aux vaisseaux destinés à contenir l’eau et autres vases employés à l’autel , 17 livres d’or ; au vase servant cà laver les mains, à celui qui contenait l’eau bénite, 20 livres d’argent; aux statues de Jésus-Christ , de la Vierge et des douze apôtres , 175 livres d’argent et 38 livres d’or. La couverture de l’autel, ainsi que les vêtemens sacrés des prêtres , étaient tissus d’or et richement ornés de pierres précieuses, emplois qui, réunis , comprenaient plus de 365 livres d’or et 2897 livres d’argent.

On doit d’autant plus remarquer le luxe d’un prince du Nord et encore à demi-barbare, qu’il contrastait alors avec les dévastations iconoclastes contemporaines de Léon-l’Isaurien, et avec la pénurie de Rome où Grégoire II, qu Ina vint visiter en 726, après vingt-sept ans d’un règne glorieux , manquait de ressources et de bras pour réparer les murs de la ville. Aussi le prince saxon concourut-il doses deniers à l’illustration de la ville sainte en y construisant une belle église et le collège anglais longtemps célèbre. Dégoûté des splendeurs de ce monde , comme tant de princes de ces époques , Ina se confina dans un cloître et y finit ses jours sous l’habit monastique , ce qui suffit sans doute pour lui mériter le surnom de saint que lui donne le vénérable Bedc. Sa femme Etelburge imita cet exemple et prit le voile.

Ce que nous avons dit plus haut (page 435) des abbayes de Wiremouth et de Croyland , et des leçons jnatiques où Alchuin puisa les enseignemens qu'il importa en France et que sa haute influence y féconda, prouve la suite donnée parles rois saxons aux nobles inspirations d ' Ina , et nous en trouvons de nouvelles preuves pour l’époque dont nous traitons ici, dans les dispositions d’Ëthelwoiph, fils et successeur du premier roi de toute l’Angle-

l’art chrétien.

même à l’Orient , où les fureurs iconoclastes n’avaient pas éteint les pratiques d’art 1 -, il aurait au moins fallu que les trois fils survi-

terre (Egbert). Ce prince, monté sur le trône en 837, vint en France en 852, accompagné de son fils Alfred qui régna en 871, avec le surnom mérité de grand, et poursuivit son voyage jusqu’à Rome, où il se signala par de grandes libéralités, indépendantes même des soins de restauration du college anglais fondé par Ina et de l’extension du romescot ou denier de saint Pierre, tribut créé par Offa et que toute l’Angleterre paya au Saint- Siège jusqu’au schisme d’Henri VIII.

Les liens qu’Ethelwolph serra avec Charles-Ie-Chauve , dont il épousa la fille Judith, durent contribuer à rendre l’exercice des arts commun aux deux nations , et sans doute aussi à ouvrir un refuge en Angleterre à ceux de nos artistes qui , paralyses par faction dévastatrice des Normands , purent aller concourir aux magnificences par lesquelles Alfred-le-Grand illustra son règne.

» Quelques circonstances bien constatées suffiront pour démontrer combien l’art était encore vivace en Orient, malgré toutes les tribulations qu’il eut à subir de la part de Léonl’Isaurien, de son fils et de quelques autres princes impitoyables sur la question des images, qui n’impliqua pas , il est vrai . les autres branches connexes de la peinture et de la mosaïque de pure décoration, restées en usage même dans les palais de ces princes et dans les églises. (Cedrenus, Çompend. hist., p. 518, 540).

A peine le concile de Nicée avait-il consacré de nouveau le culte des images, que le portrait des 318 évêques dont il se composait vint orner la cathédrale de cette ville ( Hodœpo riconS. Willebalbi ; apud Canisium, lect. antiq., t. II, part, i, p. 114), et quoique le système iconoclaste eût prévalu de nouveau sous Léon-1’ Arménien, en 819, et même sous son successeur Michel Balbus, qui, passé pour ainsi dire de l’échafaud sur le trône, tenta, mais vainement, en 824, d’amener à ses vues Louis-le-Débonnaire, « ad pacem componendam, » sed révéra ad bellum sacris imaginibus conciendum » {Annal. Benedict., t. II, p. 456); et bien que ce n'ait été que par une fraude pieuse que , mettant à prolit , en 842 , une grave maladie d’un autre Michel , le fils de Théophile, les moines aient obtenu comme concession le rétablissement de leur culte de prédilection, l’empereur Basile-le-Macédoniçn , lorsqu’il voulut plus tard, vers 867, a racheter par la richesse de ses monumens l’hérésie » et les cruautés de ses prédécesseurs » (Eméric-David, Disc, hist., p. 147), trouva tous les arts prêts à lui venir en aide. « Aucun empereur d’Orient , ajoute le même écrivain , » si l’on excepte Constantin et J ustinien, n’avait construit autant d’édifices : le jaspe , l’al- « bcàtre, le porphyre, y éclataient de toutes parts ; les murs, les plafonds, lessoubasse- » mens , les pavés , les portiques extérieurs, étaient couverts de peintures, et plus souvent » de mosaïques où l’on voyait représentés, tantôt des fleurs, des paons, des aigles et d’autres ji animaux ; tantôt de plus nobles sujets : l’empereur, sa famille, ses généraux, les batailles » qu’il avait gagnées, les villes qu’il avait conquises. Le luxe, disent les historiens de ce « prince , et notamment Constantin Porphyrogénète , avait fait de tels progrès , que la )> peinture, la sculpture et la mosaïque même ne suffisaient plus : les murs et les pavés d’un » oratoire que Basile dédia au Sauveur furent entièrement revêtus de plaques d’argent » enrichies d’or et de pierreries ( ce qui se rapproche beaucoup de l’autel de Milan ) ; les » bases des colonnes étaient en argent , les chapiteaux et les architraves en or ; on voyait » en divers endroits l’image de Jésus-Christ peinte en émail sur le métal , » tradition im-

vans de Louis tombassent d’accord sur le partage de la succession , si longtemps convoitée de leur père , au lieu de rompre le faisceau d’union, déjà bien faible contre les démonstrations du dehors , et de se susciter de nouvelles et sanglantes querelles , où l’extinction en masse de l’élite des champions de l’empire en ouvrit le paisible accès à tous les assaillans - il aurait fallu surtout que Charles-le-Chauve , cause, involontaire sans doute, des premières dissensions si fatales à la France , se montrât au moins digne d’assumer le fardeau de l’empire de son aïeul qui finit par lui écheoir , en sachant combattre , vaincre ou mourir en prince, au lieu d’exciter la convoitise des brigands du Nord par de honteux tributs lâchement payés ; mais telle ne put se montrer la descendance du premier empereur d’Occident, dégénérée tout-à-coup comme celle de Constantin , dont le conflit meurtrier, de Constantin à Constant, et même ceux armés de Constant à Constance , ne se reproduisent que trop dans les haines et les combats des fils de Louis-le-Pieux , avec ce surcroît de gravité qu’ici les héritiers directs furent les Barbares, sans qu’un autre Julien soit venu sauver à nos princes la honte du résultat immédiat de leurs discordes.

Les champs de Fontenay furent, dans ce sens surtout, comme aussi dans l’acception positive , quoi qu’en disent de grands historiens modernes, le vrai tombeau de l’empire de Charlemagne et de la monarchie proprement dite : ce choc , triste solution de débats dont

portante pour nous en ce qu’elle assigne une époque précise aux émaux byzantins si souvent reproduits dans notre fabrique de Limoges.

C’est aussi à l'Orient et à cette dernière époque même qu’appartient sans doute le plus grand prodige qu’ait jamais opéré la peinture, la conversion de tout un peuple barbare cédant spontanément aux impressions produites par le tableau des châtimens et des récompenses célestes, qu’un peintre romain , Methodius , appelé à Nicopolis , traça sur les murs du palais de Bogoris, roi des Bulgares. Ce prince trouva d’ailleurs dans la foi nouvelle, qu’avaient aussi concouru à lui inculquer les leçons et l’exemple des vertus de l’impératrice Théodora et de sa sœur, la force et les moyens de confondre une rébellion armée, et l’occasion d’un hommage au dieu des combats, dont nous avons déjà cité des exemples et que nous retrouverons dans notre moyen âge, jusque sous Philippe-le-Bel. Bogoris, disent les Annales Bertiniennes , envoya à l’autel de Saint-Pierre les armes mêmes par lesquelles il triompha dans cette dernière lutte. Si l’on admet avec Dandul ( in Chronic., t. Xlf, rer. ital.), qu’avec l’aide de saint Cyrille, apôtre de Salonique, la Moravie et les pays limitrophes, jusqu’à la Russie, suivirent alors l’exemple des Bulgares, ce miraculeux effet de la peinture n’en prendra que plus d’importance.

l’art chrétien.

le scandale épouvantait depuis douze ans le monde . et qui ne suivit que de quelques mois le généreux pardon accordé par Louis mourant à ses indignes fils 1 , ayant vu , dans un effroyable pôle- mêle , tomber sans gloire , malgré tant de prouesses , presque toute la noblesse militante de l’empire ’ , et l’effroi que les familles survivantes

' « Omnia quæ in mepeccavit illi remilto, » dit-il en parlant de Louis de Germanie, qui lui avait donné le dernier assaut ; « vestrum autem erit ilium monere, ut si ego illi totiens » perperam gesta indulsi, ille tamen, suinon obliviscatur, qui canos paternos deducit cum » dolore ad mortem et in talibus communis paîris Dei præcepta minasque contempsit (Astronom., apudDuch., t. II, p. 319).

Quant à ses deux autres fils, il les traita en père qui n’aurait jamais eu à s’en plaindre. A l’exemple de son père , dit le même historien, il partagea vivant ce qu’on appelait « rem » famüiarem, quæ constabat in ornamentis regalibus, scilicet coronis et armis, variis libris, » sacerdotalibusque vestibus » . Il fit la part de l'église et des pauvres, et donna à Lothairo sa couronne et son sceptre , sous les conditions, bientôt enfreintes , dont nous avons parlé.

^ Lothaire eut à s’imputer toutes les conséquences de cette effroyable lutte, car ses frères, quoiqu’en mesure de combattre , épuisèrent d'abord tous les moyens de conciliation. La plus fatale de ces conséquences fut l’anéantissement des forces militantes que la France aurait eu à opposera ses agresseurs du dehors, comme l’expriment les Annales de Metz : « In quapuqna ita Francorum vires attenuatæ sunt... utnec ad tuendos proprios fines » in posterum sufficerent. »

L’historien Nitard, dans ses livres ir et ni ( apud Duch. , t. II, p. 370), décrit et juge bien ce funeste fait d’armes, dont Hincmar , nommé archevêque de Reims en 845, et par conséquent témoin irrécusable, déplore ainsi l’importance et les suites dans ses lettres à Louis II ( ibid ., p. 47G) : « Undè mala multa et maxima increverunt in terra, » usque dum inter carne propinquos et Christianos tantum malum et tam grande periculum » iri Fontanido devenit, quantum inter Christianos non accidit ex eo tempore quo primum » Carolus cum Ranganfredo in Vinciaco pugnavit : sed non pro ilia occisionc, quæ facta » fuit in Fontanido, pax in regno provenit, sed tamdiu inter Christianum populum, et carne » propinquos mansit , donec vellcnt nollent , et seniores et regni primores in très partes )> regnum diviscrunt , et per sacramenla ipsam divisionem stabilem esse debere confirma- » verunt. »

Cette journée, si fatale à la France , fut donnée dans le comté d’Auxerre ; les historiens portent le nombre des morts jusqu’à cent mille, ce qui dépasserait la moyenne donnée par Agnello, contemporain, qui élève la perte des vaincus (Lothaire et Pépin), dont l'armée était bien plus nombreuse que celle de Charles et de Louis , à quarante mille hommes. Nous savons qu’en prenant ainsi à la lettre les historiens et annalistes contemporains, nous nous écartons des données, sans doute plus positives , delà nouvelle école historique, qui déclare « qu'un pareil massacre , difficile ci croire en tout temps, l’est surtout à celle époque » d’amollissement et d'influence ecclésiastique, et que les hommes de ce temps, ne pou- » vant expliquer par des causes politiques la dépopulation de l’Occident et l’aflaiblissement » de l’esprit militaire, trouvèrent plus facile et plus poétique à la fois de supposer qu’en une » seule bataille tous les vaillans avaient péri; il n’était resté que les lâches » (M. Miouo.et, t. I, p. 372 et 373). Mais à part même notre répugnance pour interpréter l'histoire et pour

l'art chrétien.

conçurent d’une telle perte les ayant décidées à rompre les liens de soumission à leur prince , et à constituer cette féodalité si fatale au régime monarchique , et dont les inextricables racines créèrent encore , sept siècles plus tard , de grands embarras au trône. Accourus des points les plus distans de l’empire , sous des bannières fratricides, les fils des paladins du grand empereur vinrent mourir obscurément sur un coin de notre sol , et de la main de leurs frères d’armes , pour un vil intérêt de partage ou d’usurpation , renouvelant ainsi la lutte à jamais odieuse des enfans de Jocaste, moins le véhicule poét ique de la fatalité remplacé ici par les plus bas calculs ; et cependant battrait de cet horrible débat fut tel qu’il n’y eut pas jusqu’à l’ archevêque de Ravenne , Georges, qui voulut y prendre part , sous le faux semblant d’entremise officieuse et pacifique, selon son rôle avoué , mais au fond comme usant de ce prétexte pour secouer b autorité papale qui lui pesait outre mesure. Mal lui en prit d’avoir, pour ainsi dire , contraint le pape à l'adjoindre aux trois légats chargés d’une mission de paix, que la fureur de Lothaire rendit vaine , et d’être intervenu gracieusement et pompeusement au milieu du déchaînement des furies; car les trésors de son église, portés par trois cents cavaliers et destinés à servir de subsides à Lothaire dont il espérait obtenir, par contre, son indépendance de l’autorité papale , n’arrivèrent que pour accroître le butin des vainqueurs 1 .

soumettre ses faits à des appréciations générales, philosophiques ou spéculatives , nous ne pouvons nous dispenser de voir ici, dans les expressions formelles de la lettre d'IIincmarau fils de Charles-le-Chauve, contemporains s’il en fût de ce massacre , la réfutation la plus complète de l’aperçu de notre savant historien.

i « Andô, dit Muratori (Annal., t. V, p. 2 et 3), colla maledizione apostolica, perché ben » conosceva , il pontefice che vano e torbido cervello fosse un taie prelato. Andô , dissi , » con tre cento cavalli , seco portando gran copia d’oro e d’argento, con avéré saccheggiato » il resto del tesoro délia sua chiesa, ed asportate corone, calici, e patène d’oro, e vasi « d’argento e d’oro e tolte le gemme dalle croci : tutto per far de i regali... 3) Retenu par Lothaire , qui ne lui permit pas de traiter avec ses frères « doppo la rotta dell’ esercito 3> Lothariano, l’ambizioso archivescovo Giorgio fu preso dai i vincitori soldati , spogliato 3) del piviale di cui era vestito, etc... tutto il suo tesoro resto in preda a i soldati... », il eût été lui-même envoyé en exil sans l’intervention de l’impératrice-mère Judith. Toutefois , son élégante escorte fut contrainte de regagner l'Italie à pied, en demandant l’aumône. Ce surcroît d’objets d’arts de fabrique italienne ne dut pas ajouter beaucoup à la richesse de nos trésors religieux , si l'on en juge par le sort immédiat que subit dans les guerres ce genre de butin si facilement réalisable.

l’art chrétien.

La défaite de Lotliaire, quoique bien plus heureuse, dit-on, pour la F rance que ne l'eût été le triomphe de ce prince sans foi, mais par cela meme plus propre peut-être que son compétiteur Charles à lutter de force ou de ruse contre des barbares, devint bientôt une cause de désastre pour les arts-, Lotliaire, qui s’était retiré sur Aix-la-Chapelle pour tenter de reprendre l’offensive, à l’aide des Saxons qu’il séduisit en les autorisant à retourner à leurs idoles, et avec l’appui d’Eriold, roi de Danemarck, qui n’avait pas attendu cette permission pour apostasier, ayant mis à profit son séjour dans la ville de Charlemagne pour piller les trésors de ses palais et de ses basiliques , déplorable spoliation qui , commune dès lors à beaucoup de somptueux édifices de France et d’Italie, commence la nouvelle phase de décadence de Fart chrétien , par la destruction de ses richesses monumentales devenues la proie ouïe salaire des nouveaux barbares, les Normands *, et de leurs avides auxiliaires dans l’assaut général de l'Occident, les Sarrasins 2.

1 Les Normands se hâtèrent de mettre à profit les discordes des trois frères. Selon la Chronique de Fontenelle ( apud Duch., t. II, p. 387), dès le mois de mai 841, ils brûlèrent la ville de Rouen ; au mois de juin , ils détruisirent par les flammes le monastère de Jumiéges « Gemmeticum moncisterium igné cremarunt » et forcèrent celui de Fontenelle à se racheter, sacrifice auquel s’associèrent volontairement les moines de Saint-Denis, en venant généreusement payer la rançon de soixante-huit captifs , « rapinis, ferro ignique » bacchantes monachos populumque cædibus vel captivitate deleverunt et omnia templa » et loca flumini Sequanæ adhærentia depopulati sunt, et multis acceptis pecuniis recesse- » runt » (Chronic. de gestis Normanorum, 841, apud Duch., t. II, 524); leurs ravages s’étendirent même à l’Aquitaine, comme le dit la Chronique de Fontenelle, sous l’année 844, du port de Quenlawick. On conçoit quelle atteinte ce premier début même de l’invasion imprévue des hommes du Nord dut porter aux trésors de ces riches abbayes. Mais ces désastres n’offrirent que l’avant-goût d’actes plus généraux et plus terribles encore , car la paix de Verdun ne reconstitua pas le faisceau , mais consacra seulement une nouvelle division de la monarchie française , qui , selon la remarque de Muratori , « unita faceva » paura a tutti, divisa, apri il campo a i ISormanni , Saraceni ed ungheri » et infligea aux Chrétiens d’occident une Iliade de maux. Le torrent déborda de toutes parts : l’Aquitaine, que nous venons de montrer couverte de riches monastères à peine distans de trois lieues l’un de l’autre, fut inondée de ces Barbares , qui y commirent toutes sortes d’excès, s’emparèrent de Nantes, y massacrèrent l’évêque et ses clercs, etc. : «UrbemNan- » netum agressi , interfectis episcopo et multos clericorum et laicorum , sexusque promis- » cui, depredata civitate, inferioris Aquitaniæ partes adoriuntur » ( ibid 843).

2 Dans le même temps , la guerre acharnée que se faisaient Radelgise, prince de Bénévent, et Siconolfe, prince de Salerne, offrait aux Sarrasins, déjà maîtres de la Calabre, de

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A ces tristes préludes , toujours accompagnés d’avertissemens

Tarente et de Bari, les mêmes chances de butin ; ces rusés Barbares, auxiliaires de l’une ou de l’autre cause, selon qu’ils y trouvaient leur compte, se faisant payer chèrement leur concours, toujours aux dépens des églises. Ainsi, Radelgise ayant, en 842, ditMuratori, » spogliata la cathédrale di Benevento di buona parte del suo tesoro per ingagiare e pa- » gare i Saraceni del suo partito , » Siconolfe se prévalut de ce scélérat exemple, et ayant tiré par force une grande quantité d’or de sa propre cathédrale (deSalerne), « se ne servè » per impegnare alla difesa de suoi stati il commandante Saraceno di Taranto , cliiamato » Apollafar ». L’année suivante, Siconolfe, grâce à ses cupides auxiliaires, venus d’Espagne cette fois , ayant remporté un avantage marqué sur son ennemi , au lieu historique dit les Fourches Caudines , fit honneur à ses engagemens en s’emparant, dit Léon d’Ostie (Léo Marsicanus , Chron. Casin., lib. 1, t. XXV), de l’inappréciable trésor du monastère du Mont-Cassin , pillage qu’il renouvela à plusieurs reprises; il préleva à titre d’emprunt, lors de sa première visite, tant en calices, patènes, couronnes, croix et vases anciens, cent trente-huit livres d'or très pur, qu’il s’engagea à restituer par dix mille sous d’or sicilien ; la deuxième, trois cent soixante-cinq livres d’argent et quatorze mille sous d’or, qu’il négligea de consacrer à la restitution promise ; la troisième , la valeur de cinq cents livres d’argent en vases ; la quatrième , quatorze mille sous mazati ; et la cinquième, sept mille autres sous, toujours sans s’occuper de réaliser ses promesses (ibid., ch. xxvi). Mabillon remarque (Ann. Bened., t. Il, p. 602), qu’il n’épargna même pas, dans son pillage sacrilège, les couronnes d’or que son père Sico avait offertes à saint Benoît. Il en fut ensuite de l’Italie comme de la France, des Sarrasins comme des Normands , la possession de l’or en irrita la soif. En 846, les Sarrasins, voyant les deux princes, émules de gloire et de brigandage, réduits, selon l’énergique expression de Muratori, à se ronger les entrailles , « andar si rodendo tra loro le viscere » , voulurent opérer pour leur compte personnel , et, partant d’Afrique ou du cap Misène , remontèrent le Tibre et parvinrent sous les murs de Borne. La résistance qu’on leur opposa borna leurs dévastations aux dehors de la ville sacrée; mais ces dehors comprenaient alors , comme nous l’avons dit , parmi de nombreux édifices dignes d’assouvir leur rage, les célèbres basiliques de Saint-Pierre et de Saint- Paul , dont la spoliation fut une effroyable calamité pour l’art chrétien et pour les malheureuses victimes des Barbares déçus de l’espoir d’occuper Rome : « Romam supervenerunt, » dit Jean Diacre , ecclesia Apostolorum , et cuncta , quoi extrinsecus repererunt , » lugenda pernicie et horribili captivitate diripuerunt. »

Ici Lothaire subit à son tour les conséquences de l’épuisement de ses ressources guerrières dans les champs de Fontenay. Les secours armés qu’il envoya à son fils Louis ïl , roi d’Italie, ne purent même tirer vengeance de cette audacieuse agression et d’une immense spoliation que les Sarrasins . dans leur retraite sur Gaëte , étaient en outre sur le point d’étendre aux débris survivant aux emprunts faits par Siconolfe au trésor du Mont-Cassin , *orsque le fleuve (le Garigliano), qui les séparait de cette proie, se gonflant par l'effet d’un orage concédé aux prières des moines, les contraignit à passer outre et à se contenter pour cette fois de l’ombre. Ce prodige se reproduisit vers le même temps à une grande distance, lorsqu’en 842, un débordement subit de la Seine, vis-à-vis Saint-Denis, vint opposer son humide barrière à l’attaque de Lothaire contre l’armée de Charles-le-Chauve séparé de ses alliés : mais ici l’effet fut d’autant plus remarquable qu’il se produisit sans cause évidente > et après deux mois de sécheresse.

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célestes 1 , succéda bientôt le deuil , et qui plus est la honte de toute la France, réduite à laisser pénétrer sans obstacle dans son sein des hordes sauvages, dont les dévastations excentriques ne signalaient que trop déjà le sort réservé à tout le royaume. Cette fois (en 845), Charles-le-Chauve , relégué dans le monastère fortifié 2 de Saint- Denis, put voir de ce lieu même les nefs des hommes du Nord voguer paisiblement « supra centuni navibus Scquanam ingressi b vers sa capitale ouverte à leur convoitise , et dégarnie seulement en toute hâte de pieuses dépouilles 3 , que ces païens ne recherchaient guère alors : mais le comble de l'humiliation pour ce prince et pour

1 Sous 842 , l’auteur des Annales de Fontenelle compte plusieurs phénomènes de ce genre : « Stella cometa, actes in cœlo , in modum albi coloris nigri etrubei sive viridis, » claritas summa , lunœ defectio , terrœ motus validus , mugitum , etc. ; et sur 843 : » Iterum terrœ motus magnus, » répété à diverses reprises et à de grands intervalles de temps.

2 « Sive (disent les Annales bénédictines ) is locus tum prœsidio munitior erat , sive » istic tutiorem patrocinio sanctorum, quam ullo alio præsidio se futurum confidebat. »

3 Les moines songèrent d’abord à sauver leurs corps saints , trésors les plus précieux à tous égards, puisqu’à part même les sentimens religieux, on a vu plus haut qu’une de ces reliques produisait en offrande jusqu’à deux millions de revenus annuels au monastère de Saint-Riquier. Les plus vénérées de ces reliques étaient celles de sainte Geneviève et de saint Germain.

Herbert, abbé du monastère de Sainte-Geneviève « primus sancti Pétri » , en enleva le corps de cette sainte , qui avait dédaigné cette fois de détourner la marche du nouveau fléau de Dieu ; il conduisit la châsse à Athis ( ad Athagium) , laissant à la discrétion des Normands la basilique , ornée en dedans comme au dehors de belles, peintures et mosaïques (Etienne, abbé de Tournai, Recueil des historiens de France , t. III , p. 72, note D). Les flammes détruisirent cette fondation de Clovis.

Le corps de saint Germain fut conduit à Combe-la-VUle (in villam Bregii , Cumbas vocabulo), mais l’inlluence de son séjour dans la basilique de Childebert résista même à la translation , car l’incendie respecta le lieu consacré au saint, selon ce que dit Aimoin : « Cellæ sancti Germani, quæprope Caroli Vennam sita est, binas ecclesiasab igné, quem » Nortmani subjecerunt, intactas fuisse. » Remarquons, à propos de cette pêcherie de Charles, mentionnée dans un diplôme de 8\ 6 (Annal Benedict., t. II, p. 399) sous ce nom d ePiscaria et de Karoli Vennam, que Mabiüon traduit par celui AeChalle- Vanne, que cette simple désignation pourrait offrir un nouveau témoignage du séjour de Charlemagne à Paris et dans notre palais même, dont l’enclos confinait alors avec le domaine, de Saint-Germaindes-Prés. Peut-on supposer en effet que ce vivier où le grand empereur, grand amateur aussi de tous les exercices, pouvait venir prendre le plaisir de la pêche, comme il prenait si activement ailleurs ceux de la chasse, de la natation, etc., ait reçu , comme de nos jours, ce baptême royal à titre purement honorifique?

e’art chrétien.

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les débris de la noblesse française tristement groupée près de lui , fut la mission des envoyés de Ragenaire venant toucher le prix d’une rançon que n’avait même pas annoblie le sort des combats et la gloire d’une défense quelconque : « Rex ægre tandem acquievit, » septem millibus librarum Ragenario duci , aliisque principibus » numcratis qui ad Saucti Dionysii monasterium profecli regem sa - » Jutant polliciti se nunquam redituros ; idque sacramento sed pro » more gentis haud sincero confirmât, lia illi ex urbe præda onusti » discedunt ( Annales Bened. , t. 11 , p. 6j3) l.

Ces brigands, gorgés sur la foi de leurs sermens , ne tardèrent pas en effet à se montrer parjures. Dès l’année suivante, ils envahirent la Frise , « provincias et ec cle sia s vastaverunt » ( ibid . , an 846). En 848 , ils brûlèrent et dépeuplèrent Bordeaux et plusieurs villes d’Aquitaine -, en 85o , ils reportèrent leurs dévastations aux champs de la Frise et chez les Bataves, où ils brûlèrent plusieurs monastères ; en 853, ayant quitté la Seine , ils occupèrent la Loire, s’emparèrent de Nantes et du monastère de Saint- Florent $ puis, remontant jusqu'à Tours , ils brûlèrent cette ville, notamment le monastère du bienheureux Saint-Martin , dont le corps fut transporté à Orléans; puis ils terminèrent celle campagne en brûlant Angers et Bordeaux; en 855 , laissant leurs vaisseaux sur la Loire, ils se dirigèrent sur Poitiers, mais ils trouvèrent du moins quelque résistance chez les Aquitains, tandis qu’une autre horde, après s’être emparé d Orléans et l’avoir détruit, gagnait la Seine et dévastait les villes

1 Ce qui démontrerait que l’église de Saint-Germain lut réellement respectée par les flammes , c’est la rentrée triomphante de la châsse dans son sanctuaire même, immédiatement « j)ost discessum Barbarorum, occurrente cum frequenti clero ac populo ad » fluvium Biberis » (le fleuve de la Bièvre). Cet itinéraire fut à peu pics celui que les moines firent suivre à leurs reliques lors des autres invasions. Seulement , sur l’avis que quelques détachemens de Barbares suivaient cette direction , ils s’enfonçaient dans les forêts circonvoisines : c’est ainsi que nos villages avoisinant la forêt de Sénars furent particulièrement célèbres à ces époques pour avoir servi de refuges aux dépouilles vénérées des grands patrons de la capitale. On voit cependant que le ciel irrité prit quelquefois, quoique tardivement , le soin de venger les outrages de la France , d’après ce que dit la Chronique, à l’occasion du pillage et de l’incendie du célèbre monastère de Sithiu (Saint-Bertin) : « Cum a quodam monasterio nomine Sithiu direpto, incensoque oneratis navibus repe- » terent ; ita divirio judicio vel tenebris cæcati , vel insania sunt perculsi , ut vix perpauci » evaderent, qui Dei omnipotentis iram cæteris nunciarent. »

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et les campagnes situées sur les deux rives de ce fleuve : enfin, pour couronner cette première série continue de calamités , que nous verrons se reproduire avec un surcroît d’intensité, résultat d’une combinaison infernale , produit d’un concert de destruction entre les Normands et les Sarrasins , les Normands , méconnaissant plus positivement encore les sermens faits à Charles -le- Chauve , envahirent Paris, en 857 , et le livrèrent aux flammes. Là, succombèrent les basiliques de Saint-Pierre , de Sainte- Geneviève et toutes les autres, à l’exception de celles de Saint-Etienne, de Saint-Vincent , de Saint-Germain et de Saint-Denis-de-la-Châtre , qui se rachetèrent par de fortes sommes -, ce qui n’empêcha pas les Barbares de prendre pour otages et de conduire en Saxe, Louis, alors abbé de Saint-Denis, et son frère Gosslin, abbé de Saint-Germain-des-Prés , dont la rançon , tirée des trésors de plusieurs monastères , fut fixée à une somme qui excéderait les revenus de certains royaumes 1 .

1 Cette rançon fut immense , mais on est loin de tomber d’accord sur sa valeur réelle. L’annaliste de l’abbaye de Saint-Faron, cité par Mabillon [Annal. Bened., t. III, p. 160), dit : « Tantum auri atque argenti expensa pro Ludovici redemptione , ut non modo uni- » vcrsæ regni Ecclesiæ, sed etiam ipsa Roma, suis se ornamentis, opibusque spoliatam » sentiret. Certe ex parte Sancti Dionysii datæ sunt ex auro sexcenta octoginta quinque » librœ, ex argento tria millia ducentœ quinquagenta ; præter vassallos, eorum uxores » ac liberos. » Les éditeurs des historiens de France ont supputé (t. VII, p. 73) que ces matières pouvaient s’élever à environ 1,500,000 fr. de notre monnaie, ce qu’admet aussi M. Michelet; mais Dulaure, aux yeux de qui sans doute un royal abbé ne pouvait se racheter à trop haut prix, porte (t. Ier, p. 311) le prix de cette rançon à 10 millions. Celle d’un autre Louis , notre grand roi , fut bien moins élevée ; les Sarrazins se montrèrent plus généreux que les Normands : « Le Roy dit et promist aux amiraus qu’il paieroit » volontieres les 500 mille livres pour la délivrance de sa gent, et Damiette pour la déli- » vrance de son cors; car il n’estoit pas tel, qu’il se dust d'esraimbre (racheter) à deniers » (toujours de la dignité, même dans le malheur ! ) Quant le soudanc oye ce , il dit : Par » ma foy , larges est le Frans quant il n’a pas bargigné sur si grant somme de deniers; » or, li aies dire, fist le soudanc , que je li donne cent mile livres pour la rançon paier. » La liberté que le roi Jean recouvra en 1360, par le traité de Brétigny , après quatre années de prison , coûta à la France trois millions d’écus d’or, indépendamment des stipulations territoriales et autres, et de l’espèce de vasselage qui pesa lourdement plus tard sur notre patrie, par suite de l’omission due à l’habileté anglaise et à la loyale incurie du roi Jean, dans la ratification de ce traité, de son art. 12, contenant les renonciations respectives d’Édouard à la couronne de France , et de notre prince à la souveraineté des provinces par lui cédées.

Quant à François Ier , son escapade chevaleresque de Pavie, chèrement payée par le traité que Charles-Quint fut obligé de sceller lui-même, sur le refus de son chancelier ,

L ART CHRETIEN

Et cependant tandis que ces bandits , avides de pillage , promenaient ainsi impunément leurs fureurs dans nos plus belles provinces, s’acharnant surtout aux monastères , dont les dépouilles offraient alors à la cupidité l’aliment le plus réel , le culte des arts , de lait chrétien surtout , jetait encore quelqu’éclat, en France même. Charles-le-Chauve avait fait vœu de réparer tous ces ravages , et même de rendre aux églises leur ancienne prospérité (voir Annales Bened ., t. II, p. 6o4; et pour la situation des monastères à cette époque , la lettre 3ae de Loup , abbé de Ferrières, à Louis, abbé, apud Duch., t. II, p. 748); mais l’entreprise était au-dessus de ses forces, d’après les calamités qui se joignirent à ce fléau dévastateur , telles que des inondations où l’on vit se joindre de nouveau la Seine, la Loire et la Meuse, une invasion de loups affamés , etc. , et surtout à raison des assauts que recevait la puissance de ce prince , des révoltes partielles d’abord des Aquitains qu’il traita moins dédaigneusement que les Normands, en portant de sa personne le siège devant Toulouse contre Bernard , en 844 1 > et contre Pépin, en 85o ; puis des Bre-

honteux de ses clauses onéreuses, fit sortir de l’épargne publique et privée deux millions d’e'cus d'or au soleil, non compris les 40 mille écus de tare ou écus à faux poids, que Duprat voulut glisser dans ce solde, mais qu’il fut contraint d’échanger contre d’autres de bon aloi.

On voit que nos abbés du IXe siècle valaient au moins nos rois des XIIIe, XIVe et XVIe.

• Ce que nous savons de la manière dont Charles-le-Chauve occupa ses loisirs lorsqu’il assiégea Toulouse pour la première fois , en 844 , vient appuyer la légende que nous donnons sur la construction du monastère de la Grasse par Charlemagne, pendant le siège de Carcassonne, en prouvant que ces princes religieux cherchaient , surtout dans ces circonstances , à se rendre le ciel favorable par l’accomplissement de pieux devoirs : « Obsi- 3) dionis tempore Carolus versabatur in suburbano monasterio Sancti Saturnini » (c’est là où l’on suppose qu’il donna à ce monastère le manuscrit dit de saint Sernin, existant aujourd'hui dans la bibliothèque particulière du roi) , « ubi varia præcepta edidit. In primis » regiæ defensionis litteras cum libéra cligeodi abbatis facultate obtinuit religiosus vir » Dommulus , abbas ex monasterio Sancti Pétri , quod ipse in pago Bisuldunensi cum « Ramponis Marchionis consensu proprüs manibus extruxerat » ( encore un monastère construit à cette époque avancée par les propres mains des moines ); « consimile privile-

)> gium Sunifredo abbati . Geila abbas monasterii Sanctœ Gratœ » (ce monastère de

la Grasse existait donc bien certainement en 844)... « parem confirmationem idem irape- 3) tratum a Berario archiepiscopo , pro monasterio Sancti Pauli... ibidem privilegium »> impertitum Recesindo abbati monasterii Sanctæ Mariæ apud - Arulas , etc., etc.; j» tous diplômes ainsi datés : « Actum in monasterio Sancti Saturnini dum obsideretur 33 Toi osa. «.

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tons, dont le duc, Nomenoë , le força à la retraite et conquit son indépendance. Ces embarras s’accrurent, en S5y, de la rébellion des autres provinces irritées de son impuissance à les préserver des atteintes des Normands ; ce qui força le malheureux Charles à se retirer en Bourgogne, tandis que son frère Louis, roi de Germanie , cédant sans nul effort aux vœux des révoltés, se repaissait des anciens projets de Lotliaire récemment mort sous le froc 1 , et régnait

1 Depuis que le sort des armes avait trompé son espoir et confondu ses projets ambitieux, Lothaire, trahi par les élémens môme, puisqu’un gonflement subit de la Seine, après deux mois de sécheresse , l’empêcha de prendre l’année suivante devant Saint- Denis une glorieuse revanche, vit tout-à-coup pâlir son astre et fléchir son renom de talens et de valeur déjà compromis par l’insulte gratuite faite à Rome par les Sarrazins. Réduit à se réconcilier avec ses frères, en 847, il s’associa en 849 ou 850 son fils Louis II, roi d’Italie, et fit proclamer empereur ce prince que Muratori nous montre, sous cette éminente qualité, faisant en 858 office de valet du pape, en tenant la bride du cheval de Nicolas Ier « a guisa di un valetto » ( Annali , t. V, p. 50). Le découragement toujours croissant de Lothaire fut tel que lorsqu’en 851 les Normands, avec une flotte de deux cent cinquante-deux vaisseaux , débouchant par la Frise, ruinèrent les principales dépendances de son empire, Gand, Trêves, Cologne, et jusqu’à Aix-la-Chapelle dont ils brûlèrent le palais ( Chron . de Nort., apud Duch. , t. II, p. 525. Chron. Fontanell., Mabillon , Annal. , etc.). Ce fougueux promoteur de guerres intestines, au lieu de se mettre en campagne pour défendre ses peuples et ses foyers, s’en tint, comme devant Rome, au rôle passif que Charles-le-Chauve choisit devant Paris. Les plaisirs de la chasse et une violente passion pour deux concubines qu’il s’attacha ouvertement après la mort récente de l’impératrice Hermangarde , épuisaient les restes de la dévorante activité de ce prince, dont la turbulence inquiète détruisit l’œuvre de son aïeul, lorsque atteint d une maladie grave dont il put pressentir l’issue, il eut à peine le temps de convoquer ses barons pour le partage de ses états entre ses trois fils , et d’aller essayer d’engourdir ses remords dans les austérités du cloître. Retiré dans le même monastère de Prum ( diocèse de Trêves) où il avait confiné Charles-le-Chauve enfant , il ne fit, pour ainsi dire , qu'y paraître et mourir après une résidence de six jours (le 28 septembre 855). Non contens de l’illustration qu’ajoutaient à leur maison ce séjour et cette mort constatés par le (ombeau de marbre noir placé au milieu du chœur de leur église et par la riche croix contenant deux agates de grand prix , dont l'une représentait l’empereur Lothaire ( Voyage littéraire de 1724, p. 273) , les moines, dit Muratori, placèrent Lothaire au rang des saints « solamente perché incalzato dalla vicina morte, per qualche giorno porto d le divise di monacho. »

Ce savant italien, que nous consultons également ici parce qu’il s’agit encore d’un de ses princes, lui reproche surtout d’avoir introduit et répandu en Italie l'abus, déjà existant en France, de donner les monastères, tant d’hommes que de femmes, en commande (o sia in governo, dit-il ailleurs) aux évêques et autres ecclésiastiques , aux impératrices et aux princesses royales, et même aux séculiers de cour et de guerre, abus qui s’accrut démesurément les années suivantes « pin forsa avendo i cativi , che i buoni esempj nel cuor

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en maître dans les autres parties du royaume, que son imprévoyance l’empêcha de conserver. Mais ce que ne pouvait faire le prince, plus occupé d’ailleurs de réglementer les couvens que de les construire , les évêques, les abbés y pourvoyaient avec leurs ressources locales, et grâce à la générosité des fidèles : ainsi l’on vit Hincmar , parent de Bernard II , comte de Toulouse, dès que sa nomination par le

» guasto de gli nomini » ( Annali , t. V, p. 45). La France a bien d’autres reproches à faire à ce prince, dont nous donnerons le portrait d’après la peinture du Psautier écrit en lettres d'or, que Martenne et Durand virent en 1724 dans l’abbaye de Saint-Hubert (Ardennes). On y remarquera (pi. x de la 8e série de X Album) que le costume ne diffère pas de ceux des configurations authentiques de Charlemagne que nous plaçons en regard ; que sa couronne, guoique impériale, était ouverte , et que son sceptre ne consistait que dans un long bâton à pomme simple.

On doit peu s’étonner que Lothaire, dont la vie est empreinte decrimes et de désordres, ait, au moment de la perdre , consacré ses derniers momens à la religion et préféré pour sépulture un cloître à son trône. Imbu, dès l’enfance, des principes de son père, et vivant plus tard même dans l’intimité d’évêques et d’abbés tels que Àdalhard, Wala, etc., qui, pour être rebelles à l’autorité légitime, ne brillaient pas moins par une éclatante piété , il conciliait très bien l'essor de ses fougueuses passions avec les exigences religieuses de l’époque , et son nom se rattache à la fondation d’un grand nombre de monastères , en Italie surtout, et de plusieurs hôpitaux placés toujours à proximité des monastères , pour les voyageurs et pèlerins, les hôtelleries étant très rares alors, comme le remarque Muratori.

Parmi ces fondation! impériales, nous citerons comme rappelant un glorieux souvenir de notre histoire moderne , celle du monastère de Marengo, qu’il créa en 825 dans le lieu même où il tenait sa cour royale (Muratori, Annali d’It., t. IV, p. 523, et Antichita, dissert, xxxvn); car dans ces plaines célèbres dans nos annales et où nous ne vîmes guère, à l’époque même de cette illustration, que des champs sans limites et quelques mûriers sillonnés par la foudre des combats , existait alors une forêt et une résidence royale. C’est ce que prouveront d’ailleurs les deux citations suivantes : en 898, le jeune et vaillant empereur Lambert, le Mars de l’époque, selon l’historien Liutprand , fut informé de la révolte d’Ildebrand, puissant comte, et d’Aldébert II, duc et marquis de Toscane, tandis qu’il se livrait à son plaisir favori dans la forêt de Marengo « mentre godeva il divertimento suo favorito nella foresta di Marengo (Muratori, Annali , t. Y, p. 227, d’après Liutprand, Hist. I, c. 10); et ce qui prouve que le lieu était déjà inspirateur pour la valeur guerrière , c’est le coup de tête de cet empereur qui décida la journée par une belle charge. Sans attendre la réunion de son armée, il se précipita en toute hâte avec cent cavaliers sur l’armée des révoltés qu’il trouva endormie pour avoir vuidé tout le jour de nombreux tonneaux « per aver volale nel giorno innanzi botti », et la mit dans la plus complète déroute : mais ce jeune prince ne triompha que pour succomber cette année meme et dans son séjour de prédilection (Marengo), à une chute de cheval , d’autres disent à la vengeance du fils de Mainfroi , comte de Milan, qu’il avait fait décapiter. Voici la version de Liutprand (1. 1, c. 12) ; « Ajunt sane, hune regem, dum in luco Marinco venaretur (est

t,’ ART CHRÉTIEN.

concert unanime du peuple et du clergé, l’eût investi, en 845 (l’année même de L'occupation de Paris par les Normands), de l’évêché de Reims, vacant depuis dix ans par la déposition d’Ebbon, s’efforcer de mettre un terme à la désolation qui régnait dans ce diocèse peuplé cependant de prélats et de prêtres illustres, dont Mabillon a consacré les noms et les titres ( Annales Bened ., t. III, p. 616). Flodoard, dans son Histoire ecclésiastique de Reims (l. m. ch. v) , nous montre avec quelle ardeur cet illustre prélat , dont nous opposons plus haut le témoignage historique aux supputations du savant M. Michelet, s’occupa, malgré les graves distractions de sa polémique religieuse avec Godelscalc et autres, de reprendre les travaux laissés. inachevés. Il semble avoir pris à tâche de faire refleurir dans l’ornementation de sa basilique les arts refoulés par l’invasion sur les points restés intacts: peintures, vitraux, tapisseries, et jusqu au pavage en mosaïque, «sur » lequel on ne pouvait marcher, dit saint Bernard, sans atteindre la » figure d’un ange ou d’un saint, » tout, ainsi que l’accroissement prodigieux que reçut la bibliothèque de Saint-Remi , fut l’ouvrage de ce prélat et l’œuvre de ces temps de malheurs -, et lorsqu’après trentesept années d’épiscopat, atteint à son tour par l’irruption normande, il se retira à Epernay, où il finit saintement ses jours près du corps de saint Rémi, qu’il avait du moins soustrait à la profanation, les arts, plus en deuil que jamais par le progrès de la décomposition sociale, lui payèrent , dans sa cathédrale même, un tribut dont fait foi le curieux bas-relief donné par Montfaucon (Mon.fr., 1. 1, pl. xvm), monument du plus grand intérêt, si son authenticité, comme œuvre contemporaine, était incontestable, puis qu’il résoudrait plusieurs difficultés liturgiques sur les mitres et les crosses du IXe siècle, et même sur la forme des églises,. telles que celle que tient Charles-lc- Chauve. En plaçant près de ce specimen de la statuaire de cette

» enim ibidem miræ magnitudinis et amœnitatis lucus, adeo venationibus aptus), et sicul » morisest, apros effreni corisectaretur cijuo, cecidesse , collumque fregisse. » C'est ainsi qu’était mort aussi le vaillant Astolphe, roi des Lombards, et qu’un grand nombre de princes payèrent de leur vie ce délassement royal.

Muratori dit expressément d’ailleurs ( loc . cil., p. 231), en parlant du bois de Marengo, dans le territoire duquel fut construit la ville d’Alexandrie : « duratutta via un castello in » quelle parti, ehe porta il nome di Marengo mentavaloda Leandro Alberti et del Ma- » gino. » T)c ee lieu . nous, nous ne connaissons que les plaines

L ART CHRETIEN

époque que nous donnons (pl. xrv de la 5e série de l’Album) les témoignages plus irrécusables encore de la peinture des manuscrits du même temps qu’offrent V hommage des chanoines de Tours , de la Bible dite de Charles-le-Chauve , et les deux portraits de Lothaire (pl. x de la 8e série), notre but est de donner une idée complète de l’état de nos arts vers cette époque de nouvelle décadence , si l’on compare ces produits, par exemple, à l’autel de l’Ambroisienne. En tous cas, on pourra se convaincre , par l’accord du costume dans ces productions diverses, que non seulement nos princes, mais leurs officiers même, conservaient alors, comme habit d 'apparat et comme vêtement militaire , le costume gréco-romain, que nous retrouverons encore dans des miniatures du XIe siècle.

D’autres exemples s’en produiraient encore, et sans y appliquer des recherches aussi étendues que sur le règne de Louis-le-Pieux , nous citerons la cathédrale d’Auxerre, dont l’évêque Heribald (ouHeribold), exilé en 833 comme partisan de Lothaire, puis rentré en grâce près de Charles-le-Chauve, en 84 1, continuait les traditions de son prédécesseur Angelelme, qui, entre ^autres dons à l’église du Sauveur, offrit « tabulant argenteam , cum signo sonorissimo, seu campana {Annal. Bcned.j t. II, p. 3a3) , et enrichit sa cathédrale et l’église de Sainte-Marie, disent les historiens d’Auxerre (Labbe, hist. episc ., Autiss ., cap. 35 et 36, — ■ Le Bœuf, Mémoires concernant V histoire A Auxerre, t. I, part, i, p. iy3, 178), de tout ce que les arts de cette époque pouvaient ajouter à l’éclat des travaux d’ Angelelme.

C’est aussi à ces époques de perturbation générale qu’on attribue \a.restauration])3Lr Charles-le-Chauve de la vieille église de Saint-Bénigne de Dijon *, que les Annales bénédictines nous présentent comme ayant été « resecta et reformata en 828, en la distinguant de la nouvelle qui, d’après ce qu’on lit (t. IV, p. i3g), n’aurait été inchoata qu’en 1001. Dans la question agitée sur l’origine des vitraux peints parle savant Emèric-David{discours historique sur la peinture , p. 1 5 1),

> On lit à ce sujet dans la Gallia Christiana, que « Bertiio (vingtième abbé de Saint- » Bénigne) temporc CaroliCalvi et Isaac episcopi Lingonensis, instauratoruin hujuscœnobii » circa A. C. 870, inter sepulchra sanctorum tumulari meruit, ut est in chron. Beni- » gniano, ubi Carolus Calvus dicitur princeps erga cultum ecclesiœ sludiosissimus et » œdxficalor ecdesiarum Dei », titre qu’il mérita en effet, mais seulement dans les répits que lui laissèrent les tribulations de son règne.

Tl’àKT CI1HÉT1 EN.

on rattache même à cette restauration du IXe siècle, l’ exécution d’un très ancien vitrail représentant le martyre de sainte Paschasie, qu'un chroniqueur de Saint-Bénigne, qui vivait en io52, disait exister dans ce monastère et provenir de cette vieille église • mais ne compliquons pas nos généralités par des discussions spéciales qui trouveront place dans leur cadre.

Ce que nos recherches nous permettent de constater sur la continuation du règne de Charles-le-Chauve, c’est que ce prince, porté vers l’amour des lettres que lui inspira sa mère, et dont les encouragemens, dans cette matière, s’étendirent même, comme ceux de Charlemagne, jusqu’aux savans étrangers, tels que l’irlandais Jean Scot, dirigea bien plus cette çulture sur les questions de mysticisme religieux, la prédestination, l’eucharistie, le libre arbitre, la rédemption, etc., que vers les enseignemens libéraux dont les écoles du palais avaient été saisies, même sous son aïeul -, que, doué aussi des principes religieux de son père, il ne l imita que dans ses faiblesses, enchérissant même sur sa condescendance pour sa femme, jusqu’à faire présider un concile par Richildc T, et qu’il le surpassa dans ses accès de cruelle sévérité 2 , mais sans chercher à imprimer

» Sœur de Bozon , qui fut depuis roi d’Arles , Richilde eut d’abord l’art de passer du concubinage dans le lit conjugal en 780. Son ascendant, qu’alimenta la survivance successive de quatre fils morts en bas âge, devint tel, quelle parvint à siéger dans l’assemblée des évêques, qui constituait alors à elle seule le pouvoir proprement dit , les nobles , retirés dans leurs domaines depuis le pacte qui suivit la journée de Fontenai , ne s’occupant que d’organiser leur indépendance féodale , but d’efforts essayés , mais contrariés depuis deux siècles.

2 11 faudrait en revenir à la fatalité, renouvelée des Grecs , et que nous avons écartée plus haut dans l’assimilation de ces faits historiques avec ceux de la race des Atrides , si l’on admettait avec Odo Ariberti (dont la chronique a été publiée par Baluze) que Charlesle-Chauve, qui, craignant sans doute de trouver un autre Lothaire dans son fils Carloman , pris en récidive de rébellion flagrante , lui fit crever les yeux en l’enfermant dans l’abbaye de Corbie , aurait en outre, nouvel Oresle, égorgé de sa main son père... putatif du moins, ce Bernard, duc de Septimanie , qu’il venait d’assiéger dans Toulouse en 844, pour le punir de sa conduite plus que douteuse dans la campagne de Fontenai, et de son attachement à Pépin II. Selon le chroniqueur, malgré la paix signée avec le sang de Jésus-Clirist, Charles, à qui Bernard vint se présenter dans le monastère de Saint-Sernîn, lui aurait, pour tout accueil, plongé un poignard dans le cœur en s’écriant : MccUieur à loi epii as osé souiller le lit de mon père et de mon seigneur ! Il est vrai que le lien de considération directe cqvers sa mère venait de se briser par la mort de Judith (en 843); mais il en restait encore assez d’autres. Aussi la décapitation de Bernard , par suite d’une sentence de la. diète tenue en Aquitaine, nous paraît-elle un fait plus probable.

L ART CHRETIEN

une direction utile aux travaux auxquels il attacha son nom -, que, tourmenté à son tour de désirs ambitieux, de soif d’ostentation, malgré les funestes exemples de ces déplorables passions chez ses frères et même chez son fils Carloman, trop fidèle imitateur de ses oncles, plutôt que de veiller à' F intégrité de son royaume déchiré par les Barbares, morcellé par son frère, il allait à l’étranger étaler un vain luxe et des prétentions à un titre qui ne lui échut que trop tôt, comme prix de la course x, puisqu’à peine investi, en 8^5, de l’autorité qu’il convoitait depuis longtemps, il sentit tout le poids de cette nouvelle couronne et son insuffisance pour la porter. Sa fuite en toute hâte du théâtre même de son exploitation impériale, à la seule nouvelle de l’approche de son neveu Carloman, dénote en effet une faiblesse impardonnable dans un prince d’ailleurs brave, dit-on, et surtout vaniteux, et explique mieux que Y acdoustrement superbe de Charles II 2 le complot dont son médecin juif aurait été l’exécuteur, en profitant d’un séjour dans un lieu écarté des Alpes pour ne pas rendre à la France un prince qui venait de se montrer incapable de la défendre contre tant d’ennemis -, en un mot, que ce prince, hors d’état de maintenir et de féconder par des soins bien entendus l’impulsion donnée aux arts et aux lettres par ses deux prédécesseurs, ne put qu’assister à leur agonie, prolongée par la vitalité de la constitution monastique \ et que, malgré quelques lueurs subséquentes produites par cette vitalité même, c’est à vrai dire de la fin du règne de Charles-le-Chauve que date pour la France F extinction des

» « Quanta potuit velocitate Romain profectus est », disent les Annales de Fulde, confirmées sur ce point par d’autres traditions historiques. Ce fut donc moins à son droit qu'à l’avance qu’il prit sur ses compétiteurs , les fils de son frère aîné, Louis-le-Gerinanique , qu’il dut le glorieux titre d’empereur, bien déchu dès lors de l’éclat qu’il avait reçu de son grand-père, comme en témoigne cette expression de Muratori en parlant de cet empressement meme de Charles-le-Chauve : « Che si mise in assalto per venire a prendere questa pingue eredità. »

2 Dans son Histoire des neuf rois Charles (p. 101), Belleforest impute pour ainsi dire à la raideur et au costume de Charles-le-Chauve les malheurs qui pesèrent sur son règne i » Et tout ainsi, dit-il, que ses prédécesseurs et anciens rois de la courtoise France » s’ estaient montrez gracieux et communicables, cestuy-cy se montra intraiclable et » orgueilleux, non seulement à Faccoster, ains encore ci J’accoüstrement, car il allait » veslu à la dalmatique, portait une couronne ou thiare persianne de soye sur la » teste , etc. Aussi guigna Charles la maie grâce de ses sujets pour celle insolence g »

L SRT chr f.tien .

grands fanaux allumés sous Charlemagne et dont son imitateur Alfred-le-Grand raviva l’éclat pour l’Angleterre vers cette époque même -, et qu’on peut faire remonter à 8^5 le point de départ de l’ère ténébreuse classée1 communément, et par Muratori lui-même, sous la dénomination du siècle de fer (Xe siècle) , et qui pesa de tout son poids sur quelques contrées d’Occident seulement, la sagesse des empereurs d’Orient les ayant longtemps garanties de nouvelles secousses 2 ,

1 La remarque suivante, faite par cet écrivain à l’occasion de la mort de l’empereur Louis Iï, en 875, prouve qu’il n’entend pas non plus faire partir le siècle de fer de la révolution centenaire , et que cette funeste période s’agrandit pour l’Italie, comme pour la France, d’une triste et longue anticipation : « E questo mancar di successori abili ail’ ■» imperio cominciô a turbar la paee....; auzi cominciô qui la Rovina deH’Italia , che restô j> priva del sovrano abitante in essa e cosi potente , che teneva in freno la prepotenza e }> l’ambizione de gl’inferiori ( Annali (Vital., t. V, p. 114). »

2 Nous avons dit qu’au milieu même de leurs persécutions iconoclastes , les empereurs d’Orient, du IXe siècle surtout, poursuivirent l’exploitation en grand d’un luxe auquel tous les arts durent prêter leur concours : citons -en une preuve dans ce que fit Théophile , fds de Michel-le-Bègue et père d’un autre Michel, collègue de Basile Ier, dont nous reparlerons plus loin.

Ce prince, qui mourut en 842, l’année même où le sang versé à Foptenai éteignait pour longtemps les splendeurs de la France , et « que l’histoire aurait moins maltraité , dit Le « Beau (liv. lxix, t. XIV, p. 508), s’il n’eût été iconoclaste, ou si des iconoclastes avaient « écrit sa vie », quoiqu’accusé d’avoir chassé d’Orient tous les peintres, en cédant aux suggestions fanatiques du magicien Jean Lécanomante, son ancien précepteur, n’en conquit pas moins de grands titres au renom de protecteur des lettres , par l’appui qu’il donna au philosophe Léon , et des arts, d’après ce que disent les historiens orthodoxes eux-mêmes (Léo. gramm., Cedren., etc.) du luxe que lui Ht déployer l’inlluence de ce briseur d’images. Au retour d’une ambassade chez les Ismaélites, où il avait porté le faste jusqu’à se faire voler à dessein , par pure fanfaronnade de libéralité , dans le palais du calife , un des deux Bassins d’or enrichis de pierreries que Théophile lui avait remis avec 400 livres d’or, Jean Lécanomente ayant apporté à son prince « le plan d’un superbe palais que les califes » avaient fait construire à Bagdad , ville qui le disputait alors à Constantinople en grandeur » monumentale, Théophile en fit bâtir une sur le même modèle; il l’accompagna de jardins » et de cinq églises, dont l’une fut une des plus grandes et des plus magnifiques de Cons- » tantinople. Elle était surmontée de trois coupoles ; la voûte, entièrement dorée, portait » sur des colonnes de marbre d'Italie; les murs étaient incrustés de marbres divers. Vis- » à-vis s’élevait un portique nommé le sigma , à cause de sa forme ; il était soutenu de » quinze colonnes de marbre de Phrygie. Ces deux édifices avaient des souterrains de même » forme que la partie supérieure (comme plusieurs de nos anciennes cathédrales, entr’autres » Chartres). La place devant le sigma était ornée d’une fontaine dont le vaste bassin était » revêtu de lames d’argent sur les bords (luxe périssable s’il en fut). L’empereur qui, » dans les premiers temps, faisait remplir le bassin de fruits de la saison, qu’on aban- » donnait au pillage du peuple, prenait le plaisir de ce spectacle sur un trône brillant d’or

l’àrt chrétien.

Rien ne démontre mieux l'influence quexercent le caractère personnel et la conduite du prince sur la culture des sciences, des arts et des lettres dans sa nation, et en général sur tout ce qui tend à

» et de pierreries.... Il avait des palais pour toutes les saisons , où les plus beaux marbres, v le porphyre, les peintures, les ouvrages de marqueterie , l’or, l’argent, les pierreries , » étaient prodigués. Il était passionné pour les bijoux précieux , tant par le travail que par » la matière. Les écrivains de ce temps-là vantent beaucoup un arbre d’or sur lequel des » oiseaux de même métal faisaient entendre un ramage artificiel, et deux lions d’or, de 3) grandeur naturelle, dont les rugissemens imitaient ceux des véritables lions » (Le Beau, c. lxix , t. XIV, p. 456 et suiv.) ; ce qui n’empêcha pas ce prince fastueux d’amasser d’immenses richesses , puisque , selon Cedrenus (p, 544) et Zonaras (t. 11,1. xvi , p. 157), sa veuve Théodora, avant de s’enfermer dans un cloître pour y gémir sur les désordres et la dépravation de son fils Michel , publia l’état des économies léguées à ce fils ingrat, lesquelles s’élevaient à 218 mille marcs d’or et à 600 mille marcs d’argent.

Le parti que tira de ces économies ou de toutes autres ressources Basile 1er, dit le Macédonien , d’abord mendiant, lorsqu’associé au trône de ce Michel , en 866, pour, comme écuyer, avoir réussi à dresser un cheval, il s’en trouva seul maître l’année suivante , est assez bien constaté par la citation extraite (p. 504) du discours historique d’Éméric-David, et confirmé par les narrations authentiques du petit-fils de Basile , Constantin Porphyrogénète, pour que nous n’ayons pas à y revenir ici; mais ce qu’il nous importe d’établir, c’est l’espèce de repos dont jouit l’Orient pendant plus d’un siècle, grâce au soin que mit Basile à consolider sa brillante dynastie , commencée dix ans avant la mort de Charles-le- Chauve , et au moment même où celle de Charlemagne se précipitait à grands pas vers sa chute.

Quoique complice , à quelques égards , de la grande scission religieuse connue sous le nom de schisme des Grecs, question de pure préséance entre les églises de Rome et de Constantinople, déjà tranchée sous Théodose, mais reproduite avec acharnement par Photius , patriarche de Constantinople, Basile Ier, dont nous avons signalé plus haut les grands et riches monumens d’art chrétien, n’en resta pas moins fidèle à ses propres erremens en cette matière, lorsqu’à la mort de saint Ignace, en 878, il eut la faiblesse de rappeler au patriarchat le sophiste qu’il avait fait déposer en 868 par le concile auquel assista notre célèbre pourvoyeur de traditions sur l’art chrétien, Anastase-le-Bibliothécaire, et il ne légua, sous ce rapport, à ses enfans que de grands et nobles exemples.

Son fils , son collègue et son successeur (de 886 à 911), Léon VL, dit le sage, le savant, ou le philosophe, dernier titre tiré, dit-on, de sa valeur relative comparée à celle de son collègue Alexandre, et qu’aurait pu lui mériter aussi les quatre mariages qu’il subit, prouva du moins, en révoquant Photius, et par ses travaux législatifs (les basiliques ) et littéraires (ses mit treize novelles, ses epiiomes, sa tactique, etc.), qu’il chercha, malgré les malheurs de son règne de ving-cinq ans, plutôt à consolider qu’à détruire l’œuvre de gloire de son père : et son petit-fils Constantin Porphyrogénète , en s’attachant à décrire les magnificences d’art produites par la noble passion de son aïeul , et même en s’occupant de les accroître par un travail manuel dont il tira ressource pendant les vingt-cinq premières années de son règne de cinquante ans, témoigna plus vivement encore qu’il en sentait tout le prix.

Un témoignage plus explicite encore de l’éclat continu dont resplendissait, vers le milieu

oü2

alimenter ces sources vivifiantes, à la fois la cause et la preuve de la prospérité publique, que le contraste qu’offrent à cet égard, à partir des dernières armées du règne de Charles-le-Chauve, les divers états

du Xe siècle, la capitale de l’empire d’Orient et la cour de ce dernier prince, résulte de ce récit de l’historien Liutprand, qui y séjourna en 948, à titre d’ambassadeur, et qui dit , en parlant du palais de l’empereur ( Hist ., 1- v, c. ix) : a Non pulchritudine solum, verum )> etiam fortitudine omnibus quas unquam videram munitionibus præstat »; lui, qui habitait la beile Italie! Il est vrai qu’alors le studieux Constantin, longtemps annihilé par l’ascendant de ses trois collègues , jouissait de toute son indépendance sous l'autorité de sa mère Hélène.

Les curieux récits de Liutprand, élevé tout-à-coup du rang de secrétaire du roi d’Italie Bérenger à la dignité d’ambassadeur, par cela seul , dit-il , qu’il parlait grec, nous offrent en même temps le tableau du contraste existant alors entre la parcimonie des souverains d’Italie et les procédés d’autres princes. Soit oubli, soit avarice, Bérenger n’avait chargé Liutprand d’aucun présent pour l’empereur d’Orient; mais, informé des cadeaux qu’avaient offerts , en pareille occurrence, les ambassadeurs d’Othon et du roi maure qui régnait sur l’ Espagne , Liutprand ne voulut pas se présenter les mains vides , et il pourvut de sa bourse aux présens diplomatiques. Sa libéralité n’aurait été , il est vrai , rien moins que ruineuse , si l’on devait juger de l’importance de ces présens par ce que raconte le même historien (lib. iii, cap. v) de l’ambassade de même nature confiée à son père en 926, et dans laquelle le présent diplomatique offert à Romain-le-Capène, collègue de Constantin, consistait en deux chiens d’une race sans doute inconnue en Orient , lesquels , lors de leur présentation, furent tellement effrayés de l’étrangeté du costume impérial , qu’ils se ruèrent sur le prince et lui auraient fait un mauvais parti sans l’intervention de Martin bâton, qui rétablit le calme et la dignité dans ï’ audience solennelle.

Sans doute les manifestations d’art furent moins splendides en Orient, à partir de 959, terme du long règne de Constantin Porphyrogénète , pendant lequel s’était opéré le prodige de la conversion des Bulgares par la peinture , l’intervalle qui s’écoula d’abord jusqu’à l’année 976, où régnèrent seuls ses petits-fils Basile II et Constantin, ayant été rempli par les Assauts continuels que livrèrent aux Sarrasins, aux Russes, etc., d’intrépides guerriers tuteurs et collègues de princes mineurs, et dont l’un, Nicephore Phocas, en butte aux haines populaires pour avoir accru les impôts , fut réduit à transformer son palais en une forteresse, qui ne le garantit pas d'un complot intérieur, et de l’atteinte du poignard dirigé par sa coupable épouse Tbéophanos. En Orient, du moins, ce ne fut pas, comme enOccident, faute d’aliment, que le feu sacré s’éteignit, car les dépouilles ennemies conquises par Nicephore Phocas et Zimisques auraient suffi pour raviver celte splendeur ; mais l’avarice de Basile II y mit un terme, et fit peser sur l’Orient aussi un siècle de fer, <^ie les historiens datent des dernières années du règne de ce prince , mort à soixante-dix ans, en 1025, précisément à l’époque où surgissait de toutes parts en France, en Italie , en Germanie, cette grande et nouvelle impulsion monumentale, dont le caractère byzantin, commun aux édifices comme à toutes les autres œuvres d'art (voir notre planche de l’autel d’or de Saint-Henri, de 1022), s’expliquerait peut-être par la nouvelle migration des artistes grecs quittant leurs ateliers, fermés par l’inconcevable avarice de Basile II.

Nous citerons comme preuves de l’abondance des ressources dont ces derniers princes

L ART CHRETIEN

de l’Occident, la France, Fltalie, la Germanie d'une part ■ de l’autre l’ Angleterre, où nous ferons plus loin une courte excursion, et l’Espagne l.

pouvaient disposer, d’abord les trois cents sacs d'or et d’argent trouvés dans Alep par Nicéphore Phocas, qui s’empara en outre des croix d’or enrichies de pierreries des églises d’Asie et se borna à faire incruster dans les murs de Constantinople , comme monument triomphal, les portes des villes de Mapsueste et de Tarse, enlevées aux Sarrasins ; puis les trois cents myriades d’or et d’argent que Zimisques, s’il ne put s’emparer des trésors vierges d’Ecbatane (Léon-le-Diacre , apud Pagi, t. IV, p. 34), parvint du moins à réunir par d’autres voies, comme trophée de son triomphe , où figura en outre une grande quantité d 'aromates et d’ étoffes de soie, conquête dont Constantin Porphyrogénète réduit de beaucoup l’importance en nous montrant (. in Vit. Basil., c. lxxiv et seq.) une femme du Péloponèse, Damilis, offrant à Basile Ier, son lils adoptif, six cents pièces de soie brodées et de toile, avec un tapis de laine représentant une queue de paon d’une dimension suffisante pour couvrir tout le pavé d’une église nouvellement construite. Mais ce qui constate bien mieux encore la mise en réserve de toutes ces richesses, produits aussi des surcroîts d’impôts que Basile II, sourd à toutes les plaintes, ne cessait de lever sur ses peuples , c’est ce qu’on lit dans Zonare (t. II, 1. xvii, p. 225), « que ce prince solda et rémunéra ses troupes vie- » torieuses, sans rien détacher d'un trésor de 400 mille marcs d’or enfouis dans les » souterrains de son palais. » ,

C’est ainsi qu’une passion honteuse, née d’un excès de prévoyance, peut tarir les sources de prospérité des états, alors même que les moyens de les vivifier surabondent.

r Dans le temps où déclinait rapidement l’astre de la 'dynastie de Charlemagne , souche de nouveaux rois fainëans ; quand l’Italie, déjà ceinte comme la France d’un voile funèbre bientôt transformé en linceul, pourvoyait, éplorée, à la cupidité de nombreux assaillans, depuis les prétendans aux diverses branches de la succession de Louis II et de Charles-le-Gros , qui préparèrent , par leurs discordes , l’attribution aux rois de Germanie du titre d’empereur, si bien porté jusqu’à la fin du Xe siècle par les trois Oihon, jusqu’aux indomptables Sarrasins, tour-à-tour auxiliaires ou émules de dévastation des princes secondaires acharnés à la perle de ce beau pays pour l’honneur de leurs titres de Ducs de Salerne , de Bénévent , etc. ; au moment même où pointait sur l’horizon britannique et dans le ciel d’Orient, jusque-là si chargé de tempêtes, l’aurore d’une ère nouvelle, favorable aux lettres et aux arts , par favènement presqu’immédiat de Bazile 1er au trône de Constantinople, et par celui, plus tardif de quelques années, d’A!fred-le-Grand à la couronne d'Angleterre, l'Espagne aussi recevait la loi d’un grand prince, onzième descendant de ce Pelage , qui, resté par sa vaillance le seul obstacle à l’eniiôre conquête des Maures, y jeta les racines d’une monarchie qui finit par confondre leur orgueil.

Alfonse III, fils et petit-fils de deux princes renommés par leur valeur et leur piété , et dont l’un surtout, Ramire Ur, fonda plusieurs églises, succédant en 86G à son père Ordogno L'r, comme roîd’Oviédo (plus lard royaume de Léon et des Asturies) ,• conquit, comme Alfred , à divers titres , le beau surnom de Grand. Atteint par les factions dès son début sur le trône, qu’il dut céder d’abord à i’ usurpateur Froila, bientôt renversé , ce n’est que par une lutte continuelle contre les prétentions des seigneurs et par de mémorables victoires sur les Maures qu’il parvint à s’y affermir, en accroissant même son royaume

l’art chrétien.

3Nos annales continentales de ces époques ne nous montrent pour la France et la Germanie, à côté de rabaissement de l’Italie déploré par Muratori, que des déchiremens intérieurs favorables aux atta-

d’une partie du Portugal et de la Vieille-Castille. Plus de trente campagnes semblaient devoir lui garantir enfin la paisible jouissance de ses états, lorsque l’ambition, la discorde, vint souiller ses poisons sur la descendance de Pelage, comme elle l’avait fait pour celle de Charlemagne. Ici aussi l’on vit trois fils en révolte armée contre leur père , et de plus une épouse dirigeant cet infâme complot. L’aîné, don Garcie, qui le premier leva l’étendard de la révolte en 907, sous le prétexte déjà trouvé et toujours spécieux du bien public, fut bientôt vaincu et fait prisonnier par son père, qui le relégua dans une forteresse ; et cette sévérité , plus douce cependant que le supplice infligé par notre Débonnaire à son neveu Bernard , par Charles -le- Chauve à son fils Carloman, suffit pour allumer la fureur de la reine , déjà complice sans doute de ce premier attentat. En décidant ses deux autres fils à servir d’instrumens à sa vengeance , elle eut bientôt trouvé dans l’appui des seigneurs une force capable de renverser Alfonse du trône , pour y faire monter don Garcie. Alfonse pardonna et finit en héros , puisque quelques mois avant sa mort, en 912, il demanda à combattre encore les Sarrasins comme lieutenant de son fils, et remporta sur eux la plus éclatante victoire.

Mais ces luttes acharnées, ces conflits d’ambition, ne ressemblaient en rien aux excès du même genre qui bouleversèrent l’Italie et la France. Là, des princes énergiques, tenus en haleine par le voisinage des Maures , n’aspiraient au trône que pour le défendre de leur épée, comme .firent les fils même d’Alfonse, don Garcie et Ordogno II, et ses petits-fils, Ramire II, Ramire itl et Bermude, dont le règne, qui nous mène jusqu’à la clôture du Xe siècle , nous montre un vaillant prince arrachant la victoire à Mahomet Almançor , maître de tous ses états, de sa capitale même, rasée de fond en comble, tandis que les complots de la race si tôt dégénérée de Charlemagne ne tendaient qu’à assouvir une ambition fastueuse, et à laisser éteindre le génie national dans la torpeur et le dégoût, comme firent l’assistance paisible de Lothaire à l’occupation de la campagne de Rome par les Sarrasins , la fuite de Charles-le-Chauve à l’approche de Carloman , et les honteuses capitulations de ce prince , de Charles-le-Gros et de Charles-le-SimpIe avec les Normands.

Ces secousses intérieures n’altéraient pas d’ailleurs en Espagne la marche progressive de la civilisation , car Alfonse-le-Grand , tout guerrier farouche qu’il était, protégea les savans et écrivit , dit-on , lui-même une chronique qui finit à la mort d' Ordogno , son père, et remonte à Wamba, vers la fin du VIIe siècle. Mabillon cite (Annal. Bened., t. III, p. 302 et 303) la lettre qu’il écrivit en 900 aux chanoines de Saint-Martin de Tours , dont l’abbaye avait été incendiée par les Normands , et plusieurs particularités qui présentent, comme occupé de soins pieux et de fondations, ce prince, à qui l’on doit notamment le monastère Lerense , enGallice, auquel son fils, Ordogno II, « ornamenta, » vasa sacra librosque donavit y in his codicem regulæ sancti Benedicti Dei ( ibid. , » p. 240). » Il dit ailleurs (p. 229), en parlant du monastère de saint Facundus : « Alfonsus » Magnus regio sumplu illud instauravit ed magnificentiâ , ut nullum in Hispanid » divitiis , ampliludine , majestate illuslrius fuerit , nostrâque œtate in paucis » nobilissimum habcalur, sub idemtempus, in Gallicia monasterium sancti Pétri de Ru-

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