I- ART CHRETIEN
Les règnes si courts de Galba, d’Othon et de Vitellius, n’atteignirent pas les Chrétiens laissés également en repos par Vespasien et par son fils , dont la juste fureur ne pesa que sur les Juifs cruellement punis de leur appel aux armes 1 ; mais Domiticn , qui se posait en dieu 2 , voulant sans doute concentrer leurs hommages sur lui seul , fit tout à coup éclater les foudres sur leur tête la i4e année de son règne, en livrant au martyre (en l’an g3) le troisième chef de l’Église, Anacletus, et en signalant par des victimes choisies dans sa propre famille 3 , la deuxième persécution , célèbre par l’exil de saint Jean dans l’île de Pathmos. La généreuse intervention de Nerva(Dion,l. Lxvm)mitun terme assez prompt à ces poursuites reprises par l’ombrageuse susceptibilité, en matière d’association et de rassemblemens quelconques 4, deTrajan, cet empereur d’ailleurs si noble et si grand.
Ici, fin du premier, si ce n’est du beau siècle, la tradition religieuse des calendriers et martyrologes s’authentifie également par les détails de la correspondance de ce prince, avec Pline le jeune, son proconsul en Bithynie , et ces détails suffisent pour attester que bien
i Si l’on pouvait croire sur ce point Josèphe, Eusèbe, etc., le siège de Jérusalem, suivi d’un démantellement complet, aurait coûté aux Juifs onze cent mille hommes, dont six cent mille massacrés et cinq cent mille morts de faim , sans tenir compte de cent autres mille
vendus immédiatement comme esclaves.
3 « Pari arrogantia cum procuratorum suorum nominc formalem dictaret epistolam, sic « ccepit .- Dominas et Deus noster sic fieri jubet (Suétone, in Domitiano , chap. mi). — Voir aussi Eusèbe (in Chron. , an 89). Les statues d’or et d’argent « ponderis cerli » que ce dieu s’éleva dans le capitole , furent renversées et foulées aux pieds par ordre de ce même sénat qui s’était montré si docile à ses ordres et même à ses caprices.
3 On cite comme martyrs de cette époque Flavius Clcmens, cousin-germain de Domiticn, et qui avait été son collègue au consulat, et sa femme, ou plutôt sa nièce Domitilla, qui n’avait été condamnée qu’à l’exil, victimes dont Étienne, affranchi de cette famille, aurait tiré vengeance en portant à l’empereur le premier des sept coups de poignard sous lesquels il succomba, en l'an 96. Ces circonstances, que nous nous garderons bien de mettre en doute, puisqu’elles ajouteraient par la quantité de ces martyrs à l’illustration de la cause chrétienne, rendent cependant assez inexplicable, il faut en convenir, l’ignorance des trois célèbres écrivains contemporains cités plus haut sur une religion qui comptait déjà des consuls et des parens de l’empereur parmi ses confesseurs et ses victimes.
4 La lettre xliji du 1. x, écrite par Trajan à Pline le jeune, et par laquelle cet empereur refuse d’autoriser même une association de pompiers à l’occasion de l’incendie de Nicomédie, explique la sévérité de l’édit contrôles assemblées des Chrétiens.
T/AKT CHKÊTlE.V.
qu’alors les Chrétiens répandus sur la surface de l’empire , fussent nombreux et de toutes conditions , selon ces termes exprès de sa lettre 97, du 1. x : « Multi enim omnisætatis, omnis ordinis, utriusque sexus. » ( Voir d’ailleurs Tertullien ad scapulam , et saint Cyprien , ép. 79). Le préfet du trésor, gouverneur de Bithynie et de Pont, 11e connaissait pas mieux que ses amis Tacite et Suétone *,qui décrivaient, vers le même temps, la persécution de Néron, en quoi consistaient les crimes de ces Chrétiens auxquels Pline, tout en les persécutant , n’impute que des vertus et des actions louables :
« Je ne sais, mande-t-il à Trajan , sur quoi tombe l’information « qu’on dirige contre les Chrétiens , ni jusqu’où doit aller leur pu- » nition ; si c’est le nom seul qu’on punit en eux ou les crimes alta- » chés à ce nom? » crimes consistant , d’après la même lettre « à s'as- » sembler àj ours marqués ^avant le lever du soleil , pour chanter tour à tour » des vers à la louange du Christ ; à s'être engages par serment à ne )> commettre ni vol ni adultère , à ne point manquer à leurs promesses , à >> 71e point nier un dépôt , puis à se rassembler plus tard pour manger w en commun des mets innocens. »
Il nous a toujours paru difficile de concevoir comment la conséquence d’une telle information , et de la part d’un agent aussi éclairé que Pline, a pu être, « qu’il avait envoyé au supplice ceux qui avaient » persisté dans leurs aveux ( aveux bien coupables, comme on voit), » de quelque nature que fût ce qu’ils confessaient , pour punir leur )> désobéissance et leur invincible opiniâtreté -, » mesures auxquelles l’empereur, ne consultant sans doute que la raison politique, applaudit dans sa réponse , mais en observant toutefois « qu’il ne » faut pas faire perquisition de ces sortes d’affaires , ni recueillir de » délations anonymes, etc. 1 »
> Cet historien va jusqu’à confondre ( Vie de Claude, ch. xxv) les Juifs avec les Chrétiens, qu’il qualifie cependant spécialement, comme on l'a vu, dans la vie de Néron : «Claude, » dit-il, chassa de la ville les Juifs qui excitaient des troubles à l’instigation d’un certain » Christ, Judeos impulsore Christo. »
* Dans les faits cités dansla lettre de Pline, le seul qui pût être réellement imputé à crime aux Chrétiens, comme contravention à l’édit de Trajan contre les assemblées quelconques, était leur réunion en commun pour les agapes ou repas de charité de la primitive Eglise, consacrées par les peintures des Catacombes des saints Marcellin et Pierre, peintures dont l’une porte cette inscription toute positive, citée par M. Raoul Rochette (Tableau des Cala-
T," AB T CHRÉTIEN
Ces rigueurs, sur lesquelles Trajan, par un effort digne de sa grande ame, sut revenir de lui-même, firent néanmoins partie de son héritage, car Adrien, justement irrité contre les Juifs, confondit les Chrétiens avec eux dans sa vengeance, et ajoutant aux tortures personnelles l’insulte et la profanation, il voulut, dans sa rage architecturale, que les temples voués aux plus impures divinités du paganisme couvrissent le théâtre du grand drame chrétien , les lieux même consacrés par la naissance et par la mort du Messie *. Adrien cependant est absous par l’Eglise, qui, par son savant et éloquent organe, saint Augustin, quoique tenant registre de ses violences, notamment de la mort de son général de cavalerie saint Eustache, martyrisé avec toute sa famille, ne date la quatrième persécution que du règne d’Antonin, autre grand prince, qui partage du moinsavec Trajan le mérite d’avoir suspendu de lui-même l’effet de son courroux, et avec Adrien l’honneur d’avoir courageusement interdit le scandale des délations, des condamnations et exécutions à la clameur publique a.
Si les hautes vertus de Marc-Aurèle ont préservé son nom de la tache imprimée dans les fastes chrétiens au titre de persécuteur, malgré les nombreuses victimes que ce prince offrit sans doute en holocauste à ses dieux (v. Baronius, an. 164, n° a, 5 et seqq., et an. 169, n° 1 et seqq.), celui de Septime-Sévère ne pouvait échapper à ce sanglant stygmate : l’inflexible Tertullien, témoin des tortures atroces infligées à ses nouveaux frères en religion par Plautien, ce
combes, p. 142), À rjctpc misce-mi, applicable à l’une des femmes (la Charité), représentée en action de mêler de l’eau au vin des convives. Ces repas devinrent moins innocens plus tard, comme nous le dirons plus loin et plus tard encore, en revenant sur ce sujet à notre cbap. xv ; mais rien n'indique que ces assemblées se tinssent alors dans des églises où le proconsul eût eu le moyen d’atteindre les coupables, au lieu de procéder par enquête d’aveux ou de désaveux.
1 Le temple de Venus construit par Adrien sur le Calvaire, et celui d’ Adonis qu’il superposa, sans doute à dessein, à la sainte crèche de Bethléem, durèrent, selon Sulpice-Sévère, Dion, etc., jusqu’à l’époque où sainte Hélène en fit justice.
3 “ En P,ein amphithéâtre, dit Gibbon, en s’appuyant des témoignages de Tertullien, des » actes du martyre de saint Polycarpe, etc., les clameurs impatientes de la multitude dénon- » çaient les Chrétiens comme les ennemis des dieux et des hommes. Elle les condamnaient » aux supplices les plus cruels, et poussant la licence jusqu’à désigner par leurs noms les » principaux chefs de la secte nouvelle, elle exigeait impérieusement qu’ils fussent aussitôt » saisis et jetés aux lions (ch. xvi, t. 111, p. 420). »
cruel favori de Sévère, en ayant à jamais consacré la mémoire dans son éloquent Apologétique : il eut suffi d'ailleurs des massacres de Lyon, ajoutés à tous les maux que la lutte de Sévère et d’Albinus fit peser sur cette ville et sa province, pour justifier le titre de chef de la cinquième persécution donné à cet empereur (v. Dodwell , xi,
< Il paraîtra sans doute naturel qu’occupé dans ce chapitre de recherches sur l’art chrétien, nous cherchions avant tout nos sources chez les historiens qui ont écrit sous l’intlucnce des principes et des pratiques de cette religion ; cependant la mission, toute d’impartialité, que nous nous sommes tracée, nous impose en même temps le devoir de donner l’idée des controverses élevées sur quelques points principaux.
Gibbon, que nous citerons de préférence parmi ces avocats du diable, à raison de la haute portée de ses vues philosophiques et de ses aperçus sur les arts , même dans la ligne dissiden teet iconoclaste où sa nationalité et son éducation religieuse l’ont placé, établit d’abord, comme nous avons essayé de le faire par d’autres témoignages, que la cause des Chrétiens fut longtemps confondue par les magistrats de Rome avec celle des Juifs, et parle ensuite « delà juste indignation de toutes les nations de l’antiquité en voyant troubler l’harmonie » religieuse de l’ancien monde par un peuple qui, séparé de la communauté du genre » humain, prétendait posséder seul la science divine, et traitait orgueilleusement d’idolâtre » et d’impie toute forme de culte différente du sien. Le droit de tolérance, ajoute-t-il, étant » fondé sur une indulgence mutuelle, on ne pouvait plus le réclamer dès que l’on refusait le » tribut accoutumé, comme firent opiniâtrement les Juifs, les Juifs seuls. » (Suétonenous donne une idée de la rigueur exercée par les Romains dans la perception de ce tribut, en citant, chap. xrn de la vie de Domitien, la visite publique par un percepteur d’un vieillard de 90 ans pour s’assurer qu’il était circoncis.) Les Chrétiens, au contraire, se soumettaient sans scrupule à la prescription du Christ sur le denier de César.
Arrivant ensuite à la distinction faite par les empereurs entre les Juifs qui, après leurs sanglans conflits avec la puissance romaine, obtinrent comme peuple l’exercice public de leur culte, qu’on refusa aux Chrétiens comme secte, Gibbon la fonde surtout sur la présomption d 'athéisme qui pesait sur ces derniers, « faute par les idolâtres de concevoir un Dieu spinal tuel et unique qui n’était représenté sous aucune figure corporelle, ni sous aucun symbole » visible, et que l’on n’adorait point avec les pompes ordinaires des libations et des fêtes, » des autels et des sacrifices. »
L’historien protestant passe rapidement sur la persécution subite, momentanée de Néron, et sur celle de peu de durée de Domitien, pour arriver plus tôt à exalter les sentimens d 'équité, d'humanité et de générosité qui dirigèrent Trajan, dont les mesures acerbes furent en effet tempérées par quelques nobles procédés ; mais les malheureux convaincus des actions louables ou innocentes dont Pline les accuse, n’en subirent pas moins de cruels supplices, bien qu a cette époque il n’existât contre eux, ainsi que le reconnaît Gibbon, « aucune loi » générale, aucun décret porté par le Sénat. »
D’après les martyrologes dont beaucoup d’écrivains, même plus orthodoxes que Gibbon, nient, il est vrai, la parfaite exactitude et même l’authenticité, longue serait la liste des victimes du magnanime empereur et de son digne proconsul ; et cette liste donnerait en outre
l’\rt chrétien.
Après s être à bon droit étonné de voir l’Église persécutée sous Marc-Aurèle, rester paisible sous le sanguinaire Commode, grâce au patronage d’une courtisane , et sous l’impudique Héliogabale, trop fier sans doute du culte de son aérolithe, pour redouter des rivalités terrestres, on rentre dans l’état normal, lorsque le féroce Maximin suscite la sixième persécution -, mais après la chute de ce tyran, dont la cruauté avait lassé le bras des soldats, qui le tuèrent à Aquilée pour se racheter par sa tête, après le règne temporaire de Gordien, brille enfin pour l’Église militante une lueur que de nouvelles ténèbres viendront bientôt éteindre et pour longtemps encore.
Pour fuir sans doute la poursuite incessante des implacables furies du paganisme, Philippe, assassin et usurpateur du trône de son pupille, dont il crut appaiser les mânes en le plaçant au rang des dieux, se réfugia dans un dogme qui n’admet pas de crime irrémissible : aussi son premier soin, lorsqu’au retour de Syrie il eut participé à Antioche aux solemnités de la fête de Pâques, fut-il de se soumettre aux pénitences que lui infligea saint Babylas, qui, procédant à son égard comme fit depuis saint Ambroise pour Théodose, après le mas-
un démenti formel à la citation faite par l’historien anglais d’un passage de Pontius, qui porte que saint Cyprien, évêque, tourmenté sous Valérien et Galien, fut le premier martyr de son rang, puisqu’elle offre une longue série d’évêques, depuis saint Barsimée, saint Astius, saint Tite, saint Timothée, saint Phocas, etc., etc., jusqu’à saint Crescent, saint Zacharie, saint Martin, saint Eutrope, etc., etc., martyrisés avant saint Cyprien.
On y trouve aussi, indépendamment des vierges dont parle Pline, d’autres servantes du Seigneur brûlées à petit feu, et dont les cendres, mêlées à l’airain dont on fil le bassin du lavoir deTrajan, causaient des vertiges aux baigneurs. Qui pourrait nier d’ailleurs l’acharnement de ces poursuites, bien que les perquisitions parussent interdites, lorsqu’il paraît constant que l’empereur ne les arrêta que sur la remarque de Tybérian, que les bourreaux manquaient aux victimes ( Suidas , Baronius, an 118, n° 1)?
Citons, pour en finir avec des contradictions qui laissent tout en doute dans les données historiques, le résumé de l’opinion de Gibbon sur les souffrances que les Chrétiens déplorèrent et exagérèrent : « Le nombre célèbre de dix persécutions a été fixé par les écrivains ecclé- » siastiques du Ve siècle, qui voyaient d’une manière plus distincte l’état florissant ou mal- » heureux de l’Église, depuis Néron jusqu’à Dioclétien. Les parallèles ingénieux des dix plaies » d’Égypte et des dix cornes de l’Apocalypse leur donnèrent la première idée de ce calcul. » En appliquant à la vérité de l’histoire les croyances qu’exigent les prophéties, ils curent » soin de choisir les règnes qui avaient en effet été les plus funestes à la cause du christia- » nisme ; mais ces persécutions passagères servirent seulement à ranimer le zèle des fidèles » (quel véhicule! ) et à rétablir leur discipline (t. III, ch. xvr, p. 459 et 460) »,
’art chrkttev.'
sacre de Thessalonique , interdit au maître du monde l’accès d’une basilique chrétienne) Euseb., 1. vi, c. xxvii). Le triomphe de l’Église paraissait d’autant plus assuré que des lois contre la luxure, contre la licence des poètes, etc., témoignaient de la sincère disposition de l’empereur et de son fils qu’il avait associé à son trône, à lui donner pour base les mœurs et la morale évangélique. Une révolte militaire lit cesser ce beau rêve, pendant lequel le prosélytisme d’autant plus ardent qu’on semblait toucher au triomphe, ne fit que préparer de nouvelles victimes aux fureurs de Dèce.
Dansla conduite de ce général refusant d’abordl’ovation d’unearmée qu’il tourna plus tard contre son maître, et s’élevant ensuite sur son cadavre au trône dont il chercha l’appui dans la population hostile au nouveau culte, qui ne verra l’exemple que se proposa un siècle plus tard notre hôte illustre, Julien?
Malheureusement, il n’en fut pas de l’œuvre à peine ébauchée de Philippe comme de celle de Constantin, que sauva l empressement de l’usurpateur Julien à s’occuper du retentissement lointain de sa gloire, et de sa fatale campagne de Perse, avant de cimenter sa puissance intérieure , fondée sur l’apostasie, dans le sang chrétien qu’un tel homme eût fait couler à flots x.
Quelques mois d’un règne paisible avaient suffi à Dèce pour donner à ses ovateurs des gages sanglans de ses droits, comme chef de la cinquième persécution 1 2, au titre de nouveau Trajan, qu’il mérita d’ailleurs par de hautes qualités , lorsque, nouveau Romulus, il disparut tout à coup à la tête de son armée et en présence des Goths, coup du ciel rendu plus manifeste encore par la mort de son fils, et qui
1 Le système de persécution qu’il substitua à son premier édit de tolérance, et qui se signala par le massacre impuni de Marc d’Aréthuse qui lui avait sauvé la vie, crimen impurgabile, au dired’Ammien lui-même, et ses ironiques allusions aux Chrétiens nés pour la souffrance (voir sa lettre 28), n’étaient évidemment que des actes de prise de possession, et pour ainsi dire que l’avant-goût des vengeances ajournées à son retour de Perse. La résistance, nécessairement plus forte que sous Philippe, eut encore ajouté à 1 intensité de cette onzième persécution.
2 11 suffit de citer le supplice si connu de saint Laurent, martyrisé sous le règne de Dèce, pour donner l’idée du raffinement de cruauté et des infernales combinaisons par lesquelles les bourreaux, mettant à profit leurs oiseuses méditations et 1 irritation de leur interrègne, signalèrent cette recrudescence.
1,’AnT CHRÉTIEN'.
vengea les deux Philippe et leur cause, mais sans rendre a l’Église, même l’espoir des heureux jours dont l’aurore avait lui sous ces derniers princes; car après les règnes sans portée de Gallus etd’Emilien, aux prémices favorables de celui de Valérien, succéda la huitième persécution, suscitée par ce dernier prince, que son fils poursuivit jusqu’à ce que, voyant sans doute dans les cruautés de Sapor le tallion des tortures exercées contre les Chrétiens par son père, Gallien, en butte d’ailleurs aux attaques de ses trente compétiteurs, suspendit de lui-même l’effet de ses édits.
A peine remise de ces assauts pendant les règnes inoffensifs pour elle de Claude et de son frère, l’Eglise chrétienne fut de nouveau troublée dans ses saintes pratiques par Aurélien, dont la persécution (la neuvième), quoique terrible, le cède en barbarie à un seul épisode de celle de dix années, exercée sous Dioclétien, à la provocation de Galère (y. Baronius , an. 3oi, n° 16 et seq. , Genebr. inMarcellino ex Eusebio et Aicephoro, etc.) 1 .
Ce n’est pas sans regrets sans doute que nous nous trouvons forcé de faire encore ici, dans le domaine purement historique, des excursions que nous devrions consacrer uniquement à celui de l’art : mais qu’on se rende bien compte des vues qui nous dirigent et du peu d’intérêt qu’offriraient de sèches nomenclatures d’objets, sans l’ animation que peut seule leur donner l’idée, et, si possible, l’image des influences sous lesquelles ils furent produits !
Ici, par exemple, ce tableau sommaire de violentes persécutions, qui s’étendirent aux édifices chrétiens renversés de fond en comble
1 Si les massacres organisés pour atteindre en masse les Chrétiens surpris dans la célébration des offices du Vendredi -Saint et de Pâques ( Ensèbe , an 306) pouvaient n’être considérés que comme une manœuvre stratégique, assez habile pour en finir plus tôt avec l’ennemi, on trouverait dans les actes des martyrs des atrocités moins vulgaires. Combien de sueur et de sang versèrent, par exemple, ces quarante mille Chrétiens chargés d’élever ces thermes somptueux de Dioclétien (v. Baronius, an 298, n. \0 et suiv .) , où l'on cherche naturellement un élément de comparaison avec ceux d'époque contemporaine, que, selon nous, l'associé de cet empereur aurait érigés à Lutèce?
Galère aussi en fit construire d’analogues à Carthage, également par les Chrétiens condamnés, également en masse, au travail des carrières, « ad arenamfaciendam » (v. Bottari, Pitt. seul., t. I, p. 13 et 20), et qui, soldats pour la plupart, étaient affranchis de ce travail par les lois romaines. Si l'on croit même les historiens, ce premier supplice n’était qu’une épreuve, passé laquelle les travailleurs payaient de leur vie leur inflexibilité chrétienne.
[.'art CHRKTIEV.
(Eusèbe, 1. VIII, c. il ) , de même que quelques aperçus dont nous le ferons suivre sur lesCatacombes et leur population de martyrs, n’ont certes pas pour objet de pourvoir à l’enseignement religieux de nos lecteurs, par un abrégé de f histoire ecclésiastique à leur usage ; mais en même temps que ces sortes de digressions expliqueront, sans les justifier, lesvéactions toutes monumentales dont nous parlerons plus loin , qui , ordonnées par Constantin , furent surtout exercées sous Théodose, etc., elles deviennent indispensables pour résoudre, autant que possible par inductions, la question toujours indécise du véritable point de départ de l’art chrétien. A cet égard, l’origine obscure assignée par les maîtres à cet art qui aurait vu le jour dans les Catacombes, en expliquant les ténèbres dont son enfance reste environnée, motiverait notre désir de faire pénétrer le flambeau de l’histoire dans ces réduits mystérieux, pour leur arracher leur secret.
Résumons donc cette chronologie martyrologique pour en tirer nos conséquences.
Nous avons dit, et tout le prouve pour nous du moins, que ce ne put être à l’occasion des persécutions toutes passagères de Néron et de Domitien que se fonda le premier établissement durable des Chrétiens dans la Rome souterraine ,• et que la prévision de persécutions générales, qui ne laisseraient pas aux proscrits le choix du gîte , que la libre disposition d’ouvriers occupés à l’exploitation des entrailles de Rome au profit de sa surface, ouvriers d’ailleurs familiers avec les Méandres de ces arénaires, et qui sous le nom si souvent consacré de fossorcs 1 furent peut-être les premiers architectes chrétiens , auraient pu seules inspirer aux chefs de l’Eglise l’idée de rendre à la fois habitables et secrètes ces excavations, déjà dépositaires sans doute des ossemens vénérés de leurs martyrs arrachés nuitamment aux charniers des persécutions -, mais il y aurait encore loin même
2 Boldetti a donné ( 1. 1, ch. xvi, p. 50) l’espèce de monument élevé au fossoyeur Diogène par les Chrétiens de son temps, sorte d’ouvriers remplacés par les cavatori delle catacombe dont parle d’Agincourt (t. IV, p. 25). M. Raoul Rochette observe en outre, p. 40 et 41 de son tableau synoptique, qu’on trouve souvent dans ces peintures « des ligures d’ouvriers j) occupés à creuser un roc qui surplombe, accompagnés d’un personnage tenant une lampe 3) à la main pour combattre l’obscurité, et que beaucoup d’inscriptions concernant les Chré- 3. tiens leur donnent le titre de fossor, fossores ou fossorii, premier titre du sacerdoce conféré 33 aux membres delà primitive Église. 33
l’art chrétien.
de ce premier emménagement et des travaux préalables qu’il suppose, à la pompeuse ornementation dont les grands historiens des Catacombes décorent ces cryptes dès ces premières époques.
Ne voulant pas toutefois nous commettre légèrement avec des autorités du poids de celles que nous allons citer, nous en appellerons d'autres à notre aide, et ferons précéder la suite de nos recherches martyrologiques de l’examen de cette double question préjudicielle :
Les travaux d’art et décorations qu’on remarque encore dans les Catacombes, ou que le soin de préservation a fait recueillir dans le musée du Vatican, datent-ils du temps des persécutions? et, dans tous les cas , à quelle époque remontent les plus anciens ?
La réponse la plus affirmative et la plus positive, quant à l’origine reculée de ces produits de l’art chrétien , se trouverait sans doute dans l’opinion de Bosio, exprimée et partagée par Aringhi % dans l’ouvrage de Boldetti 1 2, et aussi dans celui de d’Agincourt, qui, tout en posant en fait « que pendant les trois premiers siècles, aucune » occasion ne s’offrit pour l’Église chrétienne de faire assaut de » pompe avec les solennités du paganisme si favorables aux arts du )) dessin , » dit expressément , d’abord dans ses Observations sur la décadence de la peinture (t. vi, p. 20 et 21) , à propos des cinq premiers objets (nos 1 à 5 de la planche iy) , et du n° 1 de la planche vu, représentant des peintures trouvées dans la catacombe de Sainte-Priscille : « Ces peintures ont été probablement exécutées » par des Chrétiens retirés dans ces asiles souterrains , au temps de
1 Aringhi, dans sa Roma subterranea (1. v, cap. vr, v. 2, p. 465). Cet ouvrage est, pour ainsi dire, la deuxième édition avec quelques additions de celui préparé parles recherches et les planches de l’infatigable Bosio , mort à la fin du XVIe siècle, travaux dont Severani fit une première publication qui n’est devenue réellement complète et satisfaisante que dans les trois volumes donnés par Bottari au milieu du XVIIIe siècle, sous le titre de Sculture e pitture sagre eslrette dei cimeteri di Roma , etc.
2 Voir Boldetti : Osservazioni sopra i cimeteri (1. 1, cap. v, p. 18). Comme gardien des Catacombes pendant environ trente années, le chanoine Marc-Antonio Boldetti a réuni de précieux documens qu’il a publiésavecun soin scrupuleux au commencement duXVIHesiècle. Beaucoup d’autres savans italiens ont exploité cette riche mine vers le même temps. Nous citerons surtout les travaux de Marangoni et les dissertations si curieuses de Buonarotti sopra alcuni frammenti di vasi anticlii di vetro ornali di figura, trovati ne ’ cimeteri di Roma.
t.’àrt chrétien.
)) la première persécution ; » puis , par une sorte de contradiction , observe, dans la table de ses planches vi, vu et vm : « que les « plus anciennes de ces peintures appartiennent au IIe siècle, notam- » ment celles d’une catacombe de la via Latin à , et toutes celles de » la catacombe dePriscilla (via. Salara) ';» mais c’est précisément sur ces points que s’établit la controverse dans laquelle nous nous permettons d’intervenir.
D’une part, M. Raoul Rochette, tranchant en maître la difficulté sans même la soulever, dit, dans sa belle étude sur nature, intitulée : Tableau des Catacombes de Rome (pages 56 et 5 7), au sujet des anciens sépulcres primitifs de la voie Appienne : « Les peintures du » cimetière de Saint-Calixte sont généralement, par leur goût et » par leur exécution , du nombre de celles qui tiennent de plus près w à l'antiquité; » et en ajoutant : « Ce cimetière, le plus ancien comme )) le plus célèbre de tous, ne dut pas son nom à la sépulture du pape w saint Calixte , enterré dans la voie Aurélia, mais bien aux travaux a et décorations exécutés par ce pape , sous le règne d’Alexandre- » Sévère , si favorable au christianisme et si consolant pour l’hu- » manité. »
Déjà donc ces premières phases de l’art chrétien ne se trouveraient plus, dans cette dernière opinion , remonter au-delà de l’an 222, c’est-à-dire au moins cent soixante ans en deçà de l’époque assignée à ces peintures par les grandes autorités italiennes : elles seraient également bien postérieures à la période Antonine que leur affecte l’antiquaire Bellori , d’après leur conformité de style, de disposition et d’exécution avec celles du sépulcre des Nazons {y. d’Agincourt , Peinture , pl. v)1 2, considérées comme appartenant à cette dernière ère de la splendeur de l’art romain ; mais cette restriction du règne de l’art dans les Catacombes ne suffit pas à un autre académicien ,
1 D’Agincourt assigne d’ailleurs aux peintures de la catacombe de Saint-Saturnin, et surtout de celle de Saint-Calixte, citée par M. Itaoul Rochette comme contenant les ornementations les plus anciennes, la même époque que ce dernier savant (le IIIe siècle) , et convient que beaucoup d’autres travaux analogues ne datent que des siècles suivans, jusqu’au XIe.
2 Ce monument, décrit par Bellori, est, selon d’Agincourt (t. iv, décadence, p. 18), plutôt un musée qu’un sépulcre; les principales peintures ont pour objet la gloire d’Ovide, membre de cette famille.
i/ART CHRÉTIEN".
le non moins savant Eméric-David , notre autorité d’affection en général. Ici toutefois nous lui laisserons le mérite et la responsabilité d’une opinion tant soit peu absolue peut-être et à laquelle nous ne nous associons positivement que pour protester , pour lui comme pour nous, contre toute assimilation de nos doutes au parti pris des écrivains nommés par Gasilius ( recenliores hceretici ) qui ont traité cette matière , en continuateurs des iconoclastes , et dans la vue de faire dominer les argumens tirés par la réforme de l’interdiction des images dans le culte primitif de l’Église chrétienne.
Dans son discours historique sur la peinture (page 94 et suivantes), M. Eméric-David s’exprime ainsi : « Dès l’époque où l’usage d’en- » terrer les morts eût été substitué chez les Romains à celui de les » brûler 1 , les Catacombes devinrent le lieu de la sépulture des
> L’usage d'enterrer les morts alterna chez les Romains avec celui de les brûler. Ce peuple, après avoir suivi pour l’inhumation les erremens des Phéniciens, desÉgjptiens, etc., adopta, non sans opposition de la part de Numa lui-même, les nouvelles habitudes contractées par les Étrusques et surtout par les Grecs, auxquels l’incinération des corps offrait un moyen facile de rendre à la patrie, même en cas de défaite, les restes de ses héros. Il paraît que cette dernière coutume ne souffrit, sous la république, que de rares exceptions, devenues plus communes dès les premiers temps de l’empire, mais en faveur seulement de quelques familles nobles ou particulièrement illustrées; ainsi qu’on peut en juger par certains témoignages encore subsistons, tels que les sarcophages trouvés mêlés aux urnes cinéraires dans le colombarium libertorum et servorum Livice Auguslœ et Cœsarum, et ceux appartenant à diverses époques, même de la république, extraits de la pyramide de Cestius, du mausolée de Cœcilia Metella, des tombeaux de la famille Aruntia, etc. (Raoul Rochette, Tableau des Catacombes, p. 32).
Il est à croire aussi qu’ici, comme pour l’art chrétien, ces habitudes, également dérivées des coutumes des Hébreux, contribuèrent beaucoup à faire prévaloir de nouveau un usage que ne pouvait manquer de consacrer chez les martyrs de la foi leur confiance dans une résurrection générale (Tertullien, de Coron., ch. xi),
Visconti, s’appuyant sur le style de la sculpture de plusieurs sarcophages païens, fait remonter au règne des Antonins ce changement de dispositions qui, selon d’autres écrivains, ne serait devenu général que sous Gratien. Il serait cependant bien difficile d’admettrecette dernière opinion , d’après les témoignages que nous donnons de l 'exposition du corps de Constantin et de son inhumation à la porte de l’église des Saints-Apôtres, et en présence surtout du beau sarcophage en porphyre de travail antique et profane ( Bottari , t. m, tav. 196), trouvé dans la tombe de sainte Hélène, et que le pape Anastase IV n’en désigna pas moins pour sa dernière demeure ; à moins de considérer, ainsi que nous le ferons plus loin, en citant Ciampini, ces urnes précieuses comme des labra, servant aux ablutions des illustres païens. Comment croire aussi que dès le milieu du IVe siècle, l'inhumation des grands personnages ne fut pas d’obligation rigoureuse, lorsqu’on voit le corps d’un successeur de
l’vht chrétien.
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» idolâtres comme des Chrétiens 1 , fait attesté d’ailleurs par un très » grand nombre d’inscriptions. Dans les temps de persécution, les
Constantin, Julien le Philosophe, qui, mort comme Platon, se fût sans doute assuré la même sépulture, rapporté à bras d’homme au milieu de tous les embarras d’une si longue retraite; et lorsqu’aussi, pour citer un exemple particulier, bien plus à portée de nous, et indépendant de ceux qu'on pourrait tirer aussi des sarcophages de divers styles recueillis dans nos musées, on voitdans notre basilique de Reims celui de style antérieur que Valentinien affecta aux dépouilles mortelles de son général J ovin? (v. d’ailleurs Mabillon, Iter.ital. § 10, p. 81, et Raoul Rochette, Tabl. desCatac., p. 198-202).
En tous cas, l’inhumation des corps placés en terre ou dans des sarcophages de pierre ou de marbre, comme ceux journellement trouvés en si grand nombre dans notre sol, et même celle des cendres recueillies dans des urnes dites cinéraires qu’on plaçait dans des niches d’un colombarium superposées comme les trous de nos colombiers, ou plutôt comme les cases à bocaux de nos officines, ne pouvait avoir lieu qu’en dehors des villes. Les prescriptions de la loi des Douze-Tables, à cet égard, sont restées en vigueur jusqu’au IVe siècle. On trouve même des édits d’Adrien confirmés en 290 par Dioclétien, qui ordonnent la confiscation des terrains et Vexhumatian des corps ou des cendres ensevelis dans les villes, dont les avenues les plus fréquentées furent affectées à cette destination, comme pour offrir aux voyageurs mêmes l’occasion d'honorer la mémoire des morts illustres, ou pour garantir les nouveaux arrivans du luxe et des prestiges de la cité, par la leçon préalable du but vers lequel tout tend.
C’est ainsi qu’on montre encore à proximité de notre ancienne ville presque romaine, d’Arles, ces Èliscamps ou Champs-Elysées chrétiens dont nous avons parlé (t. 1er, p. 93), et que Catherine de Médicis exploita trop largement sans doute au profit de plusieurs collections étrangères.
1 Cette circonstance se trouve prouvée non seulement par l’existence traditionnelle du tombeau des Scipions dans une partie des souterrains formant le vaste cimetière de St-Calixte, mais plus positivement encore par le sépulcre de la famille des Nasons, de laquelle était Ovide ( Winckelmann, 1. vi, ch. vi, t. n , p. 401), découvert en 1674 sur la voie Flaminia, et dont Dagincourt a fait graver plusieurs peintures (t. V, p. 4, pl. vu), avec celles tirées d’autres catacombes païennes; modèles, dit ce savant, des peintures exécutées dans les catacombes chrétiennes. Il était également d’usage chez les païens de revêtir de peintures l’intérieur des tombeaux des personnages marquans. Voir Winckelmann (1. iv, ch. vin, § 2), sur les sept tableaux tirés d’une grotte du mont Palatin, et la note 1 de la p. 120 du t. II, ainsi que lanote6dela p. 122, sur la peinture de la pyramide de Cestius, etc.; — voir aussi, pour expliquer la destruction de beaucoup de peintures des Catacombes, les remarques de la page 116, quant à l’effet de l’introduction immédiate de l’air extérieur, lors des fouilles, sur les couleurs et même sur l’enduit qu’ elles recouvrent.
A en juger parles riches découvertes faites journellement dans les cimetières étrusques et par les myriades de vases peints sortis, même depuis quelques années seulement, des flancs de la terre pour venir orner nos palais et nos musées, les Romains auraient emprunté à leurs premiers maîtres et devanciers dans l’art, la riante idée d’embellir de la sorte leurs demeures funèbres. ( Voir pour les peintures et sculptures sur place des hypogées de l’ancienne Tarquinia, les planches x et xi de la section de la sculpture dans l’ouvrage de Dagincourt.)
l’art chrétien.
» Chrétiens ne se réunissaient dans les Catacombes que furtivement.
» Numérien , Maximin et d’autres empereurs leur en défendirent » l’entrée sous peine de la vie (Ewsèbe, Histoire , î. vu, cap. n , h 1. îx , cap. n •, Baronius, Annal. , an 260, § xvii et xvm)-, souvent » ils y furent poursuivis et mis à mort 1 . » Exposer des peintures » religieuses dans des lieux aussi dangereux, n’était-ce pas les livrer » à la dérision et aux outrages des païens ? Dioclétien fit raser tous » les temples consacrés au nouveau culte : n’aurait-il pas détruit plus » facilement les peintures des cimetières si les Chrétiens en eussent » placé dans ces lieux publics ? »
A ces déductions historiques auxquelles Burnet et Lalande se sont également arrêtés dans leurs voyages d’Italie , notre savant académicien ajoute des témoignages négatifs tirés du silence de tous les anciens auteurs chrétiens qu e leur sujet conduisait à parler de ces • peintures : « Ni Anastase dit-il, dans tout ce qu’il rappelle de relatif » aux anciens papes j ni Eusèbe qui n’omet aucun des actes religieux » de Constantin, ni saint Jérôme qui descendit par dévotion dans les » Catacombes, aucun de ces écrivains n’en a fait mention. Les » docteurs qui, dans les VIIIe et IXe siècles défendirent le culte des » images contre les iconoclastes , saint Jean Damascène, Grégoire II, h dans ses lettres à Léon l’Isaurien , n’en parlent pas, quoiqu’elles w leur eussent offert de si puissans argumens, si en effet elles eussent » été antérieures à Constantin, ou du moins à Théodose. Les pères » même du second concile de Nicée ne les ont pas nommées parmi « les anciennes peintures qui ont servi à prouver la solidité de leur » doctrine : ne doit-on pas conclure de là que la tradition donnait à » ces monumens une origine encore récente? » Puis vient l’observation que deux auteurs anciens seuls ont parlé de ces peintures : « Prudence % qui, dans son poème de la Couronne des Martyrs,
' C’est ce qui advint au pape Xiste II (saint Cypricn).
2 Qu’on nous permette de faire en outre remarquer ici comme témoignage à l’appui du système de M. Raoul Rochette, que Prudence, né en Espagne vers le milieu du IVe siècle, ne vint à Rome (selon Tillemont) qu’en 407, et que ses poésies, inspirées de sa visite aux tombeaux des martyrs alors en grande vénération, ne préjugent rien sur l’époque de ces décorations. L’intervalle de temps et la distance qui séparèrent les souvenirs de cet écrivain et leur expression dont il ne s’occupa qu’à son retour en Espagne, peuvent influer aussi sur le caractère tout positif qu’on prête à ses descriptions poétiques.
1/A.ftT CHRÉTIEN1.
» composé vers 4I4> a décrit la peinture représentant le martyre de )) saint Hippolyte, mort en 261, peinture qui était déjà détruite du » temps du pape Adrien 1er: et ce pape même, dans sa lettre à Char- » lemagne où il mentionne précisément les peintures du cimetière de » Sainte-Priscille (classées par d’Agincourt, comme nous l’avons dit )> plus haut ,dlafindubeau siècle), où Célestinlerfut enterré, en disant » formellement que ces peintures furent exécutées après le concile » d’Éphèse, de 43 1 1 .» D’où M. Eméric-David conclut que si ces dernières peintures, les plus anciennes des Catacombes , participent, comme on le remarque en effet de l’art antérieur à la décadence, c'est que vers 432 les Grégoire, les Chrisostôme , les Claudien, les Butilius firent refleurir les lettres dont la culture dut réagir sur celle des arts.
On voit que cette argumentation serrée tendrait à tarir la source consacrée de l’art chrétien, puisqu’au lieu de surgir des entrailles de la terre à sa surface-, au lieu d’être le fruit d’un essor comprimé par les violences, des impressions les plus pures, des méditations solitaires de héros dont la grandeur d’âme brillerait surtout par l’absence dans ces peintures de toutes allusions à des tortures toujours menaçantes2,
' Après le bouleversement des Catacombes par Attila, Genseric et tant d’autres barbares de toutes religions, et après les époques ténébreuses auxquelles l’instinct d’art de Karl-le- Grand faisait succéder de premières lueurs trop tôt éteintes, Adrien Ier avait-il plus de moyens que nous d’assigner une date précise à ces configurations ? Plus versé sans doute dans l’étude des annales religieuses, que dans la science archéologique, ce pape, en voyant dans les Catacombes l’image de la Vierge tenant l’Enfant-Jésus sur ses genoux, peut-être celle donnée par Dagincourt (pl. ni, n. 22), ou celle reproduite sur un sarcophage du musée du Vatican ( Boltari , Pitt e seul., 1. 1, tav. 38), aura naturellement conclu que ce groupe devait être postérieur au concile d’Éphèse, qui a fixé définitivement pour la première fois la forme hiératique de ce beau symbole chrétien , emprunté d’ailleurs aux plus anciennes mythologies (voir Basnage, Hist. de l'Église, 1. xix. ch. 1, § 1, 1. xx, ch. ni, §7 et 10); mais il n’en paraît pas moins constant, qu’ainsi que le fait remarquer M. Raoul Rochette, à qui de beaux travaux sur l'iconographie chrétienne et sur les types de l’art, donnent une grande autorité dans cette matière : « c’est faute d’avoir connu les monumens de l’antiquité » chrétienne que les écrivains protestans ont nié qu’il existât avant ce concile un modèle de « la figure de la Vierge, sinon consacré par l’autorité sacerdotale, du moins généralement » adopté parmi les fidèles (Tabl. des Catacombes, p. 263 et 264). «
2 On s’est beaucoup extasié sur la longanimité des premiers Chrétiens qui se seraient interdit, sauf une ou deux exceptions, de faire dans leurs peintures aucune allusion commémorative de la barbarie de leurs persécuteurs, et par conséquent des souvenirs d’irritation
L VRT CHRETIEN.
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OU
cet art serait au contraire descendu dans ces cryptes pour honorer par desmonumens posthumes la mémoire des premiers Chrétiens dont les corps seuls soustraits par leurs frères à l’inhumation des puticulli affectée aux esclaves et aux criminels , auraient trouvé dans ce pèlemèle de la mort païenne ou chrétienne, un dernier asile jalonné seulement par quelques inscriptions ou signes symboliques.
Il ne fallut rien moins sans doute pour garantir M. Eméric-David lui-même des persécutions qu’il encourait par ces vigoureuses contradictions, que le rang que ce savant occupe depuis si longtemps dans la science philologique appliquée surtout aux arts, et que la foi qu’on eut toujours dans sa conscience pour la recherche du vrai de quelque source qu’il provienne, et dans sa critique étrangère à tout système : peut-être aussi dut-il d’échapper à ce martyre à l’espèce d’obscurité à laquelle il voua ses discours historiques composés pour servir de préface à l’une de ces publications graphiques ( le Musée Napoléon ) , à planches merveilleuses et gigantesques dont l’aspect épuise l’admiration et fait négliger les trésors du texte.
11 faut dire aussi qu’alors , il y a vingt-six ans, l’œuvre de d’Agincourt n’était pas encore venue consacrer de nouveau, comme elle l’a fait depuis pour notre littérature mystique oxxphüosophicjuc , l’origine sépulcrale des fastes de notre art chrétien éclos dans les angoisses de la persécution.
Sous ce rapport il y eut double mérite à M. Raoul Rochette à reprendre plus tard pour son compte la solidarité d’une partie du moins de ce désenchantement -, car son système, qu’on le remarque bien, tout en donnant aux premiers travaux d’art des Catacombes une date encore antérieure aux cinq dernières persécutions, tend à dépouiller
propres à susciter des vengeurs aux victimes. Le mérite de l’omission serait moins grand s'il était établi que ces peintures ne furent qu’un hommage posthume rendu aux martyrs de la foi par les héritiers de leur gloire, et surtout des fruits de leur lutte héroïque.
On a remarqué aussi qu’il n’existait aucune scène de la Passion, du moins parmi les peintures considérées comme primitives. Le crucifiement donné par Dagincourt, r» 17 de la pl. xii, semblerait former une exception sur laquelle s’est tù M. Raoul Rochette. Sa négation absolue contenue à la p. l8'2 de son Tableau des Catacombes, tient sans doute à ce qu’il considère avec raison, cette peinture, bien que Dagincourt ne lui eût pas assigné de date , comme appartenant aux derniers hommages religieux rendus aux Catacombes vers fe X I« siècle,
r. ART CHRETIEN.
ces productions du prestige qu'elles tiraient de l’inlîuence sous laquelle on les supposait créées, et substitue réellement aux sublimes inspirations de victimes généreuses- même envers leurs bourreaux , aux élans de leur foi vers un ciel dont une nuit éternelle leur cachait la voûte-, en un mot, aux formules autographiées par les martyrs euxmêmes, peut-être entre deux épreuves, la pratique toute naturelle de l’art de l’époque s’exerçant en paix, sous un règne propice, à décorer de saints tombeaux, à couvrir de palmes des cendres vénérées -, puisque la supposition qu’on pourrait faire que de tels travaux , par exemple ceux du cimetière de Saint-Calixte , auraient pu se continuer, s’étendre même aux époques ultérieures de persécution, se détruirait par ce fait seul que des cryptes ouvertes et publiquement décorées et honorées sous Alexandre-Sévère n’auraient pu servir de refuge assuré contre les poursuites de Maximin, de Dèce, de Valérien, d’Aurelien et de Dioclétien.
Obligé , quoiqu’à regret , par le titre de notre chapitre m , d’émettre une opinion dans un litige où se divisent trois de nos écrivains les plus compétens peut-être dans la matière, pouvons-nous mieux faire que de nous arrêter d’abord au moyen terme en nous emparant par capitulation de la position intermédiaire où s’est placé le peintre du Tableau des Catacombes et de beaucoup d’autres études analogues? Qu’on nous permette seulement de nous prémunir contre le reproche d’adhésion trop servile à l’avis du dernier opinant, en insistant de nouveau sur certaines considérations explicatives de l’illusion qu’ont pu se faire les explorateurs italiens , et sur les traditions historiques qui, en dépit de leurs dissertations si lumineuses d’ailleurs, nous semblent justifier au moins ce premier ajournement au règne d’Alexandre-Sévère (de 222 à a3y.)
Lorsqu’à la fin du XVIe siècle Antoine Bosio , premier réexploitateur de ces carrières de Pouzzolane , restées closes depuis plus de six siècles, en eut pratiqué les issues en faisan t de terriers infranchissables autant d’arcs triomphaux pour sa mémoire, la révélation de cette seconde Rome put fasciner l’œil et la pensée toute religieuse de ce nouveau Colomb et des savans fécondateurs des germes de dissertations successivement découverts : et peut-être remarquerait-on comme nous, eu lisant ayec une certaine défiance les curieux ouvrages
l’aIU CHKÉTIi.Nv
des Severani, des Aringhi, des Boldetti, des Bottari et autres grands historiens de ces sépulcres, que ces savans commentaires accusent en général plus de foi que de critique, et qu’en s’abandonnant à l’inspiration puisée en de semblables lieux en présence même d’objets de l’antiquité païenne, devenus également pour ces écrivains matière à recherches, ils ont sans doute , pour assigner des dates , trop tenu compte d’analogies souvent trompeuses , surtout pour les époques de décadence où l’art peut éprouver des temps d’arrêt ou faire briller de nouvelles lueurs passagères par le concours de circonstances pacifiques, de nobles encouragemens, etc., etc.
Il semble, par exemple, qu’en attribuant a la fin du beau siècle (de celui d’Auguste, où même si l’on veut, du premier de Jésus-Christ) la plupart des travaux les plus remarquables de ces souterrains, que les Chrétiens rendus à la lumière par la mort de Néron (en 70) n’auraient dû au plusse trouver contraints de réoccuper que sous Domitien (de go à 96), et tout au plus encore que pendant six ans, ils ne se soient pas fait une juste idée de leur situation à ces époques, telle du moins qu’elle nous apparaît dans les récits de grands historiens comme Tacite et Suétone pour le règne de Néron, et Pline le jeune pour celui de Trajan auquel correspond précisément la fin du premier siècle de l’ère chrétienne-, et qu’ils n’aient considéré les sectateurs du Christ, habitans de Rome, que comme une fraction de la population de cette ville séparée seulement des païens par la croyance , mais soumise aux mêmes goûts, aux mêmes habitudes d’art , exercées seulement à Yoccasion , jusque dans des antres caverneux , ce qui ajouterait encore à l’intensité de ces goûts , tandis que l’histoire nous montre ces fervens adorateurs du vrai Dieu pratiquant un culte tout moral et contemplatif , imbus d’ailleurs d’une antipathie toute judaïque et animés d’une sainte horreur pour les idoles quelles qu’elles fussent.
Quant à nous, qui ne voulons pas procéder par entraînement ni par supposition, rien ne nous semble plus authentique pour la constatation de l’état moral et religieux, et des habitudes des Chrétiens à la fin du Ier siècle, que la correspondance de Pline le jeune et de Trajan, déjà citée. L’ignorance complète où l’empereur et le proconsul, qui ne les poursuivaient qu’à raison de leurs assemblées pour
t/art CHRÉTIEN’.
la prière ou pour les agapes % étaient de leurs mystères et de leurs habitudes également inconnues à des écrivains aussi haut placés que Suétone et Tacite , nous semble démontrer plus positivement que tous autres documens religieux ou traditionnels, que cette secte menait encore au commencement du IIe siècle ( Pline est mort en l’an io3 ) une vie toute pastorale, d'après les traditions hébraïques épurées par la morale de l'Evangile -, et que si les Chrétiens de Rome cherchèrent dès lors, en certaines circonstances, un refuge dans les carrières souterraines de cette ville, ce ne put être que temporairement, en cas d'alerte subite, comme avait fait la population incendiée sous Néron; ou plutôt encore pour y cacher les corps de leurs frères ou de leurs martyrs ainsi soustraits à la précipitation ignominieuse dans les puticulli ; mais, quant à supposer que ces hardis confesseurs de la foi s’y soient enterrés vivans , comme le lâche Néron avait refusé de le faire , et surtout que ces discrets néophytes auxquels les tortures même n arrachaient pas le secret de leurs mystères (t >oir la lettre de Pline) , se soient livrés alors au vain plaisir d’en faire parade, en revêtant de leurs symboles des cryptes nécessairement accessibles, du moins aux limiers de l’empereur, c’est ce qu’il nous est impossible de faire , quelque désir que nous ayons de plier nos convictions aux opinions généralement reçues , comme ayant été consacrées par les imposantes autorités devant lesquelles nous nous inclinons respectueusement et presque extatiquement d’ailleurs.
Si l’on consent à partir de ce point, on admettra sans doute avec nous que la condition des Chrétiens sous Trajan ne dut pas changer sous Adrien , qui, dans la même ignorance, les confondant avec les
i Ces repas fraternels perdirent bientôt le caractère $ innocence qu’ils auraient eu d’après la lettre même de Pline, à en juger du moins par celui que leur assignait Tertullien lorsque, sorti de la communion des fidèles, il s’écriait à ce sujet, dans son traité de Jejuniis (cap. 17), » Sed inajoris est agape, quia per hanc adolescentes hic cum sororibus dormiunt, appenv dices scilicet gula lascivia et luxuria. »
Mais ce qui prouverait mieux encore que l’usage engendre l’abus, c’est l’interdiction de ces repas donnés alors dans les Églises, par le concile de Laodicée (de 367). Le canon 28 porte prohibition de manger et de dresser des tables dans la maison de Dieu pour célébrer ces agapes, auxquels il était d’ailleurs défendu (canon 27) aux clercs et laies invités d apporter leurs plats. -
Muratori a donné sur cet usage quatre savantes dissertations qu on trouve au tome IV de
ses oeuvres.
l’art (JHRKTiKiN .
Juifs, ne cessa de les persécuter à ce litre seulement ; méprise que n’eut pas commise ce grand prévôt de Jérusalem, qui devait connaître l’aversion des Juifs pour les images, s’il eût pu penser, artiste couronné qu’il était, que les entrailles de Rome recelassent des collaborateurs l *.
Arrivant ainsi à l’avènement d’Antonin, dont le règne pendant les quinze premières années fut à la fois florissant pour les arts et marqué par une tolérance digne de la piété de cet empereur, on atteindrait la première moitié du IIe siècle sans trouver trace présumable du séjour, à plus forte raison de travaux d’art des Chrétiens dans les Catacombes.
Ici , nous le reconnaissons, la position des Chrétiens dans l’empire devint tout autre : le gouvernement épiscopal, dont la constitution date de la fin du Ier siècle, ou du commencement du IIe 2 , fit le départ des doctrines importées de la loi de Moïse -, et dès lors sans doute les préventions des Chrétiens contre les figures taillées ou peintes durent cesser, précisément à une époque où l’art, prêt à s’éteindre, projetait un éclat d’autant plus vif , grâce aux nobles efforts d’Antonin et de Marc-Aurèle -, mais quel que soit , dans les calendriers ou martyrologes, le nombre de martyrs classés dans ces catégories , peut-être un peu au hasard, faute de documens religieux contemporains, est-il croyable que les mesures, trop rigides sans doute, prises parcesvertueuxempereurs et même par Septime-Sévère, plutôt contre le propagandisme qui menaçait la religion nationale et gagnait jusqu’aux généraux en fonctions 3 , que contre les paisibles pratiques
i On cite même comme témoignage de la participation directe d’Adrien à ces persécutions le martyre de la veuve Symphorose et de ses sept fils, horriblement tourmentés devant le temple d' Hercule de Tivoli sur la révélation de la sibylle de Tibur. Ce fut après ce sanglant hécatombe que fut dédiée la villa Adriana, si célèbre par ses chefs-d’œuvre de tous genres; mais de ce que les corps de cette sainte matrone et de ses sept fils purent dès lors être recueillis dans une crypte de la voie Tiburtine , doit-on en conclure que leur apothéose
date de cette époque même?
3 Voir Mosheim (1er et lie siècles), et ce qu’écrit de Pathmos, à la fin du pr siècle, saint Jean ( Apocalypse , ch. 1 , v. 4 et 11), sur les sept Églises qui sont dans l’Asie, à Éphèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire,k Sardes , à Philadelphie et à Laodicée.
3 Antonin qui avait si bien accueilli l’hommage que lui fit saint Justinle Philosophe d’un livre sur le dogme révélé, ne se résolut à quelques persécutions que sur les instances de Vbé-
T.’ ART CHRÉTIEN'
d’an culte inoffensif , aient pu imprimer à la population chrétienne de Rome, nécessairement plus prudente que celle des provinces, une terreur digne des règnes de Néron, de Domitien ou de Galère, terreur sur laquelle les historiens païens eux-mêmes n’auraient pu garder le silence ?
Ces considérations s’appuient de cette remarque, que ni O ri gène, en butte aux persécutions dès le règne de Septime-Sévère, ni Tertullien, témoin sous le meme prince des supplices infligés, à Rome, aux Chrétiens alors ses frères , et dont il célèbre l’héroïque constance dans son Apologétique, n’ont fait aucune mention, dans leurs ouvrages d’époques ultérieures, des ténébreuses retraites où les proscrits auraient été retremper leurs forces, lorsque d’ailleurs ce dernier écrivain , dont l’énergique pinceau n’eût pas failli à ce tableau de sublime résignation et de tortures volontaires et incessantes, nous révèle incidemment le premier produit réellement authentique de l’émancipation artistique des Chrétiens , leurs calices couverts de peintures '. Loin d’en parler comme d’un travail occulte, élaboré dans la nuit des sépulcres, et soustrait aux regards des persécuteurs, « Montrez , dit-il , montrez ces calices où l’on voit le Seigneur reportant sur ses épaules la brebis égarée -, » y pourra-t-on distinguer s’il s’agit du pasteur chrétien ou du païen ? 2 Preuve qu’alors (en 217)
rètique Crescent. Ses édits, favorables à la nouvelle religion, etdontl’un, conservédans l’histoire ecclésiastique d’Eusèbe, fait l’éloge de la conduite des Chrétiens de l’Asie mineure, ne sont pasl’œuvred’un persécuteur bien redoutable, mais ils prouvent que la confusion faite par Adrien de cette secte avec la nation juive, n’existait déjà plus sous son successeur.
Sous Marc-Aurèle les persécutions ne s’exercèrent guère qu’en Orient et en France (v. Eusèbe et Baronius, II. cc.), et aussi ce prince témoigna-t-il de ses dispositions favorables aux Chrétiens, en recourant à leurs prières pour appaiser la soif de son armée (Eusèbe, Chon., an 178, et l. 5, Inst. c. 5; Greg. Nyss., orat. 2, Baron., ann. 176, 1 et seqq.).
Le premier motif de l’édit général de persécution rendu par Septime-Sévère, fut la conversion de Philippe, son lieutenant général en Egypte, pays où l’irritation de ce prince fut particulièrement sensible. Ce ne fut que plus tard qu’un édit particulier étendit à Rome les mesures prises contre les assemblées des Chrétiens (Baronius, an. 204).
• Nul doute, puisqu’il s’agit de calices, que ces sujets n’y fussent pas exécutés en peinture, mais bien en repoussé au marteau (sphyrélaton), genre de travail cité, comme nous l’avons observé dans plusieurs passages de la Bible, ce qui rattacherait d’autant plus étroitement l’art chrétien dans ses premiers ouvrages à celui des Hébreux.
a La parabole figurée sur ces calices était l’une de celles que Jésus-Christ proposa dans le temple d’Hérode, nouveau lien entre les deux époques. Ce sujet, symbole de la grâce que
r.’AKT CHRÉTIEN .
que parut le traité de Tertullien ( de Pudicitia, cap. xyii), contenant cette première révélation, les Chrétiens pouvaient impunément montrer leurs œuvres d’art , dont la confection n’était pas imputée à crime, même parce rigide adversaire de toute espèce de luxe *, qui ne blâmait ici. que l’ambiguité du sujet.
Il nous paraît constant que vers ces époques, mais vers ces époques seulement, les Chrétiens surmontèrent enfin, selon l’expression de Gibbon (t. XII, p. 399), leur invincible répugnance pour les images (voir aussi l’abbé Fleuri, Hist. Eccl. , t. II, p. 94 et g5)*, et comme les trente-huit ans de repos que, sans tenir compte sans doute des fureurs passagères de Maximin, Sulpice-Sévère (t. II, p. 384), Eusèbe et saint Cyprien, assignent à l’Eglise (de Septimeà Dèce), malgré des règnes comme celui d’Héliogabale, excluent nécessairement le séjour des Catacombes comme refuge, on voit que les déductions historiques justifieraient, loin de les contrarier, les spéculations artistiques de M. Raoul Rochette, qui, dans l’opinion à laquelle nous nous sommes rangé plus haut, place les premiers embellissemens des Catacombes, au plutôt sous le règne si favorable au christianisme d’Alexandre- Sévère, c’est-à-dire à partir de 222. Nous savons que la poésie de l’art n’admet pas même ce départageaient entre le système qui fait remonter les premiers travaux de l’art chrétien au règne de Néron et celui qui les ferait descendre à Théodose. L’auteur du Réaliste spiritualiste cite expressément, dans cet ouvrage assez récent, « l’époque obscure de trois siècles qu’avant Constantin Y art chrétien » avait déjà fourni aux Catacombes, ces religieux asiles oùs’assem- » blait le troupeau entier de la communion croissante, sur les tom- » beaux de ses frères journellement immolés et de ses docteurs » martyrs » ( Philosophie de l'Art, page 64) 2 •, mais quelque admira-
tout Chrétien doit espérer, fait d’ailleurs l’ornement de plusieurs Catacombes, et se trouve même répété plusieurs fois dans la même.
> L’apostrophe de Tertullien, que M. de Châteaubriant nomme le Bossuet de l'Afrique, titre auquel nous ajouterions volontiers celui de saint bernard de la primitive Église, d’après son éloignement, son horreur même pour tout ce qui tenait aux arts, s’explique par l'état d’hostilité dans lequel ce grand écrivain s’était alors placé vis-à-vis des Chrétiens orthodoxes.
2 Réduite à la question du séjour plus ou moins prolongé des fidèles dans la nécropole de leurs martyrs, séjour bien constaté au commencement du IVe siècle du moins, par l’anxiété
leur que nous soyons des pensées poétiques, et surtout de leur expression, nous avons appris à nous défendre de ces nobles impressions dans les questions de faits et de témoignages historiques. Or ici, tout concourt à réduire ces trois siècles tout au plus à une période de quatre-vingts ans, d’après la supposition encore contestable que les Chrétiens auraient mis à profit le répit que leur accordait un empereur débonnaire, pour inaugurer leur art dans les tombeaux de leurs martyrs.
Cette donnée même une fois admise résoudrait en partie les autres problèmes résultant du caractère variable, comme art, des décorations postérieures à cette première époque , soit qu’on admette, contre notre opinion motivée plus haut, que lors des nouvelles persécutions ainsi bornées comme durée, de Dèce (de 249 à 2Ôi), de Valérien et de Galien (de 267 à 260), d’Aurélien (de 2^3 à 276), et surtout de Galère et de Dioclétien (de 3o3 à 3 10), les Chrétiens aient tenu à honneur de poursuivre leur œuvre, soit qu’on reporte au règne de Constantin 1 et de ses successeurs, sous lesquels leur libre pratique 11e peut être mise en doute, des décorations de plus en plus
de ceux qui, réfugiés dans les souterrains des bains de Tite, attendaient l’issue de la lutte de Constantin et de Maxenec , cette phrase ne nous eût pas plus paru devoir être l’objet d’une remarque critique que les inspirations auxquelles l'auteur des martyrs s’abandonne (liv. v) , dans la description de ces mêmes Catacombes dont un autre poète (en vers ) a dit :
« . Loin des regards et du fer des tyrans ,
» L’Église encor naissante y cacha ses enfants » Jusqu’au jour où du sein de cette nuit profonde ,
» Triomphante elle vint donner des lois au monde ,
» Et marqua de sa croix les drapeaux des Ce'sars. »
mais il s’agit ici seulement de cet art chrétien dont nous avons pris à tâche de rechercher l’âge et les phases diverses, mais en outre de controverse avec un ouvrage aussi remarquable que 1’ .Essai sur une philosophie de l’art ; ce qui nous oblige à bien formuler les motifs de nos dissidences avec l’éloquent auteur, qui a prouvé d’ailleurs par ses leçons insérées dans Y Université catholique, ses droits bien acquis au titre d’historien des Catacombes dans leur état actuel. Nous reviendrons dans la note B sur ces savantes leçons.
1 11 est évident qu’un grand nombre des travaux d’art des Catacombes appartient au moins à ce temps, ainsi que le reconnaissent même les partisans du système de l’occupation sous Néron, tels qu’Aringhi, qui cite comme exécutées sous Constantin les mosaïques de la catacombe de Saint-Sylvestre, représentant les deux saints Jean (le précurseur et l’évangéliste), et le portrait du Christ entre saint Pierre et saint Paul : or ce soin de décorer quelques unes de ces cryptes après coup et en pleine liberté, n’a-t-il pas pu s’étendre à toutes?
t.’abt chrétiev.
empreintes de ce caractère de dégénérescence, qui là comme sur les bas-reliefs de l’arc du premier de ces empereurs 1 , prouve le triste état auquel les arts païen et chrétien se trouvaient alors réduits.
Dans la première hypothèse qui ferait partir au plus tard de a3 6 les travaux successifs d’un art privé de types qui lui fussent propres, mais s’inspirant d1 instinct « de l’artantique, dont toutes les traditions » subsistaient encore, quoique considérablement déchues » (Raoul Rochette ), il resterait toujours quelques nuages à di&siper. Comment d’abord concilier la presque publicité du culte des Chrétiens et de l’exercice de leur art à cette époque, avec ce qu’on lit dans le dialogue
i D’Agincourt, dans sa planche II de la Sculpture, a établi entre celle des arcs de Tite, de Scplime-Sévère et de Constantin, un parallèle qui met malheureusement trop en relief cette décadence sur laquelle nous reviendrons au chap. v.
Il nous suffit de rapporter ici comme témoignage de l’appauvrissement de cet art, même dans ses moyens d’exécution, au commencement du règne de Constantin, l’accouplement bizarre dans ce dernier arc, élevé à l’occasion de la victoire sur Maxence, de bas-reliefs arrachés à l’arc de Trajan, et de ceux d’un style si malheureusement contrastant, exécutés ad hoc. Il y eut à la fois vandalisme et monstruosité historique à démembrer un beau monument pour en décorer un bien moins remarquable, et à doter par uiî lourd anachronisme, la mémoire de Constantin des faits d’armes auxquels il fut étranger, tels que des victoires sur les Parthes; la faute en est, pour cet arc votif, au sénat de Rome, qui encore presqu’enlièrement païen (v. Baronius, an 326, §76), n’aura pas compris d’ailleurs les convenances religieuses ni les scrupules qui repoussaient cet accouplement et la célébration du triomphe du Labarum avec l’auréole d’un persécuteur de l’Église. Cette continuation des anciens erremens prouvée par la docilité religieuse que Julien retrouva dans le même sénat, et par les édits de Théodose contre l’idolâtrie de Rome, explique pour Constantin lui-même, païen converti, la confusion qu’il opéra dans les basiliques qu’il voulait avant tout orner richement, de dieux et de héros du paganisme, et d’images chrétiennes aussi antipathiques nécessairement de style que de principes. Les bas-reliefs de son arc , et le peu d’importance religieuse qu’il mit à confier à des sarcophages à sujets profanes, mais en riche matière, les saintes dépouilles de sa mère et de sa sœur, témoignent d’ailleurs du peu d’importance qu’il attachait à ces démonstrations. On verra plus loin que la disette d’artistes ne fut que temporaire sous son règne, et que la consommation dans les travaux de Bizance amena la production, ainsi que le remarque Winckelmann et Heyne (Mémoires de V Académie de Goettingen) , en parlant des innombrables sculptures exécutées à Constantinople sous Constantin et ses successeurs, travaux dont cependant il reste à peine aujourd’hui quelques vestiges, l'incendie du palais qui eut lieu en 404 ayant détruit la plupart de ces statues. L’historien de l’art observe en même temps que l’incapacité de ces artistes était telle que les figures antiques remaniées faisaient presque tous les frais des nouveaux travaux commandés, ce qui rappelle l’usage cité par saint Jérôme de ces triomphateurs qui se bornaient à changer la tête de leur ennemi vaincu pour s’approprier les monumens voués à sa gloire (Comment, in Abacuc. lib, ii, c. w op., t. vr, col, 659).
T.’\T\T CHRÉTIEN
Cùi
intitulé Odavius , ou Minutius Félix , écrivain latin du milieu du IIIe siècle, fait dire à l’interlocuteur païen , en parlant des Chrétiens (cap. io): « Curnullas aras liaient? templa nulla? nulla nota simulacra?etc. » Comment aussi résoudre la difficulté soulevée par M. Eméric-David et tirée de l’inexécution supposée des édits de Dioclétien sur la destruction de toutes les églises et nécessairement aussi de tous les lieux affectés au culte et aux pratiques quelconques des Chrétiens, mesures auxquelles les cryptes bien connues, comme celle de Saint-Calixte|, etc., n’auraient pu échapper que dans la supposition d’éboulemens fortuits ou opérés à dessein pour assurer leur préservation 1 ? Mais, ajournant encore cet examen, et déjà trop heureux d’avoir, comme Y amant des arts (Hubert Robert), dont Delille a immortalisé les angoisses ,
« Un fil dans une main et dans l’autre un /lambeau,
Fait au moins quelques pas sous ces voûtes nombreuses 3> Qui croisent en tous sens leurs routes ténébreuses ;
de crainte aussi d’avoir à me repentir à mon tour « D avoir perdu le fil qui conduisait mes pas ,
j Ces éboulemens qu’interrompirent longtemps et sur plusieurs points les communicacations de catacombe à catacombe, de manière à réserver encore a nos neveux des découvertes comme celles faites récemment dans la campagne de Rome (voir la lettre de M. Raoul Rochette), purent sans doute avoir lieu, même au troisième siècle, d’après ce qu’on voit encore du percement de ces voûtes en plein tuf, et surtout à raison de l’étroite dimension de ces voies sinueuses dont parle Prudence, qui n’a cependant décrit ces souterrains, vers 40" , qu'après que des travaux préservateurs, exécutés en toute liberté, en eurent consolidé l’architecture ( voir les détails techniques quoique poétiques que donne cet écrivain dans son Péristephanon ou Recueil d’hymnes à la louange des martyrs, et notamment l’hymne xi, sur la crypte de Saint-IIippolyte). Il serait néanmoins difficile de concevoir quecesréfuges, où bon nombre de Chrétiens condamnés par Dioclétien au travail de ses thermes, n’auraient sans doute pas manqué de chercher un asile s’ils eussent été impénétrables, fussent demeurés secrets dans une persécution acharnée comme celle exercée sous cet empereur , lorsqu’il résulte des descriptions même de Prudence, que la lumière y pénétrait par des soupiraux qui projetaient des clartés soudaines dans ces ténébreuses excavations :
« Inde, ubi progressa fucili nigrescere visa est » Nox ohscura loci per specus ambiguum.
» Oecurunt cæsis immissa foramina tcctis ,
» Quæ jaciunt claros antra super radios. »
Saint Jérôme, né en 331 , en parlant des visites fréquentes qu’il fit dans son enfance à ces sépulchres , constate également bien ces jours accidentels, suffisons toutefois pour mettre les limiers sur la piste : «Etraro de super lumen admissum, horrorem tempèret tenebrarum; v ut nontàm fenestram quàm foramen demissi Iuminis putes, etc. » {In Exech., cap. 40.)
t. ii.
i/akt chrétien.
et d’amener mes lecteurs à la condition de ee malheureux, lorsque t
« . espérant quelquefois
» Entrevoir des clartés, distinguer une voix ,
» Il regarde, il écoute hélas! dans l’ombre immense » H ne voit que la mit, n’entend que le silence ; »
je me hâterai , comme lui ,
« De ressaisir en main mon conducteur fidèle » Et de voler aux lieux où la clarté m’appelle. »
Cette clarté, tant soit peu ténébreuse encore sans doute, quoiqu’à l’époque où nous sommes parvenus le travail des Catacombes pût déjà se pratiquer à ciel ouvert , ne commença à luire réellement pour l’art chrétien que lorsque Constantin , vainqueur de Maxence , plaça sous son actif et puissant patronage le symbole de la Rédemption, dont sa sainte mère exhuma plus tard les débris matériels -, c’est-à-dire vers la fin de la cinquième année du règne de plus de trente ans de cet empereur, dont les grandes manifestations religieuses jetèrent un éclat simultané chez toutes les nations soumises à son sceptre. Malheureusement, si l’on n’en jugeait que par les témoignages subsistans, auxquels nous en ajouterons de moins défavorables , la marche de l’art, en général , étant alors rétrograde, sa chute complète aurait été peut-être plutôt précipitée que suspendue par cet effort soudain et gigantesque, comme par une hâte de jouir qui ne laissa pas aux nouvelles écoles en exercice sous ce prince le loisir de préluder par des études aux soins de créer leurs nouveaux types-, impatience commune d’ailleurs à l’empereur et à certains chefs de cette Eglise naguère si simple, mais dont l’austérité cédait déjà peut-être autant au prestige de sa grandeur qu’au besoin de rendre moins sensible aux peuples en cours de conversion le passage du polythéisme au théisme • de même que plus tard elle ajouta beaucoup encore à ses pompes, pour charmer , selon l’expression de M. Guizot {Essais sur l’histoire , p. 204, ao5), V imagination rude mais vive cle ses grossiers néophytes (les Barbares) 1 .
1 te Constantin, dit Winckelmann (1. vi , c. vnr, p. 498, 499), ayant donné la » paix à 1 empire, s’appliqua à y faire fleurir les lettres... Le succès des beaux-arts fut plus » faible, etc.» On voit, en effet, par le soin qu’il prit de donner à scs fils des précepteurs comme Lactance et comme notre célèbre orateur Arborius, qu’il fit venir de Toulouse à Constantinople (Ausone, Præf. 17, p, 100), et par l’apparition sous son règne de quelques écrivains
T.’ ART CHRETIEN
Des trois arts du dessin, F architecture, comme plus positif, comme soumis à des règles transmissibles par la démonstration écrite et
et poètes, tels que Juveneus , Commodîen, Optatien, etc., que ces temps de discordes religieuses, si peu favorables aux études littéraires, n’y demeurèrent cependant pas étrangers; ce que témoignent d’ailleurs le jeune Victor et Raronius (an 325, § 90), qui parlent du goût personnel de Constantin pour la science. Ce n’était plus sans doute, pour les lettres chrétiennes, la remarquable époque où de grands athlètes , comme Origène, Tertullien, saint Cyprien, surgis de la lutte même , puisaient dans les dangers et dans l’indignation la force et le talent propres à en assurer le triomphe, et suscitaient par leur éloquence d’innombrables vengeurs aux victimes des tyrans, qu’ils ébranlaient en même temps sur leur trône; mais les enseignemens paisibles du dogme dans les écoles protégées par Constantin préparaient du moins aux sophistes, ces savans et redoutables adversaires qui, comme les Grégoire de Nysse et de Naziance ( nés vers la fia du règne de Constantin ) , les Basile, frère du premier, les Chrysostôme, etc., premières et brillantes lumières de l’Église, la conduisirent à travers tant d’écueils au rang qu’elle atteignit sous Théodose.
L’art chrétien greffé de plus court ne put produire les même fruits. Le champ de sa culture étant resté vierge ou du moins en friche, sa subite exploitation ne put être qu’imparfaite faute d’études préalables auxquelles manquèrent le temps , les modèles et même les traditions de l’art païen, alors tombé depuis un siècle dans une dégradation toujours croissante. De puissans obstacles durent naître aussi pour cette culture , en si grand honneur sous le paganisme, des préventions, naturelles par ce motif même, qu’avaient dû concevoir d’abord les régulateurs du triomphe du culte opposé , placés qu’ils étaient aussi sous l’impression des anathèmes de Tertullien , de saint Clément d’Alexandrie ( Admon. ad gent. et hom. 49) : c’est ce qui résulte d’ailleurs des remarques de Tillemont ( Histoire des Empereurs, t. IV, pag. 308, 309), à propos du livre de saint Macaire, évêque du IVe siècle, qui, plus sévère même que Salomon, ne veut pas surtout qu’on fasse aucune image des anges, même en peinture, et blâme tout honneur rendu à des statues. « Cela n’est pas » étonnant, dit Tillemont, en un temps où ce n’était point encore du tout l’usage de l’É- » glise, sans parler des suites dangereuses que cette espèce de culte pouvait avoir du temps « des païens. »
Démarquons encore à ce sujet, que le goût tout personnel que Constantin, animé de principes moins rigides , montrait pour les signes extérieurs dans l’intérêt de sa gloire monumentale , dut être sans influence sur le talent des artistes contemporains , paralysé dans son action principale, la composition, par les canons variables de conciles qui en limitaient l’essor quant à l’expression des sujets chrétiens : aussi, bien que Constantin ait fait exécuter , comme nous l’établirons plus loin , d’innombrables ouvrages en tous genres, paraît-il démontré, par les rares vestiges de l’art de cette époque, que ces sculptures surtout étaient indignes de figurer près des riches produits des écoles antiques, dont ce prince, libre ici dans ses dispositions, meublait ses basiliques et palais. Cependant la présence des chefsd’œuvre de Phidias, de Praxitèle, deLysippe, etc., que, selon quelques écrivains, on voyait encore à Constantinople au XIe siècle, malgré les incendies de 406 et de 475, aurait dû, ce semble , inspirer les nouveaux maîtres de l’art.
Qu’on veuille bien nous pardonner ces détails et ceux suivans, qui nous ont semblé devoir \ précéder l’examen de la pratique, quelle quelle fût , des arts du moyen âge, pour établir sous quelle influence et dans quelles conditions se produisit cette première renaissance