‹ Les arts au Moyen AgeChapitre 7 sur 49 · I.’ ART CHIiKTlEfo · texte numérisé non relu

I.’ ART CHIiKTlEfo

CO

comme participant plus de la science que de l’art , était le seul 1 qui n’accusât pas alors presque le dernier degré de décadence, relativement surtout à l’éclat homogène qu’avaient jeté dans l’empire romain ces trois arts réunis, depuis Auguste jusqu’à Septime-Sévère. Ses grandes traditions , restées presqu’intactes sous Dioclétien , durent d’autant moins disparaître sous Constantin qu’elles varièrent peu , même dans l’appropriation des constructions aux usages du nouveau culte , et que la nature des travaux tout matériels n’impliquait pas , comme dans les autres arts, le sentiment religieux de l’artiste. Il faut considérer aussi que ce proclamateur et propagateur des principes du christianisme, loin de réagir contre les mesures destructives de Dioclétien, fit, autant que possible, marcher de front la construction des nouveaux édifices avec la conservation des anciens , qui ne succombèrent que sous ses successeurs Arcade et Théodose 3, et que

suivie de nouvelles décadences, s’il peut en exister relativement à des œuvres aussi imparfaites; et pour constater comment la sculpture et la peinture, bien qu’exercées activement sous le patronage d’un prince prodigue d’encouragemens , mais sous des conditions étroites résultant des entraves religieuses, ne purent jeter qu’un éclat douteux à cette époque où, confondus dans une nullité commune, les arts païen cl chrétien se trouvaient véritablement éteints et pour longtemps, quanta la pureté de style, au prestige de l'effet, faute de ce véhicule vivifiant, de cet élan psychologique, l’inspiration, sans lequel le génie même ne produit que des œuvres mortes.

1 Ce que nous avons dit (t. 1er, p. 74 et 75 ) des thermes de Caracalla et de Dioclétien, suffit pour constater l’état encore florissant de l’architecture à la fin du IIIe siècle; on peut y ajouter les remarques de Winckelmann (1. vi, c. vm. ) sur les somptueux édifices de Spalatro et sur les temples de Palmire appartenant à des époques contemporaines.

2 Constantin, en prenant sur lui d’opérer la grande commotion qui transforma la religion de 1 empire , céda peut-être, comme on l’a dit, autant à des vues politiques ou d’ambition, qu à 1 impulsion de senlimens intimes ; mais du moins il ne déshonora pas sa grande mission par des persécutions comme celles dont les plus grands princes païens avaient donné 1 exemple. Les édits contre le culte des idoles qu’on a publiés sous son nom , ne furent exécutés que sous Théodose. Quelques rares exceptions furent justifiées par des profanations ou superstitions comme celles dont fut le théâtre l’autel élevé au Térébinthe, qu’il fit remplacer pai une église (Eusèbe, Vit. Const ., c. lu, p. 409). D’ailleurs, son penchant pour le faste, pour le théâtre et pour la volupté (Julien, Cœsar, p. 23, 52; et Misopogon, p. 60; Zosime, t. II, p. 687), le soin qu’il prit de grouper dans sa capitale et jusque dans ses basiliques les dieux de la Grèce, au lieu de les sacrifier à son culte, et surtout ses efforts pour modérer 1 ardeur destructive des Chrétiens, doivent, ainsi que le retard qu’il mit pour lui et pour ses enfans à la purification du baptême , qu’il ne reçut que peu de temps avant sa mort, le garantir de tout soupçon de fanatisme. Ce prince toutefois fut loin d’être sans reproche. Comme David, comme Salomon, il eut sa chute, et si sa mémoire religieuse reste

F art ghrétïén. <;<)

la passion de Constantin pour les monumens, manifestée dès son jeune âge pendant son séjour en France, n’attendit pas pour éclore la rude tâche qu’il s’imposa de transporter sa capitale des bords du Tibre aux rives du Bosphore , comme le prouvent les grands et innombrables édifices chrétiens dont il dota l’empire, et Rome avant tout, à des époques bien antérieures. Toutefois, le Constantin de Rome et de Nicomédie resta bien loin, sous ce rapport, du fondateur de la Rome nouvelle , quand, cédant comme Salomon à l’ordre de Dieu, « jubente v Deo » ( Du Cange , de Const ., t. I, p. 23-26 *, Code Thcod . , 1. V, p. 64 ) , il embrassa ce vaste plan exécuté avec une rapidité qui tient du prodige, et lors que tout entier à cette grande manifestation de sa puissance, il fit à tous les arts un appel auquel l’ architecture répondit seule dignement x.

Nous pensons donc que c’est de cette époque, remontant à 026 selon Thcophanc , et dans l’opinion des autres historiens à 328 seulement, que date réellement l’essor de Y art chrétien proprement dit, lié du besoin de formuler à la hâte de grands types spéciaux, et qui, bien que mort-né par la compression de cet essor meme, par le défaut d’études préalables et par le parti pris de se garantir des influences antérieures et de s’éloigner des modèles laissés par le paganisme , a

entachée de grands reproches, sa prédilection pour Àrius et l’exil d’Athanase; une bien plus forte souillure résulterait, comme nous le dirons, du meurtre de son fils, suivi de celui de la nouvellefVtèdreetdumassacredujeuneLicinius, dont le destin futur lui portait, dit-on, ombrage.

i II est à croire que ce fut dans la prévision du besoin qu’il aurait de monumens non transportables , qu’il institua des écoles d’architecture encore insuffisantes , si l’on en juge parla lettre qu’il écrivit en 334, à un nommé Félix , pour qu’il offrît des gages honnêtes et quelques privilèges aux jeunes gens de l’Afrique qui voudraient étudier l’architecture. Voir d’ailleurs le Code Théodosien (13, t, IV, 1. 1, p. 49), et le Commentaire de Godefroy.

Tillemont qui cite ce fait ( Histoire des Empereurs, t. IV, p. 233), y ajoute cette remarque empruntée à Themistius ( Orat . 3, p. 47), à Zosime(l. 11, p.G87), et à Baronius (an. 324, § 103 et 104) , que l’empressement de ce prince de voir terminer ce qu’il entreprenait était tel « qu’il prescrivit par une loi aux gouverneurs de lui mander , non qu’ils ont 3) commencé tel édifice, mais qu’ils l'ont achevé; » précipitation dont l’effet se fit sentir notamment à l’église des Saints-Apôtres, qui menaçait ruine vingt ans après sa construction. Les exemples pris dans notre art moderne italianisé, ne nous manqueraient pas pour prouver au besoin que des causes tout autres peuvent produire le même effet ; et pour ne citer qu'un fait analogue, nous demanderions par exemple si l’église de Saint-Germain-en-Laye, dont nous vîmes sculpter il y a moins de quinze ans le joli fronton par un de nos habiles artistes, en même temps que s’achevait la basilique bâtarde, est encore debout aujourd’hui?

î/art chrétien.

pu s’améliorer par l’usage1 au point de produire quelques années plus tard, en débordant dans les Catacombes, leurs décorations les moins

i En jugeant , comme on le fait toujours , de l’état de l'art de la sculpture sous Constantin parles bas-reliefs de son arc, on risque peut-être de s’égarer à défaut d’autres types marquans , qui paraissent avoir été dévorés par le temps et détruits surtout dans les incendies dont le palais de Constantinople fut la proie ; mais procédons par le raisonnement.

La dédicace, liberatori urbis , fundatori quietis, l’emprunt des bas-reliefs à d’autres monumens et même les Votis X et Votis XX, rappelant les vœux décennaux du peuple, qui se faisaient pour la vingtième année dans la solennité de la dixième , semblent établir que l’érection de cet arc suivit de près la mort de Rlaxence, époque de tyrannie et parconséquent de deuil pour les arts : mais de cette époque (312) à celle de la mort de Constantin (337) , s’écoula le même intervalle qui sépare chez nous la statuaire et la peinture de la fin du xv° siècle, des œuvres de Jean Cousin, de Goujon, etc. ; ce qui peut faire supposer qu’aussi pour les artistes créés par les travaux de Constantin , l’encouragement amena le progrès en présence surtout des innombrables chefs-d’œuvre réunis par ce prince dans sa nouvelle Rome. Ici, comme pour l’art également méconnu des Hébreux, nous avons rassemblé des documens épars qui nous montrent : pour la sculpture, un très grand nombre de statues et de bas-reliefs, en toutes matières, notamment : plusieurs statues de Constantin , indépendamment de celle placée sur la colonne de porphyre de 120 pieds de haut, que l’empereur avait fait venir de Rome pour orner son nouveau forum , statue qui ne serait tombée que sous Alexis Comnènc, par conséquent au XIe siècle (Tillemont, 1. i, des Empereurs , t. IV, p. 232) , plusieurs statues de sa mère, mentionnées par Godin ( historien bizantin des derniers temps ) , dont une placée sur le forum près de celle de l’empereur avec une croix entre eux deux , et d’autres portant une croix ; plus celle qu’il fit ériger également à sainte Hélène, au bourg de Daphné , près d’Antioche (Suidas, p. 488) ; une statue de Jésus-Christ en bronze (Codin , p. 40); celle que, selon le même auteur, moins authentique sans doute que les contemporains , mais qui s’appuie ici sur les témoignages d’Hérodote et d’IIippolyte, il aurait élevée à son fils Crispus , laquelle était toute d’argent fin , couverte d’or en plusieurs endroits , et la tête toute d’or (p. 34) ; celle que Themistius dit ( Orat . xv, p. 191) qu’il fit élever au père d’Athanaris, roi des Goths, pour adoucir ce barbaré ; les figures et groupes de bronze couverts d’or , représentant le Bon Pasteur et Daniel au milieu des lions, dont il orna les fontaines publiques de Constantinople (Eusèbe, Vit.Const., 1. m, c. xlix, v. 507); objets auxquels on pourrait ajouter les statues de la Fortune de Rome et de Cibèle, que, selon Zosime (t. II, p. 687), Constantin avait placées dans deux temples élevés dans ce but sur la grande place, et celle de la Fortune de Constantinople, dont parle Codin (p. 24, 25), et Suidas (p. 164), ainsi sans doute que les statues couvertes d’or de Tite, Ântonin et de Marc-Aurèle, princes que, dit-on, il affectionnait principalement etdont il avait placé les images avec celle de son père Constance-Chlore.

En joignant à ces monumens constatés de la première scupture byzantine, les nombreuses images de Jésus-Christ, delà Vierge, des Prophètes et des Apôtres, dont parle RI. Éméric- David (Discours historique, p. 12) avec des citations d’Eusèbe, d’Henri de Valois, des antiquités de Constantinople par un anonyme, etc., on concevra peut-être avec nous que, dans un tel concours de grands et nobles travaux , l’art n’en soit pas resté, à la mort de Constantin , au point où il le prit lorsqu’il s’empara de Rome.

Nos recherches sur la peinture nous auraient sans doute fourni des résultats analogues,

l’art chrétien.

imparfaites, selon l'opinion de M. Eméric-David -, d’où il suivrait que Byzance aurait été à la fois le lit nuptial où se consomma l’union des arts d’Occident avec ceux d’Orient , union qui produisit des fruits si abontlans et si remarquables par leur étrangeté meme , et le vrai berceau de Y art chrétien , constitué dès lors en art spècial, mais subissant successivement, selon les temps et les lieux, sous des influences alternatives d’ordre ou de desordre, de traditions pures ou barbares, les modifications ou altérations qui signalent sa marche de douze siècles au milieu des conflagrations guerrières et à travers les ténèbres et les lueurs du moyen cîge l.

mais nous pouvons nous borner ici à renvoyer à ce qu’Eusèbe dit dans son Histoire ecclésiastique (lib. x, cap. iv, t. I, p. 464 ad 479) de l’ornementation en peintures, dorures et mosaïques, de l’église de Tyr , dont nous décrirons plus loin les dispositions architectoniques, et à ce qu’observe Libanius ( Progymn ., t. Ie«-, p. 14g, 174, 181) sur les peintures de revêtement empreintes sur le plâtre, etc., décoration rejetée plus tard, sous Justinien (Procope, ùcÆdif. Just., lib. 1, c. x), comme trop vulgaire et remplacée par la mosaïque déjà employée au même usage, mais plus sobrement, sous Constantin.

Eusèbenous apprend aussi (Vit. Const., lib. ni, c. m), que Constantin avait fait placer sur la porte de son palais un grand tableau qui le représentait a ayant la croix sur sa tête et m sous ses pieds un dragon qu’il perçait d’un dard et qu’il jetait à la mer en signe de son }> triomphe sur les ennemis de l’Eglise ; » image génératrice sans doute de toutes les légendes du moyen âge sur les gargouilles, les tarasques , etc.

On lit d’ailleurs dans Eutrope ( p. 588 ) , qu’à la mort de cet empereur on fit à Rome des tableaux de son apothéose, consécration ou divinisation empruntée aux usages grecs et appliquée à Auguste et à ses successeurs; ce qui fit dire à Vespasien mourant : « Je sens que je commence à devenir dieu;» mais qui, importée dans l’art chrétien, offrit nécessairement aux peintres de cette religion l’occasion de s’exercer sur un sujet nouveau pour eux. Ces citations s’appuient en outre de ce que dit Eutrope ( invita Prisci, p. 94), d’un peintre de Bithynie nommé Ilarius , qui florissait alors à Athènes et qui faisait revivre le célèbre Euphranor, etc.

• Répétons bien ici , en abordant notre grande tâche, et pour l’interprétation du titre de notre ouvrage, ce que nous entendons par ce moyen âge qui se mesure en politique selon la durée assez indéterminée du règne de la féodalité, et qui, en religion, au lieu de finir comme on l’entend habituellement en 1453 , à la prise de Constantinople, qui ne pesa que sur l’Orient, devrait plus rationnellement se poursuivre jusqu’à la réforme.

Sous le rapport de l’art, sa division nous semble mieux tranchée , quant à l’Occident, qui nous intéresse d’abord. Premier âge , art grec et romain, siècle d’Auguste, ère de splendeur : l’astre a son zénith poursuivant sa course et son déclin de trois siècles pour ne reparaître avec un éclat analogue que douze cents ans plus tard, en donnant alors à sa nouvelle phase de splendeur le nom significatif de Renaissance , qui nous semble entraîner , pour l’époque intermédiaire, celui non moins expressif et surtout très conséquent du moyen âge « medium ævum » (âge milieu.)

Si tout en posant cette limite, nous nous nous plaisons à la franchir en deçà et au-delà.

Cette opinion nous oblige à nous arrêter quelque temps sur le règne, d’ailleurs si remarquable de ce grand prince , loue sans doute outre mesure par des panégyristes à gages ou par des écrivains trop préoccupés de l’effet de sa grande mission, mais aussi par contre, calomnié sans pudeur par les sophistes , son royal neveu à leur tête : sort commun à tout monarque dont les mesures politiques ou religieuses froissent des intérêts privés ou de vives passions.

Nous nous en occuperons d’autant plus volontiers que Constantin nous appartient à divers titres : d’abord en qualité de fils du noble fondateur de notre Palais 1 , qu’il dut occuper dès l’enfance ; puis à titre de fondateur lui-même de l’art chrétien dont nous traitons ici , et de régénérateur , autant qu’il fut en lui , des arts en général , disposition à laquelle il préluda chez nousmêmes, car avant d’être éclairé par la lumière d’en haut , ce prince , héritier du rang que Constance Chlore occupa quatorze ans dans la Gaule, avait déjà fait preuve de goût et de soins pour les monumens, en rétablissant ceux d ’ Autan 2 , ville qu’il sauva d’ailleurs du désespoir par une remise d’impôt et qu’il dota de son nom de famille Flavia, sur lequel a prévalu celui d ' Augustoàunum ( Y. Panégyriques dEumène^V III, p. 1 83- 1 88) . Ce fut aussi la mutilation d’objets d’art personnels à Constantin 3 qui Parracha au séjour de la Gaule et décida

c’est que toute étude sur une floraison quelconque, comporte l'appréciation des germes et des fruits.

1 Nous avons dit (t. 1er, p. 14) combien ce prince, surnommé le Pauvre, fut remarquable par son esprit de conduite : Lactance dit en outre de Constance Chlore (Per s., c. vm, xvm, p. 8, 17) « qu’il était bon, doux et digne de posséder seul toute l’étendue du inonde.» Constantin, comme tous les tils de famille, substitua la prodigalité à l’ordre et à l’économie de son père, des formes courtoises et l’accessibilité à sa bonté, a sa douceur; mais il se prévalut amplement du moins des titres à l’empire du monde que lui constitua le précepteur de son fils, en saisissant l’occasion de s’emparer de ce vaste héritage.

2 D’après ce que dit Eumène, les habitans d’ Autun, pour honorer Constantin alors païen, avaient placé les statues des dieux sur son passage.

3 Maxence, fils de ce Jlaximien-Herculc dont l’attentat sur la vie de Constantin, scn gendre, tourna contre lui-même («. t. Ier, p. 14), voulant venger son père, fit abattre à Dôme les statues de Constantin et effacer ses tableaux ( Lactance, P ers., c. xliii, p. 37 ; Eusèbe, Vit. Const , 1. 1, c. xxvi, p. 420; Nazairè, Paneg. VII, p. 157, 159). Les brisemens de statues impériales étaient fort communs à cette époque peu favorable cependant à leur reproduction, car en même temps que Lactance ( c. xlii, p. 36 ) dit que Dioclétien vit abattre ses statues avant sa mort, Eusèbe ( Vit. Const., 1. 1, c. xlvii, p. 431 ) fait la même remarque de Maximien-Hercule.

l’art ClïRÉTlLN'.

du sort du monde en provoquant la colère de ce prince contre Maxence, et déterminant cette glorieuse campagne dont le sénat de Rome consacra la mémoire par un monument encore debout et devenu, faute d’autres grands témoignages contemporains , le pivot de toutes les argumentations artistiques , philosophiques ou religieuses sur l’état social de ce temps l. Pour bien constater ce que l’art dut à Constantin, soit par la création d’innombrables monumens de tous genres, soit par l’asile offert jusque dans ses basiliques 2 aux chefs-

1 Le sénat de Rome qui , ainsi que l’observe Baronius ( an 312, § 67 ) , resta jusque sous Théodose-le-Grand soumis aux pratiques de l’idolâtrie, voulut honorer surtout son libérateur , car Maxence tenait plusieurs sénateurs dans les fers en attendant l’issue de sa lutte; et cependant l’inscription votive reconnaît que c’est à l’instinct de la divinité que le triomphateur dut son succès : « Quod instinctu divinilatis , mentis magnitudine , cum exercitu » suo, etc. » L’ornementation païenne de cet arc est donc une anomalie que la confusion des idées religieuses même à cette époque , pourrait seule expliquer.

2 Eusèbe , plus orthodoxe que Constantin , et nécessairement étranger au sentiment de vaine gloire qui portait ce monarque à enrichir ses nouveaux édifices des idoles païennes, n’avoue (Vit. Const., 1. ni, c. xlviii, xlix, p. 507 et 606) la présence à Constantinople des dépouilles des temples les plus célèbres, tels que celui d’Éphèse, qu’à titre de trophées propres à rehausser l’éclat du triomphe du christianisme ; mais il est évident que la faussé honte des historiens ecclésiastiques a pu seule leur suggérer cette interprétation contraire aux témoignages que cite Winckelmann (1. Vi, ch. vin, p. 499), en disant à propos des statues conduites au nouveau siège de l’empire romain : « Athènes et Rome en fournirent j) une quantité, de même que le fameux temple de Diane à Éphèse. Longtemps encore après » cette époque, on voyait dans le temple de Sainte-Sophie quatre cent vingt-sept statues, » ouvrages pour la plupart d’anciens maîtres grecs. »

Ces témoignages résultent surtout de ce que disent les deux historiens anonymes de Enarratio ckronol. (apud Bandurius, t. 1, 1. v, p. 84, et Antiq. const., part. 1, p. 7, 8, 14 et 21; et Codin, de Orig. Const., p. 34), en indiquant même la provenance des statues qui décoraient l’hippodrôme de Constantinople. L’annotateur de Winckelmann, Carlo Fea, désigne même (t. Il , p. 500) plusieurs statues du sénat, telles qu’un Jupiter qui se voyait autrefoisà Padoue, la Minerve de l’île de l’Inde, œuvre de Scyllis et de Dipcene, statuaires du temps deCyrus (monumens dont l’accouplement se reproduit encore, comme nous le dirons à notre chap. iv, dans le manoir de notre cardinal légat Antoine Duprat, qui, comme prince de l'Église, put tenir à honneur d’imiter Constantin), et les muses si célèbres qui embellissaient la ville d’IIélicon, lesquels dernières statues périrent avec un grand nombre d’autres dans l’incendie de 404 (Zosime, hist., lib. v, ch. xxiv). Ce qui porterait à croire que les successeurs de Constantin, quoique plus rigides que lui, principalement eu cette matière, n’en poursuivirent pas moins cette œuvre si contrastante avec l'horreur de la primiti/e Église pour les idoles, c’est la présence à Constantinople, à la fin du YIR siècle (Winckel., 1. vi, ch. vm, § 24), « de la belle Vénus de Gnide de Praxitèle, de la figure de V Occasion » de Lysippe, de la Junon de Samos du même artiste, et surtout du Jupiter Olympien » de Phidias , chef-d'œuvre dont Constantin n’osa sans xloutc pas dépouiller le temple

l’art chrétien»

d’œuvre de la Grèce menacés par une irritation réactionnaire que ce

d’OIympie, où les artistes grecs allaient encore l’étudier sous Théodose (v. Libanius, Julien, orat. 2, épist. 8; Themistius, orat. 25, 27). Si, comme on le prétend, ce dernier prince, célèbre à la fois par scs goûts d’arts et par ses édits pour la mutilation des statues, se laissa séduire par les plus belles, et convertit en églises les temples dont elles provenaient ( Notes de Carlo Fea, t. II, p. 503), on pourrait peut-être faire remonter à la fin de son règne la migration de ces derniers chefs-d’œuvre à Constantinople, où le moine Cedrenus constate la présence au XIe siècle ( Comp. hist., p. 322 ) de statues grecques que n’avaient pas détruites l’incendie (en 475) du palais Lausiacus, où Théodose les avait rassemblées.

Constantin, qui donna, il faut en convenir, l’exemple de la spoliation des temples, avait du moins pour excuse le but religieux, l’abaissement devant le vrai Dieu de ces idoles et de leurs sanctuaires, considération dont se prévalurent également sans doute les nombreux spoliateurs des temples juifs dont nous avons signalé les hauts faits ; mais combien d’autres, sans exciper de ce motif ni même du droit de conquête, ne virent dans ces musées religieux, si souvent renouvelés par suite de ces rapines, qu’un moyen de satisfaire leur faste vaniteux ou leur cupidité. Pour nous en tenir ici à ce temple d’Éphèse où puisa Constantin, parcourons rapidement les phases historiques résumées par de Valois ( Mémoires deVAc. deslnsc ., t. IV, p. 78), des épreuves de ce genre auxquelles il fut soumis, et qui n’empêchèrent pas Néron, cet amateur forcené des arts, auxquels il sacrifia jusqu’à sa capitale, d’en emporter, lors de son pélérinage (en 70), cinq cents statues qu’il fit conduire à Rome comme souvenir de voyage, spoliation nonobstant laquelle ce temple offrit encore de nouvelles proies aux Scythes, qui le brûlèrent en 263, aux Goths, sous Galien, et comme on voit, à Constantin quelques années plus tard; ce qui prouve avec quelle rapidité ces grands monumens consacrés par la ferveur du paganisme, renaissaient de leurs cendres et ressuscitaient dans toute leur splendeur.

Le temple qu’Erostrate brûla pour s’illustrer le jour même de la naissance d’Alexandre (an 356 avant J.-C.), avait déjà subi plusieurs métamorphoses pour arriver à l’éclat que lui donna, moyennant les subventions de toutes les principales villes de l’Asie, l’architecte Chersiphron, qui, selon Pline (1. xxxvi, ch. xiv), employa pour la première fois dans cet édifice de 425 pieds de long sur 220de.large, le moyen élégant de placer sur une base les colonnes (de 60 pieds de haut, et dont cent vingt-sept étaient le don d’autant de rois), et de les orner de chapiteaux. Comblé de dons, statues, boucliers, couronnes, vases d’or et d’argent, par Gygès, roi de Lydie, et par son successeur Cre'sus , dont le nom seul donne la mesure de ses largesses, ce templo éveilla bientôt I’ûpre cupidité des Eubiens, et surtout de leur roi. Ces riches dépouilles agirent sur sa convoitise, comme le trône de Salomon sur celle du roi d’Egypte Sesac. Nous renvoyons à la dissertation de Valois pour les nombreuses guerres suivies de pillages dont ce célèbre monument fut le prétexte et le théâtre, depuis sa première création, par les Amazones selon Pindarc, et successivement de la part de Danaiis, roi d’Argos ( saint Augustin), des Dryopes vaincus par Hercule, de Phlégias , frère d’Yxion, de Pyrrhus, fils d’Achille, jusqu’au pillage exercé par les Thraces, moins d’un siècle avant Jésus-Christ, pillage se reportant nécessairement au nouveau temple dont parle Strabon, comme orné de sculptures de Praxitèle, depeintures de Parrhasius, etc. Seulement nous rappellerons humblement que nos ancêtres furent aussi pour quelque chose dans ces luttes intéressées. Le prestige du butin qu'offrait à une armée de braves un temple dont la statue dominante (Diane) était d’or, dont le parvis était garni de quadriges du même métal, irrita la bouil*

î/aRT CHRETIEN.

prince s’efforça de modérer % comme aussi ce que Constantin dut à l’art , comme moyen de cimenter sa puissance et sa renommée , il nous faut étendre nos aperçus aux diverses périodes de ce long règne ; il nous faut surtout , dans le but général de notre ouvrage , nous arrêter à celles où l’amalgame accidentel des traditions pures de l’art gréco-romain avec le clinquant oriental, produisit un alliage incohérent sans doute, mais non sans valeur, comme tiré de deux mines précieuses, alliage dont la fusion a constitué pour nous-même, pendant neuf siècles, les types spéciaux plus riches de détails que de goût qui , sous le nom de monumens byzantins, rayonnent encore dans nos provinces et dans nos musées.

A l’apparition du labarum % monument d’art lui-même inspiré de

lante valeur de Brennus, qui paya de sa vie l’assaut qu’un tel but dut rendre bien terrible; mais les Gaulois ne se tinrent pas pour battus, et revenant à la charge cent soixante-quatre ans plus tard, ils parvinrent à s’emparer à leur tour des riches offrandes de l’Asie, mais sans en tarir la source toujours si abondante, puisqu’elle pourvut successivement encore au pillage des Thraces et aux spoliations de Néron et de Constantin.

> Voir Eusèbe ( Vit. Const., 1. n, c. lv, p. 471). C’était sans doute pour donner une demisatisfaction à l’effervescence de ces premiers iconoclastes, que les idoles les plus révérées des païens ( Zosime , 1. n, p. 687) étaient amenées à Constantinople garrottées comme des ennemis vaincus, démonstrations dans lesquelles Eusèbe (Vit. Const., 1. m, c. liv, p. 510, 511), et d’après lui Baronius (an 330, § 6), ne voient qu’une humiliation propre à relever le triomphe du christianisme, mais qui se résolvait en effet en triomphe aussi pour ces idoles mêmes qui, après avoir subi les huées de la populace, venaient prendre rang dans les temples du vrai Dieu (anonyme, Ântiq. Const., I. i, p. 14, et 1. v, p. 84).

2 Quoique cetétendard soit bien plus célèbre, comme symbole religieux, que par sa valeur artistique, on ne peut disconvenir, d’après le récitd’Eusèbe(Eï<. Const., l.i, c. xxvn,xxvm), qu’il ne puisse être également signalé à ce dernier titre parmi les témoignages de l’état de l'art chrétien à l’époque de son premier essor public; d’autant qu’ici les preuves se tirent d’un témoin oculaire, comme du récit fait par Constantin lui-même à l’évêque de Césarée, de la double vision, la croix lumineuse qui parut sur le mont Marius, et l’apparition du Christ, qui décidèrent l’empereur, encore païen, à arborer ce signe, gage et instrument de sa victoire. « Constantin, dit Eusèbe, fit venir des orfèvres et des joailliers au milieu desquels il s’assit » pour leur expliquer la ligure de l’enseigne qu’il voulait faire, leur ayant recommandé de « l’exécuter avec de l’or et des pierreries, » qui formaient une couronne renfermant le symbole du nom du Christ, exprimé par les deux premières lettres Chi et Ro, avec X image de l’empereur et de ses deux üls (l’abbé Fleuri, Hist. eccle's., t. Il, 1. ix,p. 61).

La vertu de cetétendard, l’oriflamme de l’époque, éprouvée pour la première fois contre Maxence, se manifesta de nouveau, douze ans plus tard, contre le beau-frère et collègue de Constantin, Licinius, qui de cent trente mille combattans n’en sauva pas trois mille. Qui sait si ce n’est pas pour l’avoir dépouillé de son monogramme que Julien trouva sur les bords

i/ap.t chrétien.

Dieu, arboré d’abord contre Maxence, et dont le succès, à part l'intervention céleste, prouve que Constantin avait bien jugé son époque en élevant ce signe longtemps proscrit , pour substituer des germes vivans à des superstitions usées et presqu éteintes , et pour donner à son levier qui devait remuer le monde , un point d’appui dont l’ardeur et le courage, plutôt que le nombre des Chrétiens 1 , lui présageaient la force, les populations chrétiennes de l’empire, accrues de tout ce que le triomphe d’une cause ajoute au nombre de ses premiers défenseurs, redemandèrent leurs temples détruits par Dioclétien. L’empereur, par la vertu de la croix, s’empressa d’accéder à leurs vœux et de pourvoir à leurs besoins. Il était maître de ses œuvres^ grâce à l’ascendant que lui donnait sa victoire due à des mesures toutes personnelles et à la souplesse d’un sénat affranchi par ses armes, et qui, bien que païen, loin d’opposer une digue aux idées nouvelles, célébrait humblement leur triomphe , ce que nous vîmes aussi dans des circonstances presqu’analogues 2. Constantin commença, comme nous l’apprend Eusèbe dans les lettres citées plus haut ( pag. 34)» par ordonner le rétablissement et la restauration

du Tigre le terme de sa gloire et des hauts destins auxquels il se croyait appelé? Aussi Jovien, dans sa marche rétrograde de Nisibis à Antioche, s’empressa-t-il de restituer ce symbole demeuré le ralliement de ses successeurs, jusqu’au moment où la mollesse et l’insouciance de leur gloire les tinrent éloignés des luttes guerrières, ainsi que ce drapeau qui ne marchait qu'à leur suite. Devenu relique inutile, ce labarum resta déposé dans le palais de Constantinople , où Socrate (1. 1, c. 11, p. 7) dit l’avoir vu vers 430, sans qu’on paraisse avoir songé à en éprouver de nouveau la vertu, si l’on en juge du moins par le silence de l’histoire, etpar ce qu’en dit Théopliane, historien byzantin du commencement du IXe siècle, qui le vit encore relégué comme un meuble hors d’usage ( voir à ce sujet les médailles delà famille Flavienne et de l’empereur Constance; le Code Théodosien, I. vi, t. I, 25; Sozomène, 1. 1, c. 11; l’abbé Duvoisin, p. 103). Mamachi a constaté, dans ses Origines et Antiquités chrétiennes (p. 54), que le monogramme du Christ existait avant Constantin sur plusieurs tombeaux.

> Nous avons déjà dit qu’on avait supputé qu’à peine le nombre des Chrétiens s’élevait au vingtième de la population de l’empire, lors du triomphe delà croix.

2 L'analogie pouvait se compléter par cette citation d’Eusèbe, reproduite par Ciampini (de Sacris Ædificiis) : « Cundi qui urbem incolebant, tara senalus quampopulus, ut pote » ab acerba et tyrannica dominatione liberati, respirare quodammodo et purioris lucis » radiis perfrui sibi videbantur, atque innovam quamdam vitam renasci. » Il faudrait seulement substituer pour nous à l'acerbe et tyrannique domination dont le règne avait pris fin depuis quelque temps, lors delà prise de possession du consulat, l'ignominie dont le prétendu pouvoir directorial couvrait la France.

L ART CHRÉTIEN'

des anciens édifices chrétiens 1 ; et bientôt, désireux d’en accroître le nombre et d’attacher son nom à la splendide célébration du culte auquel il devait sa puissance, il en construisit de nouveaux, dignes de ses grandes vues, sacrifiant à cet effet jusqu’à son propre palais de Latran 2 , et profitant de la tiédeur des païens, qui rendit sa victoire si facile, pour démanteler quelques temples au profit de ses basiliques, mesure où il trouvait double profit à faire , indépendamment de l’avantage qu’offrait à son impatience l’accélération de travaux exécutés avec des matériaux tout élaborés 3 .

i «Quin etiam ecclesiis Dei plurima ex thesauris suis bénéficia subministravit; partim » sacras ædes restaurons et in sublime erigens, partim Augusta ecclesiarum sacraria pluu rimis donariis exornans (Ciampini, de Sacris Æd., c. i, p. 2 et 3). Ces premiers travaux rentraient dans l’exécution de ce que Constantin prescrivit lui-même à Eusèbe : « Quo aut » reparentur, quæ adbuc manent, aut augeantur in majus; aut sic ubi usus postulaverit, » novae ædificentur. »

3 « Circaannum Domini 323, » dit, à propos de la basilique vaticane, Ciampini, qui ne s’astreint pas, faute de documens certains, à l’ordre chronologique des constructions de ce prince, «illas magnificas etegregias Lateranorum ædes, sive ab uxore Fausta, sivehactenus » a sepossessas beato Papæ Sylvestro, et S. R. E. donavit, publicisque sumptibus eas in a magnificentissimam.sub S. Salvatoris D. N. J. C. nuncupalione, basilicam convertit, quæ ab ornamentis aurea dicta » (de Sacris Ædif.,c. ii, p. 7). La description de cette basilique vaticane et du baptistère adjacent, dont Constantin négligea de consacrer lui-même l’usage, prouve en effet à quelle magnificence atteignait déjà l’art chrétien onze ans après la première époque de sa libre culture; même en reportant à un temps postérieur l’exécution de la mosaïque du baptistère que Ciampini (p. 12) reconnaît devoir être la matière d’une question à part.

3 L’emploi en Occident des riches débris des temples païens dans la construction des édifices chrétiens, par lequel Constantin préluda à la décoration de ses églises d’Orient avec les statues des divinités du paganisme , est très sensible dans un grand nombre d’églises d’Italie, telles que celle de Saint-Pierre-ès-Liens à Rome, construite sur une portion des thermes de Trajan, avec des colonnes provenant de Pestum et d’Athènes; mais il était particulièrement remarquable, il y a quelques années encore, dans la célèbre basilique de Saint- Paul, que le terrible incendie de 1823 a réduite à l’état de décombres, édifice dont nous compléterons plus loin la description sommaire, comme offrant l’un des types les mieux conservés jusqu'à nos jours de ces temples chrétiens d’Occident du IVe et du Ve siècle, car Valentinien, Théodose et Arcade y parachevèrent le travail de Constantin.

Vingt-quatre des quatre-vingts colonnes qui divisaient l’édifice en cinq nefs, appartenaient évidemment aux plus beaux temps de l’art antique. Leur proportion, leur matière ( brèche violette eteipolin), et le travail de leurs chapiteaux en marbre blanc, les rendaient dignes d’avoir figuré, comme le suppose la tradition recueillie par Severani, dans la construction du mole d’Adrien, dont Constantin auraitalors sacrifié l’ensemble pour l’exploiter comme carrière de matériaux élaborés. Les incohérences notables qu’on remarquait entre les proportions

l’art chrétien*

Nous ne chercherons pas à suivre ici Eusèbe, non plus qu’Anastase résumés par Ciampini , dans la désignation , meme sommaire , des nombreux édifices élevés par Constantin dans l’occident et surtout à Rome •, édifices qu’il tint à honneur , quoiqu’il n’ait fait que de courts séjours dans cette capitale, de rendre à tous égards dignes au moins de soutenir le parallèle avec ceux élevés aux faux dieux. Nous laissons aux lecteurs curieux de ces détails, le soin de remplir

(minoris magnitudinis et altitudinis) du travail, et même la disposition des autres colonnes placées au nombre de treize sur une file, quand la ligne parallèle n’en contenait que onze, le mélange des chapiteaux corinthiens ou composites, la variété des matières, porphyre, rouge d’Égypte, etc., les bigarrures existant aussi dans les colonnes de soutènement de l’arc de la nef, dénotaient également une exécution hâtive avec des débris de monumens recueillis çà et là, mais dans une tendance au grandiose; car au lieu desoumettre les colonnes de plus haute dimension aux épreuves du lit de Procuste, pour ramener le tout à une proportion uniforme, on trouva plus simple et plus convenable , sans doute, pour la dignité de l’édifice, de supprimer les bases des fûts relativement trop hauts, et d’égaler la taille des nains à celle des géants, par de doubles bases, sortes d’échasses du plus pitoyable effet.

Souvent meme les architectes de Constantin s’épargnèrent les soins de démolition et de rajustement, en transformant les temples ou autres édifices païens en églises, comme il arriva, vers le VIe siècle, de Saint-Étienne le Rond de Rome, ainsi qu’en témoigne, entre autres preuves, sensibles même dans nos provinces, ce que dit Ciampini de l’église S. Andrea in Barbara, ancienne Basilique Siciana , silaad Macellum Liviœ, à propos défigurés d’oiseaux qui n’ont aucun rapport au culte catholique : « Quin eliam ferarum multiplicitas » aliquibus ansam dédit opinandi templum hoc olim Dianæ sacrum fuisse, antequam » expiandum Christianis concederetur. » (Vetera Monimenta , c. xxvn, p. 243).

Nous aurons au chap. iv l’occasion de citer plusieurs exemples de ces conversions qui se continuèrent même douze siècles plus tard, lorsque Michel-Ange, à la prière de Pie IV, implanta deux des trois cent soixante églises que l’on compte encore aujourd hui à Rome (les Chartreux et les Feuillans), dans une dépendance des thermes de Dioclétien; où il trouva l’étoffe toute taiilée : « Servando si, dit Vasari, ditulte le ossature di quelle terme. »

D’autres métamorphoses analogues, à certains égards, se poursuivent depuis longtemps chez nous, mais dans un but tout contraire, dans un sentiment bien opposé. Comme exemple entre mille, Y ossature de notre vieille église de Saint-Benoît, le Détourné, devenu ensuite le Bistourné sous François Ier, que nous avons presque sous les yeux en écrivant cette remarque, subsiste encore vierge dans sa contexture extérieure et dans certaines parties de son ornementation gothique; mais qu’est devenu son sanctuaire? Des tréteaux de bateleurs, auxquels l’orientation importe peu , remplacent l’autel du vrai Dieu ; des chants impurs, des joies obscènes, s’y substituent chaque jour à la prière, à la méditation ; des trépignemens d’impatience ou de gaîté brutale, font tressaillir les reliques de saint Bâche et de saint Serge, les premiers pasteurs de ce temple; réveillent les ombres des illustres français inhumés sous ses voûtes ; et comme pour consacrer plus explicitement encore le scandale de la profanation, l’officine liturgique, la sacristie, restée pure, du moins dans sa forme ogivale, sert de foyer et de buvette aux habitués de cette ignoble scène.

l’art chrétien.

eux-mêmes, et plus agréablement sans doute, cette tâche que rendent très facile les nombreux ouvrages qui traitent de cette matière et les dissertations , les controverses et publications graphiques sur les beaux vestiges de ces sortes de constructions existant encore à Rome, tels que Saint-Laurent hors les murs, Sainte- Agnès, etc.

Seulement, avant de quitter l’Occident et de suivre Constantin sur le gisement de la nouvelle capitale que l’ingratitude des Romains, dit-on, et, selon d’autres, le besoin de changement, la soif d’illustration, le décidèrent à construire à Byzance, plutôt que sur le sol historique à'Ilion , où furent placés ses premiers jalons1, rendons à l’art chrétien d’Occident l’hommage d’antériorité qui lui revient, en faisant précéder la description que nous donnerons plus loin de la basilique de Tyr, de celle d’un édifice romain du même genre, de Saint-Paul, par exemple, comme présent encore aux souvenirs d’une grande partie de la génération actuelle.

Ciampini, excellent guide dans tout ce qui n’est pas conjectural, sera le nôtre, d’abord pour l’application aux édifices chrétiens dont il s’est tant occupé % du mot de basilique employé par Cicéron, par

i Les historiens des Ve et VIe siècles parlent de traces de constructions existant encore alors sur la côte d’Asie, et appartenant au premier projet de Constantin, qui d’ailleurs, en quittant Rome, ne faisait que suivre l'exemple de Dioclétien, car les grands travaux que ce dernier empereur fit exécuter à Nicomédie, cirque, basilique, thermes, palais (Lactance, P ers., c. vit, xvii, p. 7, 15), tendaient au but que Constantin atteignit plus complètement; mais ce qu’on doit remarquer pour ce dernier, c’est que le choix d’abord fait de l’emplacement historique de Troie accuse le sentiment vaniteux qui dut présider à cette résolution, plutôt que le mécontentement religieux des Romains. Ilfaut reconnaître que les moyens d’art que créa Dioclétien pour élever ses édifices de Nicomédie, les quatre temples et le somptueux palais de Spalatro, près de Salone, où ce royal horticulteur subit neuf années, sans trop de regrets, dit-on, les ennuis de la grandeur déchue, durent donner à Constantin la mesure de ses ressources et lui laissa des traditions vivantes dont l’exploitation lui devint fort utile.

= Dabord dans ses Vetera Monimenta, puis dans son grand traité de Sacris Ædificiisa Constantino Magno consîructis. II. a rassemblé, coordonné et décrit dans ce dernier ouvrage les traces des fondations monumentales de cet empereur, traces bien éparses jusque-là, comme il le dit lui-même : « Multa in Occidentc sunt ædificia ab Anastasio Bibliothecario » descripta; alias vero in Oriente ab Eusebio, aliisque scriptoribus Græcis indicata. »

D’après les doutes que nous avons exprimés plus haut, et que nous maintenons, sur l’existence, comme édifices, des églises chrétiennes que Ciampini fait remonter au-delà même du temps de la première persécution, édifices qui seraient demeurés invisibles même pour les grands historiens de l’époque, c’est pour nous un devoir rigoureux de rendre hommage aux soins qu’a mis ce savant à recueillir les traditions religieuses sur les raQnuraens lituv-

l'art chrétien.

Vitruve, Pline, ete.^ ce qui constate bien l’emploi du mot antérieurement au triomphe du christianisme : mais sans prétendre clore la discussion sur laquelle d’Agincourt reconnaît qu’on composerait facilement un volume , ainsi que le prouvent d’ailleurs les publications quotidiennes sur cette matière, bornons-nous à quelques pages.

Tout en citant Vitruve (1. I, c. i) 1 , Palladio (1. iii, c. xix ) , Scamozzi (1. ni, c. y) et Léon Bapt. Alberti ( 1. vu, c. xiv ) , Ciampini convient qu’on n’était pas encore bien fixésurle véritable motif qui fit appliquer aux édifices chrétiens le mot grec basileus, roi ou empereur, « regem sive imperatorem » 2 -, il prouve ensuite par une

giques de Constantin. Sans doute parmi ces monumens il peut en exister quelques-uns que le défaut d’attributions constatées a fait ranger, comme il arrive en toutes matières, parmi les travaux de ce grand faiseur; mais les sources contemporaines et les analogies incontestables nous en montrent assez d’authentiques, à Rome seulement, pour qu’on s’émerveille des résultats d’uneactivité et d’un déploiement de ressources concentrés, selon toute apparence, dans un intervalle de douze à quinze ans (de 313 à 328, époque présumée de l’abandon de Rome).

Nous renvoyons nos lecteurs, pour appuyer notre remarque, seulement aux descriptions suivantes, cb. n et iii, « de Basilica et deBaptisterio Laleranensi ; iv, de Vaticana Basi- » lica ; v, de Basilica S. -Pauli; vi, de ecclesia S.-Laurentii in agro Verano ; vin, de ec- » clesia SS. Marcellini et Pétri, via Lavicana, ubi beatissima mater ipsius (Constantini) w sepulta est, Helena Augusta, in sarcophago porphyretico ; ix, de Ecclesia S. Agnitis, » qu’il construisit ex rogalu Constantiæ filiæ suæ, etc. , etc. »

Voir aussi sur la question des basiliques Donati (de urbe Roma, 1. iv, c. n).

1 Vitruve a en outre donné au livre v, jusqu’au plan, coupe, etc., de la basilique qu’il construisit pour la ville deFano. Cicéron, faisant allusion dans une épître à Atticus aux consultations qu’on venait lui demander à sa maison de campagne, comme s’il était dans une basilique où les avocats se trouvaient en exercice de leurs fonctions, dit : « Basilicam habeo, j) nonvillam , frequent ia formianorum. »

2 On avait supposé que l’introduction du mot Basileus dans la langue latine était une importation orientale de Dioclétien, mais cette supposition est réduite à sa juste valeur par l’antériorité des descriptions de Cicéron, de Vitruve, de Sénèque (1. iii, c. xxxm), et surtout de la lettre 33 du vie livre de Pline le jeune, adressée à Romanus, et dans laquelle, à propos d’un célèbre plaidoyer (voir la lettre de Sidoine Apollinaire à Rusticus) qu’il prononça devant les quatre chambres des centumvirs assemblés, composant cent quatre-vingts juges, il peint une séance judiciaire, î’afilucnce des auditeurs qui assiégeaient les juges, et les galeries hautes remplies les unes de femmes, les autres d’hommes, tradition qui se conserva dans les basiliques chrétiennes.

Quant au passage de ce mot dans le vocabulaire chrétien, et à son application aux grands édilices de ce culte, ils doivent tenir moins peut-être à l’usage queles Chrétiens, avant d’être pourvus de temples spéciaux, purent faire pour exercer leur culte, des tribunaux romains ainsi dénommés, et de la conformité des dispositions architecturales de ces temples mêmes

i/iRT CHRÉTIEN.

ni

citation deSpanheim, la conformité de l’architecture et des dispositions des basiliques païennes construites « ut populus in eis ad jus )i dicendum convenire posset, » avec celles desbasiliques chrétiennes, encore debout, de Sainte-Agnès, extra urbis mcenia , et de Saint-Laurent , in agro F erano , et même de l’église d’Aix-la-Chapelle • et établit positivement comment ces anciens temples de la justice romaine étaient, après les séances judiciaires, livrés aux négociations commerciales, double affectation que rappelle à quelques égards notre palais marchand et même notre temple de Plutus, théâtre à la fois des fluctuations de la fortune publique, ou plutôt des ébats de la cupidité, et des sentences judiciaires répressives de leurs abus : aPostea » cùm à senatoribus, qui illùc veniebant , vel à judicibus, qui ibi » omnis generis causas cognoscere , vel ab hominibus peritis, qui » clientibus inibi de jure respondere solebant , locus vacaret mer- » catores ibidem, ac nummularii negotiari cœperunt (p. 8). » Arrivant (p. 9) à la description de la basilique de Saint-Paul, dont il donne Y ichnographie ( planche vi ), et sur laquelle il revient dans l’ouvrage « deSacris Ædifieiis » (p. 109 et suivantes), Ciampini entre dans des détails dont nous extrayons ce qui suit : « Quinque navium » longitudo est pal. 4©4 ( Ie palme romain moderne est de 8 pouces » 3 lignes et demie), latitudo vero medianæ 1 10, lateralium 40, in » totum basilicæ latitudo comprehenso, quod occupant bases colum- » narum spatio, est pal. 3o4 *. Ascenditur ad transversas naves per

avec l’édifice décrit par Vitruve, qu’à l’abandon que fit Constantin au pape Silveslre, de son palais de Latran, pour construire la première basilique, d’une origine par conséquent royale ou impériale, ce qui est tout un, selon Ciampini lui-même. Cet écrivain, citant Anastase, dit à ce sujet (de Sacris Ædif., c. xi, p. 6), après avoir prouvé par une citation, qu’en 315 il y eut réunion de plusieurs princes « in domum Faustœ (l’impératrice) in Laterano. » Vers ce temps, Constantin, qui demeurait à Rome, cédant aux instances du nouveau pape Silvestre (cujus rogatu), construisit de grandes basiliques, et ensuite celle de Latran, « aliquot magnas « basilicas, post banc Lateranensem construxit. »

C’était bien le moins que l’obligé consacrât au moins la qualité du bienfaiteur dans la dénomination de l’édifice par le nom de basilique, qui désignait d’abord aussi l’habitation des rois, « regum habitacula (Isidore, Originum, 1. 5). Ausone (in graliarum actionepro considatu ) explique ainsi la métamorphose de l'édifice, resté cependant sous la même dénomination : « Basilicæ olim negotiis plenæ , mine votis pro tua sainte susceptis. »

1 L’édifice, construit en forme de thau (croix imparfaite), avait donc environ 280 pieds de long sur 210 delarge, proportion bien inférieure, en longueur surtout, au temple d’Ephèse, long de 425 pieds, et même à celle de nos grands vaisseaux gothiques, dont plusieurs, celui

t. ir.

t.’art chrétien.

» quinque gradus, quarum longitudino est pal. 3^4 , singularum » latitudo pal. 5a-, ambarum simul , comprehenso columnarum » spatio, 1 20 j in prima istarum confessio est 1 . Sive altare majus et » presbyterium, sive absis , in qua aderant viginti columnæ, navis )> medianæ columnæ sunt numéro quadringinta-, vinginti videlicet a » quolibet latere ordinis Corinthii , quarum sexdecim non sunt per- » fecte elaboratæ , sed in aliqua parte rudes -, aliarum vero viginti » quatuor , quatuordecim ex duabus marmoris partibus constructæ w sunt. Inaliis navibus totidem numéro columnæ, sed minoris ma- » gnitudinis et altitudinis. »

a Faciès ecclesiæ, quæ occidentem hyemalem respicit ( voici pour » l1 orientation), quinque januas habebat. . . in quolibet navis medianæ « latere , una et viginti fenestræ, etc., etc. 2. »

de Reims, par exemple, ont jusqu’à 480 pieds de long sur 193 de large. Malgré le luxe de ses colonnes, il le cédait aussi sous ce rapport au temple d’Ephèse cité par Pline, qui en comptait cent vingt-sept de GO pieds, données par autant de rois, dont trente-six couvertes de bas-reliefs, où le ciseau de Scopas avait laissé son empreinte ; mais aussi quel contraste déjà entre cette basilique de Saint-Paul et l’humble réduit où l’évêque Thimotée, placé par saint Paul à la tête de l’église d’Ephèse, put élever son temple au Seigneur, sous Néron, et surtout avec ces repaires ténébreux, même ceux de premier ordre, comme le cimetière du pape saint Calixte, où vingt ans plus tôt ces mêmes Chrétiens devaient, dit-on, sous peine de la vie, enfouir leurs familles et surtout leurs mystères !

» Nous aurons occasion d’expliquer ailleurs avec détail, pour ceux de nos lecteurs qui ne seraient pas familiarisés avec les usages delà primitive Église, qu’on entendait par confession la crypte ou la place consacrée aux ossemens des martyrs ou des confesseurs de la foi. Cette confession était toujours placée, comme encore aujourd’hui à Saint-Pierre de Rome, sous l’autel principal , altare majus.

a A ces détails, que nous avons cru devoir transcrire dans la langue employée par Ciampini pour leur conserver leur cachet d’exactitude technique, nous en ajouterons quelques autres indépendans encore des remarques faites plus haut sur l’incohérence de proportion et de disposition des quatre-vingts colonnes de la basilique de Saint-Paul. Nous ferons remarquer surtout que, contrairement à ce qui se pratiquait dans l'architecture antique à laquelle on est revenu depuis lors, au moins quant à l’observation de quelques règles générales, il n’existait au-dessus des colonnes de Saint-Paul, non plus que dans diverses autres églises des premiers temps, telles que St- André-de-Rimini, etc., ni entablement, ni corniche, usage également dédaigné dans l’architecture dite gothique. Les retombées des arcs semi-circulaires sans archivolte qui les couronnassent, portaientsur lecentre des chapiteaux mêmes, et se trouvaient encore assez solides pour supporter un mur placé en guise de second ordre. Ce qu’on conçoit plus difficilement, et de nombreuses dissertations en font foi, c'est que, malgré les exemples de voûtages en pierre du Panthéon , etc. , et même d’époques très rapprochées du règne de Constantin, tels que les voûtes d’arète des thermes de Dioclétien, et celles de notre grande salle

T.’vRT CHRÉTIEN.

Quoique Ciampiuiclasse ce monument parmi ceux élevés par Constantin, il observe, d’après Baronius (an 386, § 29), qu’il ne demeura pas longtemps tel qu'il était sous ce prince , et qu’il fut agrandi et

du Palais romain de Paris, on ne trouvedans les plus anciennes basiliques d’Occident aucune trace de ces voûtes, effondrées ou non, leur système de couverture ne paraissant consister qu’en pièces de charpentes transversales servant d’appui aux montans d’un faîtage aussi simple que celui de nos églises de village, et presqu’aussi grossier que l’appentis supplémentaire des Thermes de Paris (v. ch. 1, 1. 1, p. 67); mais tout porte à croire, ainsi que l’observe d’ Agincourt pour Saint-Paul, que ces disgracieuses toitures ne sont rien moins que celles primitives. Ce savant investigateur dit même avoir lu la date de 1404 dans une inscription concernant la dernière toiture de cette basilique. 11 pense avec raison que quant à la disposition intérieure, il existait un soffite ou plafond tel qu’on le voit à Sainte-Marie-Majeure, ainsique semble l'indiquer pour Saint-Paul même ces vers de l’hymne xii, livre xi, de Prudence :

« Subdidit et parias fulvis laquearibus columnas

» Distinguit illic quas quaternus ordo. »

Cette question va s’agiter de nouveau sans doute à propos de la restauration de cette somptueuse basilique pour laquelle la chrétienté se cotise, dit-on, comme autrefois l’Asie pour le temple d’Éphèse. Ce que nous désirons, nous, c'est que dans le doute on s’abstienne, sans chercher à mieux faire que ce que les siècles nous avaient transmis, car ce serait enlever à l’édifice son caractère virginal que les architectes romains, si nous en jugeons par les nôtres, ne seront peut-être que trop disposés à altérer en réparant l’oubli des entablemens , corniches et moulures, en rectifiant la difformité relative de telle ou telle colonnade, etc. On compterait sans doute alors à Rome un beau monument de plus; mais la basilique de Constantin, ce grand spécimen complet d’une époque marquante de l’art chrétien, n’en aurait pas moins disparu pour jamais, comme il advint , il y a environ cinq siècles, de celle plus vénérable encore de Saint-Jean-de-Latran, qui cependant s’intitule encore fièrement la mère du monde et la cathédrale des églises. Ce premier temple chrétien, élevé par Constantin sur l’emplacement même de son palais , et déjà démantelé en 897 par une convulsion terrestre , étant tombé victime du même fléau qui dévora Saint-Paul, demeura longtemps délaissé malgré les vœux de la chrétienté, et nonobstant les appels faits à l’honneur de son chef par l'illustre poète Pétrarque, si soigneux d’ailleurs des intérêts de l’art dont nous traitons. Sa reconstruction tardive ne fut complétée, comme celle de tant d’autres édifices, que sous l’influence d’un style contrastant avec la pensée première. Le talent du rival de Berninn’en accuse que mieux l’absence du sentiment d’exactitude et d’harmonie, première condition de toute restitution, et l’énorme distance qui sépare la création majestueuse mais simple des premiers architectes chrétiens, du goût borominesque qui, en plaçant par exemple des colonnes sur des consoles au lieu de leur donner le sol pour appui, a pu faire preuve d’art mais non de goût.

C’est la multiplicité de ces colonnes intérieures qui a servi déréglé à Perrault pour la distinction qu’il établit entre les basiliques et les temples périptères ou diptères , environnés de colonnes à simple ou double rang, où ces mêmes appuis ne brillent qu’à l’extérieur. La distinction que fait Bellarmin (t. II de ses Controverses ) entre les basiliques et temples chrétiens, autrement dit, sans doute, les églises, est plus subtile et d’un caractère moins tranché. Elle

l’art CHRÉTIEN'.

orné <c in ampliorem, splendidioremque formam, » sous Falenlinieny Théodose et Arcadius ( de Sacris Ædijieiis , cap. V, p. 109 ) -, ce qui n’apporterait aucun changement aux considérations qui nous portent à le présenter comme un type des premiers édifices de ce genre , ces changemens étant fort rapprochés de l’époque de la construction même, et n’ayant pu porter sur la disposition générale de l’édifice l.

On voit aussi par les détails très curieux dans lesquels entre le même écrivain sur l’ornementation comme sur les trésors de ces mêmes basiliques, qu’avant de quitter Rome pour aller s’inspirer des habitudes du luxe de l’Orient, Constantin procédait somptueusement et signalait déjà sa grande fondation religieuse par des largesses qui supposent d’immenses ressources et dont nous t^ous emparons pour constater la prospérité dès cette première époque d’un art brillant mais secondaire , ï orfèvrerie. Ciampini cite, à propos de la basilique de Saint-Paul, ce passage du livre pontifical d’Anastase : « Omnia vasa sacrata aurea , argentea aut ærea ita posuit , sicut et » in basilicam sancti Pétri apostoli , ita et B. Pauli apostoli ordina- » vit. Sed et crucem auream super locum B . Pauli apostoli, pensantem )) lihras ccntum et quinquaginta, etc. , etc. (de Sacris Ædijieiis, p. 109). Et entre autres innombrables et inappréciables présens, les dons suivans faits à l’église de Sainte-Agnès, à l’occasion du baptême de sa sœur (de Sacris Æfdiciis, p. 126) : Patcnam ex auro purissimo, pensantem » lihras viginti; caliccm aureum pensantem lihras decem ; coronam

nous paraît d’ailleurs reposer sur une fausse interprétation donnée à l'usage conservé par quelques anciens écrivains de désigner par le nom de temples les lieux où l’on honorait la divinité quelle qu elle fût.

Les temples des païens avaient d’ailleurs cela de commun avec leurs basiliques judiciaires, que leur sanctuaire même, la Cella, pouvait, après les sacrifices, servir à d’autres usages. Seulement on prenait alors le soin de voiler les statues des dieux renfermées dans leur tabernacles ou niches (ædicula) et l’autel (nommé allare à cause de son élévation) où l’encens et les parfums cessaient de brûler pendant les offices profanes.

» Nous reviendrons d’ailleurs sur le caractère des premières églises chrétiennes en traitant de leur disposition au Ve siècle, d’après ce que disent Ciampini et d’Agincourt de Saint-Clément de Rome, et en nous autorisant de X Ichno graphie que donne des temples anciens (colonne 862 de son histoire) , Spanheim, dont le témoignage appuie nos rapprochemens del architecture de ces basiliques chrétiennes avec celle du temple de Jérusalem, surtout quant aux parties faites ad imit'ationemportœ Ilerodiance (col. 861). Voir la planche de cette Iohnographie, à la suite de notre chapitre m.

l’a HT CHRÉTIEN'.

il il

» pharumcantharum cumdelphinis fr/gmto, ex auro pnrissimo, pen- » santein libras (juindecim ; patenas argenteas duas pensantes sing. » libras viginti ; calices argenteosque quinque, pensantes singul. li- » bras decem-, pharacanthara argentea 3o, pens. sing. lib. 8-, pha- » racantara ærea aurichalca 4©, cerostmta aurochalca argentoclusa » sigillita quadraginta -, lucemam ex auro purissimo lychnorum » duodecim super fontem quæ pensabat libras i5, etc. *. »

i En abordant pour la première fois ici les nomenclatures d’objets composant le mobilier ou les trésors des églises chrétiennes , à dater de leur prise de possession au commencement du IVe siècle, nous croyons devoir suppléer à l’insuffisance des lexiques, en indiquant une fois pour toutes , d’après les écrivains liturgistes , la signification réelle ou présumée de quelques uns de ces objets ou ustensiles si souvent cités dans la technique de basse latinité du Liber pontificalis , livre qui, bien que fait , à quelques expressions près, selon l’opinion de Muratori, avec d’autres livres, en a produit et en produira encore bien d'autres; tant cette biographie des papes, presque jusqu a la lin du IXe siècle, offre de matériaux tout élaborés aux explorateurs de l’art chrétien. Où trouver d’ailleurs plus de garantie que dans la compilation de ce savant bibliothécaire du Vatican , dont l’érudition était le fruit d’immenses recherches et d'une participation active aux affaires de la chrétienté , tant comme abbé du monastère de Sainte-Marie-Traustibérine, sous le pape Nicolas 1er, dont il a écrit la vie, que comme secrétaire du 8e concile général, 4e de Constantinople, où fut condamné le patriarche Photius, ce qui dut l’initier aux rites, dès lors différens à quelques égards, des églises d’Occident et d’Orient? ( Voir Muratori, rcrum italicarum Scriptores (t. III , part. i). Anastase , très versé dans les lettres grecques et latines, comme le prouvent ses traductions des conciles d’Orient, en résumant dans cet ouvrage tout ce que les Pères de l’Église et d’autres écrivains grecs, comme Euscbe, Procope, Nicéphore Caliste, etc., avaient écrit sur cette matière, a nécessairement donné un sens , sinon positif, du moins uniforme à la dénomination de chaque objet. N’avons-nous pas d’ailleurs, pour éclaircir les difficultés, les inappréciables ouvrages de notre savant compatriote Du Cange, un des plus laborieux et des plus patiens hommes du monde, selon l’opinion bien compétente de Bayle, et surtout son Glossarium ad scriptores mediœ et infimœ lalinitalis, l’un des plus riches présens de la littérature savante du XVIIe siècle, et qui ne forme cependant qu’une faible partie des œuvres de notre illustre Amienois?

Notre d’Agincourt, qui doit avoir fait une étude approfondie d’Anastase, peut d’ailleurs nous venir en aide pour certaines explications dues à la continuité de son séjour à Rome et à ses recherches dans les bibliothèques les plus riches en documens religieux. Il faut reconnaître aussi que depuis que ces études , trop longtemps dédaignées , tendent à revenir en honneur, il a déjà paru pour l’explication de ces sortes de mystères liturgiques , indépendamment des publications d’un intérêt soutenu, comme les cours de M. Cyprien Robert, quelques manuels sans prétention, mais d’une utilité réelle, tels que les index et glossaires qu’a inscrits dans les Annales de philosophie chrétienne M. Guillebault, investigateur fort instruit etplus modeste encore, s’il est possible, qui consacre depuis longtemps ses veilles à recueillir et à coordonner nos traductions monumentales de tous genres et principalement sous l’aspect religieux. Ces recherches seront pour nous une véritable collaboration qui s’étendra mêic®.

l’art chrétien.

Constantin étendit ces dons à toutes les églises , et notamment à celle de Saint-Marcellin et de Saint-Pierre, qui tira son lustre prin-

nous l’espérons , à d’autres parties de cet ouvrage et surtout au moyen sur lequel nous comptons le plus pour assurer son utilité, la formation de tables des matières indispensables pour débrouiller le cahos , pour séparer la lumière ( si lumière il y a ) d’avec les ténèbres qui couvrent la face de l'abîme.

Mais pour ne pas ajouter encore ici trop imprudemment à l’épaisseur de ces ténèbres , hâtons-nous de donner in globo, comme premier exemple, la traduction raisonnée des noms affectés aux quelques objets d’orfèvrerie cités ici par Anastase et Ciampini.

Crucem auream. — D’après la richesse de la matière , ce ne pouvait être une de ces croix , probablement de bois ou de fer , qu’encore au IXe siècle on fichait en terre sur l’emplacement que devait occuper une église : nemo ecclesiam œdificet, antequam civitatis episcopus veniat, et ibidem crucem figat publiée ( Capit . Carol. M. 1. v, c. 229). La pesanteur de 450 livres exclut aussi l’idée que ce put être la croix d’or que, selon l’expression d’Anastase lui-même (in Leone IV) , subdiaconi manibus ferebatur ante episcopos , ut mos antiquitus est ; ou l’une de celles appelées litaniœ publicœ, seu processiones. Ce ne pouvait donc être qu’une croix destinée à rester stationnaire, placée quelle était sur l’autel où se faisaient les oblations, in cruce vel ante crucem ( Du Cange, Gl., t. h, page 4183). On nommait crux anaglypha la croix sculptée ou couverte de bas-reliefs, quod superius sint sculpta , comme dans cet exemple tiré d’Anastase (in Leone III, p. 431) :

« fecit supra crucem anaglyphum intersatilem. » (F. Gori, Thésaurus diptycorum, Monumenta eburnea, t. III, p. 18 et 152), pour la croix où Bélisaire fit représenter ses victoires. )

Patenam ex auro purissimo. — Patena, vase large, autrefois en usage dans le saint sacrifice, comme la patella dans les sacrifices aux faux dieux :

« Fert missos Vestæ pura patella cibos (Ovid.) »

mais qui ne consiste depuis longtemps que dans une sorte de soucoupe plate servant d'opercule au calice: « calicis tectura patenam », dit Jean de Garlande dans ses Synonymes. Ce qui semblerait prouver, en effet, qu’il ne pouvait s’agir d’une sorte de couvercle de calice, c’est le poids de vingt livres, qui se trouverait double de celui du calice même, et dans lequel on n’aurait tenu aucun compte des forces physiques de certains officians. On trouve même dans Anastase de ces patènes du poids de trente livres : « Obtulit patenas aureas qui pensant singulœ libras 30 (in Silvestro) » ; on les enrichissait aussi de pierres précieuses : « Patenam auro purissimo misit Michael imp. , cum diversis lapidibus pretiosis (in Nicolao). » D’après une citation de Du Cange, l’usage spécial de la primitive Église aurait pu tenir à l’ancienne tradition juive, des pains de proposition dont les prêtres et les lévites se nourrissaient seuls, et qui se présentaient à l’autel sur des plats d’or. Le plateau aurait donc servi à placer les hosties et le pain présenté pour la consécration, les eulogies.

Calicem aureum — Nous avons déjà cité ces calices comme ayant offert , dès le commencement du IIIe siècle, des preuves de la culture de l’art chrétien. Ce vase, nommé ministerialis ou ansalus, parce qu’il comportait d’abord une ou deux anses ( Chronique de Mayence, p. 384) , était l’image de celui dont le Christ se servit lors de sa Cène : « Calix 3> quo usus Christusin Ccena (Du Cange). » On conçoit qu’il dut être le premier objet pour lequel les Chrétiens se décidèrent à enfreindre leur règle d’austérité et de simplicité primitives.

l’art chrétien.

cipal du mausolée de sainte Hélène , et qu’Anastase désigne comme ayant reçu de ce prince une patène d’or très pur, pesant trente livres ,

Ce que dit Du Cange ( calices vitrei , p. 49 et 50) que les calices dont parle Tertullien , et sur lesquels était la parabole du Bon Pasteur, devaient être de verre, comme ceux dont parle saint Jérôme, en disant : sanguinem portât in vitro, n’exclut pas la portée d’autres citations qui font remonter l’usage des calices d’or et d’argent à une époque contemporaine mais antérieure au traité de Pudicitia ; car ce fut saint Zéphirin, pape ordonné l’an 203, et martyrisé en 221 , « qui aureis vel argenteis calicibus et panis offerri instituit. » Avant ce temps, les Apôtres et leurs successeurs « in ligneis calicibus missas celebrabant; » ce qui ne prouve que l’extrême simplicité de ces pontifes , puisque nous lisons dans Pline qu’alors les coupes de verre et de matières bien plus précieuses encore étaient communes. Les calicesde bois , ainsi que ceux d’étain, furent interdits parle pape Léon IV, On en voit au IXe siècle d’ivoire, « eburneum cum patena paratum; » et même de verre, comme dans la primitive Église, mais « vitreum aureo paratum « ( testamento Everardi comitis,xn 837, apud Miræum , t. I. p. 21 ). Les conciles statuèrent à plusieurs reprises sur l’usage ou sur la prohibition de telle ou telle matière, comme le bois et la corne ; mais si dans beaucoup d’églises pauvres on se contenta souvent d'étain et de cuivre , on peut voir par l’état des offrandes des princes et des papes et par le relevé des pillages faits par les Barbares , que les matières les plus précieuses furent la plupart du temps mises en œuvre pour le travail des calices, même sans y comprendre celui avec lequel saint Pierre dit sa première messe à Antioche, mentionné dans un passage rappelé par Du Cange : « calices ex lapide pretioso » (t. II, p. 50).

Un calice d’or très pur pesant dix livres était déjà un monument assez remarquable pour le commencement du IVe siècle ; on n’en trouverait pas beaucoup de cette valeur aujourd’hui (voir, pour plusieurs modèles de calices, d’Agincourt, peintures, pl. xii, nos 28 et 29 ; et sculpture , pl. xxix , n° 28, et notre planche xi de la 5e série de l’Album.

« Coronam, pharum, cantharum cum delphinis triginta ex auro purissimo , pensantes libras quindecim. » — La réunion de ces trois mots dans ce passage d’Anastase , cité par Ciampini , nous semble en indiquer le sens, très variable , surtout quant à la couronne. Il est évident qu’ici coronam et pharum se rapportent aux pharales coronce que Du Cange dit être : « candelabra in modum coronæ ac circuli, variis lucernis instructa. » Pharus signifiait , selon le même auteur, « lucerna sive lycbnuchus orbicularis et circularis cum certo lucernarum aut candelabrum numéro. » Cantharum signifiait un vase, une corbeille, on un moyen d’éclairage, canthara cerostrata. Il est évident que le don de Constantin n’était autre qu’une sorte de lustre circulaire , ce qui se trouve d’ailleurs prouvé par le mot pharacantharos, employé ailleurs par Anastase et cité par Du Cange, t. I , p. 443, comme désignant « coronam ex auro purissimo quæ est pharus cantharus. » Quant aux trente dauphins, ils constituent, avec les chaînes de suspension, les ornemens habituels de ces sortes de lampes, ainsi qu’on le voit par vingt passages d’Anastase où les farum ou pharum cantharum , coronas, aureas , lurrem argenteam ,c te., sont toujours pesées avec leurs chaînes et cum delphinis, en un nombre plus ou moins considérable , mais qui s’élève souvent à cinquante. Le dauphin, honoré dans l’antiquité comme sauveur du poète Arion , prenait également rang dans la symbolique chrétienne, comme participant du poisson, symbole du verbe.

Cerostala aurochalca argento clusa sigillata , — Ce passage nous semble s’expliquer

l’art CHRETIEN."

quatre candélabres d’argent avec or incrusté, haut de 12 pieds, et pesant chacun deux cents livres-, une couronne d’or fin très pur, avec cent vingt dauphins, pesant trente livres; trois calices d’or pe-

par une autre plus explicite d'Ànastase, cité par Baronius, an 324, § 64, où on lit, à propos d’une témoignage analogue (le la munificence du même Constantin : « Fecit autem candelabra ex aurichalco , in pedibus decem, numéro quatuor, argento conclusa , cura sigillis argentcis. » En effet, cerostata , ou plus exactement cereostata, à cause de l’usage de la cire, signifient incontestablement ici des candélabres de bronze doré avec incrustation d’argent (v. Du Cange, Verb. inclusor ) , et figures taillées : « Sigillis seu figuris ornatus, quomodo vasa sigillata, dixit Cicero» ( Orat . vi, in Verrem). On trouvera sans doute avec nous que ces travaux compliqués témoignent d’un état très florissant de l’art à cette époque considérée généralement comme presque barbare.

Lucernam ex auro purissimo. — Nous nous croyons fondé à chercher ici une autre signification au mot lucerna que celui de lampe qu'on lui donne communément et qui formerait presque répétition avec le pharurn cantharum qui précède , et surtout avec le Lychnus qui va suivre. Nous saisissons, en conséquence , celle que nous offre Du Cange ( t. IV, p. 278), en disant au mot lucerna : « Id est turibulorum (pour thuribulum) ex auro cum sua offertoria , capsas argenteas ; » ce qui nous présenterait un encensoir avec son enveloppe de soie (sens que quelques auteurs donnent à ces offertoria) et avec ses coffrets ou navettes pour l’encens.

((Lyclmorum duodecim super fontem, » douze lampes suspendues sur les fonts de baptême, selon la disposition indiquée par Virgile : « incensi laquearibus aureis dispendent lychni. »

Au lieu d’étendre nos interprétations à d’autres espèces qui ne se produisent pas naturellement ici, nous terminerons cette longue note par le résumé, nécessairement approximatif, puisé dans Anastase et d’Agincourt, des dons faits par Constantin aux églises d’Occident. 11 altaria insertita (autels revêtus de lames de métal); agni (agneaux d'or, placés surtout aux fonts baptismaux ) ; 53 ( amœ ou amulœ), vases ou fioles pour le vin de l’offertoire; 7 matratæ (vases pour mesurer); 234 calices, tant en or qu’en argent; 2 croix d’or (du poids égal de 150 livres); 51 patènes; 1921ustressimples ( phara ) , et 327 lustres circulaires (phara canthara ) ; 25 candélabres ; 90 chandeliers pour la cire ; 40 autres candélabres ornés de figures ( cerostrata sigillatœ ); 9 lampes en forme de couronne ( coronœ ) ; 4 encensoirs ou vases à parfum en or ( thymia nxateria) ; 54 scyphi (siphons dont on faisait usage lors du saint sacrifice pour transvaser le vin de Yamula dans le calice) ; 20 statues, et indépendamment des travaux de voûtes ( camerœ ), où 500 livres d’or furent employés, de couronnement ou dais ( fastigia ) en argent, pesant 2,025 livres ; de fonts baptismaux ( fontes ) pesant 3,008 livres d’argent; de bassins (pelves ) , etc., etc.

Cet aperçu d’ensemble prouve que, du moins, dans fart que nous appellerons métallique, les Chrétiens , dès l’époque de leur émancipation, se trouvèrent tout à coup à la hauteur de leurs ancêtres en religion, les enfans d’Israël, et dignes de continuer les grandes traditions de Béséléel dans le travail de l’or, de l’argent et de l'airain , partie de l’art qui n’a laissé, d'ailleurs, que peu de traces matérielles; les travaux en métal précieux surtout, étant pour ainsi dire condamnés en naissant à pourvoir, sous une autre forme, aux besoins ou à la cupidité du premier barbare qui se présente, et les barbares ne font jamais défaut.

l’art Cil fiXTlEX *

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sant chacun dix livres, cum gemmis prasinis (prases)et hyacinthes; deux amœ (vases pour l’offertoire, burettes du temps), pesant chacun dix livres ; un autel d’argent très pur, pesant deux-cents livres ; et pour être placés devant le tombeau de sainte Hélène, vingt pharacanthara de l’or le plus pur, pesant chacun vingt livres, etc., etc. Ce tombeau, que nous aurons occasion de décrire, puisqu’il figure dans une de nos planches (pl. ive de la première série de l’Album) , n’était autre que le sarcophage de porphyre sculpté, dans lequel fut, dit-on, placé le corps de cette sainte, rapporté d’Orient vers 3 26 , urne de 1 2 palmes de longueur sur 6 de hauteur et 8 de largeur , taillée dans un seul bloc de cette matière, que les anciens assimilaient à du métal : ex métallo porphyretico. « Stante la sua célébré durezza, » dit Bottari *.

Remarquons seulement ici où nous traitons des efforts d’art de Constantin avant sa migration en Orient, que de tels travaux étendus à divers objets , notamment au sarcophage dit de sainte Gons-

1 II faut croire que cette belle et dure matière, à laquelle nous ne connaissons cependant de vertu dans l’espèce que celle de survivre plus longtemps que d’autres au néant des dépouilles humaines, fut en prédilection spéciale dans cette famille ; car aux sarcophages d’Hélène et de sa fille Constantia, il faut ajouter le mausolée de porphyre (Du Cange, de C., 1. IV, p. 109), où Constance fit placer le corps de Constantin lui-même dans le narlhex de l’église des Saints- Apôtres, mausolée de famille existant encore au XVIIe siècle (Bollandus, 21 may, p. 13), et peut-ère encore aujourd’hui.

En plaçant à la porte sacrée du temple le corps de son père, qui, orné de la pourpre et du diadème, avait été mis dans un cercueil d’ or, et exposé dans la principale salle du palais de Constantinople sur une estrade de plusieurs degrés , environnée d’une infinité de flambeaux dans des chandeliers d’or (Eusèbe, Vit. Const. , 1. vr, c. lxvi et lxvii , p. 5159 et 560), Constance semblerait avoir fait, pour le compte et la gloire de Constantin, un acte d’humilité, que serait venu rappeler, quatre siècles plus tard, l’ordre donné par Pépin de son inhumation à la porte extérieure de la basilique de Saint-Denis , d’où Charlemagne le tira sans déplacement , en faisant avancer le portail ; mais , selon une autre interprétation, ce poste aurait, au contraire, été assigné à Constantin pour indiquer que là, comme pendant sa vie, il faisait office de portier de V église, dont il ouvrait l’accès aux pécheurs. « Fiant piscatorum ostiorii reges, » dit saint Jean-Chrysostôme en parlant de ce privilège impérial dont Constantin usa nécessairement le premier, et qui s’étendit plus lard aux chefs et même aux membres des grandes familles d’Occident. Samedi dit ( Basilicogra fica, p. 21) que pendant les premiers siècles les évêques eurent seuls le droit deséjourner après leur mort dans la nef de leur basilique. A Rome on continua d’inhumer dans les Catacombes jusqu’au moment où l’Atrium ( Paradisus , portique carré qui précédait la basilique) fut transformé en dormitorium, usage que rappellent encore nos cimetières de campagnes et dont une saine police a purgé nos villes.

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