‹ Les arts au Moyen AgeChapitre 9 sur 49 · ART CHRETIEN · texte numérisé non relu

ART CHRETIEN

dées cependant entre une œuvre isolée et le grand ensemble dont nous parlons*, car également ici, Constantin procédant par révélation « jubente Deo, » et traçant lui-même l’enceinte de sa capitale jusqu'aux deux mers qui la bordent, sans autre direction que celle qu’il recevait d’en haut x, dut pouvoir compter sur Tardent concours de toute les populations chrétiennes, heureuses devoir s’élever leur nouvelle Rome pure de toutes souillures d’idolâtrie, non loin du berceau de leur religion et du grand théâtre de ses saints mystères. Grâce à cette noble rivalité, dans laquelle l’apathie des païens semblait croître en raison de l’exaltation religieuse de l’autre population de l’empire, l’art chrétien, déjà si cultivé comme nous venons de le voir, fit un pas, un pas immense, dont dépendit sans doute le caractère spécial, la physionomie , pour ainsi dire , qu’il prit et conserva dans tout le moyen âge, et que vint altérer à son grand préjudice, nous le pensons du moins, le retour aux erremens gréco-romains , sous l’influence desquels il n’eût pu que languir et succomber sans gloire , comme il est advenu plus tard des traditions puisées dans les écoles bien remarquables cependant de la renaissance .

Gloire donc au prince qui créa ce bel art auquel le monde entier doit et devra longtemps ses plus splendides manifestations monumentales , produits ou conséquences de la direction primitive donnée à l’art chrétien-, gloire au grand fondateur de l’Eglise spirituelle et matérielle qui, dans l’impuissance de rendre à l’art ancien sa vitalité , comprit du moins l’importance de créer un art neuf , indépendant, en ravivant la tradition grecque par l’inspiration orientale; et ne craignit pas d’associer les écoles les plus contrastantes pour placer hors de toute comparaison avec le paganisme , le temple chrétien , principe générateur de tous ces admirables édifices qui brillent en sillons lumineux à travers les ténèbres de notre moyen âge. Mais avant de rendre ces témoignages sensibles par des exemples tirés de quelques unes des grandes créations orientales de Constantin, telles que l’église desSaints-Apôtres, la basilique deTyr, reconnaissons à la gloire de ce prince, que ses soins s’étendirent à la fois,

» Philostorge (1. ii, c. 9, p. 472), et Codin ( Ori . c. x, p. 39) , racontent que le tracé de l’enceinte paraissant démesuré à ceux qui suivaient Constantin , ils en firent la remarque à l’empereur, qui répondit « qu’il irait jusqu’à ce que celui qui allait devant lui s'arrêtât. »

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or.

à ces époques surtout, à renseignement du culte et à sa splendeur, ainsi que le prouve sa lettre à Eusèbe de Gésarée (y. G., 1. iv, c. 36 , p. 543) 544 )> pour le charger « de faire transcrire promptement » par les meilleurs copistes, cinquante volumes des É critures, destinés » aux nouvelles églises 1 . »

Voyons maintenant comment, sans prendre conseil "sans doute de ses guides en matière de religion , Constantin trouva moyen de concilier les convenances du chrétien avec les goûts originels du prince païen, du restaurateur d’Autun, pour l’art antique, ou du moins avec le besoin de donner à ses édifices un éclat au moins égal , quoique distinct à tous égards de ceux des temples les plus renommés de la Grèce et de l’Asie.

Ce moyen fut simple : les plus vénérés de ces temples étant presque délaissés même par l’immense portion de la population restée nonchalamment fidèle à ses habitudes religieuses , l’empereur chrétien , tout en maintenant la plupart de ces temples et même l’exercice paisible du culte qu on y célébrait , pour ne pas soulever urie tempête qui n’effraya pas Théodose, ne se fit pas du moins scrupule de les dépouiller de leurs trésors2, comme saint Jérôme en convient , et de soustraire leurs idoles les plus renommées à l’irritation vengeresse des Chrétiens, en les faisant conduire à Constantinople, placées dans des sacs et ignominieusement garrottées comme des criminels 3 , procédés que nous nous gardons bien de comprendre

1 A voir la recommandation faite par Constantin à Eusèbe de lui transmettre par un de ses diacres ces cinquante volumes pour le transport desquels il mettait deux chariots à sa disposition, il semblerait que cet immense travail calligraphique dût être l’œuvre de

quelques jours ; et cependant alors les monastères ne fonctionnaient pas encore pour ces sortes d’entreprises, dont l’importance peut se mesurer ici au poids présumé que requérait l’emploi de deux chariots.

3 On peut juger par ce que nous avons dit des pillages successifs auxquels le temple de Salomon fut en butte , et de la cupidité de Crassus , qui joignit aux deux mille talens d’or qu’il y trouva les trésors d’un autre temple juif (d’Hiéropolis) , que ces lieux consacrés recelaient des richesses de tous genres , produit concentré de pieuses offrandes. La main mise sur tant de trésors tout réalisés offrit à Constantin une première et très abondante ressource. ( Voir Libanius , de Templis , p. 9.)

3 Les divers dieux païens dont Libanius déplore aussi le déplacement, et dont Zosime désigne expressément quelques uns (1. 11, p. 687), ne devaient pas plus offenser la susceptibilité chrétienne que les statues de la Fortune de Rome et de Cybèle que Constantin fit placer sur la grande place de la nouvelle ville, ou même que celle de la Fortune de Cons-

l'art chrétien.

parmi ceux qui motivent notre hosanna, mais qu’expliquent une espèce de droit de conquête et le besoin de paraître céder à l’exigence des vainqueurs. Les brillantes divinités du paganisme expièrent ainsi aux yeux du peuple, dans ces actes de foi , leurs rôles fallacieux et leur gloire trompeuse; mais il ne paraît pas que Constantin ait porté plus loin l’exécution d’une sentence , dont la rigueur eût formé contradiction manifeste avec la tolérance qu’il prouva d’ailleurs en plaçant dans le sénat de Byzance ( v . Zosime, Hist. 1. y, c. xxiv) la Minerve de Y Inde, les muses à'Hélicon et jusqu’au Jupiter de Dodone1. Parlant de ce dernier témoignage d’un historien païen contemporain , il faut admettre comme Winckelmann , avec l’historien anonyme des antiquités de Constantinople ( lib. i, p. i4, et lib. x, p. 84), que Constantin ne se fit pas scrupule d’orner ses églises chrétiennes de statues païennes provenant de la Grèce et de l'Asie, et que parmi celles, au nombre de 427 , que l’on comptait encore longtemps après la mort de ce prince dans l’église des Saints- Apôtres, il existait des dieux ou du moins des héros de l’antiquité jouissant du droit d'asile , sans doute au même titre que les statues de Marc-Aurèle, d’Antonin et autres persécuteurs des Chrétiens, qu’on voyait dans le palais de l’empereur.

Quoique cette église des Saints- Apôtres 2 , qui tirait sa principale célébrité du voisinage du palais de Constantin et de son affectation spéciale à cet empereur, même après sa mort , ne fût pas la plus importante des quatorze élevées par ce prince dans sa nouvelle capi-

tantinople nommée Ànthuse ou la Florissante , sorte de palladium de bois doré tenant dans sa main une autre petite statue de même matière, eyaltée la veille de la dédicace au chant de Kyrie-eleison , etc. (Codin, p. 24, 25, 99; DuCange, de C., 1, p. 30; Chronique d’ Alexandrie , p. 666. )

1 Notre cardinal légat, Antoine Duprat, s’autorisa sans doute de ce grand exemple , lorsqu’il plaça comme enseigne, dans sa belle résidence de Nantouillet, la statue encore debout du vainqueur des Titans, image reproduite avec celle de Minerve jusque sur le chambranle du foyer principal de ce château. ( Voir à notre chap. iv , Nantouillet).

2 Ce vocable ne fut en partie justifié que plus tard , lorsque Constance , qui se trouva forcé de reconstruire cette église, élevée trop précipitamment, y fit placer les corps de saint André , de saint Timothée et de saint Luc, retrouvés en divers lieux. Anastase, et d’après lui Ciampini (de Sacris Ædi/iciis, p. 142) , parlent en outre de deux églises élevées par Constantin, sous cette invocation, à Capoue et à Naples, et des riches présens en orfèvreries dont il les dota.

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taie * , ni même de celles qu’il fit construire à Nicomédie 3 , à Antioche 3 et autres lieux , nous nous y arrêterons d’abord comme à l’un des édifices qui devait le mieux résumer les divers types de l’art chrétien à cette première époque byzantine. Les écrivains byzantins 4 se sont d’ailleurs particulièrement complu à la description de cet édifice, sur lequel Eusèbe avait laissé de précieux détails dans la vie de Constantin (1. iv, c. lviii , lix et lx, p. 355 , 356) , en s’accordant sur ce point : qu’élevé trop précipitamment, l’édifice ne tarda pas à menacer ruine et fut rebâti par Justinien qui, dans sa passion pour les dômes, le couvrit d’une immense tortue, « cujus in medio » ingcntem elevavit testitudincm , » et consacra, en lui donnant la forme clecroix, « in crucis formam extructam, » le grand principe architectonique de la symbolique chrétienne que nous répudions aujourd’hui surtout , pour revenir à la forme primordiale delà basilique de Yitruve. Ils décrivent avec soin toute la recherche que mit Constantin à embellir sa dernière demeure, dont il ne fut cependant cons-

» L’église de Sainte-Sophie, ou de la divine Sagesse, selon l’explication donnée par Ciarapini , est placée par cet écrivain (chap. xxvn, p. 164) en tête de toutes celles que Constantin éleva dans Byzance. Sa dédicace, en 3G0, précéda en effet de dix ans celle de l’église des Saints-Apôtres, qui commença postpacem cum Persis, et ne fut dédiée qu’en 370; mais ce temple, celeberrimum tam per Orient em, quam Occidentem et undequaque mirandum , devant être plus loin l’objet d’une description particulière dans la pompeuse transformation que lui fit subir Justinien , nous renvoyons aux narrations d’Eusèbe , de Du Cange ( deConst . , 1. m, p. 5), et à la Chronique d’ Alexandrie (anno 360), pour ne nous occuper ici que de l’église des Saints- Apôtres : « aliud non longe minoris elegantiœ, » ac pulchritudinis , in eadem regia urbe. »

2 On citait surtout comme dimension l’église que Constantin fit bâtir à Nicomédie pour remplacer celle que la foudre avait détruite (Eusèbe, Fit. Const., 1. ni, c. i, p. 508), et qui datait sans doute de l’époque où Constantin, avant de fonder sa nouvelle Rome , avait , comme Dioclétien, choisi Nicodémie pour sa résidence temporaire.

3 L’église d’Antioche, de forme octogone , était encore plus remarquable, surtout par son exhaussement et par des dorures dont parle saint Jérôme , et qui la firent nommer le dôme d’or. Eusèbe parle (p. 508) de l’espace étendu qu'occupaient ses dépendances. Selon Sozomène (1. ni, chap. v, p. 501), et Socrate (1. n, chap. vin, p. 84), cette dernière église, postérieure, comme celle de Nicomédie, à la fondation de Byzance, et dont Constantin confia l’intendance pour l’ensemble des dépendances à son second fils, Constance, n’aurait été dédiée qu’en 341.

4 Voir surtout la Constantinople chrétienne de Du Cange (1. iv, n° 5), et le livre vi des Commentaires de Godefroy sur le Code Théodosien {de Sepulc, viol.) (voir aussi saint Grégoire de Naziance, Cor. x, p. 79.)

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titué que le concierge , désireux qu’il était de participer aux prières qu’on y dirait en l’honneur des saints Apôtres : « etiam mortuus particeps fieret. » Citons d’ailleurs, d’après Ciampini (Je Sacris Ædificiis , c. xxix), quelques passages de la description d’Eusèbe :

« Gùmque templum omne in immensam altitudinem extulisset, » vario lapidum genere splendidum reddidit, à solo ad cameram w usque marmoreis crustis illud operiens. Porrô cameram lacuna- » ribus minutissimi operis obducens , totam auro imbracteavit. Et » supra quidem , œs tegularum loco, impositum , universo ædificio » munimentum adversùs imbres præbebat. Quoditidem auro ylum rimo superfusum resplendebat , adeo ut procul spectantium oculos » fulgore perstringeret, solis radiis æris objectu repercussis x. To- » tum vero solarium reticulatis quibusdam anaglyphicis ex ære et » auro fabrefactis erat circumdatum. »

Et pour la disposition de l’édifice : « Circa ipsum templum in- » gens erat area, libero, ac patente de super cœlo. Cujus ad qua- )) tuor latera porticus erant sibi invicem conjunctæ qua aream in » medio sitam unà cum ipso templo circumcingebant. Præterea ba- » silicæ, lavacra, diversoria et alia plurima habitacula ad usum » eorum, quilocum custodiebant, porticibus applicita, earum longi- » tudinemœquabant2. »

> On voit qu’à la différence de ce qui, selon quelques écrivains , se serait pratiqué dans les basiliques d’Occident , et même à Saint-Paul de Rome ( Temples anciens et modernes, p. 125 et suivantes) , où l’on ne trouve, en effet, que des traces de toitures assez grossières, les soflites ou plafonds , s’il en existait, comme tout le porte à croire , ayant succombé sous l’effort du temps , la couverture de l’église des Saints-Apôtres était en métal disposé d'une manière convenable aux rcfiets , probablement en coupole.

2 L’historien ajoute, relativement à la disposition spéciale qu’aurait préparée Constantin pour sa propre sépulture : « Cum igitur duodecim illic capsas , quasi sacras quasdam co- » lumnas, in honorem , ac memoriam apostolici collcgii erexisset, suam ipsius arcam in » medio constitué , qua senas utrinquc apostolorum capsas dispositas liabebat, atque id » in eo loco, ubi corpus ipsius post mortem decenter deponendum esset, solertissime » providit. »

D après ces détails, quels motifs purent porter Constance à changer les dispositions de son père en lui enlevant la place d’honneur qu’il s’était réservée pour reléguer son corps à 1 entrée de 1 église, sous prétexte de le constituer portier des pécheurs P On conçoit bien mieux comme sentiment religieux et comme mouvement de piété filiale les dispositions toutes inverses prises par Charlemagne pour le corps de son père , en employant un compelle entrare, qui lui coûta une façade.

r’aF.T CHRÉTIEN'.

Mais tout en faisant remarquer qu’il nous importait , dans notre plan , de considérer sous toutes leurs faces ces grands édifices , les premiers où, selon nous, Y art chrétien ait pu se produire réellement, pour la première fois , dans une combinaison de travaux systématiques ; où des artistes , quelles qu’aient été les sources où ils puisèrent leurs enseignemens, aient pu, d’accord avec l’Église, fonder un art spécial -, pour ne pas consacrer aux basiliques du IVe siècle un temps et un espace que d’autres descriptions réclament, hâtons-nous d’en finir sur ce point , en plaçant une basilique orientale en présence de celle occidentale de Saint-Paul. L’ Ichno graphie , avec les désignations en deux langues que nous placerons à la fin de ce chapitre , complétera les démonstrations 1 . »

j Nous nous applaudissons de nous être rencontré avec M. Guillebault ( voir Annales de philosophie chrétienne, 9e année , n° 102) dans l’idée de reproduire le plan démonstratif des divisions admises dans une basilique des premiers temps, pour rendre plus sensibles à nos lecteurs les dispositions et affectations des diverses parties de ces temples. Le plan que nous empruntions à l’Histoire ecclésiastique de Spanheim (page 861), en même temps que M. Guillebault faisait graver celui tiré par Voigt de l’ouvrage de Beveregius ( de Templis Grœcorum) , présente d’ailleurs un intérêt de curiosité et une occasion de recherches, en ce qu’il diffère en quelques points de l’autre. Ainsi, l’absence dans notre plan de toutes désignations pour les places occupées par le prince et par les chantres que Voigt met au premier rang dans lenaoz ( ecclesia ou nef) derrière les grilles ou cancelli (barreaux sur lesquels s’appuyait la porte sainte, à l’entrée du sacrarium) , peut tenir à des conditions de localité ou à des différences d’époques , de même que les variations qu’on remarque entre les postes affectés aux démoniaques et énergumènes placés ici dans le narthex parallèlement et de chaque côté du baptistère, et adossés, dans le plan de Voigt , au mur dans lequel sont percées les belles portes communiquant de l’atrium au narthex ; de même aussi que notre plan désigne comme placés dans l’atrium, derrière les pleureurs et les pénitens, les hiemanles, que Voigt placedans le narthex, sous le nom également intraduisible pour nous d’ hibernantes, elc.

En convenant ici que nous cédons peut-être trop au désir de bien préciser le point de départ de l’art chrétien , devenu dès lors et pour longtemps l’art proprement dit , l’art unique dont nos prolégomènes tendent à éclairer la marche dans la longue carrière que nous allons le voir poursuivre, répétons comme excuse qu’il s’agit de la base de notre édifice.

Avouons aussi qu’une considération secondaire , mais toute de circonstance, d’actualité même , nous a conduit à multiplier ici les détails et les résultats de nos recherches en fait de traités de ritibus veteris , etc., et nous décide à nous arrêter plus que nous ne l’aurions fait peut-être, sans ce motif, à l’ordonnance longtemps passée de mode, de ces premiers temples chrétiens modelés sur des édifices juifs ou païens, mais sufïisans, pour une époque de transition, aux premiers besoins religieux d’un culte encore austère dans ses pratiques et dans scs formes. On sait que par un de ces étranges reviremens dont l’instabilité de nos goûts semble s’accommoder, la basilique presque primi-

l’art chrétien."

L’abbé Fleury, connu par son exactitude , nous fournit ici l’interprétation en langue vulgaire du texte d’Eusèbe sur la basilique de

tive est redevenue d’invention moderne , et semble même, par le spectacle de nouveauté quelle offre aux fidèles du jour, tendre à influer sur leur ardeur naguère si tiède pour le cérémonial religieux en l'exaltant au profit de qui il appartient. Une dissertation de basilica deviendrait donc, pour ainsi dire, un article de mode ou mieux encore de variétés pour nos goûts actuels. 11 importe à l’intérêt de gloire de nos nouveaux Vitruves, autant qu’à celui d’amour-propre de nos archéologues de salons, habitués des nouveaux temples , chrétiens le matin et le soir idolâtres, que chacun sache où la manie d'innover dans l’art chrétien , en reprenant le parcours du cercle à son premier segment , a pris toutes ces gentillesses de portail iélrasiyle (comme Notre-Dame-de-Lorette ), de temple pseudodiptère ( comme la Madeleine), de colonnades trapues, de sof fîtes à modifions en pâtes, de revêtemens en marbre, stuc, peinture, dorure, etc., qui sont venus se substituer tout à coup aux caractères déjà si malheureusement modifiés , mais subsistans encore, à quelques égards du moins, de la grande architecture chrétienne des XIID, XlVe et XVe siècles.

Nous pourrons ainsi contribuer à faire apprécier à sa juste valeur la reproduction au déclin de l’art chrétien , de pastiches inspirés de ses monumens architectoniques primitifs , sauf le rapetissage de proportions qui convertit le grandiose en mesquin. Ces détails, en faisant ressortir le contraste existant entre la basilique du IVe siècle et les grands édifices chrétiens qui nous restent à décrire , montreront aussi qui pouvait mieux rentrer dans les conditions sous lesquelles s’exerce encore le culte chrétien , d’édifices religieux dépourvus des grands caractères symboliques consacrés depuis quinze siècles, tels que X orientation , la disposition cruciforme , ou d’églises construites sous l’influence de ces mythes religieux dont chaque partie d’ornementation extérieure et intérieure du portail à l’apside, de la crypte à la flèche, n’étaient que les déductions ; de salles luttant de forme et d'éclat dans leur fraîcheur avec nos bazars , et même avec nos passages renommés , moins la double issue, de somptuosité pittoresque avec nos musées, où de sombres, mais majestueux sanctuaires où la prière s’élance pure vers le ciel, l’harmonieux ensemble des sculptures et le riche scintillement des légendes transparentes n’otfrant qu’un aliment général à la méditation, sans distraire de la parole de Dieu ni du recueillement imposé par la seule majesté de ce saint lieu ; en un mot, de temples chrétiens privés de tout ce que l’exercice de la pensée religieuse ajouta depuis si longtemps aux pompes de ce culte , tels que ces campante dont le son argentin remplace depuis plus de douze siècles, pour la convocation des fidèles , les lignorum soni ( Casalius) , autrement dit sans doute la bruyante crécelle (la symandre des Grecs) , et ces majestueux buffets d’où, depuis Charlemagne ( à Véronne d’abord) s’exhalent dans nos temples les imposans accords de notre musique sacrée. On pourra juger aussi par la forme comparative des temples de Constantin, auxquels on nous ramène, avec celle des églises chrétiennes postérieures, quel cas nos modernes liturgistes font des grandes fondations religieuses perfectionnées par les pères , et surtout de cette belle image symbolique du navire battu par les tempêtes et résistant à leurs efforts, résultant du mot navis, si souvent appliqué à la configuration de ces églises : J) lonemur, dit Duranti ( C., ni, p. 15) , nos in mundo versari , tanquam in mari quod ventorum vi ogifari, arque turbari solet nec aliter quam in navi Ecclesiee , tuto trajici pot est ; et,

Tyr, décrite par l’évêque saint Paulin (1. x, c. 3 et 4> 1. 1, p. 464 ^479)*

« Le grand portail (sans doute le portique de l’atrium ) tourné » vers V orient % attirait par son élévation les regards des infidèles

selon l’expression de saint Ambroise (sermon ii, de Miraculis), ut pereunte mundo, omnes quos suscipit servet illœsos.

Sans doute cette triste transformation peut s’expliquer, à quelques égards, par la grande question si habilement traitée de Vindijférence en matière religieuse, et par la tiédeur relative des habitués des nouvelles basiliques plus confortables et dans lesquelles on s’est bien gardé de restituer en même temps l’usage des baculos et des reclinatoria remplacés par d’élégans sièges rembourés et par de moelleux coussins pour les génuflexions de rigueur; mais quand l’autorité cède aux exigences des maîtres-ès-œuvres attitrés qui la dominent ; lorsque le sacerdoce, jadis créateur de ses temples , doit se résigner humblement à les desservir tels quels, et s’incline même souvent, dans une ignorance qui s’éclaire enfin, à l’aspect de ces oripeaux livrés en pâture à la plèbe, les mainteneurs de l’art doivent rester inflexibles. Honte à qui secondera cette tendance désorganisatrice qui sacrifie nos plus belles traditions monumentales et religieuses à l’impuissance d’en reproduire même quelques synchronismes, et qui justifie le blâme de tous les bons esprits sur l’oubli, le dédain dont notre architecture nationale fut trop longtemps victime , en faisant prévaloir dans des édifices marquans, exécutés à très grands frais , les rudimens bâtards d'un style antipathique à celui de nos chefs-d’œuvre et à nos goûts nationaux comme à notre climat ! A défaut d’ailleurs des garanties qu’offraient en Orient, et à Home même, les travaux ex aura purissimo, ex opéré mtm'no, remplacés dans nos basiliques par une dorure des plus transitoires et par une peinture incessamment menacée d’exfoliation dans l’apprêt ou d’assombrissement par l'effet des miasme délétères , n’est-il pas triste de prédire que le cartonpâte seul pourra transmettre à nos neveux la preuve de nos malencontreux essais pour la restitution de la basilique constantine ?

i Cette orientation était conforme à celle de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem : « Prima, dit Ciampini (exxm) quam in Palestinæ provincia Constantinus erexit »; puisque, selon le même Eusèbe (traduct. de Cousin, t. I, p. 61), cette dernière église avait également ses trois portes du côté de l’orient , mais elle différait entièrement de celle que le même historien de Constantin et de ses édifices assigne, et avec raison, à la basilique de Saint-Paul de Rome, restée intacte, du moins sous ce rapport : « Faciès ecclesiæ quæ occidentem hyemalem respicit (Ciampini, c. v, p. 109). Telle est aussi la constante disposition de l’hémicycle, apside ou chevet de toutes nos basiliques, églises, chapelles, etc., d’Occident, à l’époque où l’on paraissait attacher une certaine importance à cette orientation symbolique prise en pitié do nos jours et subordonnée en tous cas à nos plans d alignemens et de voiries. Mais à quoi tenaient ces variations dans une disposition qui devait reposer sur un principe unique? C’est ce qui ne nous a jamais paru bien éclairci , du moins par les nombreux traités deritibus que nous avons consultés sur ce point. Sans faire un nouveau traité sur cette matière assez ingrate, indiquons l’état de la question, autant qu il peut dépendre de nous de le faire. Le doute, quant à l’orientation vraie , remonte aux temples de Jérusalem, que Baronius (ans 570-508, etc.) et Casalius {de Vet., p. 148) tournent vers l’orient ; mais qui, selon d’autres autorités, auraient été construits dans une disposition

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